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Avant Propos Dieu et Ses Attributs

Dieu et Ses Attributs
Avant Propos
Au nom d'Allâh le Très Miséricordieux, le Tout M iséricordieux.

Ce qui éloigne l'homme de la Vérité, et qui le plonge dans le bourbier de la dépravation, c'est le "vide idéologique".
Nous sommes témoins aujourd'hui, du délabrement des forces créatrices, des gens dotés d'intelligence, qui, inconsciemment, se détournent de la plus riche source culturelle qu'est la religion, pour laisser périr leur pensée dans le monde nouveau.

Des soi - disant philosophes et savants exposent, à la génération assoifée et pleine d'enthousiasme de nos jours, leurs doctrines imparfaites, incapables de répondre aux besoins et aspirations spirituels de l'humanité.

Evidemment, nul esprit vivant et actif ne peut accepter ces doctrines.

Sans doute, l'injustice et la misère proviennent de la contradiction existant entre le monde et la vie de l'homme. Mais, nous pensons que l'Islam et le monothéisme, qui contiennent de vastes et sérieuses analyses philosophiques et scientifiques sur la vie de l'homme, sont aptes à extirper cette contradiction, et à diriger les hommes vers un avenir clair.
Cependant, tout système idéologique, voire ayant des bases éternelles, doit être rééxposé, à chaque génération nouvelle, conformément aux critères de l'époque. Et cette tache incombe à tout penseur musulman engagé.

Cet ouvrage n'est qu'un bref résumé qui vise à déterminer les principes de la pensée islamique, dans un langage simple - bien que gardant sa forme d'argumentation - pour être à la portée de tous.

Première Partie LA CONNAISSANCE DE DIEU
Chapitre I
Le phénomène religieux et l'origine du sentiment religieux
Les études sur la religion occupent une place privilégiée dans les sciences humaines, et figurent toujours comme la question la plus essentielle, dont dépend le destin et le bonheur des hommes, et donnant lieu à des vues profondes et à un savoir sans cesse étendu.
Les savants et les chercheurs ont mis en oeuvre des recherches larges et vastes dans le domaine des origines et des motivations du phémonène religieux, chacun approfondissant le sujet du point de vue de sa discipline forte propre, et prononçant du haut de sa chaire les conclusions de son enquête.

En fait la foi et la croyance des hommes ont connu un développement et un perfectionnement progressif avec le temps, à l'instar de leur savoir, et de leurs techniques. Et depuis les temps les plus reculés de la préhistoire, elles ont été une partie intégrante de la composante des sociétés.
Comme par le passé, on ne peut trouver aujourd'hui une société dans laquelle cette question n'est pas posée.

Comme les langues et les modes de vie, la pensée religieuse a subi des changements et des bouleversements, d'une étape à l'autre, réformant et élargissant ses bases intellectuelles et scientifiques. Son cadre n'est jamais resté à l'état primitif et dans une forme figée et inerte dans l'esprit des hommes.
L'examen des raisons et modalités des changements int.ervenant dans la vie de l'homme, son savoir et sa pensée, ainsi que les enquêtes sur les époques les plus reculées de l'histoire, nous montrent que l'humanité s'est attaché aux croyances, avant de faire l'expérience d'une connaissance parfaite des méthodes de l'argumentation rationnelle.

Par conséquent, la première période des sciences et techniques humaines n'était pas plus achevée que la première période des religions et croyances. Et nous pouvons affirmer que l'effort de l'homme. dans la voie de la religion et des croyances est plus long et plus pénible que son effort pour l'acquisition de la science et de la technologie. Parce que la connaissance de la Réalité Suprême, qui est la Réalité du monde et de l'Etre est plus malaisée que la connaissance de toutes les choses que la science et la technique oeuvrent à réaliser, et la voie y conduisant est plus pénible.
La connaissance parfaite des grandes vérités est impossible pour les hommes d'une seule époque. La pensée collective demande plusieurs périodes de temps pour parvenir à cette élaboration, et s'en rend apte au fur et à mesure du développement et du progrès des données scientifiques.

La nature du soleil qui est la chose la plus manifeste est demeurée des siècles durant, méconnue des hommes. Différentes interprétations étaient en cours à propos de ses mouvements et effets. Bien que son existence et son rayonnement lumineux ne soient niés par personne, la pensée commune était entachée d'une ignorance profonde à son sujet.
La saisie des vérités majeures est donc impossible autrement que par la voie de l'examen logique, de la démonstration, et de l'analyse de tous les aspects.

Pour cette raison et à cause de la faiblesse de la pensée et de l'étroitesse du domaine scientifique, les superstitions et les mythes religieux parmi les peuples primitifs qui prenaient différentes formes selon les circonstances historiques, ne sont pas une preuve que la religion et son contenu sont dénués de toute vérité, mais montrent au contraire la fusion du principe religieux dans le for intérieur et le coeur des hommes.
Renan disait que "La religion est la manifestation la plus sublime de la nature humaine"1 et l'on ne peut rien attendre de la science, quand elle étudie la protohistoire, d'autre qu'elle ne découvre en matière de religion primitive que des traces de mythes et superstitions dans les fouilles et excavations archéologiques et paléonthologiques.

L'homme de cette ère, bien que constatant le perfectionnement méticuleux des systèmes attrayants et merveilleux de la nature, et bien qu'il ne lui était jamais arrivé de voir un des instruments rudimentaires de sa vie se créer spontanément, n'avait pas la pensée aussi mûre pour appréhender l'unité du système de l'existence, et la relation complète entre les formes de la nature et les différents phénomènes, et pour comprendre que tout l'ordre de l'existence est soumis à la puissance et la volonté d'un principe conscient et puissant, qui n'a aucune sorte de ressemblance avec lui-même et les autres êtres qui lui sont familiers. Et comme pour lui l'apparition des différentes espèces existentes ne repose sur aucune appréciation ou pensée logique, il s'imagine alors que tout effet a une cause séparée, et de la pluralité des espèces, il conclut à celle des divinités.

En fin de compte, la tendance sacrée et l'inclination sublime et authentique de l'ame sont déviées de leur voie, et au lieu de rencontrer le Dieu Vrai, elles conduisent aux fausses idôles.
Il adore ces dernières, et leur voue un culte; et les qualités qu'il leur attribue sont celles-là même qu'il déduit par comparaison et analogie avec l'ame, c'est- à dire avec lui-même ou les choses entrant dans son univers psychologique, et satisfait ainsi sa conscience.

Quand les mouvements et le comportement de l'homme s'accompagnent de deux spécificités manifestes: l'une authenticité et permanence, et l'autre totalité et généralité dans les individus d'une même espèce, il semble parfaitement logique qu'on en trouve les racines dans le tréfonds de l'ame.
Tout au long de l'histoire et même dans la période préhistorique, l'existence d'un tel phénomène continu sous la forme éternelle et pérenne ne peut pas être considérée comme la cause de rites et habitudes; il est plutôt lui-même un symptôme de la soif innée et du sens de la nécessaire quête du Vrai.

Par conséquent, toutes les croyances religieuses, sous leurs différentes formes et aspects procèdent elles-mêmes d'une source abondante et bouillonnante, en l'occurence la nature primordiale, qui n'est ni surajoutée, ni accidentelle.
Dans la constitution de l'homme, une aptitude pour l'acceptation de la croyance se crée d'abord, puis la croyance y prend forme. Et ce même penchant intérieur qui pousse la personne à enquêter et à chercher à saisir la réalité, constitue une preuve confirmant la nécessité de con naître la religion.

Mais il n'est pas obligatoire que l'aptitude saine et la cond ition psychique s'accompagnent nécessairement et toujours de la croyance juste. Comme le corps désire la nourriture, sans que ce désir dépende de la qualité, bonne ou mauvaise des aliments, l'âme aussi est en quête de sa nourriture propre, c'est- à dire la foi et la croyance, et persiste dans son désir de connaître Dieu, et lui adresse des suppliques, bien que cette motivation authentique soit incapable de discerner les croyances justes des croyances fausses.
Les chercheurs sont unanimes sur ce point que les croyances religieuses ont toujours été mêlées intimement à la vie des hommes. Mais leurs avis divergent dans le cas particulier des origines authentiques de la religion et des facteurs ayant joué un rôle fondamental dans leur apparition et leur croissance.

La plupart de leurs jugements ont été exprimés sur la base de recherches dans le domaine des religions mythologiques et des idées non mûries; ces échantillons entraînent naturellement dans l'analyse finale des conclusions hâtives et illogiques.
Il est vrai que dans certaines religions, à cause de l'absence de lien avec la source de la révélation, des facteurs comme les conditions du milieu et d'autres facteurs similaires ont joué un rôle dans leur apparition, leur formation et leur croissance.

Mais il n'est pas logique de considérer que le fondement de l'ensemble des religions et des tendances religieuses procêdent des conditions matérielles et économiques ou de la peur des éléments naturels effroyables, ou encore de l'ignorance ou des questions relatives.
Sans doute, l'un des facteurs de l'apparition des idées anti-religieuses et du courant athéiste consiste dans l'enseignement incorrect, les insuffisances et les déviations intellectuelles des partisans de certaines doctrines religieuses. Par conséquent, il faudra aussi envisager les spécificités et les différents caractères de chaque religion dans l'étude séparée des motivations des penchants pour elle.

On peut considérer la religion comme régissant tout le réseau des relations sociales, dans la plupart des évènements historiques. Si la religion n'avait pas de fondement, on aurait pu la confiner dans le cadre des motivations matérielles. Mais quel facteur a pu conférer une telle capacité de résistance et de fermeté aux personnalités religieuses dans la voie de leurs objectifs religieux? Est-ce l'attente de quelque intérêt matériel ou une ambition privée qui leur fait supp - orter stoïquement l'amertume des épreuves et des malheurs?

Alors ils ont sacrifié pour leurs sentiments et idéaux religieux tous leurs moyens matériels, leurs conforts et leurs ambitions personnelles, et souvent aussi ils ont fait le sacrifice de leur vie.
Par conséquent. l'interprétation matérialiste de la tendance religieuse ne se justifie pas. De tels évènements, au contraire, éclairent davantage le caractère inné du sens religieux dans le tréfonds de l'homme.

Le Comte de Noailles dit:
"Il y a eu toujours dans le monde, l'esprit religieux et la tendance à la croyance, la tendance à l'adoration et la tendance à la modestie dans l'invocation, et la tendance à la sublimation de l'ame pour se rapprocher de la perfection désirée, qui est inimaginable et irréalisable.
Cette tendance a un principe religieux car elle est universelle et est la même chez tous les hommes."2 Le célèbre savant,

Will Durant écrit:
"La foi est une question naturelle. Elle naît directement de nos besoins instinctifs et sensuels qui sont engendrés par la faim, la conservation de soi, la sécurité et même l'obéissance religieuse."3

Les croyances illogiques n'existent pas seulement dans les questions religieuses, la plupart des sciences véhiculaient à l'origine des idées mythiques. La médecine par exemple a mis des siècles avant de se débarrasser de la magie et des superstitions.
De même la chimie a longtemps végété dans la quête illusoire de la pierre philosophale des alchimistes avant de prendre son essor à l'époque moderne. Nul ne peut prétendre que si l'humanité se trompe dans sa quête d'une chose, elle devrait toujours demeurer dans son erreur, sans même chercher à se frayer une voie vers la vérité.

Les négateurs de Dieu s'appuient sur cette question et veulent en inférer que Dieu est une invention des hommes. Par exemple Bertrand Russel, philosophe anglais, considère la peur des éléments naturels comme étant à l'origine de l'idée religieuse. Il dit:
"A mon avis, la religion repose avant tout, principalement sur le fondement de la peur, la peur de l'inconnu. En outre comme je l'ai rappelé précédemment, cette croyance religieuse donne lieu à un sentiment qui fait que l'homme s'imagine avoir un soutien dans ses disputes et ses problèmes, qui le protège contre la peur de la mort, des échecs, des mystères et des choses occultes."4

Cette affirmation n'est qu'une prétention dénuée de toute preuve. Samuel King dit à ce sujet:
"L'origine de la religion est un mystère et l'un des secrets de l'existence. Les savants ont à ce propos avancé des théories innombrables, certaines plus logiques que d'autres. Mais il n'en demeure pas moins que les meilleures de ces théories, au point de vue scientifique, ne sont pas exemptes d'objections, tout en restant logiques. C'est la raison pour laquelle les sociologues divergent gravement au sujet de l'origine de la religion."5

Nous dirons cependant en réponse aux propos de Russel, qu'en admettant que la motivation première et initiale de l'humanité pour croire au Créateur ne soit que la peur, peut-on considérer cela comme une preuve de ce que Dieu est une illusion, et qu'Il n'existe pas?
Y a-t-il une objection à ce que la peur soit un nlobile pour que l'homme se mette à la recherche d'un abri pour s'en libérer, et parvienne à la réalité?
Si la peur est à l'origine d'un succès, peut-on dire que puisque la peur est la motivation de l'acte ayant conduit à ce succès, il faut nier à ce dernier toute réalité et le considérer comme illusoire?

Est-il logique d'affirmer par exemple que la médecine n'existe pas, sous prétexte que l'homme l'a inventée à cause de la peur de la maladie et de la mort?
Le fait est que la science médicale est une réalité, que la motivation première pour sa découverte en soit la peur de la maladie et de la mort ou autre chose.
Dans tous les incidents et les évènements de la vie, la foi en un créateur omniscient et omnipotent est un appui et un refuge réel et puissant. Et cela est en soi une question. Que la motivation primordiale de la foi des hommes soit la peur des éléments, et que de ce fait ils se soient mis à la recherche d'un protecteur, cela est une autre question. Et Ces deux problèmes doivent être examinés séparément.

Il n'y a pas de doute qu'au début de son existence, l'humanité s'est trouvé confrontée aux évènements terrifiants de la nature, comme les inondations, les tremblements de terre et les épidémies. Le spectre de la peur jetait son ombre funeste sur tous les aspects de la vie et de l'esprit. L'humanité cherchait un point d'appui qui puisse lui servir d'abri en cas de panique, et de garant de la tranquilité d'ame, jusqu'à ce qu'elle puisse vaincre progressivement, par un effort continu, l'ombre de la peur et de l'humiliation, et qu'elle en triomphe.

Les recherches sur la vie des hommes primitifs, et la découverte de pièces attestant que la peur régnait sur leurs esprits, ne constituent pas un argument définitif que la peur et l'ignorance étaient le seul facteur de l'inclination vers la religion.
Cette façon de penser témoigne de l'étroitesse de vue de son auteur. Car on peut tirer une conclusion générale des études et recherches historiques quand on a réexaminé et profondément analysé toutes les phases de l'histoire de l'humanité, et non en considérant un seul angle de l'histoire si pleine de vissicitudes.

Il ne faut jamais prendre l'emprise de la peur sur toutes les dimensions de la vie humaine à des périodes spécifiques et déterminées, pour critère de jugement total sur toutes les périodes de l'histoire.
N'est-ce pas juger hâtivement que de considérer toutes les idées et sentiments religieux des hommes, et la tendance à l'adoration de Dieu à toutes les époques dont la nôtre, comme la cause de la peur et de l'effroi de la suprématie des éléments naturels, de la guerre et des épidémies?

En principe, les hommes les plus croyants ne sont pas les plus faibles. Ceux qui au cours de l'histoire ont hissé haut le drapeau de la religion figuraient parmi les hommes les plus énergiques et les plus intrépides.
Jamais la foi d'un individu ne s'accroît à mesure que s'aggrave sa faiblesse. Et le chef religieux des hommes n'en est pas le plus lâche, le plus incapable et le plus vil.
Peut-on imputer la foi des milliers de savants et de penseurs, à leur peur et leur panique devant par exemple les inondations, les tremblements de terre et les maladies?

Ou bien encore peut-on expliquer leur croyance, aboutissement de recherches logiques et scientifiques ardues, par leur ignorance et leur méconnaissance des causes naturelles des phénomènes? Comment doivent juger les hommes doués d'intelligence?
En outre, l'homme n'incline pas à la religion pour gagner la paix intérieure. Celle - ci est plutôt acquise comme un des fruits de sa foi et de sa croyance.

Selon les savants croyants, l'univers est un système de causes et d'effets déterminés. Et l'ordre précis des choses témoigne de l'existence d'un principe de Science et de Puissance.
Des dessins improvisés et disposés pêle - mêle sur une toile, ne peuvent pas refléter le talent d'un peintre; c'est plutôt un tableau longtemps mûri, et exécuté avec soin et minutie qui pourrait devenir son chef - d'oeuvre, et révéler la maîtrise de son art.

D'autre part, ceux qui voient dans les croyances métaphysiques le simple reflet des conditions économiques objectives, et qui s'attachent à montrer un lien direct entre les conditions sociales existantes et la religion, affirment que celle - ci a de tout temps été au service des colonialistes et des exploiteurs.
C'est la classe dominante qui créerait l'idéologie religieuse pour pouvoir en son nom réprimer la resistance des masses populaires exploitées, et s'en servir comme un fer de lance dans l'entreprise de mystification de la classe laborieuse, et amener cette dernière à la compromission.

Sans doute, la religion comme toute autre chose dans ce monde peut faire l'objet d'un mauvais usage. Dès qu'elle sort de sa voie, elle devient un instrument entre les mains des profiteurs rapaces qui cherchent à asservir les peuples.
Mais de tels abus ne doivent pas servir de prétexte aux opportunistes pour clouer au pilon tout ce qui a pour nom religion et croyance.
Enfin, il faut séparer les religions authentiques des formes religieuses perverties concues par les colonialistes et ayant véritablement un contenu d'opium des peuples.

Il est possible que dans beaucoup de sociétés humaines, des conditions économiques défavorables, la stagnation et l'arriération soient accompagnées par une effervescence religieuse. Mais cette simultanéité des phénomènes ne laisse transparaître aucun lien de cause à effet entre eux. Parce que nous constatons aussi qu'il arrive parfois qu'une société en pleine expansion économiq ue et sociale soit aussi le théâtre d'une intense foi religieuse, pendant qu'une autre jouissant d'un même épanouissement matériel demeure indifférente aux croyances métaphysiques. De même, en un lieu de pauvreté et de misère l'astre religieux peut se coucher, alors que dans un autre tout aussi défavorisé, le même astre ray z ine dans toute sa splendeur.

Cette absence remarquable de corrélation entre les conditions économiques et l'éclosion ou le déclin de la ferveur religieuse est une preuve manifeste de ce fait que pour découvrir le lien de causalité, la synchronicité n'est pas suffisante.
Il faut aussi une autre spécificité, à savoir que l'émergence et la disparition d'un phénomène dépend de l'existence ou de la non - existence d'un autre phénomène.
Cette non-corrélation, nous pouvons l'observer dans deux sociétés qui sont sous la domination et la répression de la classe possédante. Nous y voyons l'apogée et le déclin du sentiment religieux dans les mêmes conditions sociales; dans l'une des sociétés, la religion est rejetée, et dans l'autre, elle est répandue et florissante.
Autre point, la tendance religieuse n'est pas la cause des frustrations matérielles; c'est plutôt l'abandon et l'indifférence à l'égard de la religion qui est à l'origine du penchant matérialiste et de la propension à l'accumulation.

Ceux qui s'adonnent sans retenue à la concupiscence et aux plaisirs mondains, se moquent de la religion.
Sur ce, les faits tangibles tendent à nous montrer que l'homme est enclin à la religion sous toutes les conditions. Nous devons donc avoir en vue les motivations psychologiques authentiques et les particularités personnelles des hommes, et non les conditions économiques.

En examinant les objectifs des religions célestes, nous parvenons à cette conclusion que la garantie du progrès social et de l'égalité entre les hommes, en matière économique en particulier, est l'une des causes pour lesquelles les prophètes ont été envoyés et pour lesquelles les hommes adhèrent à la religion.
Elle est l'un des intérêts que présente la religion aux hommes.

* * *


Chapitre II Dieu et Ses Attributs Chapitre II
L'idée de Dieu profondèment ancrée en l'homme
Hormis cet ensemble complexe que constitue son corps physique, l'homme possède une vaste série d'activités vitales qui ne se réduisent jamais aux mécanismes organiques.

Pour la connaissance de ce domaine métaphysique il faut enquêter dans son fond psychologique pour entrevoir au-delà de ses activités physiologiq ues les larges horizons de la structure de la nature humaine, et les manifestations les plus sublimes de ses sentiments et instincts.

* * *

Il existe en l'homme certaines formes de perception spécifiques inhérentes à sa nature, qui ne dépendent d'aucun agent extérieur.
Avant que l'homme naturel n'entre sur la scène de la science et de ses débats, il pouvait en se servant de ses potentialités innées, connaître les réalités. Mais quand il foule le domaine scientifique et philosophique et que son esprit s'encombre de différentes preuves et arguments, il se peut que son pouvoir inné s'étiole et se perde dans l'oubli , ou qu'il vienne à douter de sa validité.
C'est pourquoi nous voyons que les divergences surgissent entre les hommes qu'ils écartent leur nature primordiale de la connaissance de la foi.

Dans ses manifestations initiales, l'attraction pour la religion et la foi prend sa source dans les motivations instinctives et les perceptions inhérentes,puis elle croît et se développe par la raison et la pensée. Les racines du sens primordiale sont à ce point profondes et en même temps manifestes et claires que si un homme lavait son esprit et son ame de toute pensée et imagination anti-religieuse et qu'il se concentrait sur soi-même et l'univers, il réaliserait parfaitement qu'il se dirige aux côtés des autres créatures, vers un même objectif.
Sans qu'il l'ait voulu ou souhaité, il a commencé à vivre. Puis encore sans le vouloir, il s'est dirigé vers une destination inconnue. Et c'est une réalité qu'il observe, avec une méthode et un ordre précis, chez toutes les créatures.
En examinant les conditions qui l'entourent un homme clairvoyant éprouvera mieux l'existence d'une force immense régissant le monde et lui-même.
Il découvre l'existence de la science, de la force et de la volonté en lui-même qui n'est qu'un élément infiniment petit de l'univers infiniment grand. Il se demande alors: "Pourquoi l'univers ne serait-il pas doté de science, de force et de volonté, comme l'homme?" Bref, ce qui nous oblige à croire en l'existence d'un ordonnateur de l'univers, du commandement et de la prédestination duquel dépend tout ordre, c'est cette même règle et ce mouvement continu, minutieusement prédéterminée. Car on ne peut expliquer cela autrement que par une volonté agissante.

Quand l'homme évalue sa situation dans le monde, il se rend compte qu'une force invisible et inconnaissable l'a créé, l'a doté du mouvement et le fera disparaître quand elle voudra, sans le consulter ni demander son aide.
Il s'agit là d'un jugement naturel et inné (de la Fitrat), car nulle part et jamais on n'a vu un homme conçu sans concepteur, ni agissant sans Agent.

La recherche de la relation de cause à effet est une opération d'origine intérieure. Et puisqu'on ne peut extirper de l'homme la loi de la causalité, le sens religieux et la quête du créateur sont indissociables de son âme.
Même l'enfant qui n'a encore rien vu du monde détourne son regard vers la source du bruit qu'il entend ou du mouvement qu'il perçoit. La vie pratique et les fondements scientifiques reposent aussi sur l'acceptation d'une cause à tout effet.
La règle de la causalité est à ce point générale qu'elle n'admet d'exception en aucun cas.

Toutes les disciplines, la géologie, la physique, la chimie, la sociologie et l'économie, etc... consistent en l'examen des phénomènes, pour en déduire les causes et les effets et en diagnostiquer les relations. Ainsi, il est clair que la science ne consiste en rien d'autre qu'en la recherche des causes, et que l'ensemble des progrès de l'humanité est le fruit de l'effort soutenu des savants pour connaître les causes des phénomènes.

S'il nous était possible de présenter, en exemple, quelque part dans le monde, ou dans une créature quelconque, un cas de création spontanée absolue, nous serions en droit de généraliser à d'autres cas cet. exemple.
Certes, il n'est pas nécessaire que la loi de causalité se présente à nos yeux dans sa forme ordinaire.
Car la variété des causes est telle qu'il se peut que le chercheur n'ait pas la capacité de les discerner toutes dans le cas d'un incident donné. Mais dans aucun cas, partiel ou total, de nos jours comme dans le passé, un point fortuit ne peut ëtre trouvé, que ce soit au plan individuel ou social.

Quand les sciences expérimentales démontrent que toutes les voies sont fermés à la génération spontanée des éléments de la nature, quand toutes nos expériences, nos sens,nos déductions parviennent à cette conclusion que rien dans la nature ne se produit sans agent et cause, et que tous les évènements reposent sur un ordre fixé et des lois déterminées, il est surprenant de voir certains tourner le dos aux lois scientifiques, aux jugements élémentaires, et aux observations étayées par la raison, et nier l'existence d'un créateur.

En d'autres termes, on peut considérer la nature primordiale (Fitrat) comme l'instinct animal qui aurait évolué et atteint la perfection, et qui se serait émancipé des limites qui le retenaient, de façon à ce qu'il puisse percer le mur du monde sensible et embrasser les secrets de l'inconnu.

Tout jugement et sentiment émanant du for intérieur des hommes, et non d'un système de croyance ou d'éducation sociale particulier, fait partie de la nature primordiale, et ne diffère pas de l'amour de soi, de la relation avec l'Existence et des autres instincts humains, quant à l'authenticité et à l'universalité.
Mais l'éducation et les facteurs du milieu environnant constituent des obstacles à la réalisation et à l'épanouissement de la nature primordiale.

Walter Oscar lindberg, physiologiste et savant réputé dit:
Les recherches scientifiques de certains savants n'aboutissent pas à la compréhension de l'existence de Dieu à plusieurs raisons, dont l'oppression politique ou certaines situations sociales.

Par conséquent, ce qui procède d'un principe instinctuel est esthétiquement semblable aux beautés naturelles. Et ceux qui sont restés libres tout au long de l'itinéraire originel de la création; et ne sont pas devenus prisonniers de leurs habitudes, et dont la nature n'a pas été altérée par les terminologies et les concepts, perçoivent mieux l'appel intérieur.

On trouve moins d'irréligieux parmi ces derniers que parmi les autres catégories d'hommes. Si quelqu'un leur disait que ce monde n'a pas de but et qu'il est accidentel même s'il prenait soin de garnir ses paroles d'un couvert philosophique, il n'obtiendrait aucune adhésion de leur part, parce qu'ils rejettent instinctivement de telles assertions.

Quand à ceux qui sont familiers des modes de pensée scientifiques, il est possible qu'un tel discours, attirant par son étiquette conceptuelle, jette le doute et l'hésitation dans leur esprit.
Un savoir limité est trompeur, comme des verres multicolores placés devant l'esprit et la nature innée. Ceux qui possèdent un tel savoir voient le monde d'après la couleur de leur science, de leur art et de leur culture, et s'imaginent que toutes les réalités sont comme ils se les représentent à travers leurs oeillères.
Evidemment, il ne s'agit pas de faire cesser tout progrès sous prétexte qu'il faudrait éviter les déviations, mais plutôt de ne pas se laisser abuser par le savoir et la technologie que l'on maîtrise.

Beaucoup, en effet ne progressent pas. Ils sont incapable de se servir de leur connaissance comme une échelle pour s'élever intellectuellement, et deviennent prisonniers du cadre étroit de leur savoir acquis et le leurs terminologies et conceptions.

La nature originelle vient aussi au secours de l'homme quand elle perçoit un danger; quand il est aux prises avec des contraintes sévères et de sérieuses difficultés, et qu'il est cerné de toutes parts par les facteurs matérielles, et qu'il n'est en mesure d'accomplir aucune action, noyé dans les tourments, devenu la proie des évènements, au point d'être à un pas de la mort, c'est alors que ce même agent intérieur le guide et le conduit vers un appui immatériel. Il entre en contact avec une puissance qui est au - dessus de toutes les puissances. Il réalise ensuite que cet Etre Clément et Tout - puissant peut lui tendre la main et venir à son secours, énergiquement; et c'est pourquoi, il l'implore pour le tirer du danger, rassuré en son coeur qu'Il a le pouvoir de le sauver.

Même les puissants tyrans matérialistes, qui ignorent la souveraineté et la puissance infinies de Dieu, oublient tout ce que leur milieu et leurs doctrines athées leur ont enseigné en matière de religion, dès qu'ils sentent l'imminence du danger et voient que l'étau se resserre autour d'eux et jurent du fond de leur coeur qu'ils acceptent un principe créateur, source de tout pouvoir.

L'histoire est riche en exemple de personnes dont le miroir de la nature primordiale a été nettoyé de ses impuretés par des épreuves dures et pénibles, et qui du fond de leur âme ont appelé le Créateur sans égal.
Diderot qui est l'un des grands philosophes matérialistes francais, a écrit en conclusion d'un ouvrage consacré au principe de la matière et du matérialisme, des phrases où il invoque le Créateur et lui demande pardon, phrases qui lui ont été inspirées par une réaction de sa nature primordiale et de sa conscience:

"Mon Dieu! J'ai commencé mon propos par la nature que les croyants pensent être Ton oeuvre, et je finis par Toi que les gens de la Terre appellent "Dieu". Mon Dieu, je su ppose que Tu existes, que Tu es témoin de mon état, et conscient de mon for intérieur. Si j'apprends que dans le passé j'ai agi contre Ton commandement et contre ma raison, j'en serai navré et je le regretterai. Mais je suis serein pour l'avenir, car il suffit que je reconnaisse mon péché pour que Tu le pardonnes.

Dans ce monde, je ne Te demande rien, car ce qui doit y être, y est, soit par Ton commandement soit par la loi de la nature. Mais s'il y a un autre monde, j'y attends de Toi une récompense, bien qu'ici-bas ce que j'ai fait je l'ai fait pour moi- même."6
Outre les sources intérieures se trouvant en l'homme et l'aidant à bien saisir les réalités pour qu'il puisse choisir sa voie dans l'entière liberté et loin de tous les préjugés, contraintes et impositions, il doit y avoir un facteur d'orientation externe à lui, pour renforcer sa nature et son intelligence, pour maîtriser les éléments de rebellion et les extrêmistes, et préserver aussi l'esprit et la nature de toute déviation, et la sauvegarder contre toute adoration et soumission aux fausses idôles.

Les prophètes ont été suscités pour orienter l'homme vers le sens sublil de sa nature primordiale, canaliser son penchant pour Dieu dans une voie juste, et promouvoir ses aspirations supérieures.
Cette orientation et cette canalisation ne visent nullement à éteindre en lui la flamme de sa volonté créatrice, ni à lui retrancher sa liberté, sa faculté de penser et son libre arbitre, mais constituent plutôt une sorte de soutien aux penchants et motivations positifs, dans la voie du développement et de la perfection, et de l'émancipation de toutes les chaînes, pour que les potentialités innées s'épanouissent et soient utilisées au mieux.

Les premiers à répondre à l'appel des prophètes étaient les hommes purs de coeur et de conscience; alors que rejoignaient les rangs de leurs opposants ceux qui s'appuyaient sur leur richesse et leur puissance éphémères, ou qui s'enorgueillissaient de leur savoir méprisable, de leur esprit impuissant et pollué par les illusions, de sorte que ce même orgueil et ces mêmes prétentions devenaient un obstacle à l'éclosion de leurs aptitudes et de leurs facultés sublimes.

"La loi de l'offre et de la demande existe aussi en matière de valeurs morales. s'il n'y avait pas de demande religieuse dans la nature des hommes, l'offre des prophètes aurait été vaine.
Et d'autre part, le fait que l'offre des prophètes a trouvé des acquéreurs, et que leurs conceptions authentiques et fructueuses aient trouvé une si large aud ience, prouve que la demande en religion est ancrée au fond de l'homme."7

En principe, la base de la prédication des prophètes était plutôt un appel au monothéisme, qu'une démonstration de l'existence de Dieu. Ils réfutaient l'adoration des idôles, du soleil, de la lune, des étoiles etc... pour que leur soif spirituelle inhérente ne soit pas étanchée par de fausses divinités, et que les hommes cherchent plutôt à réaliser les objectifs et les valeurs dans la quête du dieu réel, loin de toute déviation, et sur la voie de la perfection infinie, qu'ils se hâtent dans leur course ininterrompue vers la source de toutes les valeurs et de toutes les vertus, pour parvenir enfin à leurs aspirations.

Par conséquent, le polythéisme et l'athéisme, sous leur forme traditionnelle d'idôlatrie, ou leur forme moderne de matérialisme, résultent tous les deux d'une déviation par rapport à la nature innée.
Le progrès scientifique, en particulier au sujet de l'expérience religieuse qui connaît de nos jours un regain dans tous les coins du monde, a donné lieu à des conclusions qu'on peut d'ores et déjà exploiter dans tous les débats.
D'une part, l'histoire des religions, s'appuyant sur des documents importants réunis par les savants en sociologie, archéologie et enthropologie soumet à l'analyse le sens religieux, les structures, les tendances, les habitudes et autres facteurs constitutifs de la société, avec une méthode nouvelle totalement différente des orientations précédentes.

D'autre part, la psychologie investissant l'étude de l'inconscient, entreprise par Freud et poursuivie par Adler et Jung, est parvenue aux profondeurs de l'âme humaine, découvrant ainsi un univers nouveau des forces secrètes et des formes d'appréhension pararationnelles, et ouvrant un champ d'investigation scientifique pour les facteurs irrationnels qui échappent à la volonté, comme le "sens religieux".

En ce moment, il existe un courant intellectuel qui persuade de plus en plus de penseurs de différentes écoles de ce que le sens religieux est l'un des éléments primordiaux naturels et immuables de l'esprit humain, et qu'il est le mode de perception innée du domaine situé au - delà de la raison.

Vers 1920, un philosophe allemand a pu démontrer que parallèlement aux éléments rationnels "moraux", il existe aussi dans le sens religieux, des éléments innés ou irrationnels. Et tous les attributs de Dieu, comme la Toute - puissance, la sacralité et la grandeur, concourrent à montrer que le concept de "sacré" ne peut être renvoyé à aucune faculté perceptive, et qu'il est autonome et ne procède d'aucun autre concept, et l'on ne peut le confondre avec aucun autre concept rationnel ou irrationnel.

Une découverte propre à notre époque est celle de la "durée", quatrième dimension de la nature, et intimement lié au corps. Il n'existe aucun corps dans l'univers qui soit en dehors du temps, qui procède lui même du mouvement et de l'évolution.
De même, les savants contemporains ont conclu à une quatrième dimension dans l'âme humaine qui est celle du "sens religieux", les trois autres étant:

1- Le sens de la curiosité ou la sincérité.
Cette soif intérieure est ce même sens qui pousse l'esprit humain, depuis le premier jour, à s'interroger sur les mystères et la connaissance de l'univers, de l'existence et de ses phénomènes variés.
Et c'est cette soif qui a engendré les sciences et les techniques. C'est ce sens qui explique que les fondateurs des sciences, les découvreurs et les savants ont supporté tant de peines et d'épreuves pour lever le voile qui nous cache les secrets de la nature.

2- Le sens du bien, sur quoi reposent les vertus et les qualités spirituelles élevées. Tout homme éprouve en lui - même une inclination à la justice, à l'amour et au sacrifice. Cette tendance authentique crée en somme une sorte d'orientation vers les qualités pures, et de répugnance envers les bassesses.

3- Le sens esthétique qui est la cause de la manifestation des formes et des goûts artistiques et qui exerce une influence profonde dans l'apparition d'une grande partie des phénomènes sociaux.

4- Enfin, le sens religieux ou sacré, qui est la quatrième dimension est un sens primordial; car tout homme, de par sa nature, ressent une attraction pour l'univers métaphysique. Ce concept est indépendant des trois précédents. Avec sa découverte, la conception tridimensionnelle de l'esprit humain a été bouleversée. Car il est démontré que le penchant religieux a une origine propre, et qu'il s'est manifesté même aux époques primitives où les hommes vivaient en prédateurs dans les cavernes.

La prise de conscience du principe de l'existence se fait par plusieurs méthodes. Le concept de "Dieu" répond aux besoins rationnels et irrationnels, de façon que l'esprit acquiert par la voie de l'ordre et des signes, une certitude définitive et claire. La nature innée établit un lien avec Dieu par la voie de l'amour et de la nécessité, au point qu'on dirait qu'elle "Le" voie directement, non pas avec l'oeil, mais avec l'oeil du coeur. La perception de Dieu par la voie du coeur n'a besoin d'aucune démonstration ni preuve.

Bien que la science moderne soit en quête de preuve expérimentale pour compléter sa démonstration, toute sorte de connaissance de Dieu résultant directement de la recherche et de l'argumentation, soit par des arguments rationnels et philosophiques ou des sciences expérimentales et perceptives, constitue un unitarisme démonstratif.

Des sav ants comme Descartes et Saints Thomas d'Aquin sont arrivés par la raison, la démonstration et la spéculation scientifique à des conclusions probantes dans la connaissance du principe ontologique. Et un mystique français, comme Pascal perçoit le Créateur à partir d'une illumination du coeur, une inspiration venue du fond de sa nature innée. Il dit à ce propos que le coeur a ses raisons, que la raison ne connaît pas.8

De même Einstein pensait:
"Le sens le plus beau et le plus profond qui nous soit permis d'avoir est le sens mystique. C'est lui qui sème dans le coeur la graine de toutes les sciences réelles. Celui qui en est privé, celui qui a perdu la faculté d'étonnement ou de stupéfaction est comme un mort."9

Schopenhauer philosophe allemand du XIXe siècle, reconnaît à la tendance religieuse des racines si profondes en l'homme, qu'il la considère comme spécifique à lui, disant:
"L'homme est un animal métaphysique.10

Bien que le sens de la curiosité, le sens du bien, et celui du beau soient tous les trois indépendants et jouent tous les trois un rôle essentiel et déterminant dans la découverte des sciences, de la morale et des arts, c'est le sens religieux qui aplanit le terrain à leur manifestation, et les soutient dans leur développement, et qui s'attribue la plus grande responsabilité dans la résolution des énigmes de l'univers de la création.
Du point de vue d'un croyant, l'existence a été rendue possible sur la base de lois et de plans précis et calculés d'avance. Le sens de la curiosité fonctionne précisément grâce à cette foi en un Dieu ordonnateur et sage, et se déploie et s'efforce pour découvrir les lois et les secrets de la nature construits sur la base d'une chaîne de causes et d'effets.

Will Durant dit:
"Herbert Spencer pense que les magiciens n'étaient pas seulement les premiers hommes de lettres; ils étaient aussi les premiers savants. Ils ont débuté la science dans les observatoires astronomiques, où ils cherchaient à déterminer le temps précis des cérémonies religieuses. De telles informations et données étaient conservées dans les temples, et étaient transmises de génération en génération, au titre de patrimoine religieux."11

Le rôle du sens religieux dans le développement et l'élévation des qualités humaines, dans la modération des instincts, et dans la fécondation des potentialités de la morale et de la vertu, est indéniable. Les personnes qui ont conscience de leur expérience religieuse constatent que la plus importante fonction de la religion est d'aider l'homme à contrôler ses instincts et acquérir un caractère fort et digne de respect.

La pensée religieuse est aussi un des facteurs du développement du sens esthétique, et ce depuis le début de l'histoire, Les générations précédentes ont consacré le meilleur de leurs oeuvres artistiques à louer leurs divinités; les magnifiques temples de la Chine, les grandes pyramides de l'Egypte, les statues admirables du Mexique, l'architecture fine et subtile de l'Orient islamique, procèdent tous du sens religieux.

Les psychologues sont persuadés qu'il existe un lien entre la crise de la puberté et l'euphorie soudaine des sentiments religieux. Dans cette phase de la vie, une sorte de tendance particulière se manifeste, même chez des individus qui étaient jusqu'alors indifférents aux questions religieuses.

"Pour Stanley, la limite de ces sentiments religieux se situe au x alentours de 16 ans. Cette période peut être considérée comme une image réduite de la personnalité future de l'adolescent. Ces sentiments permettent au jeune qui se trouve sous l'influence de différentes forces, d'entrevoir que la cause ultime de son existence est dans l'existence de Dieu.12

Il n'y a pas de doute que les appels de la nature originelle ne sont perceptibles que dans les cas où rien ne fait obstacle à leur manifestation. Un facteur comme la propagande réduit et entrave le développement des potentialités naturelles et de l'intelligence, bien que cette façon de réprimer n'arrive jamais à déraciner les tendances innées. C'est pour cela que dès que l'agent qui fait obstacle est écarté, les structures originelles reprennent leur activité, et se remanifestent par l'effort créatif.

Nous savons que plus de soixante ans se sont écoulés depuis la Révolution Communiste en Union Soviétique. Cependant les aspirations religieuses demeurent encore vivaces dans les âmes de vastes couches de la population soviétique, et malgré tous les efforts déployés tout au long de cette période par ceux qui détiennent le pouvoir pour enrayer la religion, ils n'ont pas encore pu en venir à bout dans les coeurs des hommes.

Par conséquence l'existence d'idées matérialistes dans le monde ne constitue pas un argument contre l'innéité de la foi en Dieu. Cet éloignement et cette scission par rapport à la voie naturelle, propre à une doctrine particulière et exceptionnelle par rapport aux doctrines et aux nations différentes, ayant des croyances métaphysiques, ne peut jamais, de nos jours comme par le passé, être considérée comme une réfutation de la connaissance naturelle de Dieu, parce que de telles exceptions existent en toutes choses.

Mais ce que l'on peut déduire de l'histoire, c'est que les bases de cette école de pensées ont été jetées aux VIIe et VIe siècle d'avant l'ère chrétienne. Les partisans de l'école matérialiste étaient successivement:
- Thalès, philosophe grec né en 622 avant J - C et mort en 560 ou 567.
- Héraclite: 535- 475.
- Démocrite: 540.
- Epicure: 346.

Malgré cela, on ne peut pas attribuer la paternité du matérialisme à ces derniers, parce que certains penseurs comme "Bangoun" ne partagent pas cette opinion; ce dernier, écrit dans son ''Histoire de la Philosophie" à propos de Thalès:
"Il pensait que les transformations de la matière se font sous l'influence de facteurs spirituels."

A propos de Démocrite, il écrit:
"Démocrite n'est pas un matérialiste, il croyait en l'existence de l'âme."

Bien entendu, le matérialisme moderne n'a commencé à s'élaborer qu'au XVIIIe siècle. Il eut aussi ses partisans même parmi les savants physiciens, bien qu'ici aussi les jugements sont divergents. Par exemple, certains historiens classent Jean-Jacques Rousseau parmi les matérialistes, alors que d'autres le considèrent comme Croyant en Dieu. Il se peut que le matérialisme qu'on lui attribue soit dû à ce que l'on méprise son anti-cléricalisme.

Farid Wajdi, auteur d'une encyclopédie, cite cette parole de Rousseau à propos du principe de l'existence:
"Plus j'approfondis mon regard sur les évènements que créent la force de la nature, et ce qui survient comme conséquence de ces évènements, et plus je médite sur la qualité des influences réciproques des uns sur les autres, j'acquiers la certitude qu'il faut bien une cause permière à la volonté.

Par conséquent, c'est Sa volonté à lui, Dieu, qui meut l'existence, et qui fait revivre les morts. Mais vous direz! Où est - Il? En réponse je dirai: Il existe, dans les cieux auxquels il a imprimé le mouvement, dans les étoiles qu'Il pourvoit en lumière. Il n'est pas seulement en moi, mais aussi dans le troupeau qui paît, dans l'oiseau qui vole, dans la pierre qui tombe, dans la feuille de l'arbre que le vent emporte çà et là; Il est partout. Combien donc sont loin de la raison, ces hypothèses! Ces théories qui supposent que cet ordre merveilleux est le résultat d'un mouvement aveugle de la matière.

Qu'ils fassent ce qu'ils veulent!
Je vois pour ma part un ordre continu dans la création et je ne perçois pas la sagesse qui régit cet ordre. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la matière aveugle puisse produire des êtres vivants, que la nécessité aveugle crée des êtres conscients, et que ce qui est privé d'intelligence puisse créer des êtres sages et raisonnables.

* * *


Chapitre III Dieu et Ses Attributs Chapitre III
Dieu et la méthode expérimentale
Sans aucun doute, les conditions sociologiques, historiques, pédagogiques et les types d'occupation de l'homme influent le courant naturel de ses états psychologiques et ses sentiments.
Ces différentes conditions n'exercent pas de contraintes et d'obligations pour orienter l'homme, mais elles créent une ambiance propice jouant un rôle important dans la perspective des hommes. Elles se manifestent parfois inconsciemment comme des obstacles au libre arbitre et à la liberté.

En principe, les potentialités cérébrales se développent et se fortifient dans les disciplines respectives auxquelles elles sont employées, et s'atrophient et perdent les facultés non-employées, faisant apparaître à l'homme que toute connaissance ou spécialité autre que la sienne propre est secondaire et sans intérêt. Il jugera de ce point de vue en toute chose. Cloisonner sa pensée dans le cadre de la logique des sciences expérimentales, et ignorer les limites et capacités de ces dernières est le facteur le plus destructif et le plus fourvoyant de la pensée qui cherche Dieu.

Et puisque les spécialistes en sciences expérimentales emploient toute leur énergie intellectuelle dans la connaissance du monde sensible, leur esprit devient réfractaire aux questions supra-sensibles. Cette absence de familiarité et cette distance à l'égard des choses immatérielles, ainsi que leur confiance extraordinaire dans l'expérience, arrivent à un point tel que celle - ci leur sert de base pour leurs idées et leur conception du monde. Elle est le seul moyen et le seul instrument acceptable pour connaître et juger et résoudre toute question. Or la fonction des sciences expérimentales est de dégager les liens existant entre les différents phénomènes, d'établir une liaison entre eux - mêmes non entre Dieu et les phénomènes.

Dans la science expérimentale, on ne se propose nullement de débattre Dieu, et il ne faut pas s'attendre à pouvoir connaître les réalités supra - sensibles en comparant des phénomènes sensibles, ni à mettre Dieu en évidence dans les essais de laboratoires.Les sciences ne peuvent pas soumettre le problème de l'existence de Dieu à des savants travaillant en laboratoires, et par cette voie porter un jugement tranchant, en disant que si une chose n'a pas été observée, et ne se prête pas à l'expérience ni à la mise en équations mathématiques, elle est dénuée de toute réalité.

Aucune expérience ne peut être conduite pour pouvoir décider qu'une entité non-matérielle existe ou non. Car l'expérience ne peut démontrer que ce qu'elle peut aussi récuser. Les sciences et la métaphysique sont deux connaissances, et chacune jouit de son identité et d'une force spécifique égale à l'autre.
La loi métaphysique qui ne procède pas de l'expérience objective, ne peut pas être rejetée par elle.
Et des milliers d'expériences scientifiques ne seraient jamais à point de démontrer que toutes les choses sont matérielles.

Alors que toute la panoplie sophistiquée des moyens utilisés en laboratoires n'ont pas pu ouvrir la voie de l'univers vaste et ténébreux des éléments inconnus, ni jeter toute la lumière sur les faits se produisant dans les particules infinies; ils n'ont même pas encore pu accéder à la connaissance de la nature de la matière.

Bien que la méthode expérimentale soit très profitable dans le perfectionnement de la connaissance du système précis de la création, et qu'on puisse la considérer comme une base solide pour la foi en un créateur, grâce à l'observation de l'ordre régnant dans la nature et mis en évidence par l'expérience, et qui suppose l'existence d'une cause première sage et puissante, néanmoins, en générale, l'objectif et le souci des savants naturalistes n'est pas de parvenir au Créateur de l'existence. Pour eux les sciences se chargent toujours de la découverte des secrets de la création tangible; et ne se permettent pas d'outrepasser les limites étroites qu'elles s'imposent pour l'étude de leur objet, et se refusent d'avancer, par l'observation des rapports rigoureux existant entre les divers phénomènes de la nature à l'étape suivante de la connaissance.

La première étape est celle de la recension de tous les faits observables par les sens et l'expérience.

La seconde est celle de l'interprétation de ces faits, et des conclusions qu'ils imposent à la pensée.
D'une part, ils rassemblent les résultats des expériences, et d'autre part, ils réfléchissent sur les déductions à faire à partir des faits éprouvés, c'est - à dire des données scientifiques établies.
Car sans l'acceptation d'un créateur sage, il est impossible d'expliquer de façon satisfaisante l'ensemble des résultats des différentes sciences et des rapports et liens existant entre eux.

Mais en pratique, le travail et la méthode de la pensée scientifique se font sur la base de règles et de recherches indépendantes de l'idée de Dieu. Un esprit dans lequel Dieu est absent devient le point d'appui du travail, et le savant se ferme ainsi à toute préoccupation étrangère à sa méthode.

D'autre part, puisque la vie pratique des gens est inévitablement dépendante des sciences, et que le savoir expérimental embrasse tous les aspects de la vie matérielle, enserrant l'homme dans un cadre hermétique, au point que parmi ses outils et instruments, très rares sont ceux qui n'en portent pas la marque (de la science), de telles conditions entraînent forcèment une plus grande confiance des gens dans les sciences. Leur comportement s'en ressent, et un certain scepticisme se fait jour à l'endroit de l'existence.

Dès que la logique scientifique marque de son empreinte toutes les pensées, les hommes élaborent leur conception du monde au creuset de cette logique, au point d'être persuadés que toute question ne peut être approfondie que sur la base de la connaissance scientifique qui confère crédit et authenticité.
Finalement toute chose qui échappe à la perception sensible est considérée comme inconnaissable, et aucune voie n'est ouverte pour sa démonstration.

Paul Clarence Ebersold, le célèbre physicien écrit:

"Au début de mes études, j'étais fasciné par les méthodes scientifiques et j'étais persuadé qu'un jour la science découvrira tout, et révèlera les secrets de tous les phénomènes, et même qu'elle éclairera le principe vital, ses manifestations et la conscience humaine.

Mais au fur et à mesure que j'apprenais, et que j'examinais toutes les choses depuis l'atome jusqu'aux galaxies, je me suis rendu compte que beaucoup de choses demeurent inconnues. La science peut avec succès expliquer en détail la constitution de l'atome ou encore définir les propriétés des entités naturelles, mais elle ne sera pas capable de définir l'âme et l'intelligence humaine. Les savants ont conscience de ne pouvoir étudier et connaître que les qualités et les quantités des choses sans accèder aux causes premières et au pourquoi de leurs propriétés. l'intelligence humaine, les sciences ne peuvent pas nous dire d'où viennent les atomes, les galaxies, l'âme, ou encore l'homme aux aptitudes stupéfiantes.

Les sciences peuvent avancer la thèse qu'à l'origine de l'univers, il y eut une explosion de laquelle sont issus les atomes, les étoiles et les galaxies, mais elles ne sauraient nous dire d'où vient cette matière initiale, ni la force qui a causé l'explosion. Pour répondre à cette question tout homme doté d'un esprit normal reconnaît l'existence d'un créateur."13

Par conséquent, l'empiriste qui ignore la méthode de connaissance religieuse, se fera pour règle de n'admettre comme juste et nécessaire que ce qui est conforme à la logique et à la méthodologie des sciences. En revanche, il se donnera le droit de considérer comme dénué de valeur, tout ce qui contredira les conclusions de sa science. La méthode ici est celle même qui dicte d'avoir confiance dans les expériences, et de fait il rapportera toute sa démonstration au critère de l'expérience.

Dans ces conditions où son sens religieux est l'objet d'une indifférence, en particulier cet ensemble de questions religieuses pratiques concernants les ordres et les interdits, et dont il ne retrouve pas de façon concrète les fondements dans ses recherches scientifiques pour pouvoir les expliquer.
Il s'attache obstinèment à la méthode qu'il a choisie lui-même, et en raison du pli qu'il a pris de tout exprimer avec ses propres concepts et de tout mettre en formules, il suppose comme vides et dénuées de valeurs les prescriptions religieuses les plus simples, les plus générales et les plus franches.

Cette facon de penser est fondamentalement incorrecte et erronée. Et ces sciences perdent leur caractère dès qu'elles entrent dans notre vie pratique, bien qu'elles aient des formules compliquées et extraordinairement minutieuses dont la connaissance exige de l'homme qu'il s'engage dans des recherches profondes et difficultueuses. Leur terminologie auparavant restreintes aux savants, devient un lien commun. Quand il en va autrement, elles restent des sciences qui ne sortent pas des cercles spécialisés et industriels ainsi que des bibliothèques et autres centres de recherches.

Tout le monde peut se servir des moyens comme le téléphone et la radio. Il en va de même de tous les instruments scientifiques. Malgré toute leur complexité et leur minutie, de simples instructions donnés par le spécialiste, suffisent à rendre le public familier avec eux.

Le spécialiste et l'expert ne fournissent pas à leur client le savoir technique et mécanique, mais seulement le produit des efforts ardus des inventeurs dont ils résument le fonctionnement en quelques phrases.
Ce n'est pas parce que les prescriptions religieuses n'ont pas été exprimées en formules scientifiques et qu'elles sont simples et accessibles à tous, qu'il faudrait les considérer comme des choses sans importance et sans valeur, qui feraient partie, de nos préjugés et de notre imagination et de notre mentalité erronée et qu'il faudrait ignorer leur rôle déterminant et leur influence profonde dans notre propre vie. Un tel raisonnement serait malhonnête et scientifiquement illogique.

Les lois scientifiques ne sont connues que lorsqu'elles sont vulgarisées, et qu'elles sont tangibles pour tous dans la vie individuelle et sociale.
En outre, si les prescriptions religieuses étaient à la portée de notre connaissance, de notre goût, et de notre perspicacité, nous n'aurions pas eu besoin de rites et de prophètes. Nous aurions pu les concevoir nous - mêmes.
En principe, les hommes ne tiennent pas compte de leur incapacité par rapport à leur capacité.

Le scientisme de notre époque a fait que les hommes, après les progrès accomplis dans le domaine des sciences expérimentales, sont devenus orgueilleux à telle enseigne qu'ils s'imaginent avoir soumis et dominé le monde de la réalité; alors que nul homme, à nulle époque ne peut prétendre avoir conquis tous les secrets de l'univers, et levé tous les voiles recouvrants la nature.
Il faut voir les réalités dans une perspective plus large, et comprendre que notre savoir est une goutte insignifiante face à l'océan des secrets inconnus parce que chaque découverte scientifique met au grand jour une grande quantité d'inconnues.

Tout au long des siècles, l'homme a déployé des efforts inlassables, mettant en oeuvre. tous ses moyens pour une connaissance plus poussée et plus complète de l'univers matériel. Le résultat en est qu'il a percé le secret de quelques mystères de ce monde, ce qui n'est pas grand chose étant donné qu'une montagne d'inconnues le cernent de toutes parts.

La parole d'Einstein confirme le caractère insignifiant du bagage scientifique en comparaison avec l'infinité des secrets. Il dit:
"L'image que l'on se fait du monde à l'aide de la science, est une image à moitié incomplète et non une image réelle du monde; parce qu'à cause de la faiblesse des organes de perception de l'homme, l'accès à une telle réalité n'est pratiquement pas aisé.
Et se contenter d'une représentation insuffisante de l'univers physique n'est pas quelque chose de liée à l'univers, mais une chose qui dépend plus de nous mêmes."14

Par conséquent, it faut évaluer de façon plus réaliste le domaine scientifique de la connaissance par les sciences du sensible ainsi que leurs influences, et analyser dans une optique saine et loin de tout parti pris pouvant être un obstacle sur la voie de la concrétisation de la vérité.
Sans doute, les sciences expérimentales ne peuvent rendre compte que de l'aspect phénoménale des choses.
Seuls la matière et les phénomènes matériels entrent dans leur domaine d'études et de recherches, parce qu'ils se prêtent à l'examen analytique en laboratoires. Aujourd'hui, la démarche scientifique est celle de l'observation et de l'expérience. Et comme l'objet de l'empirisme est l'examen du monde objectif et extérieur; pour s'assurer de la justesse ou de la fausseté d'une proposition, les savants la rapportent au monde extérieur et la soumettent à l'expérience et aux tests. Si elle est confirmée, elle est acceptée; sinon, elle est rejetée.

Donc, en tenant compte de la méthode et de l'objet des sciences expérimentales, il faut se demander si les réalités métaphysiques peuvent être mises à l'épreuve de l'expérience par des moyens de la perception sensible et de l'expérience, et aussi quelle recherche expérimentale a le droit de se mêler de foi et de croyance, et se demander où les sciences expérimentales établissent elles un lien avec Dieu.

Le savoir matériel est une lanterne qui peut éclairer une partie des inconnues, mais il ne peut pas percer toutes les obscurités. Car la connaissance de tout système, dépend de la façon dont son ensemble est connu, de façon que cette connaissance soit globale. Mais le fait que l'on cloître le savoir humain dans le cadre de la connaissance sensible, empêche de parvenir à une vision totale, et constitue un frein, une limitation de l'objet scientifique et une ignorance des profondeurs de l'être.

En principe, que nous croyons en Dieu ou non, c'est une question qui n'entre pas dans le sujet des sciences expérimentales, parce que si l'objet d'étude est matériel, elles ne sauraient porter un jugement acceptable, positif ou négatif, parce que les doctrines religieuses professent que Dieu n'est pas un corps matériel, qu'il n'est pas perceptible par les sens, et qu'il n'est limité ni par le temps ni par l'espace.

Il est un être dont l'essence ne dépend pas des contingences temporelles, ni des conditions spatiales. Son essence n'éprouve aucun besoin ni nécessité. Il connaît ce qui est manifeste dans le monde et ce qui y est caché.
Tout est uniformément apparent pour lui. Il est la perfection même au - dessus de laquelle n'existe aucune autre perfection. Il est au - dessus de tout ce que l'esprit humain peut concevoir. Et s'il nous est possible d'appréhender son essence, c'est à cause de l'insuffisance qui nous caractérise, ainsi que nos instruments et autres moyens de la connaissance.

Pour la même raison, si vous examiniez tous les livres des sciences expérimentales, il n'y sera pas fait mention du moindre cas d'expérience relative à l'existence de Dieu, ni de jugement sur lui.
Et si en outre, nous considérons les sens comme le seul moyen d'investigation de la réalité, il faut noter qu'en s'appuyant sur eux, on ne peut pas démontrer si rien n'existe hormis le monde sensible.

Une telle assertion n'est pas expérimentale puisqu'elle ne résulte d'aucun argument sensible.
Si nous supposons que les partisans des doctrines religieuses n'avaient aucun argument pour étayer leurs professions de foi, le point de vue niant l'existence d'un monde suprasensible est lui aussi un point de vue arbitraire, reposant sur l'imagination et l'illusion.

Une telle négation n'est pas digne de la science ni de la philosophie, et contredit même la logique de l'expérimentation.
Dans son ouvrage, Principes élémentaires de la philosophie, Georges Politzer écrit:
"La représentation de quelque chose échappant au temps et à l'espace, et préservé du changement et de la transformation est impossible;."

Il va de soi qu'une telle affirmation reflète un type de pensée qui ne sait pas ce qu'elle cherche, et dans quel but elle oeuvre.
Sinon, elle se serait inquiétée de la façon de le chercher. Mais comme le pivot de son activité ne concerne que la nature et le monde sensible, elle perçoit naturellement comme impossible tout ce qui est loin de son domaine d'action et qui ne se prête pas à l'expérience des sens.
Le reconnaître comme possible, lui semble être en contradiction avec la méthode de pensée scientifique.

Alors que, en tenant compte de l'infinité des seules inconnues se rapportant à cette planète et à cette matière inerte palpable avec laquelle il est en rapport constant, le seul droit qu'on puisse reconnaître à un savant naturaliste - quand on sait que le monde matériel lui - même ne se réduit pas à la terre où il habite - est qu'il dise:
"Je me tais, et je ne nie pas"

Comment en effet pourrait-il se permettre de nier quelque chose qui exige la connaissance de tout l'ordre universel, alors qu'en comparaison, son savoir est quasiment nul.

Et quelle preuve avons-nous que l'existence se réduit au monde matériel? Quel savant négateur de la métaphysique a pu jusqu'ici étayer sa négation avec des arguments et de la logique, et fournir la preuve qu'au delà du monde sensible il n'y a que le néant pur?

* * *

Bien que la science ne rejette pas catégoriquement toutes les inconnues quand elle réalise que ses moyens sont insuffisants pour les appréhender, et bien qu'elle ne perde pas espoir de les ajouter au domaine du connu, les matérialistes refusent d'évoquer la question de l'existence de Dieu, même sous la forme d'un doute.

Avec leurs préjugés erronés et hâtifs, ils demeurent dans leur position de négation d'un créateur.
Ils ont donné leurs propres critères, mais refusent de s'en servir dans certains cas. Ils n'autorisent pas par exemple que l'on utilise le critère de la surface à propos du volume. Mais quand ils en viennent à l'évaluation du monde suprasensible, ils veulent soumettre Dieu, l'âme et l'inspiration céleste aux mêmes moyens et critères matériels; et quand ils se rendent compte de l'impossibilité de leur entreprise, ils décident carrément de les nier.

Cela étant, si quelqu'un se limitant à sa logique expérimentale veut admettre de l'existence cette part que lui permettent ses expériences sensible, et nie l'existence d'un monde extra - physique, il devra reconnaître qu'il s'agit là d'une voie qu'il s'est choisie lui - même, et non d'un résultat dicté par les enquêtes et les expérimentations scientifiques.
Ce pseudo - intellectualisme procède d'une sorte d'indiscipline mentale, et de rebellion contre les règles de la nature primordiale.

Les croyants ne considèrent pas comme Dieu, celui dont les savants démontreraient l'existence par des instruments naturels. Et les sciences de la matière sont encore impuissantes à remporter un tel succès.

"La logique démontre l'existence de Dieu, et ne peut la nier. Il se peut que comme par le passé, certains continuent de nier l'existence du Créateur, mais personne ne pourra étayer sa position par des arguments rationnels. Et s'il existe une preuve rationnelle pour nier ou douter de l'existence d'une chose il faut la nier ou en douter.

Pour ma part, jusqu'à ce jour, je n'ai rencontré personne, tout au long de mes recherches, qui ait eu une preuve correcte pour nier Dieu.
Par contre, j'ai vu un nombre incalculable d'arguments acceptables par la raison et démontrant l'existence de Dieu."16

* * *


Chapitre IV Dieu et Ses Attributs Chapitre IV
Dieu n'est pas le seul "invisible"
Le Dieu à l'adoration et à la connaissance duquel nous convient les prophètes et les chefs de notre religion, a entre autres qualités, celle d'être absolument non - perceptible par les sens.
Outre cette qualité, Il est aussi éternel et infini. En même temps qu'Il est en tout lieu, Il n'est spécifiquement nulle part. Mais la nature et toutes les choses sensibles constituent le lieu de ses manifestations.
Sa volonté est manifeste en tout point de l'univers et les phénomènes naturels témoignent de Son essence et de Sa force.

Non seulement Il est invisible, mais nos sens sont incapables de Le percevoir, car ce qui peut prendre place dans notre cerveau est toujours sous le coup d'une limitation, alors que Dieu est absolu et infini.
Evidemment, la représentation d'un être qui échappe ainsi à la perception des sens, qui n'a pas de couleur ni de forme matérielle, et ne se prête pas à l'observation et à l'expérimentation, est difficile.

Quand la représentation d'une chose lui est problématique, l'homme trouve plus facile de la nier.
Ceux qui veulent résoudre la question dans le cadre étroit de leur propre capacité intellectuelle, disent:
Comment peut-on ajouter foi à l'existence d'un être invisible?

Ces gens perdent de vue cette vérité que l'homme ne peut connaître, à l'aide de ses sens naturels limités qu'une facette de l'être.
Il n'a pas la capacité de saisir l'être dans sa totalité. Avec ses organes sensoriels, il ne peut aller au - delà des apparences des phénomènes, et les sciences expérimentales perdent de leur pouvoir dès qu'elles parviennent aux confins de la métaphysique.

Puisque l'homme au moyen de ses instruments et laboratoires scientifiques ne peut parvenir à rien dans ce domaine, il n'a pas le droit, tant qu'il ne disposera pas de la preuve formelle de l'impossibilité de la connaître, de rejeter une idée sous prétexte qu'elle ne concorde pas avec sa méthode et ses moyens matériels.

Quant à nous, nous découvrons l'existence d'une loi invisible à travers l'observation d'un ensemble de phénomènes inexplicables autrement que par cette loi.
Et si les lois scientifiques n'étaient prouvables que par l'observation directe, plusieurs faits perdraient leur scientificité.

* * *

A propos des réalités matérielles, tout être raisonnable adhère au principe suivant lequel le fait de ne pas sentir ou voir ne peut pas constituer un motif essentiel pour se nier, tout comme il ne peut taxer d'inexistant tout ce qui échappe à sa perception sensorielle; à plus forte raison les réalités non matérielles.

Dans les expériences scientifiques, nous ne nions pas l'existence de la cause d'un phénomène quand celle - ci n'est pas encore mise en évidence. Nous disons plutôt que la cause nous en est inconnue. Ce qui signifie que notre loi est distincte des expériences scientifiques, et que l'on ne peut nier la causalité au moyen de l'expérimentation.
Et d'ailleurs avons - nous vu de nos yeux toutes les choses que nous acceptons et dont nous croyons en l'existence? Même dans ce monde matériel peut - on voir et sentir toutes les choses, sans que nous percevions Dieu?

Tous les matérialistes savent que la plupart de nos connaissances font partie de propositions et de réalités non sensorielles et non familières. Sur la scène de l'existence, il y a beaucoup de choses qui ne se prêtent pas à la perception visuelle, surtout à notre époque de progrès des sciences où des réalités innombrables ont été découvertes. L'une des questions qui font l'objet d'un intérêt accru de la part des savants est celle de la transformation de la matière en énergie.

Les êtres et les corps visibles de ce monde doivent transformer leur forme originelle en énergie pour assurer leur survie. Mais cette énergie qui est le pivot de nombreuses actions et réactions du système de l'existence est - elle visible et tangible?

Nous ne savons que trop que l'énergie est une source de force, mais sa nature demeure encore pour nous une énigme. Certaines découvertes résultent de la spéculation et de l'argumentation pure, non de l'observation visuelle.
La connaissance de particules extrêmement petites se fait par des déductions résultant des expériences. Et toute la connaissance des réalités atomiques a lieu par la démonstration, et si l'activité des atomes, et des molécules n'entraînait aucun effet apparent, l'on demeurerait dans l'ignorance même de leur existence.

Aucun physicien ni homme de laboratoire n'a pu voir de ses yeux l'électricité qui fait pourtant partie de notre civilisation, de notre science, et de notre vie quotidienne. Personne ne l'a pesée, ni touchée pour en éprouver la consistance, ni entendu son bruissement.
Personne ne peut affirmer directement la présence d'électricité dans un fil métallique, sans l'intermédiaire de l'expérience.

La nouvelle physique affirme que les objets que nous touchons sont solides, inertes et stables et que l'oeil nu ne perçoit pas leurs mouvements.
Mais en dépit de leur apparence extérieure, ce que nous voyons et sentons est un ensemble de molécules qui ne sont ni solides, ni inertes, et ni stables. Tout objet ne connaît rien d'autre que transformation et mouvement permanant qui échappent à nos organes sensorielles.

L'air qui est si abondant autour de nous a un poids extraordinairement lourd, exerçant une pression permanante sur le corps, évaluée à 16 tonnes. Comme cette pression est neutralisée par le corps, nous n'en éprouvons pas de malaise.

C'est là une réalité scientifique indiscutable, demeurée méconnue jusqu'à Galilée et Pascal, parce que nos organes sensoriels ne pouvaient pas la percevoir.17

Même les propriétés attribuées aux éléments naturels par les savants par déduction spéculative ou expérimentale, ne peuvent pas être perçues directement.
En principe, le but et le résultat de toute investigation scientifique consiste en l'étude des vestiges et effets partiels et sensibles de la matière pour en découvrir les facteurs cachés et les lois générales.

En géologie, on étudie la formation des couches géologique remontant à des millions d'années, puis l'on déduit de façon catégorique les plissements, les couches, les fossiles, l'étendue progressive des océans, des chaînes de montagnes, des déserts, alors qu'aucun savant n'a été témoin de ces transformations géologiques.

Dans notre univers mental, des notions comme la justice, la beauté, l'amour, l'inimitié et la rancune ou le savoir, n'ont pas d'existence tangible et sensible, ni la moindre apparence physique, mais cela ne nous empêche pas de leur reconnaître une réalité. On ignore la nature de l'électricité, des ondes hertziennes et de l'énergie, ainsi que celle des électrons et neutrons. Nous ne connaissons leur existence que par l'effet qu'ils entraînent.

* * *

Naturellement, la vie existe et l'on ne saurait la nier, mais par quel moyen pourrait - on la mesurer? De même quel critère nous permettrait de mesurer la vitesse du processus de la pensée et de l'imagination?

"J'ai souvent demandé à mes élèves d'essayer de rédiger pour moi la formule chimique d'une pensée, de m'en dire la longueur en centimètre, son poids en grammes, sa couleur, son image agrandie, sa pression et son élasticité, son champ d'action, la direction et la vitesse de son mouvement. Ils ne pourront jamais exprimer l'idée ou la pensée par une interprétation physique, une équation ou une formule chimique."18

Une nouvelle terminologie doit être utilisée où les notions de poids, de longueur et autres notions semblables perdraient la signification qu'on leur donne en physique.

La science est un savoir testé, mais elle est aussi en butte à l'erreur. Elle n'a de caractère légal et d'authenticité que dans ses limites propres. Son domaine est celui du quantitatif. Elle commence et finit par des hypothèses et non des certitudes. Ses conclusions, en particulier dans les mesures et les relations existant en les divers phénomènes qu'elle étudie sont provisoires, approximatives et comportent toujours une marge d'erreur. Les déductions scientifiques ne connaissent pas de fin, chacune rédifiant ou bouleversant la précédente.

"Toute réalité a été jusqu'à présent discutable. Nos perceptions personnelles des phénomènes naturels sont très relatives et conditionnées.
Dans ce monde étrange et agité, il n'y a aucun évènement qui puisse nier d'une façon ou d'une autre l'existence d'une activité divine, et en démontrer la vanité."19

Il n'est donc que trop clair que nier l'existence de ce qui n'est pas perceptible par nos organes sensoriels, visuels et auditifs est une attitude illogique et contraire aux principes rationnels. Pourquoi les athées acceptent ils un principe scientifique et en rejettent - ils un autre, en l'occurence l'existence de Dieu.

Ne perdons pas de vue que nous sommes limités par le cadre matériel de notre vie. Nous ne pouvons nous représenter ordinairement un être absolu. Si nous disions à un paysan qu'il existe dans le monde une ville du nom de Londres , grande et très peuplée, il se la représenterait sous la forme d'un grand hameau, semblable aux dizaines de villages proches du sien, avec la même forme architecturale, les mêmes vêtements, les mêmes rapports entre les individus, et s'imaginerait aussi que le mode de vie des londoniens est le même que chez lui.

La seule chose que nous pouvons lui dire pour rectifier l'image erronée qu'il se fait de Londres est que cette ville est un lieu habité, mais pas de ces lieux qu'il pense, et qu'elle n'a rien de comparable à ceux qu'il a vus.
Dans le cas de Dieu aussi, ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'Il existe, qu'Il est vivant, puissant et savant, mais que Son existence, Sa science et Sa puissance, sont en dehors de notre compréhension.

C'est par ce moyen qu'il est possible, dans une certaine mesure, de dépasser les limites qui nous sont imposées. Même pour les matérialistes, il est impossible de se représenter réellement ce que fut la matière à l'origine, la matiera prima. Bien qu'il semble que nos connaissances les plus évidentes et les plus justes soient celles qui nous sont données par nos sens, dans les questions scientifiques et philosophiques, on ne peut pas s'appuyer sur les données des sens.

Il faudrait en discerner, sans préjugé aucun, la nature et la réalité ainsi que la part de crédit qu'on peut leur accorder dans l'investigation des faits. Autrement, on s'ex pose à l'errance, car les connaissances nées de nos sens concernent seulement une quantité spécifique de phénomènes et d'objets sensibles, et ne portent pas sur la nature et l'essence de ces objets et phénomènes. Notre vue, qui est le plus sûr moyen de discerner les réalités, est impuissante, dans de nombreux cas, de nous en donner une image nette et complète. Elle ne peut percevoir que la lumière dont la longueur d'onde est située entre 4% et 8% de micron, et ne peut percevoir les couleurs situées au - delà de l'ultraviolet et en - deça de l'infra - rouge.

En outre, les ouvrages de psychologie consacrent des chapitres entiers à l'étude des aberrations de nos sens, en particulier pour les illusions d'optique. Les couleurs que nous distinguons comme telles ne sont en réalité que des mouvements vibratoires de différentes fréquences perçues différemment par l'oeil. En d'autres termes ce que nous percevons avec nos organes sensoriels est limité par la structure et la capacité mêmes de ces sens. Par exemple, il a été déduit que certains animaux, comme le boeuf ou le chat, distinguent toutes les choses différemment de l'homme, bien que l'analyse scientifique n'ait pas encore éclairci la nature du mécanisme de la perception polychronique, et q ue les idées avancées dans ce domaine soient encore hypothétiques.

Pour montrer que l'on ne peut se fier au sens tactile, on peut se livrer à l'expérience des trois récipients remplis respectivement d'eau chaude, d'eau froide et d'eau tiède: On met une main dans l'eau chaude, l'autre dans l'eau froide. Après quelque temps, on retire les deux mains et on les plonge dans le troisième récipient. On éprouve alors avec étonnement une sensation double: une main témoigne que l'eau est froide, l'autre qu'elle est chaude, alors qu'il s'agit du même liquide, de température égale.

Mais la raison et la logique nous affirme qu'il est impossible que l'eau soit simultanémènt froide et chaude. Cette aberration du sens tactile est dûe au fait que le sens tactile a provisoirement perdu sa fonction sous l'effet des deux récipients d'eau chaude et d'eau froide.
Y a-t-il alors une autre voie que celle de tout soumettre au jugement des perceptions intellectuelles pour se prémunir des aberrations de nos sens?
Car c'est l'esprit seul qui peut juger de la véracité des messages sensoriels; or lui - même prend sa source dans l'univers supra - sensible.

* * *

Par conséquent, nos sens qui ont une valeur empirique, sont dépourvus de valeur scientifique. Et ceux qui dans leur recherche ne s'appuient exclusivement que sur les données brutes des sens ne pourront jamais résoudre les problèmes de l'être.
De ce que nous avons appris à propos de la capacité réaliste des sens, nous inférons que dans le domaine de l'expérience, les sens seuls ne peuvent pas non plus faire parvenir l'homme à un savoir sûr, ni le guider vera la vérité; à plus forte raison quand il s'agit de questions échappant aux facultés sensorielles.

Les partisans des doctrines métaphysiques sont d'avis que tout comme l'expérimentation est la méthode d'investigation et de connaissance du monde physique, l'intelligence et la spéculation sont le moyen d'investigation des réalités dans le domaine métaphysique.

Camille Flammarion écrit dans son livre: "Les Secrets de la mort":

"Les hommes vivent dans l'ignorance et l'inconscience. Ils ne savent pas que sa constitution physique ne peut pas conduire l'homme aux vérités. Ses cinq sens le trompent en tout. La seule chose qui peut guider l'homme dans sa quête de la Vérité est la raison, la pensée et, l'attention scientifique.

De nos jours, la raison juge catégoriquement qu'il existe des êtres, de l'air, des forces et des choses que nous ne voyons pas, et que nous ne pouvons percevoir avec aucun de nos sens.
Par conséquent, il est possible que des choses et des êtres vivants, autres que ceux que nous connaissons existent hors du domaine de nos sens.
Ainsi, quand il a été démontré scientifiquement que les sens n'ont pas la capacité de connaître tous les êtres, et que même ils nous induisent en erreur, nous ne devons pas nous imaginer que la création se limite à ce que nous percevons avec nos sens.

Nous devons plutôt penser le contraire.
Avant la découverte des microbes, personne ne se doutait que chaque corps en portait des millions et que la vie de tous les êtres vivants en était menacée. C'est pourquoi nous affirmons que ce qui nous guide vers la réalité, c'est la raison et l'esprit.

* * *

Chapitre V
Le principe de la causalité
Le principe de la causalité est une loi générale et universel, et aussi le soubassement de tous les efforts pratiques ou scientifiques. Le souci des savants de découvrir la cause de tout évènement naturel ou social s'explique par le fait qu'ils n'acceptent et n'accepteront jamais que quelque chose se produise sans facteur préalable.

Les investigations des savants et des penseurs, partout dans le monde, leur ont permis de connaître davantage l'ordre complexe qui régit la nature. Plus ils ont progressé dans leur savoir, et plus ils se sont persuadés du principe de la causalité. Le lien de cause à effet, et ce fait qu'aucun phénomène ne survient sans un agent est l'un des arguments rationnels les plus puissants, et l'idée la plus impérieuse de l'humanité. C'est aussi une chose tout à fait naturelle, innée, régissant automatiquement au niveau du cerveau, nos actions et réactions.

Même les peuples non - civilisés ont tendance à chercher les causes des phénomènes. Mais comme ils sont privés des moyens d'investigation scientifique, ils justifient les phénomènes en les imputant aux actions des esprits et génies, bénéfiques ou maléfiques.
Même les philosophes voient dans le principe de la causalité une idée découlant directement de la structure mentale innée de l'homme.
Dans cet univers matériel où se déroule notre vie, il ne nous arrive jamais de rencontrer un incident tout à fait forfait, et rien de hasardeux ne s'est jamais produit tout au long de l'histoire, pour que nous puissions au moins reconnaître aux choses un caractère accidentel.

La précision, le calcul et la mesure naissent de la pensée, de la volonté, de la force et de la capacité constructive et efficace, qui agissent sur la base d'un projet ou d'une intention. Alors que ce qui procède d'un facteur dépourvu d'intelligence révèle dans tous ses aspects le désordre et la confusion. Comment peut - on imputer au hasard cet ordre et cette merveille qui gouverne la nature depuis l'aube de l'existence à nos jours?

Cet ordre peut - il être le résultat d'un coup de dés?
Quelle science de la nature ou quelle science humaine ou encore quel homme peuvent - ils affirmer qu'un moindre évènement s'est produit sans cause ni raison?

La chaîne des causes et des effets remonte à l'infini; et l'incapacité de discerner la cause première ne doit pas servir de prétexte pour la nier, ni pour décider qu'une telle cause est le premier chaînon.
Si le monde n'était pas le produit d'un esprit sage, profond et puissant, d'une volonté consciente, et s'il n'avait été conçu par un ordonnancement ingénieux qui le préserve de tout écart et de toute déviation aux normes de la création et des lois qui le régissent, il serait à tout instant, et dès son apparition, exposé au danger d'anéantissement. Parce que si un phénomène se produisait incidemment dans une des phases de la constitution de l'être, il contribuerait beaucoup à l'anéantissement de l'univers. Car le moindre désordre dans l'équilibre des éléments, et la disharmonie la plus simple qui s'y ferait jour dans le rayonnement solaire ou dans les lois universelles suffiraient pour causer un telescopage des galaxies, une explosion suivie d'un anéantissement.

Si l'apparition du monde résultait d'un hasard, pourquoi alors l'explication matérialiste reposerait -elle aussi sur la base d'un ordre, d'une prédétermination, et de l'absence du hasard?
si tout l'univers n'était dû qu'au hasard, quelle chose est survenue qui ne lui devrait pas son existence?
Si une chose survenait autrement que par le hasard, quelles en seraient ses propriétés et ses spécificités pour les confronter avec les divers phénomènes du monde?

Alors que dans l'existence, on ne rencontre rien qui soit né spontanément. Et dans l'atelier de la création, rien ne se voit qui ne témoigne de la raison, de la minutie de son auteur. Et d'autre part ce sont les particularités de l'effet qui nous orientent toujours vers les particularités de l'agent de cet effet.
Si c'est le hasard qui est à l'origine de l'ordre et de l'harmonie, toute chose planifieé à l'avance devrait être confuse et décousue, parce que les concepts d'ordre, de plan et de calcul s'opposent au hasard.

Par conséquent l'hypothèse du hasard, comme fondement et mobile de l'ordre universel n'est compatible avec aucune preuve ni argument scientifique, et ne peut aucunement être acceptée comme solution définitive du problème de la structure de l'être.
L'usage fréquent à propos de certaines questions du vocable de hasard est tout à fait provisoire, car il traduit une me connaissance de la cause et non un jugement définitif. On continue de s'en servir jusqu'à ce que la cause se révèle au savant; après quoi, il est abandonné.

Francis Bacon, grande figure du mouvement scientifique européen dit:
"Il se peut que je croie en toutes les légendes, mais je ne saurais accepter que la base de cet univers a été const ru ite sans conscience et sans science.

Seule une philosophie superficielle pourrait entraîner l'humanité à l'athéisme. Une philosophie profonde serait celle qui dirigerait l'homme vers la religion.
Car celui qui a vu les causes proches et ne pousse pas plus loin, il se peut qu'il ne professe aucune foi en Dieu. Mais s'il considère la chaîne des causes et des effets dans son ensemble il ajoutera finalement foi à la volonté divine, éternelle et unique."20

* * *

Il convient ici d'évoquer les propos échangés un jour entre Newton et un de ses amis matérialistes. Il avait commandé à un mécanicien habile et de talent de fabriquer une maquette du système solaire.
Les planètes en étaient représentées par des boules qui se mouvaient toutes en même temps grâce à une courroie, autour d'un noyau représentant le soleil.

Un jour donc Newton reçut la visite d'un ami professant des idées matérialistes. Dès que celui - ci entra, son regard fut attiré par la maquette qui l'éblouissait par la perfection qui s'en dégageait. Quand il en déclencha le mouvement, il vit les petites planètes entamer leur mouvement autour du soleil. Il ne put contenir son admiration:

"Quel travail parfait, qui est - ce qui l'a fabriqué?:
Newton répondit: "Personne! Il est venu par hasard". Le savant matérialiste dit: "Mr. Newton, je crois que je ne me suis pas fait comprendre. Je vous ai demandé quel mécanicien est l'auteur de cette maquette, et qui en a fourni les plans?" Newton répondit: "J'ai parfaitement entendu votre question, et c'est en réponse que j'ai dit que personne n'en était l'auteur et que cette maquette s'est trouvée ici d'elle - même.
Ses atomes et ses molécules se sont rassemblés ici, et ont pris par hasard la forme qui est en ce moment devant vous." L'autre avala sa salive et dit: "Mr. Newton, vous vous imaginez peut - être que je suis assez sot pour que j'attribue au hasard la fabrication d'une oeuvre qui ne peut être conçue que par un maître?"

Newton s'approcha alors de son ami, le prit par les épaules et lui dit: "Cher ami, ce que vous voyez et dont vous cherchez à connaître le fabricant n'est rien d'autre qu'une maquette. Une maquette qui est l'imitation d'un système réel énorme le système solaire.
Cependant, vous n'êtes pas prêt à admettre que cette maquette ne doit son existence qu'à elle - même; qu'elle ne la doit pas à un artisan habile, savant, et qui est conscient de ses gestes. Pourquoi alors persistez - vous à croire que le système solaire, avec toute sa complexité, son énormité et son étend ue n'a pas de créateur puissant et savant? "Le matérialiste demeura confus et silencieux.

* * *


Chapitre VI Dieu et Ses Attributs Chapitre VI
Primauté de la vie
La science affirme que c'est la vie qui engendre la vie. La vie des êtres animés n'est possible que par la voie de la reproduction sexuelle. La matière inanimée n'a jusqu'à présent jamais donné naissance à la moindre cellule, cela est vrai. Même parmi les êtres vivants élémentaires (les protozoaires), comme certains parasites et champignons.
Au témoignage de la science, la terre fut pendant une longue période, dépourvue de vie en raison de la chaleur excessive qui y régnait. Pendant des millions d'années, aucune verdure, aucune rivière et aucune source n'existait.

Le seul paysage qu'elle offrait était celui de la matière minérale le recouvrant et des volcans qui étaient alors beaucoup plus nombreux. Même après le refroidissement de son écorce elle est restée pendant des millions d'années sans êtres animés. Même après d'autres transformations de sa matière, la terre ne révélait encore aucun indice de vie.

Comment alors a jailli la vie?
Il n'y a pas de doute que la vie est apparue quelque temps après l'apparition de la terre dont l'âge atteint aux dires des savants les trois milliards d'années. Depuis combien de temps et comment elle a existé, c'est une q uestion sans réponse. Depuis des siècles, les savants enfermés dans leurs cabinets de travail ou leurs laboratoires tentent de résoud re cette énigme.

* * *

"La vie! Quelle parole envoutante! L'existence a-t-elle commencé avec le néant? La matière inerte peut - elle créer la matière animée, ou bien faut-il qu'intervienne la main puissante du Créateur? On dit parfois que la vie est venue sur notre planète à partir des autres corps célestes puisque les formes les plus élémentaires de la vie comme certains microbes flottant dans l'atmosphère d'un corps céleste, peuvent s'élever à des altitudes très élevées, et être entraînés sous la pression du rayonnement solaire vers une autre planète, pour finalement atterir sur un autre corps céleste où ils se développeront, se reproduiront et s'acclimateront.

Avec cette hypothèse, aucun pas n'a été franchi dans la voie de la résolution du grand problème, car on ne sait toujours pas comment est apparue la vie dans une des planètes du système solaire ou d'un autre système.

Entasser des ressorts, des cliquets, des roues dentées et des leviers ne suffit pas pour faire une montre. Ici aussi, en raison de l'absence du coeur, c'est - à dire du moteur de la vie et de l'appel à la vie, il est impossible de donner vie!21

Nous savons tout simplement que la matière est en soi inerte et dépourvue de vie, et que celle - ci ne peut être conçue comme un simple agencement de molécules. Car la question se pose de savoir pourquoi la matière vivante ne se répète que par la voie de la reproduction sexuée?

Les actions et réactions chimiques ne cessent jamais dans les corps inertes, et pourtant la moindre trace de vie ne s'y manifeste pas.
Et dire que la matière a tendance à être complexe et que la vie est apparue comme une phase du développement et de la perfection de la matière, n'est qu'une description des phénomènes vivants que nous percevons, non une explication de l'apparition de la vie.

En outre, puisque la matière est une, pourquoi certains de ses éléments se sont rassemblés, d'autres non; certains sont vivants et d'autres ne le sont pas?

D'où vient cette différence?
La seule chose qui résulte de la combinaison de deux ou plusieurs éléments est que chaque élément confère de ce qui lui est propre aux autres éléments, mais comment peut - il donner ce qu'il n'a pas?

Oui, les éléments acquièrent en s'assemblant, une particularité générale qui existe déjà en chacun d'eux. Mais les propriétés exclusives de la vie ne présentent aucune ressemblance avec celles de la matière, car la vie a des manifestations inconnues de la matière, et est supérieure en beaucoup de points à la matière. Bien que dans la forme, elle en procède, cependant dès que les rayons de la vie tombent sur la matière, elle manifeste le mouvement, l'action, la volonté et en fin de compte la perception et la connaissance. On ne peut donc pas expliquer la vie par des réactions chimiques.

"La vie n'est pas un système inerte et sans vie comme une usine. Elle est un système ayant la capacité de se renouveler et de se reproduire, de se maîtriser et de surpasser. Elle est douée naturellement du pouvoir de s'orienter, et ce don est pétri en elle de façon innée et lui permet de remplacer toujours ce qui en elle est flétri ou perdu."22

Quel est donc ce facteur qui fabrique des cellules si différentes et aux programmes si variés, destinées chacune à une fonction précise dans le corps. Et qui prépare une cellule sexuelle transmettant aux enfants les caractères et les particularités des parents, et cela sans que la moindre erreur ne survienne?
Nous voyons que les cellules de l'organisme présentent des particularités dans leur structure, notamment le pouvoir de regénération, de préservation de l'espèce et la capacité de variation.

Dans le corps humain, chaque cellule accomplit sa fonction au moment voulu. Leur répartition des tâches et des fonctions est surprenante; et se fait selon les besoins requis pour la constitution du corps.
Chaque cellule prend sa place dans le cerveau, les poumons, le foie, le coeur et les reins. A aucun moment on n'assiste à une défaillance des fonctions vitales. Les cellules éliminent les surplus inutiles, et veillent à ce que le volume de chaque organe demeure normal.

* * *

Attribuer cette répartition surprenante des fonctions cellulaires dont le but est la formation des organes nécessaires au corps des êtres vivants, à des facteurs mécaniques non - doués d'intelligence et de consience, serait une interprétation hâtive et naîve. Quel homme pensant librement serait prêt à accepter cette logique?
Par conséquent, la vie est une lumière qui brille d'un horizon supérieur sur la matière ayant la capacité d'être animée; elle lui imprime le mouvement et lui insuffle la pensée.

C'est la volonté orientatrice, la puissance de perfection et de transformation, et la sagesse supérieure du Créateur qui déverse sur la matière inerte le miracle de la vie avec toutes ses propriétés.
L'homme réaliste et conscient entrevoit au milieu du tumulte de la matière, une essence stable dans la vie, et contemple Dieu dans sa créativité permanente.

* * *

Chapitre VII
Les manifestations de Dieu dans la nature
En tant qu'un tout élaboré, l'univers matériel présente la meilleure, et la plus claire des preuves pour la connaissance de Dieu.
C'est à travers elle que se laisse révéler la sage volonté du Principe éternel, et qu'il est prouvé que c'est Son rayonnement infini qui pourvoit la vie aux créatures, qui lui doivent toutes, existence et développement.

La connaissance de Dieu peut se faire, sommairement, par deux voies. L'une est celle de la raison (sens commun) et l'autre celle des arguments philosophiques qui peuvent guider vers la Vérité absolue, conforter la foi, et parachever la connaissance.

Suivre la voie de l'argumentation qui est dans une certaine mesure ardue et complexe ne plaît qu'aux savants. Mais lire dans le livre de la nature et de la création qui témoigne dans toutes ses pages de l'intervention d'un esprit supérieur dans l'ordre universel, constitue aussi un argument pour reconnaître et croire en un créateur sage dont l'univers, avec toutes ses merveilles, n'est qu'une partie infime de la manifestation de la puissance; mais c'est aussi un argument simple et ordinaire qui ne présente pas le caractère d ifficultueux de la spéculation philosophique. C'est une voie ouverte à tous, depuis les savants et les penseurs jusqu'au commun des gens qui peuvent en profiter.

Chacun peut selon son aptitude et sa perspicacité voir dans toutes les formes de la création les signes de l'équilibre,de l'ordonnancement et de la solidarité, et entrevoir dans le moindre atome la preuve de l'existence d'un principe de la vie.

En examinant le corps d'un animal, n'importe qui comprendrait par lui - même en constatant l'ordre parfait du squelette et des membres, que sans l'intervention d'une volonté savante et puissante, une telle précision et un tel ordre seraient impossibles. Quant au physiologiste, il ne manquera pas de s'interroger sur la science infinie de la Réalité absolue, quand il examinera avec soin et minutie le mode d'alimentation des cellules, le fonctionnement du coeur, des poumons, du foie, de l'appareil digestif ou encore les secrets d'un être vivant.

Bien qu'on ne puisse jamais comparer les observations d'un physiologiste avec celles, superficielles, d'une personne ordinaire sur le corps d'un animal, en raison de ce fait que l'humanité, en accédant aux sommets de la science et en perçant les mystères de la nature a accompli des pas prodigieux dans la connaissance des systèmes de l'univers, il n'en demeure pas moins que les deux observateurs tirent la même conclusion.

Le choix des sciences expérimentales pour l'examen des énigmes innombrables de la nature, outre qu'il puisse être profitable à tous, présente aussi cet avantage que la prise de conscience des merveilles de la création et du système particulier qui la régit, non seulement met l'homme en contact avec le créateur, mais il lui fait connaître aussi les attributs de la perfection divine, ainsi que la science, et l'omnipotence du Créateur.

Cet ordre précis qui exprime l'harmonie et l'accord entre plusieurs choses différentes, traduit en fait l'objectif, le programme et la sagesse illimités de Dieu.
Dans toute l'étendue de l'existence, dans le règne animal et dans le règne végétal, sur la terre, dans l'espace et dans les planètes à l'intérieur de la pierre ou dans l'intimité de l'atome; combien d'innovations n'a t - Il pas investi dans le plus petit d'entre eux jusqu'au plus grand.

* * *

Du point de vue scientifique, il est établi que la matière ne peut pas se créer spontanément. La théorie marxiste du développement constant du monde vers un état supérieur se voit contredite par les données scientifiques et les faits naturels les plus manifestes.
Toutes les transformations de la matière inerte interviennent au contact d'une énergie extérieure, ou sous l'effet d'une attraction, d'un échange ou d'un assemblage avec une autre matière inerte.

Dans le règne végétal, la germination, la croissance et la fructification se font avec le concours de la pluie et de la chaleur solaire. Les plantes puisent dans le sol les matières nécessaires à leur vie.
Il en est de même pour le règne animal; où s'ajoute une volonté motrice vers ce qui est nécessaire et indispensable.
Dans les cas précédents, la collaboration des choses et des êtres avec le milieu extérieur est évidente, et selon les propriétés innées, et les lois et formules qui leur ont été imposées, tous les êtres sont obligés de se conformer aux règles de leur existence.

Les réalités que l'homme perçoit au moyen de ses sens présentent diverses caractéristiques propres. Nous voyons aisément que les créatures sont mobiles et instables. Tout au long de son existence, une chose matérielle, est soit au stade du développement soit dans celui de la décomposition et du déclin. En somme, aucun être matériel ne demeurera stable et invariable.
La limitation est aussi une des caractéristiques de l'être sensible. Qu'il sagisse de l'atome ou des galaxies, le besoin de temps et d'espace se fait sentir. Certains cependant ont besoin d'un temps plus long et d'un espace plus large.

En outre, tout être matériel est "relatif" du point de vue de l'ontologie et au niveau des perfections. Tout attribut de puissance, de grandeur, de beauté ou de science que nous donnons aux choses se fait par comparaison avec d'autres choses.
La dépendance est aussi une des spécificités du monde sensible. Tout être voit son existence dépendre d'autres choses qui le conditionnent. Il éprouve ainsi le besoin d'une série de conditions diverses.
On ne peut trouver aucune chose matérielle qui repose sur elle - même, et qui soit totalement indépendante des autres.

L'esprit, qui contrairement au sens, peut traverser les apparences des phénomènes et pénétrer dans la profondeur de l'être ne peut pas accepter que l'existence se confine aux choses relatives, limitées, variables et contingentes.
L'intelligence ressent la nécessité d'une réalité absolue, immuable, au - dessus des contingences et qui serve de point d'appui, au - delà du monde phénoménal, à tous les êtres existants. Une réalité qui ait la faculté d'ubiquité, qui soit éternelle et sans laquelle l'univers ne peut persister.

Le monde a besoin d'une réalité autonome, auto suffisante, inconditionnée, décidant de l'existence dans tous ses aspects relatifs, limités et conditionnés.
Toute chose éprouve le besoin d'être submergé par cette réalité absolue pour connaître la vie et l'existence, et refléter avec plus ou moins d'éclat la vie, la sagesse, la force et l'absolu de cette réalité. C'est à travers cette manifestation qu'il nous est loisible de connaître selon notre capacité intellectuelle, le Créateur.

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La solidarité réciproque entre la matière et les lois de l'existence ne témoigne nullement de l'absoluité de la matière. Mais la variété des formes et le lien puissant existant entre elles font naître cette idée que la matière obéit forcément aux lois et contraintes que lui dictent l'ordre et l'harmonie.
Car l'existence repose sur deux éléments fondamentaux. L'un est la matière, et l'autre la discipline et l'ordre. Ces deux éléments sont intimement liés, et l'ordre de l'univers est engendré par ce lien de dépendance.

Ceux qui considèrent la matière comme nécessaire, et s'imaginent que cette nécessité et les lois qui la régissent doivent leur existence à elles - mêmes, comment peuvent - ils admettre que l'hydrogène et l'oxygène, l'electron et le proton se sont créés eux mêmes, puis sont devenus la source engendrant tous les autres êtres, Et de là édicter les lois qui les commandent ainsi que l'univers entier?

Le matérialisme s'imagine que ce sont les êtres inférieurs qui évoluent en êtres supérieurs. Il ne se demande pas comment la matière supérieure, qui dans sa forme achevée qu'est l'esprit, ne peut pas se créer elle - même, ou encore se libérer de la loi naturelle qui la régit, pourrait dans sa forme inférieure, où elle est plus faible, se créer et se fixer des lois elle - même. Comment peut - on se persuader que la matière inférieure puisse créer des êtres supérieurs, et leur conférer le pouvoir d'exister?

Dans la science moderne des systèmes, ce principe est acquis que les systèmes constitués par des éléments vivants ayant un objectif, ou les systèmes organisés de l'extérieur sur la base d'un programme déterminé, peuvent connaître une évolution dans le sens de l'expansion, de l'organisation et de la perfection. Mais tout système simple ou complexe a besoin de l'aide ou de la relation avec l'extérieur, et ne peut pas s'édifier lui - même. Et tous les systèmes et matières du monde seront dépourvus de la capacité de créer ou de diriger un organe moteur évolué tant qu'il ne jouiront pas d'une volonté, d'une force et d'une conscience.

Sur la base du principe de l'entropie et de la loi des probabilités, un mouvement d'ensemble non coordonné ne peut avoir pour résultat que la cohue, le désordre et la mort.
La théorie des probabilités réfute catégoriquement l'explication du monde par le hasard. Elle la considère comme irraisonnable et impossible.
Les caluls mathématiques mettent l'accent sur la nécessité d'une force agissante douée de conscience pour concevoir, planifier et réaliser le monde.
En réalité, la théorie des probabilités est un coup violent sur la figure des partisans du hasard.
Si nous envisageons la théorie du hasard, dans le cas d'un système simple ou semi - complexe, la possibilité qu'il se produise, bien que lointaine, n'est pas nulle. Mais, le fait que se produise un hasard complexe causant cohésion, ordre et harmonie, dans le système sophistiqué du monde, est impossible.

Les transformations partielles ordinaires dans l'ordre existentiel ne peuvent pas justifier les changements du monde et les différentes combinaisons des éléments pour constituer un assemblage harmonieux.
Si la nature était à même de se composer à sa guise, pourquoi n'aurait - elle pas fait en ce moment preuve d'innovation, pourquoi ne bouleverserait-elle pas l'ordre actuel.

Même les évènements simples et banals engendrent des images étonnamment conformes aux objectifs de la création. Et cela en soi nous démontre que derrière ces évolutions surprenantes, il existe une force de laquelle elles émanent, et prennent leur forme et contenu.

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Une seule hypothèse peut expliquer ce réseau inextricable de relations entre des millions de phénomènes. Cette hypothèse consiste en ce que nous imaginions un créateur à cet immense système ordonné. Un créateur qui, avec sa force infinie et illimitée aurait fixé sur la terre une aussi grande variété d'éléments, assignant à chacun un programme. Cette hypothèse s'accorde pleinement avec l'harmonie et l'ordre qui fondent l'organisation de ces phénomènes.

Sans cette hypothèse, quelle probabilité a - t - on pour qu'une telle harmonie existe sans objectif et par pur hasard? Que vaudrait alors une autre hypothèse que celle de la création?
Si le monde était réduit à un être monocellulaire, la probabilité pour qu'un tel être existe serait très négligeable et insignifiante, et d'après les calculs effectués par Charles Eugène Gouy, biologiste suisse, cette probabilité est si infime au point de vue mathématique, que l'esprit ne peut pas la concrétiser mathématiquement.

Bachemil dit:
"Vous autres les matérialistes, vous avez accepté le mouvement et la rotation du soleil, de la terre et des autres planètes du système; vous êtes aussi persuadés que cet ordre possède une précision mathématique qui n'admet aucune erreur.

Et vous affirmez -en toute prétention- qu'aucune volonté n'existe derrière ces mouvements et ces moteurs énormes et incommensurables réglés avec minutie et sagesse. Vous êtes alors obligés de dire que le système solaire s'est créé lui-même, qu'il s'est donné lui-même cet ordre sophistiqué sur la base duquel il fonctionne, qu'il se préserve lui-même des collisions et des déviations au cours de son périple dans l'espace.
Personnellement, je n'admets pas qu'une personne qui se respecte puisse faire de telles affirmations."

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Chapitre VIII
Une solidarité mutuelle
Tous les êtres qui font partie du monde, obéissent dans leur vie intérieure et dans leurs relations réciproques à un ordre strict.
Leur composition et les rapports qu'ils entretiennent entre eux sont organisés de façon que chacun contribue au développement de l'autre, dans sa destinée finale. Ainsi chaque être poursuit son chemin vers l'objectif qui lui a été fixé, en agissant et en subissant l'influence des autres êtres dans le cadre de cet ordre.

Les sciences de la matière étudient principalement les phénomènes et le mécanisme du monde. La recherche de l'identité ou de l'essence des phénomènes n'entre pas dans l'objet de ces sciences.
Tout l'art d'un astronome est de dénombrer et inventorier les astres et les planètes, chercher si ces corps sont solidement fixés par une force interne, ou s'ils sont en état de rotation, si une force d'attraction prévient leur collision, et les maintient dans une orbite fixe; ou encore mesurer au moyen d'instruments, appropriés les distances des uns par rapport aux autres, leur masse, leur vitesse, et autres données mesurables. Mais le résultat de tous ces calculs ne dépasse pas l'aspect formel des phénomènes. L'astronome ne connaîtra jamais l'essence des forces agissantes, et pourquoi elles agissent.

Les savants peuvent expliquer le comment des choses mais en resteront toujours dans l'ignorance du pourquoi. Le naturalisme ne peut interpréter les millions de réalités qu'il y a en chaque homme et dans le monde qui l'entoure.
L'homme qui s'est frayé la voie dans le coeur de l'atome demeure stupéfait devant les mystères de la vie qui sont un défi à tous les savants d'élite.

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L'une des merveilles de la création est cette collaboration mutuelle existant entre deux phénomènes pourtant non-simultanés. Cette solidarité est illustrée par les moyens que prévoit un phénomène pour servir à un autre phénomène ultérieur.
Le meilleur exemple nous est offert par la relation entre la mère et l'enfant. Tant chez l'homme que chez les autres êtres vivants, les glandes productrices du lait destiné à l'embryon entrent en activité dès que le nouvel être prend sa forme dans le sein maternel. Leur activité s'accroît, en quantité et en qualité, en fonction des besoins croissants de 1'embryon, jusqu'au terme final où l'enfant vient au monde.

La nourriture produite par la mère est totalement adaptée au système digestif délicat de l'enfant. Elle est emmagasinée dans le sein qui le libère par le tétin que suce instinctivement le nouveau - né, selon la capacité de sa bouche.
La composition du lait change en fonction du développement du bébé. Et les savants sont d'avis que le sein d'une femme dont les couches ne sont pas récentes, ne convient pas à un enfant nouvellement mis au monde par une autre femme.

Une question se pose alors: cette correspondance parfaite entre les besoins variables d'un être et la structure des organes d'un autre être pourvoyant à ces besoins, ne résulte-t-elle pas d'une volonté et d'un plan préalablement conçus?

De même, cette interdépendance étonnante, et cette minutie que l'on constate dans la création ne peut - elle être autre que l'oeuvre d'une force absolue puissante et consciente? Ne sont - ils pas une preuve suffisante de l'intervention d'une puissance infinie et d'un grand ordonnateur en vue d'assurer la continuité de la vie, son développement et sa perfection.

La précision et la minutie que nous observons dans toutes les productions industrielles sont à l'évidence le reflet et le résultat des capacités, compétences et intelligences qui ont été mises en oeuvre. Sur la base de cette observation, nous pouvons dégager cette conclusion philosphique générale que chaque fois que nous rencontrerons un ordre et une structure élaborée, nous en déduirons qu'il existe derrière eux, une intelligence et une pensée.

La même précision que nous observons dans les unités industrielles se révèle à nous de façon plus éclatante et plus merveilleuse dans les choses de la nature, bien que la puissance de l'intelligence qui régit la nature soit sans commune mesure avec les produits de la pensée humaine.
Ne devons - nous pas voir dans l'ordre perceptible dans la nature l oeuvre d'une volonté et d'un savoir infini, comme nous voyons dans l'ordre industriel le fruit de la pensée et de la volonté humaine?


Chapitre IX Dieu et Ses Attributs Chapitre IX
Un phénomène médical digne d'éloge
La science médicale a accompli de nos jours des progrès tels qu'elle procède à des transplantations de reins et d'autres organes sur des sujets menacés de mort par la dégradation de leurs organes propres.
Ce progrès n'est pas le résultat du travail d'un seul homme, mais de plusieurs siècles, voire de plusieurs milliers d'années de labeur assidu des savants.

Donc, la greffe est le dernier maillon de la chaîne. Ce sont les savants précédents qui ont réuni les conditions la rendant possible aujourd'hui. Aurait - elle été possible sans la science et la recherche?
Il va de soi que la réponse est non. Il fallait que les cerveaux et les esprits puissants de plusieurs générations de savants se mettent en oeuvre pour réaliser enfin la transplantation des organes humains.

Posons - nous à présent cette question: si nous remplacions une roue de voiture par une autre roue, pourrait - on dire que ce changement qui exige une certaine compétence technique, demande plus de savoir que la fabrication même de la roue?
Est - il plus important de fabriquer une roue que de la remplacer?

De même en médecine, tout importante que puisse être l'opération de la greffe, elle ne diffère pas de l'exemple de la roue. Car jugée par rapport à la fabrication de l'organe greffé qui recèle tant de secrets et de sagesse surprenante et de subtilité, la greffe elle même est sans valeur.

Aucun savant réaliste ne soutiendra aujourd'hui que la greffe d'un rein est le résultat de la science et des expériences de milliers de médecin tout au long de l'histoire, mais que la structure (et la fabrication) du rein n'est la manifestation d'aucune pensée ni intelligence, mais un simple produit de la nature, moins intelligente qu'un enfant.

N'est - il pas plus logique de se représenter l'existence d'une intelligence ordonnant la création et la nature que d'affirmer que la matière se crée spontanément, aveuglément et sans volonté?
Sans conteste, il est plus logique de croire en la sagesse du Créateur qu'en une matière dénuée d'esprit et de conscience et incapable de prédéterminations, car on ne peut pas attribuer à la matière toutes les particularités et les qualités rationnelles que nous observons dans le monde.

Dans son livre Le monde tel que je le vois, Einstein écrit:
"Un savant sérieux croit en la loi de la causalité dans le monde de la création Mais quelle est sa religion? Sa religion est un étonnement emerveillé devant l'ordre minutieux et stupéfiant de la création, qui lève le voile de temps en temps sur les mystères, et par rapport auquel tous les efforts et toutes les pensées des hommes ne sauraient être comparés."

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Chapitre X
La finesse des oeuvres de la nature
Considérez un anophèle; regardez - le à l'oeil nu, sans microscope, et vous constaterez combien cet être minuscule et insignifiant est en fait extraordinaire par sa structure.
Son corps est doté de tout le nécessaire d'un laboratoire; sa circulation sanguine, son appareil digestif, son réseau nerveux, et son appareil respiratoire. Il fabrique avec une précision stupéfiante les matières dont il a besoin. A présent condidérez votre propre laboratoire. Quel en est l'envergure? Quelle quantité d'énergie humaine et d'intelligence y a - t - on investi?

Puis comparez votre laboratoire avec celui de l'insecte. Le votre est beaucoup moins rapide, moins précis. Combien de temps et d'intelligence vous faudra t - il consacrer pour préparer un médicament vous prémunissant des piqûres du moustique?
Pour accomplir une tâche donnée, il vous faut tant de calculs, de pensée, de précision. Mais le spectacle de l'ordre parfait régnant dans la nature ne constitue - t il pas une preuve de la sagesse de son créateur?

Est - ce une attitude scientifique de considérer le monde avec toutes ses merveilles et ses précisions comme le produit de la matière ignorante et dépourvue de sagesse?

Les insuffisances que l'on peut parfois relever dans la nature ne traduisent pas un défaut dans l'oeuvre de la création, mais plutôt une incapacité de notre perception et de notre intelligence à comprendre les mystères et les buts ultimes de l'existence.
S'il nous arrive de ne pas comprendre la fonction d'un boulon dans une grande machine, aurions - nous le droit d'accuser le constructeur de cette machine d'ignorance et d'incompétence, ou bien ne vaut - il pas mieux reconnaître l'étroitesse de notre perspective?

Le hasard peut - il agir comme la science, c'est - à dire sans comporter la moindre incertitude et la moind re ignorance?
Si la nature, comme se la représentent les matérialistes, ne devait rien à une volonté, pourquoi les hommes se dépenseraient - ils tant pour faire progresser leur travail, au lieu d'imiter la nature et d'accroître leur ignorance?

La réalité qui guide et oriente les actions et réactions ordonnées de l'univers ne peut pas agir sans but ni volonté.
Aprés des années d'efforts ardus, les biochimistes n'ont pu accéder qu'à des matières simples et élémentaires ne comportant pas la moindre trace d'une vie complète. Cette réalisation scientifique a tout de même été accueillie avec des éloges par les milieux scientifiques.

Cependant, personne n'a prétendu que cette réalisation était dûe à un hasard, qu'elle avait été faite sans efforts soutenus, et sans programmation. Alors que certains savants matérialistes continuent d'attribuer tous les systèmes complexes et inextricables de la nature à des facteurs matériels aveugles. De tels jugements constituent autant d'affronts à la logique et à la raison.

Imaginez ce que serait l'épreuve imprimée, si le typographe au lieu d'aligner ces caractères selon un ordre significatif, les ramassait par poignées puis les disposaient aveuglèment sur son cadre.
Plus absurde encore, serait de dire que 100 kg de caractères en plomb éjectés par une lignotype pourraient, s'ils étaient dispersés par le vent, composer un livre traitant de questions scientifiques et ne comportan t aucune erreur.

Une telle fantaisie pourrait - elle avoir des partisans. Que disent les matérialistes athées au sujet de l'apparition des formes diversifiées des caractères de la création et de l'univers, ainsi qu'à propos de l'écheveau des rapports infaillibles régissant les corps célestes, les êtres naturels et tous les corps matériels?

Les caractères qui forgent l'univers (l'atome et ses particules) sont - ils moindres que les caractères d'imprimerie? Et peut - on admettre que ces lettres débordantes de sens, cette disposition bien agencée, et les aspects stupéfiants du livre de la création soient l'oeuvre de l'ignorance, sans aucun but, et qu'il n'existe pas dans ce monde une force omnisciente et ordonnatrice?

Si cette force occulte qui se trouve dans les profondeurs de la matière ne procédait pas d'une intelligence supérieure, quel facteur l'aurait donc conduit et guidé vers l'ordre et l'harmonie?
Si cette force était un facteur dépourvu d'intelligence et de volonté, pourquoi n'entrerait -elle pas dans une phase de désordre, et pourquoi la constitution et la structure de la matière ne tendraient elles pas à la collusion et à l'anéantissement?

C'est ici que la foi en un créateur intervient pour donner un sens à l'existence, et un contenu au monde. Les personnes à l'esprit ouvert et conscient ressentent clairement qu'une force infinie exerce un contrôle sévère et une souveraineté absolue sur l'ordre universel.

Dans le passé, les hommes vivaient dans l'autarcie, dans un environnement restreint, et ordonnaient individuellement leurs vies. Pendant de longues époques, il était naturel de rencontrer le propriétaire terrien, le paysan, et l'artisan sur les lieux mêmes de leur travail.
Il en va autrement à notre époque. L'homme d'aujourd'hui a construit des satellites téléguidés, des machines électroniques, des avions sans pilote, et d'autres instruments et appareils automatiques. Et chacun sait qu'il est possible de fabriquer des appareils équipés pour fonctionner au moment voulu en réaction à des phénomènes déterminés, sans que l'on connaisse ou voie le constructeur.

Par conséquent, nous n'avons plus droit de nier le Créateur, sous prétexte que nous ne voyons pas sa main agir directement.
Bien que la comparaison soit défectueuse, on peut affirmer que le constructeur d'un satellite artificiel ou d'un missile, contrôle le mouvement de son vaisseau spatial à partir d'une base terrestre et d'autres moyens aériens. Mais si l'intervention de Dieu dans les affaires du monde n'est pas perceptible à l'oeil nu, -et bien que nous soyons témoins des phénomènes et des signes manifestes de la grandeur du Créateur du monde et de l'homme - peut - on ignorer carrément le concepteur absolu, le détenteur exclusif de la puissance et de la volonté, et le coordonnateur de tous les mouvements, pour la raison qu'il ne s'inscrit pas dans le cadre spatio - temporel.

Bien que pour la connaissance d'un être qui ne présente pas d'équivalent dans le domaine des sens et de la conscience et que la langue des hommes est impuissante à définir de façon précise, nos moyens sont forts limités, et l'éclairage de notre intelligence est trop insuffisant, et bien que nos rapports ne se font dans ce monde qu'avec les phénomènes, il n'existe pas d'obstacles à une connaissance objective de cet Etre.

Cependant, certains sceptiques à l'esprit défaillant, et dont le regard est porté exclusivement sur les phénomènes naturels, attendent à chaque instant qu'un miracle se produise à l'encontre de l'ordre naturel, pour qu'enfin ils puissent croire en Dieu, et reconnaissent son existence.

Mais ils sont inattentifs au fait que tout phénomène nouveau ne joue le rôle de preuve de l'existence de Dieu que provisoirement. Avec le temps, sa fonction de motivation finit par s'estomper, il devient habituel et cesse d'attirer l'attention.
Car tous les phénomènes ont été à leur début exceptionnels, mais ont fini par faire partie du paysage ordinaire de l'existence.
Mais un être non sensible, en particulier un être plein de majesté, de grandeur et de sacralité, fait que les âmes sont constamment sous son influence, il attire vers lui toute l'attention et l'homme a sans cesse le regard tourné vers lui, plaçant en lui tous ses espoirs.

La persistance de l'esprit d'entêtement et d'absence de logique enserrent l'homme dans un cadre étroit, autrement tout serait clair pour tous les hommes.
"En tant que chimiste, je crois que Dieu veille sur le monde et que la permanence et la stabilité des lois naturelles procèdent de cette surveillance. Au moment où j'entre dans mon laboratoire, je sais, sans le moindre doute, que les lois qui étaient justes hier, seront justes aussi demain, après demain et même jusqu'au Jugement dernier. Autrement, ma vie en laboratoire ne serait rien d'autre que perplexité, doute, et tourment, et l'activité scientifique n'aboutirait à aucun résultat.

Par exemple, si dans mon laboratoire je plaçais sur le feu un récipient d'eau distillé, je sais qu'au moment de l'ébullition, la température de l'eau sera de 100 degrés centigrade, et pour le savoir je n'ai pas besoin d'un thermomètre. Parce que je sais que tant que la pression atmosphérique sera de 76 cm de mercure, l'eau pure entrera en ébullition à 100'. Si la pression est inférieure à 76 cm, moins de chaleur sera nécessaire pour que les molécules d'eau s'évaporent, et par conséquent le point d'ébullition sera inférieur à 100'. Par contre, si la pression atmosphérique est supérieure à 76 cms de mercure, la température d'ébullition sera aussi au - dessus des 100 degrés.

Je peux refaire cette expérience autant de fois que je désire. Quand les chimistes appliquent même dans leur travail quotidien ce rapport entre la pression atmosphérique et la chaleur, ils sont encore plus stupéfaits.
Il en va de même au sujet de toutes les lois régissant l'ordre naturel. Une logique simple commande que c'est un être qui conçoit, réalise et maintient ses lois, et à mon avis, ce concepteur ou cet être n'est autre que Dieu. La foi en l'existence d'un créateur est une réponse satisfaisante au problème de la création du monde et de son ordre stable."23

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Chapitre XI
Le principe premier est sans cause
Les partisans du matérialisme sont très pointilleux sur la question de l'argument de l'absence de cause pour l'existence de Dieu qu'invoquent les croyants. ILs disent que si l'on accepte le créateur et qu'on voit en lui la source de toute l'existence, pourquoi le Créateur ne serait - Il pas Lui aussi sous la loi de la causalité.

Bertrand Russel a déclaré lors d'une conférence tenue à la société nationale laïque à Londres:

"Un jour que je lisais à l'âge de 18 ans l'auto biographie de Stuart Mill, mon attention fut attirée par une de ses citations:
"Lorsque j'ai demandé à mon père:" "qui est notre créateur", il ne m'a donné aucune réponse, parce qu'immédiatement la question allait se poser: "Qui a créé Dieu?"! Russel poursuit: Aujourd'hui aussi, quand je pense à cette phrase banale, je m'aperçois qu'elle exprime un sophisme au sujet de la cause première, parce que comme toute chose doit avoir une raison ou une cause, l'existence de Dieu devrait aussi avoir une cause. Et si quelque chose devait exister sans cause ni raison, cette chose pourrait être Dieu ou l'univers. Par conséquent la discussion est sans intérêt."24

Malheureusement cartains philosophes théistes de l'occident ont été eux aussi incapables de résoudre cette question. Herbert Spencer, philosophe anglais, écrit à ce propos:
"Le problème consiste en ce que d'une part la raison humaine cherche pour toute chose une cause, et que d'autre part, elle se refuse au cercle vicieux et à la chaîne ininterrompue de la causalité. Elle ne trouve pas la cause, et ne la comprend pas. Comme au prêtre qui dit à un enfant: "C'est Dieu qui a créé le monde", l'enfant demande: "Qui a créé Dieu?"

Ailleurs, il écrit:
"Le matérialiste s'efforce de croire que le monde a une existence intrinsèque, sans cause, et éternelle. Mais nous ne pouvons croire en quelque chose qui n'a pas de commencement, et de cause.
Le croyant, fait à ce sujet un pas en arrière et dit: "C'est Dieu qui a créé l'univers", et l'enfant soulève une autre question qui demeure sans réponse: "Qui a créé Dieu?"

Nous renvoyons cette objection aux matérialistes mêmes. Nous leur demandons: si nous suivions la chaîne de la causalité, nous arriverions à la première cause; disons qu'elle n'est pas Dieu, mais la matière. Mais alors dites - nous qui a créé la materia prima, la matière originelle?
Toute chose est l'effet de la matière, dites - vous. De quelle chose la matière est - elle l'effet?
Vous affirmez que tout évènement procède de la matière - énergie; quelle est alors la cause de la matière - énergie.

Tenant compte de ce que la chaîne des causes et des effets ne peut pas être infinie, il ne peut y avoir d'autre réponse, que de dire que la matière est un être infini et éternel qui n'a pas besoin de cause; et auquel on ne peut déterminer un commencement. La matière aurait aussi existé depuis toujours, et ne connaît ni fin ni commencement et son existence émane d'elle - même et de sa propre nature.

Nous vous retorquerons alors qu'ainsi vous admettez le principe du non - commencement et de la pré éternité, et vous soutenez que toutes les choses procèdent de la matière éternelle, que l'existence aussi a surgi d'elle, sans qu'elle - même ait eu besoin d'un producteur.

Au cours de la même conférence, Russel évoque ce point et dit:
"Il n'y a pas non plus de preuve que le monde ait eu un commencement. Penser que les choses doivent avoir un commencement naît en fait de la pauvreté de notre représentation."25

Tout comme M. Russel considère la matière comme éternelle; les croyants attribuent cette même qualité d'éternité à Dieu.
Par conséquent la croyance en l'existence d'un être éternel est commune aux philosophes matérialistes et théistes. De même, les deux groupes acceptent l'idée d'une cause première. Leur divergence consiste en ce que pour les théistes, la cause première est douée d'intelligence et de volonté, alors que pour les matérialistes, la cause première n'a rien de tout cela.
Donc, la négation de Dieu ne résout pas le problème de l'éternité.

Outre cela, la matière est sujette au changement et au mouvement. Son mouvement est intrinsèque et dynamique. Or l'éternité ne s'accorde pas avec le mouvement intrinsèque. La matérialité et l'immutabilité sont deux propositions contradictoires, et ne peuvent coexister dans une même chose. L'essence est toute entière immuable. Il est impossible qu'elle soit affectée par le mouvement.

Comment alors les partisans du marxisme qui reconnaissent que la matière est accompagnée de son anti - thèse peuvent - ils justifier aussi son éternité?

Eternité signifie immuabilité intrinsèque et non anéantissement alors que la matière est de par sa nature un essemble de forces et d'aptitudes, la relativité même, un cycle de vies et de morts.

L'éternité ne s'accorde aucunement avec le mode d'existence de la matière et de tout ce qui participe à sa nature. Quand les croyants acceptent un principe absolu et immuable, ils ne le font qu'au sujet d'un être ayant les qualités d'absoluité et de permanence. Or la matière, a entre autres particularités, celle de refuser la permanence et l'éternité, et d'être en mouvement constant et relatif, ce qui est en opposition totale avec la perfection et l'absolu.

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Chapitre XII
L'être dépendant a besoin d'une cause
Quand nous disons que l'existence d'un être est impossible sans une cause, cela s'entend pour un être imparfait, qui dépend à tout point de vue de sa cause, et dont l'existence n'est stable que tant que le sera sa cause, et non de tout être, même ne présentant aucun aspect d'insuffisance et de limite.

La cause permière est ainsi dite en ce qu'elle est dotée d'une existence parfaite et infinie, en ce qu'elle ne subit la loi d'aucun facteur. Elle est inconditionnée, non - limitée par aucune contrainte, et ne présente jamais les signes de changement et de transformation.
Le sens de la cause première, et l'indépendance de Dieu à l'égard de la causalité ne doit pas être compris dans ce sens que Dieu fait exception à la règle de la causalité, parce que Dieu n'est pas un effet pour qu'il ait besoin de cause, ni un phénomène de l'existence émanant de cette source éternelle. Par conséquent, la loi de la causalité ne s'applique que pour les êtres qui sont isssus du néant.

De même la cause première ne signifie pas qu'elle s'est instaurée elle - même, qu'elle est sa propre cause. Par conséquent, la raison pour laquelle l'effet a besoin de la cause, dans le genre et le mode d'existence, réside en ce que l'existant a besoin de la cause non en tant qu'il existe, mais en tant que son type d'existence est dépendant et relatif.

Autrement, tout existant dont la nature est inconditionnée et ne présente aucun signe de dépendance et de relation avec un autre existant, ferait exception à la règle de la causalité.
Donc, si un être, de par sa perfection intrinsèque et de par son caractère nécessaire, n'a pas besoin de cause, il ne peut plus subir l'action d'aucune cause quelconque.

L'existence de la cause première se confond totalement avec son essence. Son caractère même de cause première fait aussi partie de son essence. Ces deux particularités n'ont pas besoin de cause, contrairement aux choses qui ont reçu l'existence comme un emprunt, parce que ce sont le changement, la transformation, l'émergence à partir du néant, et l'entrée dans la scène de l'existence qui créent le besoin de la cause.
Comment peut - on s'imaginer que la croyance en l'existence de Dieu revient à tomber dans la contradiction, mais que considérer la matière comme dénuée de cause originelle n'est pas contradictoire?

Nous vivons dans un monde où tout tend à la transformation, au changement et à la mort. A tout point de vue, ce monde présente des signes évidents de périssement, de dépendance, de fragilité.
Le besoin et la nécessité sont enracinées chez nous autres humains et chez tous les êtres de la nature jusqu'au tréfonds de l'âme, parce que notre existence, n'est par éternelle.

Notre existence n'a pris forme et vie que par la volonté de l'Etre.
Par contre, ce qui est éternel et permanent, qui puise son existence de soi - même et non d'autrui et dont le moment d'apparition ne se situe pas dans le temps, est évidemment indépendant de toute cause.

En philosophie, le terme de cause est employé pour désigner ce qui suscite quelque chose appelé effet, à partir du néant, et le revêt de la forme existentielle. Les causes d'ordre matériel n'ont pas le pouvoir de "créer." Tout ce dont la matière est capable, c'est de prendre une nouvelle forme, lorsqu'elle a perdu la précédente.
Il est vrai que l'être matériel change d'identité à chaque instant, mais ce mouvement de son essence montre seulement que la matière a un besoin permanent d'une aide extérieure pour la faire mouvoir, et cette aide ne provient que de la force qui conduit et guide toutes les choses dans ce monde.

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Chapitre XIII
La chaîne de causalité... à l'infini
Si les matérialistes, persévérant dans leur erreur, usaient de subterfuge en soutenant cette fois -ci que pour eux la chaîne des causes et des effets s'étend à l'infini, qu'elle ne connaît pas de commencement, il faudrait leur répondre: qu'envisager ainsi les choses revient à considèrer la série de causes et d'effets: chaque cause étant elle - même causée n'a pas d'existence intrinsèque, et sans la cause qui la précède aucune cause n'a d'existence propre.

Par conséquent, la question se pose de savoir comment chaque chaînon de cette série régie par la nécessité et la dépendance pourrait venir à l'existence à partir du néant? D'où vient l'existence de ces choses qui sont toutes des accidents et des manifestations de la précarité? Comment l'existence en général qui est le plus grand phénomène de la nature pourrait - elle être composée d'une infinité de néants? Se peut - il que la vie naisse de l'association d'innombrables agents de la mort?

Aussi loin qu'on puisse la faire remonter, cette chaîne de causalité, par le fait même qu'elle est toute entière causée, présentera des caractères d'accident et de dépendance. Et cette chaîne n'aura d'existence réelle que si elle acquerrait le caractère d'autosuffisance et d'absolu, ce qui caractérise l'existence divine qui est, si l'on ose le dire, la cause sans cause. Et tout le système de la création ne pourrait être expliqué qu'en reconnaissant l'existence d'un être inconditionné qui est la cause de toutes les choses, et qui est le fondement de toute l'existence.

Supposez que dans une bataille l'ordre soit donné à la première ligne des combattants de donner l'assaut contre l'ennemi, et qu'elle refuse d'obéir en exigeant que la deuxième ligne attaque d'abord, et que cette deuxième ligne refuse à son tour de se conformer à l'ordre en demandant que la troisième ligne attaque avant elle, et ainsi de suite, aucune n'acceptant de combattre sans condition.
Evidemment la bataille n'aura pas lieu. Car une série d'assauts conditionnés ne peuvent se réaliser sans leur condition.

Si nous suivons jusqu'à l'infini la chaîne de causalité, aucune entité conditionnée n'aura d'existence, car chacune étant conditionnée par l'existence de la précédente, et celle - ci à son tour par celle qui l'a causée, à aucun moment nous ne rencontrerons la source même de l'existence.

Quand nous voyons ce monde foisonnant de créatures et d'une infinité d'autres phénomènes, nous ne pouvons que nous persuader de l'existence nécessaire d'une cause qui ne soit pas elle - même un effet et qui ne soit paS'non plus dépendante.

Cette cause première est auto - suffisante, indépendante de toute la création, et capable de créer les phénomènes les plus merveilleux. Elle conçoit et réalise, et tout ce qu'elle crée; elle lui prescrit un cycle dans le temps. C'est par elle que se maintient l'univers, et c'est elle qui veille à ce que chaque choSe se réalise suivant un objectif.

Les partisans du matérialisme, pour ne pas reconnaître la nécessité du créateur, soutiennent que l'univers existe de toute éternité. Mais cette réponse n'est pas satisfaisante.
Ils s'imaginent que le monde n'a besoin d'une cause première qu'au moment où il est créé, et qu'une fois cette condition accomplie, le monde et Dieu sont à jamais séparés l'un de l'autre. Ils nient également l'instant premier de l'apparition du monde, et en la réfutant, ils se sont imaginé avoir résolu le problème de Dieu et de la création, et que le monde n'a plus besoin du créateur. Cette conception procède de ce qu'ils méconnaissent ce besoin intrinsèque et inhérent de l'univers, car le monde n'est rien d'autre qu'un mouvement, et le mouvement lui - même est dépendant.

Chaque instant est le début d'une création, et le monde s'innove atome par atome à chaque instant, et quand il en est ainsi de chaque particule, l'ensemble aussi n'est qu'un accident, une chose non - suffisante pour elle - même, et dépourvue d'identité propre.
Par conséquent, tout comme à son début le monde a eu besoin d'un créateur, il continue encore de dépendre de sa cause première, et le considérer éternel en lui - même, ne lui conférera aucune autonomie ontologique.

* * *


Chapitre XIV Dieu et Ses Attributs Chapitre XIV
La réponse de la science à la pré-éternité du monde
A l'instar de l'homme dont l'énergie, après avoir atteint son paroxysme, se dégrade peu à peu jusqu'à s'éteindre dans la mort, l'univers tend vers la décomposition et la désintégration.
Il faut par conséquent se garder de considérer la matière comme une substance éternelle et s'incliner devant l'évidence de la création, pour la raison que les énergies disponibles dan's l'univers tendent à s'harmoniser, et les atomes à se transformer en én .ergie, et l'énergie elle - même tend à passer d'un état actif à un état d'inertie; et lorsque tout sera uniformément réparti, l'univers connaîtra un état de silence et d'extinction.

Le second principe de la thermodynamique qui est le principe de l'entropie nous enseigne que bien que nous ne puissions déterminer la date exacte de l'apparition de l'univers, il est incontestable cependant qu'il y a eu un commencement, car la chaleur du monde tend progressivement à la baisse, à l'exemple d'une pièce de fer en fusion qui répand progressivement sa chaleur dans l'atmosphère environnante. Un moment arrivera où la température du fer sera égale à celle de tous les objets qui l'entourent. Si l'univers n'avait pas eu un début, il y a une infinité d'annees que les atomes se seraient désintégrés et transformés en énergie, et que l'univers se serait refroidi, parce que la matière serait devenue de l'énergie perdue lors des transformations permanentes et en chaînes qu'elle aurait connues. Désintégrée, il n'y aurait plus eu de possibilité de récupérer toute l'énergie et de la retransformer en matière et en corps célestes pouvant présenter un aspect harmonieux et complet.

Selon le principe de l'entropie, avec l'épuisement des forces utilisables, il n'y aura plus d'actions et de réactions chimiques. Or, comme les actions et réactions chimiques se poursuivent, et que la vie est possible sur la planète terrestre, et qu'un corps céleste aussi gros que le soleil se désintègre au rythme journalier de 300 milliards de tonnes, la question de la création de l'univers s'éclaircit.

La mort des étoiles et des autres corps célestes constitue une preuve du caractère périssable du système existant, et témoigne que l'univers se dirige vers l'anéantissement et la fin inévitable.
C'est ainsi que nous voyons les sciences naturelles reconnaître non seulement que le monde a un caractère accidentel (hodouth), mais aussi qu'il est apparu à tel moment précis.

Par conséquent, au moment de sa naissance, l'univers a eu besoin d'une force surnaturelle où les éléments ne s'étaient pas indifférenciés et où toutes les choses étaient uniformes, il fallait que l'étincelle première, celle qui imprime le mouvement et la vie provienne de l'extérieur, hors de la nature. Autrement, comment un milieu sans énergie où règne le silence total pourrait être la source du mouvement?

Le professeur Ravaillet écrit:
Si, comme l'affirme la science contemporaine, la création des êtres provient d'une formidable explosion initiale, cela supposerait aussi nécessairement l'existence d'un combustible pour l'explosion et d'un espace absolu dans lequel cet évènement se produirait. En d'autres termes, il faudrait admettre l'existence d'une "materia prima" ayant servi à la formation de tous les phénomènes de l'univers, des énergies et lumières et des milliards d'étoiles et corps célestes. Or il s'agit là d'une vérité irrécusable au point de vue scientifique, intellectuel, spirituel, et mathématique.

Mais comment le destin de tous les phénomènes ultérieurs à l'explosion initial a-t-il pu être déterminé et précisé alors que l'univers n'était encore qu'un seul corps céleste? Ce même corps, cette boule originelle, d'ou provient - elle? et comment est-elle condensée? Ceux qui ont la certitude de tout connaître dans ce monde affirment: "Rien n'est stable dans notre univers, tout est en état de transformation, de "devenir", et de création.

On ne peut pas définir la matière indépendamment de l'esprit. Le moindre mouvement de la vie sur la terre est conçu avec tant de précision et de subtilité, comme s'il était l'oeuvre d'un cerveau supérieur, d'une intelligence extraordinaire, que l'on ne peut nullement l'imputer au hasard.
Cela ne peut se justifier que par la voie même indiquée par Einstein, en l'occurence l'acceptation d'un Dieu suprême, et par rien d'autre."26

La mécanique nous dit ceci: un corps inerte est toujours inerte. Et tout corps inerte qui veut se mouvoir ne pourra le faire que par l'effet d'une force qui lui est extérieure. Cette loi fondamentale régit notre univers matériel, et nous ne pouvons pas par conséquent croire au hasard et à la probabilité, parce que jusqu'à présent aucun corps inerte ne s'est mis en mouvement autrement que par l'effet d'une force externe. Il faut donc qu'il y ait -conformément à cette loi de la mécanique-, une force, autre que l'univers matériel pour instaurer la matière, lui imprimer énergie et mouvement, lui donner forme et variété et différentes apparences.

Frank Allen, professeur de biophysique, et éminente personnalité scientifique, avance un argument fort attrayant au sujet de l'origine de l'univers.
Il dit: "Beaucoup se sont efforcé de clarifier ce point que l'univers matériel n'a pas besoin d'un créateur. Mais ce sur quoi il n'y a point de doute, c'est que le monde existe, Quatre solutions peuvent être envisagées à propos de son origine:

La première est que contrairement à ce que nous disions précédemnent le monde ne serait qu'un rêve et une illusion. La deuxième solution est qu'il soit venu de lui - même. La troisième est que le monde n'a pas eu de commencement, qu'il existe de toute éternité. La quatrième solution est qu'il a été créé.

La première hypothèse suppose qu'il n ya fondamentalement pas de question à résoudre, exceptée la question métaphysique de la conscience de soi qui se réduit elle - même en fin de compte à l'illusion, au songe.
Il serait alors possible de dire que des trains imaginaires apparemment pleins de voyageurs illusoires, passent par des ponts immatériels construits avec des concepts mentaux, au - dessus des rivières irréelles!

La deuxième hypothèse, à savoir que le monde de la matière et de l'énergie a procédé du néant sans autre soutien que lui - même, est comme la première, dépourvue de sens et impossible, et ne peut en aucune manière faire l'objet d'intérêt et d'attention.

La troisième hypothèse selon laquelle le monde a existé de tout temps, a un point commun avec la thèse de la création, à savoir que la matière inerte et l'énergie qui l'accompagne ou l'être créateur existent tous les deux éternellement et inséparablement. Dans aucune de ces deux représentations, on ne peut relever d'objections semblables à celles faites aux hypothèses précédentes. Mais la loi de la thermodynamique a démontré que l'univers tend à un état dans lequel la température sera uniformément basse, et où par conséquent il ne disposera plus d'énergie utilisable. Dans ces conditions, la vie ne sera plus possible.

Si l'univers n'avait pas de commencement et qu'il était éternel, il y aurait eu bien longtemps que cet état de mort et d'inertie se serait instauré. Le soleil qui brille, les étoiles qui scintillent et la terre qui pullule d'êtres vivants sont des témoins irrécusables de cette vérité que le monde a un commencement dans le temps, et qu'il a commencé à un moment précis. Par conséquent, il ne peut qu'avoir été créé. Une quelconque cause première immense ou un créateur éternel omniscient et omnipotent a forcément créé le monde."27

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Chapitre XV
Limites et incapacités de L'homme
Si l'homme approfondissait quelque peu sa pensée et considérait la réalité avec plus de largeur de vue, il réaliserait que devant les vastes dimensions de la géographie de l'être et de son évolution, sa propre puissance ne devrait pas entrer en ligne de compte. Les connaissances que l'humanité a acquises par des efforts inlassables au sujet de la nature ne valent rien quand on les compare à ce qui reste mystérieux et inconnu, bien que les sciences aient accompli des progrès grandioses.
Dans les questions relatives au passé lointain de l'humanité, qui sait si des milliers, voire des millions de genres humains ou supérieurs à l'homme sont venus sur terre avant de disparaître? et qu'en sera - t - il dans l'avenir?

Ce que les scientistes contemporains appellent savoir et science et qu'ils considèrent comme réalité, est un ensemble de lois relatives à un domaine donné de l'univers.

Le résultat de tous ces efforts et de toutes ces peines de la science moderne est comme la lueur que dégagerait dans une nuit obscure, une faible bougie, placée au milieu d'une plaine immense dont on n'apercevrait pas les limites.

Si nous tentions de reculer de plusieurs millions d'années, notre chemin ne serait qu'obstrué d'un voile d'imprecision, ce qui confirme la faiblesse et l'insuffisance humaine devant la grandeur de l'oeuvre naturelle. Nous ne savons rien de juste quant au début de notre apparition sur terre, et nous ne savons rien non plus au sujet de notre avenir.
D'autre part, on ne peut pas croire que les conditions de vie n'existent exclusivement que sur notre petite planète, puisque de nos jours le savants sont d'avis que le domaine de la vie est bien plus large. Des millions de planètes existent dans le champ de vision de nos téléscopes, et pourtant il en existe bien plus d'autres!

Camille Flammarion, imaginant un voyage cosmique vers l'infini, écrit dans un de ses livres:
"Puis encore mille ans, puis dix mille ans, et encore cent mille ans, à la même vitesse, sans réduire le régime de l'engin, et sans pâtir du vertige, et toujours droit devant nous, à la vitesse de 3001000 kilomètres par seconde. Supposons qu'à cette vitesse, nous parcourions une période d'un millions d'années, serions nous en vue des confins du monde visible?

Non, il est encore d'autres immenses espaces à traverser. Mais là aussi, de nouvelles étoiles brillent à l'extrêmité du ciel. Nous nous dirigeons vers elles. Les atteindrons - nous?
Puis de nouveau quelques centaines de millions d'années; encore de nouvelles découvertes, une nouvelle grandeur et un nouvel éclat, un nouveau monde, de nouvelles terres, de nouvelles choses, de nouveaux êtres, où en est la fin? Les horizons ne sont jamais fermés, jamais un ciel ne sera un obstacle devant nous. Toujours l'espace, toujours le vide, où sommes - nous? Quel chemin avons - nous parcouru? Nous sommes encore au même point. Partout c'est le centre, nulle part est la circonférence.

Oui, tel est l'univers infini qui s'ouvre devant nous, mais son exploration n'a pas encore commencé. Nous n'avons rien vu. De peur, nous rebroussons chemin. Nous tombons épuisés de ce voyage sans résultat. Où tombons - nous? Nous pouvons tomber pendant une éternité dans le tourbillon sans jamais atteindre à son fond, tout comme nous ne sommes pas arrivés à son sommet. Le nord devient sud? Où est le ciel? Il n'y a ni couchant, ni levant, ni bas ni haut, ni droite ni gauche, de tout côté qu'on regarde il y a l'infini. Dans cet infini notre monde est comme une île dans un grand archipel se trouvant dans un océan sans fin. Et l'âge de toute l'humanité, avec tout l'orgueil qu'elle puise dans son passé politique et religieux, et même l'âge de notre terre avec toute sa grandeur, ne sont qu'un rêve éphémère."

Si l'on voulait réécrire l'ensemble des connaissances et des oeuvres produites par des millions de savants dans des millions de livres, il suffirait d'une quantité d'encre n'excédant pas la capacité d'un pétrolier moyen, alors que pour préparer une liste de tous les êtres de l'univers, sur la terre et dans les cieux, ceux du passé lointain et ceux de l'avenir infini, en un mot pour écrire tous les mystères de l'existence, toutes les mers n'y suffiraient pas si elles se transformaient en encre.
Dis: "Si la Mer était une encre pour écrire les
décrets de mon Seigneur, et si même Nous lui
ajoutions une Mer semblable pour la grossir,
la Mer serait tarie avant que ne soient taries
les décrets de mon Seigneur."

Coran, Sourate 18, verset 108

Selon le professeur Ravaillet: "Pour vous donner une image complète de cet univers, il suffit que vous sachiez que le nombre de galaxies, dans l'immense espace de la création, est supérieur au nombre de grains de sable se trouvant sur les plages de toutes les côtes du monde."28

En envisageant ainsi nos connaissances et le domaine de notre ignorance, nous créons les conditions nous permettant de sortir du cadre étroit de la vie. Nous prenons conscience de notre petitesse, et nous nous inclinons humblement devant la majesté de la création, dont nous entreprenons l'étude avec modestie.

* * *

Chapitre XVI
La mystification par la science
Les matérialistes prétendent que le développement de leur doctrine aux XVIIIeme et au XIXeme siècles, a un lien direct avec les progrés scientifiques, et que la dialectique est un fruit de cet essor scientifique.
Ils considèrent toute philosophie, autre que le matérialisme, comme utopique et idéaliste, et contraire à la méthode scientifique.
Leur position doctrinale est une position scientifique et progressiste. Pour eux, le réalisme consiste à se détourner de la quête métaphysique, et toute conception d u monde doit se fonder sur la logique des sens et l'expérimentation, et s'appuyer sur la philosophie matérialiste.

Cependant de telles assertions ne sont que des supputations de fanatiques reposant sur des théories injustifiées et indémontrées.
De telles conceptions résultent directement d'un système de pensée dont le matérialisme est le pivot, et où tout s'explique par référence à lui.

Sans doute, la croyance en l'existence d'un être digne d'adoration est l'une des composantes principales de la culture humaine, et la thèse de l'existence de Dieu comme conception juste, a été à l'origine de transformations profondes dans les fondements sociaux, et de changements radicaux dans la pensée humaine tout au long de l'histoire. Et à notre époque de science et de technologie, et de conquête de l'espace, la plupart des penseurs ont adopté une conception théiste, aprés avoir découvert Dieu par le coeur et la conscience, ainsi que par la logique et la démonstration.

* * *

Si la thèse matérialiste était juste et réaliste, et ne découlait pas de la méconnaissance de l'histoire, un lien particulier devrait s'établir entre la science et la tendance au matérialisme, en ce sens que seules les doctrines matérialistes devraient prévaloir en milieu scientifique.

Tous les philosophes et savants de toutes les époques n'étaient pas hérétiques, et ne faisaient pas partie d'une société de matérialistes.
Si l'on étudiait scrupuleusement les oeuvres et les biographies des penseurs, on se rendrait compte que le camp de la religion compte de nombreux savants. Beaucoup de penseurs et les grandes figures de la science sont en fait les porte - f1ambeaux du monothéisme.

En outre, les idées athéistes n'ont pas vu le jour à l'ère des progrès scientifiques et technologiques. Elles ont existé depuis la plus haute antiquité aux côtés des idées religieuses.
De nos jours, la marchandise scientifique est devenue dans le marxisme populaire, plus que partout ailleurs,un moyen de tromperie. Au lieu de se tracer la voie avec la lumière du savoir, et de poursuivre leur recherche loin de tout parti - pris et de tout préjugé, certains matérialistes sont sous l'emprise de leur fanatisme idéologique, et nient avec mépris toutes les valeurs supérieures à la raison.

L'affirmation qu'avec l'avènement de la science la question de Dieu est devenue désuète, est plus proche de la vanité que de la logique, parce que des milliers d'expériences scientifiques ne suffiraient pas à démontrer qu'il n'existe aucune entité autre que matérielle.
Le matérialisme philosophique est une métaphysique qui se démontre ou se réfute par la spéculation philosophique. Pour cela même on ne pourra pas réfuter la métaphysique quand on a accepté le matérialisme.
En dernière analyse, la doctrine matérialiste ne repose sur aucun postulat scientifiquement établi. Lui coller l'étiquette scientifique est une trahison à l'esprit.

Il est. vrai que l'humanité n'a pris connaissance des causes et des effets des phénomènes naturelles que récemment et qu'elle en ignorait les secrets; mais sa croyance en Dieu ne procédait pas de cette sorte d'ignorance. S'il en allait autrement, les nombreuses découvertes scientifiques, auraient dû faire s'écrouler l'édifice de la religion et de la foi. Or nous sommes témoins de cette vérité qu'en même temps que se révèlent les secrets de la nature, la croyance en Dieu connaît aussi un renouveau.

La science n'a éclairé qu'un espace limité pour l'homme. Sa vue sur le monde et l'univers n'a été que partielle; elle n'a jamais été en mesure de donner une connaissance parfaite du monde. Pourtant avec le développement de la science, la théologie a revêtu un aspect scientifique, les hommes prennent davantage conscience des causes et des effets, et ne perdent pas de vue l'importance et le rôle de la cause première.

Ou encore comme dit le professeur Ravaillet: "Pour la première fois, le savoir humain proclame, non par impuissance ou faiblesse mais sur la base de sa méthode habituelle, d'investigation ou d'expérience, que sa fonction ne consiste en rien d'autre qu'à connaître l'essence du créateur et ses manifestations dans l'existence. Tous ses efforts doivent avoir pour but la promotion d'une foi conforme à la science et à la connaissance juste du grand architecte. Il n'est pas juste de parler de la compabilité ou de l'incompabilité de la science et de la foi, parce que tous les livres religieux, tous les penseurs théistes considèrent l'intelligence comme le premier et le plus éminent don fait à l'homme, et ils ont appelé toute l'humanité à en tirer le meilleur parti.

C'est l'ignorance de la majorité qui a empéché tout au long des siècles cet appel de parvenir à son but. A présent que l'homme est entré dans l'ère glorieuse de la science et de l'intelligence, et que ses moyens et possibilités s'accroissent de jour en jour, il devra s'attacher assidûment au développement des cerveaux."29

* * *

Jusqu'à un passé récent, l'homme n'avait conscience de son existence que par son corps équilibré et adéquat, mais ignorait les mécanismes mystérieux qui réglaient sa création.

Aujourd'hui, l'homme possède des informations surprenantes et détaillées sur l'intérieur de son propre corps, et il a appris que dix millions de milliards de cellules rentrent dans la composition de ses différents membres et organes.

Il va sans dire que la majesté et la grandeur du créateur, sont encore rendues ainsi incomparablement plus perceptibles que par le passé.
Est - il logique de soutenir que la croyance en Dieu est propre aux personnes n'ayant pas connaissance de la modalité de la création, et qu'un savant qui est au fait de la causalité naturelle de la création et de l'évolution vers la perfection, et qui sait qu'une loi minutieuse régit toutes les étapes de l'existence, doit au contraire croire que la source des lois naturelles n'est autre que la matière inanimée?

Les découvertes et les conclusions scientifiques l'auraient - elles conduit à penser qu'il est possible d'attribuer tous les pouvoirs de son créateur à la matière ignorante et inconsciente?
Dans la culture matérialiste qui ne voit qu'un seul aspect du monde, beaucoup de questions demeurent sans réponse.

Les savants théistes ont montré, au point de vue métaphysique, que le domaine de l'existence débordait le cadre de la matière, et que l'univers non - matériel était beaucoup plus peuplé et plus riche que celui des entités visibles. Bien qu'ils acceptent les systèmes prévalant dans la nature, ils ont la certitude qu'il y a une forme d'existence immatérielle, dont la connaissance ne se prête au champ habituel de l'expérience, mais dont les phénomènes et énergies naturels se font les reflets de l'essence.
En quoi cette façon de concevoir les choses serait elle moins scientifique ou pas du tout scientifique?

La science n'a pas de réponse à donner à des questions comme les suivantes: l'univers se divise - t il en deux domaines, matériel et spirituel? ou encore: l'univers a - t - il un but? ... Parce que ces questions ne sont pas de nature scientifique. En outre, notre connaissance scientifique porte sur des objets concrets, et est impuissante à nous indiquer la voie à choisir dans notre vie.

Bertrand Russel dit:
"Si l'on admettait que la civilisation scientifique est une civilisation utile, il faudrait forcément constater un accroissement de l'intelligence parallèlement à l'accroissement de la science. Par intelligence, l'entends la perception juste des objectifs de la vie.
Or, c'est là un résultat que la civilisation n'entraîne pas par elle même. Par conséquent, bien que l'accroissement de la science soit un élément nécessaire au progrès humain, il ne garantit en lui - même aucun progrès véritable."30

Donc, une conception scientifique ne peut pas servir d'appui à une idéologie. Parce que la connaissance scientifique a surtout une valeur pratique, et confère à l'homme le pouvoir de maîtriser la nature, alors que la foi a besoin d'une valeur réaliste, et pas uniquement scientifique.

D'autre part, la science repose sur l'expérimentation; or les lois déduites de l'expérience sont très souvent sujettes à révision, alors que la foi exige un appui stable et éternel, pour pouvoir apporter une réponse aux questions spécifiques relatives à la nature et à la forme générale de l'univers, et satisfaire ainsi les besoins des hommes en connaissances métaphysiques.

* * *

La perfection demande un équilibre intellecuel et spirituel. Sans but, l'homme ne peut qu'aboutir à l'impasse et à l'anéantissement.
S'il ne trouve pas sa voie dans la religion, il la cherchera ailleurs. Ce qui constitue une sorte d'insoumission à la loi naturelle, et conduit à la sclérose des esprits.
Les découvertes scientifiques de l'époque moderne ont donné à l'homme la foi dans les institutions et lois publiques, au point de reconnaître la primauté au facteur matériel, devenu éternel. L'homme a divisé la nature et l'histoire et leur a reconnu la souveraineté. Il a renoncé à son libre- arbitre et s'est livré pieds et poings liés à la loi de la dialectique.

Avec le progrès continu des sciences, on se rend compte petit à petit que les phénomènes qui apparaissaient totalement distincts, sont en réalité liés par des forces insoupçonnées jusqu'alors. La conception scientifique tend vers une connaissance unifiante, et recherche de plus en plus, les liens unissant les différents phénomènes. Une fois que leur source est identifiée, ils sont tous expliqués par rapport à elle.

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Chapitre XVII Dieu et Ses Attributs Chapitre XVII
Les raisons de la mécréance et de l'athéisme
Dans les ouvrages traitant de l'histoire des religions, on étudie avec un soin particulier les facteurs et mobiles entraînant les hommes vers la religion. Mais cet effort est sans résultat, parce qu'en tenant compte de.la nature fondamentalement monothéiste de l'homme, -nature par laquelle il se distingue des autres créatures, et qui est distincte de ses autres facultés comme la pensée, la volonté et autres aptitudes-, on devrait parvenir à l'indentification des facteurs ayant conduit l'homme à fouler aux pieds, sa vraie nature et à s'éloigner de la religion.

La foi est naturelle à l'homme; c'est le matérialisme qui est contraire à l'essence humaine. Quand l'homme est inapte à connaître le dieu authentique, il se forge forcément des idôles, fussent - elles la nature ou le déterminisme historique. Petit à petit, cette fausse divinité emplit son univers mental, et devient pour lui source de droit, de justice, et d'orientation.

C'est ainsi que l'homme troque son vrai Dieu contre des idôles, ce qui est essentiel contre ce qui est accidentel, et le précieux contre le vil.
Il voue ainsi un culte à des objets qui n'ont qu'une existence imaginaire et leur reconnaît les mêmes attributs que ceux du Créateur.
Quand nous aborderons la question d'une façon plus détaillée, nous verrons que l'apparition du matérialisme en Europe en tant que doctrine, la rupture des liens des hommes avec leur créateur, l'aliénation par la matière et l'émergence de la science comme religion, sont tous les causes d'une série de facteurs historiques et sociologiques, rendues par les conditions prévalant en occident.

* * *

L'un des facteurs ayant entraîné une réaction forte et étendue en Europe, et qui a été à l'origine notamment de la libre - pensée et de la littérature anti - religieuse, fut l'inquisition ordonnée par les autorités chrétiennes au début de la Renaissance, à l'encontre de certains savants dont les découvertes contredisaient les doctrines chrétiennes.
En effet, outre ses dogmes religieux, l'Eglise avait adopté une série de croyances sur l'homme et l'univers, héritées des philosophes grecs et autres, et les mettait au même plan que les autres dogmes et toute théorie qui ne concordait pas avec les Ecritures saintes et les principes reconnus par elle, était considérée comme hérétique, et son auteur était vouée à un châtiment sévère.

Un conflit ne tarda pas à être déclenché à cause des divergences manifestes entre la science et la religion. Les savants et les penseurs virent dans la religion un obstacle à la pensée, et finalement la sclérose des esprits accom pagnée d'une attitude anti - rationnelle allaient créer une atmosphère d'étouffement pour l'homme moderne, et conduire les hommes de pensée à un isolement douloureux.

Enfin, les pressions successives ont entraîné des réactions violentes qui embrasèrent toute l'Europe. Et dès que le pouvoir de l'Eglise commenca à décliner ét que le despotisme reculait, la pensée et la raison occidentale qui après la répression, reprenaient leurs droits, réagirent avec véhémence contre les causes des limitations qui leur furent imposées.
Les penseurs se dégagèrent publiquement des liens de la religion. Les extrêmismes se déchaînèrent contre la religion, et ce fut le commencement d'un processus qui s'acheva dans la séparation entre la foi et la science.

Cet esprit vindicatif finit par jeter le doute sur des questions aussi fondamentales que l'existence d'un univers métaphysique et même de Dieu.
Il était vrai que certains enseignements religieux manquaient de logique, mais cela n'avait aucun lien ni fondement dans la religion authentique. Car se venger contre l'Eglise était une chose, mais c'en était une autre que de se hâter à des jugements négatifs sur la religion en général. Ce sont les passions et les sentiments de vengeances qui ont aveuglé les savants et les ont empêché de s'en tenir à une attitude modérée.
C'est ainsi que s'est aggravée l'indigence spirituelle à un taux inversement proportionnelle aux progrès des sciences et de la technologie. Plus l'homme faisait de conquêtes dans l'industrie, et plus il se dégradait moralement, demeurant incapable d'inverser cette tendance.

La science est elle - même indifférente aux valeurs. On ne peut déterminer les responsabilités des hommes en s'appuyant sur elle. La science peut bien progresser aussi loin qu'elle veut, elle ne saurait éclairer davantage les hommes dans le domaine des responsabilités morales.
Les connaissances humaines sont impuissantes à appréhender l'essence de l'univers, ni même sa totalité, ou encore prédire avec exactitude l'avenir de l'humanité.
Le point de vue monothéiste qui ne se confine pas au seul aspect matériel de la vie, et qui lui fixe un sens et un objectif, offre à l'homme qui y adhere, la possibilité de comprendre l'univers en tant que tout. Il y trouve réponse aux questions fondamentales qui hantent l'esprit de tout individu.
C'était là le premier facteur de déviation.

Un autre groupe de gens rejette la religion pour la raison q u'à leurs yeux l'Eglise a présenté et fait siennes les conceptions tout à fait erronées, ne pouvant absolument pas persuader un esprit éveillé. L'Eglise présentait Dieu dans une forme humaine, alors que l'homme, en quête de valeurs absolues, est toujours en train de chercher à rompre les barrières matérielles.
Sans doute, toute vérité inculquée sous forme de mythe, aura des répercussions négatives quand l'esprit atteindra sa pleine maturité.

De la représentation anthropomorphique de Dieu, et avec le primat de la foi sur la raison prôné par l'Eglise, les intellectuels ont déduit qu'une vue aussi étroite contrastait avec les critères de la science. Et comme ils ne disposaient pas d'autre moyen pour la connaissance de Dieu que les Ecritures et les institutions de l'Eglise, et qu'ils ne pouvaient pas découvrir un système supérieur pouvant à la fois satisfaire les exigences de la science et celles de la foi, le choix était tout fait pour eux. L'idée matérialiste a germé naturellement dans leurs esprits, s'est développée, et a fini par la négation de toute valeur supérieure.
Et cela sans s'arrêter un instant sur ce point que si la religion n'avait pas été falsifiée, n'avait pas été déformée par les interprétations erronées, et mêlée aux superstitions et aux déviations, elle aurait pu servir à libérer les hommes des chaînes de l'ignorance et les conduire à une saisie juste et fidèle des enseignements divins qui fournissent une réponse à toutes leurs interrogations métaphysiques.

Cependant, la forme de religion prévalant alors était trop fautive et présentait trop d'incohérences pour être acceptée. Ils n'hésitèrent pas à la rejeter en bloc. Un préjugé regrettable s'ancra dans leur esprit par lequel ils comdamnèrent toutes les relitions. Ce qui de leur part était une injustice envers la logique et la raison.
Cette réalité est confirmée par Walter Oscar, le physiologiste et biochimiste de renommée qui dit:
"L'indifférence manifestée par certains savants dans leurs études à l'égard de la question de l'existence de Dieu a plusieurs causes. Citons - en notamment: -Premièrement, la situation politique despotique, les conditions sociales, les mesures gouvernementales, impliquent en général la négation d'un créateur.
- Deuxièmement, la pensée humaine subit l'influence même des illusions et fantasmes. Même si l'individu ne subit aucune sorte de torture physique ou morale, il n'est cependant jamais libre totalement dans son choix et ses préférences.

"La plupart des fils de familles chrétiennes croient dans leur enfance à l'existence d'un Dieu à forme humaine. Pour eux l'homme a été créé à l'image de Dieu. Quand ces personnes entrent dans un milieu scientifique et commencent à y exercer leur profession, ils s'aperçoivent de l'immense écart conceptuel entre l'idée du créateur telle qu'elle leur a été inculquée et les concepts scientifiques rigoureusement et laborieusement établis. Impuissants à concilier ces deux notions, ils préfèrent chasser de leur esprit l'idée même du créateur.
"La raison essentielle en est que les arguments logiques et les définitions scientifiques ne sont pas à même de changer les croyances précédentes chez ces personnes. D'autre part, elles savent bien que leur notion de Dieu est fausse, ce à quoi s'ajoutent d'autres facteurs psychologiques qui font que l'on est effrayé par l'insuffisance de conceptions religieuses, et que l'on devient indifférent à la connaissance de Dieu."31

Pour cette raison, les savants de cette classe travaillèrent pour trouver des solutions scientifiques tenant lieu de réponses aux questions de l'existence, et ne comportant aucune référence ni mention de Dieu et de la religion. Ils espéraient ainsi extirper à long terme l'espoir des hommes dans la religion, et ôter à celle - ci toute influence dans l'ordre naturel et social.

Chaque fois qu'ils se retrouvaient devant une impasse, ils imaginaient différentes théories pour lui donner une solution, ou encore pour reporter sa solution jusqu'à ce que de nouvelles découvertes scientifiques leur apportent un supplément d'information. Ainsi ils s'imaginaient ne pas céder à la superstition et au charlatanisme. Bien qu'ils se libéraient du polythéisme, ils n'en retombaient pas moins dans l'athéisme.

* * *

La croyance au principe premier et la connaissance de Dieu sont un besoin inné. Mais elles ne présentent pas le même caractère de nécessité que les besoins matériels de la vie, que l'homme cherche à satisfaire sans relâche. Elles sont un besoin spirituel tout à fait distinct de la vie matérielle, qui requiert une grande perspicacité, une profondeur de vue.
Il n'y a pas de similarité de nature entre ces deux sortes de besoins.

D'autre part, comme il est plus aisé de rejeter et de renier l'existence d'un créateur invisible que de le reconnaître, ceux qui n'ont pas la capacité suffisante pour sentir cet être invisible, optent pour la voie aisée du renîment et de l'athéisme.

* * *

Nous ne pouvons cependant pas perd re de vue les suggestions des faux - religieux menant les gens à la répression de leurs instincts. Ceux - ci, indissociables de la vie de l'homme, ne sont non seulement pas en trop, mais sont aussi une force déterminante et un facteur de croissance et de mouvement dirigeant l'homme vers l'objectif qui lui a été assigné dès sa création.

Pourtant, de même qu'il ne faut pas, à l'instar d'un prisonnier totalement soumis à son geôlier, se laisser aveuglèment conduire par son instinct, il ne faut pas non plus se comporter en tyran à l'égard de ses forces intérieures, et tuer tout désir instinctif. Au contraire, étant donné qu'une fonction ne pourrait être fructueuse que lorsqu'elle s'exerce librement bien que de façon contrôlée, la répression totale des instincts ne causera que la destruction de la personnalité.
Au Moyen - Age, la conception du monde prévalant dans le christianisme se tournait entièrement vers l'au - delà et l'obtention des faveurs divines après la mort. Les chrétiens ne considéraient l'ici - bas que comme absurde et futile.

Quel serait alors le rôle d'une religion sacralisant la vie cloîtrée et l'isolement, dans l'édification et l'amendement de l'homme et de la société? Cette religion qui a présenté le mariage et la formation de famille -sans lesquels il n'est point de perpétuation de l'espèce- comme une souillure, et la pauvreté matérielle comme le bonheur.

La mission de la religion, à notre sens, n'est pas de tuer l'instinct, mais de le canaliser, de lui délimiter le domaine de son libre exercice, en lui évitant les écueils de l'abus dans l'un ou l'autre sens.
En maîtrisant ses instincts, et en oeuvrant sans cesse de façon à s'émanciper de ses chaînes, l'homme a pu se frayer une voie vers la réalisation de ses objectifs, volontairement et en toute liberté. Autrement, il n'aurait jamais eu la possibilité d'accéder facilement à la connaissance de son être intime, en raison des conflits engendrés en lui par les instincts non conditionnés par une éducation pluridimensionnelle.

D'une part, l'homme subit l'attraction intérieure de la rel igion qui lui recommande de surmonter tous ses désirs et d'orienter ses forces dans le sens du bien et d'autre part, il est toujours sous l'influence de ses instincts.
Une société ou'l'on inculquerait, au nom de Dieu et de la religion, que la voie du bonheur passe par le renoncement aux biens de ce monde, susciterait forcément une réaction opposée, car l'homme ne pouvant s'imposer une privation si rigoureuse finit par céder totalement aux revendications de ses instincts et à écarter la religion.

Or, tout cela n'a rien à voir avec la logique authentique de la religion qui est de préserver l'homme de l'asservissement aux instincts et de l'aliénation par l'attachement servile aux choses matérielles. Elle veut élargir l'horizon de vue jusqu'au royaume de l'invisible, en cultivant en lui les valeurs morales et spirituelles qu'offre la foi en Dieu, tout en lui permettant de jouir largement des biens matériels.

* * *

Certains s'imaginent que le bonheur consiste dans la t ransgression des interdits religieux, que la religion combat toute sorte de plaisir, et que Dieu offre à l'homme le choix entre l'un ou l'autre monde: l'ici - bas ou l'au - delà. Or, cette conception de la religion est erronée et contraire à la réalité.

Si la religion veut jouer un rôle dans la bonne orientation des hommes, c'est. parce que la soumission aux instincts et passions et leur relâchement inconditionnée ne peuvent que faire leur malheur, et les faire chuter de leur rang élevé à un rang plus bas que celui de l'animalité. D'où les interdits promulgués par les lois célestes et d'où aussi la dépendance entre le bonheur ici - bas et celui de l'au - delà.

Il en va de même pour les devoirs et les responsabilités qu'elle édicte. Les exercices et les rites qu'elle impose visent avant tout à changer l'homme, non à réduire ses jouissances mondaines.
Les rites d'adoration sont comme une vague puissante qui soulève les eaux dormantes du coeur, pour les transformer et y insuffler la vie. Ils sont la clef de voûte de l'édifice religieux, des actes et des exercices très lourds dont l'influence va jusqu'au tréfonds de l'âme, et éradique les bases du vice et de la bassesse. Ils haussent les esprits aux sommets de la perfection. Il n'y a point de contradiction entre le spirituel et le temporel, le bonheur spirituel conditionne le bonheur matériel.

Les préceptes défectueux du christianisme ont eu une influence négative sur Russel au point de lui faire écrire:
"Les enseignements du christianisme mettent l'homme face à deux malheurs, à deux frustrations: ou bien le malheur dans ce monde et la privation de ses jouissances, ou bien le malheur de l'au - delà avec la privation de ses délices. L'Eglise considère que l'homme doit forcément supporter l'un ou l'autre des deux malheurs. Celui qui se résigne au malheur de ce monde et s'en prive, jouit en échange des délices du paradis; et celui qui désire jouir des plaisirs de ce monde, se prépare pour les frustrations de l'au - delà."

La diffusion de ces idées qui présentent la vision religieuse comme une vision superficielle a beaucoup déterminé le sort de la religion dans notre siècle.
L'impact laissé par cette représentation fausse de la religion dans les mentalités est trop fort pour être abordé succinctement. La tendance au matérialisme est dûe, sciemment ou inconsciemment, à cette erreur d'appréciation du message religieux.

L'homme n'est nullement condamné à supporter l'un ou l'autre des malheurs. Il lui est même possible de réunir les deux bonheurs d'ici - bas et de l'au - delà. Pourquoi Dieu qui est si clément et si généreux, ne le voudrait - il pas à ses créatures?

* * *

Le dernier facteur à l'origine du développement de la pensée matérialiste est celui de la concupiscence, où l'on s'abandonne sans retenue à ses penchants les plus bas. Comme l'action a pour base l'intention et qu'inversement, l'intention ou la pensée donne un sens à l'acte, il va de soi qu'un homme dépravé et corrompu finit par tuer en lui - même les sens du vrai et du beau.
Il perd progressivement le sens du divin et du sublime. Comme il s'est choisi un autre critère dans la vie et ne pense qu'au monde, refusant même de comprendre qu'il a été créé pour un but déterminé, il est tout entier tourné vers les plaisirs et la débauche. Les racines qui devaient alimenter son âme pour l'élévation vers la perfection tarissent et meurent.

De même, la croyance en Dieu est comme une graine qui a besoin d'un sol et de conditions déterminées pour germer et se développer. Dans un millieu favorable, moralement sain et protégé, la foi avance plus vite et plus facilement et sans dévier de sa source. Autrement, elle est menacée d'étouffement et de stérilité.

Le tumulte de la vie, le rythme accéléré des évènements, le développement vertigineux de la tech nologie, l'abondance des richesses et des possibilités de jouissance, la multiplication des beautés factices et critères sans cesse changeants de la personnalité, ont créé une confusion dans l'esprit des hommes qui n'ont plus le temps ni moyen de penser à eux - mêmes. Ils résistent de toute leur force à l'idée de religion, et refusent de se soumettre à tout système incompatible avec le train de vie moderne, et sourtout qui viendrait contred ire ses intérêts matériels.

Par conséquent, dans un tel environnement il ne peut demeurer de la religion que le nom et les gestes.
Des hommes fourvoyés par la concupiscence et le monde ne peuvent pas être en même temps en quête de Dieu. Quand l'une de ces deux tendances prévaut, l'autre lui cède le pas. L'adoration de Dieu gouvernera de nouveau les hommes quand la domination des instincts sera rompue et qu'un effort soutenu chassera de la direction des esprits le démon matérialiste, et que se réalisera le modèla achevé de l'émancipation de l'homme des chaînes de la nature.
Plus l'objectif sera élevé et éloigné, plus il demandera d'effort. Si nous nous fixons Dieu pour objectif, la voie pour y arriver est droite et infinie. Mais le choix d'un tel objectif aura pour effet de trouver des ré ponses à bon nombre de questions et de problèmes qui encombrent l'esprit.

En acceptant Dieu comme but on surmonte la contrad iction entre la perfection et la liberté. Toutes les peines et difficultés que supportent les hommes pour réaliser la perfection recevraient leur sens authentique dans la croyance en la vie éternelle. La perfection par l'adoration de Dieu n'est pas contradictoire avec la liberté, et n'est pas une source d'aliénation.
C'est en réalisant notre perfection volontairement et en connaissance de cause que l'on peut prétendre à la libération de soi et non en se laissant déterminer par la contrainte de l'Histoire ou de la nature.

L'obéissance de l'homme à la nature est en effet une aliénation, et toute perfection qui se réaliserait en se conformant obligatoirement à elle, n'est qu'obéissance aveugle.
Ainsi, nous découvrons dans l'école matérialiste qui voit la perfection et le bonheur dans la liberté, au sens de l'émancipation à l'égard de la nature, une contradiction entre la liberté et la perfection. Quelle sorte de perfection serait celle qui épuiserait toutes les énergies de l'homme sans rien lui donner en contrepartie?

L'effort -même avec des mobiles humains- n'est il pas une vanité pour celui qui ne croit pas au principe créateur, même s'il est fructueux et utile pour la société. Si mon sacrifice pour la promotion de l'espèce humaine, ne me rapporte rien, et ne me laisse rien espérer, il serait contraire à la liberté et à la raison.

Quand les chefs de file du matérialisme prétendent que la contradiction entre la perfection et la liberté est un problème perplexe, ils n'envisagent pas la perfection divine mais seulement la perfection matérielle, qui est en réalité dépourvue de but.

* * *


Deuxième Partie Dieu et Ses Attributs Deuxième Partie
LES ATTRIBUTS ET LES PARTICULARITES DU CREATEUR
Chapitre I
Comment le Coran fait connaître Dieu?
Pour connaître et évaluer la personnalité scientifique et l'étendue des connaissances d'un savant donné, nous recourons à ses oeuvres, dont l'étude minutieuse nous les révélera. Il en ira de même s'il s'agit d'un artiste dont la valeur et le génie ne peuvent être attestés que par l'examen de l'oeuvre.

Les attributs et les caractères spécifiques du Créateur aussi ne se laissent apprécier que par l'ordonnancement minutieux et impeccable des phénomènes, et la subtilité de Son oeuvre. Le chercheur pourra le connaître suivant que sa capacité intellectuelle (le degré de sa compréhension) est plus ou moins grande.

Si le but est la connaissance totale et pluridimensionnelle, il nous faut accepter d'emblée que la capacité de connaissance de l'homme n'est pas au niveau requis pour une telle connaissance. Ses attributs ne se laissent pas appréhender dans un cadre étroit. Et toute analogie ou comparaison à ce propos est erreur. Parce que tout ce qui fait l'objet de notre intérêt scientifique dans la nature est entièrement l'oeuvre de Dieu, le produit de Sa volonté et de Son impératif, alors que Son essence n'est pas une partie de la nature, et ne relève pas de la même catégorie que celle de Ses créatures, pour qu'il soit possible aux hommes de connaître un tel être par la voie de l'étude et de l'analogie.
Il est un être dont nous ne disposons d'aucun critère pour la connaissance de l'Essence, ni d'aucun moyen pour évaluer et mesurer l'étendue de la puissance, de la science et de l'omniprésence.

L'homme n'est - il pas insignifiant en regard d'un tel être?
Mais l'incapacité d'accéder à une connaissance totale et sûre ne signifie pas que nous devrions renoncer à toute connaissance, même relative, parce que c'est dans l'ordre régnant dans l'existence que se manifestent les attributs divins, et c'est par l'intermédiaire de la beauté naturelle que nous percevons le pouvoir de création de Dieu, tout comme Son Essence sans pareille se révèle par la voie des phénomènes et des aspects de l'existence.
L'observation de la volonté, de la conscience, du savoir et de l'harmonie dans l'existence et dans les divers phénomènes de la vie nous offre la possibilité de comprendre que tous les concepts précités et tous les éléments qui témoignent de l'existence d'un but et d'une finalité, procèdent nécessairement de la volonté d'un créateur possédant les attributs que la nature reflète.

Et c'est l'intelligence qui connaîtra enfin Dieu, c'est pour elle que Son existence sera rendue tangible. Car l'intelligence et la pensée humaine sont un rayon de cette lumière éternelle qui se reflète dans la matière, et qui lui donne la faculté de connaître et de suivre les étapes conduisant à la réalité primordiale. C'est dans le contenu de ce don divin immense que se manifeste la connaissance de la Vérité.

* * *

Le problème de la connaissance de Dieu se pose en Islam en termes spécifiques et nouveaux. Le Coran qui sert de référence à la conception islamique procède par la méthode du rejet, de la négation des fausses divinités pour affirmer avec force la conception unitariste.

Le rejet des fausses idôles qui sont les formes du polythéisme et de l'obscurantisme est en effet le premier pas à franchir pour la connaissance du dieu unique.
"Prendront-ils des dieux en dehors de Lui?
-Dis: "Apportez votre preuve! Ceci est un
Rappel pour ceux qui sont avec moi, un Rappel
aussi pour ceux d'avant moi." Mais la plupart
d'entre eux ne savent pas la vérité, et restent indifférents."

Coran, sourate 21, verset 24
"Dis: " Allez-vous adorer, au lieu de Dieu,
quelqu'un qui n'est maître pour vous ni de mal
ni de bien?" Or c'est Dieu qui entend, qui sait."

Coran, sourate 5, verset 76

Rompre avec le monothéisme, c'est perdre de vue ses rapports avec le monde et l'existence, et c'est devenir étranger à soi - même; car on ne peut être plus étranger à soi - même que lorsqu'on a rompu avec sa nature primordiale. Cet état qui se crée sous l'effet de facteurs internes et externes entraine la rupture avec Dieu, et la chute dans l'abîme de l'asservissement aux idoles, c'est - à dire un retour à la divinisation des phénomènes naturels. Que l'on s'agenouille devant des idôles en pierre, ou que l'on s'imagine que la matière est le principe de toute chose, tous deux signifient recul et chute, et sont un obstacle à l'épanouissement de l'essence humaine.

En pareilles circonstances, le culte du Dieu unique est la seule voie de retour à soi et aux valeurs humaines. Il permet à l'homme non seulement de reprend re conscience de sa position dans l'univers, mais aussi de promouvoir son essence en conformité avec sa nature primordiale.
Toutes les prédications et tous les mouvements religieux de l'histoire, ont commencé par la proclamation de l'unicité de Dieu. Aucun concept n'a été porteur de significations aussi lourdes et aussi édificatrices et n'a eu une portée aussi durable, et n'a été un frem aussi tenace et ferme aux déviations.

Le Coran indique ensuite en termes clairs, la voie de la connaissance de l'Essence Sacrée. Il dit:
"Est-ce eux, les créés de rien, ou eux, les créateurs?
Ou ont-ils créé les cieux et la terre?
Non, mais ils ne veulent pas de la certitude."

Coran, sourate 52, verset 35 et 36

Le Coran propose aux hommes de méditer et d'analyser les deux hypothèses, à Savoir que l'homme est venu spontanément à l'existence sans cause première, ou que l'homme a pu se créer lui - même. Il leur propose de connaître avec certitude la source de l'existence, en réfléchissant sur les signes de Dieu, et de réaliser que l'on ne peut pas apprécier l'univers de l'existence sans admettre que derrière lui il y a une intelligence ordonnatrice et organisatrice.

Dans d'autres versets, l'attention de l'homme est attirée sur la façon dont il a été créé et formé progressivement. Puis le Coran considère cette création, avec tous ses aspects merveilleux, comme un signe, une manifestation de la volonté et de la puissance infinie de Dieu qui pourvoit par sa bonté aux besoins des êtres. Il dit:
"Et très certainement, N ous avons créé l'homme
d'un choix d'argile, puis Nous l'avons consigné,
goutte de sperme, dans un reposoir sûr, puis
Nous avons fait du sperme un caillot, puis du
caillot Nous avons créé un morceau de chair.
puis Nous avons revêtu de chair les os.
Ensuite, Nous en avons produit une toute autre
créature. Béni soit Dieu. donc, le meilleur des créateurs!"

Coran, sourate 23, versets 12, 13, 14

Quand le foetus atteint un certain développement, les cellules se répartissent la tâche de former les yeux, les oreilles, le cerveau et les autres organes du corps. Le Coran demande alors aux hommes si un tel miracle est compatible avec la thèse de l'athéisme. Ou bien si un tel phénomène ne confirme pas au contraire, la nécessité de l'existence d'un esprit minutieux et infaillible, d'une volonté savante et d'un plan préconçu? Est - il possible que ces cellules accomplissent leur tâche avec précision sans être dirigées par la volonté divine?
Puis il répond:
"C'est Dieu, le créateur, le producteur, le formateur."

Coran, sourate 59, verset 24

Dans son célébre ouvrage "L'homme, cet inconnu", le Docteur Carrel écrivait:
''En somme, un organe se développe par les procédés attribués aux fées dans les contes qu'on racontait jadis aux enfants. Il est produit par des cellules qui semblent connaître l'édifice futur, et qui synthétisent. aux dépens du milieu intérieur, le plan de construction. les matériaux, et les ouvriers."31

Le Coran appelle les hommes à réfléchir sérieusement sur tous les phénomènes perceptibles survenant autour d'eux. Il dit:
"Et votre Dieu est Dieu unique. pas de Dieu,
que Lui, le Tout Miséricordieux, le très Miséricordieux.
Oui, dans la création des cieux et de la terre,
et dans l'alternance de la nuit et du jour, et
dans le navire qui vogue en mer chargé de
profits pour les gens, et dans l'eau que dieu
fait descendre du ciel, par quoi Il rend vie à la
terre une fois morte et y répand des bêtes de
toute espèce, et dans la variation des vents, et
dans le nuage contraint de rester entre ciel et
terre, il y a des signes, certes, pour un peuple d'intelligents."

Coran, sourate 2, versets 163 et 164
"Dis: " Regardez ce qui est dans les cieux et la terre."
Mais ni les signes ni les menaces ne suffisent à un peuple qui ne croit pas."

Coran, sourate 10, verset 101

Le Coran mentionne aussi l'histoire et le passé des peuples comme une autre source de connaissance, et pour dévoiler la vérité, il attire l'attention sur les victoires et les défaites, les grandeurs et les servitudes, les joies et les malheurs des différentes nations; une fois familiarisé avec les lois et les comptes inévitables de l'histoire, il en tirera les leçons pour lui et pour sa société et essaiera de maîtriser les évènements de son époque.
"Avant vous, certe s, bien des choses établies ont passé.
Or, parcourez la terre, et voyez ce qu'il est advenu de ceux qui criaient au mensonge."

Coran, sourate 3, verset 137
"Et que de cités, qui prévariquèrent,
avons-Nous brisées, après lesquelles Nous avons créé un autre peuple!"

Coran, sourate 21, verset 11

Le Coran présente aussi l'univers intime et intérieur, qu'il appelle "anfous" (les âmes) comme une source profitable pour le dévoilement de la vérité. Il en souligne l'importance en ces termes:
"Bientôt Nous leur ferons voir Nos signes à
tous les horizons, tout comme dans leurs
propres personnes, jusqu'à ce qu'il leur
devienne évident que, oui, c'est cela la vérité."

Coran, sourate 41, verset 53
"Il y a sur terre des signes pour ceux qui croient avec certitude.
En vous-mêmes aussi. N'observez-vous donc pas?"

Coran, sourate 51, versets 20 et 21

Le Coran entend ce même corps dont la forme et les organes sont adéquats, avec toutes ses activités (les actions et réactions, les mécanismes subtils et précis), et avec toutes les formes d'énergies et d'instincts dont il est doté (les perceptions et les sentiments divers parfois animaux parfois purement humains), en particulier l'énergie étonnante de la pensée et de la conscience déposée en lui. Et jusqu'à ce jour, l'humanité a fait à peine quelques pas dans la connaissance des forces spirituelles et invisibles et de leurs liens avec le corps matériel. Il restera toujours une source intarissable pour la connaissance.

Le Coran proclame que la méditation sur soi même suffit pour être guidé vers la source infinie et illimitée, vers la science et la puissance sans borne, dont une faible étincelle se manifeste dans l'existence humaine, et pour savoir que c'est la Réalité illimitée qui a déposé en l'homme ces facultés et ces vertus, et qui lui a insufflé corps et esprit.
Avec toutes ces preuves vivantes, et ces arguments décisifs pour l'acceptation et la connaissance du créateur qui lui ont été administrés, quelle excuse peut avoir l'homme pour nier son Dieu.

* * *

Le noble Coran décrit Dieu avec des attributs qu'il confirme et d'autres qu'il infirme et rejette comme étant indignes de Lui; les attributs positifs de Dieu comme la science, la puissance, la volonté, une existence non procédée par une non - existence, sans commencement, et le fait que l'univers n'existe et ne se meut que par Sa volonté.
"C'est un Dieu tel qu'il n'y a de Dieu que Lui,
Le connaisseur de l'invisible tout comme du visible.
C'est Lui le Très Miséricordieux le Tout Miséricordieux.
C'est un Dieu tel qu'il n'y a de dieu que Lui, le souverain, le saint, le salut, le pacifique, le protecteur, le puissant, le tyran, l'orgueilleux. Pureté à Dieu des Associés qu'ils donnent!"

Coran, sourate 59, versets 22 et 23

Les qualités négatives sont celles qui définissent le créateur par ce qu'Il n'est pas, comme par exemple Sa non - corporéité, le fait qu'Il ne se situe pas dans l'espace, qu'Il n'a pas d'associé ni d'égal, qu'Il est immatériel, qu'Il n'est pas limité par les barrières des sens, qu'Il n'enfante pas et qu'Il n'a pas été enfanté, qu'Il n'est affecté par aucun mouvement ni changement dans l'Essence, parce qu'Il est la perfection pure.
"Dis: "Lui, Dieu, est unique, Dieu, l'Absolu. Il n'a jamais enfanté, n'a pas été enfanté non plus. Et nul n'est égal à Lui."

Coran, sourate 112, versets 1 à 4
"Pureté à ton Seigneur, Seigneur de puissance, de ce qu'ils décrivent!"

Coran, sourate 37, verset 180

L'intelligence humaine, limitée, est impuissante à émettre un jugement sur le rang sublime de l'Essence du Dieu absolu. Nous reconnaissons notre incapacité à appréhender l'existence de cet être sans égal, et sans modèle dans notre perception et dans notre pensée. Il est d'un rang et d'une sublimité défiant toutes les doctrines intellectuelles et toutes les méthodes d'investigation humaine.
Une essence unique et intégrale possède en elle -même toutes les perfections sans exception, parce qu'aucune perfection ne peut se situer hors d'un être qui est infini. Autrement, l'être en question est un être limité.

Comme les créatures existantes procèdent toutes d'un être dont l'existence se confond avec l'essence, en ce sens que leur existence dépend de cette Existence absolue et autonome, de même toute qualité de perfection comme la vie, la puissance, le savoir, que l'on rencontre chez les créatures procèdent elles aussi d'une vie, d'une puissance, d'un savoir absolu et nécessaire.

* * *


Chapitre II Dieu et Ses Attributs Chapitre II
Qui est digne d'adoration?
Tel que le définit le Coran, le Seigneur du monde réunit toutes les conditions idéales de l'être digne d'adoration. Il est le créateur de l'amour et de la beauté, la source de toutes les énergies, un océan profond et immense dont la moindre vague se joue même des nageurs les plus doués. C'est Lui qui retient les cieux et la terre, et les empêche de s'effondrer. S'Il détournait un seul instant son regard bienveillant de l'univers, celui ci exploserait et retournerait au néant. Par conséquent, la moindre chose qui existe ne doit son existence qu'à Lui.

Il est le dispensateur de toutes les faveurs et de tous les bonheurs, et le détenteur de notre libre - arbitre.
Quand Il ordonne, Il Lui suffit de dire à une chose "Sois!" Pour qu'elle soit. La Vérité et la Réalité sont de Son essence. La liberté, la justice et les autres vertus et perfections émanent du rayonnement de ses attributs. Tout va vers Lui, et obtenir sa proximité c'est arriver à tous les voeux dans leur expression la plus sublime. Celui qui se confie à Lui, a trouvé un confident et un ami infiniment bon. Celui qui s'appuie sur Lui, fait asseoir ses espoirs sur une base inébranlable; alors que Le refuser, revient à construire sur du sable mouvant.

Lui qui est conscient et informé du moindre mouvement se produisant sur la terre et dans tout l'univers, peut très bien déterminer la ligne à suivre pour le bonheur, et mettre en plan le mode de vie et les rapports de l'homme, parce qu'Il connaît nos intérêts réels. En se conformant au programme fixé par Dieu, on s'assure du bonheur et de la promotion.

Comment se peut - il que l'homme puisse à la fois sacrifier son âme même pour la vérité et la justice, et se détourner de leur source et de leur manifestation?
S'il est un être d igne d'adoration, ce ne peut être que le créateur qui est l'axe de toute existence. Il n'existe rien ni personne d'autre qui puisse faire de l'homme son adorateur. Parce que nulle chose, hormis Dieu, n'est absolue, ni nécessaire, ni subsistant par elle même. Toute chose est relative, et un simple moyen pour accéder aux étapes supérieures.

Le facteur originel de l'adoration est la capacité de dispenser des faveurs, la conscience des possibilités, des besoins, des réserves, des aptitudes et des énergies dans le corps et l'âme de l'homme. Or cela est propre à Dieu, car toute l'existence est dépendante de Lui et c'est vers Lui que se dirigent les caravanes successives des créatures. Son commandement est permanent sur le monde.

Par conséquent, le culte et l'obéissance absolue lui sont réservés exclusivement, car sa présence glorieuse est perçue à chaque instant par les coeurs de tous les êtres. Des êtres comme nous dénués de force ne sont pas d ignes d'adoration, et ne méritent pas de s'attribuer ce qui est uniquement à Dieu. D'autre part l'homme lui - même a suffisamment conscience de sa person nalité et de son rang pour accepter de s'incliner devant des créatures périssables.

Dans l'univers aux frontières infinies, seul Dieu mérite d'être adoré et loué par l'homme. La quête de Son agrément et de Sa satisfaction doit avoir la priorité chez tout être aimant dieu. Cette goutte qu'est l'homme ne sera à l'abri des tempêtes de la déviation et de la corru ption que si elle rejoint le grand océan dans lequel elle trouvera son identité authentique, et accédera à l'éternité. Dieu sera alors pour l'homme celui qui donne un sens au monde, et par qui s'expliquent tous les évènements, et à partir de là, il comprendra d'où viennent l'ampleur et l'étroitesse des univers des hommes.
D'une façon générale, dans la vie, on doit considérer l'honneur, la vertu, et toutes les valeurs qui font l'objet du respect, soit comme des produits de l'imagination et de la fantaisie, soit en nous basant sur le jugement de la conscience et de l'instinct ou du sentiment que nous avons de la nécessité de la réalité et de la nécessité des valeurs, comme des entités réelles. Dans les deux cas, nous sommes obligés de nous incliner et de reconnaître une réalité totale de l'existence et de la perfection absolue, pleine de bien, de vie, et d'énergie et dont procèdent toutes les valeurs.

Comment peut - on considérer comme incontestable l'aspect spirituel et naturel de l'homme avec ses penchants, tendances et besoins qui naissent de son intérieur et sont causes de l'éclosion des aptitudes, et d'autre part négliger totalement ce qui est conforme avec notre nature (Fitrat), notre tempéramment, et dont les attributs offrent une réponse à tous nos voeux matériels et spirituels, et sont le plus puissant.

* * *

Un examen approfondi nous permet de conclure que les créatures innombrables, l'amour et les autres instincts qui sont ancrés en nous, aboutissent tous à une même et unique source, qui est Dieu et dont la réalité et l'essence conditionnent toutes les réalités et essences de l'univers. L'existence se dirige vers la même source dont elle est issue, qui est seule digne d'amour, et qui capte tous les sentiments et toutes les pensées des hommes auxquels elle se fait connaître.
Nous comprenons alors que tous les phénomènes viennent à l'être à partir du néant, et demeurent pendant toute la durée de leur existence dans le besoin d'un soutien extérieur, et sont revêtus du sceau de la dépendance absolue.

L'être idéal dont nous sommes en quête, et vers lequel nous nous dirigeons, ne peut forcément pas être notre but ultime et notre aspiration totale, s'il ne connaît pas nos douleurs et les réalités du monde, et s'il est incapable de répondre à nos voeux et aspirations, étant comme nous plein d'insuffisances et de faiblesses, et étant doté d'une même essence que la nôtre.
Il ne peut aussi être doté des qualités absolues. Or la prière, si elle vise à la réalisation d'un voeu, ne peut être exaucée que par le Créateur.
"Oui, ceux que vous invoquez au lieu de Dieu sont des Serviteurs (du Seigneur) comme vous..."

Coran, sourate 7, verset 194

Par conséquent, rien ne justifie qu'on puisse s'incliner devant autre que Lui, ou qu'on puisse orienter notre attention vers autre que Lui, puisque tout ce qui est autre que Lui n'a pas le moindre effet sur notre condition et notre destin. Parce que si un dieu mérite qu'on l'adore et qu'on lui voue un amour et qu'on attende de lui qu'il nous élève au sommet du bonheur, il faut qu'il soit forcément exempt de toute insuffisance, et- qu'il rayonne en permanence sur les créatures en leur donnant vie et soutien, et que sa beauté subjugue tout homme capable de la sentir et de la percevoir. Il faut qu'il soit détenteur de la force absolue, qu'il apaise la soif de l'esprit, car se frayer la voie de sa connaissance ne consiste en rien d'autre qu'à arriver à la source authentique de la nature humaine.

Autrement, si l'idôle de notre choix ne présente de supériorité qu'en certains aspects, et qu'elle ne satisfait que certains de nos besoins, elle cesse d'être une idôle dès qu'elle nous fait parvenir à nos buts. Elle cesse d'exercer son attraction, et devient un obstacle à notre progrès.
Non seulement, elle ne calmera pas notre soif instinctive d'adoration, mais elle nous empêchera aussi de concentrer notre reflexion sur toute autre valeur supérieure, nous enserrera dans un cadre étroit, et nous perdrons toute motivation pour avancer vers des degrés supérieurs.

Si aussi, cette idôle est en - dessous de nos aspirations, elle ne sera jamais un facteur de progrès et de réforme. Au contraire, elle nous entraînera vers la décadence et l'avilissement. L'homme est dans ces conditions comparable à l'aiguille d'une boussole qui n'est plus capable de retrouver le nord, et qui par conséquent ne saura conduire qu'à l'infortune, la perdition.

* * *

Chapitre III
L'invocation, expression de la gratitude des hommes
L'objet d'adoration qui peut orienter l'homme dans la bonne direction, et qui peut éclairer sa voie est ce Dieu même qui peut donner l'espoir, et dont l'existence se situe au plus haut sommet de la perfection, et qui est agissant, stable et immuable. Il est de ce fait la source des rayonnements spirituels les plus subtils, Celui qui oriente la pensée et les actes, et Celui qui aplanit la voie de la perfection à l'homme qui est lui - même le fruit de Sa sagesse.
Tout effort et tout mouvement vers un objectif dévié ne fera qu'entraîner l'homme vers la négation de soi, la perte de sa personnalité, et l'entachement de son identité.

L'homme ne peut pas se comprendre et se connaître s'il se sépare de son créateur. L'oubli de Dieu est toujours accompagné de l'oubli de soi, et de la perte du sens des buts ultimes de la vie, et du monde dans lequel il se trouve, et en fin de compte, de toute valeur supérieure.
Tout comme l'attachement à un être autre que Dieu, rend l'homme étranger à lui - même, et le transforme en une machine biologique, de même la confiance en Dieu et Son invocation réconcilie l'homme avec lui - même, le réveille de sa torpeur, et le sauve des profondeurs de l'océan de l'indifférence pour lui redonner une vie authentique.

Dans l'invocation et la prière, les capacités spirituelles et les énergies célestes se développent en l'homme à qui la possibilité est alors offerte de voir en lui - même combien sont dénués de valeurs les espoirs et les illusions matérialistes, et de se voir lui - même tel qu'il est réellement, avec ses insuffisances et ses faiblesses.
Le souvenir de dieu, et l'essor vers le foyer invisible de l'existence est une source de lumière et de vie pour le coeur qui déborde d'une jouissance incomparable avec les jouissances qu'offre l'univers matériel. Enfin, c'est à la lumière de cette réalité pure et immatérielle que la pensée atteint à son sommet, et que s'opère une transmutation des valeurs.

Le commandeur des Croyants, Ali - que la paix soit sur lui - décrit ainsi l'influence profonde de l'invocation sur le coeur: "Dieu Tout - Puissant a fait de Son souvenir une source de limpidité pour les coeurs. Avec le souvenir de Dieu, les coeurs sourds deviennent entendeurs, ils redeviennent voyants après avoir été aveugles, et tendres et réconfortants après avoir été rebelles et têtus."32

Il dit aussi:
"Mon Dieu, pour Tes amis Tu es le meilleur des compagnons, pour ceux qui s'appuient sur Toi, Tu es le meilleur émancipateur. Tu observes leur extérieur et leur intérieur, et Tu es au fait de l'état de leur conscience. Tu connais l'étendue de leur perspicacité et de leur connaissance. Leurs secrets sont pour Toi manifestes. Loin de Toi, leurs coeurs sont ternes. Si la solitude est pour eux cause d'agitation et de crainte, Ton souvenir leur sert de compagnon. Si les difficultés et les problèmes les cernent, Tu es leur seul refuge."33

William James, le célèbre psychologue dit:
"Le mobile de la prière est la conséquence nécessaire de ce fait qu'en même temps qu'elle est la part la plus intime et la plus profonde du moi volontaire et pragmatique, elle ne manifeste totalement ses résultats que dans l'univers intellectuel. La plupart des hommes y ont recours de façon continue ou accidentellement. L'individu le plus méprisable de la terre, se donne de la valeur et un sens, grâce à cette attention supérieure."34

Invoquer l'Absolu et Lui manifester son amour est la plus haute marque de grâce des hommes à l'égard du Créateur. Cela constitue d'ailleurs la part de l'homme dans le choeur immense de toutes les espèces de la création.
"Les sept cieux et la terre, -et ceux qui s'y trouvent,
-chantent pureté de Lui! Et il n'est chose aucune qui
ne chante pureté en Le louant. Mais vous ne comprenez
pas leur chant. Il demeure patient, pardonneur, vraiment!"

Coran, sourate 17, verset 43

Bien entendu, ce culte et cette adoration ne rapportent aucun bénéfice au Créateur, parce qu'Il est parfait à tout point de vue. Il n'est affecté par aucun changement survenant en l'homme ou dans le monde. Comment peut - on imaginer qu'Il crée l'homme et qu'ensuite Il tire profit du culte que Sa créature Lui rend? C'est plutôt l'homme qui par ses actes, et par sa connaissance authentique de l'être suprême, et ses invocations se rend à même d'atteindre son objectif qui est la perfection.

Le Professeur Ravaillet, écrit ce qui suit à propos de l'existence de la conscience chez les créatures:
"La cosmologie nouvelle dit que les atomes et les molécules agissent en connaissance de cause; ils ont conscience de leur activité et du déroulement de leur vie. La conscience qu'ils ont d'eux - mêmes est même supérieure à celle des physiciens, parce que ce que ces derniers savent d'un atome se réduit à la proposition que si cet atome n'était pas perceptible et ne se prêtait pas à la connaissance scientifique, qu'aurait- on pu savoir à son propos?
Le corps, le mouvement, la vitesse, ici, là - bas, le rayonnement, l'équilibre, l'espace, le climat, la distance et d'autres notions ne nous sont familières que grâce à l'existence de l'atome. Sans l'atome, quel serait la cause de tous ces phénomènes étonnants du monde de la création?

Entre la conscience et le corps, il existe le même rapport que celui qui existe entre le mouvement et l'inertie, ou entre le sens positif et le sens négatif d'un mouvement.
Mais l'univers n'est pas aveugle dans son ensemble. Si vous vous en souvenez, l'examen du champ visuel de l'oeil nous a prouvé que l'oeil n'était pas un élément fondamental, mais comme la fonction visuelle s'exerce dans un espace qui est la terre et suivant les capacités limitées du genre humain et des autres créatures vivantes, elle a acquis un certain rôle dans l'observation physique. Entre la terre et le soleil, et entre le soleil et les étoiles géantes infiniment éloignées, entre lesquelles s'opèrent de vastes échanges d'énergies, aucun organe du corps humain, comme la vue, ne peut être d'une quelconque utilité.

Mais c'est justement pour cette même raison que l'on ne peut croire qu'il n'y ait qu'inconscience et ign. orance dans les échanges d'énergie qui interviennent entre les énormes galaxies soumises aux lois de la gravitation, de l'équilibre, des mouvements, de la lumière, de la vitesse et des forces centrifuges. On ne peut attribuer la cécité totale à ces phénomènes extraordinaires; et même les particules de lumière, dans leur propre mouvement, ne peuvent être comparées à de simples facteurs, analphabètes, dont le devoir est uniquement de distribuer les messages."35

* * *

Chapitre IV
Des attributs exclusifs
Toute la terminologie scientifique et tous les concepts dont nous disposons ne nous permettent pas d'appréhender et de décrire de façon suffisante le Créateur. Autant dire que Dieu est au - dessus de la raison, et qu'Il échappe à nos facultés mentales et intellectuelles limitées. Il est réellement l'Inconnaissable. Quoi de plus naturel en effet puisque l'homme étant lui - même une créature, c'est - à dire un être limité à tout point de vue, ne doit pas s'attendre à appréhender totalement un être immatériel, avec des moyens habituels et des concepts forgés par lui - même et portant toutes ses imperfections.

Le débat porte sur une réalité surnaturelle et qui détient le pouvoir absolu et la science illimitée. Comme le Coran le dit dans le verset 11 de la sourate "La Délibération",: il n'est "Rien qui lui soit semblable".
Le patron des pieux, Ali - que la paix soit sur lui dit à ce propos:
"Celui qui Le compare (à d'autres êtres) n'a pas saisi Sa réalité. Il est incomparable. Celui qui Le désigne et L'imagine ne Le vise point. Tout ce qui se connaît à travers soi - même a été créé, et toute chose qui existe en vertu d'autres choses est l'effet d'une cause. Il agit mais non avec l'aide d'instruments. Il fixe des mesures, mais sans activité mentale. Il est riche, mais non par acquisition.

Le temps ne Lui tient pas compagnie, et les instruments ne viennent pas à Son aide. Son Etre précède le temps, et Son existence précède le néant. Son éternité précède le commencement. Du fait même qu'Il a créé les sens, on com prend qu'Il n'a pas de sens. Et de l'existence des contraires on déduit qu'Il n'a pas de contraire; et de l'existence de similarité entre les choses, on déduit qu'il n'est rien qui Lui soit semblable, Il a fait de la lumière le contraire de l'obscurité, et du chaud celui du froid. Il suscite l'affection entre les choses rivales, réunit les choses de nature différente, rapproche les choses éloignées, et sépare les choses unies. Il ne connaît pas de limite, et n'est pas quantifiable par les nombres..."36

La différence qui existe entre les attributs de Dieu et ceux de l'homme, et l'impossibilité qu'il y a de les réduire les uns aux autres, résultent de ce que les attributs de Dieu sont à la source de l'existence alors que ceux de l'homme et des autres créatures ne le sont pas.
Nous sommes, par exemple, capables d'accomplir certains actes, mais cette capacité n'a rien à voir avec la capacité de Dieu, parce que les deux choses, bien que désignées par un même terme, sont totalement différentes.

Ou bien encore, quand nous parlons de notre science, nous devons la distinguer de notre personne, parce que dans l'enfance nous n'avions pas cette science. Nous l'avons acquise graduellement par l'étude et l'effort. Par conséquent la science et la capacité constituent deux choses différentes de notre existence. Ces attributs ne font pas partie de notre essence; ils ne sont pas inhérents à notre existence. Il s'agit de qualités accidentelles, tout à fait distinctes.

Il n'en est pas de même pour Dieu. Quand nous d isons que Dieu est savant et puissant, cela signifie qu'Il est la source de la science et de la puissance. Ici, l'attribut se confond avec l'essence. Bien qu'ils se présentent apparemment comme deux choses distinctes, l'attribut est en réalité l'essence elle - même, car celle ci n'est pas accidentelle pour posséder des qualités acquises. Dieu est en effet une existence absolue, Il est la science même, la puissance, la permanence, la vie, etc... puisqu'Il ne connaît aucune limite interne ou externe.

Comme notre éducation se fait au sein de la nature, et comme celle - ci nous est familière, et aussi puisque tout ce que nous percevons avec nos sens se présente à nous sous forme concrète et tangible, nous avons tendance à nous servir des critères naturels pour mesurer toute chose, et nos notions et images mentales en procèdent.
Par conséquent la représentation d'un être dépourvu des caractéristiques matérielles, et qui ne correspond à aucune des images concevales par notre esprit, et la compréhension d'un être dont les attributs seraient indissociables de lui, requièrent de nous, outre une précision extrême, que nous vidions notre esprit de toutes les images et notions liées à l'univers matériel.

Le Commandeur des Croyants, Ali, exprime de façon éloquente, riche et profonde cette incapacité de l'homme à définir Dieu dans le cadre des attributs. Il dit:
"La croyance parfaite en Son unicité consiste à Le voir Pur, dépouillé de Ses attributs, car tout attribut se présente de façon distincte de son objet.
Qui Le qualifie Le compare, qui Le compare Le divise, qui Le divise L'ignore."37

L'esprit ne peut pas limiter Dieu à l'attribut. Les représentations mentales ne peuvent pas s'appliquer à Dieu, comme le ferait un signifiant pour le signifié; parce que chaque attribut se distingue des autres attributs. Par exemple, le concept de vie est totalement différent du concept de puissance; ils ne sont pas superposables, bien qu'ils puissent se référer à un même objet. Mais chacun ne peut s'appliquer à cet objet que pour sa signification propre.

Quand l'esprit humain veut qualifier une chose, bien que le but consiste à établir une certaine unité entre l'attribut et son objet, il ne peut, bon gré mal gré, s'empêcher d'introduire une scission entre les deux, parce que les deux notions d'attribut et de sujet sont différentes.
Et comme le seul moyen de connaître les choses est de les décrire avec des concepts, qui sont tous distincts les u ns des autres, et qui sont nécessairement limités, ces concepts demeurent impuissants à appréhender et à définir la Réalité sublime, C'est - à dire Dieu; par conséquent vouloir le définir totalement avec des concepts est en soi un signe d'ignorance.

Illustrons par un exemple, dans la mesure du possible, l'idée des attributs qui se surajoutent à l'Essence. Supposons que la chaleur d'une flamme se transmette à toute chose, et que cette chaleur soit un des attributs du feu. Peut - on affirmer que cette propriété n'occupe qu'une place dans l'existence du feu?
Certainement pas; c'est l'existence entière du feu qui chauffe et qui brûle.

En réponse à une question sur l'existence de Dieu, le sixième Imam des chiites, l'Imam Sadegh a dit:
"Il est différent de toute chose. Il est la seule vérité de l'existence. Il n'a ni corps ni forme. Il est tout à fait imperceptible aux sens. Aucune recherche n'aboutira à sa connaissance. Même l'illusion et l'imagination ne peuvent l'atteindre. Il est intemporel et ne subit aucune transformation."38 Le savant Paul Clarence professeur de biophysique écrit:

"Les Ecritures saintes, l'Ancien et le Nouveau Testaments utilisent les mêmes termes pour décrire Dieu, que ceux qu'ils emploient à propos de l'homme. Sans doute, cela résulte-t- il d'un vide linguistique. Parce que le concept de Dieu est un concept spirituel, et l'homme dont la pensée est limitée par le cadre matériel, n'a pas accès à la connaissance de l'Essence divine."39

Et bien que nous soyons incapables de connaître l'Essence et même tous les attributs divins, nous devons essayer de faire le maximum d'efforts dans cette voie.

* * *


Chapitre V Dieu et Ses Attributs Chapitre V
L'unité divine
Quand la discussion porte sur les dogmes religieux à propos de l'unité divine, il faut comprendre par là l'unité de Dieu dans Son Essence, dans la création, dans Ses actes et dans Sa souveraineté sur l'univers et sur l'administration de l'ordre universel, dans le culte et dans les autres domaines.
Tout comme on ne saurait concevoir une multitude d'essences divines, on ne pourrait pas non plus concevoir des différences entre les essences et les attributs. Car une telle différence impliquerait l'existence de limitations. Quand nous les dissocions, c'est pour le besoin de l'analyse et de la pensée humaine, il ne faut pas déduire de cette dissociation plusieurs niveaux dans l'Essence Sacro - sainte.

Si nous regardions un paysage naturel à travers des écrans transparents de couleurs différentes, ce paysage nous apparaîtrait à chaque fois différent. De même quand, avec nos esprits, nous envisageons l'Essence de Dieu, qui est unique, nous Lui attribuons la qualité que nous - mêmes nous avons choisi. A propos de science, nous parlerons de Dieu comme le Savant par excellence, l'Omniscient. Quand nous l'envisageons sous l'angle de la force, nous dirons qu'Il est Tout Puissant, etc...
Par conséquent, comme nous regardons les différents attributs divins sous les différents angles qui sont spécifiques à notre mode limité d'existence, nous sommes aussi portés à appliquer la même méthode pour l'Essence divine. Alors qu'en fait tous ces attributs n'ont qu'une seule et même existence, et font état d'une seule et même réalité, à savoir cette Réalité dépouillée de tout défaut et de toute imperfection, et qui se caractérise par: perfection, puissance, clémence , science, grâce, sagesse et majesté.

Si nous comprenons que l'existence de Dieu procède de Lui - même, nous devons en déduire que l'existence absol ue est illimitée dans tous les sens. Car si l'existence ou la non existence étaient les mêmes pour Dieu, Il devrait forcément emprunter l'existence hors de Son essence. Or, cette existence ne se réalise pas par ellemême. Par conséquent, l'existence pure est celle qui procède d'elle- même.
Et quand l'Essence se confond avec l'existence, elle est illimitée au point de vue de la science, de la puissance, de l'éternité, du Temps; car la science et la puissance constituent des aspects de l'existence. Et l'Essence qui est l'Existence même possède toutes les perfections sans exception.

* * *

L'unicité est l'un des attributs divins les plus manifestes. Toutes les religions célestes non- falsifiées l'ont prônée et préchée aux hommes, et ont condamné le polythéisme et l'idôlatrie comme les pires formes de l'égarement, et comme la dégradation la plus humiliante de l'esprit et de l'intelligence.
Car si les hommes trouvaient la foi par le biais de la reflexion et de la raison, et s'ils étaient fidèles aux enseignements des prophètes, ils ne s'inclineraient et n'accepteraient aucune idôle concrète ou abstraite, et ne reconnaîtraient à personne d'autre que Dieu le pouvoir, la souveraineté et la volonté sur l'ordre universel.

Par l'unité divine, il ne faut pas entendre un corps, car le corps est constitué par plusieurs parties et éléments, or, il s'agit là de choses qui ne concordent pas avec Son essence, Tout corps composé ne pourrait être par conséquent un dieu ou quelque chose de semblable.
La représentation de plusieurs sujets pour les attributs n'est, possible qu'en présence des conditions comme la qualité, la quantité, le temps et l'espace. Or, Dieu n'est limité par aucune de ces contraintes. Il est impossible alors de Lui imaginer un semblable.
Si nous concevons plusieurs fois la réalité de l'eau, nous n'ajouterons rien à la première opération de conception, parce que nous avons imaginé l'eau, de façon absolue, indépendamment de toute condition de temps, d'espace, de quantité et de qualité. Dans les représentations suivantes, il serait évidemment impossible de rencontrer un nouveau sujet pour la réalité qualifiant l'eau.

Mais dès que nous faisons entrer d autres considérations, de nouveaux individus feront l'objet de la représentation mentale, selon le nombre d'éléments surajoutées, comme par exemple l'eau de pluie, l'eau de source, l'eau de rivière et l'eau de mer, en tel ou tel lieu et à telle ou telle époque. Mais si nous enlevons ces conditions, la pluralité disparaît et nous retrouvons une seule et même réalite : l'eau !
Il faut comprendre que si un être est conditionné par l'espace, il a besoin de cet espace, il devi'ent tributaire dans son existence des conditions de lieu et temps qui lui sont propres. Son existence ne se concrétise que dans ces dites conditions. Si nous reconnaissons un être qui ne dépend pas et n'a jamais dépendu du temps et de l'espace, et qui possède les qualités de perfection les plus élevées, lui concevoir une pluralité c'est automatiquement lui attribuer des limites.

Dieu n'est pas un, au sens numéral où l'on peut ajouter un second de même catégorie. Son unicité est telle que si on Lui supposait un second, il ne saurait être que Lui- même.
Compte tenu du fait que la pluratité des choses dépend des conditions qui les font se différencier les unes des autres, si un être était libre de toute sorte de lien, il serait absolument irraisonnable de lui concevoir un associé, parce que ce nouvel individu aurait nécessairement des limites, et si toutes les limites étaient enlevées, on n'aurait incontestablement pas devant nous deux individus, et la représentation d'un second individu ne sera en fait que la répétition de la représentation du premier individu.

L'unicité de Dieu signifie que si on se Le représentait seul et unique -indépendamment de l'existence des autres êtres- son existence serait incontestable, tout comme lorsqu'on L'envisagerait par rapport à l'ensemble des autres êtres. Il n'a besoin ni d'associé, ni d'aide et ni de descendance. Tandis que si nous envisageons les autres êtres, sans tenir compte de l'existence du Créateur, ces êtres n'auront plus la possibilité d'exister. Leur existence est conditionnée par l'existence de Dieu, qu'il s'agisse de leur avènement ou de leur permanence.
Or, si nous imaginions un quelconque lien ou une quelconque condition à l'existence de Dieu, Il cesserait d'exister dès que cette condition cesserait d'exister. Mais l'existence de Dieu est absolue, inconditionnée, et non accessible à l'hypothèse de la pluralité. L'intelligence ne peut pas lui concevoir un second être du même rang que lui.

Par exemple, si nous admettions que cet univers dans lequel nous vivons était infini dans toutes les directions spatiales, pourrions-nous en même temps supposer l'existence d'un autre monde aussi infini et de même nature? Certainement pas, parce que la deuxième hypothèse contredirait la première. Et tout deuxième univers que l'on supposerait, ne serait en fait que le même premier univers.
Il en est de même pour l'Existence pure de Dieu qui n'admettrait pas une autre existence.

Par conséquent, l'expression: "Dieu est un" ne signifie pas qu'il n'y a pas un second dieu, mais plus que cela; elle signifie qu'il est impossible de supposer l'existence d'un second Dieu. L'existence même de Dieu implique qu'Il est un, un par l'Essence, ce par quoi il se distingue des autres êtres, alors que les autres êtres ne se distinguent pas par leurs essences, mais par des caractéristiques et spécificités acquises de par la création.
Si les esprits réalisaient pleinement le sens du mot "Dieu", ils parviendraient de façon tout à fait naturelle à rejeter toute pluralité à l'Essence divine Sacro- sainte.

* * *

Nous remarquons sans grande peine que toutes les parties de l'univers sont régies par une sorte d'unité et d'intégration permanente:
l'homme produit le gaz carbonique nécessaire à la vie des plantes et ces dernières produisent notre élément vital qu'est l'oxy gène; cet échange se fait en sorte que se maintienne toujours un certain niveau d'oxygène dans la nature, sans quoi toute trace de vie disparaîtrait de la terre.

La quantité de chaleur que reçoit la terre du soleil, est conforme aux besoins des créatures vivantes. La vitesse de rotation de la terre autour du soleil, et sa distance à l'égard de cette source de chaleur et d'énergie sont réglées de façon à rendre possible la vie des hommes sur cette planète. Par exemple, si la vitesse de rotation de notre planète passait de 1000 miles à 100 miles à l'heure, les nuits et les jours seraient 10 fois plus longs. La chaleur diurne atteindrait des degrés tels qu'elle brûlerait toutes les plantes, et le froid nocturne serait tel qu'il gélerait toute la végétation.
Si le rayonnement solaire diminuait de moitié, tous les êtres animés seraient paralysés par le gel. Et si ce rayonnement se doublait, toutes les activités vitales cesseraient dès les premiers moments de leur apparition. Et enfin si la lune était plus éloignée de la terre qu'elle ne l'est actuellement, les reflux marins seraient d'une force telle qu'ils déracineraient les montagnes.

Sous cet angle, la marche de l'univers est comparable à une caravane dont l'ensemble des voyageurs constituent une chaîne ininterrompue, et se mouvant dans une seule direction et dans un même effort comme les pièces petites et grandes d'une machine. Et dans tout cet organisme, chaque chose agit suivant sa fonction et sa position, de façon à compléter la tâche de la chose précédente, et à créer un lien profond entre toutes les composantes de la machine.

Le professeur Ravaillet écrit:
"Il existe entre toutes les créatures de ce monde une chaîne, ou un fil ou un lien invisible qui établit entre elles un équilibre parfait. Même les créatures dépourvues de conscience et de sensibilité ne sont pas sans profit des bienfaits de cette relation. Toutes les créatures de ce monde sont comme alignées sur un seul rang en chaîne, ou disposées sur un chapelet sans fin, et les mouvements résultant de l'activité vitale de ces créatures interviennent tous sur la base de cette relation puissante et occulte.

Observons un être vivant. Les cycles sanguin, lymphatique et nerveux et les fonctions hormonales sont homogènes, coordonnés et même unis. Ces fonctions se réalisent en permanence dans le corps humain, par exemple, avec force et cohésion, au point que la personne peut penser à première vue qu'elle vit au milieu d'un flot de désordre et de chaos.
Ce qu'il y a d'étrange, c'est que même en ne tenant pas compte de l'aspect physiologique, la structure générale de toute cellule vivante fait d'elle un élément d'une chaîne infinie de vies qui sont entourées de vagues terrifiantes, ce qui laisse penser qu'aucun ordre n'existe entre elles.

L'homme est étonné et plongé dans la stupéfaction quand il voit qu'il existe une cohésion et un équilibre entre toute cette agitation superficielle et ce déferlement de vagues qui interviennent à l'instigation d'un facteur unificateur, grand et puissant.
Il est loisible à l'homme de retrouver ce puissant agent dans toute unité et dans toute organisation et toute forme révélatrice d'une certaine unité et d'une certaine intégration dans un ensemble d'apparence dépourvue d'ordre."40

L'univers qui est tout à fait uni, a donc nécessairement besoin d'une réalité et d'un principe unique. Son existence doit procèder de cette unique source. Si l'univers a une seule existence, son instaurateur ne peut être multiple. Celui qui a instauré cette unité et cette intégration au milieu d'une multiplicité et d'une variété dans les formes et les apparences a donné ce faisant, la preuve irréfutable de son unicité, de sa toute puissance et de son omniscience.

"Dis. "Voyez - vous? Les associés que vous invoquez en dehors de Dieu,
montrez - moi ce qu'ils ont créé en fait de terre. Ou est - ce à propos des
cieux qu'ils ont leur association avec Dieu? Ou leur avons - Nous apporté un
Livre, pour qu'avec cela ils soient sur une preuve?". Non, mais ce n'est qu'en
tromperie que les prévaricateurs se font des promesses les uns aux autres.
Oui, Dieu retient les cieux et la terre de s'éloigner. Et si les deux s'éloignent,
nul après Lui ne pourra les retenir. Oui, Il demeure patient, pardonneur."

Coran, sourate 35, versets 40 et 41

Cette unité qui caractérise notre existence, nous la percevons bien en nous - mêmes quand, lors des malheurs et des grandes épreuves de la vie, nous voyons tous nos espoirs converger vers un même point, et nos coeurs se tourner vers une même direction.

Hicham ibn al Hakam posa la question suivante à l'Imam Jaafar Sadegh - que la paix soit sur lui -:
"Qu'est - ce qui prouve que Dieu est un?" L'Imam répondit:
"La cohésion qui existe dans l'ordre du monde et la perfection de l'oeuvre. Comme dit le Coran dans la sourate "Les Prophètes", verset 22,
"S'il y avait (dans le ciel et la terre) d'autres divinités que Dieu, tous deux seraient dans le désordre..."41

Donc la régularité et l'étendue de l'ordre qui régit toutes les choses, réfutent l'idée selon laquelle il y aurait plusieurs dieux régnant sur les mêmes ou différentes sphères.

* * *

Maeterlink dit: "Chaque molécule fendue laisse apparaître un atome. En fendant l'atome nous arrivons à ce que nous appelons par contrainte: "électricité" et qui apparaît sous toutes les formes pour être même à l'origine des matériaux de construction de par le monde. De ce fait, nous déduisons que le créateur de ce monde ne peut être qu'un car toute chose dans ce monde, (matériaux ou lois), procède d'une seule origine. Celle que nous n'avons pas encore connue."42

Tout en insistant sur l'unité de Dieu et Sa sagesse dans la Création, le Coran mentionne aussi le rôle des causes et des moyens par lesquels se réalise le Commandement divin. Il dit:
"Du ciel, Dieu a fait descendre de l'eau,. puis il en revivifie la terre une fois morte. Voilà bien là un signe, vraiment, pour des gens qui écoutent !"

Coran, sourate 16, verset 65

Une fois parvenu à la conclusion que Dieu seul est engagé dans l'oeuvre de création, d'ordonnancement et de direction de l'univers tout entier, et que toutes les sources d'effet et de causalité sont subordonnées à Sa volonté et à Son Commandement, chacune ayant son rôle particulier assigné par Dieu; une fois donc que nous sommes parvenus à cette conclusion, comment nous serait- il possible d'imaginer un tout autre être du même niveau que Dieu et de nous incliner devant lui en adoration?
"Et il est des gens qui adoptent, en dehors de Dieu, des Rivaux, les aimant comme d'un amour de Dieu. Or, ceux qui croient sont plus jorts en l'amour de Dieu."

Coran, sourate 2, verset 165.
"Et sont de Ses signes la nuit et le jour et le soleil et la lune: ne vous prosternez ni devant le soleil ni devant la lune, mais prosternez vous devant Dieu qui les a créés, si c'est Lui que vous voulez adorer."

Coran, sourate 41, verset 37

* * *

Chapitre VI
La puissance infinie de Dieu
La puissance infinie de Dieu n'a pas de preuve plus claire que celles qui nous sont fournies par l'étude et l'examen des phénomènes de l'univers créé et des formes et colorations multiples de la nature qui ne pourront jamais être décrites entièrement.
Quand nous regardons la Création de Dieu, nous nous trouvons confrontés à une énergie si vaste qu'aucune limite ne peut lui être supposée. Un regard sur la Création et les millions de vérités que recèlent les merveilles de la nature et les profondeurs de l'être humain lui - même fournit l'indication la plus claire de l'étendue du pouvoir de Celui qui les a créés, car l'ordre riche et complexe de l'existence n'admet pas d'autre explication.

C'est la puissance incomparable de Dieu qui force l'homme à s'incliner humblement devant le Créateur de ce grand ordre. On ne peut exprimer avec les mots les dimensions de Sa puissance; cette essence unique est dotée d'une puissance telle qu'il Lui suffit de commander: "Sois!" pour qu'une chose vienne aussitôt à l'existence:
"... Quand Il veut une chose, Son Commandement consiste à dire: "Sois!"; et elle est."

Coran, sourate 36, verset 42

La loi exprimée par ce verset indique mieux que tout, Sa puissance illimitée, ainsi que la manifestation de Son pouvoir et de Sa splendeur sans borne. Elle réfute toute limite qu'on chercherait à fixer à la puissance divine et proclame l'inadéquation de tous les critères et mesures en égard à cette loi divine.
Les pionniers des sciences naturelles, les hommes des laboratoires, en dépit des progrès qu'ils ont réalisés, n'ont pas oncore acquis la connaissance complète et définitive des secrets d'un seul être parmi les êtres nombreux et variés de l'univers de la création.
Néanmoins, la connaissance défectueuse et non objective que l'homme a acquise au sujet de quelques êtres de ce monde est suffisante pour lui permettre de réaliser pleinement que le pouvoir immense qui a créé une telle abondance et variété dans l'univers doit être infini. Considérer la portée de Sa création: des créatures fragiles, des bêtes monstrueuses aux apparences bizarres vivant dans les profondeurs de l'océan, des oiseaux délicats aux chants mélodieux, et aux ailes multicolores dont la beauté sert de modèle aux artistes, des étoiles qui brillent dans les cieux et le soleil qui se lève et se couche, l'aube et le clair de lune, les planètes, galaxies et nébuleuses dont chacune contient dans son coeur parfois des millions de grandes étoiles brillant dans l'infini.

Une création pareille, qui inspire l'étonnement par sa splendeur, n'est - elle pas la preuve du pouvoir infini de son Artisan? Peut - on ignorer la puissance d'un créateur qui confère une si grande variété à la vie, et fait que les formes finies et distinctes se révèlent dans le vaste éventail des phénomènes?
Etant donné que toutes ces formes séduisantes de la création procèdent en dernière instance, de l'atome, la question de l'être ne peut donc s'expliquer que par référence à une force infinie capable de tout orienter.
C'est Lui qui pousse toutes les choses à prendre des formes vivantes et qui possède le pouvoir et l'intelligence pour concevoir et réaliser ce dessein vaste et précis.

* * *

Petit et grand, difficile et facile sont des qualificatifs propres aux êtres finis. Dans le royaume infini de l'essence de Dieu et de ses attributs, il n'est guère question de grand ou petit, de peu ou de beaucoup. L'impuissance et l'incapacité sont dues à une énergie finie dont on dispose, ou à l'existence d'un obstacle sur le chemin ou à l'absence de moyens ou d'instruments. Elles sont inconcevables dans le cas d'une puissance infinie.

Rien aux cieux et sur terre ne saurait affaiblir sa puissance. il est savant et puissant."

Coran, sourate 35, verset 41

Bien que Dieu soit capable de tout, Il a créé le monde d'après un plan spécifique et précis dans le cadre duquel un rôle déterminé a été assigné à certains phénomènes pour en engendrer d'autres. Ces phénomènes sont totalement et incontestablement soumis à sa volonté en remplissant leur rôle et ne s'opposent pas le moins du monde à ses ordres.

"Le soleil, la lune et les étoiles sont tous sous
Son commandement. N'est - ce pas à Lui
qu'appartient la création et le commandement.
Béni soit Dieu, Seigneur des mondes".

Coran, sourate 7, verset 53

Aucune créature dans l'univers ne peut manifester une puissance ou partager la Volonté de Dieu, car Il n'a ni un partenaire dans Son essence, et ni un associé dans Son pouvoir de création. Autrement dit, les créatures dépendent de Lui dans leur essence et n'ont aucun pouvoir pour agir sans Sa volonté.

Chaque fois qu'Il le veut ou que la nécessité s'impose, Il bouleverse tout l'ordre de l'existence, aussi ferme soit-il. Tout est soumis à Sa volonté. Le créateur qui a assigné a chaque facteur ou cause, un effet particulier, est capable de neutraliser ou de suspendre cet effet, à tout moment.
Tout comme un seul ordre amena l'univers à l'existence, un seul ordre enlèvera aux phénomènes leurs rôles habituels.

"Ils dirent: 'brûlez Abraham et donnez la victoire à nos dieux, si vous êtes des hommes d'action'. Nous ordonnâmes au feu: 'sois froid et paix pour Abraham. 'Ils voulurent user d'un stratagème contre lui mais nous fîmes d'eux les perdants"

Coran, sourate 21, versets 68 à 70

Cette puissante attraction du soleil et de la terre, qui s'exerce dans un grand domaine, est soumise à Sa volonte. Ainsi, Il donne à un petit oiseau le pouvoir nécessaire, pour résister à l'attraction terrestre et s'envoler.

"N'ont ils pas vu, assujettis dans le vide du ciel, les oiseaux que seul Dieu retient? Voilà bien des signes vraiment, pour des gens qui croient!"

Coran, sourate 16, verset 74

N'importe quel phénomène qui puisse nous venir à l'imagination, voit ses besoins, en vie et en nourriture, satisfaits par le créateur, c'est à dire que toute capacité ou pouvoir, sur le plan de la création revient nécessairement à la puissance infinie de Dieu. Ali, le Commandeur des croyants - Que la Paix soit sur lui dit:
"Oh Dieu, nul ne peut pénétrer les profondeurs de Ta Splendeur et de Ta majesté. Nous savons seulement que Tu es vivant et autosubsistant, et que Tu ne manges et ne dors point.
Aucun esprit ne peut Te percevoir, et aucun oeil ne peut T'apercevoir, alors que Tu vois tout. Tu connais la durée de vie de toute chose. Tu es le Tout Puissant.
Bien que nous n'ayons rien perçu de Ta création, nous sommes étonnés de Ta puissance et nous Te louons beaucoup. Car nous savons que ce que nous ne pouvons pas voir avec nos yeux et que nous ne pouvons atteindre avec notre esprit et notre intelligence, et qui nous est caché par les voiles de l'inconnu, est beaucoup plus grand que ce que nous percevons".43

Quand l'homme décide de construire quelque chose - un hôpital par exemple - il rassemble les outils nécessaires et les pièces d'équipement qui n'ont aucune relation essentielle entre elles, et les relie alors, l'une à l'autre, au moyen d'une série de relations artificielles, pour atteindre son but.
Cependant, pour créer de telles relations artificielles, il utilise des forces et des objets qui existent déjà. Son travail et son activité sont une partie du système de la création. Ils ne sont pas, à proprement parler, de l'activité créatrice, mais seulement une forme de mouvement qui a lieu en des objets existants. Mais la création divine forme une toute différente catégorie de la production de relations artificelles entre des objets non reliés. Dieu crée les choses avec toutes leurs propriétés, leurs forces et énergies et leurs caractéristiques.

Quand nous disons que Dieu est le Tout puissant, nous devons préciser que son pouvoir concerne uniquement les choses qui sont possibles. Les choses qui sont rationnellement impossibles sont totalement en dehors des limites de Sa providence. Le fait d'utiliser le mot 'Pouvoir'ou, Capacité'par rapport aux choses qui sont impossibles est incorrect et sans aucun sens.
Bien que le pouvoir de Dieu soit en effet illimité, la capacité réceptive des choses et leur capacité à servir comme lieu de la manifestation du pouvoir divin, doivent être prises en considération. L'exécution de la volonté de Dieu est couplée aux relations entre cause et effet avec le réseau complexe de raisons et de causes.

Pour qu'une chose puisse devenir l'objet de la volonté divine, elle ne doit pas être impossible et doit posséder en son essence la capacité réceptive. La Volonté divine s'accomplit au moyen de la réceptivité des choses. Il est vrai que la splendeur divine est infinie et constante, mais le terrain pour la recevoir est imparfait et incapable d'absorber entièrement ce que la source met à sa disposition.
L'Océan est une source abondante d'eau, mais une citerne n'a qu'une capacité finie pour recevoir cette eau, et une quantité infime de cette eau suffit à remplir la citerne. Il est clair que dans ce cas, c'est bien la capacité de la citerne qui est limitée et non l'eau de l'océan.

Quelqu'un demanda à l'Imam Ali, le Commandeur des croyants - Que la paix soit sur lui -:
"Est ce que ton Dieu est capable de mettre le monde entier dans un oeuf de poule?" Ali répondit: "Dieu est certes capables de tout faire, mais ce que tu demandes est chose impossible".

Ainsi bien que l'Essence sacrée de Dieu soit entièrement libre de toute incapacité, il est insensé et irrationnel de demander si Dieu peut faire quelque chose d'impossible en soi.

* * *

Celui dont le coeur bat avec l'amour de Dieu et déborde de foi en le Créateur de tout être ne sera jamais découragé, même seul ou désespéré et en pleine contrariété. Il entreprend la tâche la plus difficile, se sentant sous 1'ombre protectrice d'un pouvoir suprême qui peut le faire triompher de toutes les difficultés. Un homme qui est conscient de la présence de Dieu et sait qu'il bénéficie de son soutien peut résister et supporter toutes les preuves. Les difficultés sont pour lui comme de l'écume disparaissant à la surface de l'eau.

De jour en jour, le feu qui brûle en lui, devient plus ardent et les épreuves font de lui un homme plus fort. A travers toutes les peines qu'il endure, il est réconforté et aguerri par la bonté et la faveur de Dieu et c'est ce qui fait le vrai moteur de son activité. L'échec ne barre jamais son chemin et ne peut l'affliger. Avec une intention sincère et un effort appliqué, il continue jusqu'à la victoire finale.

Il comprend que ses efforts ne peuvent rester vains et que la victoire appartient à ceux qui la méritent. Il sait que Dieu prend la main de Ses esclaves quand ils n'ont pas d'autre refuge que Lui. Il connaît son Seigneur qui choisit le moment propice pour rouler dans la poussière de l'humiliation le nez des rebelles et des oppresseurs arrogants qui ne croient qu'à la violence.
Combien de tyrans ont été renversés au cours de l'histoire humaine, en disparaissant dans une tempête de honte.

L'histoire des messagers de Dieu représente en soi un modèle idéal et complet des valeurs humaines. Nous savons tous comment ces messagers se sont levés contre les forces oppressives de leur époque dans le but de guider les hommes au salut, de réformer leurs sociétés et de leur inculquer les nobles valeurs.
Ce sont les messagers de Dieu qui ont allumé la première flamme qui finit par détruire le polythéisme.
L'éclat de leurs croyances a pu changer la face et le cours de l'histoire. Ils ont posé les fondements du culte monothéiste, et ont établi les principes de la vertu de la manière la plus totale.
Qui peut nier le rôle de leur dévotion et de leur foi dans le combat incessant qu'ils menèrent. Jusqu'à quel point l'homme peut - il faire preuve de volonté, d'endurance et de sacrifice?

Un bref examen de la glorieuse histoire des prophètes nous permet de comprendre leur sincérité, leur dévotion, leur patience et leur désir intense de guider et de réformer leurs prochains. Le secret de leur victoire réside dans le fait qu'ils n'ont jamais pensé à eux - mêmes, ne fût - ce qu'un seul instant. Ils ont sincèrement renoncé à leur propre être, en en faisant don dans le sentier de Dieu. Et Dieu leur a alors répondu en leur offrant l'immoratité et la renommée éternelle.

* * *


Chapitre VII Dieu et Ses Attributs Chapitre VII
La connaissance infinie de Dieu
Un créateur qui ne peut être délimité par aucun espace et dont l'essence ne conçoit aucune limite et tel qu'aucune partie des cieux ou de la terre ne soit vide de son être, un tel créateur est naturellement informé de toutes choses. Il n'y a rien dans toute sa création sur quoi les rayons de son savoir ne brillent pas. Il est conscient des évènements qui ont lieu dans les parties les plus éloignées de l'univers, de ceux qui se sont déroulés il y a des milliards d'années ou qui auront lieu dans des milliards d'années; et c'est pour cela que les tentatives les plus poussées pour interpréter son savoir sont ainsi condamnées à l'échec.
Afin de comprendre l'étendue de son savoir, nous poussons les limites de notre pensée, nous appliquons notre intelligence à la reflexion et à la recherche et nous essayons d'avancer vers notre but avec un esprit clair.

En dernier ressort, cependant, notre appareil mental manque de l'habileté nécessaire pour atteindre son but. Si nous devions exister partout de la même façon que nous existons à un moment donné dans un lieu donné, de façon telle qu'aucune autre place ne soit privée de notre présence, rien ne serait caché de nous et nous serions au courant de tout. Pour nous, le monde des êtres a été divisé en deux: l'Invisible et le manifeste: par invisible on entend le domaine des choses qui étant incommensurables et immatérielles, sont imperceptibles aux organes des sens. Il est important de se rappeler que la connaissance de la totalité de l'existence ne se limite pas au domaine des sciences empiriques.

Afin de comprendre les secrets et mystères de la création, nous avons besoin d'une plateforme de lancement. L'élévation que nous pouvons atteindre dépend de la force intellectuelle dont nous disposons et du degré de compréhension qui propulse notre ascension. Une fois que nous avons une rampe de lancement, plusieurs réalités deviennent connaissables.
A travers son usage du mot Ghayb (l'Invisible), le noble Coran met devant l'homme une large vision de la réalité. Les messagers de Dieu ont aussi oeuvré pour élever la conscience de l'homme de l'univers créé à un niveau qui embrasse aussi bien l'infini que le fini et les frontières de l'invisible tout comme les dimensions du manifeste. Rien n'est caché à Dieu. Pour lui, l'Univers est entièrement manifeste.

"Il connaît le visible et l'invisible. Il est le clément, le miséricordieux"

Coran, sourate 59, verset 22

Tout ce qui est fait par l'homme dérive de l'intelligence et de la science de son producteur.
Plus le produit est raffiné, plus il reflète la connaissance profonde et étendue de son producteur et plus il prouve son habileté à planifier et à projeter.
Le travail manuel de l'homme n'est en aucune facon comparable aux mystères et à la splendeur de la création. Il nous suggère néanmoins que le schéma harmonieux et ordonné et la manifestation d'intelligence dans ce vaste et joli modèle de création, doivent nécessairement indiquer que celui qui le planifie de façon aussi ordonnée doit certainement posséder un savoir étendu et illimité.
Le bon ordre de l'univers est la meilleure preuve de l'existence d'un être qui déborde de savoir, de volonté, conscience et sagesse et qui a modelé les merveilles de la création d'après un plan minutieusement établi. Les signes de la science infinie peuvent facilement se voir dans chaque particule de chaque phénomène. Les expériences et les théories des scientifiques fournissent (pour qui le désire) des preuves de la science illimitée de Dieu et de ses innombrables manifestations dans le monde animal, végétal ou des insectes.

Dieu connaît les trajectoires des étoiles dans l'espace, le monde tumultueux des nébuleuses et la rotation des galaxies; Il connaît toutes choses de la pré éternité à la post éternité, le nombre d'atomes dans les corps célestes, les mouvements des milliards de créatures, grandes et petites, qui se déplacent sur la surface de la terre et dans les profondeurs des océans, les normes et les lois qui régissent infailliblement la nature, les aspects visible et invisible de toutes choses; Il connaît même les perplexités des affolés mieux qu'eux mêmes (ne les connaissent). Ecoutez encore ce que dit le CORAN:

"Et comment ne la connaîtrait - il pas ( sa création). Il est le Subtil (qui pénètre tout), l'Instruit".

Coran, sourate 67, verset 14.

"Rien n'est caché de Dieu, que ce soit sur la terre ou dans les cieux".

Coran, sourate 3, verset 5

Les naturalistes de la nature sont mieux habitués que d'autres aux mystères subtils et précis cachés dans chaque particule de la créature. Grâce à leurs études et recherches, ils sont conscients des calculs variés qui animent les choses vivantes ou non, dans les cellules et les globules et des diverses formes d'action et de réactions intérieures ou extérieures qui ont lieu entre eux. Ils temoignent aussi des signes de l'extraordinaire sagesse de Dieu et de la nature infinie de son savoir ou comme le Coran le dit:

"Bientôt Nous leur ferons voir Nos signes à
tous les horizons, et même en leurs propres
personnes, jusqu'à ce qu'il leur devienne évident
que, oui, c'est cela la vérité."

Coran, sourate 41, verset 53

Plus que tout autre, ils sont exposés à la manifestation des attributs de Dieu et à sa perfection, incluant Son savoir infini; et s'ils ne rejettent pas l'appel de leur conscience, ils discerneront aussi de façon plus claire l'existence du Créateur.
Un certain penseur a dit: "Notre monde ressemble beaucoup plus à une grande idée qu'à une grande machine. Comme théorie ou comme définition scientifique, nous pouvons dire que le monde est le produit d'une grande idée, la manifestation d'une pensée et d'une idée supérieure à la nôtre. La pensée scientifique semble se déplacer en direction de cette théorie".

La connaissance de Dieu ne se limite pas aux choses passées ou aux évènements et objets présents; sa connaissance du futur est exactement comme sa connaissance du présent. La connaissance du futur est pour ainsi dire "Immédiate" au sens complet du mot. Il n'est tout d'abord pas nécessaire qu'il y ait un objet de connaissance auquel sa connaissance devrait s'attacher.
Toutes les choses sont là devant lui, car en même temps que son essence sacrée est complètement différente de toutes les créatures et phénomènes, il n'en est aussi pas séparé; Toutes choses passées et présentes sont en sa présence immédiate.

Ali le commandeur des croyants a dit:
"Il connaît toutes choses, mais non grâce à des moyens ou des instruments dont l'absence entraînerait la rupture de sa connaissance.
Il n'y a pas d'entité additionnelle appelée 'Connaissance', interposée entre lui et les objets de sa connaissance; Il n'y a rien mais seulement son essence".

Ici l'Imam Ali - que la paix soit sur lui- fait allusion au principe théologique que la conscience de Dieu est directe et immédiate.
Dans sa connaissance des phénomènes, Dieu n'a pas besoin de formes mentales qui sont la base de la connaissance acquise. S'il devait acquérir sa connaissance grâce à ces formes, le besoin se ferait sentir en lui alors qu'il n'a aucun besoin. Celui de qui l'existence du monde et de ses habitants découle, qui est capable de satisfaire tout besoin imaginable,. qui offre toute perfection et bonté, est il concevable qu'Il soit lui-même emprisonné par le besoin?
Les formes mentales n'existent dans nos esprits qu'aussi longtemps seulement que nous souhaitons qu'elles existent; Elles disparaissent dès que nous détournons d'elles notre attention, parce qu'elles sont créées et façonnées par nous. Cette forme de connaissance n'est pas directe et sans intermédiaire et elle est alors appelée "connaissance acquise" par opposition à la "connaissance immédiate", qui elle n'a besoin d'aucun moyen.

La différence entre nous, qui créons nos propres formes mentales et le créateur qui a été à l'origine de tout être .réside en ce que nous lui devons notre existence même, alors qu'Il est le vrai Créateur et Celui qui vivifie toute chose; Il est indépendant de tout besoin et n'a pas besoin de l'exercice de la vision pour acquérir la connaissance.
La délinéation entre les évènements passés et futurs qui a lieu aux horizons de notre être et pensée est inévitablement limitée, puisque nous occupons un temps et un espace donnés en dehors desquels nous n'avons pas d'existence. Nous sommes un phénomène matériel, et la matière d'après les lois de la physique et de la relativité a besoin d'espace et de temps dans son processus graduel et continu de développement et de changement.

Mais le passé et le présent n'ont aucun sens pour un être qui est présent de la pré - éternité à la post éternité, en toute place et en tout temps et est libre de l'emprise de la matière et de ses conséquences.
Puisque chaque phénomène dépend de l'existence d'un créateur pour son origine et son existence, aucun voile ou barrière n'est supposée exister entre Dieu et ce phénomène; Dieu entoure ses dimensions intérieures et extérieures et a tous les pouvoirs sur lui.

"Et auprès de Lui sont les clefs de l'Invisible.
Ne les connaît que Lui. Et Il connaît ce qui est
dans la terre ferme, comme dans la mer. Et
pas une feuille ne tombe qu'Il ne le sache. Et
pas une graine dans les ténèbres de la terre, et
rien de frais ou de sec, qui ne soit dans le
Livre Evident".
Coran, sourate 6, verset 59

Imaginons que nous soyons dans une chambre surplombant la rue et que nous regardions à travers une fenêtre la masse des voitures qui se déplace dans la rue. Il est évident que nous ne pouvons voir toutes les voitures en même temps. Nous les voyons une à une quand elles passent en face de la fenêtre, puis elles disparaissent de notre vue.
Si nous ne savions rien des voitures, nous pourrions croire qu'elles viennent à naître d'un côté de la fenêtre et cessent d'exister de l'autre côté. Cette fenêtre correspond exactement à notre champ de vision. Elle détermine un passé et un présent pour les voitures. Ceux qui sont en dehors de la chambre, debout sur le trottoir, voient toutes les voitures se déplaçant simultanément.

Notre position vis a vis du passé et du futur est comme celle de la personne regardant les voitures à travers la fenêtre. Une fois que nous réalisons que Dieu est au dessus du temps et de l'espace, nous comprenons que tous les évènements passés et futurs sont toujours présents et existent devant lui, comme une peinture. Nous devrions alors avoir un sentiment de responsabilité envers un créateur qui est au courant du moindre acte.

"Il connaît tout ce que vous faites"

Coran, sourate 2, verset 83

Nous devrions de même éviter toute faute ou péché qui nous éloignerait de lui. Nous devrions adorer Dieu, le Possesseur de la science absolue, qui nous a créés pour traverser les différentes étapes et pour atteindre les capacités que nous avons maintenant. Nous ne devrions pas désobéir à Ses ordres, et nous ne devrions accepter aucun autre but que lui. Pour pouvoir l'atteindre, nous devrions nous parer d'attributs divins et nous préparer, durant notre bref séjour sur terre pour Sa rencontre. Alors nous repartirons vers Lui, la source, l'origine et le début de notre existence. Ceci requiert de l'action et un effort constant destinés à purifier le "soi", car la responsabilité d'agir en ce sens a été placée sur les épaules de l'homme comme un dépot divin.

* * *


Troisième Partie Dieu et Ses Attributs Troisième Partie
LA VASTE JUSTICE DE DIEU
Chapitre I
Opinions sur la justice de Dieu
Le problème de la justice comme un des attributs divins a eu sa propre histoire distincte. Différentes écoles de pensée en Islam ont eu différents points de vue sur le sujet, l'interprétant d'après leurs principes distinctifs.
Quelques sunnites qui suivent les enseignements du théologien Abul Hassan El Ach'ari ne croient pas en la justice de Dieu comme un principe de foi, et ils nient que la justice soit accomplie par les actes divins.
D'après eux, quelle que soit la façon dont Dieu traite une personne, et quelle que soit la punition ou la récompense qu'Il lui attribue, indépendemment de ce qu'il pourrait sembler mériter, ceci représente la justice et l'absolue bonté, bien qu'il apparaisse injuste lorsqu'on la mesure en normes humaines.
les Ach'arites distinguent donc l'attribut de justice de Dieu, de ses actes, et ils considèrent ainsi comme juste tout ce qui peut être attribué à Dieu. S'Il récompense le vertueux et punit le méchant, ceci est justice mais le contraire le serait aussi. Ce serait toujours dans la vaste sphère de sa justice.

Leur prétention que les termes mêmes de justice et d'injustice n'ont aucun sens quand ils sont appliqués à Dieu, est sans doute dans l'intention de relever l'essence sacrée de Dieu, à la position de transcendance la plus haute. Mais aucune personne intelligente ne verra ces notions superficielles et inadéquates comme ayant quoi que ce soit à faire avec la transcendance de Dieu.
En fait, ils démentissent ainsi le principe de causalité et l'ordre régnant dans le monde entier et dans le rapport entre les individus.
Les partisans d'El Ach'ari croient en plus que la lanterne brillante de l'intellect s'éteint dès qu'elle est en arrive aux perceptions et problèmes de religion, et qu'elle est incapable de bénéficier à l'homme ou d'éclairer son chemin.
Cette prétention n'obéit ni aux enseignements du Coran ni au contenu de la Sunna. Le Coran considère l'indifférence envers la raison comme un égarement, et invite à plusieurs reprises les hommes, à la réflexion et à la méditation, dans le but d'apprendre la science divine et les croyances religieuses. Et ceux qui ne profitent pas de cette lumière sont même comparés aux animaux.

"La pire des personnes pour dieu est le sourd muet qui ne réfléchit point".

Coran, sourate 8, verset 21

Le Prophète de l'Islam a dit:

"Dieu a assigné à J'homme deux guides, l'un extérieur et l'autre intérieur, c'est à dire les envoyés de Dieu et la pensée.

* * *

Les Mu'tazilites et les Chiites s'opposent à l'école ach'arite. De tous les attributs de Dieu, ils ont choisi la justice comme un principe idéologique. S'appuyant à la fois sur les preuves rationnelles et celles transmises par le Prophète, ils ont réfuté et rejeté, car incompatibles avec le principe de justice, les doctrines de la prédétermination des actes de l'homme et l'effet sans intermédiaire de la justice divine. Ils croient que la justice est à la base des actes de Dieu, aussi bien dans l'ordonnancement de l'univers que dans l'établissement des lois. Tout comme les actes humains peuvent être pesés d'après les critères du bien et du mal, les actes du créateur sont soumis aux mêmes critères.

Puisque la logique et la raison disent que la justice est louable en soi et que l'injustice est répréhensible, jamais un objet d'adoration dont les caractéristiques incluent une intelligence infinie et un esprit infini n'entreprendrait un acte que la raison réprouve.
Quand nous disons que Dieu est juste, ceci signifie que Son essence créative et omniscient ne fait rien qui soit contraire à la sagesse. Cependant, le concept de sagesse, appliqué au Créateur, ne veut pas dire que s'Il agit selon Son désir, c'est qu'Il manque de perfection et qu'Il cherche Son propre avantage. Mais cela prouve plutôt, Son soin à faire passer l'homme de la déficience, à la perfection. Dieu veut conduire les êtres aux buts sublimes inhérents en leur essence. Il implante d'abord une forme de sa faveur en chaque phénomène quand Il le crée, pour ensuite, par une autre dimension de Sa générosité, le pousser vers la perfection de ses capacités intrinsèques.

La justice a alors un sens étendu, qui exclut naturellement toute oppression ou acte déraisonnable.
L'Imam Jaafar Sadiq - Que la paix soit sur lui explique ainsi la justice de Dieu:
"La justice dans le cas de Dieu signifie que vous ne devez rien attribuer à Dieu tel que si vous deviez faire la même chose, vous seriez blâmé ou reproché"44

Chez l'homme, l'oppression et toutes les formes de corruption dans lesquelles il s'engage, dérivent sans doute de l'ignorance et du manque de conscience ou de besoin couplé avec une bassesse innée. Quelquefois aussi, ils sont le reflet de la haine et de l'hostilité qui surgissent du fond de l'homme comme une flamme.
Nombreux sont ceux qui sont écoeurés par la corruption et le caractère oppressif. Néanmoins, faute d'une juste perception de l'issue finale de ces faits, ils agissent avec injustice et se souillent avec toutes sortes de méfaits.
Quelquefois, l'homme ressent le besoin de choses dont il n'a pas les ressources et ne peut acquérir. Ceci est la cause principale de plusieurs méfaits. Le sentiment de besoin, de faim et de colère, la prédominance en l'homme du besoin de faire du mal ou de dominer, tout ceux - ci sont des facteurs poussant à un comportement agressif.
Se laissant aller à la malfaisance, l'homme perd les rênes de la maîtrise de soi. Il concentre tous ses efforts pour satisfaire ses désirs, et violant toutes les restrictions éthiques, il commence à nuire au genre humain.

L'essence unique de Dieu, cet Etre infini, est libre de telles tendances et amoindrissement, car rien n'est caché de Sa science illimitée et il est inconcevable qu'il souffre d'impuissance vis - à - vis de quoi que ce soit, Lui, le pré - éternel dont les rayons infinis provoquent la vie et la subsistance de toutes choses et qui assure leur mouvement, leur variété et leur développement.
Une essence subtile qui comprend tous les degrés de perfection, et qui n'a besoin de rien pour que son absence lui procure de l'anxiété. Son pouvoir et Sa capacité sont certainement absolus, et comme Il peut faire tout ce qu'Il veut et dès qu'Il le veut, Il ne peut être obligé de dévier de la voie de la justice et de la transgresser, ou d'agresser quelqu'un, ou de se venger dans le but de calmer Sa colère ou d'entreprendre un acte irréfléchi.

Aucune des motivations pour un comportement injuste ne peut se trouver en Dieu, et en effet les concepts mêmes d'oppression et d'injustice sont inapplicables à un être dont la générosité et la pitié couvrent toutes choses et dont la sainteté de l'essence est clairement manifeste à travers la création. Le Coran nie à plusieurs reprises toute idée d'injustice de la part de Dieu, le considérant dans sa sainteté complètement au dessus de tout acte indigne.

Il dit: "Dieu ne considère jamais permis d'agir
injustement envers Ses serviteurs; ce sont
plutôt les hommes qui commettent l'oppression

et l'injustice"

Coran, sourate 10, verset 44

Dans ce verset, Dieu se dissocie de toute notion d'injustice, cette chose répugnante aux hommes, et la leur attribue au contraire. De plus, comment est - il possible que Dieu appelle les hommes à établir la justice et l'égalité et qu'Il commette lui - même un acte blâmable contrevenant à Sa propre Loi?

"Oui, Dieu commande la justice et le bienfait et
recommande la générosité envers les proches
et Il interdit la tur pitude, le blâmable et la
rebellion. Il vous exhorte, peut-être vous
rappelleriez-vous?"

Coran, sourate 16, verset 90.

Le Coran présente la justice comme le but principal de la mission des prophètes:

"Nous avons certes envoyés Nos apôtres, avec
les preuves, et fait descendre, avec eux,
l'Ecriture et la Balance, afin que les Hommes
pratiquent l'équité.

Coran, sourate 57, verset 25

Citons aussi le point de vue de l'Imam Ali - Que la paix soit sur lui - sur la justice sociale:
"Un jour ebn Abbas eut l'honneur de se présenter chez le commandeur des croyants, du temps de son califat. Il le trouva en train de racommoder de vieux souliers. L'Imam demanda a Ebn Abbas: "Quel prix donnes - tu à ces souliers:" Il repondit: "Rien". L'Imam dit:
Sache alors que ces mêmes souliers valent plus pour moi que le gouvernement, à moins que je puisse faire régner le droit et la justice par ce pouvoir."45

L'Islam accorde une importance telle à la justice, qu'il ordonne aux Croyants, de combattre non seulement les oppresseurs hérétiques, mais aussi tous ceux qui dévient de la juste voie, même sous le nom de l'Islam.

"Lorsque deux nations de croyants se font la
guerre, cherchez à les réconcilier. Si l'une
d'entre elles agit avec iniquité envers l'autre,
combattez celle qui a agi injustement, jusqu'à
ce qu'elle revienne aux préceptes de Dieu, si
elle reconnaît ses torts, réconciliez la avec
l'autre selon la justice,. soyez impartiaux, car
Dieu aime ceux qui agissent avec impartialité".

Coran, sourate 49, verset 9.

Le point intéressant qui ressort de ce verset est que le médiateur au moment de la réconciliation, doit s'assurer que le différend est réglé avec justice, sans montrer de la douceur envers l'agresseur. C'est à dire lorsqu'un désaccord a eu lieu pour des motifs d'agression, le médiateur ne doit pas essayer de mettre fin à la dispute en encourageant l'une des parties, à la clémence et l'indulgence envers le fautif, et en fin de compte, à renoncer à ses revendications en faveur de l'autre. Car une approche indulgente pourrait renforcer l'esprit d'agressivité existant chez ceux qui ont commencé la guerre. Il est en fait, conventionnel de satisfaire l'agresseur dans de tels cas en lui faisant des concessions.

Bien que la renonciation volontaire à son droit est un acte louable en soi, ce même acte aura, en de telles circonstances, un effet indésirable sur la mentalité de l'agresseur. Le but de l'Islam est d'extirper l'oppression et l'injustice de la société islamique et d'assurer ses membres que personne ne peut gagner quoi que ce soit par la force ou l'agression.

* * *

En vérifiant l'ordre de la création, nous verrons qu'il y prévaut un équilibre vaste et étendu sur tout phénomène physique. Ceci est évident dans la régularité des atomes, la rapidité des électrons, la rotation des plan tes et les mouvements de tous les corps. Il est visible dans les royaumes minéral et végétal, dans les relations précises qui existent entre les organes d'un être, dans l'équilibre entre les composants internes de l'atome, dans l'équilibre entre les immenses corps célestes et leurs forces d'attractions si bien calculées. Toutes ces formes d'équilibre, ensemble avec les autres lois précises que la science continue d'explorer, témoignent de la présence d'un ordre indéniable dans l'univers, et qui est confirmé par les lois mathematiques.

Notre véridique Prophète a décrit cette justice universelle et cet équilibre total - le fait que rien ne soit irrégulier ou malplacé dans cette affirmation précise et éloquente:
"C'est un véritable équilibre et une symétrie qui maintiennent la terre et les cieux".

Le Coran attribue les paroles suivantes à Moïse Que la paix soit sur lui-.

"Notre seigneur, dit Moïse, est celui qui a
donné à chaque chose sa forme puis Il l'a guidée".

Coran, sourate 20, verset 50

Dans cette petite phrase, Moïse explique au Pharaon la façon dont le monde a été créé en même temps que son ordonnancement et sa beauté, qui sont des signes de Dieu. Son but était de le sauver de ses pensées erronées et de l'aider à percevoir l'existence d'un ordre de l'univers divinement institué.
Une des normes implacables gouvernant la nature est donc l'ordre et la justice, et toutes choses en vertu de leur soumission aux normes et aux lois de la nature, sont engagées dans un processus d'évolution vers la perfection qui est spécifique à chacune d'elles. Toute déviation de ce modèle général, et des relations en découlant, entraînerait le chaos et la confusion.

Chaque fois qu'une irrégularité a lieu dans la nature, les phénomènes eux-mêmes manifestent leur réaction, et des facteurs internes ou externes émergent en vue de déplacer les barrières du développement et rétablir l'ordre nécessaire à la poursuite de son chemin vers la perfection.

Quand le corps est attaqué par les microbes et d'autres causes de maladie, les globules blancs commencent à les neutraliser, d'après une loi inéluctable. Tout médicament extérieur qui peut être administre, n'est qu'un facteur externe aidant les globules blancs dans leur tâche de neutralisation et de rétablissement de I'équilibre dans le corps.
Enfin il est impossible que Dieu, dont l'amour est infini et dont la bonté et les faveurs à Ses serviteurs sont illimitées, puisse accomplir le moindre acte d'injustice. C'est en effet ce que confirme notre Saint Livre:

"C'est Dieu qui vous a donné la terre pour
fondation et le ciel pour édifice. C'est Lui qui
vous a formés et quelles formes admirables Il
vous a donné! qui vous nourrit de mets
délicieux; ce Dieu est votre Seigneur. Béni soit
Dieu le maître de l'univers".

Coran, sourate 40, verset 64

* * *

Chapitre II
Une analyse du malheur et des difficultés de la vie
La question de la justice divine soulève certains problèmes, comme l'existence des calamités, des désastres et malheurs dans l'ordre naturel, et des inégalités dans l'ordre social. Cette question soulève en fait tout un ensemble de problèmes et d'objections dans l'esprit de beaucoup de gens. Ces questions sont si importantes que tout doute ou hésitation à leur sujet devient en fin de compte un complexe insoluble. Certains se demandent comment il est possible que dans un monde créé sur la base de l'intelligence et de la sagesse puissent prévaloir tant de souffrance, de douleur et de mal. Ils se demandent aussi pourquoi le monde devrait-il être soumis en permanence aux coups successifs de la difficulté et de l'infortune, et dans la voie d'une constante dégradation. Comment se fait-il qu'en de nombreuses parties du monde, des évènements terribles, des catastrophes imparables s'abattent sur les hommes, causant des dommages et des destructions incalculables.

Pourquoi une personne est-elle laide, une autre belle; une est en bonne santé, l'autre malade? Pourquoi tous les hommes ne sont-ils pas créés pareillement?
L'inégalité qui existe ne signifie-t- elle pas une absence de justice dans l'univers?
Dans l'ordre des choses, la justice dépend, diraient-ils, de l'absence de toute discrimination et de désastre; et la non- existence de tout défaut, maladie ou faiblesse marque la perfection et la justice.

* * *

Pour commencer, nous devons admettre que notre évaluation des affaires de l'univers ne nous permet pas de pénétrer les profondeurs extrêmes des phénomènes. Elle ne convient pas à l'analyse des fins et des objectifs des choses.

Notre première compréhension des malheureux évènements et désastres, ne peut être que superficielle. Nous ne sommes pas prêts de reconnaître quelque vérité qui se trouverait au-delà de notre impression initiale. Nous ne pouvons pas dès le départ, fixer les. buts finaux de ces évènements, et nous les considérons ainsi comme des signes d'injustice. Nos sentiments s'irritent alors et nous poussent aux analyses les plus illogiques.
Mais si nous poussons notre réflexion, nous verrons que cette évaluation à sens unique que nous appelons injustice, vient du fait que nous prenons comme critère et référence, nos intérêts ou ceux des personnes proches de nous.Tout ce qui sécurise nos intérêts est bon et tout ce qui nous dérange est mauvais. En d'autres termes, notre jugement du bien et du mal est basé sur une perception à courte vue, sur un horizon de pensée limité, et un manque de connaissance précise concernant les normes de la création. L'existence est-elle la seule issue impliquée dans tout évènement, pouvons-nous introduire notre propre profit et perte dans les critères de bien et de mal?

Notre monde matériel ne cesse d'évoluer. Des évènements qui n'existent pas maintenant, surviendront demain. Certaines choses disparaîtront et d'autres les remplaceront.
Il est évident que ce qui aujourd'hui, est utile et bénéfique cessera d'exister demain. Mais pour nous, êtres humains, attachés que nous sommes à notre propre existence et aux choses de ce monde, l'acquisition de choses est bonne et leur perte est mauvaise. Mais en dépit de l'homme et de ses attaches, la nature changeante du monde produit constamment des phénomènes changeants. Si le monde ne portait pas en lui la possibilité de changement, les phénomènes eux-mêmes n'existeraient pas, et ainsi donc, il ne serait plus question de bien et de mal.

Dans un tel monde, hypothétique et sans changement, il n'y aurait ni perte et déficience, ni croissance et développement, aucun contraste ou différence, aucune variété ou multiplicité, il n'y aurait pas non plus de critères, de limites ou de lois sociales, humaines ou morales. Le développement et le changement sont le résultat du mouvement et de la rotation des plantes et s'ils cessaient d'exister, il n'y aurait plus de terre, de lune, de soleil, de jour ou de mois, ou d'année.
Dans un monde ou il n'y aurait aucun malheur à supporter, ni aucun danger à redouter, la sécurité et la bienséance ne voudraient rien dire.
Dans un tel monde l'homme vivrait sans espoir et sans amour, et par conséquent, sans ambition. Et la froideur de ses rapports avec ses prochains, lui ôterait l'ardeur nécessaire pour chercher à s'élever au sommet de la perfection.

* * *

Une vue d'ensemble du monde nous permettra de comprendre que ce qui nous est nuisible ou qui pourrait l'être à l'avenir, est bénéfique pour les autres. Le monde en tant qu'entité globale, se dirige dans une direction inspirée et dictée par l'objectif total de l'existence et de son intérêt; même si des individus souffrent dans ce processus.
Si nous étions capables de plonger profondément dans l'océan du savoir et de tourner les pages de ces livres pleins de mystères avec le doigt de notre compréhension, le but final et le résultat de tous les évènements et phénomènes nous auraient été dévoilés.
Quoiqu'il en soit, notre force de jugement n'est pas suffisamment large pour discuter de la chaîne des causes précédentes ayant prod uit le phénomène de nos jours, ni de la chaîne des effets prochains que les phénomènes à leur tour, auront à produire.
S'il nous avait été possible de regarder du haut de la grande plaine du monde, de façon à voir tous les aspects positifs et négatifs de chaque chose, s'il nous avait été possible d'évaluer les effets et résultats de chaq ue évènement dans l'histoire, le passé, le présent ou le futur de chaque chose survenant entre la pré-éternité et la post-éternité, et si tout cela nous avait été possible, nous aurions pu ainsi dire que les inconvénients produits par un évènement donné, déséquilibreraient ses avantages, et le désigner ainsi comme étant un mal.

Mais est-ce que l'homme possède une perception aussi étend ue des chaînes de causalité horizontales et verticales? Peut-il se situer sur l'axe agité de ce monde?
Comme nous ne d isposons pas d'une telle capacité et du fait que nous ne serons jamais capables de traverser une distance infinie, malgré notre grande enjambée, et puisque nous ne serons jamais capables d'enlever le voile de ces complexités et de prendre leur mesure, il est mieux de s'abstenir des jugements partiaux et irréfléchis qui sont dûs à notre propre imprévoyance. Nous reconnaîtrons que nous ne devons jamais faire de notre intérêt le seul critère pour juger ce vaste univers. Les observations relatives que nous aurons à établ ir dans le cadre des données limitées en notre possession et les conditions spécifiques auxquelles nous sommes soumis ne peuvent jamais fournir un bon critère pour un jugement définitif.

La nature peut souvent agir dans le sens de l'accomplissement d'un but particulier, qui est inimaginable par l'homme, étant donné ces circonstances conventionnelles. Pourquoi ne pas supposer que des évènements désagréables sont le résultat d'efforts destinés à préparer le terrain pour un nouveau phénomène qui sera l'instrument de la volonté de Dieu sur terre? Et il se pourrait même que les conditions et circonstances de l'époque nécessitent de tels processus.
Si tous les changements et soulèvements qui nous terrifient n'avaient pas eu lieu selon un plan et un object if déterminés, et dans un but bien précis, s'ils ont été prolongés à travers les âges sans qu'ils puissent produire un résultat positif, il n'y aurait point de trace sur la terre de toute créature vivante y compris l'homme.

Pourquoi accusons-nous le monde d'injustice, d'être instable et sans ordre, simplement à cause de quelques évènements et phénomènes dans la nature? Formulerions-nous des objections à cause d'une poignée de caractères désagréables, minimes ou majeurs, oubliant par là les manifestations de précision et de sagesse, toutes les merveilles que nous observons dans ce monde et qui témoignent de la volonté et de l'intelligence d'un être su prême?
Malgré ses apparences la science de l'homme n'est encore que très limitée et même incapable d'avoir une connaissance totale des secrets de son propre corps, comment serait-elle donc à mesure de saisir les mystères de l'ordre régnant cet immense univers.

Selon le dire du Docteur Carrel:
"Rien ne nous est plus proche que nous-mêmes. Il y a pourtant un grand nombre d'énigmes dans notre création qui nous restent obscures."

Puisque l'homme voit l'évidence d'une planification attentive à travers l'univers, il doit admettre que le monde est un tout prémédité, un processus allant dans le sens de la perfection. Chaque phénomène dans ce monde est soumis à un critère spécifique, et si un phénomène apparaît comme inexplicable ou injustifiable, ceci revient à la courte vue de l'homme. L'homme doit réaliser que s'il ne peut, dans ses limites, posséder la capacité de comprendre les buts et objectifs de tous les phénomènes et comprendre leur contenu; cela ne veut pas dire que la création comporte un certain défaut.
Notre attitude envers les évènements amers et désagréables de ce monde ressemble à un jugement donné par un habitant de désert, lorsque celui-ci vient en ville et observe des bulldozers en train de détruire des anciennes habitations. Certes, il voit dans cette démolition un acte insensé de destruction. A-t-il donc raison de penser que la démolition est non planifiée et sans aucun but?

Naturellement non, parce qu'il en voit seulement le processus, et non les calculs et plans des architectes et autres personnes.
"Notre état est semblable à celui des petits enfants observant un cirque procédant à l'empaquetage et se préparant à partir. Il est nécessaire pour le cirque de se déplacer et de continuer sa vie mouvementée en d'autres endroits. Mais ces enfants imprévoyants ne voient, dans le pliage des tentes et les va et vients des hommes et des animaux, que la fin et la dissolution de ce cirque."46

* * *

Si nous observons plus profondément les malheurs et désastres qui tourmentent l'homme, nous verrons qu'en réalité ils sont plutôt des bienfaits et non des ennuis. Qu'un bienfait soit un bienfait ou qu'un désastre soit un désastre, ceci dépend de la réaction de l'homme; un même évènement pourrait être prouvé différemment par deux personnes distinctes.
Le malheur et la douleur sont comme une alerte éveillant l'homme et le poussant à porter remède à ses carences et erreurs; ils sont comme un système immunisé naturel ou un mécanisme de régulation inhérent dans l'homme.

Si la richesse mène à la complaisance envers soi-même et à la recherche du plaisir, c'est un malheur et un désastre en même temps et si la misère et la privation mènent au perfectionnement et au développement de l'âme humaine, c'est une bénédiction.
Ainsi la richesse ne peut être considérée comme un destin heureux, ni la pauvreté comme un malheur absolu; une règle similaire s'applique à tout don naturel que l'homme peut avoir.
Des nations qui sont confrontées par plusieurs forces hostiles, sont obligées de lutter pour leur survie, et de cette manière elles se sentent fortes et confiantes.
Lorsqu'on considère l'effort et la lutte comme étant positifs, nous ne pouvons pas négliger le rôle des souffrances quant au développement des ressources internes de l'homme et de sa croissance progressive.

Les personnes qui, vivant dans un environnement libre de toute contrainte, ne sont pas entraînées dans des luttes, seront facilement noyées par la prospérité matérielle dans les plaisirs charnels.
Il arrive souvent que quelqu'un supporte de plein gré les souffrances dans ce monde et ce à cause d'un but très élevé! Sans ces souffrances et ces dures épreuves, le but n'aurait pas été désirable pour lui. Un chemin docile sur lequel quelqu'un avance aveuglément et mécaniquement n'est pas un chemin conduisant au développement et à Ia croissance, et un effort humain dont l'élément de conscience a été retiré ne pourra jamais produire un changement fondamental de l'homme.

La lutte et la contradiction sont comme un fléau poussant l'homme en avant. Les objets sont brisés par la pression des coups répétés, mais les hommes sont formés et acquièrent le sang froid par le fait des souffrances qu'ils supportent; ils plongent dans un océan afin d'apprendre à nager, et c'est dans la fournaise de la crise q ue le génie émerge.
L'indulgence abusive envers soi-même, l'amour de ce monde, la recherche sans restriction du plaisir, l'insouciance envers les buts lointains, tous ceux-là sont des signes d'égarement et de manque de conscience. En fait, les plus misérables des hommes sont ceux qui ont grandi au milieu du luxe et du confort, et qui n'ont jamais vécu les souffrances de la vie ni goûté à ses jours amers: le soleil de leur vie s'élève et se couche inaperçu.

Ainsi, l'attachement de quelqu'un a ses goûts et penchants et son inclination à ses envies, est evidemment incompatible avec la fermeté et l'élévation de l'âme avec l'effort réfléchi. La recherche du plaisir et la corruption d'un côté, et la force de volonté et la recherche d'un but, d'un autre, représentent des penchants contradictoires en l'homme. Puisqu'aucun ne peut être nié ou confirmé à l'exclusion de l'autre, l'homme doit lutter constamment pour réduire la force du plaisir et renforcer l'opposition en lui-même.
Ceux qui ont toujours joui de la prospérité et qui n'ont jamais connu la famine, ne pourront jamais apprécier le goût d'une nourriture délicieuse ni la joie de vivre, et ils seront vraiment incapables d'apprécier la beauté. Les plaisirs de la vie ne peuvent être appréciés que par ceux qui ont vécu les souffrances et les échecs dans leurs vies, et qui ont la capacité d'absorber les difficultés et de surmonter les obstacles parsemés sur le chemin de l'homme.

Les repos matériel et spirituel ne deviennent précieux que lorsque l'homme éprouve les hauts et les bas de cette vie et de ces désagréables surprises.
Lorsque l'homme est préoccupé par sa vie matérielle, toutes les dimensions de son existence sont enchaînées et il perd le sens de l'aspiration et du mouvement. Inévitablement, il négligera aussi sa vie éternelle et sa purification interne; aussi longtemps que le désir projette l'ombre de son être et que son âme est séduite par l'obscurité, il sera comme une tache secouée par les vagues de la matière. Il demandera le refuge de tout, excepté celui de Dieu.

Par conséquent, il aura besoin d'être réveillé par quelqu'un qui le conduira à la maturité de ses pensées, et qui lui rappellera la brève durée de ce monde, et l'aidera à atteindre le but final de tous les enseignements célestes: la libération de l'âme, de tous les obstacles et barrières empêchant l'homme d'atteindre la perfection.
Le perfectionnement de la personne n'est pas une chose qui s'obtient sans peine; il exige le renoncement à maintes plaisirs et jouissances, et se détacher de biens ou d'attachements auxquels on tenait jusqu'alors est difficile, voire douloureux.

Assurément de tels efforts ne seront déployés que pour la purification interne de l'homme et pour permettre à ses capacités cachées, d'apparaître. Car la persistance dans le péché et la recherche du plaisir, pervertit l'âme humain et la ronge à l'intérieur, et c'est seulement à travers la résistance obstinée aux impulsions basses que l'homme arrive à accomplir la mission de rompre les barrières qui se dressent sur son chemin, et c'est de cette façon qu'il pourra s'élever au royaume des hautes valeurs.

* * *


Chapitre III Dieu et Ses Attributs Chapitre III
Les épreuves dures, une cause de réveil
Ceux qui sont ivres d'arrogance, de puissance et de succès, et qui ont totalement oublié l'éthique humaine à cause de la séduction de leur ame et de leur sentiment, trouveront parfois dans plusieurs coins du monde, que la rencontre d'évènements désagréables leur ouvre la voie aux changements fondamentaux ainsi qu'à plusieurs développements qui arrachent les voiles de l'oubli. Ils peuvent même être guidés vers un chemin menant à un degré de perfection morale ainsi qu'à un avenir plus fécond que leur présent. Il y a des gens chez qui le malheur a produit une transformation profonde.
Tout en prenant en considération les effets nocifs de la négligence et de l'enivrement d'un côté et les nombreuses leçons de morale enseignées par le malheur de l'autre côté, on pourrait ainsi dire que l'échec et le malheur sont relatifs, étant donné qu'ils contiennent un grand bienfait. Ils contribuent de façon certaine à la conscience et à la volonté de l'homme.

Les épreuves dures sont donc préliminaires à d'autres étapes plus élevées de l'être; elles préparent l'homme à la récompense qui lui est réservée, et de sa réponse, il apparaît s'il a atteint un haut degré de sincérité et de dévouement ou s'il est enfoncé dans la décadence.

"Nous avons créé l'homme dans l'endurance"

Coran sourate 90, verset 4

Ou encore:

"Certes, nous vous éprouverons par quelque
terreur, par la faim, par une diminution de vos
biens, dans vos personnes, dans vos récoltes.
Annonce la bonne nouvelle à ceux qui patientent,
à ceux qui, lorsqu'un malheur les frappent, disent;
'nous sommes à Dieu et c'est à Dieu que nous
retournerons.'Sur eux s'étendront les bénédictions
et la miséricorde de leur Seigneur. Ceux-là sont
dans la bonne voie."

Coran, sourate 2, versets 155 à 157

Le célèbre philosophe Emerson déclare:
"Les changements qui perturbent parfois le bonheur des hommes, sont comme une mise en garde de la nature chez laquelle la croissance est un des principes.
Lorsque le besoin spirituel se fait sentir, tout esprit laisse ses biens et ses amis, comme l'huître qui quitte sa coquille et la renouvelle pour se développer.
Les handicaps, la dépression morale, la banqueroute, la perte des biens et des amis, semblent tous des catastrophes irréparables. Mais avec le temps, une force de compensation extraordinaire apparaît.
La mort des personnes qui nous sont chères, bien qu'accablant au début, se révèle être un bon guide, bouleversant notre vie pour mettre fin à notre période d'enfance ou de jeunesse. Le malheur et la privation renversent notre mode de vie et notre travail habituel, mais, en revanche, instaurent une nouvelle méthode, propice au développement de notre personnalité.
Celui qui vit heureux comme une fleur toute fraîche, sans se soucier de la fragilité de sa tige et de ses racines devant la chaleur du soleil ou la force du vent, se transformera en figuier une fois que le jardinier ne s'en occupera plus, et donnera de 1'ombre et des fruits aux gens."47

Sans aucun doute, Dieu pouvait créér un monde sans peine, souffrance ou malheur, mais cela aurait signifié la privation de l'homme de sa liberté et de son choix. Il aurait été lâché dans le monde, sans aucun pouvoir de décision, ni de volonté, exactement comme une créature formée exclusivement par la nature, manquant de perception et de conscience, et totalement obéissant à l'ordre naturel. Aurait - il alors mérité le nom d'homme?

Ayant payé un prix énorme pour la perte de ses capacités innées et de sa ressource précieuse, à savoir la liberté, aurait - il fait un pas en avant vers la perfection ou bien aurait - il sombré dans le déclin? Le monde ne perdrait - il pas aussi sa bonté et sa beauté, ceux-ci n'étant seulement compréhensibles que par rapport à leurs opposés.
Il est clair que sans le pouvoir de distinguer et de discriminer, l'existence du mal et du bien, de la beauté et de la laideur ne voudrait rien dire.
En donnant à l'homme l'inestimable bienfait de la liberté et de la capacité de choisir, Dieu, dont la sagesse est évidente à travers sa création, a voulu étaler entièrement son habileté à créer des phénomènes témoignant de sa sagesse et de sa puissance. Il a donné à l'homme le choix entre le bien et le mal, et bien qu'il ne l'oblige pas à choisir le bien, il attend toujours de lui qu'il fasse du bien. Dieu n'approuve pas le mal; c'est la bonne conduite qui rencontre Son approbation et en échange, Il offre des récompenses inimaginables et abondantes. Dieu prévient l'homme contre le chemin du mal, et le menace de punition en cas de déviation.
Ainsi par l'utilisation du pouvoir de choisir que Dieu a accordé à l'homme, celui - ci doit agir conformément aux orientations divines ainsi qu'à sa propre conscience.

Mais au cas ou Il commettrait un péché, il au ra la possibilité de retourner à la pureté et à la lumière, par un effet de la grâce de Dieu et de sa miséricorde. Ceci étant un autre témoignage de ja générosité de Dieu et de sa justice qui embrasse tout, une bénédiction supplémentaire accordée à ses serviteurs.
Si Dieu devait récompenser dans l'immédiat les vertueux pour leur bonne conduite et leurs actions, ils ne seraient pas supérieurs aux pécheurs et corrompus. Et si les mauvaises actions ou pensées rencontraient toujours la punition et le châtiment imminent, la vertu et la pureté ne connaîtraient pas de supériorité sur le vice et l'impureté de ce monde.

* * *

Le principe de la contradiction est à la base de la création du monde. C'est ce qui permet à la matière de se développer et de changer, afin que la grâce de Dieu s'étende à travers le monde.
Si la matière ne prenait pas de formes différentes par suite de sa rencontre avec d'autres créatures, et si les êtres étaient incapables de s'accomoder avec les nouvelles formes, l'avancement et la distinction de l'être serait impossible. Un monde stable et invariable ressemblerait à un capital gelé sans aucun profit. Pour la création, le changement est le capital qui rapporte les avantages. Il reste bien entendu que l'investissement d'une certaine portion d'un capital pourrait engendrer des pertes: mais le mouvement constant de la matière en tant que telle aboutira, indubitablement au profit.
La contradiction qui prend place sous forme de matière aboutira à l'avancement de l'être vers la perfection.

La question que l'on se pose maintenant est de savoir si le mal existe dans le sens réel du terme? Si nous observons attentivement, nous pouvons dire que le mal n'est pas un attribut absolu, mais un attribut relatif.

Une arme dans les mains de mon ennemi est un mal pour moi tout comme une arme dans ma main représente un mal pour mon ennemi.
L'arme en elle - même n'est ni bonne ni mauvaise.
Nous pouvons dire que le cours de la nature est mathématique; son système a été établi de manière à ne plus subvenir à nos besoins.

Cependant, nous espérons satisfaire tous nos désirs sans rencontrer le moindre empêchement, et les forces de la nature ne répondront plus aux envies sans fin que nous nourrissons; ces envies qui en fait ne représentent rien pour notre nature essentielle. La nature ne fait pas attention à nos désirs et refuse de se soumettre à nos besoins. Ainsi lorsque nous rencontrons des moments désagrébles dans notre vie, nous sommes bouleversés d'une façon injustifiée et nous tombons d'accord sur le fait que les causes de notre malaise reviennent au mal.
Si quelqu'un veut allumer sa lampe et qu'il n'y a pas de pétrole dans celle - ci, il ne commencera pas à gémir et à se plaindre et maudire l'univers entier!

La création avance constamment vers un objectif clair, à travers les incessantes luttes et efforts. Les causes spécifiques en déterminent chaque étape, et les changements et développements qu'elle prouve ne sont pas là pour satisfaire l'approbation des hommes ou subvenir à leurs désirs.
Nous devons accepter que quelques évènements de ce monde ne correspondent pas totalement à nos envies et nous sommes obligés de ne pas considérer les faits désagréables comme étant une injustice.

Ali ibn Abi Taleb, le Commandeur des croyants Que la paix soit sur lui - décrit le monde comme étant une demeure de souffrance, mais néanmoins une bonne place pour celui qui sait en tirer profit et en connaître la cause.
Bien qu'il ait lui-même rencontré des souffrances et des désagréments de toutes sortes, il a constamment attiré l'attention de l'homme sur l'absolue justice de Dieu.
Un autre point important, qui ne doit pas être négligé est que le bien et le mal ne représentent pas deux catégories s'excluant mutuellement dans l'ordre de la création. La bonté tant identique avec l'existence et le mal avec l'absence d'existence; à chaque fois que l'existence apparaît, l'inexistence est aussi impliquée.
Lorsque nous parlons de pauvreté, d'indigence, d'ignorance ou de maladie, nous ne devons pas imaginer qu'ils ont des réalités séparées: La pauvreté est simplement la non possession de la richesse, l'ignorance est l'absence de savoir, et la maladie est la perte de la santé.

La richesse et le savoir sont des réalités, mais la pauvreté n'est que le vide de la main et de la poche, et l'ignorance est l'absence du savoir.
Ainsi la pauvreté et l'ignorance n'ont pas de réalités tangibles; elles sont définies à travers l'absence d'autres choses. Il en est de même avec les calamités et malheurs que nous considérons comme mal et source de souffrance. Ils procu rent une sorte de perte ou d'inexistence, et sont considérés comme source de mal, dans ce sens qu'ils aboutissent à la destruction de quelque chose d'autre. Sinon, aucune chose en tant que telle ne peut être appelée vilaine ou mauvaise.
Si les calamités n'entraînent pas la maladie et la mort, la perte et la ruine de certaines créatures ne seraient pas mauvaises, empêchant ainsi leurs capacités de se développer. C'est la perte et la ruine qui suivent les malheurs qui sont naturellement mauvaises.
Tout ce qui existe dans le monde est bon, le mal se rapportant à l'inexistence, et puisque l'inexistence ne forme pas une catégorie indépendante de l'existence, elle n'a pas été créée et elle n'existe donc pas.

L'existence et l'inexistence sont comme le soleil et son ombre. Lorsque quelqu'un est tourné vers le soleil, il reflète une ombre. Qu'est ce qu'une ombre? L'ombre n'a été créée par nulle chose, elle consiste seulement en ce que le soleil n'ayant pas brillé dans une place déterminée à cause de l'existence d'un obstacle, elle n'a pas sa propre source d'origine.
Les choses ont une existence réelle par la vertu d'être créées sans référence d'autres choses qu'elles mêmes; en ce sens elles ne représentent pas le mal. Du point de vue du croyant, l'existence est équivalent au bien. Chaque chose est naturellement bonne; si c'est du mal, il est ainsi seulement dans un sens relatif et en ra . pport avec d'autres choses qu'elle - même.
L'existence de chaque chose est imaginaire pour autre chose qu'elle - même, et non touchée par la création.

L'anophèle ne représente pas le mal en lui - même. S'il est décrit de cette manière, c'est parce qu'il est nocif à l'homme en lui causant la maladie. Ce qui a été créé, c'est l'existence d'une chose, qui est une vraie existence. L'existence spéculative et conditionnelle n'a pas de place dans l'ordre de l'existence, elle n'est pas réelle. Par conséquent, nous ne pouvons pas demander pourquoi Dieu a créé l'existence relative ou conditionnelle. Les entités conditionnelles ou abstraites sont inséparables des entités réelles dont elles relèvent, elles sont leurs concomitants inévitables et ne prennent pas part à leur existence. De ce fait, on ne peut parler des entités conditionnelles ayant été créées.

En ce sens, ce qui est réel doit nécessairement tirer son existence du créateur. Il n'y a que les choses et attributs qui sont réels et qui existent en dehors de l'esprit. Les qualités relatives sont créées par l'esprit et n'ont pas d'existence en dehors de celui - ci; ainsi on ne peut leur trouver un créateur.
En outre, ce qui a le potentiel d'exister est le monde dans sa totalité avec tous les objets qu'il contient et les attributs ou qualités qui sont inséparables de celui - ci; le monde représente une unité indivisible, au vu de la supériorité de la sagesse de Dieu; ou bien le monde doit suivre le chemin qui lui est propre, ou bien il ne doit pas exister du tout. Un monde sans ordre ou manquant de principe de causalité, un monde où le bien et le mal ne sont pas séparés l'un de l'autre serait une impossiblilité et une fantaisie. Il n'est pas possible de supposer qu'une partie du monde doive exister et qu'une autre ne le doive pas. La création est intégrale, comme la forme et la figure de l'homme, et ses parties sont inséparables l'une de l'autre.

Dieu est absolument libre de tout besoin, et en conséquence, il a librement accordé l'existence, comme un homme généreux dont la largesse n'attend aucune chose en retour, ou comme un artiste talentueux qui est constamment occupé par la création de nouvelles formes. De telles générosité et créativité définissent l'essence du Seigneur dont les signes sont clairs et évidents dans chaque phénomène.

* * *

Chapitre IV
Quelques aspects de l'inégalité
Supposons que le propriétaire d'une usine emploie des travailleurs spécialisés et d'autres non spécialisés afin de faire fonctionner son usine. A la fin du mois et la paie des salaires, le propriétaire paie les travailleurs spécialisés et qualifiés plus que les autres.
Cette différence est - elle justifiée ou non? Le propriétaire de l'usine agit - il équitablement ou non?
Il y a sans aucun doute une différence dans ce cas mais nous ne pouvons pas l'appeler discrimination, la justice n'exige pas du propriétaire de payer aux ouvriers non qualifiés un salaire égal à celui des ouvriers qualifiés. Mais il doit plutôt donner à chaque catégorie ce qu'elle mérite. Une telle règle déterminera clairement la valeur comparative de chaque métier et contribuera au bien - être dans le travail.
Faire des distinctions dans de tels cas, est une forme de justice pratique et éloquente, c'est le contraire qui serait injuste. Il serait le résultat d'une appréciation insuffisante de la valeur relative des choses dans leur différenciation.
Lorsque nous observons le monde comme entité globale et q ue nous analysons ses nombreuses parties, nous voyons que chaque partie a sa propre position et fonction et qu'elle est dotée des qualités qui lui conviennent.

A la lumière de cette constatation, nous comprenons la nécessité des vicissitudes de la vie humaine faite de lumière et d'obscurité, de succès et d'échec afin de maintenir l'équilibre général du monde.
Si le monde était uniforme, sans variation ou différence, les espèces variées et multiples de l'être n'auraient pas existé. C'est précisément dans cette variété et cette abondante multiplicité que nous voyons toute la splendeur et la magnificience du monde. Notre jugement des choses serait logique, correct et acceptable si nous prenons en considération l'équilibre prévalant dans l'univers et les relations réciproques qui relient ses nombreuses parties; ce jugement serait faux si nous examinons la partie isolée de l'ensemble.

L'ordre de création est basé sur l'équilibre, et sur les réceptivités et les capacités. Ce qui est fermement établi dans la création c'est la différenciation et non la discrimination. Cette observation nous donne la possibilité d'examiner le sujet plus objectivement et plus spécifiquement. La discrimination signifie faire une différence entre des objets existant sous les mêmes circonstances et ayant la même réceptivité. La différenciation veut dire différencier entre des capacités inégales et qui ne sont pas soumises aux mêmes circonstances.
Il serait faux de dire qu'il serait mieux pour chaque chose dans le monde d'être uniforme et indifférenciée, car tout le mouvement, l'activité et les échanges animés que nous observons dans le monde ne sont rendus possibles que par la différenciation.
L'homme a plusieurs façons de percevoir et d'éprouver la beauté, vu le contraste existant entre la laideur et la beauté. L'attraction exercée par la beauté est dans un sens la réflection de la laideur et de son pouvoir de répulsion. De la même façon, si l'homme n'avait pas été mis à l'épreuve dans la vie, la piété et la vertu n'auraient aucune valeur, il n'y aurait aucune raison de raffiner son ame et aucune chose pour nous retenir de nos envies.

Si une toile est peinte de façon uniforme, nous ne pouvons pas dire que c'est une image; c'est la variation de la couleur et du détail qui exposent le talent de l'artiste. Afin que l'identité d'une chose soit connue, il est essentiel qu'elle soit différenciée des autres choses, car la mesure par laquelle les personnes et choses sont distinguées est la différence externe et interne qu'elles ont les unes des autres.

* * *

L'une des merveilles de la création est la variation dans les capacités et dons, dont les êtres sont dotés. Afin d'assurer la continuation de la vie sociale, la création a donné à chaque individu un ensemble particulier de goûts et de capacités, dont les réactions réciproques assurent les besoins de la société et contribuent à résoudre quelques problèmes. La différence naturelle des individus dans leurs capacités, les oblige à avoir besoin l'un de l'autre. Chaque personne s'adonne aux tâches dans la société selon son propre goût et capacité, et ainsi la vie sociale assurée de cette façon, donne la possibilité à l'homme d'avancer et de faire des progrès.

Prenons par exemple un bâtiment ou un avion. Chacun d'eux possède plusieurs parties séparées, des éléments complexes et détaillés qui diffèrent beaucoup en forme et en dimension; cette différence découle de la responsabilité de chaque élément par rapport à l'ensemble.
S'il n'y avait pas de différence dans la structure de l'avion, il ne serait plus un avion mais un composé de métaux assortis. Si la différenciation est un signe de justice dans l'avion, elle doit être aussi une indication de la justice divine parmi toutes les créatures du monde y compris l'homme.
En plus de cela, nous devons être consients du fait que la différenciation entre les êtres est innée en leur essence. Dieu n'a pas créé chaque chose avec'l'exercice discret et séparé de sa volonté. Sa volonté ne s'exerce pas individuellement. Le monde entier du début à la fin est venu à l'existence avec un simple exercice de sa volonté; c'est cela qui a permis aux créatures dans leur multiplicité illimitée de venir à l'existence.
Il y a ensuite une loi et un ordre spécifiques qui règlent toutes les dimensions de la création. Dans le cadre de la causalité, ils attribuent une position particulière à chaque chose. La volonté de Dieu de créer et de régulariser le monde est équivalente à son désir d'ordre dans ce monde.

Il y a des preuves philosophiques précises soutenant cette proposition, et elle est aussi exprimée dans le saint Coran:

"Nous avons créé toute chose avec mesure; et
notre acte est immédiat comme un clin d'oeil"

Coran, sourate 54, verset 49 et 50

Il serait faux d'imaginer que la différenciation et les relations établies par Dieu dans sa création sont les mêmes que celles des relations conventionnelles existant dans la société humaine. La relation de Dieu avec ses créatures n'est pas une simple convention ou une affaire de perception. C'est une liaison découlant de l'acte de création même. Ainsi, l'ordre par lequel il a classé toutes les choses est le résultat de sa création. Chaque être reçoit de Dieu le degré de perfection et de beauté qu'il est capable de recevoir.

S'il n'y avait pas un ordre particulier régissant le monde, toute existence pourrait, dans le cours de ses mouvements, donner naissance à une autre existence, et la cause et l'effet pourront changer de place. Mais il reste bien entendu que les relations réciproques essentielles entre les choses sont nécesaires et fixes. La position et la propriété accordées à une chose, adhère inséparablement à celle - ci, et ce, quel que soit le rang et le degré d'existence qu'elle pourrait avoir. Aucun phénomène ne peut aller au - delà du seuil qui lui a été fixé, ni occuper le degré d'une autre existence. La différenciation est un concomitant des degrés de l'être, leur attribuant des parts diférentes de faiblesse et de force, de défaut ou de perfection.
Seul dans le cas où deux phénomènes ont la même capacité pour recevoir la perfection, et que l'un en est effectivement doté alors qu'elle est refusée à l'autre, on pourrait parler de discrimination.
Les degrés de l'être qui existent dans l'ordre de la création ne peuvent être comparés avec la hiérarchie conventionnelle de la société humaine. Ils sont réels et non conventionnels, et non transférables. Par exemple, les hommes et les animaux ne peuvent changer de place entre eux comme les individus peuvent changer les positions qu'ils occupent dans la société.

La relation liant chaque chose à ses effets, et chaque effet avec sa cause se déduit des essences mêmes de la cause et de l'effet respectivement. Si quelque chose est une cause, il en est ainsi parce qu'elle porte en elle une qualité qui est inséparable d'elle, et si quelque chose est un effet, c'est à cause d'une qualité inhérente en elle, et qui n'est rien d'autre que le mode de son être.
Il y a ensuite un ordre profond et essentiel qui lie tous les phénomenes, et le degré de chaque phénomène dans l'ordre est identique avec son essence. Dans la mesure où la différenciation se rapporte à une déficience dans l'essence, ce n'est pas de la discrimination, car l'effusion de la bonté divine n'est pas suffisante pour qu'une réalité vienne à naître. La réceptivité de l'être destinée à recevoir sa bonté est aussi nécessaire. C'est pour cette raison que certaines personnes souffrent de privation et n'atteignent pas de plus hauts degrés; Il est impossible pour une chose d'acquérir la capacité d'être ou d'acquérir une quelconque perfection sans que Dieu ne le permette.
Le cas des nombres est exactement similaire; chaque nombre a sa propre place fixée.
Le Deux (02) vient après le un (01) et ne peut changer de place avec lui. Si nous changeons la place d'un nombre, nous aurons changé son essence en même temps.

Il est clair que tous les phénomènes possèdent des rangs, et des modalités fixées qui sont subordonnées à une série de lois fermes et immuables. La loi divine ne forme bien sûr pas une entité créée séparément, mais un concept abstrait déduit de la manière dont les choses sont. appelées à exister. Ce qui a une existence extérieure consiste en niveaux et degrés de l'être d'un côté et en système de cause et effet de l'autre côté. Aucune chose ne peut avoir lieu en dehors de ce système qui n'est que la règle divine mentionnée dans le Coran:

"Vous ne trouverez aucun changement dans les normes divines".

Coran, sourate 35, verset 43

* * *

L'ordre de la création repose sur une série de lois naturelles inhérentes en son essence. La place de chaque phénomène dans cet ordre est clairement définie, et l'existence de plusieurs niveaux et degrés d'existence est une conséquence nécessaire de la nature systématique de la création, qui inévitablement donne naissance à la diversité et la différenciation.
Le changement et la différenciation n'ont eux mêmes pas été créés. Ce sont des qualités inséparables de tout phénomène. Chaque particule dans l'univers a reçu tout ce qu'elle a comme capacité de recevoir; aucune injustice ou discrimination n'a été mise en elle, et la perfection de l'univers ressemblant à une table de multiplication dans son ordre précis et immuable a été par conséquent assuré.

Les matérialistes qui considèrent l'existence de la variation et de différenciation dans l'ordre naturel, comme étant une preuve d'oppression et d'injustice et s'imaginent que le monde n'est pas régi par la justice, trouveront inévitablement la vie difficile, déplaisante et ennuyeuse.
Le jugement précipité du matérialiste confronté à la souffrance et aux difficultés, est semblable au verdict d'un enfant observant le jardinier taillant les rameaux sains et verts d'un arbre au printemps. Inconscient du but et de la signification de cette taille, l'enfant pensera que le jardinier est un destructeur et une personne ignorante.

Si toutes les bontés du monde étaient mises à la disposition du matérialiste, il ne serait jamais" satisfait. Car une fois que le monde semble sans but et dominé par l'injustice, il est insensé pour l'homme de demander la justice; et dans un monde manquant de but, il est absurde à l'homme de s'en faire un, lui - même.
Si l'origine et le destin de l'homme étaient comme le décrivent les matérialistes, telle une herbe qui pousse puis disparaît brusquement, alors l'homme serait le plus misérable de toutes les créatures, car il vivrait dans un monde avec lequel il manquerait d'affinité, de compatibilité et d'harmonie. Les pensées, sentiments et émotions provoquent en lui l'angoisse, n'étant trien qu'une farce cruelle que la nature lui impose pour augmenter sa misère et son malheur et accroître ses souffrances. Si un homme d'initiative et de génie devait se dévouer au service de l'humanité, quel profit tirerait - il de tout cela?

Les commémorations posthumes et les cérémonies à son honneur sur sa tombe, ne lui seront d'aucun profit; elles ne serviront qu'à maintenir une légende creuse, du fait que la personne en question ne serait rien qu'une forme assemblée par la nature pour sa distraction comme un jouet durant quelques jours avant de se transformer en une poignée de poussière. Si nous observons le sort de la majorité des peuples qui sont constamment en lutte avec les différents types de souffrance, de privation et d'angoisse, le tableau est de plus en plus morne.Avec une telle vision de la vie humaine, le seul paradis que le matérialisme peut offrir est l'enfer de la terreur et de la peine. La position matérialiste qui veut que l'homme manque de liberté et de choix a même fait de lui une créature misérable.

Le point de vue unidimensionnel du matérialisme voudrait que l'homme soit tel un automate dont le mécanisme et le dynamisme des cellules sont opérés par la nature. L'intelligence et l'instinct humains et encore moins les réalités de l'existence peuvent - elles accepter une telle interprétation ridicule et banale de l'homme, de sa vie et de son destin?
Si cette interprétation était vraie, l'homme serait il plus heureux qu'une poupée? Pris dans une telle situation, l'homme serait obligé de faire de ses propres passions et goûts la base de la moralité et la mesure de la valeur, afin de juger de toutes les choses selon le gain et la perte personnels. Il fera tout son possible afin de détruire tout obstacle sur son chemin et de lever toutes les restrictions sur ses envies sensuelles. Au cas où il agirait autrement, il serait considéré comme arriéré et ignorant.
Toute personne possédant le moindre bon sens et qui juge le cas d'une manière désintéressée et impartiale, considèrera comme valables ces notions bien qu'elles soient décorées dans un sophisme philosophique et scientifique.

Un homme avec une mentalité religieuse verra ce monde comme un système possédant une conscience, une volonté, de la perception et un but. L'intelligence de Dieu dispensatrice de la justice suprême règne sur tout l'univers et toute particule de l'être et elle surveille toutes les actions et faits. Un homme religieux ressent un sens de responsabilité vis à vis de la conscience qui gouverne le monde, et sait que le monde créé et administré par Dieu est nécessairement un monde d'unité, d'harmonie et de bien. Il comprend que la contradiction et le mal ont une existence épiphénoménale et jouent un rôle fondamental dans la réalisation du bien et de l'émergence de l'unité et de l'harmonie.

En outre, selon cet aperçu général du monde qui ouvre de larges horizons à l'homme, la vie n'est pas restreinte à ce monde, et même la vie de ce monde n est pas restreinte au bien être materiel ou la libe ration de l'effort et de la peine. la libération de l'effort et de la peine. Le croyant (en Dieu) verra le monde comme un chemin qui doit être traversé, comme un lieu de test, comme une arène d'effort. C'est dans ce monde que la vertu des actes de l'homme est mise à l'épreuve. Au début de la vie de l'au - delà, le bien et le mal dans les pensées, croyances et actions seront mesurés dans la plus précise des balances. La justice de Dieu se révèlera sous son véritable aspect, et quelle que soit la privation de l'homme dans ce monde, matérielle ou autre elle lui sera rendue.

A la lumière de cette destinée qui attend l'homme, et vu l'indigence essentielle des biens de ce monde matériel, l'homme oriente son effort de conscience exclusivement vers Dieu. Son but devient ainsi de vivre et de mourir pour Dieu. Les vicissitudes de ce monde n'attirent plus son attention. Il voit les choses éphémères telles qu'elles sont, et il ne permet à rien de séduire son coeur. Car il sait que les forces de séduction causeraient le dépérissement de sa nature humaine et l'entraîneraient dans le tourbillon de l'égarement.

* * *

En conclusion, nous ajouterons que mis à part la question de la réceptivité, l'existence de la différence dans le monde n'implique pas l'injustice. L'oppression et l'injustice signifient que quelqu'un est soumis à la discrimination bien qu'il ait des droits égaux à ceux d'une autre personne. Mais les êtres n'ont jamais eu de revendications et ne peuvent en avoir envers Dieu. Ainsi si quelque chose jouit d'une supériorité sur une autre, ceci ne peut être considéré comme étant une injustice.

Nous n'avons rien de nous - mêmes; tout souffle, tout battement de coeur, toute pensée et toute idée traversant notre esprit, tout ceci est puisé d'une provision à laquelle nous n'avons contribué en rien. Cette provision est un don de Dieu, qui nous a été offert à notre naissance.

Une fois que nous comprenons que tout ce que nous possédons n'est qu'un don divin, il sera évident que toutes les différences entre les dons accordés à l'homme sont basés sur sa sagesse, mais elles n'ont rien à faire avec l'injustice, du fait qu'il n'était pas question de mêrite ou de revendication de notre part. Cette vie temporaire et limitée est un don qui nous a été accordé, un cadeau du créateur. Il a la discrétion absolue pour décider de la quantité et de la qualité du don, et nous n'avons aucune réclamation contre lui. Par conséquent, nous n'avons aucun droit de désapprouver, ni d'objecter même si le don qui nous a été accordé à titre gratuit apparaît minime et inconséquent.

* * *


Quatrième Partie Dieu et Ses Attributs Quatrième Partie
LIBRE ARBITE ET DéTERMINISME
Chapitre I
Une vue générale du problème
Une des questions qui a toujours attiré l'attention des penseurs préoccupés par la nature de la vie humaine et qui est toujours l'objet d'une controverse interminable est celle de savoir si l'homme est libre de choisir ses objectifs et de réaliser tous ses voeux dans tous ses actes et gestes, dans toutes les affaires de sa vie, qu'elles soient matérielles ou autres. Ses désirs, inclinations et volontés sont-ils le seul facteur déterminant ses décisions?
Ou bien, ses actes et sa conduite lui sont-ils imposés? Est-il maintenant contraint inexorablement à accomplir certains actes et à prendre certaines décisions: Est - il un instrument involontaire aux mains d'agents qui lui sont extérieurs?

Pour comprendre l'importance de cette question, on devrait garder à l'esprit que c'est de sa solution que dépendra notre capacité de profiter pleinement de l'économie, du droit, de la religion, de la psychologie et des autres disciplines du savoir dont l'homme est l'objet. Tant que nous n'aurons pas tranché si l'homme est doté du libre arbitre ou n'en est pas doté, toute loi relative à l'homme avançée par une de ces sciences ne s'appliquera qu'à un être dont la nature nous est inconnue. Il est évident qu'aucun résultat appréciable ne sera alors atteint.

La question du libre arbitre opposé au déterminisme n'est pas exclusivement un problème académique ou philosophique. Elle intéresse, aussi, tous ceux qui postulent un devoir pour l'homme, devoir qu'il est responsable d'accomplir, et pour lequel il est encouragé.
Parce que s'ils ne croient pas, au moins implicitement, au libre arbitre, il n'y aurait aucune base pour récompenser les gens qui accomplissent leur devoir et punir ceux qui ne le font pas.
Après l'apparition de l'Islam, les musulmans aussi accordèrent une attention particulière à cette question, parce que la conception islamique de l'univers exigeait qu'elle soit abordée avec plus de profondeur qu'elle ne l'avait été jusqu'alors, et tous les points obscurs de la question devraient recevoir un éclairage. Parce que d'une part, le problème était en rapport avec l'unicité divine et. d'autre part avec ses attributs de justice et de puissance.

Les penseurs, ceux du passé et ceux des temps présents, peuvent être classés en deux catégories selon leur attitude envers la question. La première rejette la liberté d'action de l'homme, et si les faits nous font apparaître des signes de libre arbitre, cela n'est dû qu'à une déficience de la perception humaine.
La deuxième catégorie soutient le libre arbitre et affirme que l'homme jouit d'une liberté d'action totale dans le domaine des actions de la volonté; sa capacité à penser et à décider, a des effets de longue portée et est indépendante de tous les facteurs qui lui sont extérieurs.
Evidemment, l'homme connaît les effets de la contrainte en ce qui concerne sa naissance, ainsi que différents facteurs qui font son environnement et les évènements qu'il rencontre tout au long de sa vie. Le résultat en est qu'il vienne peut - être à croire qu'il n'existe pas de libre arbitre. Il est venu au monde involontairement, il lui semble qu'il est complètement sous le contrôle du destin, emporté comme une feuille jusqu'à ce qu'il quitte le monde.

En même temps, l'homme perçoit clairement qu'il est libre et indépendant dans beaucoup de choses, sans éprouver aucune sorte de contrainte ni d'obligation. Il a le pouvoir et la capacité de lutter efficacement contre les obstacles, et d'imposer son contrôle sur la nature en s'appuyant sur ses précédentes expériences et connaissances. La réalité objective et pratique qu'il ne peut nier est qu'il existe une différence profonde et principale entre les mouvements volitifs de ses mains et pieds et le foncionnement de son coeur, de son foie et de ses poumons.

Par conséquent, étant donné sa volonté, sa consience, et sa capacité de choisir, qui sont les traits de son humanité (voir dictionnaire HALLMARK), l'homme sait qu'il jouit bien du libre arbitre dans toute une série d'actes et qu'aucun obstacle ne peut l'empêcher d'exécuter sa volonté ou de former ses propres croyances. Mais par ailleurs, ses mains sont liées, et il n'a guère le pouvoir de choisir dans les questions déterminées par des contraintes matérielles ou instinctives et qui constituent une partie considérable de sa vie, et d'autres qui lui sont imposées par des facteurs externes.

* * *

Chapitre II
Le Déterminisme
Les partisans du déterminisme ne croient pas que l'homme est libre dans ses actes. Les théologiens déterministes comme ceux de l'école théologique musulmane connue sous le nom d'Ash'arites, s'appuyant sur le sens apparent de certains versets coraniques et négligeant de réfléchir sur le vrai sens de tous les verséts relatifs ou sur la nature de la prédestination, concluent que l'homme ne jouit d'aucune liberté de quelque sorte que ce soit.
Ils rejettent aussi que les choses aient des effets, et n'admettent pas que les causes aient un rôle à jouer dans la création et la genèse des phénomènes naturels.

Ils considérent toute chose comme l'effet immédiat et direct de la volonté divine, et disent que bien que l'homme dispose d'une part de pouvoir et de volonté, cela n'a aucun effet sur ses actes. Ces derniers ne sont pas le résultat du pouvoir et de la volonté des hommes, mais de la volonté de Dieu qui produit exclusivement tous les effets. L'homme ne peut que donner une certaine coloration aux actes qu'il accomplit avec son intention, et son but, et cette coloration aboutit à des actes qualifiés de bons ou de mauvais. A part cela, l'homme n'est que le lieu de l'accomplissement de la force et de la volonté divine. Les Ash'arites disent aussi que si nous supposions que l'homme était doté du libre arbitre, nous aurions par là même réduit la sphère de la puissance et de la souveraineté de Dieu. Le pouvoir créatif de Dieu exige qu'aucun homme ne peut s'opposer à lui comme un créateur; de même, la croyance en l'unicité de Dieu, compte tenu de la souveraineté absolue que nous lui admettons, devrait signifier que tous les phénomènes créés, y compris les actes des hommes font partie intégrante de la sphère de la volonté de Dieu.

Si nous admettons que la personne crée ses propres actes, nous nions la souveraineté de Dieu sur toute la création, ce qui est incompatible à son tour avec l'attribut divin de création, car la personne jouirait alors de la souveraineté totale dans le domaine des actes, et Dieu n'y aurait plus aucun rôle. Ainsi, la croyance dans le libre arbitre conduirait inéluctablement au polythéisme ou au dualisme.
En outre, certains font du principe du déterminisme - consciemment ou non - une excuse pour commettre des actes contraires à la religion et à la moralité, ouvrant la voie à toutes sortes de déviation sur les plans de la croyance et de l'action. Certains poètes hédonistes appartiennent à ce groupe; ils s'imaginent que la prédestination est une excuse suffisante pour leurs péchés et espèrent ainsi échapper au fardeau de la conscience et de l'infamie.

* * *

Ce type déterministe de pensée est contraire au principe de justice, à la fois par rapport à Dieu et à la société. Nous voyons que la justice divine se manifeste clairement dans toutes ses dimensions à travers la création et nous louons son essence sacrée comme possédant cet attribut.

"Dieu atteste, et aussi les anges et les doués de science,
qu'en vérité, il n'y a point de dieu, que Lui, Le garant de la justice.

Coran, sourate 3, verset 18.

Dieu décrit aussi l'instauration de la justice humaine comme un des buts pour lesquels les prophètes ont été envoyés et affirme son désir de voir ses serviteurs maintenir la justice.

"Très certainement Nous avons envoyé Nos
messagers pourvus de preuves, et fait descendre
avec eux Le Livre et la balance afin que les gens
établissent la justice".

Coran, sourate 57, verset 25

Le jour de la résurrection, de façon similaire, Dieu traitera avec justice ses sujets et aucun ne subira la moindre injustice.

"Au jour de la ré surrection, les balances
seront réglées. Nulle âme, donc ne sera lésée".

Coran, sourate 21, verset 47

Maintenant, est ce de la justice que d'obliger quelqu'un à commettre un acte condamnable et ensuite de le punir pour cela? Si une cour venait à prononcer un verdict de punition en de telles circonstances, ce serait vraiment de l'injustice.
Si nous nions le principe de liberté et si nous n'assignons aucun rôle positif à la volonté de l'homme, aucune différence ne subisterait entre l'homme et le reste de la création. D'après les déterministes, les actes du comportement humain ressemblent à ceux des autres créatures en ceci qu'ils sont causés par une série de facteurs qui sont au - delà de leur contrôle; notre volonté n'a pas en elle - même le pouvoir de produire des effets.

Mais si Dieu crée les actes volitifs de l'homme, s'il est le créateur du péché et de l'injustice, et même de l'attribution de partenaire à Lui - même, comment pouvons-nous accepter un tel comportement de la part d'un être parfait et exalté?

La foi en le déterminisme abolit et rend nuls les principes de prophétie et de révélation. Le concept de message divin qui doit servir de source à la conscience humaine, l'idée des commandements et des interdits, de critères et ordonnances religieuses, de lois et de croyance et la doctrine d'une certaine récompense pour ses faits. Pour une fois, nous croyons que tous les actes de l'homme ont lieu mécaniquement, sans volonté ou choix de sa part, et aucun rôle ne reste plus aux messagers de Dieu qui ont été envoyés pour assister l'homme dans ses efforts.

Si les tâches imposées à l'homme et les instructions qui lui sont adressées n'ont rien à faire avec son libre arbitre et avec sa possibilité d'obéir et de répondre, de quelle utilité sont - elles?
Si les états spirituels de l'homme et les actions extérieures doivent être déterminées de façon mécanique, tous les efforts incessants des éducateurs moraux pour redresser la société et des valeurs élevées seraient alors sans effets.

Leurs efforts ne serviraient aucune cause; il serait désespérant d'attendre du changement, d'une personne dont tout acte est prédéterminé. Mais si l'homme est responsable aussi bien de son salut ou destruction que de celui des autres, son choix faconne sa destinée, et une fois qu'il sait que tout acte qu'il entreprend a une conséquence, il choisira son chemin avec beaucoup de précaution. Sa confiance en l'amour de Dieu et en ses faveurs lui ouvrira les portes de la puissance.

* * *

Il pourait être objecté que considérant la connaissance étendue de Dieu (Il a dès le commencement su tout ce qui arriverait dans le monde, nulle part, nul événement mineur ou majeur ne peut avoir lieu sans Sa préalable connaissance), Il doit nécessairement être au courant à l'avance des atrocités, des péchés et des méfaits que l'homme commettrait, et puisque de toute façon ces faits et méfaits ont lieu, les hommes sont sûrement incapables de s'en empêcher.

Nous répondons comme suit: Il est vrai que Dieu est au courant de tous les phénomènes, aussi bien les moindres que les plus importants, mais cette connaissance n'implique pas que l'homme est contraint dans ses actes. La connaissance de Dieu est basée sur le principe de causalité; elle ne s'applique pas aux phénomènes et aux actes humains en dehors de ce cadre. Une connaissance qui s'opère au moyen de cause et d'effet n'implique pas d'obligation.

Dieu était au courant des évènements futurs dans le monde et savait que les hommes commettraient des actes d'après leur propre volonté. Leur exercice du libre arbitre est une partie de la chaîne de causalité qui conduit à leurs actes, et ce sont les hommes eux-mêmes qui décident de faire le bien ou le mal. Dans ce dernier cas, par une mauvaise utilisation de leur libre arbitre, ils sont la cause de la ruine et de la corruption. Ainsi, si le mal et l'oppression existent dans une société donnée, ceci n'est que le résultat des actes de l'homme. Ils ne sont pas créés par Dieu. La connaissance de Dieu n'influe pas sur le choix du bien ou du mal que l'homme fait.

Il est vrai qu'il existe dans la sphère de décision de l'homme certains facteurs tels que sa nature innée, la guidée divine, et les circonstances environnantes qui jouent un rôle dans le choix qu'il fait. Mais ce rôle se confine à l'inclination, l'encouragement et l'assistance de la volonté de l'homme. Il n'oblige pas l'homme à choisir une certaine direction. L'existence de ces facteurs n'implique pas que l'homme soit sous leur emprise. Au contraire, il est tout à fait capable aussi bien d'obéir aux inclinations créées par les facteurs externes que de leur résister en les déviant de leur cours ou en les refoulant. Tout individu peut profiter de la guidée qui lui est disponible grâce à la clarté et la bonne vision, et donner ainsi forme à ses inclinations et les contrôler ou les modifier. Les instincts nombreux que l'homme porte en lui ne peuvent être jamais totalement éliminés, mais il est important de les dominer et de leur éviter l'occasion de mal se manifester.

* * *

Supposez qu'un expert en mécanique inspecte une voiture la veille d'un voyage et prévoit que la voiture ne pourra pas rouler plus de quelques kilomètres à cause d'une panne technique possible. Supposez maintenant que la voiture démarre et s'arrête quelques kilomètres plus loin comme l'avait prévu le mécanicien, peut - on alors dire qu'il était la cause de la panne simplement parce qu'il l'avait prédite?
Evidemment non parce que c'est l'état défectueux de la voiture qui était la cause de la panne et non pas la prévision du mécanicien; aucune personne rationnelle ne peut considérer la prévision du mécanicien comme la cause de la panne.

Pour donner un autre exemple: Un maître connaît la progression de ses élèves et sait qu'un élève échouera à l'examen final, à cause de sa fainéantise et de son refus de travailler. Une fois que les résultats de l'examen sont connus, il devient apparent que cet élève a effectivement échoué. Mais qui est la cause de l'échec? l'élève ou la connaissance préalable de son maître? C'est évidemment l'élève. Ces exemples nous permettent de comprendre jusqu'à un certain point pourquoi la connaissance de Dieu n'est pas la cause des faits de ses serviteurs.
Un des effets malheureux du déterminisme sur la société est qu'il permet aux oppresseurs arrogants de justifier la répression des faibles et il rend la défense de ces derniers encore plus difficile.

* * *

En utilisant le déterminisme comme une excuse, l'oppresseur nie la responsabilité de ses actes violents et sans pitié. Il affirme que sa main est la main de Dieu et attribue toutes ses transgressions à Dieu, Dieu qui est au - dessus de toute reproche et objection. Les opprimés sont alors obligés d'endurer et d'accepter tout ce que l'oppresseur leur fait subir, car combattre son injustice serait vain et les efforts pour produire un changement quelconque échoueraient inévitablement.
Les impérialistes et autres grands criminels de l'histoire ont quelquefois usé du déterminisme pour perpétrer leur cruauté et oppression.

Quand la famille du Commandeur des martyrs Husseyn ibn Ali - Que la paix soit sur lui - se trouva en présence de Ibn Ziyad, ce grand criminel lache dit à Zaynab el Kubra - Que la paix soit sur elle -:

"As tu vu quel sort Dieu a réservé à ton frère et à ta famille?"

Elle répondit:
"De Dieu je n'ai vu que le bien et la bonté. Ils ont fait ce que Dieu voulait d'eux pour élever leur station et ont accompli les taches qui leur incombaient. Bientôt vous serez tous rassemblés en présence de Dieu, appelés à rendre compte. Vous saurez alors qui aura triomphé et qui aura été sauvé!"

En rapport à la question du libre arbitre et du déterminisme, les matérialistes sont pris dans une contradiction.
D'une part, ils considèrent l'homme comme un être humain, sujet, comme le reste du monde, au changement dialectique, et incapable de produire un effet sur lui - même; confronté aux facteurs environnants, à l'inévitabilité historique et les circonstances prédéterminées, il manque de toute libre volonté. En choisissant sa voie de développement, ses idées et ses actes, il est entièrement à la merci de la nature. Toute révolution ou développement social est exclusivement le résultat matériel d'une situation environnante, et l'homme n'a aucun rôle à jouer là dedans.

D'après la relation déterministe entre cause et effet, rien n'a lieu sans sa cause précédente et la volonté de l'homme aussi, quand elle est confrontée aux circonstances économiques et matérielles de son environnement est soumise aux lois inflexibles, qui sont en fait un peu plus que l'ef fet qu'elles produisent. L'homme est obligé de choisir la voie qui lui est imposée par la pression de son environnement et son contenu intellectuel. Il n'y a ainsi aucune voie pour une volonté indépendante et un choix de l'homme pour s'exprimer, et aucun rôle à son sens de la responsabilité morale et du discernement du bien et du mal.

Mais en même temps, les matérialistes considèrent que l'homme est capable d'influencer la société et le monde, et ils insistent plus que toutes les autres écoles de pensée sur la discipline idéologique et de propagation au sein d'un parti organisé. Ils appellent les masses de l'impérialisme à se soulever dans une révolution violente et essayent de leur faire changer leurs croyances et leur faire jouer un rôle différent de celui qu'ils jouaient avant.
Tout ceci en comptant sur la force du libre arbitre. Cette attribution d'un rôle à l'homme contredit tout le schéma du matérialisme dialectique en admettant qu'après tout, le libre arbitre existe.
Si les matérialistes proclament que le soulèvement des masses opprimées et le renforcement des mouvements révolutionnaires accélère la naissance d'un nouvel ordre à partir de l'ancien, cela serait illogique, car aucune révolution ou changement qualitatif ne peut avoir lieu à un moment autre que celui que lui confère l'histoire. La nature accomplit sa tâche mieux que quiconque, d'après la méthode dialectique; s'engager dans la propagande ou chercher à mobiliser l'opinion est une interférence injustifiable dans le travail de la nature.

Les matérialistes peuvent aussi soutenir que la liberté consiste à connaître les lois de la nature dans le but d'en faire usage pour atteindre les buts et objectifs donnés, et non pour la simple connaissance des lois de la nature. Mais ceci ne résout pas le problème, car même une fois que l'on a découvert ces lois et décidé d'en faire usage à des fins bien précises, la question reste posée de savoir si ce sont la nature et la matière qui déterminent ces buts et les imposent à l'homme ou si c'est l'homme qui les choisit librement. Si l'homme est capable de choisir, ses décisions sont - elles le reflet des voeux et conditions de la nature ou peuvent - elles aller à contre sens?

Les matérialistes ont considéré l'homme comme une créature unidimensionneIle telle que même ses idées et croyances soient le résultat du développement économiq ~ie et matériel et sont sujets à la position des classes et aux rapports de production dans la soCiété. En bref, ils reflètent les conditions particulières dues aux besoins matériels des êtres humains.
Il est bien sûr vrai que l'homme a une existence matérielle et que les relations matérielles de la société et leurs conditions physiques, géographiques et naturelles ont toutes un effet sur lui. Mais d'autres facteurs, provenant de la nature primordiale ( Fitra) de l'homme et de son propre être, influencent aussi la destinée de l'homme à travers l'histoire et il n'est pas possible de considérer la vie intellectuelle de l'homme comme étant exclusivement le résultat de l'activité de la matière ou des rapports de production. On ne peut pas négliger l'important rôle joué par les facteurs religieux et idéologiques, par les impulsions religieuses, dans le choix de l'homme d'une voie à suivre; sa volonté n'est qu'un maillon dans la chaîne causale qui le mène à faire ou ne pas faire un certain acte.

Personne ne doute que l'homme est sujet à l'influence des actions et réactions naturelles, ou que la force de l'histoire ou de facteurs économiques sont à la base de certains évènements. Mais ils ne sont pas les seuls à déterminer l'histoire en décidant du sort de l'homme.
Ils sont capables de retirer à l'homme sa liberté et son pouvoir de décision, car il a progressé à un point tel, que sa valeur surpassant la nature, lui a permis d'acquérir la conscience et un sens de responsabilité.
Non seulement l'homme n'est pas prisonnier de la matière et des rapports de production, mais il a le pouvoir et la souveraineté sur la nature et la capacité de changer les relations de la matière.
Tout comme les changements dans les phénomènes matériels sont sujets aux causes et facteurs externes, il existe certaines lois et normes dans la société humaine qui déterminent le degré de prospérité et de puissance d'une nation, ou bien de son déclin. Les évènements historiques ne sont sujets ni à un déterminisme aveugle ni à l'accident. Ils correspondent aux normes et aux desseins de la création, parmi lesquels la volonté de l'homme tient une place importante.

Dans plusieurs versets de Coran, l'oppression, l'injustice, le péché et la corruption sont reconnus comme ayant changé l'histoire d'un peuple donné, ceci étant une norme observée dans toutes les sociétés humaines.

"Et quand Nous voulons détruire une cité, Nous
commandons à se s gens aisés, et ils pratiquent la
perversité. Alors la parole de Dieu s'élève contre

elle et Nous la détruisons".

Coran, sourate 17, verset 16

"N'as - tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les Aad?
Avec Iram, la ville à la colonne, dont jamais pareille ne fut
construite, et avec thamoud, qui taillaient le rocher dans la
vallée? Ainsi qu'avec Pharaon, l'homme à la puissante armeé
qui s'était rebelleé à travers le pays, puis y avait semé le désordre.
Donc ton seigneur fit pleuvoir sur eux le fouet du châtiment. Certes,
oui, ton Seigneur surveille bien".

Coran, sourate 89, verset 6 à 14

Le Coran nous rappelle aussi que ceux qui adorent et obéiss nt à leurs désirs et leurs inclinations sont la cause de beaucoup de calamités de l'histoire.

"Oui, Pharaon fit le hautain sur terre. Il divisa en sectes ses
habitants, cherchant à affaiblir l'un des groupes? Egorgeant
ses garçons et laissant vivre ses filles. C'était un véritable
fauteur de désordre".

Coran, sourate 28, verset 4

"Aussi il ( pharaon) chercha à avilir son peuple et ils lui obéirent.
C'étaient vraiment des gens pervers".

Coran, sourate 43, verset 54

Combien de guerres, de ruines, de désastres et d'effusion de sang ont été causés par l'obéissance aux désirs passionnés et dûs à la soif du pouvoir.
Les hommes qui sont les éléments composant la société possèdent l'intelligence et la volonté innée en leur propre être, avant leur adhésion à la société; l'esprit individuel n'est pas impuissant vis - à - vis de l'esprit collectif.
Ceux qui prétendent que l'individu est complètement déterminé dans ses actes par l'environnement social s'imaginent que tout composé doit nécessairement impliquer la dissolution des parties dans l'unité du tout pour permettre à une nouvelle réalité d'émerger. La seule alternative à ceci, disent - ils serait soit de renier la réalité objective de la société comme un composé d'individus et reconnaître l'indépendance et la liberté de l'individu, et soit d'admettre la séalité de la société et de passer de l'indépendance et de la liberté de l'individu. Il est impossible, affirment ils de concilier ces deux possibilités.

Maintenant, bien que la société a beaucoup plus de pouvoir que l'individu, ceci ne veut pas dire que l'homme soit contraint dans ses activités sociales. La primauté de la nature essentielle dans l'homme- le résultat de son développement sur le plan naturel - lui donne la possibilité d'agir librement et de se rebeller contre les i'mpositions de la société.
Bien que l'Islam pose comme principe la personnalité et la puissance de la société, tout comme la vie et la mort, il considère que l'individu est capable de résister et de combattre la corruption dans son environnement social. Il ne voit pas dans les conditions des classes de facteurs déterminants conduisant à l'émergence de croyances uniformes parmi les personnes qui y sont soumises. Le devoir de recommander le bien et de combattre le mal est en lui- même un commandement pour se rebeller contre les ordres de l'environnement social quand ceux - ci impliquent le péché et la corruption.

"Oh, les croyants! occupez vous de vous mêmes!
Nul égaré ne vous nuira, si vous êtes dans la guidée"

Coran, sourate 5, verset 108 et:

"Quand ils mourront, les anges leur demanderont:"
'Ou étiez- vous?' Ils diront: 'nous étions impuissants
sur terre' alors les anges diront: " La terre de Dieu
n'était - elle pas assez vaste pour y émigrer?
(c'est à dire fuir votre environnement).
Voilà bien ceux dont la demeure sera la géhenne."

Coran, sourate 4, verset 97

Dans ce verset, ceux qui se croient obligés de se conformer à la société sont très condamnables et leur excuse de ne pas pouvoir assumer leur responsabilité est rejetée.
Pour la progression morale et spirituelle de l'homme, l'existence du libre arbitre en lui est indispensable. L'homme a de la valeur, et les valeurs ne peuvent être attendus de lui que tant qu'il est libre. Nous n'acquiérons l'indépendance individuelle et de la valeur que lorsque nous choisissons une voie conforme à la vérité et résistons aux tendances maléfiques en nous - mêmes et de notre environnement grâce à nos efforts propres. Si nous agissons seulement d'après le cours du développement naturel ou le déterminisme dialectique, nous aurons perdu toute valeur et personnalité.

Il n'y a ainsi aucun facteur qui oblige l'homme à choisir une certaine voie dans la vie, ni de force l'obligeant à en abandonner une autre. L'homme peut prétendre se faire lui-même, non pas lorsqu'il change sa forme d'après les lois dominant la société ou d'après des buts façonnés, mais seulement quand il choisit et décide lui-même et fournit ses propres efforts.

* * *


Chapitre III Dieu et Ses Attributs Chapitre III
Le Libre Arbitre
Les partisans de cette école disent que l'homme est automatiquement conscient qu'il est libre dans ses actes; il peut décider comme il veut et il faconne son propre destin d'après sa volonté et ses inclinations. L'existence qui a décrété la responsabilité de l'homme, le regret que l'homme ressent pour des actes qu'il commet, les punitions que la loi ordonne contre les criminels, les actes que l'homme accomplit dans le but de changer le cours de l'histoire, les fondements de la science et de la technologie, tout ceci dépend du libre arbitre de l'homme dans les actes qu'il accomplit.
Il serait complètement insensé que Dieu, d'une part oblige les hommes à faire quelque chose et d'autre part les punisse ou les récompense pour ces actes.
Ce serait complètement injuste pour le Créateur de ce monde de nous mettre sur la voie qu'il a Lui-même choisi par Sa volonté et Son pouvoir, puis de nous punir pour des actions que nous avons commises sans aucun choix de notre part.
Si les actes de l'homme sont réellement les actes de Dieu, toute corruption, mal ou cruauté doit être considéré comme Son propre fait, alors que Son être sacré est complètement pur de toute corruption ou injustice.

S'il n'y avait pas de libre arbitre pour l'homme, tout le concept de la responsabilité religieuse de l'homme serait injuste. Le tyran oppresseur ne mériterait aucun éloge, car la responsabilité n'a de sens que dans les limites de ce qui est possible et qui peut être atteint par l'homme.
L'homme ne mérite le blâme ou l'éloge que lorsqu'il est libre de décider et d'agir. Autrement, il ne pourrait être question de blâme ou d'éloge.
Ceux qui adhérent à la position ci - dessus ont exagéré le rôle du libre arbitre de l'homme jusqu'à considérer l'homme comme seul possesseur du choix dans tous ses actes volontaires. Ils s'imaginent que Dieu est incapable d'étendre sa souveraineté sur la volonté et les désirs de Ses créatures et que les actes volontaires de l'homme sont exclus des limites de Son pouvoir. Ceci est en bref la position des partisans du libre arbitre absolu.

* * *

Ceux qui disent que ce sont les normes naturelles et la volonté des hommes qui créent le monde des phénomènes, et que ni la rotation du monde ni les actes de l'homme n'ont de relation avec Dieu, attribuent tous les effets à un pôle opposé à Dieu. Tout au moins, ils font des choses créées des partenaires de Dieu dans sa création, ou mettent un autre créateur en confrontation avec Dieu.
Inconsciemment, ils considèrent les essences des choses créées comme indépendantes de l'essence divine.
L'indépendance d'une créature - que ce soit l'homme ou autre- provoque en cette créature le sentiment d'être un partenaire de Dieu dans ses actes et dans son indépendance, ce qui implique une forme de dualisme. L'homme est ainsi entraîné loin du principe élevé de l'unité divine et pris au piège du polythéisme. Accepter l'idée l'absolue liberté de l'homme serait lui nier sa souveraineté de Dieu dans un domaine donné, alors qu'il renferme tous les êtres, car nous attribuerions à l'homme une souveraineté indiscutable dans la sphère de ses actes volitifs. Aucun vrai croyant en l'unité de Dieu ne peut accepter l'existence d'une créativité en dehors de celle de Dieu, même dans le domaine limité des actes de l'homme.

Tout en reconnaissant la validité des causes et facteurs naturels, nous devons considérer Dieu comme la véritable cause de tous les évènements et phénomènes et reconnaître que si Dieu le voulait, il pourrait neutraliser la volonté de l'homme même dans la sphère limiteé où elle opère, pour la rendre inopérante.
Tout comme toutes les créatures du monde manquent d'indépendance dans leur essence, tout en étant dépendant de Dieu, elles manquent aussi d'indépendance dans la causation et dans la production des effets. Ainsi, nous avons la doctrine de l'unité des actes, c'est à dire la perception du fait que le système entier de l'être avec ses causes et ses effets, ses lois et ses normes est le fait de Dieu et ne vient à exister que par Sa volonté; tout facteur et toute cause lui doit non seulement l'essence de son existence mais aussi sa capacité à agir et à produire des effets. L'unité des actes ne nous impose pas de renier le principe de cause et d'effet et le rôle qu'il joue dans le monde, ou de considérer toute chose comme le produit direct ou indirect de Dieu, de façon que l'existence ou l'absence de facteurs causatifs ne ferait aucune différence. Mais nous ne devrions pas attribuer une causalité indépendante à ces facteurs, ou nous imaginer que la relation de Dieu avec le monde est telle que celle de l'artiste avec son oeuvre -par exemple un peintre avec ses tableaux - le travail d'art dépend de l'artiste pour son production, mais une fois que l'artiste a fini son oeuvre, le charme et l'attrait de la peinture restent, indépendamment de l'artiste. Si l'artiste quitte ce monde, sa bril lan te oeuvre restera toujours. S'imaginer que la relation de Dieu avec le monde est du même type est une forme de polythéisme.

Quiconque nie le rôle de Dieu dans les phénomènes et actes des hommes suppose par la même que la puissance de Dieu s'arrête aux frontières de la nature et du libre arbitre de l'homme. Une telle vue est rationnellement inacceptable, car elle implique aussi bien la négation de la totalité de la puissance de Dieu que la limitation de son essence infinie. En défendant une telle opinion, on se considère libre de tout besoin de Dieu, ce qui nous pousserait à nous rebeller contre lui et nous engager dans toute forme de corruption.
Au contraire, un sentiment de dépendance envers Dieu, de confiance et de soumission à lui, a un effet positif sur la personnalité et la conduite de l'homme.

En ne reconnaissant aucune source de commandement autre que Dieu, aussi bien intérieure qu'extérieure, les désirs passionnels et les inclinations seront incapables de l'entraîner dans tel ou tel autre chemin et aucun homme ne pourra l'asservir. Le saint Coran dénie à l'homme toute participation avec Dieu dans la gestion des affaires de ce monde:


"Dis: louange à Dieu qui n'a point d'enfant, qui
n'a point d'associé dans sa royauté, et qui n'a
point (besoin) de protecteur contre l'humiliation;
et glorifie Sa grandeur."

Coran, sourate 17, verset 111

Plusieurs versets affirment sans ambiguité aucune, la puissance et le pouvoir absolu de Dieu; par exemple:

"A Dieu la royauté des cieux et de la terre et
de ce qui est en eux. Et il est capable de tour."

Coran, sourate 5, verset 123 ou encore:

"Et rien dans les cieux ni sur terre ne saurait réduire
Dieu à l'impuissance. Oui, Il demeure savant, puissant."

Coran, sourate 35, verset 44

Les êtres de ce monde ont besoin de Dieu pour leur survie tout comme ils en ont besoin pour leur création. La totalité de la création doit recevoir de nouveau le don de l'existence à chaque instant, faute de quoi tout l'univers s'effondrerait.
La créativité de toutes les forces du monde est identique à la créativité de Dieu et est une extension de son activité. Une créature qui en son essence même est dépendante de la volonté divine ne peut pas avoir une existence indépendante.
Tout comme les lampes électriques tirent leur lumière de la centrale électrique, quand on les allume la première fois, elles doivent de même constamment recevoir de l'énergie de la même source pour rester allumées.

Le glorieux Coran déclare clairement:

"Oh (vous les) hommes, vous êtes constamment dans le besoin
de Dieu, et seul Lui est complètement libre de tout besoin.

Coran, sourate 35, verset 15

Toutes les essences dérivent de sa volonté et dépendent de lui. Tous les phénomènes sont continûment soutenus par lui. Le puissant et magnifique ordre de l'Univers est tourné vers un seul pôle et tourne sur un seul axe.

L'Imam Jaafar es Sadiq (paix sur lui) a dit:
"Le pouvoir et la puissance de Dieu sont trop subtils pour qu'il se produise dans l'univers quelque chose qui soit contraire à Sa volonté".

Si Dieu ne nous avait pas accordé le principe du libre arbitre, et s'Il ne nous avait pas doté à chaque instant de vie, ressources et énergie, nous ne serions jamais capables de faire quoi que ce soit. Car c'est sa volonté invariable qui a décrété que nous devons accomplir des actes volontaires d'après le libre arbitre, remplissant ainsi le rôle qu'Il nous a assigné. Il a voulu que l'homme construise son propre futur, bon ou mauvais, clair ou sombre, d'après son propre discernement et ses désirs.
Nos actes volontaires sont ainsi reliés aussi bien à Dieu qu'à nous-mêmes. Nous pouvons utiliser les ressources que Dieu a mis à notre disposition de façon pleinement consciente, soit pour s'élever et s'améliorer d'après un bon choix, soit de plonger dans la corruption, le péché et l'autosatisfaction. Il reste bien sûr que le champ de nos actes volontaires reste limité à un cadre bien précis; le pouvoir est de Dieu et l'utilisation qui en est faite est de nous.

Supposez que quelqu'un a un coeur actificiel, actionné par une batterie, que nous pouvons allumer ou éteindre à partir d'une salle de contrôle. Ce qui est entre nos mains, c'est le courant qui va de la batterie au coeur; nous pouvons l'arrêter à tout moment. Mais tant que nous permettrons à la batterie de fonctionner, la personne en qui le coeur est implanté sera libre d'agir comme elle veut. Si elle accomplit un bon ou un mauvais acte, ce sera certainement d'après sa propre volonté. La façon dont elle utilise le pouvoir que nous mettons à sa disposition dépend entièrement de lui et n'a rien à faire avec nous.
De même, notre pouvoir découle de Dieu et Il peut nous l'enlever à tout moment; mais Il a soumis entièrement à notre libre arbitre la façon dont nous utilisons ce pouvoir.

* * *

Chapitre IV
l'Ecole Médiane
Tous les êtres du monde jouissent d'une forme de conduite propre au degré de développement qu'ils ont atteint. Ces formes spécifiques correspondent à leurs différents degrés de l'existence.
Il nous est possible de préciser et de distinguer notre position parmi les différents êtres de ce monde. Nous savons que les plantes sont sous l'emprise des forces déterminantes de la nature, tout en développant des réactions de développement vis - à - vis des changements dans leur environnement.
Quand nous analysons les propriétés des animaux, nous remarquons qu'ils possèdent des attributs tout à fait différents de ceux des plantes. Pour obtenir leur nourriture, les animaux, doivent s'engager dans toute une série d'activités, car la nature ne les invite pas à un festin où tous leurs besoins alimentaires sont satisfaits. Les animaux ont besoin de certains outils et moyens dans leurs efforts pour obtenir de la nourriture et la nature les leur a donnés.

Bien que les animaux soient sujets à la forte attraction des instincts et sont en ce sens des êtres soumis, ils jouissent d'une certaine liberté qui leur permet jusqu'à un certain point de se libérer de la dure emprise de la nature.
Les scientifiques sont d'avis que plus la structure naturelle des animaux est faible, plus forts sont leurs instincts et plus ils bénéficient de l'aide directe et de la protection de la nature.
Réciproquement, mieux ils sont équipés en pouvoir sensoriels et conceptuels, et plus elevé est leur degré d'indépendance, moins ils sont guidés par leurs instincts.
Dans la première période de sa vie, l'enfant est sous la totale protection de ses parents; quand il grandit, il sort progressivement de leur supervision.
L'Homme qui a atteint le plus haut niveau de développement en étant le seul être possédant la faculté de discernement et de volonté indépendante, a un niveau relativement bas de pouvoir instinctuel. Les capacités de ses sens s'affaiblissent au fur et à mesure qu'il progresse dans sa liberté.

La nature satisfait de diverses façons les différents besoins des plantes. Dans le monde animal, bien que la mère ait à fournir des efforts pour porter, nourrir et protéger sa progéniture, l'instinct apparaît très tôt en le jeune et la mère n'a pas trop de soucis à se faire pour leur éducation. Mais dans le cas de l'homme, nous voyons qu'il n'a pas d'instincts naturels puissants et son pouvoir de résistance aux facteurs environnants défavorables est très inférieure à celui des animaux.
Ainsi sa dépendance de ses parents continue pendant de longues années avant qu'il n'atteigne l'auto suffisance et qu'il ne puisse se tenir debout sur ses propres jambes.

Le noble Coran parle clairement de la faiblesse de l'homme et de son impuissance.

"l'Homme a été créé faible et impuissant"

Coran, sourate 4, verset 28

La nature a livré l'homme à ses propres desseins plus qu'elle ne l'a fait avec l'animal. D'une part nous voyons en l'homme une preuve de liberté et l'émergence d'une capacité d'acquérir une conscience et d'autre part un accroissement dans la dépendance et le besoin. Tout en jouissant d'une liberté relative, l'homme est de plus en plus entraîné dans le tourbillon de la nécessité.
Cette variété de situations des différents ordres de création constituent d'après certains penseurs, des facteurs de développement et de croissance. Plus loin l'être avance dans l'échelle du progrès, plus il s'approche de la liberté. C'est précisément la nécessité et l'absence d'équilibre inné qui permettent à la croissance et au progrès d'avoir lieu.
Pour que le choix et le libre arbitre s'expriment, il doit exister un facteur s'opposant à l'instinct naturel. L'Homme sera alors pris entre deux pôles opposés, chacun d'entre eux cherchant à le soumettre à lui, de façon qu'il est obligé de choisir son chemin librement, consciemment et en comptant sur ses propres efforts et ressources; libre de tous les facteurs déterminants et des préjugés mentaux, il commence le travail de sa formation et de son développement sur la base des principes et critères spécifiques. Une fois confronté à cet élément de contradiction, l'homme ne peut atteindre l'équilibre ou choisir un chemin convenable en agissant en automate ou en s'abstenant de tout effort.

En portant le fardeau du pacte divin, ce cadeau que les cieux et la terre ont été incapables de recevoir, et s'avérant seul digne de l'accepter, l'homme est confronté à deux choix seulement dans sa lutte et ses efforts. Soit il devient prisonnier de l'instinct et du désir, en se dégradant ainsi et en s'avilissant.Et soit, puisant dans toutes ses capacités de décision, pensée et volonté, il se lance sur le chemin du progrès et du développement et commence à s'élever.
* * * Chaque fois qu'un être se libère de l'obéissance à ses instincts, et jette les chaînes de la servitude et commence à faire usage aussi bien de ses capacités innées que de ses capacités acquises, ses facultés sensorielles s'affaiblissent et ses capacités naturelles diminuent. La raison en est que tout organe ou toute capacité laissée stagnante et non utilisée chez un être humain tend à s'annuler. Réciproquement, plus intensive est l'utilisation d'un organe, plus il grandit et gagne de l'énergie. Ainsi la lumière de la volonté créatrice et consciente de l'homme, inspirée par la puissance de la raison et du discernement, éclaire son chemin et détermine ses actions, son pouvoir de pensée, lui permettant de découvrir de nouvelles vérités et réalités. De plus, l'état d'hésitation et d'égarement de l'homme entre deux pôles opposés le pousse à réfléchir et à raisonner de façon qu'il puisse distinguer le bon chemin du mauvais. Ceci active ses facultés mentales, renforce ses capacités de reflexion, et le dote d'un meilleur degré de vitalité et de mouvement. La propreté, le désir de la liberté, la science et la civilisation, tous ceux - ci sont le résultat direct de l'exercice du libre arbitre de l'homme. Une fois que l'homme atteint la liberté et continue ses necessaires efforts, il peut avancer rapidement dans le processus de progrès et la découverte de tous les aspects de sa nature essentielle innée. Lorsqu'il atteint sa maturité et ses pleines capacités, il sera transformé en une source de bénéfice et de vertu pour la société. Nous voyons partout les résultats du libre arbitre, et le combat qui est livré à ses partisans par ceux qui s'y opposent est en soi une indication que ces derniers l'accèptent implicitement. Voyons maintenant quelles sont les limites du pouvoir du choix de l'homme et jusqu'à quel point il s'exerce. Le point de vue du Chi'isme, qui est tiré du Coran et des paroles des Imams, est une troisième école, intermédiaire entre les déterministes et les partisans du libre arbitre absolu. Cette école ne souffre pas des inadéquations et faiblesses du déterminisme qui contredit la raison, la conscience et tous les autres critères d'éthique ou sociaux et nie la justice de Dieu en lui attribuant toutes les atrocités et les injustices qui ont lieu, ni de l'affirmation de l'absolu libre arbitre qui nie l'universalité de la puissance de Dieu et rejette l'unité des actes de Dieu. Il est évident que nos actes volontaires diffèrent des mouvements du soleil, de la lune et de la terre, ou des mouvements des plantes et animaux. Le pouvoir de la volonté vient de nous mêmes et nous rend capable de faire ou de ne pas faire un acte donné, nous donnant ainsi la liberté de choix. Notre capacité de choisir librement de commettre de bons ou de mauvais actes provient de notre capacité de discernement. Nous devons utiliser consciencieusement notre don du libre arbitre: nous devons d'abord réfléchir de façon mûre et posée, peser les choses avec précision, et ensuite faire un choix calculé. La volonté de Dieu est que nous devrions faire usage de notre liberté dans le monde qu'il a créé, d'un usage conscient et éveillé. Tout ce que nous faisons est inclus dans la sphère de la volonté et de la connaissance antérieure de Dieu. Tous les aspects de la vie, tout ce qui touche à la destinée de l'homme est limité et conditionné par sa connaissance; tout est défini dans des limites prééxistantes déjà dans la connaissance de Dieu. De plus, nous ne sommes à aucun instant libre de cette essence à laquelle nous sommes reliés, et l'usage de la puissance naturelle de notre être est impossible sans l'aide de Dieu.
Avec son pouvoir écrasant et suprême, il nous surveille attentivement, et de façon inimaginable, il a la totale souveraineté sur toutes nos intentions et actes.
Finalement, notre libre arbitre ne peut aller au delà des limites de l'ordre établi par Dieu dans cette création, et il ne pose aucun problème par rapport à l'unité des actes de Dieu.

Tout en étant capable de créer des effets dans ce monde grâce à sa volonté, l'homme est lui- même soumis à toute une série de lois naturelles.
Ce n'est pas lui qui décide de venir au monde et ce n'est pas lui non plus qui décide de le quitter.
Il vient à ce monde sans son avis, et ferme ses yeux à ce monde sans aucun désir de le faire. La nature l'a pourvu d'instincts et de besoins. La liberté produit en lui une créativité qui lui permet de subjuguer la nature et de dominer son environnement.

L'Imam Jaafar es Sadiq - Que la paix soit sur lui a dit:
"Ni déterminisme, ni libre arbitre, la vérité est en fait entre les deux".48

Il a ainsi le libre arbitre, mais il n'est pas total, car supposer une sphère séparée à l'homme équivaudrait à attribuer à Dieu un partenaire dans ses actes. Le libre arbitre dont jouit l'homme est voulu par le créateur de la nature et le commandement de Dieu se manifeste sous forme de normes qui gouvernent l'homme et la nature, les relations naturelles, les causes et les facteurs.

* * *

Pour l'Islam, l'homme n'est ni une créature toute faite, condamnée par son destin, ni une créature jetée dans son environnement sombre et sans finalité. C'est un être débordant d'aspirations, de talents, d'habileté, de conscience créative et d'inclinations diverses, toujours accompagné par une sorte de guidée interne.
L'erreur faite aussi bien par les déterministes que par les partisans de l'absolu libre arbitre est d'avoir imaginé que l'homme ne pouvait avoir devant lui que deux issues: Soit que tous ses actes soient attribués à Dieu exclusivement, de facon qu'il perde alors toute liberté et devienne déterminé dans ses actes, soit que nous acceptions que ses actes volontaires découlent d'une essence illimitée et indépendante, vue qui suppose la limitation de la puissance de Dieu.
Cependant le fait que nous disposons du libre choix n'affecte pas l'étendue de la puissance de Dieu, car il a voulu que nous prenions librement notre décision, conformément aux normes et aux lois qu'il a établies.
D'un certain point de vue, les actes de l'homme peuvent lui être attribués et d'un autre point de vue, ils peuvent être attribués à Dieu. L'homme est en relation directe et immédiate avec ses propres actes, alors que la relation de Dieu est vraie et réelle. Ni que la volonté divine est en opposition à la volonté divine, ni que la volonté de l'homme est contraire à ce que Dieu désire.

Les hommes obstinés dans la mécréance, et qui s'opposent à toute forme de prédication et d'avertissement, adoptent d'abord une position erronée à cause de l'exercice du libre arbitre, et ensuite expérimentent les conséquences de leur obstination et de l'aveuglement que Dieu leur fait subir.
Obéissant aux désirs inférieurs, ces personnes injustes empêchent leurs coeurs, oreilles et yeux de fonctionner et en retour méritent l'état d'éternelle perdition.

Le Coran dit:

"Oui, il est égal pour les mécréants, que tu les avertisse
ou pas, ils ne croiront pas. Dieu a scellé leurs coeurs et
leurs oreilles. Et sur leurs yeux, (Il a mis) un bandeau.
Et pour eux, il y aura un grand châtiment".

Coran, sourate 2, versets 6 et 7

Quelquefois, la corruption et le péché ne sont pas tels qu'ils empêchent le retour à Dieu et à la vérité. Mais des fois, ils atteignent des proportions telles qu'il n'est plus possible de retrouver la véritable identité humaine, car le sceau de l'obstination a taché les esprits des incroyants. Ceci n'est qu'une conséquence naturelle de leur comportement, déterminé par la volonté et le désir de Dieu.

La responsabilité de telles personnes a sa source dans leur exercice du libre arbitre, et le fait qu'il n'aient pas bénéficié des bénédictions divines ne diminue en rien leur responsabilité. Il y a un principe constant et évident qui dit que "Tout ce qui a son origine dans le libre arbitre et finit dans la contrainte ne contredit pas le libre choix".
Il a été rapporté de l'Imam: "Dieu voulait que les choses aient lieu par les causes et les moyens, et il n'a rien décrété sans sa cause; il a ainsi créé une cause à chaque chose".
Une des causes que Dieu a utilisé dans Sa création est l'homme et sa volonté, en se tenant au principe que des moyens et causes particulières sont établies par Dieu pour l'apparition de tout phénomène dans l'univers. La naissance d'un phénomène nécessite l'existence antérieure de causes et de moyens, et si ce n'étaient eux, le phénomène, n'apparaîtrait pas. Ceci est un principe universel qui inévitablement gouverne aussi les actions volontaires. Nos choix et libre arbitre forment le dernier maillon de la chaîne des causes et des moyens qui résultent en une action de notre part.

Les versets coraniques qui relient toutes choses à dieu et les décrivent comme provenant de Dieu, s'attachent à proclamer la volonté pré - éternelle du Créateur comme l'auteur du monde, et à expliquer comment Son pouvoir couvre et pénètre le cours entier de l'être.
Son pouvoir s'étend en chaque part de l'univers, sans aucune exception, mais la puissance incontestable de Dieu ne diminue pas la liberté de l'homme. Car c'est Dieu qui fait du libre arbitre une part de l'homme, et c'est lui qui la lui dispense. Il a rendu l'homme libre de suivre le chemin de son choix, et il ne tient aucune personne pour responsable des fautes des autres.
S'il y a une contrainte quelconque dans les affaires de l'homme, c'est au sens où il est obligé d'avoir le libre arbitre, comme une conséquence de la volonté de Dieu et non pas au sens où il est condamné à agir d'une façon donnée.

Ainsi quand nous accomplissons le meilleur des actes, la capacité de les accomplir est de Dieu, et le choix d'user de cette capacité de les accomplir est de Dieu, et le choix d'user de cette capacité est de nous.
Certains autres versets du Coran précisent clairement le rôle de la volonté et des actions de l'homme, réfutant de façon définitive les vues des déterministes. Quand il veut attirer l'attention de l'homme sur les calamités et les tourments de ce monde, il les décrit comme étant le résultat de ses méfaits.

Dans tous les versets parlant de la volonté de Dieu, on ne peut en trouver aucun qui attribue les actes volontaires de l'homme à la volonté divine; Ainsi le Coran proclame:

"Quiconque fait un bien du poids d'un atome le verra
et quiconque fait un mal du poids d'un atome le verra"

Coran, sourate 99, versets 7 et 8

"Et vous serez très certainement interrogés sur ce que vous oeuvriez"

Coran, sourate 16, verset 93

"Bientôt ceux qui donnent à Dieu des associés diront: 'si
Dieu avait voulu, nous n'aurions pas été des faiseur s de
dieu, pas plus que nos ancêtres, et nous n'aurions rien
déclaré illicite' ainsi ont crié au mensonge ceux qui les ont
précédé, jusqu'à ce qu'ils eurent goûté de notre châtiment.
Dis ( oh prophète): 'avez- vous quelque science à nous
produire? vous ne suivez que la conjecture et ne faites que mentir"

Coran, sourate 6, verset 148

Si le salut et l'égarement de l'homme devaient dépendre de la volonté de Dieu, aucune trace de mal ou de corruption n'existeraient sur terre: qu'il le veuille ou non, tout suivrait alors le chemin du salut et de la vérité. Certains mécréants qui se cherchent des excuses prétendent que tous leurs péchés sont voulus par Dieu.
Ainsi le Coran dit:

"Quant ils commettent une turpitude, ils disent: 'nous y
avons trouvé nos ancêtres; et c'est Dieu qui nous l'a
commandé, dis: 'non, Dieu n'ordonne pas la turpitude.
Direz - vous contre Dieu ce que vous ne savez pas?

Coran, sourate 7, verset 28

Tout comme Dieu a voulu récompenser les bons actes, il a aussi voulu punir le péché et la corruption, mais dans les deux cas, vouloir le résultat est différent de vouloir l'action menant au résultat.
L'être humain et les effets naturels de ses actions sont en effet soumis à la volonté de Dieu, mais ses actes volontaires proviennent de sa volonté propre.
Le point de vue de l'Islam tel qu'il est conçu par le chi'isme, est que l'homme ne possède pas un tel libre arbitre qu'il puisse agir en dehors de la volonté de Dieu, qui couvre l'univers entier sous forme de lois et de normes déterminées, réduisant ainsi Dieu à une entité faible et impuissante s'il est confronté à la volonté de ses propres créatures. En même temps, l'homme n'est aussi pas prisonnier d'un mécanisme qui l'empêche de choisir son chemin dans la vie et qui l'oblige à être, comme les animaux, esclave de ses instincts.

Le noble Coran affirme clairement dans certains de ses versets que Dieu a montré à l'homme le chemin du salut, mais il n'est pas obligé ni d'accepter le salut ni de tomber dans l'égarement.

"Oui, c'est Nous qui le guidons dans le sentier,

qu'il soit reconnaissant ou ingrat".

Coran, sourate 76, verset 3.

Le Coran nie donc que les actes volontaires de l'homme soient attribués à Dieu.

* * *


Cinquième Partie Dieu et Ses Attributs Cinquième Partie
LA PRéDESTINATION ET LA FATALITE
Chapitre I
Vingtième lecon Les formes de la volonté de Dieu
Le destin est un de ces sujets de controverse qui sont souvent mal interprétés à cause du manque de compréhension exacte ou, des fois, de mauvaise intention. Pour explorer le sujet, nous l'analyserons ici de façon aussi précise que possible.
Tout dans ce monde est basé sur des calculs, sur la logique et sur des lois. Toute chose a été mise à sa place d'après une mesure juste et c'est son milieu qui définit ses caractéristiques.
Comme tout phénomène tire son existence originelle de sa cause spécifique, il acquiert aussi toutes ses propriétés intérieures et extérieures de la même source; il tire sa forme et son étendue de la cause. Puisqu'il y a homogénéité entre la cause et l'effet, la cause transmet inévitablement à l'effet une caractéristique ayant une affinité avec sa propre essence.

Du point de vue de l'Islam, le destin signifie le décret ferme de Dieu concernant le déroulement des affaires de ce monde, leurs étendues et leurs limites.
Tous les phénomènes qui ont lieu dans l'ordre de la création, y compris les actes de l'homme, deviennent sûrs et fixés par leurs causes, ceci étant une conséquence du principe universel de causalité.

La prédestination (Qadâ) implique quelque chose d'irréversible et d'achevé, et il se réfère à la créativité et aux actes de Dieu. Le destin (Qadar) implique l'idée d'étendue et de proportion et il indique la nature et la qualité de l'ordre de création et son caractère systématique; il implique que Dieu a muni le monde d'une structure planifiée et systématique.
En d'autres termes le destin est le résultat de la création divine et la trace de celle -ci sur toutes les choses créées.
Pour le dire autrement, le destin (Qadar) exprime la détermination intérieure et extérieure des limites et des proportions d'une chose, de façon externe et objectivement, non pas mentalement. Avant d'éxécuter son plan un architecte préparera dans son esprit les qualités et les dimensions du complexe qu'il veut réaliser. Le Coran parle de ces formes fixées, des proportions et des propriétés de ces choses en termes de Qadar:

"Oui, toute chose, nous l'avons créée avec mesure".

Coran, sourate 54, verset 49

"Dieu cependant a assigné une mesure à chaque chose"

Coran, sourate 65, verset 3

Le destin (Qadar) dans le Coran signifie les nécéssités rationnelles et naturelles, toutes les parties de la cause conduisant à l'émergence d'une chose. Mais il implique que les conditions, les causes et les qualités d'une chose soient toutes présentes. Le créateur prend en considération la situation spatio - temporelle de tous les phénomènes, de même que leurs limites et proportions, et il émet son décret basé sur eux. Tout facteur ou cause visible dans ce monde est la manifestation de Dieu et de sa connaissance et l'instrument pour l'accomplissement de ce qu'il a décrété.

* * *

La capacité de connaissance et de développement est fixée au coeur même des choses. La mat ière qui est soumise à la loi du mouvement, a la capacité de prendre différentes formes et de traverser des processus variés sous l'influence de différents facteurs; elle peut avoir toute une variété de qualités et d'états. Elle tire son énergie de certains facteurs naturels qui lui permettent d'avancer, mais quand elle rencontre certains autres facteurs, elle perd son existence et elle disparaît. Quelquefois, elle continue d'avancer jusqu'à ce qu'elle atteigne son plus haut niveau de développement. Et d'autres fois elle se calme et cesse son mouvement vers l'avant.
Quelquefois, son mouvement est rapide et perceptible. Parfois, elle manque de vitesse pour pouvoir progresser et elle avance lourdement.
Imaginons que quelqu'un souffre d'appendicite. Ceci est un destin provenant d'une cause particulière. Deux destins séparés et supplémentaires attendent ce malade. Ou bien il peut subir une opération auquel cas il peut guérir, ou bien il ne peut pas subir d'opération, auquel cas il meurt. Chacun de ces deux choix représente une forme de destin.

Les prédestinations peuvent ainsi être interchangeables mais quelle que soit la décision que le malade prend, la façon dont il agit ne sera pas en dehors de la sphère de ce que Dieu a prescrit.
On ne peut rester les mains croisées et se dire: "si c'est écrit, je vivrais sinon je mourrais quels que soient les efforts que je fais pour être traîté".

Si vous cherchez le traitement et que vous guérissez, ce sera votre destinée, et si vous refusez le traitement et que vous mourriez, ceci est aussi votre destinée: où que vous alliez et quoique vous fassiez, vous êtes sous l'étreinte du destin.
Les personnes qui sont fainéantes et qui refusent de travailler décident d'abord de ne pas travailler et ensuite, alors qu'elles se retrouvent sans le sou, elles blâment leur destin. Si elles avaient décidé de travailler, l'argent qu'elles auraient gagné serait aussi le résultat du destin.
Ainsi, que vous soyez actifs ou non, vous n'enfreignez pas la loi du destin.
Un changement de destin ne veut pas dire la rebellion d'un certain facteur contre le destin, ou l'opposition à la loi de causalité. Quelque chose qui cause un changement dans la destinée est elle- même un maillon dans la chaîne de causalité, une manifestation du destin.

En d'autres termes, un destin est changé par un autre destin. Contrairement aux sciences qui pointent dans une seule direction et ne montrent l'orientation que de certains aspects et phénomènes, les lois de la métaphysique ne s'intéressent pas aux phénomènes d'un point de vue conjoncturel. Bien que les lois régularisent les phénomènes, elles sont indifférentes à l'orientation qu'elles assument.
Dans la réalité, les phénomènes ainsi que leurs orientations, sont soumis aux lois vastes et étendues de la métaphysique. Dans quelque direction que les phénomènes se dirigent, ils sont inévitablement pris dans l'étreinte de ces lois.
La situation est comme celle d'une plaine large et étendue; même la partie la plus au nord et celle la plus au sud sont dans la plaine.

* * *

En bref, le destin et la prédestination ne représentent rien d'autre que l'irréversibilité du principe de causalité: il représente une vérité métaphysique qui ne peut être mesurée de la façon dont on mesure les données de la science.
Le principe de causalité dit seulement que tout phénomène a une cause. Il ne peut de lui - même faire une prédiction quelconque. Ceci étant une propriété totalement absente pour la conscience métaphysique.
Pour les lois de la métaphysique, qui est une forme descriptive des connaissances et une base stable et ferme pour les différents phénomènes du monde, il n'y a aucune différence si tel et tel phénomène particulier a lieu.
Une autoroute solide sur laquelle roulent les voitures ne fait pas de distinction entre les différents sens de déplacements.

Le Commandeur des croyants Ali (paix sur lui) se reposait à 1'ombre d'un mur qui semblait vouloir tomber. Soudain, il se leva pour se mettre à l'ombre d'un autre mur. On lui demanda: "Fuyez- vous le destin de Dieu". Il répondit: "Je me réfugie sous la puissance de Dieu contre ce qu'il a décrété", voulant dire, "Je m'enfuis d'une destinée vers une autre. Assis ou debout, on est toujours soumis au destin. Si le mur fissuré s'écroule sur moi et que je me blesse, ce sera mon destin, et si je fuis la zone dangereuse, ce sera aussi mon destin."

Le glorieux Coran décrit comme normes divines les systèmes et les lois de la nature qui gouvernent le monde et qui suivent des cours inévitables et immuables:

"Tu ne trouveras point de changement dans les
normes divines"

Coran, sourate 33, verset 62

La loi immuable de Dieu décrète entre autres que:

"A ceux qui parmi vous croient et font bonnes oeuvres,
Dieu a promis d'en faire Ses lieutenants sur terre."

Coran, sourate 24, verset 55

D'après le Coran, ceci est aussi une norme divine immuable:

"Dieu ne change rien à l'état d'un peuple avant qu'il ne se change lui - même."

Coran, sourate 13, verset 11

D'un point de vue religieux, les réalités ne sont pas confinées entre les quatre murs de la causation matérielle. Les phénomènes ne doivent pas être considérés purement dans leurs relations sensorielles et leurs dimensions matérielles. Les facteurs non matériels accèdent aux domaines qui sont complètement fermés au x facteurs matériels, et ils jouent un rôle décisif et indépendant dans l'émergence des phénomènes.

Le monde n'est en aucune façon indifférent à la distinction entre le bien et le mal; les actes de l'homme produisent certaines réactions durant sa vie. La bonté envers son prochain et le service des créatures de Dieu sont des facteurs qui, à travers des moyens non matériels, résultent en un changement de la destinée humaine et contribuent à la tranquilité, la joie et à l'abondance de bénédictions. L'oppression, la malveillance et l'agression portent aussi un fruit amer et produisent inévitablement des résultats nuisibles. Ainsi, de ce point de vue, une forme de récompense est inhérente à la nature, car le monde possède la perception et la conscience: il voit et il entend. La façon dont il récompense les actions est une manifestation du destin: il est impossible de le fuir, car il vous suivra ou que vous alliez. Un certain scientifique a dit: "Ne dites pas que le monde manque de perception car ce serait vous accuser de manquer de perception. Vous êtes venu au monde comme une de ses parties et s'il n'y a aucune conscience dans le monde, il n'y en a aussi aucune en vous."

Concernant le rôle des facteurs non matériels dans le façonnement de la destinée, le Coran dit ce qui suit:

"Si les peuples de la terre croyaient et se montraient pieux,
nous leur ouvrirons les portes des trésors des cieux et de la
terre, mais comme ils mécrurent, nous les avons puni pour leur
comportement."

Coran, sourate 7, verset 96

"Nous ne détruisons jamais une cité sans que son peuple ne le mérite."

Coran, sourate 28, verset 59

Le concept de destin est cité par les partisans du déterminisme comme une de leurs preuves. D'après eux, aucun acte ne peut être accompli par quiconque car Dieu a prédestiné les actes de l'homme, particuliers et généraux, bons et mauvais de façon qu'il ne reste plus de possibilité d'action volontaire de sa part.

* * *

Il y a une différence entre le déterminisme et la destinée irréversible. Tout phénomène doit nécessairement se produire une fois que toutes ses causes sont produites. Un maillon de la chaîne des causes est la volonté de l'homme, qui joue un rôle décisif. L'homme est un être doté du libre arbitre, et ses actions visent donc des objectifs définis, et lors de la poursuite de ses buts, il ne suit pas une loi automatique de la nature, comme les gouttes de pluie qui tombent d'après la loi de la gravité. S'il devait être autrement, l'homme ne pourrait en fait pas poursuivre l'objectif qu'il a en tête, comme tout être jouissant du libre arbitre. Ceci est en contradiction avec le point de vue déterministe qui considère le libre arbitre comme inopérant et lie toutes les causes exclusivement à Dieu et aux facteurs extérieurs à l'essence propre de l'homme.

La croyance en le destin ne peut conduire au déterminisme que si on considère le destin comme effaçant la volonté et le pouvoir de l'homme, de façon qu'aucun rôle ou effet n'est prescrit à ses désirs dans les actes qu'il accomplit. En fait, le destin n'est rien d'autre que le mystère des causes et effets.
Le Coran proclame que quelques uns parmi ceux qui se sont opposés aux prophètes et se sont rebellés contre les élus de Dieu ont interprété le destin de façon déterministe. Ils ne tenaient pas à ce que les choses changent pour éviter que l'ordre social du monothéisme ne remplace le système corrompu auquel ils étaient attachés.

Voici les versets qui s'y rapportent:

"Ils disent: Si Dieu ne voulait pas que nous adorions
les anges, nous ne les aurions pas adoré. ils parlent
sans aucune science. Ils ne font que diffamer. Ou bien
leur auions- nous apporté un livre avant celui - ci, auquel
ils chercheraienr à se cramponner".

Coran, sourate 43, verset 20 et 21

Contrairement aux déterministes, les messagers de Dieu et ceux qui suivent les enseignements divins ne se sont pas occupés de conserver le statu quo, mais plutôt de renverser les coutumes et traditions et regarder vers le futur.

Le noble Coran promet à l'humanité entière la victoire finale dans son combat contre les tyrans et précise que le dernier gouvernement sur cette terre sera celui de la justice; le mensonge disparaîtra et l'issue finale de toutes les affaires du monde reviendra à ceux qui craignent Dieu. Ceci est la promesse du Coran:

"Mais nous voulions favoriser ceux qui étaient affaiblis
sur terre et en faire les dirigeants, et en faire les héritiers."

Coran, sourate 28, verset 5

"A ceux qui parmi vous, croient et font de bonnes oeuvres,
Dieu a promis d'en faire Ses lieutenants sur la terre, comme
Il l'a fait avec ceux d'avant eux, et que certainement, Il raffermirait
pour eux la religion qu'Il leur a choisi, et qu'Il transformera leur
crainte en sécurité. Il m'adoreront alors et ne m'associeront rien.
Et quiconque mécroit après cela, alors les voilà les pervers."

Coran, sourate 24, verset 55

"Et les gens qui étaient opprimés, Nous les avons fait hériter les
orients de la terre et ses couchants, que Nous avions béni. Et la
bonne parole de ton Seigneur s'accomplit en faveur des enfants
d'Israël pour récompenser leur endurance. Et Nous avons détruit
ce que faisaient Pharaon et son peuple ainsi que ce qu'ils construisaient"

Coran, sourate 7, verset 137

Ainsi le Coran décrit l'opposition entre la foi et la mécréance, entre les tyrans et les dépossédés, et il nous dit que le monde se dirige vers le triomphe de la vérité sur le mensonge, et des dépossédés sur leur oppresseur; un mouvement révolutionnaire, qui est en harmonie avec la marche de toute la création vers la perfection, s'est déclenché.

L'appel des prophètes, la récompense et la punition, le paradis et le feu de l'enfer, tout ceci prouve que l'homme a des devoirs et des responsabilités, et en conséquence, le Coran lie le salut de l'homme dans ce monde et dans l'au - delà à ses actions.
D'après la doctrine du destin et de la prédestination, l'homme est libre et responsable de sa propre destinée et de son contrôle. Le destin et la prédestination sont bien en action. Si un peuple est puissant et un autre misérable, ou si une communauté est fière et triomphale et une autre humble et frustrée, c'est parce que le destin et la prédestination déterminent qu'un peuple profite des moyens de progrès et de développement et se dirige sur le chemin de l'honneur et de la dignité, alors qu'un autre choisit l'indifférence et ne peut s'attendre à rien d'autre qu'à la défaite et à l'humiliation.

"Dieu ne change rien à l'état d'un peuple jusqu'à ce qu'ils
entreprennent eux - mêmes leur propre changement"

Coran, sourate 8, verset 53

Nul doute qu'il puisse arriver que nos voeux ne soient pas exaucés comme nous l'espérons, mais ceci ne peut en aucun cas prouver que l'homme est contraint et déterminé dans ses actes. Le fait que la portée des actes volontaires de l'homme soit limitée, ne contredit nullement sa possession du libre arbitre. Affirmer que l'homme dispose du libre arbitre n'implique nullement que son libre arbitre soit illimité.
Dieu a mis plusieurs facteurs pour agir sur la vaste étendue de l'existence. Quelquefois ces facteurs, ensemble avec les phénomènes qu'ils entraînent, sont évidents à l'homme, et quelquefois ils ne le sont pas. Une interprétation réaliste et attentive du concept de Destin et de prédestination inspireront l'homme pour travailler plus pour connaître et reconnaître tous ces facteurs de façon qu'en les considérant tous, il peut aspirer à de plus grands résultats encore.
C'est précisement à cause des limites de ses capacités que l'homme est incapable d'acquérir tous les facteurs nécesaires au succès, de façon que ses voeux et désirs restent satisfaits.

D'après le principe général de causalité, le destin de chaque être est lié aux causes qui le précèdent. Que l'on accepte l'existence d'un principe divin ou non, cela n'a aucune répercussion sur la question de la liberté.
De ce fait, on ne peut pas non plus maintenir que le déterminime résulte de la croyance en la doctrine du destin et de la prédestination. Ce que nous entendons par la prédestination est le lien inséparable de chaque phénomène avec ses causes, incluant la volonté et le choix de l'homme; nous ne nions certainement pas la causalité.

Le destin et la prédestination produisent tout phénomène au moyen de ses causes particulières. La loi divine règne sur le monde entier comme loi et principe universel. Tout changement qui se produit a aussi lieu sur la base d'une norme divine. Si ce n'était pas le cas, le destin et la prédestination n'auraient jamais une expression externe. Toute école scientifique de pensée qui accepte le principe de la causalité universelle est obligée d'accepter la réalité des relations entre un phénomène et sa cause, que sa perspective soit théiste ou matérialiste.

Maintenant, si le lien établi entre un phénomène y compris les actes humains - et sa cause, pousse l'homme à être un automate, prédéterminé dans ses actes, alors aussi bien le théisme que le matérialisme sont sujets à des objections, en ceci qu'ils acceptent tous deux la causalité. Mais s'il ne conduit pas à cette conclusion (comme il ne le devrait pas en effet), la question reste posée: Quelle est la différence, à cet égard, entre le théisme et le matérialisme?

* * *

La différence est que le point de vue théiste, contrairement à celui du matérialisme, considère les facteurs idéaux et non matériels comme totalement capables d'exercer un effet. Ces facteurs sont beaucoup plus complexes et subtils dans l'enchaînement de la création que ne le sont les facteurs matériels. Le point de vue basé sur la croyance en Dieu donne de l'ardeur, un sens et un but à la vie. Il donne à l'homme le courage, la vitalité, une vue profonde et large et la force de l'esprit. Il l'empêche de tomber dans le vide causé par l'absence de but et le porte haut dans une ascension sans fin.
Ainsi un croyant en Dieu, convaincu du destin et de la prédestination, perçoit qu'il y a des buts nobles dans la création de l'homme et de l'univers; il avançera dans le bon chemin grâce à sa confiance en Dieu; se sachant lui- même protégé et aidé par Dieu, il aura plus de confiance et d'espoir dans les résultats de son activité.
Mais quelqu'un qui est" sous l'emprise du matérialisme, dont le cadre mental le pousse à croire en une prédestination et un destin matériels, ne profite d'aucun de ces avantages. Il est privé d'un support sur et invincible dans ses efforts pour atteindre ses buts.
Il est alors évident qu'il y a une différence profonde entre les deux écoles de pensée en ce qui concerne leurs effets sociaux et psychologiques.

Anatole france a dit: "C'est l'effet bénéfique de la religion, qu'elle enseigne à l'homme la raison de son existence et la conséquence de ses actes. Une fois que nous rejetons les principes de la philosophie théiste, comme presque tous le font maintenant à notre age de science et de liberté, nous n'avons plus aucun moyen de savoir pourquoi nous sommes venus dans ce monde et ce que nous sommes supposés faire après avoir mis pied sur terre.

"Le mystère du destin nous a enveloppé avec ses puissants secrets, et si nous voulons éviter complètement les ambiguïtés de la vie nous ne devons plus penser du tout. Car la racine de notre peine est dans notre totale ignorance de la raison de notre existence. Les peines physiques et mentales, le tourment de l'âme et des sens, tout serait supportable si nous connaissions leur raison et si nous croyions que Dieu les a voulus.
"Le vrai croyant trouve du plaisir dans la souffrance spirituelle qu'il endure. Même les péchés qu'il commet ne l'empêchent pas d'espérer. Mais dans un monde où le rayon de la foi s'est éteint, la peine et la maladie perdent leur sens et deviennent des farces malheureuses, une forme de ridicule sinistre".

* * *


Chapitre II Dieu et Ses Attributs Chapitre II
Une interprétation erronée de la prédestination
Certains pseudo - intellectuels se font des idées erronées de la destinée et de la prédestination et s'imaginent que la doctrine de la prédestination est cause de stagnation et d'inertie, empêchant l'homme d'améliorer sa vie, et lui interdisant toutes les formes d'effort.

La source de cette erreur en Occident est l'absence d'une compréhension juste du concept de prédestination en particulier telle qu'elle est exposée par les enseignements islamiques. En Orient, elle a gagné en influence à cause de la décadence et de l'arriération.
Il est bien connu que tout individu ou communauté historique qui manque de réaliser ses buts et ses idéaux, pour quelque raison que ce soit, se consolent eux mêmes avec des mots comme "chance", "accident", "destin" et "fatalité".

Le plus noble des messagers - que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui - s'est exprimé lui même à ce sujet: "Un temps viendra pour les gens de ma communauté où ils commettront le péché et l'iniquité, et diront pour justifier la corruption et le désordre:" c'est Dieu qui a décrété avant notre naissance, que nous devrions agir ainsi: "Si vous rencontrez ces gens, dites leur que je les désavoue."

La croyance en la fatalité et en la destinée n'em pêche pas l'homme de s'efforcer d'atteindre ses objectifs dans la vie. Quiconque a la connaissance religieuse nécessaire de base, sait que l'Islam appelle les hommes à faire de leur mieux pour améliorer leur état, à la fois moralement et matériellement. Cela est en soi un puissant facteur d'intensification des efforts des hommes. Dans aucun verset du Coran, on ne trouvera d'acte de corruption des individus ou de société, attribués à la fatalité et la destinée. De même, la fatalité et la prédestination ne sont pas présentées comme des obstacles à la réforme d'une société corrompue et décadente. On ne trouvera pas un seul verset dans lequel la volonté de Dieu supplante la volonté de l'homme, ou dans lequel il est affirmé que les hommes souffrent d u fait de leur prédestination.

Un penseur occidental ayant eu une mauvaise compréhension des notions de fatalité et de destinée fut Jean - Paul Sartre. Il niait la possibilité de croire simultanément dans une destinée prédéterminée par Dieu et dans la liberté de l'homme; il mettait l'homme devant le choix exclusif soit de la croyance en Dieu, soit de la liberté: "Je ne crois pas en Dieu, parce que je crois en la liberté. Parce que si je crois en Dieu, je devrais accepter le concept de destinée, et si J'accepte la destinée, j'aurais à renoncer à la liberté. Comme je suis attaché à la liberté, je ne crois pas en Dieu.
Pourtant, il n'y a pas de contradiction entre la foi de l'homme en la destinée, d'une part et en la liberté de l'homme, d'autre part. Tout en attribuant à la volonté divine une portée universelle, le noble Coran confère un rôle actif et libre à l'homme, décrivant ce dernier comme un être capable de forger son propre destin en discernant le bien et le mal, le beau et le laid, et de choisir. entre eux.

"Nous avons montré la voie à l'homme,. et il est libre de
choisir la voie droite d'être reconnaissant ou de choisir la
voie de l'ingratitude"

Coran, sourate 76, verset 3

"Quiconque aspire à la demeure éternelle et s'y efforce verra
son effort récompensé"

Coran, sourate 17, verset 19

Ceux qui au jour du jugement dernier s'abriteront derrière l'argument du déterminisme et diront: "Si Dieu l'avait voulu, nous n'aurions pas adoré d'autre que Lui" (16: 35) seront déboutés pour avoir attribué au destin et à la volonté divine leur propre péché et leur propre égarement.

En maints endroits, le Coran mentionne le courroux de Dieu qui s'abattra sur les tyrans et les corrompus.
Comme Dieu est extrêmement Bon et Clément envers Ses serviteurs en déversant sur eux des faveurs innombrables, et comme il est aussi en même temps prêt à accepter leur repentir, il a voulu que soit toujours ouverte devant le pécheur la porte du retour à la pureté et à la droiture. L'acceptation du repentir par Dieu constitue en soi un grand exemple de sa grâce.
Bien que la portée de la volonté de l'homme soit plus grande et plus étendue que celle de toutes les autres créatures vivantes connues et joue un rôle plus créatif, cette volonté n'a d'effet que dans les zones délimitées pour son activité par Dieu. L'homme ne peut pas par conséquent accomplir tout ce qu'il veut dans sa vie. Il arrive souvent que l'homme décide de faire quelque chose, mais qu.'il se montre incapable de l'accomplir en dépit de tous ses efforts. La raison n'en est pas que la volonté de Dieu s'oppose à celle de l'homme pour l'empêcher de faire ce à quoi il aspire. En pareils cas, il s'agit plutôt de quelque facteur externe se situant hors des limites de la connaissance et créant des obstacles sur sa voie et qui l'empêchent d'atteindre ses objectifs.

A la fois, l'individu et la société rencontrent constamment de tels obstacles. Compte tenu du fait que dans le règne naturel, il n'y a pas de cause sans effet, et pas d'effet sans cause, et que nos moyens de perception sont limités à ce monde et au domaine humain, il ne devrait pas être difficile pour nous d'accepter que nos désirs ne soient pas accomplis.
Dieu a mis en activité des milliards de facteurs dans l'ordre de l'existence. Parfois ces facteurs sont apparents pour les hommes, et d'autres fois ils leur demeurent méconnus et ne peuvent être incorporés et pris en compte dans les calculs. Cela aussi est en rapport avec le destin et la prédestination, mais non seulement il n'aboutit pas à priver l'homme de son libre arbitre et ne l'empêche pas de déployer son effort pour avoir la vie la plus satisfaisante possible, mais aussi il l'oriente à la fois dans la connaissance et dans l'action, et imprègne les profondeurs mêmes de son être d'une grande vitalité. L'homme cherche à accroître son savoir et à identifier, de façon aussi précise que possible, les facteurs qui aplanissent la voie pour de plus grands succès dans la vie.

La croyance en le destin et le sort est par conséquent un facteur puissant dans la réalisation par l'homme de ses buts et idéaux.

* * *

La question de salut ou de la damnation de l'homme a été implicitement résolue dans la discussion précédente, puisque le salut et la damnation résultent des actions et faits des hommes, non des choses se situant hors du champ de leur volonté ou de phénomènes naturels qui sont du fait même de la création inséparables de l'existence humaine.
Ni les facteurs héréditaires ou d'environnement, ni les capacités naturelles présentes en l'homme n'ont d'effet sur son salut ou sa damnation; ils ne peuvent modeler sa destinée. Ce qui fixe et détermine le futur de chacun est l'axe autour duquel tourne son salut ou sa damnation; la cause de son élévation ou de sa chute, est le degré dont l'homme, en tant qu'être doté du pouvoir de choisir, fait usage de son intellect, de ses connaissances et de ses autres pouvoirs.

Le bonheur et le salut ne dépendent pas de l'abondance de capacités naturelles. Il est cependant vrai qu'un homme doté d'une plus grande capacité que l'autre est investi d'une plus grande responsabilité. La moindre erreur de sa part sera de loin plus significative que la même erreur commise par des individus plus faibles. Chacun sera appelé à rendre compte suivant les dons et les capacités qu'il e.
Il est parfaitement possible qu'une personne dont les capacités et les ressources intrinsèques sont limitées ordonne sa vie conformément aux devoirs et responsabilités qui lui ont été imposées, et parvienne au bonheur véritable qui est seul digne du rang délicat de l'homme. Ce sera l'intensité des efforts qu'il déploiera pour faire un usage correct de ses capacités limitées qui lui ont été octroyées, qui lui permettra d'atteindre ce résultat.

En revanche, celui qui aura été doté de ressources et de capacités plus abondantes, pourrait non seulement les utiliser sans en profiter lui- même, mais aussi même en mésuser à bon escient pour noircir sa dignité humaine et déchoir dans la corruption et le péché. Une telle personne est sans aucun doute un pécheur destiné à la damnation, qui ne connaîtra jamais l'éclair d'un salut.

Le Coran dit:

"Toute âme sera otage de ce qu'elle se sera acquise"

Coran, sourate 74, verset 38

Par conséquent, le salut ou la damnation d'une personne dépend des actes de sa volonté, et non des déguisements psychologiques ou naturels. Ceci est la manifestation la plus claire de la justice divine.

* * *

L'une des particularités de la doctrine chiite est la croyance dans le badâ (de l'arabe badâ, yabdou, paraître, sembler), terme signifiant que les destinées des hommes changent quand changent les facteurs et les causes qui les régissent. Ce qui apparaît comme éternel et immuable change suivant les changements intervenants dans les actes et la conduite des hommes.
Tout comme les facteurs matériels peuvent remodeler la destinée de l'homme, des facteurs non matériels peuvent aussi provoquer de nouveaux phénomènes. Il est possible que de tels facteurs non matériels rendent apparent ce qui est caché et contraire au cours normal des affaires. En fait, à travers un changement des causes et des circonstances, Dieu décrétera qu'un nouveau phénomène apparaisse, plus bénéfique que le phénomène auquel il se substitue. Ceci est comparable au principe de l'abrogation dans la loi révélé. Si une loi antécédente est abrogée en faveur d'une autre, cela n'implique pas ignorance ou regret de la part du Prophète qui énonce la loi divine, mais seulement que la validité de la loi abrogée a expiré.

Nous ne pouvons pas interpréter le concept de badâ dans le sens où Dieu changerait d'opinion, après que la réalité - auparavant méconnue de lui - d'une chose, lui serait devenue connue. Cela serait en contradiction avec le principe de l'universalité de la connaissance de Dieu, et ne peut par conséquent être accepté par les musulmans.

* * *

L'invocation est un autre facteur dont l'efficacité ne doit pas être - sousestimée Il est évident que Dieu est au fait des secrets les plus profonds de chacun, mais dans la relation de l'homme avec Dieu, la prière surérogatoire joue le même rôle que les efforts et les actes de l'homme dans sa relation avec la nature. Outre son effet psychologique, la prière exerce aussi un effet indépendant.

A chaque instant, de nouveaux phénomènes voient le jour dans la nature dans lesquels les causes précédentes ont un rôle. De même, dans une grande sphère de l'existence, la prière surérogatoire est profondément efficace pour faire avancer l'homme vers la réalisation de ses buts. De la même façon que Dieu a assigné à chaque élément naturel, un rôle dans le système de causalité, il a aussi assigné un rôle important à l'invocation. Quand une personne est en proie aux difficultés, elle ne doit pas se laisser emporter par le désespoir et le désarroi. Les portes de la grâce de Dieu ne sont jamais fermées pour personne. Il est possible que demain une situation nouvelle voie le jour aucunement semblable à celle qui l'a précédée.

"Chaque jour, Dieu est engagé dans une nouvelle affaire"

Coran, sourate 55, verset 29

On ne devrait par conséquent épargner aucun effort. Une prière qui n'est pas accompagnée d'efforts appropriés est "comme une personne qui veut tirer une flèche avec un arc sans corde", comme dit le Commandeur des croyants Ali ibn Abi Tabeb.
Tout en persévérant dans ses efforts, il faudrait soumettre ses désirs à Dieu, dans l'espérance et la sincérité, et demander aide de tout son être à cette source infinie de puissance. Dieu ne manquera certainement pas de nous prendre par la main et de nous aider.

"Quand Mes serviteurs te demandent si Je suis loin ou proche
d'eux, qu'ils sachent que Je suis proche. Quiconque appelle, Je
lui répondrai et j'exaucerai sa prière. Qu'ils entendent Mon appel
et croient en Moi pour qu'ils atteignent le bonheur"

Coran, sourate 2, verset 186

L'homme s'élévera alors vers Dieu, et se plongera dans le véritable bonheur quand il. évitera les pièges du besoin en se libérant de toutes les causes et en se tournant directement à Dieu. Il se verra alors d irectement relié et rattaché à l'essence de Dieu et percevra tangiblement Sa grâce et Sa faveur infinies. L'Imam Ali ibn el Hussain, surnommé Sajjad - que la paix divine soit sur lui - s'adresse à Dieu dans ces termes, dans la célèbre invocation qui nous a été transmise par Abou Hamza: "O créateur! Je vois que les chemins de l'invocation et de la supplique qui conduisent à Toi sont ouverts et aplanis, et les sources d'espoir en toi abondantes. Je vois qu'il est permis de demander l'aide de Ta grâce et de Tes faveurs, et je vois les portes de la prière ouvertes devant tous ceux qui T'appellent et supplient Ton secours. J'ai la certitude que Tu es prêt à répondre aux prières de ceux qui T'appellent et d'accorder refuge à ceux qui le cherchent en Toi." Il y a aussi une tradition qui est relative aux effets d u péché et des bonnes oeuvres: "Ceux qui meurent à cause de leurs péchés sont plus nombreux que ceux qui meurent de mort naturelle; et ceux qui vivent plus longtemps à cause des bonnes oeuvres qu'ils ont accompli sont plus nombreux que ceux qui vivent du simple fait de leur espérance de vie naturelle".
Ce fut par l'effet de l'invocation et de la prière que Zaccharie, un authentique prophète qui allait désespérer d'avoir un enfant, a vu se réaliser son voeu; c'est aussi l'effet du repentir qui sauva Jonas et son peuple du désastre et de l'anihilation.

Les lois dont le grand créateur a doté le système de l'univers ne limitent en aucune façon son pouvoir infini ni n'en restreignent la portée. Il dispose de la même discrétion absolue pour changer ces dites lois, les confirmer ou les abroger, que celle dont il disposa en les établissant pour la première fois. Cette essence unique dont la souveraineté totale et subtile s'étend à l'ensemble du système de l'existence, ne peut être soumis de force aux lois et phénomènes dont il est le créateur, ou perdre le pouvoir et la capacité de faire ce qui lui plaît.

Quand nous disons que Dieu est capable à tout instant de changer les phénomènes qu'Il a créés dans le monde, nous ne voulons pas entendre par là qu'Il détruise l'ordre du monde et ses lois fixées ou qu'Il passe outre aux lois et aux principes de la nature. Le processus même de changement intervient conformément à certains principes et critères qui échappent à notre perception et à notre connaissance limitées. Si l'homme considère attentivement et avec un esprit critique le large éventail de possibilités auquel il est confronté, il se gardera d'essayer, de façon aventureuse de prédire toutes les choses sur la base des quelques principes qu'il a observés dans le règne naturel.

Dans l'univers aux frontières infinies, seul Dieu mérite d'être adoré et loué par l'homme. La quête de Son agrément et de Sa
satisfaction doit avoir la priorité chez tout être aimant Dieu. Cette goutte qu'est l'homme ne sera à l'abri des tempêtes de la
déviation et de la corruption que si elle rejoint le grand océan dans lequel elle trouvera son identité authentique, et accédera à
l'éternité. Dieu sera alors pour l'homme Celui qui donne un sens au monde, et par qui s'expliquent tous les évènements, et à partir
de là, il comprendra d'où viennent l'ampleur et l'étroitesse des univers des hommes.

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Notes
1. Brève histoire des grandes religions.
2. La relation entre l'homme et l'univers.
3. Les plaisirs de la philosophie.
4. Pourquoi je ne suis pas chrétien, Bertrand Russel.
5. Sociologie, Samuel King.
6. Les idéaux humains, en persan.
7. Citation d'un savant,
8. Pensées.
9. Le sens religieux (en persan).
10. Métaphysique de Félicien Chalet.
11. L'Histoire, Will Durant.
12. De la série: "Que sais - je" L'adoloscence.
13. Démonstration de L'existence de Dieu (en persan).
14. Articles scientifiques d'Einstein.
15. Citation d'un savant physiologiste, Le Docteur Ayovi dans la Démonstration de l'existence de Dieu, page 266
16. L'Imam Sadjad - que la paix soit sur lui - affirme à ce sujet dans sa Sahifa: "Exalté et pur sois - Tu ? mon Dieu! Tu connais le poids des cieux. Exalté et pur! Tu connais le poids des terres! Exalté et pur! Tu connais le poids du soleil et de la lune! Exalté et pur! Tu connais le poids des ténèbres et celui de la lumière. Exalté et pur, tu connais le poids de l'ombre et de l'air!". (55 eme invocation)

17. Citation du professeur stanley Connguedon.
18. Démonstration de l'existence de Dieu.
19. Histoire de la philosophie, Will Durant.
20. Cité in: les univers lointains, du savant allemand Burgel.
21. Citation.
22. Démonstration de l'existence de Dieu Citation d'un chimiste Almoroud.
23. Retraduit du persan. in Pourquoi je ne suis pas chrétien.
24. Pourquoi je ne suis pas chrétien.
25. Deux mille savants à la recherche de Dieu (en persan).
26. Démonstration de l'existence de Dieu (en persan)
27. Deux mille savants en quête de Dieu (en persan)
28. Deux mille savants en quête de Dieu (en persan)
29. Conception scientifique du monde.
30. Démonstration de l'existence de Dieu, (en persan)
31. Livre de poche, pp 160 et 161, édition Plan.
32. Nahdj - ul - Balâgha, sermon n' 220
33. Nahdj - ul - Balâgha, sermon n' 225
34. La rénovation de la pensée religieuse.
35. Deux mille savants en quête de Dieu.
36. Nahdj - ul - Balâgha, sermon n' 181
37. Nahdj - ul - Balâgha , 1 er sermon.
38. Ossoul - al - Kafi, Kitâb al Tawhîd.
39. Démonstration de l'existence de Dieu.
40. Deux mille savants en quête de Dieu.
41. cette tradition est rapportée dans Ossoul - oul - kâfi, kitâb - ot Tawhid.
42. Du livre: Un autre Monde.
43. Nahdj - ul - Balâgha, sermon 159
44. Kefayat - al Movahhedin. Tome 1. p. 442
45. Nahdj - ul - Balâgha, sermon 33.
46. Citation d'un savant.
47. La philosophie sociale, en persan. page 397
48. Voir El Kafi de Koleyni, Tome 1

Ce liver a déjà paru en Anglais, en Arabe, en Espagnol, et en Ourdou.

Dans l'univers aux frontières infinies, seul Dieu mérite d'être adoré et loué par l'homme. La quête de Son agrément et de Sa satisfaction doit avoir la priorité chez tout être aimant Dieu. Cette goutte qu'est l'homme ne sera à l'abri des tempêtes de la déviation et de la corruption que si elle rejoint le grand océan dans lequel elle trouvera son identité authentique, et accédera ?
l'éterniné. Dieu sera alors pour l'homme celui qui donne un sens au monde, et par qui s'expliquent tous les évènements, et à partir de là, il comprendra d'où viennent l'ampleur et l'étroitesse des univers des hommes.

Sayyed Mojtaba Musavi Lari
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21 Entezam St., Qom, I. R. Iran