AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)

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Catégorie: Debats et réponses
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AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)

Auteur: Mohammed-Jawad Al-Balaghi
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AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
  • PREFACE

  • RESUME'

  • PREMIERE PARTIE

  • Eden – le Tigre et l’Euphrate

  • Adam au paradis

  • Le coran est la mesure de la justice

  • Dieu n’est pas un corps et rien ne lui échappe

  • Dieu est le Tout-Puissant, l’Unique, le Victorieux.

  • Serendibe et Adam

  • Emmanuel et les livres

  • Les fils d’Adam dans la Torah Traductions et altérations

  • Jam‘iyet kitab al-hidaya

  • Babel et le désordre « divin »

  • Abraham et le feu de Nemrod

  • Confusion dans la transcription de la généalogie

  • Réunion avec un savant de Nadjaf

  • Samiri en arabe, Chimronite en hébreu

  • Aaron et le veau d’or

  • Salomon dans l’Ancien Testament

  • Le livre Thamrat Al Amani Li Annassara

  • La légende des gharaniq

  • Jam‘iyet kitab al-hidaya – Hachem al-‘Arabi – al-Gharib Ibn al -‘Adjib

  • L’entretien de Dieu avec Abraham les versions des deux testaments

  • Abraham doute

  • La foi d’Abraham dans le Coran

  • Abraham, Dieu et les anges

  • Les prodiges du Coran

  • La circoncision selon l’Ancien et le Nouveau Testament

  • Abd al-Massih et la circoncision

  • Qui était l’unique fils d’Abraham

  • Bénédiction de Jacob par son père Isaac

  • Moïse dans la Torah

  • Les promesses de Dieu

  • Atteinte à la majesté de Dieu

  • Diversité dans les traductions et altération des textes

  • Dieu n’est pas un corps Confirmation par le Coran

  • La Torah dans toutes ses erreurs

  • Le glorieux Coran et son prophète

  • vues par les deux Testaments

  • Toupet, haine et indécence.

  • De l’Egypte aux plaines du Moab

  • Le prophète annoncé par la Torah

  • Le Christ dans les Evangiles

  • Traducteurs falsificateurs

  • Le Coran, le Christ et la trinité

  • Cas de litige sur la virginité d’une jeune épouse

  • La veuve du frère

  • L’application de la Torah

  • Le sacrifice du Christ pour sauver son people de la malédiction

  • Le Christ est-il Dieu?

  • La miséricorde divine

  • Le Coran, le repentir et le pardon

  • Retour au mystère de la rédemption

  • Le Nouveau Testament ou l’abrogation de l’Ancien Testament

  • Les remontrances du prêtre

  • La Torah ignore le jour du jugement

  • La Torah et la falsification

  • Falsification de la Torah

  • témoignages de l’histoire

  • L’histoire des Israélites par les livres de l’Ancien Testament

  • Les prétentions du prêtre Hilquia sur la découverte de la Torah

  • Retour à l’étude des Livres

  • Le livre de Josué

  • Qui a écrit les Evangiles et quand?

  • Qui est Matthieu et qui est Jean?

  • Qui sont Marc et Luc?

  • Outrage des Evangiles à la sainteté du Christ

  • Déclarations du Coran sur le jour du Jugement

  • Jésus et la pécheresse

  • Généalogie du Christ

  • L’Evangile selon Matthieu et l’Ancien Testament

  • La Révélation se trompe-t-elle?

  • La tentation de Jésus

  • Le Christ et la Loi de Moïse

  • Altération des textes de l’AncienTestament par les Evangiles

  • Actes des apôtres et l’Ancien Testament

  • Lettre aux Romains et l’Ancien Testament

  • Première lettre aux Corinthiens et l’Ancien Testament

  • Deuxième lettre aux Corinthiens et l’Ancien Testament

  • Lettre aux Galates et l’Ancien Testament

  • Lettre aux Hébreux et l’Ancien Testament

  • Paul

  • Qui est Barnabé?

  • Quelques mots sur l’Evangile selon Barnabé

  • Les enseignements du Christianisme après Jésus-Christ

  • Les frères de Jésus

  • Contradictions dans l’enseignement de l’Eglise

  • Les lettres de Paul

  • DEUXIEME PARTIE

  • L’Islam des premiers temps

  • L’appel à l’Islam

  • Les guerres du prophète de l’Islam

  • Expédition contre Bani Qaynouqa?

  • La bataille de Ouhoud

  • Guerre contre les Coalisés ou bataille de la Tranchée

  • Expédition contre Banou Qoraydha

  • Guerre contre Banou al-Mostalaq

  • Accord de paix d’al-Houdaybiya

  • Conquête de Khaybar

  • Guerre contre Hawazine

  • Guerre de Mou’ta et de Tabouk

  • Mohammed (a.s.s) durant ses expéditions militaries

  • L’appel de Jésus-Christ

  • L’appel de Jésus-Christ

  • Disposition de Jésus à défendre sa cause par la force

  • Les guerres de Moïse et de Josué

  • L’Islam et le Christ

  • L’Islam, le Coran et son message

  • Les Evangiles et le respect de Jésus pour sa sainte mere

  • La morale et les enseignements du Coran

  • Darwin et l’origine des espèces

  • Darwin et l’origine des espèces

  • La sélection naturelle ou la survie du plus apte

  • Le darwinisme et les organes dits archaïques

  • L’appendice vermiculaire

  • Les outils de silex

  • Les outils, témoins de la volonté et des objectifs de leur fabricant

  • Le Coran et l’existence du créateur omniscient

  • Le mensonge de l’hypothèse de l’évolution

  • L’apparition de la matière

  • L’existence après le néant

  • Abdallah al-Abahi

  • Ramzi et la science

  • Ramzi et Emmanuel

  • Le nécessaire, le possible et l’impossible

  • L’être nécessaire, seule cause efficient

  • Les atomes ne sont pas des êtres necessaries

  • L’éther n’est pas un être nécessaire

  • Le créateur de l’univers connaît sa finalité

  • Le Coran, miracles et arguments

  • Autres preuves du noble Coran

  • La Terre et ses merveilles

  • 1- Les mers et les océans

  • 2- La terre ferme

  • Les arguments du Coran

  • L’initiale et éternelle cause efficiente de l’existence

  • Gloire et preuves du Coran

  • L’omniscience de l’Etre Nécessaire

  • L’impossible incarnation de Dieu

  • Dieu ne procrée pas

  • Le miracle coranique - Preuves et enseignements

  • L’être nécessaire, créateur par son pouvoir et son vouloir

  • TROISIEME PARTIE

  • La forme et la matière

  • Le Coran et l’origine de la matière

  • Entre la raison et les suggestions de l’impiété

  • Visions Epicuriennes

  • uspicions fatalists

  • Les précisions du Coran

  • Le bien et du mal selon la raison

  • Suspicions autour du bien et du mal

  • De la prophétie générale

  • Le message du Coran

  • Diffusion du message

  • Précisions

  • Le Coran et les qualités de l’envoyé de Dieu

  • Les faux prophètes, prétentions et démentis

  • Les miracles de la prophétie

  • Sagesse divine et diversité des miracles

  • L’essence de l’âme et la possibilité de sa vie après la mort

  • L’avis des materialistes

  • L’invocation des esprits

  • L’avis des psychologues

  • Volonté et tendances de l’âme

  • L’âme selon les théologiens

  • Les actes de l’âme, témoins de son autonomie et de sa spécificité

  • La Résurrection

  • La résurrection dans les livres sacrés

  • La résurrection dans le Nouveau Testament

  • L’Evangile et le monde des morts

  • La résurrection dans les deux Testaments

  • Un retour physique et spirituel

  • Un bonheur physique et spirituel

  • De la justification des actes

  • Le temperament

  • La physionomie

  • L’illusion de l’explication par le besoin ou par l’environnement

  • La morale et la réflexion

  • La réflexion crée la conscience

  • Philosophie des actes et des abstentions

  • les enseignements du Coran

  • Force et faiblesse de la volonté

  • La duperie des penchants

  • Le châtiment de l’au-delà

  • L’ascension –montée des hommes vers le ciel

  • Le pèlerinage en Islam

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AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)

AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)

Auteur:
Français
PRE'FACE AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)

AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
Au nom de Dieu Clément et Miséricordieux قال الله تعالى:

{ إِنَّمَا يُرِيدُ اللَّهُ لِيُذْهِبَ عَنْكُمْ الرِّجْسَ أَهْلَ الْبَيْتِ وَيُطَهِّرَكُمْ تَطْهِيرًا }

Dieu a dit dans le Coran: «En vérité, Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure, ô gens de la Demeure [du Prophète], et vous purifier totalement.»

Sourate al–Ahzab (S: 33, V: 33)

Plusieurs hadiths rapportés tant par l’école sunnite que par l’école chiite disent que ce verset a été révélé à propos d’Ahl–ul–bayt, c’est– à–dire le Prophète, Ali, Fatima, al–Hacène et al–Hussein (que la paix de Dieu soit sur eux).

Pour plus de détails, le lecteur pourra consulter les ouvrages suivants: mousnad Ahmed (v:1, p:331 / v:4, p:107 / v:6, p:292 et 304); sahih Mouslim (v:7,p:130); sounan at–Tirmidhi (v:5, p:361); adh– dhourriyya at–tahira an–nabawiyya de Doulabi (p:108); as–sounan al–koubra de Nisa’i (v:5, p:108 et 113); al–moustadrak ‘ala as–sahihayn d’al–Hakem an–Neychabouri (v:2, p:416 /v:3, p:133, 146 et 147); al–borhan de Zarkachi (p:197); fath–ul–Bari fi charh sahih al–Boukhari de Ibn Hajar al–‘Asqalani (v:7, p:104); osol al–Kafi d’al–Kouleyni (v:1, p:287); al–imama wa at–tabsira de Ibn Babaweyh (p:47, hadith:29); al–Khisal de cheikh as–Sadouq (p:403 et 550); al–amali de cheikh at–Tosi ( hadiths 438, 482 et 783),…

AR-RIHLA AL-MADRASIYYA
OU
(PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
َقالَ رَسُولُ اللهِ 3:

«إنِّي تَارِكٌ فِيكُمُ الثَّقَلَيْنِ: كِتَابَ اللهِ وَعِتْرَتِي أهْلَ بَيْتِي، مَا إنْ تَمَسَّكْتُمْ بِهِمَا لَنْ تَضِلُّوا بَعْدِي أبَداً، وَإنَّهُمَا لَنْ يَفْتَرِقَا حَتَّى يَرِدَا عَلَيَّ الْحَوْضَ. «

ورد هذا الحديث الشريف المتواتر بصور متعددة في الكثير من المصادر الاسلامية منها: صحيح مسلم ج7، ص122، سنن الدارمي ج2، ص432، مسند احمد، ج3، ص14، 17، 26، 59، ج4، ص366، 371، ج5، ص 182، مستدرك الحاكم، ج3، ص109، 148، 533، وغيرها من المصادر.

Le Prophète (a.s.s) a dit: «Je vais laisser parmi vous deux trésors: le Livre de Dieu (le Coran) et les membres [immaculés] de ma famille (Ahl-ul-bayt), si vous vous y attachez, vous ne vous égarerez jamais après moi. Ils ne se sépareront point jusqu’à ce qu’ils viennent me rejoindre au Bassin paradisiaque. «

Ce hadith authentique est cité dans plusieurs ouvrages islamiques dont sahih Mouslim (v: 7, p: 122), sounan ad-Darami (v: 2, p: 432), mousnad Ahmed (v:3, p:14,17,26 et 59 / v: 4, p:366 et 371 / v:5 , p:182), moustadrak al-Hakem (v: 3, p: 109, 148 et 533),…

Auteur
Mohammed-Jawad Al-Balaghi
Traducteur
Hamid Ahmed-Zaïd
Centre Mondial d'Ahl-ul-Bayt
نام كتاب: الرحله المدرسيه

مؤلف: آية الله محمد جواد البلاغ?

مترجم: حميد احمد زايد

زبان ترجمه: فرانسو?

AR-RIHLA AL-MADRASSIYA
OU
(Parcours d’un jeune chrétien en quête de Vérité)
Auteur: Mohammed-Jawad Al-Balaghi
Supervision du Project: Service des traductions
Traducteur: Hamid Ahmed-Zaïd
Edition: ére édition
Date de publication: 2012
Imprimerie: Mojab
Tirage: 5000
Publication: Centre Mondial d’Ahl–ul–bayt (a.s)
Site internet: www.ahl–ul–bayt.org
Courriel: info@ahl–ul–bayt.org
Tous droits réservés pour tous pays.
ISBN:
*********************** **********************

Sommaire
PREFACE
Le patrimoine légué par Ahl-ul-bayt (le Prophète et les membres immaculés de sa famille) et conservé par leurs fidèles partisans, est à juste titre une école pluridisciplinaire. Source intarissable de savoir, cette école n’a cessé de former des savants érudits capables d’assimiler les opinions des différents courants idéologiques et de répondre aux questions soulevées, tant en terre d’Islam qu’ailleurs.

A l’instar d’Ahl-ul-bayt (a.s) et de leurs fidèles partisans qui ont su relever tous les défis, le Centre Mondial d’Ahl-ul-bayt s’est chargé d'éclairer et de défendre la vérité si longtemps occultée, tant par les maîtres des différentes écoles islamiques que par les ennemis de l’Islam.

Les ouvrages dont dispose l’école d’Ahl-ul-bayt témoignent d’une expérience tout à fait particulière dans le débat et la critique. Ils recèlent un capital de connaissances exemptes de préjugés et appuyées par des arguments logiques. Ces ouvrages adressent aux savants et intellectuels concernés des messages rationnels que les gens de bon sens admettent de bon gré.

A ce riche patrimoine, viennent s’ajouter des livres plus récents recélant de nouvelles recherches. Certains d'entre eux ont été compilés par des chercheurs issus de l’école d’Ahl-ul-bayt et d’autres par des auteurs convertis à cette noble école.

A une époque marquée par une ouverture d'esprit plus intense et un mélange croissant des populations, le Centre Mondial d’Ahl-ul-bayt s’est engagé à répandre le message d’Ahl-ul-bayt (a.s) à travers le monde en publiant tout ouvrage susceptible de guider les personnes en quête de vérité.

Nous tenons à remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet ouvrage, et nous demandons à Dieu d’accorder sa miséricorde à Mohammed-Jawad al-BALAGHI

En réalisant ce travail, nous espérons avoir accompli une partie de notre devoir envers Dieu «qui a envoyé son Messager avec la guidance et la religion de vérité pour la faire triompher sur toute autre religion. Dieu suffit comme témoin»[1]

Centre Mondial d’Ahl-ul-bayt

RESUME
Saisissant par la force de son argumentation, convainquant par la limpidité de ses preuves, imposant par la masse d’informations qu’il apporte et passionnant par la délicatesse des sujets qu’il traite, ce livre de Mohammed-Jawad al-Balaghi nous plonge dans l’une des plus importantes et probablement la plus méthodique des études critiques réalisées sur l’Ancien et le Nouveau Testaments. Initialement, la majeure partie de cette critique était destinée à l’ancien Testament, mais compte tenu de l’intensité de l’action évangélisatrice au moment de l’écriture de ce livre, il était devenu impératif en réponse à ce phénomène, d’en réserver une partie du moins tout aussi importante à la critique du Christianisme dans sa forme actuelle. Ainsi, il s’agissait en particulier de souligner l’exagération, pour ne pas dire démontrer l’absurdité de ce qui fait l’essentiel des enseignements des deux Testaments, en d’autres termes en révéler les incohérences dont en voici quelques unes:

- L’erreur de la Trinité.

- Le caractère insensé de donner les attributs de Dieu à Jésus.

- Les nombreux changements subits par la Bible à travers ltemps.

- La non-conformité des traductions de la Bible courante à la version hébraïque.

- L’absence dans l’Ancien Testament de sujets ayant trait à l’au-delà, tels que la Résurrection.

- Les innombrables contradictions qui parsèment la Bible courante.

- Le préjudice porté à l’image des prophètes par la Bible courante.

- Le caractère injuste et immoral de beaucoup de préceptes de l’Ancien Testament.

- La singularité de l’interprétation de Paul pour le Christianisme.

- Les contradictions apportées par le Nouveau Testament à l’Ancien Testament, pour ne citer que ces quelques exemples.

C’est encore à travers la même approche, que tout au long de la seconde moitié ce présent ouvrage notre illustre savant repousse par des arguments irréfutables, les thèses du courant matérialiste, les unes après les autres, en passant au tamis le darwinisme, de même que toute la théorie de l’évolution.

PREMIERE PARTIE
Louange à Allah, Dieu de la création, le guide vers la vérité et la justice. Nous le louons et lui rendons grâce, lui l’un et unique. Nous demandons son aide et l’implorons pour nous sauver de nos désirs et nos passions, de l’égarement et de l’imitation aveugle.

Voici quelques idées marquantes d’une randonnée idéologique et intellectuelle, dont je dessine ici les principaux traits, dans un mémento suggestif. L’histoire nous transporte dans un monde où, moi, dans la peau d’un certain Emmanuel, fils d’Eliezer, dans un contexte où les tabous font rage, je tente tant bien que mal d’instaurer le dialogue avec mon entourage, sur l’un des sujets qui font fuir: les idées reçues.

Dans cette histoire, j’ai voulu exploiter la présence d’un prêtre en visite chez nous, et en tirer le meilleur profit pour illuminer mon esprit et élargir l’horizon de mes connaissances, mais surtout pour dissiper les soupçons de mon esprit en quête de vérité et constamment hanté par le sujet des fondements de nos croyances religieuses. Je n’ai donc pas tardé à lui dire: c’est un grand honneur de vous avoir parmi nous monsieur le curé, et une occasion inespérée de tirer le plus grand bénéfice de votre profonde spiritualité. Aussi, auriez-vous la générosité et la patience de satisfaire ma curiosité et de m’entraîner avec vous, sur le chemin de la Vérité?

Le prêtre: - Mon fils, ceci est l’objet même de ma mission. C’est dans ce but que j’ai veillé les nuits et gravi les échelons du monde d’ici bas. Je nourri l’espoir que grâce à cette même mission à laquelle je consacre ma force et mon savoir, je m’assoirai à la table du Christ, le jour du jugement dernier.

Emmanuel: - C’est tout à votre honneur monsieur, soyez-en remercié. Permettez-moi dans ce cas de solliciter votre patience envers mon ignorance, et votre indulgence pour ce qui pourrait vous paraître choquant dans mes questions.

Le prêtre: - Demande Emmanuel, ne crains surtout pas de t’exprimer et faire état du moindre de tes soupçons. Questionne, mais pas sous l’effet des penchants et des passions, ni des positions corrompues et immorales.

Emmanuel: - Bénissez-moi monsieur le curé, afin que la passion ne me pousse pas vers l’égarement et l’aversion de la vérité.

Le prêtre: - Le saint-esprit est avec toi mon fils. Il te guidera sur le chemin de la raison et t’inspirera la vérité.

Eliezer: - Que t’arrive-t-il mon fils pour manquer autant aux usages de la politesse et aux règles du discours? Quelle déception pour moi de te voir te conduire de la sorte, après tant d’efforts consentis à ton instruction!

Emmanuel: - Père! Vous m’étonnez de parler avec autant de sévérité. Je ne ressens pour ma part aucun manquement aux bonnes manières, et vous m’avez déjà suffisamment testé dans mes différents états, pour savoir que selon mes capacités et dans la limite de mes connaissances, je fais toujours de mon mieux pour ne causer de tort à personne et je ne dévie jamais du chemin du sérieux et de la politesse. Comment pourrai-je alors manquer de respect à monsieur le curé? Corrigez-moi, père, si vous me trouvez inconséquent.

Eliezer: - Pour commencer, compte tenu de l’égard du au rang de ce saint homme et à sa spiritualité, il convient que tu ne t’adresse à lui qu’en l’appelant « mon père », ainsi qu’il est d’usage chez tout chrétien qui se respecte. Ne lis-tu donc pas dans les journaux, les revues et les livres, les expressions: père untel, les pères jésuites etc.…? Malheureusement, j’ai l’impression que tes fréquentations pour les musulmans t’ont fait perdre les repères de la religion chrétienne et ses bonnes manières.

Emmanuel: - Oh père, vous êtes si soucieux de ma piété et de mon salut! Vous n’avez de cesse de m’ordonner de m’attacher à la bible et à la bonne éducation que nous enseigne l’Evangile. Mais accepteriez-vous pour ma religion et ma piété, que j’aille à l’encontre de l’Evangile et du Christ, et ce, en accomplissant quelque chose d’interdit par le Christ lui-même, tel que le polythéisme par exemple?

Eliezer: - Où veux-tu en venir Emmanuel? Aurais-tu perdu la tête, ou bien aurais-tu quelque chose de nouveau à nous apprendre sur l’Evangile, et qui aurait échappé aux nombreuses générations de chrétiens et aux érudits de la bible? Ce serait bien étrange et pour le moins surprenant.

Emmanuel: - Oh père si clément et plein de bonté! Il se trouve que dans l’Evangile justement, Jésus en s’adressant à ses disciples, leur dit: « N’appelez personne sur la terre « votre père », car vous n’avez qu’un seul père, celui qui est au ciel » (Matt 23.9).

Eliezer: - Mon père, que pensez-vous de ces étranges paroles, que nous rapporte Emmanuel de la religion chrétienne?

Le prêtre: - Votre fortuné fils, cher Eliezer, vient de mettre la main sur un trésor, celui d’une vérité longtemps et injustement occultée par notre nation, bien que la bible en fasse clairement état. Je continue personnellement, aujourd’hui encore, à vivre les tourments du préjudice causé par ce genre de discours. Ma peur de mes confrères les spiritualistes m’a jusque là empêché d’en parler, à cause de leur attachement à cette appellation pompeuse, dont l’Evangile lui même a d’ailleurs montré l’aberration, qui découle des coutumes des nations païennes.

C’est la connaissance de votre fils Emmanuel et son indépendance intellectuelle du joug de l’imitation aveugle, qui m’a donné la force de vous faire part de ce secret qui me pèse depuis presque toujours. Eliezer, faites-moi plaisir, ne m’appelez plus « mon père » à compter de ce jour.

Eliezer: - Si mon fils vous inspire un intérêt quelconque, je vous prie d’avoir la bienveillance et la générosité de l’instruire et de l’orienter, et Dieu vous le rendra. En ce qui me concerne, je le mets dès maintenant à votre service.

Le prêtre avait déjà entamé mon instruction quand, un jour, nous nous trouvions dans une assemblée où la discussion l’amena à aborder l’histoire du monde et de la création. Chacun des présents y alla du sien, selon ce qu’il avait appris de nouveau sur le sujet. J’en étais triste pour ma religion et cela m’a fait réagir en disant:

- Pardonnez-moi messieurs, mais je vous demanderai bien de m’expliquer ces questions, selon la procédure usitée par les théologiens. Quant à l’orientation donnée à votre débat, elle nécessite me semble-t-il l’introduction d’autres principes, ceux-là scientifiques, reposant sur une base solide, sans avoir recours à l’imitation et à la reproduction de modèles de réflexion empêchant d’aboutir à la vérité.

Les présents: - Vous avez raison; il est bien de votre droit de demander l’explication selon la méthode et l’approche qui vous semble la plus convenable.

Emmanuel: - Monsieur le curé, pourriez vous, à partir de la bible, nous éclairer quelque peu sur l’histoire de la création?

Le prêtre: - Tes désirs sont des ordres, Emmanuel. J’aurai besoin, pour commencer, d’un ou plusieurs exemplaires de l’Ancien Testament.

Emmanuel: - J’ai ici des exemplaires en hébreu, en arabe, ainsi qu’en d’autres langues.

Le prêtre: - Ouvres-en un et lis au début de la torah, au livre de la Genèse.

Alors j’ai lu jusqu’au deuxième chapitre de la genèse. Nous y apprenons que Dieu, puissant et grand « après avoir achevé son œuvre, se reposa le septième jour de tout son travail. Il fit de ce septième jour un jour béni, un jour qui lui est réservé, car il s’y reposa de tout son travail de créateur » (Gen2. 2-3). Cela m’a fait réagir en demandant au prêtre:

- Dieu se fatigue-t-il dans son travail de créateur, pour avoir besoin de se reposer après l’avoir achevé? Pourquoi la torah ne tient-elle pas compte de la grandeur de Dieu et de son infini pouvoir, au point de lui attribuer, et par des expressions aussi ridicules, le besoin de se reposer?

Le prêtre: - Qu’est ce que j’entend Emmanuel? Voila un écart dans le langage, mais heureusement sans trop de préjudice. Sache que tu seras confronté en lisant la torah, à des situations, bien plus choquantes que celle-ci et où ta patience sera mise à rude épreuve. Si tu t’indisposes pour si peu, je me demande dans quel état tu te retrouveras après avoir beaucoup lu, sachant que le plus affligeant est à venir. Mon cher Emmanuel, je te conseille d’entraîner ton esprit à plus de résistance et à moins de frayeur.

Emmanuel: - A` vos ordres monsieur, mais permettez-moi quand même une autre question, toujours en relation avec l’expression de la torah « Il fit de ce septième jour un jour béni ». C’est que Kiteb Jam‘iyet kitab al-hidaya, publié sous le patronage des missionnaires américains, nous dit à la quatrième partie, précisément à la quatrième ligne de la page 174, que Dieu n’a pas dit dans la torah « il fit de ce septième jour un jour béni ». Je voudrai vous faire remarquer ici que cette négation provient d’un groupe de missionnaires annonciateurs de la bonne nouvelle, qui est sensé inviter la nation à suivre le droit chemin et à fuir le mensonge. Comment donc peuvent-ils écrire cela et le diffuser dans le monde? Pensent-ils que les gens ne lisent pas la bible, et ne peuvent pas regarder au troisième verset du deuxième chapitre de la genèse? Assurément, ils ont commis un grave sacrilège contre la spiritualité des chrétiens.

Le prêtre: - Ne sois pas si impressionné par l’appellation «Association apostolique », nous en sommes nous-même issus. Lis Emmanuel.

Eden – le Tigre et l’Euphrate
J’ai donc repris la lecture du même chapitre. Le résumé de cette lecture est que Dieu créa Adam et planta un jardin au pays d’Eden, vert l’est, et y mis Adam. Ensuite, Dieu fit pousser au centre du jardin, l’arbre de la vie, ainsi que l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bien ou mal. Un fleuve prenait sa source au pays d’Eden et irriguait le jardin. De là, il se divisait en quatre fleuves: le Pichon, le Guihon, le Tigre et l’Euphrate. Après ma lecture, j’ai demandé au prêtre si je pouvais l’interroger sur ce que je venais de lire.

Le prêtre: - Pose tes questions Emmanuel, toutes les questions que tu veux.

Emmanuel: - L’Eden cité ici, ainsi que dans les livres d’Esaïe (51.3), Joël (2.3) et Ezékiel (31.9); est-ce bien l’Eden connu sur la terre du Yémen, au détroit de Bab El Mendeb?

Le prêtre: - Apparemment, il s’agit bien de celui-là.

Emmanuel: - Monsieur, vous n’ignorez sans doute pas que le Tigre prend sa source dans les montagnes arméniennes et se jete dans le golf persique, prés de Bassora, pendant que l’Euphrate qui naît en Arménie turque, rejoint le Tigre pour se jeter également dans le golf persique. Il me semble difficile par conséquent, d’imaginer ces deux fleuves sortant de l’Eden, l’idée étant incompatible avec la géographie des pays et des fleuves concernés.

Le prêtre: - Ce que tu dis est vrai Emmanuel, et il faudra bien réfléchir à la solution de ce problème. Mais comment pouvons nous prétendre que ce qui est mentionné ici dans la torah, est faux, même si nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’il est juste? Lis mon cher.

Adam au paradis
C’est avec avidité que j’ai poursuivi la lecture du livre de la Genèse. A ce stade de la lecture, on apprend déjà que Dieu pris Adam et l’établit dans le jardin d’Eden. Il lui dit: « Tu peux manger les fruits de n’importe quel arbre du jardin, sauf de l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bien ou mal. Le jour où tu en mangeras, tu mourras ». Puis Dieu créa d’Adam sa femme Eve. L’homme et sa femme étaient tous deux nus, mais sans éprouver la moindre gêne l’un devant l’autre. Ils n’avaient pas conscience de ce qui est bien ou mal (Gen 2.15-25).

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux sauvages que le Seigneur avait faits. Il demanda à la femme: Est-ce vrai que Dieu vous a dit: « Vous ne devez manger aucun fruit du jardin »? La femme répondit au serpent: Nous pouvons manger les fruits du jardin. Mais quant aux fruits de l’arbre qui est au centre du jardin, Dieu nous a dit: « vous ne devez pas en manger, pas même y toucher, de peur d’en mourir ». Le serpent répliqua: Pas du tout, vous ne mourrez pas. Mais Dieu le sait bien: dès que vous en aurez mangé, vous verrez les choses telles qu’elles sont, vous serez comme lui, capables de savoir ce qui est bien ou mal. » Alors ils en mangèrent et aussitôt, leurs yeux s’ouvrirent (ils urent le sentiment du savoir) et se rendirent compte qu’ils étaient nus. Pour se protéger, ils se fabriquèrent chacun une sorte de pagne avec des feuilles de figuier (Gen 3.1-7).

Quant à moi, j’étais stupéfait; la confusion me tourmentait pendant que je lisais ces mots terribles. Bouleversé par ce que je venais de lire, j’étais dans l’incapacité de poursuivre. J’ai donc fermé la Bible et je l’ai posée par terre.

Le prêtre: -Eh bien, que t’arrive-t-il Emmanuel? Tu ne lis plus? Tu me sembles bien préoccupé.

Emmanuel: - Me permettez vous de questionner en toute liberté? Votre présence monsieur, est pour moi une véritable aubaine et voyez-vous, je voudrai en tirer le meilleur profit pour guérir mon esprit, du doute qui le hante et le malmène depuis si longtemps. De par ma religion, je considère la torah comme étant le livre de Dieu, dont Moïse, la paix soit sur lui, est le porteur. Mais quand mon regard en parcourt les pages, je me sens, à la rencontre de ses différents contenus, qui sont tous aussi troublants les uns que les autres, en proie à l’embarras et la perplexité. Croyez-moi monsieur le curé, ce sont des moments de grande souffrance.

Eliezer: - Quel manque de foi! Comment le livre de Dieu peut-il susciter doute et embarras? Je regrette tellement de t’avoir laissé fréquenter les musulmans et regarder dans leurs livres. C’est ce qui a affecté ton esprit et troublé en toi les sources de la foi, que tes ancêtres ont pourtant gardées et transmises, on ne peut plus limpides.

Emmanuel: - Cher père, j’avais dans mon enfance une certaine lourdeur à aller à l’école et vous me blâmiez pour cela, en me disant: « Qu’est ce qui te prend! Tu veux donc rester ignorant? » Vous auriez du, père, me laisser dans mon état, pour que je vive naïvement ma foi dans la tradition des anciens, sans savoir ce qu’il y a dans les livres et sans apprendre de la science, quoi que ce soit. Tout comme vous auriez pu me laisser rejoindre l’école des sciences physiques, et ainsi, je n’aurai pas prêté attention à la religion et ses connaissances. Mais puisque mes yeux se sont ouverts, permettez moi, cher père, de m’en servir pour saisir les vérités, d’autant que monsieur le curé a la bonté d’être là pour m’y conduire, avec l’aide de Dieu.

Le prêtre: - Eliezer, vous réagissez aux doutes de votre fils par la réprimande, alors que le devoir serait plutôt de les traiter par la recherche de la vérité, et extirper par des arguments convaincants le mal qui les nourrit. Laissez donc votre fils rechercher la vérité lui-même et sans restriction, serait sans doute ce qu’il y a de plus sage à faire, pour que ses convictions reposent sur des bases solides et qu’enfin vous puissiez en être fier.

Emmanuel: - Vos remontrances pour moi, père, montrent bien que vous aussi, vous avez le sentiment, que dans ce que nous avons lu il y a une véritable bataille de soupçons. Pourquoi ne pas vous associer à moi dans ma quête de la lumière. Vous savez bien qu’après tout, la vérité n’est que le fruit de la recherche.

Eliezer: - Parle de ce que tu veux mon fils, mais je te mets en garde contre l’entêtement. Je trouve tout de même tes sous-entendus très choquants; y a-t-il chez Dieu tout puissant, mensonge et tricherie?

Emmanuel: - Vous avez raison père, on ne peut concevoir que Dieu soit capable de mensonge, de tricherie et de perfidie.

Le prêtre: - Sûrement pas, loin de sa pureté et de sa sainteté tout cela.

Emmanuel: - Est-il possible que Dieu ait pu dire à Adam: quand à l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bien ou mal, n’en mange pas car le jour où tu en mangeras tu mourras. Adam a pourtant mangé les fruits de cet arbre et il n’en est pas mort. Dieu aurait-il donc menti?

A mon humble avis, ces paroles dans la Torah ne sont que mensonge et calomnie sur la sainteté et la pureté de Dieu. Monsieur le curé et mon cher père acceptent-ils que le serpent soit plus enclin à la vérité que Dieu? La Torah affirme bien pourtant que le serpent aurait dit à Eve: « Vous ne mourrez pas. Mais Dieu le sait bien: dès que vous en aurez mangé, vous verrez les choses telles qu’elles sont. Vous serez comme lui, capables de savoir ce qui est bien où mal ».

Par ces paroles, la Torah s’attache également à mettre en avant une certaine honnêteté chez le serpent ainsi que le bien fondé de son conseil et ce, en brandissant la preuve selon laquelle, dès que Adamt et Eve mangèrent les fruits de l’arbre, leurs yeux s’ouvrirent et se rendirent compte qu’ils étaient nus.

Messieurs, que pouvons nous bien répondre à ceux qui diront que notre Torah associe à Dieu le vice du mensonge et de la tromperie, pendant qu’elle attribue en revanche au serpent, la vertu du bon conseil et de la vérité. D’un autre côté, ce sont les visions de Jean (Apoc 12/9) qui révèlent que c’est le serpent ancien, appelé le diable ou Satan, qui trompe le monde entier. Quelle honte, messieurs!

Le prêtre: - La mort dont Dieu a menacé Adam n’est pas la mort physique, mais plutôt la mort spirituelle, car Adam en désobéissant a mérité la colère de son créateur et, c’est cela même la mort spirituelle.

Emmanuel: - J’ai déjà lu ces paroles dans le livre intitulé kitab Jam‘yat al-hidaya, publié sous le patronage des missionnaires américains (2eme partie, p.131). Seulement, la Torah elle-même démontre la fragilité et la grossièreté de cet argument. Elle dit en effet, qu’Adam avant d’avoir mangé les fruits de l’arbre interdit, ne connaissait pas le bien et le mal. Il ignorait jusque sa propre nudité dont il n’avait d’ailleurs pas honte. Il était tout simplement dépourvu de vie spirituelle.

Celui qui vit dans cette condition primaire, cet état de sauvagerie et de mort spirituelle, ne peut être en mesure de peser la gravité de l’infraction, quelle qu’elle soit et, par conséquent, ne peut pas être sujet à la colère de Dieu. En effet, comment la colère de Dieu peut elle s’abattre sur celui qui ignore ce qui est bien, sachant qu’une personne doit d’abord saisir la beauté du bien, pour le désirer? De même, comment Dieu peut-il entrer en colère contre une de ses créatures, alors qu’il sait bien qu’il ne l’a pas dotée de la faculté de reconnaître le mal, sachant qu’elle doit d’abord en saisir la vilenie, pour comprendre la gravité de son infraction aux recommandations qui lui sont données?

Monsieur le curé, le message même de la torat est qu’il était devenu nécessaire pour Adam, de manger de cet arbre, afin d’avoir une vie spirituelle et ainsi, devenir comme Dieu, connaisseur de la beauté et de la laideur, du bien et du mal, tout comme il devient par cette connaissance, réceptif à la lumière de la foi et de l’obéissance à l’ordre divin. Alors de grâce, n’essayez pas de me contenter par des réponses légères, dont je suis sûr que vous connaissez les limites et la faiblesse. Mais, j’aimerai quand même connaître la raison pour laquelle vous y avez eu recours.

Le prêtre: - Tu as raison Emmanuel, mais il reste tout de même possible que le sens donné à l’expression « tu mourras » est que Adam, une fois qu’il a mangé de l’arbre défendu, s’est exposé à la mortalité, et de ce fait, n’est plus éternel. Manger de cet arbre a semé dans son corps les graines de la mort et l’a rendu sensible et vulnérable aux causes de l’anéantissement. Vois-tu, ce genre d’expression est tout à fait acceptable dans le langage.

Emmanuel: - Cette réponse provient également de Jam‘iyet kitab al-hidaya, encore une fois en contradiction avec la Torah, qui de nouveau, en démontre l’erreur. La Torah précise en effet qu’Adam n’a pas été créé pour l’immortalité, puisque des précautions avaient été prises pour qu’il ne mange pas de l’arbre de la vie. Effectivement, une garde avait été placée autour de cet arbre, de crainte qu’Adam n’en mange et devienne immortel et c’est ce qui lui a valu d’être chassé du paradis. La Torah nous informe que le jour où Adam a été créé, le décret divin a semé dans son corps les graines de l’anéantissement. La mort était ainsi une fatalité qui lui a été déterminée par Dieu, ceci bien avant qu’Adam ne mange les fruits de l’arbre interdit.

Le coran est la mesure de la justice
Le prêtre: - Le Coran des musulmans cite quelques histoires de la Torah. Peux-tu me dire s’il aborde l’histoire d’Adam de la même façon que le fait la Torah?

Emmanuel: - Monsieur, le Coran a rappelé cette histoire, à chaque fois que les circonstances le voulaient, mais ne mentionne pas que l’arbre en question est l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tout comme il ne rapporte pas qu’Adam, avant d’en avoir mangé ne connaissait pas ce qui est bien et ce qui est mal. En outre, le Coran ne dit pas non plus que Dieu ait menacé Adam de mort.

Pour saisir l’étendue de la différence entre la Torah et le Coran, sur ce sujet précis, il suffit de se renvoyer à la sourate Taha, aux versets 115 et suivants. Le Coran montre bien à travers ces versets, qu’Allah avait mis Adam en garde contre le diable, et l’avait averti que ce dernier le ferait sortir des joies du paradis, pour le faire tomber dans la misère de la vie terrestre, le paradis étant pour Adam une demeure de jouissance et de repos, où il serait (s’il avait obéi à son créateur) à l’abri de la faim, de la soif, de la nudité et de l’ardeur du soleil, contrairement à ce à quoi il fut exposé dans la vie terrestre.

Mais le Coran ajoute que, pour le tenter, le diable lui dit: « Adam, t’indiquerai-je l’arbre d’immortalité et un règne impérissable? » (Taha 120).

Le Coran indique à un autre endroit (al-A‘raf 20) comment le diable tenta Adam et Eve en leur disant: « Votre seigneur ne vous a interdit cet arbre que parce que [si vous en mangez] vous deviendrez des anges, ou vous serez du nombre des immortels ». Il les a manipulés avec illusion, duperie et mensonge.

De plus, le Coran ne rapporte pas qu’Adam et Eve étaient jusque là, nus sans le savoir et sans en avoir honte, du fait soit disant, de leur prétendue inconscience de la notion du bien et du mal. Bien au contraire, le Coran précise qu’Adam et Eve, avant de désobéir à Allah étaient bel et bien vêtus: « Enfants d’Adam, que le diable ne vous tente pas comme il fit sortir du paradis votre père et votre mère, leur ôtant leur vêture pour leur faire voir leur nudité »(al-A‘raf 27).

En somme, ce que le Coran révèle de l’histoire d’Adam est tout à l’opposé de ce que nous retrouvons dans la Torah, puisque le Coran attribue le mensonge et la duperie au diable, tout comme il décharge l’histoire de son aspect légendaire.

Le prêtre: - Je sais, j’ai déjà constaté moi-même tout cela en lisant le Coran.

Eliezer: - Vous aussi? Et moi qui allais m’en prendre encore à mon fils! Mais alors monsieur, que pensez vous de cet écart entre la Torah et le Coran?

Le prêtre: - Ne te préoccupe pas de ce que j’en pense et laissons le pour l’instant bien enfoui dans mon cœur. Peut être fera-t-il plus tard plus clair dans nos esprits, et pourrai-je alors le divulguer. Reprends ta lecture Emmanuel, là où tu t’es arrêté.

Dieu n’est pas un corps et rien ne lui échappe
J’ai aussitôt repris ma lecture, au troisième chapitre de la Genèse. Décidément, on y trouve des histoires, qui vous font bondir de votre chaise, à l’exemple de ce qui suit: « Le soir quand souffle la brise, l’homme et la femme entendirent le seigneur se promener dans le jardin. Ils se cachèrent de lui parmi les arbres. Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui demanda: où es-tu? L’homme répondit: Je t’ai entendu dans le jardin. J’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché. Qui t’a appris que tu étais nu, demanda le Seigneur Dieu; aurais-tu goûté au fruit que je t’avais défendu de manger? » (Gen 3.8-12). A la lecture de ces mots, je fus saisi d’étonnement. Ma réaction fut de me détourner de mon texte, baisser la tête et me taire.

Eliezer: - Je vois que tu cèdes de nouveau aux suggestions du diable, Emmanuel. Si tu savais comme je suis accablé par ton manque de foi! Quelle déception!

Le prêtre: - Je vous prie d’abandonner ce genre de paroles Eliezer, et de laisser votre fils enquêter en toute liberté. En quoi vos remontrances et vos regrets peuvent-ils l’aider, sinon le décourager et le résigner à la vie dans le doute et la détresse. Laissez le donc dire ce qu’il a sur le cœur, cela le déchargera peut être de son angoisse et de sa perplexité. Nous t’écoutons Emmanuel, parle.

Emmanuel: - N’entendez-vous pas à travers ces paroles que la Torah prétend que Dieu est un corps, qu’il mange et qu’il a une voix? Adam peut même s’en cacher et pour le trouver, Dieu doit lui demander: Où es-tu? Qui t’a appris que tu étais nu? Aurais-tu goûté aux fruits de l’arbre?

Le prêtre: - Mon fils, ceci est un langage de prophète, à ne pas prendre au pied de la lettre, mais plutôt avec pondération. Je te l’expliquerai peut être à un autre moment.

Emmanuel: - Monsieur, est-il du devoir des prophètes de faire revêtir à leurs paroles un caractère mythique et aussi grotesque que ce que nous venons de voir? Pourquoi ne pas leur donner un aspect rationnel, qui ne brusque pas le concevable. Pensez-vous qu’il soit convenable pour l’esprit scientifique, considérant le respect dû à la majesté de Dieu et à la noblesse de la prophétie, de tolérer que parmi les paroles des prophètes, figurent des propos que généralement nous ne tolérons pas chez les simples humains?

Le prêtre: - Reprends ta lecture Emmanuel; j’implore Dieu pour que la lecture de son livre, dissipe tes doutes et apporte satisfaction et paix à ton l’esprit. Puisse ton cœur s’illuminer enfin, de la lumière de la foi.

Dieu est le Tout-Puissant, l’Unique, le Victorieux.
Sur ces paroles, j’entrepris d’achever la lecture du troisième chapitre de la Genèse. Vers la fin du chapitre, nous retrouvons un Dieu pensif, réfléchissant au sujet d’Adam, après que celui-ci eu goutté aux fruits de l’arbre défendu, comme il le ferait au sujet d’une menace avérée et dont il doit préserver son royaume, ce qui l’amène d’ailleurs pour ce faire, à prendre les décisions nécessaires: « « Voilà que l’homme est devenu comme un dieu, pour ce qui est de savoir ce qui est bien ou mal. Il faut l’empêcher maintenant d’atteindre aussi l’arbre de la vie; s’il en mangeait les fruits, il vivrait indéfiniment. » Le Seigneur Dieu renvoya donc l’homme du jardin d’Eden, pour qu’il aille cultiver le sol dont il avait été tiré. Puis, après l’en avoir expulsé, le Seigneur plaça des chérubins en sentinelle devant le jardin d’Eden. Ceux-ci armés de l’épée flamboyante et tourbillonnante, devaient garder l’accès de l’arbre de la vie. » (Gen 3.22-24).

La lecture du chapitre terminée, je posai le livre sur la chaise et, bouleversé, je me suis levé en disant: - Malheur! Jusqu’à quand devrai-je continuer à mettre mon pauvre père dans tous ses états! Plutôt me taire et laisser mon cœur brûler de tous ses feux. Je voudrai n’avoir jamais appris à lire.

Le prêtre: - Ne sois pas si agité, Emmanuel, et dis nous plutôt ce qui te préoccupe au point d’en être bouleversé de la sorte. Quant à moi, je te garanti le consentement de ton père, qui a d’ailleurs, me semble-t-il, compris que ta foi ne doit pas être le résultat de l’imitation aveugle de tes semblables. C’est juste que, à cause de son occupation permanente au commerce et son éloignement de l’exercice scientifique, ajouté au temps insignifiant qu’il consacre à la lecture du livre saint, il n’a pas du être attentif aux différents sujets de tes préoccupations philosophiques. De ce fait, nous pouvons aisément comprendre son indignation de te voir multiplier les critiques sur deux petits chapitres de la Torah. Ceci dit, nous sommes toute ouie.

Emmanuel: - Je vous demande pardon monsieur le curé et mon cher père, mais depuis que j’essaie de lire la Torah avec raisonnement et compréhension, les complications et les ambiguïtés aux quelles je me retrouve constamment confronté, ne me procurent qu’angoisse et amertume, sans trouver personne pour m’en soulager. Puis, quand la providence vous envoya et que je fus honoré de votre rencontre, j’eu enfin l’espoir, monsieur le curé, que je trouverai en vous ce qui dissiperait de mon esprit le brouillard des doutes qui l’enveloppait jusque là. Alors, si dans votre immense générosité, vous vouliez bien me consacrer un peu de votre temps, je le mettrai à profit, pour exposer les difficultés aux quelles nous sommes confrontés à travers la lecture de la Torah. Seulement, mon père ne me facilite guère les choses et il m’est pénible de le voir constamment irrité. Je ne sais que faire.

Eliezer: - Ce qui m’est pénible mon fils, c’est de te voir dans de tels états de trouble et d’agitation. J’ai juste peur que la source de tes doutes soit l’égarement de ton imagination, bien que je sois sûr que le prêtre veillera à ta surveillance; je sais qu’il t’empêchera de sombrer dans tes discours rêveurs et fera en sorte que tu ne t’écartes pas du droit chemin. Alors parle et ne t’en fais surtout pas pour moi.

Emmanuel: - On se demande quelle est raisonnablement, la conception que voudrait transmettre la Torah, de la grandeur de Dieu, si l’on considère les paroles mêmes qu’elle lui attribue: « voila que l’homme est devenu comme un dieu, pour ce qui est de savoir ce qui est bien ou mal », et qu’entend-il par « un dieu »? La Torah serait elle tentée de nous révéler la multiplicité des dieux? En tous cas, selon son expression, Dieu aurait eu peur qu’Adam devienne un dieu lui aussi. C’est pourquoi, il est devenu méfiant à son égard et s’est résolu à prendre des dispositions, pour que la sécurité et l’indépendance de la république divine ne soient pas mises en péril, car si jamais Adam s’approchait de l’arbre de la vie et en gouttait les fruits, le danger serait certain et la sécurité du royaume serait compromise.

Monsieur le curé, comment puis-je ne pas m’inquiéter de cette situation, quand je sais que tel est l’état de la torah, que nous considérons tous comme étant le message sacré dont Dieu a chargé son envoyé Moïse!

Le prêtre: - Doucement Emmanuel, si tu ne laisses pas la passion dominer ton langage, Dieu finira par illuminer ton esprit et l’orientera vers le doit chemin. De notre côté, peut être pourrions nous essayer de défaire le nœud qui serre ton cœur, en te faisant connaître quelques vérités, dés qu’il nous sera donné de les démontrer.

Emmanuel: - Père, je vous demande au nom de votre tendresse paternelle, de me répondre en toute franchise; si vous-même, avant que vous ayez pris connaissance de ces questions dans la Torah, et que je venais vous dire que j’avais lu dans certains livres, qu’on attribuait à la sainteté de Dieu les aberrations que nous venons de citer dans l’histoire d’Adam, ne réagiriez vous pas en qualifiant tout ceci, d’impiété et de perversion païenne?

Eliezer: - Tout a fait, je suis forcé de le reconnaître, mais je reste malgré tout convaincu que la torah est la parole de Dieu et à ce titre, il est de mon devoir de faire abstraction de ces détails. Regarde plutôt dans le Coran et dis-nous si tu y trouves quelque indication de ces problèmes pour lesquels tu te passionnes tant.

Emmanuel: - J’ai parcouru le Coran à maintes reprises et je l’ai trouvé libre de ces choses ou de ce qui leur ressemble. Je voudrai préciser qu’il est disponible pour tous ceux qui voudraient le lire, ne serait-ce que pour vérifier.

Eliezer: - Incroyable, ceci ne fait qu’accroître mon étonnement.

Serendibe et Adam
Emmanuel: - Dans les livres de géographie et d’histoire, nous trouvons qu’une montagne sur l’île de Serendibe (Ceylan) porte un nom anglais (Adam’s Peak), et qu’entre l’île et le continent d’Asie, d’énormes rochers alignés dans la mer, rendent difficile le passage des navires. Cet endroit s’appelle également en anglais: Adam’s Bridge. Je me demande en quoi, tout cela peut bien concerner Adam?

Le prêtre: - La tradition musulmane rapporte qu’Adam, une fois expulsé du paradis, est descendu sur l’île de Serendibe et de là, a traversé vers l’Asie. Quant aux noms de la montagne et du pont, ils sont le témoignage historique de ce que rapporte la tradition musulmane.

Emmanuel: - Monsieur, s’il s’avère que ce que racontent les musulmans ne concorde pas avec les paroles de la Torah, serai-je amené à qualifier la tradition musulmane de mythe?

Le prêtre: - Sûrement pas; il ne te sera pas permis et je te déconseille fortement de le faire.

Eliezer: - Lève-toi Emmanuel, va te détendre un peu dans ta chambre, cela te reposera le moral.

Emmanuel et les livres
Je me suis levé en pensant aux dernières paroles du prêtre et une fois dans ma chambre, je me suis assis là d’où il m’était aisé d’écouter la discussion qui se déroulait entre lui et mon père.

Eliezer: - Monsieur le curé, l’état de mon fils me préoccupe de plus en plus et sa fréquentation pour les musulmans me rend décidemment soupçonneux à son égard. Figurez-vous que je l’ai surpris un jour en possession d’un livre intitulé: idhhar al-haq, qu’il lisait avec envie et attention. Quand j’ai voulu savoir de quoi il s’agissait, il me répondit que c’était un livre d’un grand savant musulman. Je ne vous cache pas que cela m’a quelque peu froissé et j’en ai d’ailleurs parlé à quelques frères, lesquels m’ont charitablement conseillé de lui faire lire le livre de Hachem al-‘Arabi.

Ils m’ont également conseillé le livre al-hidaya de l’association chrétienne d’Egypte, édité sous le patronage des missionnaires américains. Enfin, ils m’ont recommandé le livre ar- rihla al-hidjazya, du cheikh Gharib Ibn ach-cheikh ‘Adjib. J’ai bien sûr vite fais de les acheter et de les lui donner à lire. Vu son penchant naturel à la lecture, il ne tarda pas à le faire. De mon côté, je me suis mis à surveiller discrètement son état et ses réactions, mais je ne voyais transparaître sur son visage, à ma grande déception, aucune joie, aucun enthousiasme; la lecture ne le rendait cette fois que grognant et vociférant.

Le prêtre: - Mon pauvre Eliezer, il n’était pas opportun de lui acheter ces livres. Leurs contenus se caractérisent par une vision fanatique de la religion. Ils se placent en contradiction avec la réalité et se trahissent par une méconnaissance flagrante des livres sacrés. Les livres que tu viens de citer sont tout simplement agaçants pour le lecteur averti et ayant un esprit critique. C’est, de mon point de vue, le genre de livre qui met véritablement en danger l’avenir de la religion chrétienne.

Eliezer: - Vous m’en direz tant! Et dire que ce sont les livres « références » de la plupart de mes amis. Quoi qu’il en soit, quelques jours plus tard, j’ai retrouvé Emmanuel, avec d’autres livres, qui lui faisaient à l’évidence meilleure impression, puisqu’il lisait cette fois-ci avec une certaine satisfaction. Evidemment, je n’ai pas manqué de lui demander ce qu’il lisait, et sa réponse fut immédiate:

- Je n’imaginais pas, disait-il, qu’il pouvait exister parmi les musulmans, un savant aussi connaisseur des livres saints, aussi agréable au discours et aussi courtois au dialogue. Il ajouta:

- Je suis maintenant convaincu qu’il n’existe pas parmi les grands prêtres juifs, ni dans la spiritualité chrétienne, l’équivalent de cet homme, dans le domaine de la connaissance des livres sacrés.

- Epargne-moi ces glorifications vides de sens, lui dis-je; dis-moi plutôt quels sont ces livres, de qui sont-ils et de quoi parlent-ils?

Il semblait n’attendre que cette question, à laquelle il répondit en citant entre autres livres: al-houda en deux volumes, rissalat at-tawhid wa-t-tathlith; les deux livres sont de l’écrivain an-Nadjafi, édités en réponse à Hachem al-Arabi, à Jam‘iyet al-hidaya et à Abd al-Massih al-Kandi. Et maintenant monsieur le curé, je me sens plus perdu que jamais. Je ne sais que faire pour récupérer Emmanuel, mon fils unique. J’ai bien peur que d’ici peu, il ne se convertisse du christianisme à l’Islam, cette religion barbare et païenne.

A ces mots, le curé l’arrêta: - Non, non Eliezer, il n’est permis à personne de traiter la religion musulmane de barbare, et encore moins de païenne. Alors, mon père l’air embarrassé, baissa la tête et demanda de nouveau:

- Et maintenant monsieur le curé, aidez-moi et dites-moi au moins comment m’y prendre avec mon fils.

Le prêtre: - Cher Eliezer, vous vous inquiétez outre mesure. Il se trouve seulement que les idées de votre fils sont quelque peu en avance et il est doué d’un excellent jugement. Quand il parle, il le fait en connaissance de cause, en se servant d’arguments rationnels et convaincants, car il a l’esprit libéré des entraves du fanatisme et de l’imitation des anciens. Il ne se précipite pas par amour du changement et ne se contente pas d’évaluations légères, imaginaires et incompatibles avec la raison. Sans vouloir vous offenser Eliezer, je ne peux pas en dire autant de vous.

Pour ces raisons, il ne serait pas vertueux que vous tentiez d’empêcher ou d’entraver les réflexions de votre fils, car vous risqueriez de l’amener à douter des fondements même de la religion, et le faire dévier vers les principes et les thèses de l’athéisme, comme cela a malheureusement tendance à se généraliser en Europe et en Amérique, devenues les capitales de l’impiété, et cela après qu’elles furent des pôles de prospérité pour la religion céleste. Il est primordial que la croyance d’Emmanuel, se forge sur des preuves tangibles et sur la vérité; c’est essentiel pour la conviction religieuse de tout être sensé. Et ce ne sont là que les principes élémentaires de la croyance religieuse.

Quant à la croyance sur la base de prophéties spécifiques, c’est une affaire secondaire, dont l’authenticité se manifeste en s’appuyant sur les évidences des fondements de la croyance en Dieu.

Ceci étant, deux solutions me semblent indiquées pour la guérison du mal dont souffre votre fils. La première, est qu’il devienne le disciple d’un spiritualiste au grand savoir, ayant l’esprit libre, d’un naturel doux, honnête, droit, tolérant, maître de ses passions, connaisseur en philosophie de l’enseignement, ne craignant pas la critique et ne convoitant ni rang, ni rémunération. La seconde solution est que votre fils soit touché par la grâce divine, pour que s’installe en lui le Saint Esprit qui le guidera sur la voie de la vérité.

Eliezer: - Monsieur, ne le prenez surtout pas pour de la flatterie. Mon intime conviction est que le fameux remède que vous préconisez, ne peut venir que de votre sagesse et de votre sainteté. Ayez pitié du pauvre pécheur que je suis et de mon fils, en vous installant chez nous. Faites le pour nous, mais aussi pour le bien de la religion chrétienne, puisque vous accomplissez déjà avec un grand succès votre mission d’évangélisation, dans cette immense contrée. Aussi, je vous souhaite beaucoup de réussite dans la séduction des musulmans et pourquoi pas, leur conversion au christianisme.

Le prêtre: - Mon pauvre Eliezer, je ne connais malheureusement pas de réussite pour un missionnaire chrétien, dans son travail d’évangélisation, parmi les musulmans. Le plus surprenant, c’est que malgré l’absence de prêcheurs musulmans ici, chez les Hindous, nous ne pouvons que constater, impuissants, l’affluence de ces derniers vers la religion musulmane et ce, en dépit du nombre incalculable de prêcheurs chrétiens sur le terrain, ajoutés à tous nos gestes prévenants envers la population, comme l’assistance médicale, la publication massive des livres saints dans la langue locale, la concordance de nos points de vue sur le principe de la trinité, des hypostases et de l’incarnation de la divinité, sans oublier que notre mission bénéficie de l’appui du pouvoir politique. Mais voilà où nous en sommes. Et comme si ce n’était pas suffisant, des échos de la même situation me parviennent également de l’Afrique, n’est-ce pas incroyable!

Eliezer: - Mais pourquoi? Quelles peuvent bien être les causes de cette situation? Y a-t-il un secret derrière tout cela?

Le prêtre: - S’il existe un secret et que nous ne le connaissons pas, mieux vaut continuer à l’ignorer.

Pendant ce temps, j’étais resté là, immobile, à écouter avec avidité, mon père et sa béatitude le prêtre, quand ce dernier me rappela:

- Reprenons la lecture Emmanuel, si tu le veux bien!


1
Les fils d’Adam dans la Torah Traductions et altérations AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Les fils d’Adam dans la Torah Traductions et altérations
Je n’en attendais pas plus pour replonger dans la lecture de la Genèse, cette fois jusqu’au huitième verset du quatrième chapitre, où l’on aborde notamment l’évènement du meurtre de Caïn pour son frère Abel. D’après la traduction littérale de la Torah hébraïque, nous pouvons lire: [Caïn dit à Abel son frère et c’était alors qu’ils étaient au champ. Et Caïn se jeta sur Abel son frère et le tua]. A la lecture de ce passage, j’ai voulu y attirer l’attention du prêtre:

- Monsieur le curé, ce sont là des paroles au sens tronqué, dont l’organisation est déséquilibrée, avec anomalies et erreurs évidentes. Qu’a donc dit Caïn à son frère? Et qu’est-ce que: « alors qu’ils étaient au champ »?

Le prêtre: - Regarde dans le texte imprimé d’origine hébraïque et dans le manuscrit sacré chez les juifs, ensuite superpose les sur ce que tu viens de citer; il est possible que la traduction ait été à l’origine de l’altération.

Emmanuel: - J’ai bien vérifié dans l’origine hébraïque, et ce que je viens de lire n’en est que la traduction littérale et exacte.

Le prêtre: - Alors regarde dans les notes, Emmanuel.

Emmanuel: - Il n’y a pas de mention dans les notes pour le huitième verset, mais monsieur, en quoi peuvent bien servir les notes? Dieu se serait-il rendu compte qu’il venait de révéler à Moïse une Torah qui se serait avérée incomplète, et l’aurait ensuite complétée dans les notes?

Le prêtre: - Dis-nous ce que tu a comme traductions disponibles, Emmanuel.

Emmanuel: - J’en ai une bonne dizaine:

(1)– Arabe, imprimée à Londres en 1857.

(2)– Une autre dont la première page est perdue; il me semble qu’elle a été imprimée à Beyrout.

(3)– Arabe, imprimée à Beyrout en 1870.

(4)– La huitième édition de l’imprimerie américaine à Beyrout en 1897.

(5)– La douzième édition en 1905.

(6)– The Sarah Hodgson en 1811.

(7)– Perse, imprimée à Londres en 1838.

(8)– Imprimée à Londres en 1856.

(9)– Imprimée à Edimbourg en 1845.

(10)– Traduction de Bruce, imprimée à Londres en 1901.

Le prêtre: - Et as-tu vérifié ce que disent toutes ces traductions?

Emmanuel: - Oui monsieur, et le résultat est qu’il y a presque autant de versions qu’il y a d’exemplaires:

Dans le premier et deuxième exemplaires: [Et Caïn dit à Abel son frère: sortons au champ et quand ils furent au champ, Caïn se jeta sur Abel son frère et le tua]. Le livre idhhar al-haq rapporte selon les traductions arabes éditées en 1831 et 1848, la version suivante: [Et Caïn dit à Abel son frère, viens sortons au champ, etc.]. Ces traductions ont donc rajouté le mot « viens », mais elles ont également corrompu le reste du texte, pour lui donner un semblant d’utilité. Avec ces ajouts et ces dénaturations, nous nous retrouvons ainsi en présence d’une nouvelle Torah.

Dans le troisième, quatrième et cinquième exemplaire: [Et Caïn parla à Abel, et il arriva, les deux étant au champ, que Caïn se jeta sur Abel son frère et le tua].

Le même style a été observé dans le huitième, neuvième et dixième exemplaires. Soulignons que ces trois traductions ont été de même, dénaturées et modifiées, parce que l’expression « et Caïn parla » est loin de refléter l’origine hébraïque dont la traduction exacte aurait été « et Caïn dit ».

Pour les auteurs de la sixième traduction, il était évident que le mot « parla » était une dénaturation trop visible, pendant que le mot « dit » donnait une phrase tronquée et incomplète. C’est pourquoi ils ont eu recours cette fois, à une nouvelle expression: « et Caïn s’est entretenu avec Abel son frère ». Malgré tout, on se retrouve avec un texte tout aussi corrompu, aussi tronqué et incomplet que les précédents. On se demande bien sur quoi Caïn se serait entretenu avec Abel; ne serait-ce pas sur la manière de falsifier la Torah?!

Monsieur le curé, toutes ces manœuvres dont témoignent les différentes traductions, ont à l’évidence été dictées par le besoin de remédier à une anomalie se trouvant dans l’origine hébraïque, ce qui vraisemblablement, rendait pratiquement nécessaire l’édition d’une nouvelle Torah. Mais reconnaissons tout de même que les traductions qui ont rajouté l’expression « viens, sortons au champ », à l’origine hébraïque « sortons au champ », n’ont fait que suivre par cet ajout, les exemplaires samaritain et grec. Ne peut-on pas de ce fait les en excuser?

Le prêtre: - Faut-il alors croire que Dieu avait révélé à Moïse, une Torah incomplète, et l’aurait ensuite révélée, cette fois corrigée et complétée, aux écrivains des copies samaritaine et grecque?

Emmanuel: - A mon humble avis, la question serait plutôt: qu’elle peut être l’origine des lacunes aux quelles nous sommes aujourd’hui confrontés en lisant le texte d’origine hébraïque? En tous cas, l’une des conséquences à déplorer sur cette situation est que le texte en question était devenu, un jouet entre les mains des traducteurs.

Le prêtre: - Honnêtement, je ne sais que te répondre pour le moment, mais lis plutôt et sache que tu n’es qu’au début de ta peine.

Jam‘iyet kitab al-hidaya
Emmanuel: - Monsieur, cette situation m’en rappelle une autre qui m’a bien fait rire. C’était à la lecture du livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, édité sous le patronage des missionnaires américains. La sainte association apostolique, annonciatrice de la bonne nouvelle, et par ailleurs très active dans son engagement contre les musulmans et leur Coran, affirme (2eme partie, p. 42, 2eme édition): « Et comme dans le Coran, le soin porté à la prose prime sur l’intérêt accordé aux vérités, il dit Qabil, parce qu’il rime avec Habil ». Ensuite, ils en ont fait un sujet de critique pour discréditer le Coran.

Personnellement, il est possible que je me sois fait berner il fut un temps, par la renommée de la gloire de cette association, mais la vérité est qu’il n’y a pas la moindre existence dans le Coran, pour les mots « Qabil » et « Habil ». Alors j’ai ri, monsieur, du pétrin dans lequel ils se sont mis, victimes de leur aveuglement et de leur propre fanatisme. D’un autre côté, j’ai eu tellement honte que des écarts aussi graves puissent être observés chez nos religieux, et tellement peiné par les répercussions que cela aura inévitablement sur l’honneur de notre spiritualité, ainsi que sur de devenir de la mission sacrée des chrétiens sincères.

Le prêtre: - Le fanatisme embourbe les gens dans des situations bien plus graves que celle-là. Mais ta jalousie Emmanuel, doit toujours avoir pour soucis de servir la justice et la vérité, non l’orgueil nationaliste; lis mon fils.

Babel et le désordre « divin »
Sitôt dit, j’ai repris la lecture de la Genèse. Au onzième chapitre, il est notamment question du rassemblement des nations après la grande inondation, pour s’entendre sur la construction d’une ville. Là, nous pouvons lire sur ce projet grandiose (Gen 11.4-8): «Puis ils se dirent: « Allons! Au travail pour bâtir une ville, avec une tour dont le sommet touche au ciel! Ainsi nous deviendrons célèbres, et nous éviterons d’être dispersés sur toute la surface de la terre.» Le seigneur descendit du ciel pour voir la ville et la tour que les hommes bâtissaient. Après quoi, il se dit: « Eh bien, les voilà tous qui forment un peuple unique et parlent la même langue! S’ils commencent ainsi, rien désormais ne les empêchera de réaliser tout ce qu’ils projettent. Allons! Descendons mettre le désordre dans leur langage, et empêchons-les de se comprendre les uns les autres. » Le Seigneur les dispersa de là sur l’ensemble de la terre, et ils durent abandonner la construction de la ville ».

Pour ma part, j’estimais en avoir suffisamment lu; j’ai donc refermé le livre et, souriant non sans un brin d’ironie, je regardais les visages visiblement gênés, de mon père et du prêtre, attendant que l’un d’eux veuille bien prendre la parole.

Eliezer: - Mon fils, je lis dans tes yeux que tu en as gros sur le cœur et que tu as beaucoup à dire. Parle Emmanuel; en ce qui me concerne, à compter d’aujourd’hui, tu pourras toujours t’exprimer en toute liberté.

Emmanuel: - Votre compréhension me touche agréablement; je vous en remercie, père. Monsieur le curé, Dieu tout puissant, dans son infini savoir, a-t-il besoin de descendre pour voir la ville, ou quoi que ce soit d’autre sur terre, et considérant son pouvoir absolu, a-t-il encore besoin de descendre pour y mettre le désordre? Pour ce faire, de quelle aide peut-il avoir besoin? Ensuite, d’où descend-il? Et à qui ordonne-t-il: « allons, descendons »? De qui, Dieu peut-il attendre de l’aide, pour préserver son royaume de la menace? Ne vous sentez-vous pas interpellés pas toutes ces absurdités? La situation est, le moins qu’on puisse dire, troublante.

Le prêtre: - Je t’ai déjà averti que des cas semblables dans nos livres saints sont monnaie courante; ne t’en embarrasse pas.

Emmanuel: - Que je ne m’en embarrasse pas? Est-ce à dire que l’immoral étant devenu quelque chose d’habituel du fait de sa récurrence, ne doit plus susciter ni étonnement, ni indignation? L’omniprésence de l’aberration doit-elle la rendre familière et par conséquent fréquentable, voir même banale? Mais là n’est point la question, n’est-ce pas? J’ai le sentiment, monsieur le curé, que vous ne nous dites pas tout et que vous nous réservez de graves révélations, mais que vous vous retenez, de crainte de heurter nos passions et d’exacerber notre fanatisme. Alors, jusqu’à ce que vous trouviez en nos esprits des réceptacles convenables pour la vérité, je suppose que nous n’aurons d’autre choix que de patienter.

Le prêtre: - La chose est probablement comme tu crois; alors je te prie de ne pas me presser.

Abraham et le feu de Nemrod
Emmanuel: - Les musulmans racontent que sur la terre de Babel, Les païens ont allumé un grand feu pour y brûler Abraham, l’intime (de Dieu). Ils disent qu’ils l’y ont précipité et que Dieu l’en a sauvé, faisant du feu « fraîcheur et paix pour Abraham », selon les termes du Coran. Ces faits sont cités dans les sourates: al-Anbya’(les Prophètes) (68-70) et as-Safat (les Rangées) (97, 98). Et voilà que la Torah n’en rapporte pas un seul mot, en dépit de l’importance évidente que revêt le récit de ces faits, d’abord pour l’histoire d’Abraham en tant que prophète, ensuite pour la démonstration de la manifestation des signes et des miracles de Dieu, mais aussi pour la gloire des prophètes et pour souligner tout le soin que Dieu prend de ses serviteurs.

Finalement, en raison de l’inexistence du récit du feu dans la Torah, pouvons-nous affirmer que cette histoire dans le Coran, n’est qu’une légende?

Le prêtre: - Non Emmanuel, nous ne pouvons pas. Il suffit pour commencer, de rappeler que le saint Nouveau Testament nous explique clairement, que la Torah a négligé de nombreux éléments dans l’histoire des prophètes, et particulièrement l’histoire d’Abraham.

Entre autres manques, la Torah ne mentionne pas que Moïse a tremblé de peur lorsque Dieu s’est adressé à lui la première fois, à partir d’un buisson enflammé, alors que le livre Actes des Apôtres (7.32) rapporte bien que Moïse a tremblé de peur.

La Torah ne cite pas non plus que, lorsque Moïse entendit cette voix pour la seconde fois, au mont Sinaï, il dit: « Je tremble, tellement je suis effrayé » (Hébreux 12.21). Pourtant, l’état de Moïse dans ces circonstances, aurait du faire l’objet d’une attention particulière dans la Torah, et constituer un élément non négligeable dans son récit de l’histoire des prophètes, ainsi que pour démontrer toute leur humilité devant la gloire de Dieu.

En outre, la Torah a encore négligé un événement non moins important, à savoir, que Moïse avait mis dans le coffre de l’alliance un vase d’or qui contenait la manne et le bâton d’Aaron, qui avait fleuri en amandier. Inutile d’insister sur l’importance de ces faits pour l’histoire de la prophétie et ses vestiges; faits que nous retrouvons heureusement rapportés dans Lettre aux Hébreux (9.4).

Autre témoignage des innombrables lacunes dont souffre la Torah, nous constatons qu’elle parle de Hénok (Gen 5.18-24), mais sans mentionner la prophétie de celui-ci, ni le moindre de ses dires ou de ses discours de prophète, bien qu’il s’agisse là, des côtés les plus intéressants de sa personnalité et de son existence, que nous retrouvons mentionnés heureusement dans Lettre de Jude (14.15).

Aussi, pour revenir à Abraham, la Torah ne mentionne pas les différentes situations et étapes qu’il a traversées, ni même les plus importantes conjonctures qu’il a vécues; autrement dit, l’histoire de sa vie, de sa foi, de sa prophétie dans son pays en Mésopotamie (contrairement à ceux qui le situent au Sud-est des ciels). Pour la Torah, l’histoire commence lorsque Dieu s’adressa à Abraham à Haran, lieu qu’il lui ordonna de quitter, toujours d’après la Torah. Par contre, dans le Nouveau Testament (Actes 7.2-5), il est bien précisé que la prophétie d’Abraham commence en Mésopotamie et que c’est l’endroit où Dieu s’est adressé à lui. C’est encore en ce lieu que Dieu lui ordonna: « Quitte ton pays et ta famille, et va dans le pays que je te montrerai ». Alors Abraham quitta le pays des Chaldéens et alla habiter Haran.

Le plus sidérant mon cher Emmanuel, c’est que la Torah ne tarit pas de discours en direction du peuple d’Israël, sur la bonne nouvelle, l’incitation, l’intimidation, l’exhortation au bien, mais ne daigne aborder ni le sujet de l’au-delà, ni celui du jugement dernier. Elle ne cite ni le paradis promis aux pieux, ni l’enfer réservé aux méchants. En somme, elle fait tout simplement l’impasse sur le sujet, que ce soit pendant le discours de morale, ou celui du savoir et de l’enseignement religieux. Les seuls buts visés par l’incitation de la Torah à l’obéissance, se réduisent au gain des biens d’ici-bas, tels que l’abondance de blé et de vin, et la bénédiction de la pétrisseuse. Quant aux pires châtiments dont la Torah met en garde, c’est la pénurie du blé et du vin, et que dans le pire des cas l’homme peut se marier, puis se faire prendre sa femme par un autre.

Oui Emmanuel, notre Torah est trop occupée pour s’encombrer de certaines vérités; trop occupée par ce que tu as lu toi-même et t’a fait dresser les cheveux sur la tête. D’ailleurs, tu en liras d’avantage et tu n’en seras pas moins déçu, pas seulement toi, mais tous ceux qui lirons avec ce même esprit, libre et critique. Mais notre sainte Torah a ses excuses, hélas. Laisse donc le malheureux cheikh (Gharib) prétendant l’islam, dire dans sa rihla al-hidjazya (p.48) que la Torah n’a laissé aucun côté de la vie d’Abraham et de ses actes, sans en rapporter les moindres détails. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien loin de la vérité.

Emmanuel: - Monsieur le curé, par quoi pouvons nous justifier l’omission de la Torah pour l’événement du feu allumé pour brûler Abraham? Pourtant c’est loin d’être un fait insignifiant, vous en conviendrez; je peux même dire qu’il constitue un tournant décisif dans l’engagement d’Abraham en tant que prophète. Il est clair que cette épreuve vécue par Abraham revêt une grande importance pour l’histoire de la prophétie en général, et fixe définitivement dans l’histoire le miracle qui caractérise cette situation et témoigne de la grandeur et de la puissance de Dieu.

Le prêtre: - Quoi qu’il en soit, tout ce que je peux dire dans l’immédiat, c’est que les omissions et les lacunes dont souffre cruellement la Torah, ont été heureusement comblées par le Nouveau Testament, sachant toute l’importance que revêtent ces questions pour l’histoire des prophètes. Je me garderai cependant, de divulguer ouvertement et tout de suite les motifs de ces négligences répétées; je préfère que ce soit plutôt toi qui t’ouvres à moi en me les dévoilant, car tes objections savantes montrent bien que tu a avancé dans le savoir et acquis la connaissance nécessaire pour l’examen du pourquoi et du comment.

Emmanuel: - Monsieur, vos sous-entendus ne me facilitent guère les choses. De grâce, parlez moi donc franchement que je puisse savoir où donner de la tête, surtout que le Coran aborde aussi le sujet d’Abraham et du feu. A propos, ce qu’il en dit est-il selon vous raisonnable?

Le prêtre: - Voilà encore qui est stupéfiant. Décidément, tu es comme beaucoup de nos amis; tu fais objection sur les livres de ta religion sans connaître ce qu’ils contiennent. N’as-tu pas lu dans le livre de Daniel, au troisième chapitre, que Nabucodonozor fit jeter Chadrac, Mechak et Abed-Nego dans la fournaise? Que cette même fournaise consuma les soldats qui furent chargés de jeter les trois personnes dans le feu, alors que Dieu sauva les trois condamnés, tombés ligotés au cœur du brasier? Ceux-ci s’en sortirent en effet au bout d’un moment, sans que le feu ait eu un quelconque effet sur leurs corps; ni leurs vêtements, ni même leurs cheveux n’ont été entamés par les flammes.

Sache, Emmanuel que les livres des juifs parlent du feu préparé pour l’exécution d’Abraham, et aussi de la délivrance de celui-ci. Cet événement a laissé dans l’histoire des traces très anciennes, représentant l’événement vécu par Abraham avec le feu de Nemrod.

En effet, du côté de Babel, se trouve une ville très ancienne nommée Borsiba, aujourd’hui Bares. On déduit de l’étude des vestiges et de la tradition babylonienne, que c’est à cet endroit même que s’est produite la confusion des langues. Il se trouve aussi que le mot Borsiba dans la langue assyrienne signifie « tour des langues ». Comme nous apprenons également de l’inscription de Nabucodonozor, découverte en 1845 dans les ruines de la tour de Borsiba, que son constructeur fut le premier des rois, et qu’entre lui et Nabucodonozor, il y a quarente deux âges.

Jusqu’à aujourd’hui, il subsiste à Borsiba de très anciennes traces qui renseignent sur Abraham, ainsi q’une coupole à l’endroit présumé où Nemrod jeta Abraham dans les flammes. Cette coupole a été érigée sur un grand monticule noir constitué d’un immense tas de cendres vétuste et qui a subi les effets du temps. Ces vestiges suffisent donc comme témoignage scientifique et historique, du feu préparé par Nemrod pour l’exécution d’Abraham.

Emmanuel: - Ce monticule pourrait tout aussi bien n’être que les traces d’un volcan, qui n’est plus en activité depuis longtemps.

Le prêtre: -Primo, le point d’éruption d’un volcan est nécessairement le sommet d’une montagne, où un relief conique formé par une succession d’éruptions. Or, il n’y a pas de trace à cet endroit, pour ce genre de formation, hormis le monticule de cendres exposé à même le sol.

- Secundo: Si ce volcan existait avant la grande inondation, ses traces auraient disparu, du fait de cette inondation et de la construction de Borsiba. Si au contraire, ce volcan avait existé après l’inondation, il aurait été forcément cité par l’histoire. Par ailleurs, comme il ne s’est écoulé entre la grande inondation et la construction de Borsiba, que peu de temps, il aurait été difficile dans le cas de l’existence d’un volcan, d’imaginer la construction d’une ville si prés du danger.

En vérité, les Babyloniens ont simplement gardé devant leurs idoles, les cendres de la fournaise dans laquelle ils ont jeté Abraham et ce, en témoignage de leur fidélité envers celles-ci, et de leur volonté de perpétuer leur culte idolâtrique. Maintenant Emmanuel, si tu le veux bien, reprenons notre lecture.

Confusion dans la transcription de la généalogie
J’ai donc entrepris d’achever la lecture du onzième chapitre de la Genèse. A peine arrivé au numéro 12, je me suis arrêté pour demander: Monsieur le curé, l’Evangile selon Luc situe Kainam entre Sala et Arphaxad, puisqu’il cite dans la généalogie de Jésus: « Sala, fils de Kainam, fis d’Arphaxad, fils de Sem, fils de Noé » (Luc 3.35, 36). C’est également le cas de la Torah Septuaginta, qui prend même le soin de mentionner l’âge qu’avait Kainam avant la naissance de Sala et combien d’années il vécut après celle-ci. Mais voici que le texte hébraïque de la Torah, ainsi que ses traductions parlent de la généalogie de Sem fils de Noé, en descendant jusqu’à Abraham et rapportent que Sem eut un fils, Arphaxad qui vécut trente cinq ans avant d’avoir un fils, Chéla.

- Monsieur, j’aurai voulu savoir: l’erreur est-elle dans l’absence de Kainam dans le texte hébreu et ses traductions, où bien dans sa présence dans l’Evangile selon Luc, de même dans la Torah, dans ses versions grecque et Septuaginta? Et c’est nous monsieur, qui en subissons les dommages; d’abord dans notre conviction, ensuite en étant montrés du doigt. C’est bel et bien nous que tout le monde afflige du tord.

Le prêtre: - Cette différence a déjà été justifiée par Jam‘iyet kitab al-hidaya dans sa troisième partie, page 212.

Emmanuel: - Monsieur, vous avez déjà vous-même discuté de cette question avec l’auteur du livre al-houda et vous avez pris connaissance du point de vue développé dans la deuxième partie de ce livre, où le sujet est largement traité et avec une argumentation qui s’avère être l’incarnation même de la vérité. Ne trouvez-vous pas monsieur le curé?

Le prêtre me regarda en souriant, avant de me répondre: - J’ai en effet suivi son exposé attentivement mais, actuellement la situation ne m’autorise pas à dire ce que toi tu te permets de dire. Ceci dit, ne t’attache pas trop à vanter les mérites de l’écrivain et intéresse toi plutôt à la noblesse de son savoir et à l’importance de ce qui est écrit.

Réunion avec un savant de Nadjaf
Une fois, nous eûmes l’opportunité de nous réunir avec un cheikh, un des savants de Nadjaf.

Le cheikh: - Monsieur le prêtre, les religieux chrétiens regardent-ils dans les livres de l’Ancien Testament, que les juifs et les chrétiens attribuent à la révélation divine, et dans ceux du Nouveau Testament, que les chrétiens attribuent à la révélation également? Lisent-ils l’Ancien Testament dans la langue hébraïque, qui est sa langue d’origine?

Le prêtre: - Ils sont bien obligés, puisque ceci est pour eux une chose indispensable. Mais permettez moi de vous retourner la question; est-il possible pour vos savants, vous les musulmans, de ne pas lire le Coran? Est-il possible pour vos savants non arabes (turcs, perses, indiens) de ne pas lire le Coran dans sa langue arabe?

Le cheikh: - Je m’étonne que ma question vous surprenne, car je connais un certain nombre de vos religieux qui semblent bien ne pas avoir lu l’Ancien Testament, que ce soit en arabe ou en hébreu.

Le prêtre: - Je me demande qui parmi nos religieux, peuvent bien être ces gens. Ce sont là des choses qui ne devraient pas être chez les spiritualistes.

Le cheikh: - Parmi ceux dont nous avons pris connaissance, nous pouvons déjà citer Hachem al-‘Arabi, Jam‘iyet kitab al-hidaya, les missionnaires Américains en Egypte.

Le prêtre: - Difficile de croire une telle chose. Comment cela se peut-il, alors que ce sont là des savants qui se sont consacrés exclusivement à la prière, la prédication et l’écriture et ce, dans le but de faire contrepoids aux musulmans. Les chrétiens ont même fêté leurs écritures, d’ailleurs très avancées dans le sujet, et leur ont rendu un grand hommage, par une approbation générale.

Le cheikh: - C’est qu’alors tous ces éminents savants n’ont peut être pas lu dans la Torah (Gen 46.13) que l’un des fils de Issakar fils de Jacob, s’appelait Chimron. Ils n’ont probablement pas lu non plus dans le livre des Nombres (26.23), que parmi les descendants d’Issakar qui avaient quitté l’Egypte avec Moïse, il y avait le clan des chimronites, descendants de Chimron et ils se comptaient par milliers.

Le prêtre: - En effet, ils sont tenus de le lire dans la Torah, et de bien le savoir.

Samiri en arabe, Chimronite en hébreu
Le cheikh: - Dans ce cas, pourquoi ne se rendent-ils pas compte que le Samiri cité dans le noble Coran, n’est qu’un individu du clan des Chimronites, qui étaient en compagnie de Moïse à son départ d’Egypte, et que « Samiri » n’est que la prononciation arabe de « Chimronite ».

Le prêtre: - Ils ne savent pas que « Samiri » est l’arabisation de « Chimronite »; ils savent seulement que « Samiri » s’attribue à la terre de Samarie, du nom de la ville construite plus de cinquante ans après Salomon par Omri, roi d’Israël. Ainsi, entre l’événement du veau et la construction de cette ville, il s’est écoulé prés de cinq cent soixante dix ans.

Vous comprenez donc qu’il ne pouvait pas exister de Samaritain à l’époque de Moïse. Voila pourquoi Jam‘iyet kitab al-hidaya (première partie, page 37) fait remarquer: « La mention du Samaritain prouve une totale ignorance de l’histoire et nous ne savons pas d’où vient ce Samaritain; est-il sorti du sol ou bien est-il tombé du ciel, sachant qu’il n’y avait aucune existence pour Samarie à l’époque de Moïse ».

Cette association argumente de la même façon en deuxième partie, page 55: « Il n’y avait pas à l’époque de Moïse quelque chose qui s’appelait Samarie ou Samaritain. Cela relève de la pure imagination car cela est impossible, comme le prouve l’histoire d’Israël ou plutôt universelle ».

Quant à Hachem al-‘Arabi, il dit dans son supplément, page 55: « Il ne pouvait y avoir de Samaritain à l’époque de Moïse, sachant que ce nom n’a été utilisé qu’après l’évacuation de Babylone ».

Eh bien cheikh, s’il se confirme maintenant que le terme « Samiri » est bien l’arabisation de « Chimronite », nous serons bien forcés de reconnaître que le « Samiri » cité dans le Coran est bel et bien un membre du clan des Chimronites, qui avaient accompagné Moïse dans son exode, ce qui fait tomber en miettes par conséquent, la critique de nos amis.

Le cheikh: - Comme c’est étrange! Alors vous aussi, c’est ce que vous dites, monsieur le prêtre? Ne savez-vous donc pas que la ville appelée en arabe « Samara », a été citée dans le Premier livre des Rois, le Deuxième livre des Rois, les livres d’Esaïe, Jérémie, Amos, Michée, Esdras, Néhémie et ce, plus d’une soixantaine de fois, et qu’elle n’a été désignée dans le texte hébreu que par « Chimron ». De même dans les traductions grecque, anglaise et française, ou plutôt dans toutes les traductions, à l’exception de la majorité des traductions arabes et perses, ainsi que les Evangiles selon Luc et Jean, et enfin, les Actes des Apôtres.

Concernant les termes « Samaritain » et « Samarie », nous les retrouvons cités dans les Evangiles selon Matthieu, Luc et Jean dans environs neuf situations. Enfin, mis à part les traductions arabe et perse, toutes les autres traductions emploient le terme « chimronite ». Il suffit pour s’en convaincre, de revoir les traductions hébraïque, grecque, anglaise, française et même d’autres.

Après cela, il serait plutôt déplacé pour ceux qui voudraient avoir des prétentions sur le savoir, de jouer sur l’amalgame et l’ambiguïté, pour en tirer un argument quelconque. Une bonne fois pour toutes, le « samiri » cité dans le noble Coran est le Chimronite du clan de Chimron fils d’Issakar, non la Chimron construite par Omri, et je vous ferai remarquer enfin, qu’il n’y a pas de ville ou de lieu qui soit désigné en hébreu « Samarie » ou « Samara ». Tout comme il ne convient pas pour l’ignorant, d’abuser de la parole et de laisser courir son crayon avec un culot aussi indécent, dans la calomnie du noble Coran. Tout compte fait, l’ignorant ne se moque que de lui-même, n’est-ce pas.

Le prêtre: - Cheikh, ce que vous dites là, je le savais déjà. Tout ce que vous venez de citer, je reconnais l’avoir moi-même trouvé dans les deux Testaments, non seulement dans la langue hébraïque, mais aussi dans les autres langues, à part quelques exemplaires de traduction arabe et perse. Je dirai même que l’exemplaire perse traduit par William Koln, ne cite pas Samarie, mais parle plutôt de Chimron, à l’exemple de quelques traductions arabes anciennes.

Il devient donc incontestable que « samiri » est bien comme vous venez de l’expliquer, la forme arabisée de « chimronite » et que le samiri cité par le Coran n’est que le Chimronite du clan des Chimronites, que la Torah désigne parmi les soldats de Moïse. Vous savez cheikh, les passions de l’homme font de lui parfois bien des choses. Ne soyez donc pas fâché par le culot de Jam‘iyet kitab al-hidaya et al-‘Arabi, ni par leur insolence à l’égard de votre Coran.

Emmanuel: - Me permettez vous Cheikh, de dire quelques mots sur le sujet, en toute liberté?

Le cheikh: - Parle en toute liberté, mais surtout libre de toute sujétion au fanatisme et à l’imitation aveugle.

Aaron et le veau d’or
Emmanuel: - Selon le Coran, c’est le Chimronite descendant d’Issakar, fils de Jacob, qui aurait fabriqué le veau d’or et aurait ensuite appelé les Israélites à son adoration. Mais la Torah raconte (Ex 32.1-5): « Lorsque les Israélites virent que Moïse tardait à redescendre de la montagne, ils se réunirent auprès d’Aaron et lui dirent: fabrique-nous un dieu qui marche devant nous, car nous ne savons pas ce qui est arrivé à Moïse, l’homme qui nous a fait sortir d’Egypte. Aaron leur répondit: prenez les boucles d’or qui ornent les oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez les moi. Tous les israélites ôtèrent leurs boucles d’oreilles en or et les remirent à Aaron. Celui-ci les prit, les fit fondre, versa l’or dans un moule et fabriqua une statue de veau. Alors tous les israélites s’écrièrent: Voici notre dieu qui nous a fait sortir d’Egypte! Voyant cela, Aaron construisit un autel devant la statue; puis il proclama: Demain il y aura une fête en l’honneur du Seigneur. Le lendemain matin, le peuple offrit sur l’autel des sacrifices complets et des sacrifices de communion ».

Les rites de l’adoration du veau, auraient donc été préparés et exécutés sous l’autorité et les ordres d’Aaron.

Cheikh, Aaron est le frère de Moïse, descendant de Lévi, non de Issakar. Comment peut-on de ce fait, donner raison au Coran et contredire la Torah?

Le cheikh: - Je m’en voudrai de te mettre dés maintenant en face de tous les défauts que recèle la Torah. Je te dirai seulement ceci: Si Aaron, frère de Moïse, était le fondateur du culte des idoles et l’auteur de la perversion des Israélites, en les poussant à l’adoration païenne du veau, qu’il aurait lui-même fabriqué selon ce que vous prétendez, comment peut-on raisonnablement concevoir que Dieu ait pu le choisir comme prophète et l’aurait chargé de transmettre ses lois et ce, justement après l’événement du veau d’or, comme le raconte votre Torah, parfois en compagnie de Moïse ( voir Lév 11, 14; Nomb 2, 4, 19), pendant que d’autres fois, Dieu s’adresse à lui seul (Nomb 18).

Pouvez vous imaginer Dieu, choisissant pour la dignité du sacerdoce et pour la souveraineté en religion et en législation, un homme qui lui préfère un autre dieu? Si telle était la situation, l’aurait-il honoré de tout ce prestige que nous lui connaissons avant et après l’événement du veau?

Votre Torah, cher enfant, va même jusqu’à prétendre que pendant qu’Aaron confectionnait la statue du veau et appelait les gens à l’adoration de celle-ci, Dieu était entrain d’informer Moïse de son choix concernant Aaron pour le sacerdoce et le rang de chef. La Torah fait même un état détaillé (Ex 28, 29) des instructions que Dieu avait adressées à Moïse, au sujet des somptueux vêtements que devait porter Aaron pour la prêtrise.

Sache Emmanuel, qu’entre le lieu où Moïse recevait les instructions de Dieu à propos de la purification d’Aaron et le lieu où ce dernier aurait soit disant fabriqué le veau d’or et aurait appelé à son adoration, il n’y avait qu’une maigre distance d’un ou deux milles.

Tu peux supposer si tu veux, que Dieu puisant et grand et à qui rien n’échappe, n’était pas au courant des agissements d’Aaron à ce moment là; alors je te demanderai: pourquoi dans ce cas, après avoir pris connaissance du gravissime acte d’Aaron, Dieu continua-t-il à le sanctifier et à le destiner de ses lois, que ce soit en privé, ou en compagnie de Moïse?

Mais si tu dis au contraire, que Dieu savait ce que faisait Aaron, je te demanderai alors de m’expliquer: pourquoi Dieu aurait-il maintenu son choix sur lui, alors qu’il venait tout simplement de réinstaurer le paganisme et invitait son peuple au culte des idoles? Ceci semble-t-il n’a pas empêché Dieu de le choisir parmi son peuple et le destiner à de hautes responsabilités, dans une religion à laquelle Aaron aurait tourné le dos. N’est-ce pas incroyable!

Salomon dans l’Ancien Testament
Emmanuel: - Au moment même où Aaron commettait son forfait, Dieu l’avait su et c’est d’ailleurs lui qui informa Moïse que son peuple venait de commettre un grave péché, que les Israélites avaient fabriqué un veau en métal fondu, qu’ils se sont inclinés devant lui et qu’ils avaient même déclaré que cette statue était leur dieu (Ex 32). Mais Cheikh, ceci n’a rien d’extraordinaire, puisque Dieu a fait preuve des mêmes égards en direction de Salomon, et pourtant celui-ci a montré une conduite tout aussi blâmable que celle d’Aaron.

Nos livres saints rapportent en effet, que Dieu a choisi Salomon, fils de David, en tant que prophète et lui a inspiré sagesse et discernement. Dieu lui a même fait l’honneur de le choisir, lui, pour la construction du temple, plutôt que son père David qui en avait pourtant fait un projet. En outre, Dieu a glorifié Salomon en déclarant à David: « C’est ton fils Salomon qui me construira un temple avec ses cours, car c’est lui que j’ai choisi; il sera un fils pour moi et je serai un père pour lui » (1 Chron 22.10; 28.6; 2 Sam 7.13, 14).

D’un autre côté, et c’est le plus intéressant pour faire une comparaison avec Aaron, nos livres saints rapportent que Salomon a enfreint les lois du Seigneur, en épousant des femmes païennes, qu’il s’attacha à ces femmes étrangères en dépit de l’interdiction divine, que celles-ci l’influencèrent beaucoup et le poussèrent à adorer d’autres dieux tels Astarté, la déesse des Sidoniens, Milkom, l’ignoble dieu des Ammonites. Il fit aussi aménager sur la colline, en face de Jérusalem, un lieu sacré pour Kemoch, dieu des Moabites et fit la même chose pour les dieux de toutes ses épouses païennes (1 Rois 11; 2 Rois 23.13).

Cheikh, est il rendu nécessaire dans nos livres sacrés, que ceux choisis par Dieu pour la prophétie, doivent avoir des penchants païens? Doivent ils être forcément de ceux qui invitent au culte des idoles? Doivent-ils être résolument polythéistes? De toutes façons, les exemples d’Aaron et de Salomon sont édifiants.

Le cheikh: - Ne sois pas heurté par l’exemple que je vais te citer; les exemples clarifient souvent les situations. Admettons que quelqu'un veuille placer dans sa demeure un agent surveillant et éducateur, pour sa femme, ses filles et ses sœurs, en vue de les éduquer et les instruire sur les principes de la pudeur et de la vertu, afin de les préserver des corrupteurs et de la turpitude. S’il choisissait pour ce rôle une femme dont il connaît le goût et le penchant pour la prostitution, celle-ci entraînerait inévitablement ses femmes dans la décadence. L’imagine-tu persister dans ce choix et continuer à la préférer à d’autres instructeurs, plus honnêtes et plus intègres, même après l’avoir vue inciter ses femmes à la prostitution et fait de sa maison un lieu de débauche?

Emmanuel: - Vos paroles me choquent cheikh, et il est aussi pénible que perturbant pour moi, de faire le lien avec notre sujet.

Le cheikh: - Comme je te l’ai dit, ce n’est qu’un exemple, mais à l’image de ce que l’on trouve dans vos livres, que vous attribuez à la révélation divine. Dis-moi Emmanuel, êtes-vous, toi et le reste des gens, plus complets et plus parfaits que Dieu, le parfait suprême? Non? Alors comment accepte-tu qu’on s’en prenne à la sainteté et à la pureté de Dieu, en faisant croire qu’il choisit pour sauver ses créatures de leu état primitif et de la dégénérescence, un païen qui appelle au polythéisme, un barbare qui fabrique des idoles et construit des lieux pour leur rendre des cultes?

Emmanuel: - Vous avez raison pour tout ce que vous venez de dire, et je suis convaincu que toutes ces contradictions à propos d’Aaron et de Salomon, ne peuvent être le produit de la révélation divine. Ces paroles ne reflètent pas en effet l’image d’un livre saint, ni même l’écriture d’un croyant respectueux de la grandeur de Dieu.

Eliezer: - Cheikh, Votre Coran cite la prophétie d’Aaron et affirme même qu’il a adoré le veau, pendant que son frère Moïse était sur la montagne.

Emmanuel: - Très cher père, où avez-vous lu une chose pareille dans le Coran? Au contraire, le Coran innocente une bonne fois pour toutes Aaron, de ce genre de méfait, ainsi que nous pouvons aisément le vérifier dans verset 90 de la sourate Taha (Ta-Ha): « Aaron leur avait dit auparavant: mon peuple, vous êtes mis à l’épreuve par cela (le veau). Votre seigneur est le miséricordieux; suivez-moi et obéissez à mes ordres », ainsi que dans le verset 91: « Ils dirent: nous ne le laisserons (le veau) pas tant que Moïse ne sera pas de retour parmi nous ». Le verset 150 de la sourate al-A‘raf (les Murailles) explique davantage la position d’Aaron contre ses compagnons, devant l’indignation de Moïse: « Oh fils de ma mère, les gens m’ont opprimé, ils ont failli me tuer. Ne fais point que les ennemis (à qui tu as défendu d’adorer le veau) se réjouissent à mes dépens, et ne me range pas parmi les injustes ».

Alors père, trouvez-vous toujours que dans le Coran, il est mentionné qu’Aaron a adoré le veau?

Le livre Thamrat Al Amani Li Annassara
Eliezer: - Pour être franc, je n’ai pas lu le Coran; je me suis seulement basé sur ce que j’ai trouvé dans le livre thamrat al-amani fi ihtida’ Kamil al-‘Aytani, édité par l’imprimerie anglo-américaine à Boulag-Egypte en 1911, et ce que j’ai dit à propos d’Aaron dans le Coran, se trouve mentionné à la page 79 de ce livre.

Emmanuel: - C’est un livre que j’ai lu aussi père, et si vous voulez mon avis, son contenu relève du roman. C’est tout simplement un conte écrit par quelque missionnaire animé d’un esprit sectaire. Ce livre n’a pas été avare en mensonges, chaque fois que la question du Coran était abordée, à l’exemple de ce que nous pouvons lire à la page 78; il ment en prétendant que d’après le Coran, David aurait pris la brebis de son frère et que Abraham adorait une idole.

Et voila que le Coran rapporte l’histoire de la brebis et des deux antagonistes qui ont demandé l’arbitrage de David. Pour vous en assurer et chasser le doute de votre esprit, je vous invite à lire les versets 21-24 de la sourate Sad.

D’autre part, le Coran précise à plusieurs reprises, qu’Abraham n’était pas un païen, mais plutôt un croyant au sommet de la piété (voir les sourates de al-Baqara (la Vache) 130-131; Al-Iimran (la Famille d’Imran) 67, 95; al-An‘am (les Bestiaux) 161, an-Nahl (les Abeilles) 120, 123).

Eliezer: - Comment peux-tu traiter thamrat al-amani de conte écrit par des missionnaires. Ils ont pourtant bien indiqué dans le livre qu’il s’agissait d’une histoire authentique et ils ont même mentionné sur le dos du livre: « la vérité est plus étrange que le conte ».

Emmanuel: - Alors c’est une drôle de vérité père. Nous venons pourtant de démontrer à partir du Coran, à trois reprises, qu’il a indiscutablement menti. Je veux bien admettre son opposition au Coran, mais pourquoi va-t-il encore mentir (pages 83, 84) au sujet de la Torah, en lui attribuant l’interdiction au croyant de répéter la prononciation du nom de Dieu durant les moments d’adoration et de prière.

Maintenant, voyons ce que dit réellement la Torah à ce propos (Ex 20.7; Deut 5.11): « Tu ne prononceras pas mon nom de manière abusive, car moi, le Seigneur ton Dieu, je tiens pour coupable celui qui agit ainsi ».

Dites-moi père, pensez-vous que l’auteur de ce livre ainsi que son éditeur, n’ont pas lu les Psaumes de David, et de ce fait n’ont pas eu la chance de découvrir les bienfaits de l’exaltation de Dieu et de la persévérance dans son invocation?

Louange à Dieu! Ma langue ne cesse de parler de ta justice. Seigneur, ouvre ma bouche pour qu’en sorte prière et exaltation pour toi. Chantons à la gloire de son nom! Par son nom la joie remplie les cœurs, priez pour son nom, soyez fiers de son nom très saint! Oh Dieu, aie pitié de moi au nom de mon amour pour ton nom. Les justes ne glorifient que ton nom. Je bénie ton nom pour toujours, pour l’éternité. Je prie le Seigneur durant ma vie et je chante pour mon Dieu tant que j’existerai. Priez-le à la mesure de sa grande majesté!

Mon très cher père, à ce jour, je n’ai personnellement pas entendu, ni lu qu’un écrivain s’est opposé à la persévérance dans l’invocation du nom de Dieu pendant les prières, excepté Chabli Chamil, dans la fin de la seconde partie de son livre. De son côté, thamrat al-amani reproche aux musulmans leur persistance dans l’invocation du nom d’Allah et sa glorification. Il se moque tout particulièrement de leur fameuse expression: Il n’y a de dieu qu’Allah. Mais laissons le donc se moquer de la prononciation du nom d’Allah et détester la prière et l’unicité divine. Il se trouve que ses mensonges n’épargnent pas la Torah non plus.

Croyez-moi, l’impression et la diffusion de ce genre de publication, doit être reconnu comme un crime grave. Je n’ai rencontré dans ce livre ni vérité ni honnêteté, hormis ces paroles à la page 87 disant que le secret de la trinité dépasse nos esprits et que nous ne pouvons pas le percer. Mais l’auteur, ne pouvant se maintenir longtemps dans le bon sens, est allé spéculer sur ce qui échappe à la raison, comme le jour du jugement, l’existence de Dieu et son éternité, son savoir infini, le fait qu’il soit l’origine de toutes les causes, qu’il soit le créateur des cieux et de la terre etc. Hélas, le vil sentiment l’emporte bien des fois sur la raison.

Lorsque j’ai entendu parler de ce livre, j’ai eu hâte de l’avoir entre les mains, en me disant qu’un livre écrit sur la conversion d’un musulman au christianisme et diffusé par les missionnaires, doit certainement renfermer parmi les preuves qui ont conduit à la conversion de Kamel, quelque chose qui, à coups surs, contraindra les musulmans au christianisme, ou du moins, à reculer sur le terrain de la confrontation idéologique. Mais quelle fut ma stupeur quand je l’ai lu! Je l’ai trouvé débordant de mensonges tels que vous venez d’en entendre.

Quant à Kamel, il s’est avéré n’être qu’un individu qui a sillonné les bureaux et voyagé sur les côtes du Yémen et d’Oman, pour arriver à Bassora et là, vendre quelques exemplaires de l’Ancien et du Nouveau Testament. Le pauvre n’a pas été au delà de ce plan.

Pour être franc, j’ai été bien déçu, après l’envie suscitée en moi par le titre du livre, déçu surtout pour le précieux temps passé dans sa lecture. Mais tout ceci n’est rien à côté de ma honte vis-à-vis des musulmans.

Le cheikh: - Dis-moi Emmanuel, comment as-tu trouvé l’introduction du livre et ses insinuations, notamment à la page 3, sur le Coran et son prophète? Y a-t-il dans le Coran et dans la religion islamique des enfantillages, des légendes et des aberrations voilant l’origine du monothéisme et l’entourant d’ambiguïtés depuis douze siècles, pour reprendre votre écrivain? Prenons donc le Coran et mettons le à côté de l’Ancien et du Nouveau Testament et que la véritable unicité divine soit juge; oui, que la lumière soit! Ainsi nous verrons clairement où se trouvent les enfantillages et les aberrations païennes.

Emmanuel: - Je vous en prie cheikh, certaines mœurs poussent les gens à ce que vous voyez. Je suis confus; veuillez accepter mes excuses, et j’ose espérer que désormais nous éviterons ce chemin sur le quel mon cher père nous a mis, sans le vouloir j’en suis sûr. Mais revenons maintenant à notre sujet, sur lequel je souhaiterais vous poser quelques questions si vous le permettez et encore une fois, mille pardons.


2
La légende des gharaniq AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) La légende des gharaniq
Le Cheikh: - Questionne Emmanuel; il est normal que tu cherche à bien comprendre, pour que soit dissipée de ton esprit toute ambiguïté et que soient évacués les obstacles qui entravent ta connaissance.

Emmanuel: - Votre prophète, quand il eut fini de lire à la Mecque, en présence des païens, la sourate an-Nadjm (l’Etoile) disant aux versets 19 et 20 « Dites-moi si la Lât et la Uzzâ, et cette troisième, la Manât », il aurait selon les dires, ajouté « ces illustres gharaniq desquels l’intercession est espérée ».

Est-il raisonnable que Dieu charge un prophète d’une mission aussi sacrée que celle de guider ses créatures sur le chemin de la foi et de l’unicité divine, sachant que l’homme choisi pour cette œuvre montre des penchants polythéistes, glorifie les idoles devant les païens et plus grave encore, les sanctifie en leur attribuant des qualités supérieures?

Le Cheikh: - As-tu lu cette histoire de gharaniq dans le Coran, ou bien l’as-tu trouvée dans les hadith (discours) répétés du prophète? Existe-t-elle dans les recueils musulmans de hadith? Si c’est le cas, y a-t-il une liaison ininterrompue entre les transmetteurs du hadith, jusqu’au témoin de l’événement? Par ailleurs, trouves-tu que les musulmans reconnaissent cette histoire? Ses narrateurs sont-ils réputés satisfaisants et dignes de foi chez les musulmans, tant dans leur travail de tous les jours que dans leur religion? Ce sont là quelques uns des critères qui contribuent généralement à juger de l’authenticité d’un hadith.

Emmanuel: - Je dois reconnaître que je n’ai rien trouvé de tout cela.

Ce que j’ai appris, c’est que l’ensemble des chiites considère cette histoire comme pure légende. Parmi les sunnites, an-Nassafi dit que l’utilisation de cette histoire est inacceptable et al-Baydhaoui dit que son utilisation est réfutable parmi les enquêteurs. Quant à al-Khazin, dans son commentaire du Coran, il dit que les savants doutent de son origine, raison pour la quelle les recueils justes ne la mentionnent pas, les transmetteurs ne constituant pas une chaîne continue et surtout n’étant pas dignes de foi. Seuls quelques commentateurs et historiens passionnés par l’insolite et n’hésitant pas à mélanger le juste et le faux, l’ont effectivement racontée.

Autre preuve réfutant cette histoire, la confusion constatée dans son récit, ainsi que l’éparpillement de ses transmetteurs dans le temps. En outre, elle a été démentie par al-Qadhi ‘Ayadh, qui adopte sur ce sujet une position proche de celle d’al-Khazin. Dans as-sira al-halabya, c’est tout un groupe de savants qui a récusé cette histoire, disant qu’il ne s’agit que d’un mensonge et qu’elle a été créée de toutes pièces par des athées. Ar-Razi dans son interprétation, affirme que cette histoire est une pure invention et qu’il n’est pas permis de s’en servir. Al Baidhaoui de son côté, soutient que les narrateurs de cette histoire sont tous réputés de mauvaise foi. Quant à an-Nawawi, reprenant al- Baydhaoui, dit que ce que rapportent les chroniqueurs et les interprètes selon lesquels, la raison qui justifierait le soudjoud des païens avec le prophète (a.a.a), tiendrait de son soit disant discours élogieux à l’égard de leurs divinités, n’est en vérité qu’une calomnie et un ramassis de mensonges, ne tenant compte ni des règles élémentaires de la narration, ni ne serait-ce que d’un semblant de bon sens.

Dans le récit de Sayed Ahmed Dahlan, la légende des gharaniq trouve des défenseurs parmi certains narrateurs et interprètes, mais elle est démentie par les autres, qui l’ont qualifiée de pure invention. En fait, les défenseurs de cette histoire expriment des points de vue divergents et les enquêteurs soutiennent que la fameuse expression n’est pas de la bouche du prophète (a.s.s), mais ce serait plutôt les paroles du diable, qui seraient arrivées aux oreilles des païens et non à celles des musulmans. On dit aussi qu’un des païens aurait prononcé ces paroles, alors que le prophète (a.s.s) récitait le verset coranique.

Cheikh, il se trouve que parmi les interprètes, certains ont tendance à vouloir démontrer l’étendue de leur instruction et de leurs connaissances sur les raisons de la révélation du Coran, au point de s’agripper à des arguments aussi fragiles et incohérents que cette histoire de flamants, laquelle serait selon certains, la raison de la révélation à la Mecque, du verset 52 de la sourate al-Hadj (le Pèlerinage): « Nous n’avons jamais envoyé de prophètes ou d’envoyés avant toi… », Prétendant que la sourate al-Hadj aurait été révélée à la Mecque, au soir du prétendu événement des flamants, à la cinquième année de la mission du prophète. Cette hypothèse a peu de chance de trouver des défenseurs, puisque la sourate en question a été révélée à Médine, dans sa totalité, ainsi que le rapporte Ibn Abbas, Ibn az-Zoubeir, Qotada, Adh-Dhahhak et d’autres.

En effet, la sourate al-Hadj ne peut pas avoir été révélée à la Mecque, puisqu’elle fait référence à l’éloignement des croyants de la Mosquée sacrée, chose qui ne pouvait se produire qu’après l’hégire. D’autre part, la sourate contient l’appel au pèlerinage comme le montre le verset 27 « Lance parmi les hommes un appel pour les inviter au pèlerinage. Ils viendront à pied ou sur toute monture maigre, ils viendront de tout lieu éloigné », et ceci n’est arrivé bien sur qu’au bout de quelques années après l’hégire. La sourate cite également la permission au combat, ce qui ne pouvait avoir lieu avant l’hégire. Enfin, elle contient l’ordre au djihad (guerre sainte), lequel a été lancé bien entendu après l’hégire.

Cheikh, vous avez sans doute lu ce qui a été écrit à ce sujet dans la première partie du livre al-houda, à propos de la contradiction et de la confusion par lesquelles brille cette histoire, et ce que je me suis permis d’exprimer dans ce sens n’est qu’un modeste supplément à ce que l’on peut lire de la page 124 à 128 de ce livre.

Le Cheikh: - Dis-moi Emmanuel, comment peux-tu alors suggérer un seul instant, que notre prophète ait pu prononcer « Ces illustres gharaniq »?

Emmanuel: - Ayez la bonté d’accepter mes plus humbles excuses, cheikh; c’est en vérité une histoire que j’avais d’abord lue dans le livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, édité sous le patronage des missionnaires américains, et qui a soulevé ce sujet dans sa première partie, à la page 62. Ils ont tenté de montrer qu’il s’agissait d’une histoire authentique et pour avoir l’air convaincants, ils n’ont pas hésité à faire allusion à des références en disant: Ibn Abbas a dit, ainsi que l’ensemble des interprètes, anciens ou récents. C’est de cette manière que l’histoire a été exposée. Nous la retrouvons également dans ar-rihla al-hidjazya, du cheikh Gharib Ibn ach-cheikh ‘Adjib, lequel dit aussi: Les interprètes ont dit.

J’ai de ce fait considéré, en me basant sur leur bonne foi, que les musulmans et leurs interprètes étaient unanimes sur l’authenticité de l’histoire. Cependant, certains éléments ont attiré mon attention sur le fait qu’on ne devait pas compter sur n’importe quel traducteur. C’est alors que je me suis mis à enquêter sur la question, qui s’est avérée n’être finalement qu’une légende, comme je vous l’ai expliqué.

Par ailleurs, les livres de récits reconnaissent eux même qu’ils rapportent aussi bien le hadith (discours du prophète) authentique, que celui qui ne l’est pas, mais aussi celui ou la chaîne des transmetteurs allant jusqu’au prophète n’est pas complète, sans compter le hadith ambigu. C’est ce que dit al-Halabi au début de son récit de la vie du prophète.

Le Cheikh: - Quelle mouche t’a piqué Emmanuel? Douterais-tu maintenant de ce que disent tes amis?

Jam‘iyet kitab al-hidaya – Hachem al-‘Arabi – al-Gharib Ibn al -‘Adjib
Emmanuel: - A` vrai dire, ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est surtout ce que nous avons dit à propos du livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya. Celle-ci prétend tout simplement que Dieu n’a jamais dit dans la Torah: « il fit de ce septième jour un jour béni », et ce, bien que ces paroles soient bel et bien écrites dans la Torah et connues de tous. D’autre part, ce qui m’a poussé à ne pas m’appuyer sur ce que rapportent ces ouvrages, ce sont les mensonges avérés de l’association Jam‘iyet kitab al-hidaya, selon laquelle le Coran aurait cité le mot Qabil et ce, parce qu’il rime avec Habil. Or, nous savons parfaitement que ces deux noms n’ont aucune existence dans le Coran.

Quant aux deux autres, ils affirment respectivement dans la première édition de l’appendice de Hachem al-Arabi, à la page onze et à la page quatre-vingt dix sept du voyage d’al-Gharib Ibn al-‘Adjib, les paroles suivantes: « la genèse rapporte également que Ismaël, quand son père Abraham mourut, il vint et l’enterra ». Constatons qu’ils ont rajouté l’expression « il vint », pour une raison immorale, car elle ne se retrouve ni dans le texte d’origine hébraïque, ni dans les différentes traductions. Tout ce que nous pouvons lire dans les N° 7, 8 et 9 du chapitre 25 de la genèse, c’est: « Abraham avait cent soixante quinze ans quand il mourut. C’est donc après une longue et heureuse vieillesse qu’il rejoignit ses ancêtres dans la mort. Ses fils Isaac et Ismaël l’enterrèrent dans la grotte de Makpéla ».

Le prêtre: - Reviens maintenant à ta lecture, Emmanuel, et reprend là où tu t’es arrêté.

L’entretien de Dieu avec Abraham les versions des deux testaments
J’ai donc repris ma lecture jusqu’au numéro trente et un et même au de là, dans le chapitre onze de la Genèse. Au bout d’un temps de lecture, j’ai demandé:

- Jusque là la Torah ne fait pas la moindre allusion à la vie d’Abraham, sa foi, son monothéisme, sa prophétie, les enseignements qu’il reçut de Dieu, alors qu’il était encore dans son pays, entre les deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate. Tout ce qui est rapporté de sa vie, c’est que « Tera emmena son fils Abram et son petit fils Lot, fils de Haran. Il emmena aussi sa belle-fille Saraï, femme d’Abram. Il quitta avec eux Our en Babylonie pour aller au pays de Canaan. Ils voyagèrent jusqu’à Haran et s’y installèrent. Après avoir vécu deux cent cinq ans, Tera mourut à Haran ».

Ensuite, dans le chapitre douze, la Torah rapporte que Dieu ordonna à Abraham: « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va dans le pays que je te montrerai ». Abraham quitta Haran en compagnie de sa femme Saraï et son neveu Lot. Il était alors âgé de soixante quinze ans. Ils emportèrent toutes leurs richesses et emmenèrent les esclaves achetés à Haran.

Monsieur le curé, nous apprenons du Nouveau Testament, dans les débuts du septième chapitre de Actes des apôtres: « Le Dieu glorieux apparut à notre ancêtre Abraham lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il aille habiter Haran, et lui dit: « quitte ton pays et ta famille et va dans le pays que je te montrerai ». Abraham quitta alors le pays des Chaldéens et alla habiter Haran ».

Dieu s’était-il adressé à Abraham en Mésopotamie et la Torah aurait déplacé l’évènement à Haran? Ou alors le discours a bien eu lieu à Haran et ce serait le Nouveau Testament qui l’aurait déplacé en Mésopotamie?

A bien y réfléchir, Dieu s’est adressé à Abraham en Mésopotamie, sa terre où se trouvait la maison de son père et lieu de sa parenté, alors que Haran n’était ni sa terre, ni celle de la maison de son père, ni le lieu de sa parenté. Il était à Haran, ainsi que son père, sa femme Saraï et son neveu Lot, des étrangers. Mon père, pourquoi trouvons nous alors ce genre de déviation dans la Torah?

Le prêtre: - Que veux-tu Emmanuel; les choses ne sont pas toujours comme tu voudrais qu’elles soient, et ce que tu n’aimes pas est arrivé. Tu ferais mieux de continuer de lire.

Abraham doute
En parcourant le quinzième chapitre de la Genèse, j’ai été particulièrement frappé par ce que l’on peux lire entre les numéros sept et douze: « Il lui dit: je suis le Seigneur qui t’ai fait sortir d’Our en Babylonie pour te donner en propriété ce pays où tu es. – Seigneur Dieu, répondit Abram, comment pourrai-je être sûr que je le possèderai? Le Seigneur lui dit: amène-moi une génisse, une chèvre et un bélier de trois ans chacun, une tourterelle et un pigeon. Abram amena les animaux. Il les partagea par le milieu, à l’exception des oiseaux et plaça chaque moitié vis-à-vis de l’autre. Des vautours s’abattirent sur les cadavres, mais Abram les chassa. ». Je me suis tourné vers le prêtre en lui disant:

- Monsieur le curé, que de simples personnes offrent une terre à d’autres personnes est déjà en soit un fait très ordinaire sur terre; et là, c’est tout de même Dieu qui promet à Abraham de lui donner en propriété la terre où il se trouve. Comment Abraham peut-il douter ne serait ce qu’un instant de la promesse de Dieu et lui répondre: « Comment pourrai-je être sûr que je la possèderai? » La promesse de Dieu n’était elle pas suffisante en elle-même? Abraham n’était-il pas croyant? Où alors, aurait-il reçu la visite du fameux serpent honnête, comme ce fut le cas avant lui pour Adam et Eve, lequel serpent aurait encore usé de ses bons conseils, en disant cette fois à Abraham qu’il n’hériterait pas de ce pays et que ces paroles de Dieu sont comme celles qu’il avait adressé à Adam, le jour où Dieu l’aurait averti qu’il mourrait s’il venait à manger des fruits de l’arbre interdit?

Laissons ceci de côté et dites-moi plutôt monsieur le curé; quel est donc ce signe que Dieu a montré à Abraham, ainsi que nous l’apprend la Torah, pour qu’il soit enfin convaincu de la sincérité de la promesse? Ne trouvez-vous pas que l’expression concernant le signe et faite de propos tronqués et confus, dénués de sens et d’intérêt? Dieu n’a pas demandé à Abraham de partager les animaux par le milieu, à l’exception des oiseaux. Pourquoi Abraham a-t-il donc agit ainsi? Est-ce là vraiment la parole de Dieu? Sauf l’infini respect dû à Dieu, à ses livres, ainsi qu’à ses prophètes, loin de nous cette idée ou ce qui lui ressemble.

La foi d’Abraham dans le Coran
Le prêtre: - Puisque tu insiste sur le sujet, je me rappelle que le Coran s’exprime justement vers la fin de la sourate al-Baqara (la Vache), sur cette même question.

Emmanuel: - Tout à fait; j’ai lu le verset 260 de cette sourate: « Et [rappelle toi] lorsque Abraham dit: « Seigneur, montre-moi comment tu fais revivre les morts », [Dieu] dit: « Est-ce que tu ne cois pas? » [Abraham] dit: « Si, mais c’est pour que mon cœur soit rassuré. » [Dieu] dit: « Prends quatre [espèces d’] oiseaux, [après avoir coupé la tête, ] tout en les orientant vers toi, découpe-les et mélange-les, puis mets-en un morceau sur chaque mont; ensuite appelle-les, ils accourront vers toi en toute hâte » ».

Le prêtre: - Comment trouves-tu ces paroles, Emmanuel?

Emmanuel: - Je vois des paroles d’un énoncé homogène, présentant des preuves irréfutables d’un Abraham demandant seulement à Dieu de le rassurer en ôtant le voile devant ses yeux, pour lui faire découvrir l’expression de sa grandeur et le rendre témoin de ce dont il est déjà convaincu.

Il se trouve seulement, que la résurrection des morts possède quelque chose d’extraordinaire, qui appelle, pour une croyance sincère, une confirmation visuelle. Mais monsieur le curé, comment se fait-il que le Coran s’exprime de la sorte sur le sujet, alors que la Torah mentionne tout à fait autre chose? Et dire que le juif et le chrétien prétendent que le Coran tire ses informations de la Torah! Quelle peut être la cause de cette différence?

Le prêtre: - La raison et que seul l’un des deux livres écrit l’authentique révélation divine. Juge donc en ton âme et conscience, et continue de lire.

Abraham, Dieu et les anges
Aussitôt, j’ai repris ma lecture, cette fois au seizième chapitre de la Genèse. Il rapporte la bonne nouvelle de l’ange à Agar, femme d’Abraham. Il lui annonce la naissance prochaine d’un fils qu’elle appellera Ismaël. Au numéro sept du chapitre la Torah dit que l’ange du Seigneur s’est adressé à Agar, pendant qu’au numéro treize nous lisons: « Agar se demandait: « ai-je réellement vu celui qui me voit? » et elle donna ce nom au Seigneur qui lui avait parlé: « Tu es El Roï, le Dieu qui me voit ». D’un côté la Torat dit clairement que c’est l’ange du Seigneur qui a parlé à Agar; d’un autre côté, elle dit avec la même clarté qu’ « elle donna ce nom au Seigneur qui lui avait parlé ». Qu’est-il donc arrivé à notre Torah pour qu’elle ait autant de mal à distinguer entre Dieu et ses anges?

Le prêtre: - Garde ton calme. Tu verras que dans la Torah, des cas comme celui-ci sont monnaie courante.

Pendant que je lisais les chapitres dix sept et dix huit de la Genèse, le prêtre écoutait en souriant. J’avais beau méditer sur les contenus et leurs sens, je les trouvais contradictoires. J’avais franchement du mal à leur trouver une place dans le rationnel. Je me suis alors tourné vers le prêtre en lui demandant.

- Ayez la bonté de m’aider monsieur; vous voyez bien que la Torah dit, en résumé, que le Seigneur apparut à Abraham. Celui-ci était assis à l’entrée de sa tente, quand soudain, il vit trois hommes. Il se précipita à leur rencontre et dit à l’un d’eux: Je t’en rie, fais-moi la faveur de t’arrêter chez moi. On va apporter de l’eau pour vous laver les pieds et je vous servirai quelque chose à manger pour que vous repreniez des forces. Il leur prépara un repas et ils mangèrent. Quand l’un des visiteurs déclara à Abraham que sa femme Sara aura un fils. Celle-ci se trouvait à l’entrée de la tente et écoutait leur discussion. Elle se mit à rire car elle et son mari Abraham avaient dépassé l’âge d’avoir des enfants. Le Seigneur demanda alors à Abraham: pourquoi Sara a-t-elle ri? Y a-t-il quelque chose que Dieu ne puisse réaliser? Quand je reviendrai dans un an, Sara aura un fils.

Ensuite, toujours d’après la Torah, les hommes se mirent en route en direction de Sodome et Abraham marchait avec eux pour les reconduire. Le Seigneur se dit: je ne veux pas cacher à Abraham ce que je vais faire. Alors il l’informa: les accusation contre les population de Sodome et Gomorrhe sont graves. Je vais descendre pour vérifier ces accusations. S’ils font tout ce mal je le saurai. Deux des visiteurs partirent pour Sodome, tan disque le Seigneur restait avec Abraham. La Torah rapporte également un dialogue entre Dieu et Abraham, sur le sort de ces deux villes et quand ils eurent fini leur discussion, le Seigneur s’en alla et Abraham retourna chez lui.

Le dix neuvième chapitre rapporte l’arrivée des deux anges à Sodome. Voici en résumé ce qu’en dit la Torah: Ils furent reçus par Lot qui leur demanda de venir chez lui. Il leur prépara un repas et ils mangèrent. Durant la nuit, ils informèrent Lot que le lendemain la ville serait détruite.

Ainsi, dès le lever du jour, les anges pressèrent Lot de partir et comme il hésitait, ils le prirent par la main, ainsi que sa femme et ses deux filles et le conduisirent hors de la ville. Alors l’un des anges dit à Lot:

- Fuis pour sauver ta vie, ne regarde pas en arrière. Ne t’attarde pas dans la région et réfugie-toi dans la montagne.

Lot répondit: - Je ne pourrai pas fuir jusque dans la montagne avant que le malheur m’atteigne, et je mourrai. Tu vois cette petite ville? Elle est assez proche pour que je puisse courir jusque là. Laisse-moi m’y réfugier.

- Je t’accorde encore cette faveur de laisser intacte cette ville, répondit l’ange; Va t’y réfugier, car je ne puis rien faire avant que tu y sois arrivé.

Pardonnez-moi monsieur le curé, mais comment se fait-il que Dieu apparaisse à Abraham sous forme de trois hommes et pourquoi Abraham s’adresse-t-il à eux à la deuxième personne du singulier? « Je t’en pris, fais moi la faveur de t’arrêter chez moi ». Ensuite, il s’adresse à eux au pluriel: « Je vous servirai quelque chose à manger pour que vous repreniez des forces ». La Torah dit qu’ils mangèrent tendis qu’Abraham se tenait debout prés d’eux. Aidez-moi monsieur le curé, je sens que je me perds. Qui a donc mangé? Seraient-ils humains? Ou des anges? Ou même Dieu tout puissant? Si j’en cois la Torah, il n’y a pas le moindre doute, il s’agit bien de Dieu: (le seigneur dit: pourquoi Sara a-t-elle ri? Le Seigneur se dit: je ne veux pas cacher à Abraham ce que je vais faire. Le Seigneur dit à Abraham: les accusations contre les populations de Sodome…).

Monsieur le curé, Dieu a-t-il besoin de descendre à Sodome pour voir, afin de savoir? De toute évidence, selon la Torah, Dieu ne pouvait ni voir, ni savoir ce qui se passait à Sodome s’il n’y descendait pas, exactement comme le ferait n’importe quel humain. Ainsi, Dieu entendait bien les accusations portées contre Sodome et Gomorrhe, mais devait descendre sur place pour vérifier. Dans ce cas, où se trouvait-il puisqu’il lui fallait descendre? Et où est-il donc parti après avoir discuté avec Abraham?

Je souhaiterai aussi comprendre: comment se fait-il que les trois hommes invités d’Abraham, soient devenus deux anges? Comment se fait-il que les deux anges aient mangé chez Lot? Quand l’un des deux anges dit à Lot de sauver sa vie, celui-ci s’adresse à lui en disant: Seigneur, j’ai bénéficié de ta bienveillance, tu as sauvé ma vie. A qui donc Lot parlait-il? La Torah ne manque pas de préciser que c’est bien l’ange qui répond à Lot en disant: « je t’accorde encore cette faveur de laisser intacte la ville dont tu parles. Je ne puis rien faire avant que tu y sois arrivé. »

On s’interroge, monsieur: Est-il Dieu pour avoir le pouvoir de décider d’épargner la ville? Et pourquoi ne peut-t-il rien faire avant que Lot y soit arrivé?

Le prêtre: - Nos amis disent que les trois hommes sont en fait les trois hypostases de Dieu, qui serait apparu à Abraham dans ses trois hypostases.

Ainsi, Dieu serait Un à trois hypostases, ce qui explique qu’Abraham s’adresse à eux à la deuxième personne du singulier, car Dieu est un. Il s’adresse également à lui au pluriel, au regard de ses trois hypostases.

Emmanuel: - J’aurai bien demandé comment Dieu peut être un et trois en même temps, mais on m’aurait répondu: Tais-toi, dépourvu de foi que tu es! C’est une question surnaturelle, qui trouve ses réponses au-delà de la raison et du raisonnable. Et voilà qu’en même temps, d’autres questions me brûlent la langue: Abraham savait-il que c’était Dieu qui lui était apparu dans ses trois hypostases quand il leur dit: « On va vous apporter de l’eau pour vous laver les pieds et vous vous reposerez sous cet arbre »? Il leur prépara aussi à manger. Ont-ils mangé du repas préparé par Abraham? N’oublions pas que c’étaient les hypostases de Dieu. Dieu mange-t-il? Est-il concevable que Dieu ou ses hypostases, ou même les anges, mangent? Ensuite, comment les trois hypostases se sont-ils transformés chez Lot en deux anges?

Les prodiges du Coran
Monsieur le curé, voilà que la Torah en laquelle nous croyons et que nous considérons comme étant la parole de Dieu, rapporte l’histoire avec tant de manques, de contradictions et de considérations qui la placent hors des limites de la raison.

D’un autre côté, le Coran auquel ne croient que les musulmans, nous rapporte une histoire tout à fait raisonnable, saine de toute contradiction, ainsi que nous pouvons aisément nous rendre compte en lisant les versets 69-83 de la sourate Houd (Hûd). La preuve est donnée également entre les versets 24 et 37 de la sourate adh-Dharyat (les Ouragans), où il apparaît tout à fait clair que les invités d’Abraham ne mangent pas et que ce sont en réalité des anges envoyés de Dieu.

Le prêtre me chuchota alors en souriant: - Nos amis affirment que c’est de la Torah que Mohammed prend des histoires pour le Coran, sous l’enseignement des juifs entre autres, car il ne savait ni lire ni écrire.

Emmanuel: - Il est vrai que Mohammed est un Arabe. Ils sont connus pour être des barbares païens, incapables de distinguer en métaphysique entre le rationnel et l’irrationnel et que même leur idolâtrie revêt un caractère déraisonnable.

Cependant, si comme vous dites, Mohammed prenait de la Torah, avec l’enseignement des juifs, ses histoires pour le Coran, à l’évidence il les aurait rapportées telles qu’elles sont dans la Torat, avec les lacunes, les contradictions et l’irrationnel qui les caractérisent. Il les aurait même dénaturées d’avantage, conformément aux besoins de la nature barbare de son peuple et de leurs aspirations païennes.

Seulement, j’ai pris le soin de vérifier les histoires du Coran, que les juifs et nos amis prétendent qu’elles proviennent de la Torah et du Nouveau Testament; J’y ai trouvé au contraire des textes qui apportent des corrections à toutes les erreurs dont regorgent les deux Testaments.

N’est-ce pas drôle et renversant à la fois? D’un côté, les livres des deux Testaments que nos amis considèrent comme étant la parole de Dieu, s’avèrent débordant de ce qui choque la raison et le bon sens. D’un autre côté, il y a le Coran, auquel nos amis ne veulent pas croire, sachant pourtant qu’il est le seul qui soit en conformité et en harmonie avec la raison et le bon sens.

J’aurai tant voulu que juifs et chrétiens cessent d’accuser Mohammed (a.s.s) d’avoir pris des deux Testaments les histoires du Coran, car ceci nous met devant la gênante obligation de confronter les versions, ce qui aboutira inéluctablement à révéler toute la grandeur du Coran. Quant à nous, il nous restera l’amertume de l’humiliation. Alors monsieur le curé, me permettez-vous de comparer en votre présence les histoires du Coran à celles des deux Testaments?

Le prêtre: - Tu l’as déjà fait pour l’histoire d’Adam, celle d’Abraham et les oiseaux, et à l’instant celle des anges invités d’Abraham, puis de Lot. La confrontation des livres se poursuivra fort probablement, si tu te décides à poursuivre ta lecture. Mais saches Emmanuel que tu abordes des sujets sensibles et tu parles de choses graves, qui t’attireront sans doute les foudres des tiens.

Emmanuel: - Mon peuple est pour la liberté de conscience car il aime la vérité, et comme la démonstration a toujours été un soulagement pour les esprits ouverts et que justement nous sommes devant la source, eh bien, buvons.

Le prêtre: - Tant que tu y es, bois donc à petites gorgées cher Emmanuel; rapproche-toi de la vérité à pas mesurés, pour qu’il me soit aisé de t’orienter, même si je ne serai pour toi que d’une aide toute relative. Retiens bien ce qui a précédé de ta leçon, afin que tu puisses par tes propres déductions, aboutir à la vérité. Que Dieu te guide mon enfant.

Emmanuel: - Tout est encore présent dans mon esprit, tout comme le sont vos inestimables paroles dont la lumière n’a cessé de m’accompagner depuis le début. Elles y resteront telles des caractères gravés dans la pierre. Ceci dit, mon attention ne cesse d’être attirée vers un autre aspect de l’histoire; vers la fin du dix neuvième chapitre de la Genèse, nous apprenons que lorsque Dieu détruisit Sodome et Gomorrhe, Lot à qui il avait permis d’échapper à ce bouleversement alla vivre dans la montagne où il s’installa dans une grotte avec ses deux filles. Un jour, elles s’entendirent pour soûler leur père en vue d’une relation sexuelle avec lui, afin de lui assurer une descendance. C’est ce qu’elles firent l’une après l’autre sans qu’il ne s’en rende compte. Les deux filles tombèrent donc enceintes de leur père et eurent chacune un garçon.

Monsieur, est-il concevable qu’une telle aberration s’associe à la piété et à la droiture de Lot? A propos, pourriez-vous me dire si le Coran mentionne ce genre d’histoire à son sujet?

Le prêtre: - Concevable ou pas, notre Torah dit que cela s’est passé ainsi. Quant au Coran, il ne cite à ma connaissance, rien de semblable au sujet de Lot.

La circoncision selon l’Ancien et le Nouveau Testament
En parcourant le chapitre dix sept de la Genèse, je me suis quelque peu attardé entre les numéros neuf et quinze. Je me suis dit qu’il serait injuste de poursuivre notre lecture et sauter ce passage où il question de circoncision; un sujet qui revêt un intérêt particulier.

Ce chapitre confirme en effet l’obligation imposée par Dieu à Abraham et à tous ses descendants de sexe masculin, de se soumettre à la circoncision. C’est selon les propos de la Torah, le signe de l’alliance établie entre eux et Dieu. Quant à l’homme non circoncis, il devait être exclu du peuple pour n’avoir pas respecté les obligations de cette alliance.

- J’aurai voulu savoir monsieur le curé: est-ce là une situation spécifique à Abraham, ses partisans et sa descendance, ou alors est-ce une loi générale et l’alliance de Dieu avec tous les croyants des générations à venir?

Le prêtre: - C’est l’alliance de la foi et le code des croyants. Et parce qu’il n’y avait alors d’autres croyants qu’Abraham et ses partisans, c’est tout naturellement que l’obligation les a concernés de manière exclusive. Plus tard, la loi de Moïse l’établira de façon certaine et en fera même, ainsi que l’explique le douzième chapitre de l’Exode, la condition à tous les individus de sexe masculin, afin qu’ils obtiennent le droit de participer au repas de pâque.

Les prophètes ainsi que tous les croyants ont toujours porté une attention particulière à cette consigne divine et s’y sont conformés scrupuleusement, jusqu’environ l’an cinquante après Jésus Christ. Dans sa Lettre aux Romains (4.11), Paul témoigne qu’Abraham avait reçu la circoncision comme un signe et que c’était la marque indiquant que Dieu l’avait considéré comme juste et ce, en raison de sa foi.

Emmanuel: - Puisque la circoncision est un pacte avec Dieu et une marque de la foi, qu’est ce qui a bien pu être à l’origine de la suspension de cette loi?

Le prêtre: - Les livres du Nouveau Testament disent que la circoncision a été annulée par les apôtres et Paul vers l’an 17 après Jésus Christ. Tiens, je pensais que tu avais lu le quinzième chapitre de Actes des apôtres et aussi les paroles rapportées dans les lettres attribuées à Paul.

Emmanuel: - J’ai effectivement lu le chapitre quinze du livre Actes des apôtres, lequel montre que non seulement on annule l’obligation de circoncision, mais plus grave encore, c’est toute la loi mosaïque qui s’y trouve abolie. Pourtant, Jésus a bien recommandé dans l’Evangile de préserver cette loi qu’il s’employait à faire respecter avec tant de persévérance. Cela ne les a pas empêchés de l’annuler sans s’appuyer sur une injonction divine. Cette démarche arbitraire n’a été justifiée au contraire que par des choix irréfléchis, tels la préférence et la facilitation pour les nations. Comme si nous pouvions corriger et remodeler le message de Dieu, à notre convenance.

S’agissant du discours contenu dans les lettres attribuées à Paul au sujet de l’annulation de l’obligation de circoncision, celui ci n’est fait que d’un ensemble de contradictions et de dénigrements pour la loi de Moïse. A part cela, je n’y ai rien trouvé de convainquant.

Abd al-Massih et la circoncision
Le prêtre: - Certains de nos amis prétendent que Dieu, lorsqu’il a choisi le peuple d’Israël parmi les enfants d’Abraham, pour les faire émigrer en Egypte, il savait que leur penchant les pousserait à la turpitude. C’est alors qu’il a institué la circoncision, sachant que la femme Egyptienne, en voyant cette mutilation physique, s’abstiendrait de se prêter à l’adultère. Donc, il n’était nul besoin pour le peuple d’Israël, après leur départ d’Egypte, de se conformer à l’obligation de circoncision.

Emmanuel: - Ce sont là les paroles d’Abd al-Massih dans une lettre écrite à l’époque d’al-Ma’moun. A ce que l’on dit, il voulait par cette lettre justifier l’annulation de l’obligation de circoncision. Moi je dis qu’il aurait été mieux, pour le respect de la gloire de Dieu et la sainteté de ses prophètes, qu’il ne se justifie pas. Disons à Abd al- Massih que s’il n’était nul besoin de circoncision après le départ d’Egypte, pourquoi Dieu aurait-il dans ce cas confirmé sa loi dans le désert du Sinaï, plus d’un an après leur départ? Dieu avait alors dit à Moïse que tous les males devaient être circoncis au huitième jour de leur naissance, ainsi que nous pouvons le voir au huitième chapitre du livre Lévitique.

En outre, Dieu n’a-t-il pas ordonné à Josué de circoncire les Israélites qui ne l’ont pas été durant la traversée du désert? Nous savons que Josué a obéi et exécuté l’ordre de Dieu à l’endroit appelé Guilgal, prés de l’ennemi, exposant ainsi ses compagnons au danger. Ensuite le Seigneur dit à Josué: Aujourd’hui je vous ai débarrassés de la honte que vous avez ramené d’Egypte. Ceci est dans le cinquième chapitre du livre de Josué, qui situe les faits à plus de cinquante ans après le départ d’Egypte.

Pourquoi les autres prophètes y compris Jésus et ses apôtres n’ont-ils pas dérogé à cette loi jusqu’en l’an 17 après le Christ? Ainsi, il s’avère que l’obligation de circoncision avait été respectée depuis le départ d’Egypte et ce, durant une période d’environ mille quatre cent quarante ans. Pourquoi donc les apôtres et Paul n’ont-ils pas justifié l’abolition de cette loi de la même façon que l’a fait abd al-Massih? Curieux, n’est-ce pas?

Le prêtre: - Je crois que nous ferions mieux de poursuivre notre lecture.

Qui était l’unique fils d’Abraham
J’ai aussitôt replongé dans ma lecture de la Genèse, jusqu’au vingt deuxième chapitre où il est rapporté que Dieu mit Abraham à l’épreuve en lui ordonnant d’égorger son fils. Là, j’ai demandé au prêtre:

- Monsieur le curé, la Torah rapporte le discours où Dieu s’adresse à Abraham en lui disant: « ton fils unique » et la Torah affirme qu’il s’agit d’Isaac; Or Isaac n’était pas le fils unique d’Abraham, puisqu’il y avait Ismaël, son frère aîné, plus âgé que lui de près de quinze ans. Dans ce cas, si fils unique il y a, il ne peut s’agir que d’Ismaël, puisque Isaac n’était pas encore né.

Le prêtre: - Les musulmans disent que Dieu a mis Abraham à l’épreuve en lui ordonnant d’égorger Ismaël, son fils unique.

Emmanuel: - Ne seriez-vous pas en train de dire que les musulmans ont transformé cette histoire au profit d’Ismaël, l’ancêtre de leur prophète et de beaucoup d’entre eux, afin de lui attribuer tout le mérite de l’esprit du sacrifice et toute la piété que traduit une telle attitude?

Le prêtre: - Loin de moi cette idée. Je dirai seulement que l’incohérence que tu viens de relever dans le texte de la Torah qui désigne Isaac comme fils unique, ne manquera pas de conforter les musulmans dans leur thèse.

Emmanuel: - Pourtant la Torah déclare sans ambiguïté qu’Isaac était bien le fils unique d’Abraham.

Le prêtre: - Toi alors, quand tu mets le doigt sur quelque chose, on peut dire que tu te cramponnes. Mais je te le concède; dans la Torah, il y a effectivement erreur, soit dans la qualification d’Isaac de « fils unique », soit en l’appelant « Isaac ».

Emmanuel: - Mais comment pareille chose peut-elle se produire dans la Torah, le livre de Dieu?

Le prêtre: - Eh bien, c’est pourtant ce qui est bel et bien arrivé et ce n’est pas une exception, car nous pouvons citer d’autres situations. Tiens, prenons l’exemple du trente septième chapitre de la Genèse, qui aborde l’histoire du complot préparé par les frères de Joseph pour se débarrasser de lui.

La Torah cite à partir du numéro 25: « Ils virent passer une caravane d’Ismaélites, qui venaient du pays de Galaad et se dirigeaient vers l’Egypte ».

N°27: Juda dit à ses frères: « vendons le plutôt à ces Ismaélites, mais ne touchons pas à sa vie ».

N°28: « Des marchands Madianites, qui passaient par là, tirèrent Joseph de la citerne. Ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, qui l’emmenèrent en Egypte ».

N°36: « Les Madianites emmenèrent Joseph en Egypte et le vendirent à Potifar, homme de confiance du Pharaon et chef de la garde royale ».

Au trente neuvième chapitre, nous pouvons encore lire: « Les Ismaélites qui avaient emmené Joseph en Egypte le vendirent à un Egyptien nommé Potifar ».

Nous voyons donc comment la Torah les appelle tantôt Ismaélites (descendants d’Ismaël fils d‘Abraham et d’Agar), tantôt Madianites (descendants de Madian, fils d’Abraham et de Cétura). Telle est malheureusement la situation de notre Torah; lis mon petit Emmanuel.

Bénédiction de Jacob par son père Isaac
J’ai aussitôt repris la lecture du livre de la Genèse, précisément le vingt septième chapitre, qui raconte de manière étonnante comment Jacob obtint la bénédiction de son père Isaac. J’ai lu à haute voix jusqu’au numéro quarante et je me suis arrêté. Le prêtre me regardait en souriant et me demanda: - Que t’arrive-t-il? Pourquoi t’arrête-tu?

Emmanuel: - Et pourquoi monsieur le curé sourit-il? Partagerait-il mon étonnement?

Le prêtre: - Ne t’en occupes pas Emmanuel et dis plutôt ce que tu as en tête.

Emmanuel: - Isaac le prophète a voulu donner sa bénédiction à Esaü, son fils aîné. Peu nous importe que ce soit Dieu qui l’a voulu et que ce soit sur son ordre, ou pas. Mais pour quelle raison Isaac demanda-t-il a Esaü: « Prends ton arc et tes flèches et va à la chasse. Tu me ramèneras du gibier, tu me prépareras un de ces plats appétissants, comme je les aime, et tu me l’apporteras. J’en mangerai, puis je te donnerai ma bénédiction avant de mourir.» (Gen 27. 3-4).

Je me demande bien pour quel intérêt il retarda sa bénédiction, jusqu’après avoir mangé de ce gibier. Ne pouvait-il pas la lui donner tant qu’il avait faim? Ou bien, ne pouvait-il le faire qu’en contre partie de quelque chose?

Quoi qu’il en soit, la Torah dit que Jacob apporta deux chevreaux à sa mère, qui en fit un de ces plats qu’Isaac aimait. Ensuite Jacob mit les habits d’Esaü et avec la peau des chevreaux, il se recouvrit les bras et la partie lisse du cou, pour paraître aussi poilu qu’Esaü. Puis il va retrouver son père et lui dit: « Je suis Esaü, ton fils aîné. J’ai fait ce que tu m’as demandé. Viens donc t’asseoir pour manger de mon gibier.

Ensuite tu me donneras ta bénédiction. » Et lorsque Isaac lui demanda: « Tu es bien mon fils Esaü? » Jacob répondit: Oui, c’est moi. Alors Isaac mangea et but du vin, ensuite donna sa bénédiction à Jacob: « Que Dieu te donne la rosée qui tombe du ciel, les riches produits de la terre, du blé et du vin en abondance. Que des nations soient à ton service, que des peuples se prosternent devant toi. Sois le maître de tes frères, qu’ils s’inclinent devant toi! Maudit soit celui qui te maudira, béni soit celui qui te bénira.»

Quand Esaü eut fini ce dont son père l’avait chargé, il revint le voir pour recevoir la bénédiction promise. C’est alors qu’Isaac se rendit compte qu’il avait été dupé et se mit à trembler de tous ses membres. Il demanda: mais alors, qui m’a fait manger avant ton arrivée? C’est à lui que j’ai donné ma bénédiction et elle lui restera acquise. Esaü comprit alors que son frère s’était fait passer pour lui et se mit à pousser des cris en suppliant son père de le bénir à son tour. Mais Isaac répondit: « Ton frère est venu et m’a trompé. Il a emporté la bénédiction qui te revenait ». Et comme Esaü insistait auprès de son père, lui demandant désespérément s’il ne lui restait pas une bénédiction, celui-ci lui répondit: « J’ai fait de lui ton maître et je lui ai donné tous ses frères pour serviteurs. Je lui ai accordé le blé et le vin. Je ne peux rien faire pour toi mon fils ».

Monsieur le curé, la Torah dit que Jacob a trahi son frère et trompé son père. Alors dites-moi; cette bénédiction dépendait-elle des simples paroles d’Isaac, de son rassasiement du gibier et du vin, même si elle était contraire à son intention, même s’il était trompé, car au fond il la destinait à un autre? Je ne peux pas croire que la volonté de Dieu et son infinie sagesse n’exerçaient aucune influence sur cette bénédiction. Pourtant, à en croire la Torah, dans la destination sacrée de la bénédiction Dieu n’a pas regardé du côté du véritable ayant droit, mais a plutôt tenu compte des paroles d’Isaac, tout en le sachant berné par l’imposteur auquel il venait de la donner.

Le prêtre: - Qui sait? C’est peut être tout simplement la volonté de Dieu qui s’est exercée dans le transfert de la bénédiction vers Jacob.

Emmanuel: - La Torah raconte que Dieu a révélé à Moïse les histoires de Lot et ses filles, celle de Dina fille de Jacob, de Tamar belle sœur de juda, de la lutte de Jacob avec Dieu. Moïse a également reçu et dans le détail la description des habits que devait porter Aaron, leur couleur, leur décoration et ce, au moment même où d’après la Torah Aaron appelait à l’adoration du veau.

Je pourrai citer d’autres exemples mais ce n’est pas notre propos. Ceci dit, si comme vous dites cela pourrait être la volonté de Dieu, n’était-il pas plus simple que la révélation ordonne à Isaac dés le début qu’il donne sa bénédiction à Jacob, sans que celui-ci ait été contraint, pour l’obtenir, de recourir à la tricherie et le mensonge. Cela aurait évité aux actions de Dieu et aux prophètes d’être sujets à la moquerie.

Le prêtre: - Que veux-tu que je te réponde? Continue de lire, peut être trouveras-tu toi-même la réponse.

Nous voici donc au chapitre trente deux de la Genèse. Pendant que je lisais, le prêtre tantôt souriait, tantôt montrait des signes d’agacement et pour cause, la Torah raconte (Gen 32. 23 – 31): « Au cours de la nuit, Jacob se leva et pris ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants. Il leur fit traverser le gué de Yabboq avec tout ce qu’il possédait. Il resta seul et quelqu’un lutta avec lui jusqu’à l’aurore. Quand l’adversaire vit qu’il ne pouvait pas vaincre Jacob dans cette lutte, il le frappa à l’articulation de la hanche et celle-ci se déboîta. Il dit alors: Laisse-moi partir, car voici l’aurore. Je ne te laisserai pas partir si tu ne me bénis pas, répliqua Jacob. L’autre demanda: Comment t’appelles-tu? Jacob, répondit-il. L’autre reprit: On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté contre Dieu et contre les hommes et tu as été le plus fort. Jacob demanda: Dis-moi donc quel est ton nom. Pourquoi me demandes-tu mon nom? répondit-il. Alors, il bénit Jacob. Celui-ci déclara: J’ai vu Dieu face à face et je suis encore en vie. C’est pourquoi il nomma cet endroit Penouel – ce qui veut dire face de Dieu ».

La Torah affirme que celui qui a lutté toute la nuit contre Jacob, sans pouvoir en venir à bout, n’était autre que Dieu, que Jacob d’ailleurs n’a pas voulu lâcher jusqu’à ce qu’il ait obtenu de lui, et de force, sa bénédiction, comme il l’avait obtenue de son père par le biais du mensonge et de la trahison. C’est vraisemblablement ce qui lui a valu d’obtenir de Dieu la médaille d’honneur et de la supériorité, en se faisant appeler « Israël ».

- Quel esprit raisonnable accepterait ces paroles monsieur le curé? C’est toute l’idée que se fait la Torah de Dieu et de sa majesté? Nous lisons ces mots, nous les acceptons et nous avons la prétention de nous dire croyants et monothéistes! Ces paroles ferons plutôt de nous la risée du monde et l’objet de moquerie pour les matérialistes et les païens. Est-ce donc ainsi que se déroulent les affaires de Dieu avec ses prophètes, qui ne sont que ses créatures, et est-ce ainsi que doit s’exprimer le livre de Dieu?

A ces mots, j’étais un peu contrarié d’avoir cédé à l’émotion. Je repris donc mon calme et replongeait aussitôt dans la lecture de la Genèse, au chapitre trente cinq. Il y est mentionné entre autre que Dieu apparut à Jacob, qu’il l’appela Israël, lui promit de nombreux enfants, ainsi que le pays qu’il avait donné à Abraham et Isaac avant lui, puis s’éloigna du lieu où il venait de parler à Jacob. A cause de cet événement, Jacob appela cet endroit Béthel, ce qui veut dire maison de Dieu.

Décidément la Torah n’en finit pas de me surprendre; elle parle d’un Dieu qui apparaît et qui s’éloigne de la même manière que le ferait un vulgaire corps. Soudain, le prêtre pris la parole et je me rendis compte que je venais de réfléchir à haute voix.

Le prêtre: - Est-ce que Dieu est un corps qui marchait dans le paradis et dont Adam entendait le bruit des pas sur le sol? Etait-il un corps également lorsqu’il luttait contre Jacob et qu’il ne parvenait même pas à le vaincre? Oublions cela Emmanuel et poursuis plutôt ta lecture.

Le chapitre trente huit raconte l’histoire de l’adultère commis par Juda, fils de Jacob, avec sa belle fille Tamar, veuve de son fils aîné Er. Il résulta de cette relation la naissance de deux garçons: Pérès et Zéra. Comme d’habitude, la lecture de ce genre de paroles me choqua et je ne pus m’empêcher de réagir:

- Quel intérêt la révélation et le livre de Dieu ont-ils de discréditer et d’humilier ainsi la maison de la prophétie et le peuple de Dieu? Pourquoi tant de calomnies sur l’origine et la naissance de prophètes aussi bons et aussi pieux que David, Salomon et Jésus, tous nés de la descendance de Pérès?

Nous savons bien, monsieur le curé, que c’est cette même Torah qui consacre: « Un homme né d’une union interdite ne doit pas être admis dans l’assemblée des fidèles. Même ses descendants de la dixième génération n’y seront pas admis » (Deut 23.3). Comment David a-t-il pu, dans ce cas, être admis dans l’assemblée des fidèles, étant lui-même de la dixième génération? Comment s’est-il retrouvé prophète et destinataire de la révélation?

Le prêtre: - Tu as tort de te servir de ce genre d’objection pour protester contre le livre de la révélation; tu aurais beaucoup de mal à en sortir. Il se trouve, mon cher Emmanuel, que nos livres sacrés (2eme livre de Samuel, chapitre 13) rapportent que Amnon fils de David, était si amoureux de sa demi-sœur Tamar qu’il la viola, et celui qui lui inspira le plan de son méfait était Yonadab, fils de Chamma et neveu de David. Pourtant, lorsque David apprit se qui s’était passé, il ne le reprocha pas à Amnon, car il était son fils aîné et il l’aimait beaucoup. Mais quand David apprit qu’Absalom, frère de Tamar, avait vengé sa sœur et tué Amnon, il le pleura tous les jours et porta son deuil durant trois ans.

Nos livres rapportent également (2eme livre de Samuel, chapitre 16) qu’Absalom, sur les conseils d’Ahitofel, son conseiller et celui de David avant lui, eut des relations avec les femmes de son père sur la terrasse du palais, à la vue de tout Israël. N’empêche que quand il mourut (chapitre 19 du même livre), David le pleura abondamment et criait même: « Oh, mon fils Absalom, mon fils, mon fils, oh, mon Absalom! Pourquoi ne suis-je pas mort à ta place? ».

Quant à la manière que la Torah a d’évoquer la pureté et la sainteté de David, la seule lecture du onzième chapitre du deuxième livre de Samuel a de quoi vous donner la chair de poule. Nous y découvrons au sujet du pieux David, le tableau d’un traître, débauché, qui abuse de son rang de roi et s’en prend à Batchéba, femme d’Urie le Hittite, avec la quelle il eut des relations après l’avoir invitée chez lui. De cette liaison Batchéba tomba enceinte.

Vois-tu Emmanuel, j’ai honte de ce que je lis, honte devant la piété et l’intégrité des prophètes que Dieu a choisi pour répandre son message dans l’humanité.

Emmanuel: - J’ai cru un instant que vous alliez me gronder, mais à voir la manière dont vous venez de présenter les choses, on serait tenté de croire que c’est plutôt un démenti que vous voulez opposer à nos livres sur se qu’ils attribuent à David. Je ne doute pas un seul instant que vous avez de quoi soutenir vos objections. Je suis seulement impatient de savoir comment.

Le prêtre: - N’est-il pas suffisant comme étayement, que ses paroles soient tout à l’opposé de la raison et du bon sens? Ensuite, comment l’auteur de ce genre d’horreurs peut-il être un prophète, élu pour guider les créatures de Dieu sur le chemin du salut et les éloigner de celui de la déchéance? Pourquoi Dieu voudrait-il exposer ses prophètes à autant de moquerie et en faire la risée de l’histoire? Préfère-t-il choisir pour la perfection de ses révélations, des hommes imparfaits, ou même pire, des hommes chez qui se rassemblent tous les défauts de leurs contemporains? C’est que Dieu fonctionnerait en contradiction avec ses propres objectifs et sa propre sagesse!? Loin de sa sainteté et de sa grandeur, de telles choses.

Emmanuel: - Monsieur le curé, pourriez-vous nous montrer d’autres arguments?

Le prêtre: - Le livre des psaumes est une révélation de Dieu; dans le psaume 119 nous lisons:

1- Heureux ceux dont la conduite est irréprochable,

Qui règlent leur vie sur la loi du Seigneur!

2- Heureux ceux qui suivent ses ordres

Et lui obéissent de tout leur cœur!

3- Ceux-là ne commettent aucun mal,

Mais ils vivent comme Dieu le demande.

4- Toi Seigneur tu as révélé tes exigences

Pour qu’on les respecte avec soin.

5- Ah, que je sache me conduire avec fermeté

En m’appliquant à faire ta volonté!

10- De tout mon cœur, je cherche à t’obéir,

Ne me laisse pas dévier de tes commandements.

11- Dans mon cœur je conserve tes instructions

Pour ne pas être coupable envers toi.

14- Suivre tes ordres me réjouit

Comme une immense richesse.

16- Je suis ravi de suivre tes directives,

Je n’oublierai pas ta parole.

L’Evangile selon Luc mentionne l’ange Gabriel s’adressant à Marie sur la future naissance de Jésus, lui décrivant tout l’avenir glorieux de celui-ci, en lui apprenant que Dieu ferait de lui un roi comme le fut son ancêtre David. Et comme Jésus n’est jamais devenu roi, il est clair que le règne sous-entendu ici, équivalant à celui de David, se mesure en piété et en rang sacré, en somme, en souveraineté religieuse. Or, il ne nous échappe pas que David, auquel sont attribués autant d’actes, aussi horribles que barbares, ne peut prétendre à un règne de cette dimension et que son trône est parmi les trônes des suppôts de Satan. Est-ce donc pour ce genre de royauté que Dieu destine la sainteté et la gloire de Jésus?

Emmanuel: - J’aimerai bien savoir si les musulmans et leur Coran disent quelque chose à ce sujet?

Le prêtre, souriant: - Et en quoi cela peut-il t’intéresser?

Emmanuel: - Est-ce que cela gène? Cela pourrait quand même nous apporter d’autres éléments pour la connaissance de l’histoire.

Le prêtre: - Et bien, ta curiosité va être comblée. Effectivement, Le Coran n’est pas resté muet à ce propos; Il parle clairement de la piété de David dans la sourate Sad (Sad): « Et rappelle-toi notre adorateur David doué de force [pourtant] il était [très souvent] repentant (17). Et il a prés de nous un [haut] rang et bon retour (25). ».

Ces versets concernent seulement le conflit opposant les deux protagonistes au sujet des brebis. Mais les musulmans, reprenant les récits juifs, rappellent ce que contiennent nos livres sur l’histoire de l’adultère qui éclabousse la réputation de toute la famille de David.

Parallèlement, Shiites et Sunnites rapportent les paroles suivantes de Ali, le second de leur prophète: « Celui qui racontera l’histoire de David sur la base de ce que racontent les conteurs, recevra cent soixante coups de fouet; c’est le prix de la calomnie sur les prophètes ». C’est Ali, l’Imam des musulmans, qui qualifie l’histoire racontée dans la Torah, de calomnie et de légende colportée par les conteurs. C’est aussi la position de Djaafar Ibn Mohammed, sixième Imam des Ahl-ul-Bayt. Les musulmans trouvent que ce genre d’histoires sur les prophètes va à l’encontre de la raison et ne se gênent pas de critiquer nos livres pour leur aspect légendaire et illogique.

Je repris ma lecture en faisant abstraction de nombreux détails, même si au fur et à mesure, je prenais tout de même soin d’attirer l’attention sur les éléments les plus importants. Ce fut ainsi jusqu’à l’achèvement du livre de la Genèse.


3
Moïse dans la Torah AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Moïse dans la Torah
Le troisième chapitre du livre de l’Exode témoigne du début de la révélation et nous en rapporte les détails que voici: «Moïse s’occupait des moutons et des chèvres de Jethro, son beau père, le prêtre de Madian. Un jour après avoir conduit le troupeau au-delà du désert, il arriva à l’Horeb, la montagne de Dieu. C’est là que l’ange du Seigneur lui apparut dans une flamme, au milieu d’un buisson. Moïse aperçut en effet un buisson d’où sortaient des flammes, mais sans que le buisson lui-même brûle. Il décida de faire un détour pour aller voir ce phénomène étonnant et découvrir pourquoi le buisson ne brûle pas. Lorsque le Seigneur le vit faire ce détour, il l’appela du milieu du buisson: Moïse! Moïse! Oui! répondit-il. Ne t’approche pas de ce buisson, dit le Seigneur. Enlève tes sandales car tu te trouves sur un endroit saint. Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Moïse se couvrit le visage parce qu’il avait peur de regarder Dieu.»

A la lecture de ces phrases, on se doute bien que des questions me brûleraient la langue. Je ne tardais donc pas à me tourner de nouveau vers le prêtre:

- Pardonnez-moi monsieur le curé, mais l’ange du Seigneur qui apparut à Moïse serait-il lui-même Dieu? Et que peut bien vouloir dire l’expression: « il avait peur de regarder Dieu »? Dieu serait-il un corps? Serait-il visible?

Le prêtre: - Non Emmanuel, Dieu n’est ni un corps, ni visible.

Les promesses de Dieu
Emmanuel: - Sur les débuts de la mission de Moïse auprès des Israélites, la Torah nous rapporte même les ordres qu’il reçut de Dieu (Ex 3.16-18): « Va rassembler les anciens d’Israël et dis leur: « Le Seigneur, le Dieu de vos ancêtres, le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob, m’est apparu. Il m’a dit qu’il s’est penché sur votre situation en Egypte et qu’il sait bien comment on vous y traite. Il a donc décidé de vous arracher à ce pays où l’on vous maltraite pour vous conduire dans le pays des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizites, des Hivites et des Jébusites, pays qui regorge de lait et de miel. » »

Monsieur le curé, nous comprenons bien à travers l’annonce faite par Moïse aux anciens d’Israël, que Dieu avait pris la décision de les arracher à l’humiliation de leur condition en Egypte, pour les conduire vers un pays plus accueillant. Seulement, voilà la Torah qui ne manque pas de citer par la suite et dans le détail, les instructions que Dieu donna à ce sujet à Moïse: « Les Israélites t’écouteront. Alors tu iras avec les anciens trouver le roi d’Egypte et vous lui direz: « Le Seigneur, le Dieu des Hébreux, notre Dieu, nous est apparu. Permets-nous d’aller à trois jours de marche dans le désert, pour lui offrir des sacrifices. » »

Dites-moi monsieur, La promesse divine faite aux anciens par la voix de Moïse, de libérer le peuple d’Israël pour le conduire en Palestine et à l’Est du Jourdain, justifiait-elle que Dieu ordonne à Moïse et aux anciens Israélites de mentir au pharaon, en lui disant: « Notre Dieu nous est apparu. Permets-nous d’aller dans le désert pour lui offrir des sacrifices. » Etait-il nécessaire, monsieur, que Dieu commence son message pour l’humanité par le mensonge, et qu’il ordonne à son envoyé d’entamer sa mission par un acte aussi immoral? Par ailleurs, la Torah informe au troisième verset du cinquième chapitre, que Moïse et Aaron ont bien eu recours à ce mensonge.

Enfin, il n’est pas inutile de préciser que le point le plus proche de Ramses, lieu où vivaient les Israélites en Egypte, jusqu’à la Palestine, dépasse les deux cent miles, et jusqu’à l’Est du Jourdain, plus de deux cent soixante dix. Le désert du Sinaï est distant lui aussi d’environ deux cent miles. On se demande bien où peut se trouver cette destination de trois jours, quand on considère la lenteur d’un convoi constitué essentiellement de femmes, d’enfants et d’animaux domestiques.

Le prêtre: - Ne me demande surtout pas de te répondre dans l’immédiat. Lis plutôt.

Emmanuel: - En tous cas, nous retenons essentiellement de la lecture des troisième et quatrième chapitres, que Dieu avait l’intention d’intervenir avec puissance contre le pays de pharaon, par toutes sortes d’actions extraordinaires, pour le persuader de laisser partir les Israélites. Par la même occasion, Dieu amènerait tous les Egyptiens à les considérer avec faveur, de telle sorte que lorsque les Israélites s’apprêteraient à partir, ils pourraient dépouiller facilement les Egyptiens de leurs objets d’or et d’argent, ainsi que de leurs vêtements.

Nous apprenons aussi que Dieu serait en compagnie de Moïse et d’Aaron et qu’il leur indiquerait ce qu’ils devront dire au moment de s’adresser au peuple. Par ailleurs, Moïse se rendit compte de tous les miracles que Dieu lui permettrait de réaliser devant le pharaon et devant le peuple.

La Torah rapporte également que pendant le voyage de Moïse vers l’Egypte, une nuit le Seigneur s’approcha de lui, cherchant à le faire mourir. Aussitôt Séfora prit un caillou tranchant, coupa le prépuce de son fils et en toucha le sexe de Moïse, en lui disant: ainsi, tu es pour moi un époux de sang. Alors le Seigneur s’éloigna de Moïse.

Décidément, chaque chapitre cache son lot de surprises. Séfora qui sauve Moïse du Seigneur; n’est-ce pas extraordinaire! Qu’a fait Dieu de toutes ses promesses pour qu’il veuille faire mourir son prophète, lui qui venait à peine de le charger d’une mission des plus sacrées: ramener l’humanité au monothéisme? Et comment l’intervention de Séfora l’en a-t-elle empêché?

La Torah rapporte même que Dieu ayant montré à Moïse les miracles du bâton et de la main blanche, pour l’encourager à affronter pharaon, Moïse aurait voulu se dérober à sa mission et s’en serait excusé, prétextant la lourdeur de son langage et ses piètres qualités d’orateur. Dieu lui aurait promis alors qu’il serait avec lui quand il parlerait et qu’il lui indiquerait même ce qu’il devrait dire. Mais malgré tout, Moïse aurait refusé et aurait demandé à Dieu d’y envoyer quelqu'un d’autre.

Quel sens donner à cette attitude, sinon que Moïse ne croyait pas aux promesses de Dieu et qu’en lui demandant de charger quelqu’un d’autre que lui, il ne voulait pas être son messager.

J’ai peine à croire, monsieur le curé, qu’un envoyé de Dieu puisse discuter avec autant d’arrogance les ordres de son créateur, et manquer à ce point, de politesse et d’humilité. Le comble est que Dieu dit également à Moïse au sujet d’Aaron: « Il sera ton porte-parole, et toi tu seras comme le dieu qui l’inspire.» J’éprouve quelques difficultés aussi à situer, étant donné la situation, les paroles de Moïse qui suivront dans la Torah, interdisant que soit prononcé le nom d’une autre divinité que Dieu.

Atteinte à la majesté de Dieu
Le prêtre: - Cher Emmanuel, Dieu doit être adoré et vénéré ainsi que l’impose sa gloire et sa grandeur, par des voies rationnelles et dans le cadre de la raison, sans penchant aveugle ni précipitation dans le jugement. Et voici la Torah dont le contenu doit être pesé avec la mesure que lui donnent les livres de l’Ancien Testament, lesquels s’expliquent les uns par les autres.

Prenons le livre de Jérémie; Les juifs et les chrétiens le considèrent comme un livre révélé par Dieu. Pourtant au dixième verset du quatrième chapitre, nous lisons ce qui suit: « Il disent: Ah, Seigneur Dieu, tu as trompé ce peuple, tu as trompé Jerusalem, en promettant que tout irait bien, alors que nous avons le couteau sur la gorge. »

Le premier livre des Rois et le deuxième livre des Chroniques sont également considérés par les juifs et les chrétiens comme des révélations divines. Pourtant ils citent, le premier au chapitre vingt deux et le deuxième au chapitre dix huit, à propos des livres du prophète Michée s’adressant au roi: « Ecoute plutôt ce que dit le Seigneur. J’ai vu en effet le Seigneur assis sur son trône royal, avec tous ses serviteurs célestes, debout à sa droite et à sa gauche; il a demandé: qui veut aller donner à Achab la mauvaise idée d’attaquer Ramot de Galaad, afin qu’il y soit tué? Quelqu’un a proposé ceci, un autre cela. Alors l’esprit qui inspire les prophètes s’est avancé vers le Seigneur et a dit: Moi, j’irai leur en donner l’idée. Comment? A demandé le Seigneur. J’irai, a-t-il dit, et je ferai prononcer des mensonges par tous les prophètes du roi. Le Seigneur lui a répondu: c’est un excellent moyen pour le tromper; vas-y et fais cela. »

Tu vois Emmanuel, ce sont là les livres de la révélation, et si tu veux les soumettre à la raison, c’est ton droit. Ca l’est d’autant plus que c’est l’exigence principale de la vérité. Mais je te déconseille vivement d’agir dans la précipitation.

La Torah mentionne encore au verset vingt deux du cinquième chapitre de l’Exode, des écarts de conduite de la part de Moïse à l’égard de Dieu: « O^ Seigneur, dit-il, pourquoi as-tu fais du mal à ce peuple, pourquoi m’as-tu envoyé ici? Depuis que je suis allé parler au pharaon de ta part, il maltraite les Israélites, et toi tu ne fais rien pour sauver ton peuple! »

Quand les Israélites se sont tournés vers l’adoration du veau, Moïse s’adressa à Dieu et lui demanda: « Pardonne-leur, je t’en supplie! Sinon efface mon nom du livre de vie que tu as écrit » (Ex 32.32). Le manque de considération que témoigne Moïse pour son Dieu et l’absence de politesse et d’humilité qui sont d’ordinaire les attributs des prophètes se retrouve encore au livre des nombres (11.11): « Pourquoi me traites-tu de la sorte, Seigneur? Pourquoi me refuses-tu ta bienveillance? »

En outre, lorsque Dieu, pour satisfaire l’irrésistible envie des Israélites de manger de la viande, leur en promet pour tout un mois, Moïse ne trouva pas mieux que de douter de la capacité de Dieu à tenir ses promesses (Nomb 11.22): « Ce peuple qui m’entoure ne compte pas moins de six cent mille hommes. Et tu prétends leur donner de la viande à manger pour tout un mois! Si nous abattions tous nos moutons, nos chèvres et nos bœufs, cela ne suffirait pas; si nous pouvions pêcher tous les poissons de la mer, même cela ne suffirait pas! ».

Tu te rends compte, Emmanuel? Il n’y a pas de parole assez proche de la vérité pour décrire la gravité d’un tel comportement, venant d’un prophète en direction de son créateur, car par cette attitude, c’est la suprématie de Dieu sur la création et son pouvoir infini qui sont remis en cause. Mais vraisemblablement, Moïse n’en est pas à sa première bourde; même le livre des Psaumes (106.33) lui attribue de ne pas faire attention à ce qu’il dit: « exaspéré par eux, il parla sans réfléchir ». Après cela, il devient inutile et même déplacé de parler des fondements de la révélation et de la raison d’être de la prophétie.

Emmanuel: - Monsieur le curé, je vous ai sollicité pour éclairer mon esprit confus et le soustraire à son étourdissement, et voilà que vous me répondez par une foule de sujets qui ne font qu’aggraver ma perplexité. Si seulement vous pouviez me dire où vous voulez en venir!

Le prêtre: - Mais où est passée ton intelligence? Continue donc de lire et puisse Dieu guider ton esprit jusqu’aux réponses.

Aussitôt, j’ai commencé la lecture du douzième chapitre de l’Exode et déjà mon cerveau bouillonnait de ce que j’y lisais. On y apprend entre autre que Dieu a ordonné aux Israélites de sacrifier un agneau ou un chevreau d’un an pour chaque maison. Après quoi, ils devaient badigeonner de son sang les deux montants de la poutre supérieure de la porte d’entrée de leurs maisons, car pendant la nuit, Dieu allait passer à travers l’Egypte et faire mourir tous les premiers nés du pays, les hommes comme les bêtes. C’était la sentence du Seigneur contre les dieux de l’Egypte. Mais les entrées badigeonnées par le sang constituaient un signe protecteur pour les occupants de ces maisons et en les voyant, Dieu passerait sans s’arrêter. C’est le moyen par lequel, le peuple d’Israël pouvait échapper au fléau destructeur de cette nuit là.

- Pardonnez-moi, mais la Torah insinuerait-elle que Dieu ne connaissait pas les maisons des Israélites et qu’il avait besoin de ce signe pour les distinguer? Et comment Dieu faisait-il pour passer devant les maisons?

Le prêtre: - Tu n’as qu’à noter ces remarques sur ton cahier, avec toutes les autres.

Diversité dans les traductions et altération des textes
Je compris alors qu’il ne me jugeait pas encore près à recevoir toutes les explications et je replongeait aussitôt dans la lecture du chapitre vingt deux, jusqu’au verset vingt sept où nous pouvons lire: « Vous ne devez ni m’insulter, moi, votre Dieu, ni maudire le chef de votre peuple ». Mais les traductions n’étant pas toujours comme elles devraient être, nous nous retrouvons confrontés à d’autres versions qui donnent parfois un autre sens pour le texte. Ainsi, le texte grec cite: « dire du mal » à la place de « maudire », alors que dans une autre version nous lisons: « Vous ne devez ni insulter les juges, ni maudire le chef de votre peuple ».

En cherchant quelles peuvent être les motivations d’une pareille traduction, je finis par me dire que ce sont ceux qui veulent diviniser l’être humain qui préméditent ce genre de déviation dans le texte, notamment par l’introduction de termes qui corrompent totalement le sens du message. Faut-il vraiment que ce genre de chose se produise dans nos livres? Quelle injustice! N’est-ce pas? Mais ne nous lamentons pas pour si peu, car le meilleur, pour ne pas dire le pire, est à venir.

Dieu n’est pas un corps Confirmation par le Coran
Et il en fut ainsi, parce que le choc revint de plus belle au chapitre vingt quatre (9-11) de l’Exode: « Après cela Moïse monta sur la montagne avec Aaron, Nadab, Abihou et les soixante-dix anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël. Sous ses pieds, il y avait une sorte de plate forme de saphir, d’un bleu pur comme le ciel. Dieu ne fit aucun mal à ces notables Israélites; ils purent le contempler, puis ils mangèrent et burent ». Vous comprenez bien que je ne pouvais passer sur une telle nouvelle sans marquer une halte. Sans hésitation, je me tournais vers le prêtre: - Monsieur le curé, dois-je comprendre qu’on peut voir Dieu? Est-t-il un corps visible? Et est-ce qu’il possède deux pieds comme l’a décrit la Torah?

Le prêtre: - Loin de la grandeur de Dieu ce genre d’imperfection. Mais il me vient à l’esprit qu’une histoire similaire se trouve dans le Coran des musulmans.

Emmanuel: - C’est tout à fait vrai, monsieur le curé; j’ai moi-même lu dans le Coran ce qui pourrait être la réponse idéale à ce qu’avance la Torah à ce propos. Le Coran rapporte en effet, à travers le verset 153 de la sourate an-Nissa’ (les Femmes): « Les gens du livre te demandent que tu leur fasses descendre un livre du ciel. Ils ont demandé bien plus à Moïse. Ils dirent: fais-nous voir Dieu ouvertement! Alors ils périrent par la foudre, pour leur injustice ».

Faire descendre un livre du ciel est déjà en soit une chose grandiose, même si cela reste possible pour l’esprit. Cependant, leur demande de voir Dieu ouvertement est une exigence qui dépasse l’entendement, car la vue de Dieu est raisonnablement inaccessible, Dieu puissant et grand n’étant ni un corps, ni visible.

Autre témoignage du blâme de Dieu, adressé aux Israélites pour avoir osé émettre l’exigence de le voir: « Et [rappelez-vous] lorsque vous dites: O^ Moïse, nous ne te croirons pas avant d’avoir vu Dieu manifestement. Alors la foudre vous frappa pendant que vous regardiez [les conséquences de votre outrance]. Puis après votre mort, nous vous rappelâmes, peut-être serez-vous reconnaissants » (al-Baqara. 55, 56). Ainsi, le Coran réfute toute hypothèse soutenant la possibilité de voir Dieu.

La Torah dans toutes ses erreurs
Le cœur rempli de chagrin et de lassitude, je repris tout de même ma lecture, en faisant abstraction de nombreuses autres questions. Ce fut au chapitre onze du livre Lévitique, au numéro vingt et un que je dus marquer encore un arrêt: « Toutefois vous pouvez manger ceux qui ont des pattes leur permettant de sauter sur le sol ». Je fis remarquer au prêtre que le texte d’origine hébraïque dit: « ceux qui n’ont pas de pattes ». Je m’étonnais que la traduction ait pu se faire au sens contraire.

Le prêtre: - Ce genre d’erreur est chose courante dans la Torah, mais ne t’en affole pas, car dans les différents cas, la correction a été apportée en marge du texte d’origine et c’est sur la base de ces corrections que les traductions ont été réalisées. Il te suffit de regarder les marges de la Torah hébraïque pour te rendre compte des innombrables corrections apportées aux erreurs contenues dans la rédaction hébraïque; erreurs dues certainement aux changements, aux rajouts ou à la suppression d’une lettre. Sur ce point précis, les cas de correction dépassent la centaine.

Emmanuel: - J’ai beau essayer de me convaincre, je n’arrive pas à trouver de justification acceptable pour autant d’erreurs dans le livre de Dieu, écrit par son envoyé Moïse. D’où proviennent donc ces nombreuses erreurs? Quand se sont-elles glissées dans la Torah? Jusqu’à quand me faudra-t-il patienter pour que vous daigniez enfin m’expliquer? Vous vous contentez à chaque fois de me demander de noter mes remarques sur mon cahier, et elles sont tellement nombreuses que je ne les compte plus.

Le prêtre: - Ne sois pas si impatient, le temps te montrera ce que tu ignorais. Si tu sais patienter, je te promets que la vérité se révèlera à toi d’elle-même. Le Coran a dit: « Ceux qui luttent pour notre cause, nous les guiderons sur nos chemins ».

Emmanuel: - Etonnant! Voilà maintenant que vous citez le Coran en exemple.

Le glorieux Coran et son prophète
Le prêtre: - Et pourquoi je ne citerai pas en exemple un livre qui a la charge de transmettre à l’humanité la loi divine, en même temps qu’il veille sur l’authenticité de son énoncé?

Emmanuel: - Vous voulez bien répéter ce que vous venez de dire, monsieur? Je trouve que vous faites usage d’un discours très apologétique à l’égard du Coran. Ne me dites pas que vous iriez jusqu’à le qualifier de révélation divine?

Le prêtre: - Le Coran n’a nullement besoin que je fasse son apologie. Il s’impose lui-même par sa gloire. Ensuite, il ne m’appartient pas de juger si oui ou non il est issu de la révélation de Dieu. Tout ce que je sais, c’est que nous avons affaire à un livre débordant de savoir et de sagesse. Il n’est de sujet qu’il aborde sans percer toutes ses vérités, de la manière la plus savante qui soit, bien que son porteur, Mohammed, le prophète des musulmans, tire son origine des Arabes, peuple païen, barbare et dépourvu de toute forme de connaissance, que ce soit en philosophie ou autre science sociale, et que même les principes élémentaires de la civilité leur échappent.

Emmanuel: - Mais alors, à quelle école Mohammed a-t-il pu étudier toutes les sciences? Et vers quelle faculté a-t-il émigré pour avoir acquis ses sciences et sa philosophie?

Le prêtre: - L’histoire montre que Mohammed était analphabète, ne sachant ni lire ni écrire et n’a quitté son pays et son peuple de barbares que pour de cours voyages en compagnie de ses proches, pour faire du commerce. Durant les quelques jours où il s’absentait de la Mecque, il ne lui était possible d’étudier aucune science. Pourtant en peu de temps, son savoir devint encyclopédique et se déversait sur ses proches de façon torrentielle.

Emmanuel: - Monsieur le curé, votre exposé me remplit de sentiments graves. Malheureusement, j’ai l’impression que vous ne voulez toujours pas dire franchement quelles sont vos conclusions et à quelle vérité vos recherches vous ont conduit.

Le prêtre: - Ne t’occupes pas de cela et lis plutôt la Torah. La foule de renseignements que tu y trouvera complèteront ton étude.

Emmanuel: - Mais monsieur, je ne fais que lire la Torah et je ne peux avancer d’un pas dans mon étude sans être confronté à l’impiété et à la légende. En parallèle, je vois le Coran qui, comme vous le dites si bien, n’aborde un sujet que pour percer ses secrets, et de fort belle manière.

Après cela, est-il raisonnable de dire que la Torah est un livre de Dieu, et le Coran celui d’un humain né entre des gens sauvages et païens, un homme qui n’a jamais étudié la moindre science, mais a produit son livre haut la main, et quel livre! C’est un livre recelant et maîtrisant toutes les facettes du savoir, un véritable paradis pour le philosophe spirituel, référence incontournable tant pour le réformateur religieux, politique ou social, que pour le sage et pour l’érudit.

Le prêtre, tout en sourire rétorqua: - Tu parlerais peut être avec moins d’assurance si tu avait à l’esprit les versets du Nouveau Testament que voici:

- Au numéro vingt cinq du premier chapitre de la première lettre aux Corinthiens: « Car ce qui parait être la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et ce qui parait être la faiblesse de Dieu est plus fort que la force des hommes ».

- Aux numéros vingt sept et vingt huit du même chapitre: « Mais Dieu a choisi ce que le monde estime fou pour couvrir de honte les sages; il a choisi ce que le monde estime faible pour couvrir de honte les forts; il a choisi ce que le monde estime bas et méprisable, ce qui n’est rien à ses yeux, pour détruire ce qu’il estime important ».

Emmanuel: - Je vous retourne la question, monsieur: Si des musulmans m’interpellent par la question que je viens de vous poser, me permettrez vous de leur répondre comme vous venez de me répondre?

Le prêtre: - Te le permettrais-tu toi-même Emmanuel?

Emmanuel: - Certainement pas, monsieur, et croyez-moi, cela ne m’avance pas beaucoup.

Le prêtre: - Je n’en doute pas, mais continue de te laisser guider par ta raison, comme tu le fais depuis un bon moment déjà. Reprends ta lecture maintenant et si tu persévères et que ton intention est pure, Dieu finira par éclairer ton esprit.
La grandeur de Dieu et la sainteté de ses prophètes

vues par les deux Testaments
Assidûment, j’entrepris de lire le livre des Nombres, mais je ne pus aller au-delà du douzième verset du vingtième chapitre: « Mais le Seigneur dit à Moïse et à Aaron: - Vous n’avez pas eu confiance en moi, vous n’avez pas laissé ma sainteté se manifester aux yeux des Israélites ». Là, il fallait de nouveau que je consulte le prêtre:

Monsieur le curé, entendez-vous ces paroles de la Torah? Elle prétend que Moïse et Aaron ne croyaient pas en Dieu, puisqu’ils n’avaient pas confiance en lui. Est-ce qu’un prophète peut douter de Dieu?

Le prêtre: - Et ce n’est pas tout, Emmanuel. La Torah avance au quatorzième verset du vingt septième chapitre du livre des Nombres, que Dieu a dit à Moïse et à Aaron: « En effet, vous avez désobéi à mes ordres » et le Psaume 106.32 dit que Moïse parla sans réfléchir.

Il se trouve aussi qu’un de nos prêtres, William Smith, reprend dans son livre ‘’ Le chemin des saints’’ ce que la Torah attribue aux prophètes comme manquements à leurs missions et leur déviation de la voie sacrée tracée pour eux par Dieu. L’écrivain, plutôt que de remettre en cause l’authenticité du texte, ne trouve pas mieux que de soutenir ces aberrations en les justifiant par - tiens-toi bien, mon petit – un manque de conviction chez les prophètes. Il ne manque pas d’exprimer à leur sujet son amertume et sa déception de voir qu’il n’existe d’intégrité totale chez aucun être humain! Excepté, dit-il, l’unique parfait qui est sans égal. Il a exprimé cette tristesse notamment en abordant le cas d’Isaac, auquel la Torah impute le mensonge et la trahison.

Qu’il est donc regrettable que des êtres si proches de Dieu et de surcroît élus par ses soins, aient autant besoin de sermon!!

Emmanuel: - Puisque nous parlons de William Smith, il a l’air d’être passé à côté de nombreux autres mensonges:

- La Torah attribue le mensonge à Dieu lui-même, si nous faisons référence à l’histoire où il interdit à Adam de manger les fruits de l’arbre. Auquel mensonge, la même Torah oppose la bonne foi et la sincérité du serpent.

- La Torah ne manque pas non plus de rapporter que Dieu, puissant et grand, a depuis le début de son message, ordonné à Moïse de mentir, lui et les anciens Israélites, quand ils seraient devant le pharaon.

- Par ailleurs, au dixième verset du quatrième chapitre du livre de Jérémie, nous pouvons lire: « Ils diront: Ah Seigneur Dieu, tu as trompé ce peuple, tu as trompé Jérusalem en promettant que tout irait bien, alors que nous avons le couteau sur la gorge! ».

Pourquoi s’offusquer? Il se répète dans nos révélations que Dieu n’hésite pas à se servir du mensonge et de la tromperie. Ce sont bien nos livres saints qui imputent à Dieu, puissant et grand, le mensonge, la tromperie et l’enseignement du mensonge. Où est donc William Smith dans tout cela? Où sont son amertume et ses sermons? A propos, quand il faisait exception de l’unique parfait et sans égal, de qui parlait-il?

Le prêtre: - Cela ne peut être que Jésus le Christ, évidemment.

Emmanuel: - Parlons-en; lui non plus n’est pas épargné par l’accusation de mensonge dans le Nouveau Testament. Le ton est donné dans l’Evangile selon Jean, qui décrit à partir du huitième verset du septième chapitre, une attitude de Jésus pour le moins douteuse quand il dit à ses frères: « Allez à la fête, vous. Je ne vais pas à cette fête, parce que le moment n’est pas encore arrivé pour moi. Ils leur dit ces mots et resta en Galilée. Quand ses frères se furent rendus à la fête, Jésus y alla aussi, mais sans se faire voir, en secret ».

Vous me direz peut être que ceci ne relève pas du mensonge? Et ce n’est rien comparé aux énormités dont nos livres ont voulu gratifier la sainteté du Christ. Quand je pense à William Smith et ses sermons!

Eliezer: - J’ai été attentif à ce que vous avez lu dans la Torah, depuis le début jusqu’à maintenant, tout comme j’ai été attentif à toutes vos discussions. Vous avez soulevé des problèmes graves dont je ne peux nier désormais l’existence dans notre Torah, même si ma conscience ne peut admettre qu’il y ait de telles aberrations dans le livre de Dieu. Rassurez moi, monsieur le curé; voyez vous pour nous chrétiens une issue honorable, une sortie de ce pétrin?

Le prêtre: - Cher Eliezer, votre fortuné fils, Dieu le préserve et le

soutienne, cherche lui-même l’issue, dans la lumière du droit chemin et Dieu ne peut que le guider vers le succès. Cependant, je ne voudrai surtout pas, Eliezer, que vous suiviez à la lettre tout ce que nous disons Emmanuel et moi, ou ce que d’autres disent. Je vous demanderai seulement d’écouter attentivement notre conversation. Vous n’avez qu’à vous laisser ensuite guider par votre raison et votre conscience. Bien entendu, nous resterons à votre disposition pour répondre à vos questions et dissiper vos soupçons.

Toupet, haine et indécence.
Emmanuel: - Il a été publié dans la presse qu’un drôle de livre a été trouvé chez un élève, dans une école de la ville de Saida. C’est la traduction d’un livre Français écrit par un groupe de professeurs et intitulé: Abrégé de l’histoire de France. On peut le trouver à la bibliothèque catholique de Lyon et de Paris. C’est un livre tout simplement indigne d’une société dite civilisée. En voici un extrait: Les Arabes sont originaires d’Arabie. Ils ont embrassé la religion de Mohammed le menteur qui a imposé à ses adeptes un devoir sacré qui consiste à répandre cette religion par la force des armes. Ceux qui ont appliqué les instructions de leur prophète menteur ont conquis une partie de l’Asie, l’Afrique du Nord et l’Espagne. Ils ont franchi les Pyrénées et envahi la Gaule.

Monsieur le curé, les auteurs de ce livre auraient pu au moins observer le respect que leur imposent leurs propres Evangiles à l’égard des prophètes. Il est le moins qu’on puisse dire, choquant de voir des gens sensés être parmi les détenteurs de l’instruction dans leur nation, se plaire à insulter un prophète? Ou peut être, cela devient-il acceptable lorsqu’il s’agit de celui de l’Islam?

Vous, monsieur le curé, ainsi que toute personne ayant consulté l’histoire de l’Islam, savez que durant toute sa vie, le prophète des musulmans n’a cessé d’avoir une réputation d’homme loyal et digne de confiance, réputation qui ne l’a d’ailleurs jamais quitté même antérieurement à la révélation et il n’a été démenti par les gens qu’à cause de son appel à l’unicité divine et de son projet de réforme sociale. Même les païens les plus déterminés de son époque ne l’ont traité de menteur que sur cette question là. Il faut tout de même reconnaître que c’était le moins qu’ils pouvaient faire étant donné la taille de l’enjeu.

Quel toupet alors de messieurs les professeurs, à insulter cet homme illustre, ce réformateur hors du commun. C’est même une insulte à toutes les religions et à l’humanité entière.

Le prêtre: - Je ne sais que dire, Emmanuel, si ce n’est que pour commencer, l’histoire démontre que le prophète des musulmans n’a pas diffusé sa religion par la force de l’épée comme voudraient le faire croire ces gens, mais plutôt par la douceur. Ce sont les persécutions sauvages dont lui et ses compagnons ont fait l’objet de la part des païens, qui les ont poussés à défendre leurs vies et surtout le message dont ils étaient porteurs. Toutes ces guerres n’ont été motivées que par la défense des droits de l’homme et de sa dignité et seule la réforme préconisée par le message divin dont était chargé le prophète offrait en effet le cadre garantissant ces droits.

ais les guerres du prophète Mohammed n’ont été dictées par la haine et l’hostilité, tout comme son pouvoir n’a jamais été souillé par la tyrannie et la cruauté. Il avait au contraire un penchant naturel pour la paix et il a consacré sa vie à la faire aimer et à la préserver.

Eliezer: - Tu as lu, Emmanuel, que même les deux Testaments prêtent le mensonge à Dieu puissant et grand lui-même, tout comme ils l’imputent aux prophètes. Vois-tu, ces écrivains ne font que prendre exemple sur leurs livres saints, et c’est tout naturellement que le prophète de l’Islam n’échappe pas à la règle. Crois-tu par conséquent qu’il y ait de quoi être chagriné, fiston?

Le prêtre: - Ton père a raison, Emmanuel, ce que disent ces gens là n’a aucune importance. Ce sont des paroles qui n’engagent que leurs auteurs et tu n’as pas à en être triste. Tu ferais mieux de reprendre ta lecture.

Que pouvais-je faire, sinon suivre le conseil du prêtre? J’ai donc repris la lecture de la Torah, jusqu’au chapitre 31 du livre des Nombres. J’y ai trouvé que lorsque les Israélites eurent fini de massacrer les Madianites et fait prisonniers leurs femmes et leurs enfants, sur ordre de Moïse, celui-ci leur ordonna de nouveau de tuer tous les garçons, de même que toutes les femmes qui avaient été mariées, mais qu’ils pouvaient garder pour eux toutes les filles encore vierges et dont le nombre s’élevait alors à trente deux mille filles. Je me suis aussitôt retourné vers mon père et le prêtre pour leur dire:

- Avez-vous entendu ce que je viens de lire? Ils ont gardé vivantes uniquement les filles vierges et le nombre de celles-ci est déjà de trente deux mille. A combien, à votre avis, pouvait s’élever le nombre des femmes mariées et des garçons qui ont été exécutés? L’immolation de femmes et d’enfants, l’extermination de tout un peuple, toute cette barbarie, toutes ces horreurs dont on ne retrouve de trace dans aucune civilisation humaine, répondaient-elles aux exigences d’une loi divine?

Le prêtre: - Décidément, tu ne manqueras jamais de mettre le doigt sur les sujets qui fâchent, mais tu sais bien que la Torah pullule de ce genre d’exemple.

En effet, au deuxième chapitre du livre Deutéronome, verset 34, Moïse dit en évoquant l’occupation du royaume de Sihon, roi des Amorites: « Aussitôt après, nous nous sommes emparés de toutes ces villes; nous les avons complètement détruites, et nous y avons exterminé les hommes, les femmes et les enfants; nous n’avons laissé aucun survivant ».

Ensuite, en racontant la conquête d’Og, il dit au début du chapitre trois: « Alors le Seigneur m’a dit: N’aie pas peur de lui! Je vais le livrer à ton pouvoir, avec toute son armée et son pays. Tu le traiteras comme tu as traité Sihon, le roi des Amorites, qui résidait à Héchebon. Le Seigneur notre Dieu nous a donc aussi donné la victoire sur Og et son armée: nous les avons battus sans laisser le moindre survivant »; et un peu plus loin: « Il y avait en outre un très grand nombre de villages non fortifiés. Nous avons complètement détruit toutes ces localités et nous y avons exterminé les hommes, les femmes et les enfants, comme nous l’avions fait dans le pays du roi Sihon ».

La Torah nous fait bien comprendre (Deut 2.25; 3.2) que ces actions ont été commises sur ordre de Dieu, tout comme elle rapporte au vingtième chapitre du même livre, que c’est encore Dieu qui ordonna l’extermination totale des Hittites, Amorites, Cananéens, Périzites, Hivites et Jébusites.

C’est la même voie qui a été suivie par Josué fils de Noun durant ses guerres, comme tu le verras dans le livre de Josué, où les tués parmi les femmes et les enfants se comptent par centaines de milliers.

Emmanuel: - Je ne me sens pas bien. L’écoeurement est le seul sentiment que m’inspire la cruauté de cette loi qui institue le massacre de femmes et d’enfants. Et vous père, votre esprit accepte-t-il que ces horreurs soient dictées par la loi de Dieu?

Eliezer: - Cela ne m’effleure même pas l’esprit. Dieu, gloire à sa majesté, est trop bon pour que sa sainte loi se manifeste sous un caractère aussi féroce que nous le décrit la Torah. Mais que veux-tu que je te dise en présence de monsieur le curé qui est là et écoute. C’est à lui qu’il faut demander de nous expliquer les raisons de la présence de ces absurdités dans nos livres saints.

Le prêtre: - Eliezer, auriez-vous déjà oublié que nous avons été maintes fois confrontés à d’autres événements de même gravité et que leur présence dans la Torah nous avait mis dans ce même état d’âme? Eh bien, chaque chose en son temps. Si vous faites preuve de patience et que vous vous montrez suffisamment attentifs, c’est vous-même qui nous en donnerez les raisons, n’est-ce pas Emmanuel!

De l’Egypte aux plaines du Moab
Emmanuel: - Le trente troisième chapitre du livre des Nombres retrace les différentes étapes parcourues par les Israélites, lorsqu’ils quittèrent l’Egypte sous la conduite de Moïse et d’Aaron et ce, jusqu’à ce qu’ils eurent atteint les alentours du Jourdain où mourut Moïse, que la paix soit sur lui.

La Torah mentionne quinze étapes, du désert du Sinaï jusqu’à Mosserot et les différentes étapes à partir de Mosserot sont dans l’ordre suivant: Bené yacan, Hor-guidgad, Yotbata, Abrona, Ession-Guéber, Gadès, dans le désert de Tsin, et de Gadès à la montagne de Hor. C’est sur cette montagne que mourut Aaron, à l’âge de cent vingt-trois ans, quarante ans après que les Israélites eurent quitté l’Egypte. De là, les Israélites se rendirent à Salmona, de Salmona à Pounon, de Pounon à Obot, d’Obot à Yé-Abarim, à la frontière du Moab. Les dernières étapes sont: Dibon-Gad, Almon-Diblataïm, les monts Abarim, les plaines du Moab, prés du Jourdain et en face de Jéricho (Nomb 33.16-48).

La Torah rapporte également que Dieu a choisi les descendants de Levi pour seconder Aaron et s’occuper de certaines taches concernant la tente de la rencontre dans le désert du Sinaï, ainsi que l’expliquent les chapitres 3, 4, 8 et 16 du livre des Nombres.

Le prêtre: - Je ne vois pas très bien où tu veux en venir; à quoi fais tu allusion, Emmanuel?

Emmanuel: - Vous allez vite comprendre le but de cette introduction. Le dixième chapitre du livre Deutéronome rapporte les paroles de Moïse à qui le Seigneur avait donné l’ordre de tailler deux tablettes de pierre semblables à celles qu’il avait façonnées précédemment, de les emporter sur la montagne pour que le Seigneur écrive sur ces nouvelles tablettes les dix commandements, comme il l’avait fait sur les précédentes que Moïse avait fracassées, (Deut 10. 1-5). Moïse parle aussi de son jeune qui dura quarante jours sur la montagne, comme la première fois (Deut 10.10).

Seulement, au milieu de ce discours, nous-nous retrouvons brusquement poussés au milieu d’une tout autre histoire: « Les Israélites quittèrent les puits de Bené-Yacan pour Mosséra. C’est là qu’Aaron mourut et fut enterré; son fils Elazar lui succéda comme prêtre. De là, les Israélites se rendirent à Goudgoda et de Goudgoda à Yotbata, endroit où l’on trouve plusieurs cours d’eau. A cette époque le Seigneur confia à la tribu de Lévi les taches particulières suivantes: porter le coffre de l’alliance du Seigneur, se tenir à la disposition du Seigneur pour le servir et prononcer la bénédiction en son nom » (Deut 10.6-8).

Monsieur le curé, je n’ai pas l’intention de soulever les contradictions apparentes entre ce chapitre et le chapitre trente trois du livre des Nombres, relatives surtout à l’ordre des étapes parcourues par les Israélites. Mais ne trouvez-vous pas bizarre cette fois, que la Torah se contredise elle-même sur un événement aussi important que la mort d’Aaron, en la situant à deux endroits différents?

Rappelons-nous en effet, qu’au chapitre 33 du livre des Nombres, nous avons lu qu’Aaron est mort sur la montagne de Hor, et en lisant le chapitre 10 du livre Deutéronome, nous sommes surpris de lui découvrir une autre mort, cette fois à Mosséra, soit huit étapes avant la montagne de Hor. Ceci d’une part.

D’autre part, j’ai beau me creuser la tête, je n’arrive pas à faire le lien entre cette histoire et celle des deux tablettes, tout comme je ne saisis pas la subtilité du rapport avec le choix porté par Dieu sur les descendants de Levi, pour le servir dans le désert. En fin de compte, tout ce que je vois, ce sont trois sujets collés les uns aux autres sans rapport ni circonstance: deux itinéraires contradictoires pour un même parcours, et un homme de la célébrité d’Aaron, qui meurt à deux endroits différents et éloignés l’un de l’autre.

Le prêtre: - Ce que tu dis est exact. Nous sommes effectivement confrontés à une grande confusion, mais que veux-tu que l’on y fasse! Encore une fois, c’est l’état de notre Torah et c’est ainsi qu’elle nous est parvenue.

Emmanuel: - Le plus drôle, monsieur le curé, c’est que la traduction éditée en 1811 comporte quelques rajouts dans le but d’établir des liens et créer un contexte, afin que, en rattachant ces fragments de textes, elle puisse leur donner un sens, mais cela n’a pas abouti aux résultats espérés par l’auteur. Je me demande ce qui pousse nos amis à agir de la sorte.

Le prêtre: - Encore une fois, ce que tu n’aimes pas est arrivé et je te conseille vivement de t’y faire car cela risque fort de se reproduire, et plutôt deux fois qu’une, lis.

Le prophète annoncé par la Torah
Je repris donc sagement ma lecture jusqu’au chapitre dix-huit du livre Deutéronome, là où Moïse annonce la venue prochaine d’un prophète: « Il vous enverra un prophète comme moi, Moïse, qui sera un membre de votre peuple; vous écouterez ce qu’il vous dira. C’est bien ce que vous avez demandé au Seigneur, le jour où vous étiez rassemblés au mont Horeb; vous aviez dit: « Nous ne voulons plus entendre le Seigneur notre Dieu nous parler directement, ni voir ce feu ardent! Nous ne tenons pas à mourir! » Le Seigneur m’a alors déclaré: « Ce peuple a eu raison de parler ainsi. Je vais leur envoyer un prophète comme toi, qui sera membre de leur peuple. Je lui communiquerai mes messages, et il leur transmettra tout ce que je lui ordonnerai. Si un homme ne tient pas compte des paroles que le prophète prononcera en mon nom, je le punirai moi-même. Mais si un prophète a l’audace de prononcer en mon nom un message que je ne lui ai pas communiqué, ou s’il parle au nom d’autres divinités, il devra être mis à mort. » Vous vous demandez peut-être comment on peut reconnaître qu’un messager ne vient pas du Seigneur. Eh bien, si un prophète annonce quelque chose au nom du Seigneur et que cela ne se réalise pas, c’est que son message ne vient pas du Seigneur. Le prophète a eu l’audace de le prononcer lui-même. Ne vous laissez pas impressionner par lui. » (Deut 18. 15-22).

A la lecture de ces phrases, je ne pouvais que m’arrêter pour mieux apprécier la portée du message. Je décidai donc de m’en remettre au prêtre:

- Monsieur le curé, ces paroles recèlent un savoir considérable, et elles sont porteuses d’informations inestimables sur l’histoire de la prophétie. Peut-on connaître le prophète auquel fait allusion ici la Torah?

Le prêtre: - Le Nouveau Testament nous informe qu’il s’agit du Christ. Je t’invite à consulter le livre Actes des apôtres, au troisième chapitre, versets vingt-deux et vingt-trois, ainsi qu’au septième chapitre, verset trente-sept. Et toi Emmanuel, ne croîs-tu pas que c’est la venue de Jésus que la Torah annonçait?

Le Christ dans les Evangiles
Emmanuel: - Ce n’est certainement pas ce qu’on serait tenté de croire en lisant les Evangiles. Dans l’Evangile selon Matthieu, Jésus dit qu’après sa mort, il passerait trois jours et trois nuits dans la terre (Matt 12.40). Or, les différents Evangiles rapportent qu’il n’est resté dans son tombeau que le soir du vendredi, la nuit et le jour du samedi, ainsi qu’une partie de la nuit du dimanche, car les femmes qui sont venues au tombeau, tôt le dimanche, ne l’y trouvèrent pas et c’est l’ange descendu du ciel qui les à informées que Jésus était revenu de la mort à la vie.

Les Evangiles, dans leurs derniers chapitres, sont très explicites sur les conditions de la mort, de la mise au tombeau et de la résurrection de Jésus. Ce sont aussi les Evangiles qui disent que Jésus parlait au nom de Dieu et, ce faisant, il prédisait avec précision le temps qu’il passerait sous terre. Et voilà que ces mêmes Evangiles démentent le Christ sur le même propos.

Quant à moi, je ne peux chasser de mon esprit la référence faite par la Torah au prophète menteur: « Mais si un prophète a l’audace de prononcer en mon nom un message que je ne lui ai pas communiqué, ou s’il parle au nom d’autres divinités, il devra être mis à mort.» (Deut 18.20). Cela nous amène à conclure, et il m’est bien pénible de l’admettre, que le Christ, hurlent les Evangiles, n’est pas le prophète annoncé par Dieu.

D’autre part, l’Evangile selon Jean cite vers la fin du dixième chapitre que les juifs ont dit à Jésus: « Tu n’es qu’un homme et tu veux te faire Dieu. Jésus répondit: - Il est écrit dans votre loi que Dieu a dit: « Vous êtes des dieux. » Nous savons qu’on ne peut pas supprimer ce qu’affirme l’Ecriture. Dieu a appelé dieux ceux à qui s’adressait sa parole. »

Monsieur le curé, par ces paroles, l’Evangile attribue à Jésus rien de moins que le polythéisme et qui, pour se conforter dans sa tendance polythéiste n’hésite pas à agiter l’argument de la loi. Mais il suffit de lire le psaume 82 pour comprendre que les dieux dont il est question ne sont que ceux qu’il veut blâmer pour leur orgueil devant leur créateur, ceux qui par leur attitude se substituent à Dieu et abusent de leur autorité spirituelle sur les hommes.

Dites-moi donc, monsieur, l’écrivain de ces paroles ne saisissait-il pas le véritable sens de ce qu’il lisait dans les psaumes, ou bien s’en est-il sciemment servi dans le seul but de déformer la vérité et jeter le discrédit sur le Christ, et je sais que c’est une pratique à laquelle n’ont pas échappé les autres prophètes avant lui?

Je voudrai qu’on s’en tienne à cet exemple, mais d’autres atteintes à la sainteté du Christ parsèment le Nouveau Testament qui associe le polythéisme à Jésus, à plusieurs reprises (Matt 22.41-45; Marc 12.35-37; Luc 20.41-44). Jésus, en effet, s’est élevé contre les propos des Pharisiens selon lesquels le Messie serait un descendant de David. Jésus, pour réfuter cette affirmation, a voulu tenir pour argument les paroles même de David: « Comment donc David, guidé par le Saint-Esprit, a-t-il pu l’appeler « Seigneur »? Car David a dit: « Le Seigneur Dieu a dit à mon Seigneur: Viens siéger à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds. » Si donc David l’appelle « Seigneur », comment le Messie peut-il être aussi descendant de David? »

Encore une fois, on veut déformer la vérité, car « Seigneur » ne veut pas forcément dire « Dieu ». Tiens, en lisant le psaume 110 dans son origine hébraïque, on voit bien que c’est le terme « Seigneur » qui est utilisé et non « Dieu », sachant que dans l’hébreu, Seigneur ne veut pas dire Dieu et ce, en raison du fait que le terme « Seigneur » s’accorde à l’être humain.

Monsieur le curé, nos Evangiles nous montrent que Jésus est loin d’être le prophète pieux et vertueux annoncé par la Torah et le raisonnement qui nous est présenté suggère qu’il est tout le contraire de ce prophète là. Mais loin de Jésus ces attributs calomnieux, et Dieu, pour avoir fait de lui son envoyé à l’humanité, sait qu’il est saint de toute attitude ou même pensée polythéiste. C’est pourquoi, il l’a élu pour une mission aussi sacrée que celle de transmettre aux hommes le message divin, les éduquer et les orienter sur le droit chemin.

C’est dire que la main de l’homme a sévi dans nos livres saints et en a corrompu les textes pour charger les prophètes de tares et de perversions, comme on en lit à tout bout de page dans l’Ancien et le Nouveau Testaments.

La Torah dit également que les Israélites étaient épouvantés d’entendre les paroles de Dieu, car ce qu’elles leur révélaient sur sa majesté et sa magnificence, les miracles et les signes sur l’au-delà, avait pour eux quelque chose d’effrayant. Ils demandèrent alors que Dieu s’adresse à eux par un autre moyen, ce que Dieu leur accorda et les informa qu’il transmettrait ses paroles par la bouche de ce prophète. Seulement voilà, ainsi que l’établissent l’Ancien et le Nouveau Testament, que ce soit le Christ ou les prophètes qui l’ont précédé, leur bouche n’a pas été le moyen direct par lequel Dieu s’est adressé aux humains.

Nous avons des exemples où ses paroles viennent d’un arbre ou d’une montagne. Dans d’autres cas, Dieu se sert de moyens plus détournés pour transmettre son message. C’est ainsi que Jésus et ses prédécesseurs ont parlé de leur propre langage, bien que fondé sur l’inspiration divine.

En outre et c’est le côté plus délicat de l’histoire, la Torah nous informe que le prophète par lequel Dieu s’adresserait à ses créatures serait issu des frères des Israélites, non des Israélites eux-mêmes. Or, Jésus, de par sa mère, est issu des Israélites et non de leurs frères.

Le prêtre: - Mais Emmanuel, que fais-tu des paroles de Moïse disant: « Il vous enverra un prophète comme moi, Moïse, qui sera un membre de votre peuple ».

Emmanuel: - Je suis navré de devoir vous contredire, monsieur, mais ce n’est pas ce que dit le texte d’origine hébraïque, lequel précise au contraire que le prophète en question serait issu des frères des Israélites.

Le prêtre: - En tout cas, nos saintes traductions disent bien qu’il serait issu du peuple d’Israël.


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Traducteurs falsificateurs AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Traducteurs falsificateurs
Emmanuel: - Et bien, quoi qu’il en soit, il nous apparaît évident que nos saintes traductions et nos saints traducteurs ont été poussés par les intérêts du monde d’ici-bas, à sombrer dans de honteuses falsifications. Leurs tentatives répétées d’associer le polythéisme à Jésus, comme nous l’avons déjà constaté, en est un exemple des plus criards.

Mais ce n’est pas tout. La main du falsificateur a frappé également au septième verset du chapitre vingt et un du livre d’Esaïe. En effet, au lieu de traduire le texte d’origine hébraïque, pourtant oh combien clair, par: « Deux cavaliers, l’un à dos d’âne, l’autre à dos de chameau », le texte a été corrompu pour obtenir: « Une caravane d’ânes ou une caravane de chameaux ». De nombreuses traductions, ayant sans doute trouvé nécessaire de vider le texte de son sens, comportent encore aujourd’hui cette falsification, et rares sont celles qui sont restées fidèles au texte original, celui-là même qui était sensé faire l’objet de reproduction et non de remaniement.

Le prêtre: - Penses-tu en ce moment aux raisons qui auraient poussé les traducteurs à un tel méfait?

Emmanuel: - Je pensais à ces paroles dans le livre d’Esaïe. Elles font allusion à une prophétie supérieure et une autorité religieuse suprême. De leur côté, les musulmans disent que le cavalier à dos d’âne est Jésus-Christ et celui à dos de chameau n’est autre que Mohammed, le prophète des musulmans. Mais certains des nôtres dédaignaient aux musulmans l’honneur que soit issu d’eux un prophète de cette envergure, ce qui les amena à remodeler le texte pour le débarrasser de ce sens là. C’est ainsi que nous lisons en fin de compte: « Une caravane d’ânes ou une caravane de chameaux ». Voila ce à quoi je pensais, monsieur.

Le prêtre: - Mais mon fils, cette falsification, à bien y réfléchir, ne nuit pas aux musulmans. Au contraire, elle les arrange; mais peu importe. Dis-moi plutôt ce que tu sais au sujet du prophète auquel fait allusion la Torah, selon laquelle il aurait autant de considération chez Dieu, que Moïse. Si c’est vraiment le cas, comment penses-tu pouvoir le prouver?

Alors je me suis tourné un instant vers mon père, l’air de m’excuser, ensuite je me suis adressé au prêtre:

- Monsieur le curé, je n’ai personnellement rien à y voir, donc rien à prouver. Cependant, la vérité étant le fruit de la recherche, les musulmans en sont à argumenter par notre propre Torah. Ceux d’entre eux avec qui il m’est arrivé de discuter affirment qu’elle parle de leur prophète Mohammed, et quand j’ai rétorqué que le prophète concerné était plutôt le Christ, ils ont fait objection par les mêmes propos que je vous ai tenus moi-même, il y a quelques instants.

Pour soutenir leurs affirmations, ils ont même été jusqu’à me rappeler que leur prophète était issu, comme le veut la Torah, des frères des Israélites, puisqu’il descend d’Ismaël, le fils d’Abraham. C’est ce que retient également l’histoire des Arabes. De plus, c’est bien par la bouche de Mohammed que Dieu a parlé en termes de Coran, lequel est entièrement paroles de Dieu. Cette façon que Dieu avait de s’adresser à ses créatures revêt une certaine ressemblance avec celle dont il avait usé avec Moïse lorsqu’il s’était adressé aux Israélites dans le Sinaï.

D’autre part, Mohammed parle au nom de Dieu, par le Coran, de choses occultes qui se sont avérées justes et se sont réalisées, à l’image de ce que dit le Coran au début de la révélation, au verset 95 de la sourate al-Hidjr: « Nous te suffisons contre les railleurs » et Dieu l’a effectivement préservé de leur mal, de fort belle manière.

C’est aussi le cas du verset 33 de la sourate at-Tawba (le repentir): « C’est lui qui a envoyé son prophète avec le guide (le Coran) et la religion de la vérité (l’Islam), pour le faire prévaloir sur toutes les religions, n’en déplaise aux idolâtres ».

Nous pouvons citer également la sourate al-Massad (la Corde) qui parle d’Abou Lahab et sa femme: « Il brûlera dans un feu aux grandes flammes, ainsi que sa femme la porteuse de bois ». Ainsi que le prédisait le Coran, le maudit couple vécut dans la haine de l’Islam et mourut païen, ce qui leur valut nécessairement d’aller en enfer, Dieu nous en préserve. A vrai dire, il n’est d’annonce dans le Coran qui ne se soit concrétisée.

Le prêtre: -Ce raisonnement des musulmans, est-il fondé uniquement sur la mention que fait la Torah de ce prophète qui jouit d’une grande estime chez Dieu?

Emmanuel: - Non monsieur, ils ont de nombreux autres arguments, tous aussi solides les uns que les autres. Mais ils se contentent de débattre avec les juifs et les chrétiens sur les questions abordées par la Torah.

Eliezer: - Hélas Emmanuel, je te vois défendre l’Islam avec ce même fanatisme dont ferait preuve un musulman contre une autre religion. N’ai-je pas raison, monsieur le curé? Ne l’entendez-vous pas dénigrer la prophétie de Jésus Christ et sa sainteté?

Emmanuel: - Mais mon cher père, vous savez très bien que je n’ai rien à voir avec les musulmans. Alors que moi, je ne fais que chercher la confirmation de ma religion dans la vérité. Le fanatique, lui, a une tendance particulière à s’appuyer sur un discours fragile et mensonger. Si vous trouvez que cela peut être mon cas, vous n’avez à ce moment qu’à vérifier mes dires, en revisitant les deux Testaments.

Dites-moi, père: est-ce moi qui ai osé dénigrer comme vous dites, la prophétie et la sainteté du Christ, ou serait-ce plutôt les saints Evangiles qui ont eu le culot de s’en prendre à eux? Mais, ce que vous ignorez, cher père, est encore bien plus grave que ce que vous savez.

Eliezer: - Je maintiens ce que j’ai dis: ce sont les musulmans et leur Coran qui t’ont empoisonné le cerveau. Ils ont non seulement rabaissé ta religion devant tes yeux, mais ils t’ont en plus inculqué cet état d’esprit qui consiste à la discréditer. Qu’est-ce que je peux y faire maintenant!

Le Coran, le Christ et la trinité
Emmanuel: - Je vous demande pardon, père. Je vous répète que je n’ai rien à voir avec les musulmans et leur Coran. Seulement voilà, la vérité mérite d’être dite, et n’est-ce pas que l’homme d’honneur se reconnaît aussi à son impartialité. Puisque vous insistez, il est moralement de mon devoir de vous informer que c’est le Coran, mon cher père, qui a loué le Christ et son message céleste, de la plus belle des louanges et n’a à aucun moment souillé sa sainteté, contrairement à ce qu’on fait les Evangiles. A croire que corriger les erreurs des Evangiles au sujet de ce qu’ils avancent sur Christ était l’une des missions du Coran.

Certes, autant le Coran critique les chrétiens pour leur croyance relative à la trinité, croyance disent les musulmans, qui est aussi brahmanique, bouddhiste et romaine, autant il absout le Christ de cette infamie qu’est la trinité.

Eliezer: - Si ce que tu dis est vrai, je serai bien contraint de reconnaître la noblesse du discours coranique, puisqu’il respecte et défend la sainteté du Christ. Quant à la croyance en la trinité, je dois dire que mon subconscient l’a toujours rejetée, même si nos prêtres nous ont appris à y croire aveuglement et ne nous ont jamais permis de faire appel à notre conscience en la matière et considérer notre croyance avec lucidité. Alors nous y avons cru mon fils, comme ça, simplement, naïvement.

Monsieur le curé, je ne conçois pas que Dieu, l’Un et unique, soit constitué de trois hypostases: le Père dans le ciel; le Fils, dieu incarné sur terre, subissant la faim et la soif, le chagrin et la mort; le Saint Esprit, montant et descendant, puis se divisant sur les apôtres. En résumé, ces trois là sont une et l’une est triple.

Pardonnez-moi monsieur le curé, mais je suis commerçant, une activité basée sur la logique du calcul. Comment comptez-vous vous y prendre pour me convaincre du fait que le Un réel soit triple, et que les trois, pourtant différents dans leurs qualités intrinsèques, leurs caractéristiques et leurs actions, ne soient finalement qu’Un?

Voyez-vous, je ne suis qu’une personne toute ordinaire, assez limitée dans son raisonnement sur la question du sens véritable de l’incarnation de Dieu. C’est pourquoi je serai des plus heureux, s’il vous était possible d’apporter un peu de lumière à l’obscurité de mon ignorance, pour que ma foi en ces principes puisse enfin reposer sur un peu de sagesse.

Le prêtre: - Je voudrai bien satisfaire votre sollicitude mon cher Eliezer, mais ce n’est malheureusement pas chose aisée. Si c’était aussi simple, les saints prêtres ne vous auraient pas commandé d’y croire de façon aveugle.

Eliezer: - Et vous monsieur, me permettriez-vous de rester sur cette croyance naïve?

Le prêtre: - Mon pauvre Eliezer, pourquoi m’en demandez-vous la permission, alors que je ne suis qu’une créature comme vous? Demandez-le plutôt à Dieu le juste avec la logique de votre esprit et avec toute la soif que vous avez pour le salut de votre âme. Patience Eliezer; si vous savez ouvrir les yeux, vous finirez par trouver les réponses.

Eliezer: - C’est plus facile à dire qu’à faire. Moi qui ne suis déjà pas patient dans mon travail, je me demande comment je pourrai l’être dans ma religion qui est mon véhicule vers le salut.

Le prêtre: - Alors soyez indulgent, accordez-moi un peu de temps et écoutez donc attentivement ma conversation avec votre fils Emmanuel.

On peut dire que la discussion qui s’est déroulée entre mon père et le prêtre m’a rassuré sur son état d’esprit et les limites de son engagement religieux. Je sais désormais qu’il n’est pas sous l’emprise du fanatisme et cela donne un nouveau souffle à ma motivation d’aller jusqu’au bout de ma recherche. Mais je sens que le chemin sera rude et j’ai tellement hâte d’y parvenir!

Le prêtre: - Tu veux bien reprendre ta lecture Emmanuel? Et surtout écoutez bien, Eliezer.

Cas de litige sur la virginité d’une jeune épouse
J’entrepris donc de lire le vingt deuxième chapitre du livre Deutéronome. Ce qu’on y découvre notamment à partir du treizième verset est le moins qu’on puisse dire, saisissant. On y suppose qu’un homme épouse une femme, puis cesse de l’aimer et l’accuse injustement d’inconduite, en disant que lorsqu’il s’est approché d’elle, il a découvert qu’elle n’était pas vierge.

Dans le cas où les parents de la jeune femme apportent la preuve qu’elle était vierge au moment de son mariage, comme par exemple en présentant devant les anciens un drap taché de sang de la nuit de noce, les anciens de la ville devaient arrêter l’homme et lui faire infliger une correction, sans compter le fait qu’il serait tenu de payer au père de la jeune femme une indemnité de cent pièces d’argent et la garder pour femme toute sa vie.

Si au contraire l’accusation n’est pas démentie par une preuve de la virginité de la jeune femme, celle-ci se verrait emmenée à l’entrée de la maison de son père et les hommes de la ville lui jetteraient des pierres jusqu’à ce qu’elle meurt, parce qu’elle s’était conduite de manière infâme en ayant des relations sexuelles, alors qu’elle vivait encore chez son père.

Le prêtre: Trouverais-tu quelque chose à dire sur cette loi, Emmanuel?

Eliezer: Personnellement, tout quelconque que je sois, je reste convaincu que des lois tyranniques comme celles-ci ne peuvent pas provenir de Dieu. Qu’est-ce que c’est que cette preuve de virginité qui repose sur un simple morceau de tissu taché de sang? S’il suffit de si peu pour établir une preuve de virginité, il n’est pas compliqué pour les parents d’une jeune femme ainsi accusée, de laver l’honneur de leur fille en barbouillant un drap du sang d’un volatile sacrifié pour l’occasion, et gagner par là même une centaine de pièces d’argent, tout en garantissant au passage pour leur fille, l’assurance du foyer conjugal pour la vie.

En toute honnêteté, je ne crois pas que Dieu puisse permettre que son jugement soit faussé par des considérations aussi futiles que trompeuses.

Mais admettons que la jeune femme soit dans l’incapacité de présenter la preuve de son innocence; de quel droit peut-on, avec cette légèreté, l’accuser d’adultère et la condamner au jet de pierres jusqu’à ce que mort s’en suive? La virginité ne repose-t-elle pas sur une fine membrane dans le vagin et qui peut facilement rompre par l’action de mouvements brusques de la part de la fille, ou même des suites de l’écoulement mensuel du sang, et les raisons involontaires de la disparition de cette membrane sont beaucoup plus nombreuses.

Est-il juste dans ce cas, d’accuser d’adultère une pauvre innocente et la condamner à mort par lapidation, sous prétexte qu’elle n’est pas vierge? Je me permets de le dire: non c’est injuste car je sais que Dieu ne dicte pas ses lois sur des critères irrationnels.

Le prêtre: Eh bien, Eliezer! Voilà maintenant que vous vous mettez à contester les textes de la Torah que vous êtes pourtant sensé louer et respecter.

Eliezer: Je dois louer Dieu et la loi divine, et de là, contester tout ce qui est opposé à la gloire de Dieu, à sa justice et à son infinie sagesse. Monsieur, je suis l’adorateur de Dieu et non celui de simples feuilles écrites par je ne sais qui, et de plus remettant en cause la grandeur et la pureté du créateur.

Pendant ce temps, je finissais déjà de lire le chapitre vingt quatre du même livre. Cette partie de la Torah nous apprend entre autre, qu’un homme a le pouvoir, sous prétexte que sa femme ne lui plait plus, ou qu’il a quelque chose à lui reprocher, de rédiger une lettre de divorce qu’il lui remet, et la renvoyer de chez lui.

-Monsieur le curé, qu’avons-nous à dire de cela, nous les chrétiens qui interdisons la répudiation et la condamnons?

Le prêtre: Mais mon cher Emmanuel, nos Evangiles rapportent que Jésus s’est élevé contre la répudiation et l’a interdite. Mais si tu tiens à aborder le sujet, je te conseillerai d’attendre que nous soyons arrivés à la lecture des Evangiles. Pour l’instant, concentre-toi sur la Torah. Ce qu’elle contient a largement de quoi t’occuper et te suffit amplement.

La veuve du frère
Je ne me fit pas prier pour replonger aussitôt dans la Torah, en entament avec application la lecture du chapitre vingt cinq. En parcourant ce chapitre, je me demandais si les valeurs défendues ici étaient vraiment celles que Moïse avait été chargé de nous transmettre.

En effet, j’y ai été particulièrement frappé par l’obligation assignée à l’homme de reprendre pour épouse, la veuve de son frère. La Torah nous informe que si deux frères vivent ensemble sur un même domaine et que l’un d’eux meure sans avoir de fils, le frère restant est tenu d’exercer son devoir envers la veuve en la prenant pour épouse. Le premier fils né de cette union sera considéré comme étant celui du mari défunt, afin que son nom soit perpétué.

Si par contre, le beau frère refuse de l’épouser, la veuve est en droit de porter plainte contre lui, auprès des anciens qui le convoqueront et l’interrogeront. S’il maintient son refus de l’épouser, elle s’avancera vers lui en présence des anciens, lui retirera sa sandale du pied et lui crachera au visage. Dès lors en Israël, on surnommera la famille de cet homme « la famille du déchaussé ».

Eliezer: Je remercie Dieu de ne pas m’avoir fait Juif, avec de nombreux frères, et je trouve que les veuves sont bien fanfaronnes et dépourvues de retenue, d’exiger le remariage avec leurs beaux frères. Quant à moi, plutôt mourir noyé sous les crachas, que de reprendre pour épouse la femme de mon frère.

Emmanuel: Une tradition des plus barbares, n’est-ce pas. Elle est d’une sauvagerie qui déshonore et viole toutes les lois de la bienséance, de la civilité et de la décence. Cette pratique honteuse ne revêt aucun bénéfice, ni pour l’individu, ni pour la société, et n’apporte que le mensonge et la falsification de l’identité: celle du premier enfant né du second mariage de la femme, un enfant qui doit porter le nom d’un homme mort, qui n’est pas le sien, alors que son vrai père est présent et bien vivant.

Je veux parler aussi de l’honneur d’un homme bafoué par une femme qui, toute honte bue, le prend d’abords pour époux alors qu’il ne veut pas d’elle, ensuite le prive de son fils en l’attribuant le plus simplement du monde à son précédent et défunt mari.

Croyez-moi monsieur le curé, il est exclu que Dieu ait chargé son envoyé Moïse d’ériger en loi ce genre d’absurdités dignes des sociétés les plus barbares.

Le prêtre: Emmanuel, ne sois pas aussi irrespectueux de notre sainte Torah.

Eliezer: N’allez surtout pas croire que c’est pour prendre le parti de mon fils, mais n’est-ce pas cette même Torah qui manque de respect à l’être humain et l’accable avec des paroles de ce genre? Franchement, je n’aurai pas dû assister à cette lecture.

Le prêtre: Allons! Ayez patience Eliezer et Dieu éclairera votre esprit et vous fera connaître la paix intérieure.

Emmanuel: Je voudrai bien trouver une raison de me convaincre que de telles lois ne sont que la survie de traditions antérieures à la Torah, mais monsieur, pouvez-vous me dire s’il existe des traces qui les font remonter aussi loin dans le temps?

Le prêtre: En ce qui concerne le crachat au visage et l’enlèvement de la sandale du pied de l’homme par la femme, rien ne montre qu’ils aient pu exister avant la Torah. Quant au mariage de l’homme avec la veuve de son frère, afin d’assurer une descendance au défunt, la Torah cite que cette pratique existait au temps de Jacob et de son fils Juda. Le chapitre trente huit de la Genèse rapporte en effet que Juda maria son fils aîné Er à une femme nommée Tamar, mais il mourut. Alors Juda demanda à son autre fils, Onan: « Tu connais ton devoir de proche parent du mort: Tu dois donner une descendance à ton frère. Epouse donc sa veuve. Mais Onan savait que l’enfant ne serait pas considéré comme le sien. C’est pourquoi, chaque fois qu’il avait des rapports avec sa belle-sœur, il laissait tomber sa semence par terre, pour ne pas donner d’enfant à son frère. Cette conduite déplut au Seigneur qui le fit mourir lui aussi» (Gen 38. 8, 10).

Emmanuel: Ceci était-ce une loi divine déjà à l’époque de Jacob?

Le prêtre: Qu’as-tu à me demander d’authentifier tout ce que tu lis dans la Torah! N’as-tu pas lu toi-même dans ce même livre de la Genèse un raisonnement qui pousse à déduire que Dieu a menti à Adam et que le vertueux serpent a démontré ce mensonge?

Emmanuel: Dites-moi quand même, monsieur: Y avait-il une loi divine avant celle de la Torah?

Le prêtre, souriant: Certains de nos amis, je citerai parmi eux la fameuse Jam‘iyet kitab al-hidaya, éditée sous le patronage des missionnaires Américains, déclarent dans le livre du même nom (4eme partie, p. 167, 168 et 169) que les anciens, d’Adam à Abraham suivaient des traditions et ne reçurent pas de lois célestes. Ils ont plutôt convenu de vivre selon un ensemble de coutumes que Moïse finit par abolir.

Emmanuel: Monsieur le curé, avez-vous le livre « kitab al-hidaya » que vous venez de citer en référence, aux pages 242 et 243?

Le prêtre: Oui Emmanuel, et quelle honte! Si tu savais comme j’ai été déçu de constater à quel point nos amis ignorent jusqu’au contenu de leur propres livres sacrés. Je sais maintenant que c’est leur fanatisme qui les rend aussi aveugles, mais il suffit pour les blâmer et leur faire perdre la face, de les renvoyer aux paroles même du Seigneur lorsqu’il s’adressa à Isaac, au cinquième verset du vingt sixième chapitre de la Genèse: « Parce que Abraham a obéi à mes ordres, observé mes règles, mes commandements, mes décrets et mes lois ».

Emmanuel: Monsieur le curé, pourriez-vous me dire ce qui a engagé nos amis dans cette direction jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans un tel pétrin?

Le prêtre: Au fond, c’est comme je viens de te le dire: le fanatisme les a aveuglés. Mais les raisons directes qui ont suscité leur acharnement se trouvent dans le Coran. En effet, comme certaines de ses lois ont aboli les lois de la Torah, ainsi que celles attribuées aux apôtres, nos amis n’ont pas trouvé mieux que d’essayer de jeter le discrédit sur les lois établies par le Coran, prétendant leur incompatibilité avec la religion, en agitant le prétexte qu’il est impossible d’annuler des lois divines. C’est vrai qu’on ne peut pas annuler des lois divines, mais ils n’auraient pas dû s’aventurer sur ce terrain en usant d’arguments aussi fragiles.

Emmanuel: Et en parallèle, est-ce que vous avez lu les livres: idhhar al-haq et al-houda, de la page 235 à 321?

Le prêtre: Bien sur, mon cher enfant, et ce qu’on y trouve ne fait que démontrer l’enlisement de nos amis dans l’enchevêtrement de leurs absurdités.

Emmanuel: Si l’annulation des lois était vraiment impossible en religion, cela devrait être valable, pour commencer, dans les deux Testaments. Que reste-t-il aujourd’hui chez les chrétiens des lois de la Torah, pourtant confirmées par Jésus et l’Evangile et qu’il nous a même recommandé de conserver? Pourquoi ces lois ont-elles été annulées par le livre Actes des Apôtres, ainsi que par les Lettres attribuées à Paul?

Le prêtre: C’est à ceux qui ont suscité en toi toutes ces questions qu’il faut le demander, pas à moi.

Eliezer: C’est là une chose bien grave et je trouve le sujet trop important pour ne pas l’aborder, sans compter tout l’intérêt que cela représente pour notre religion.

Emmanuel: Nous en viendrons très probablement à traiter quelques

aspects du sujet, bien sur avec la permission de monsieur le curé et ce, en attendant d’en connaître les détails lors de l’étude du livre Actes des Apôtres et les Lettres attribuées à Paul.

L’application de la Torah
Sur ce, je repris la lecture du livre de l’Exode, jusqu’au chapitre trente trois où je dû faire une halte, le temps de quelques explications: - Excusez-moi monsieur le curé, Moïse a bien insisté sur la nécessité d’appliquer l’ensemble des enseignements contenus dans la Torah:

« Tout le monde sera rassemblé, hommes, femmes, enfants, même les étrangers qui résident chez vous, afin d’entendre cette lecture, pour apprendre à respecter le Seigneur Dieu et obéir à toute la loi. » (Deut 31.12).

« Prenez au sérieux les commandements que je vous ai donnés aujourd’hui. Transmettez-les à vos descendants, pour qu’ils veillent à mettre en pratique tout ce qu’exige la loi de Dieu. » (Deut 32. 46).

Il a aussi sévèrement mit en garde contre tout manquement à la conservation des commandements et obligations, et rappelé que celui qui ne s’y conformerait pas subirait toutes les malédictions:

« Mais vous serez maudits si vous n’obéissez pas à ses commandements, si vous vous détournez du chemin que je vous trace, pour aller rendre un culte à d’autres dieux que vous ne connaissez pas maintenant.» (Deut 11. 28).

« Maudit soit celui qui ne respecte pas les commandements de la loi de Dieu et qui ne les met pas en pratique. » (Deut 27. 26).

« Par contre, si vous n’obéissez pas au Seigneur votre Dieu, si vous ne veillez pas à mettre en pratique tous les commandements et les lois que je vous communique aujourd’hui de sa part, alors il vous infligera les malheurs que voici » (Deut 28. 15).

Puisque nous croyons que la Torah est un livre qui nous vient de Dieu, pourquoi n’exécutons nous pas ses ordres et ne tenons compte d’aucune de ses instructions? Pourtant, l’Evangile déclare que le Christ disait qu’il n’était pas venu pour annuler la loi existante, mais pour la compléter. Il a bien déclaré que ni la plus petite lettre, ni le plus petit détail de la loi ne seraient supprimés et cela jusqu’à la fin de toutes choses. Il ajoute que celui qui désobéit même au plus petit des commandements et enseigne aux autres à agir ainsi, sera le plus petit dans le royaume des cieux (Matt 5. 18-20). C’est par ce même Evangile que nous apprenons que le Jésus lui-même se conformait à la loi mosaïque et ce, jusqu’à l’événement de la croix. Alors à bien regarder notre situation, je me demande ce qui pourrait nous sauver de toutes ces malédictions.

Le sacrifice du Christ pour sauver son people de la malédiction
Le prêtre: Emmanuel mon fils, et cher Eliezer, ne soyez donc pas aussi tourmentés et écoutez moi. Le saint Nouveau Testament, par l’inspiration divine qui le caractérise nous transmet la bonne nouvelle sur notre salut de la malédiction. Pour en avoir la preuve et être rassuré, il suffit de lire les mots rapportés dans la Lettre de Paul aux Galates (3. 13): « Le Christ, en devenant objet de malédiction à notre place, nous a délivrés de la malédiction de la loi. L’Ecriture déclare en effet: « Maudit soit celui est pendu à un arbre » ».

Eliezer: Ces paroles dans notre saint Nouveau Testament sont-elles de l’apôtre Paul? Si c’est bien le cas, il ne nous reste plus qu’à aller au théâtre et appeler les danseuses pour chanter et danser; je vous assure que ce sera un moindre péché que d’écouter ces obscénités au sujet du Christ.

Le prêtre: Gardez votre calme, Eliezer, cela ne vous ressemble guère de parler ainsi. Et puis, les théâtres et les danseuses dans les assemblées d’hommes sont les usages des sociétés païennes.

Eliezer: Parce que vous croyez que ces paroles plus qu’indécentes sur la sainteté du Christ, proviennent peut être de personnes qui croient en lui et le sanctifient? Monsieur, honnêtement je ne me vois pas rester là à écouter passivement à travers votre lecture et votre conversation, tout ce que vous évoquez avec Emmanuel au sujet de nos livres saints. Cela m’est insupportable.

Le prêtre: Il faudra pourtant être patient et faire preuve de tolérance, si vous tenez vraiment à connaître la vérité. Ecoutez donc, mais avec votre conscience et non avec votre passion et votre penchant aveugle, pour que s’éclaire devant vos yeux le chemin de votre salut.

Emmanuel: Père, cette liberté de langage que s’accorde l’auteur de ces paroles, n’a pas pour but de dénigrer seulement le Christ; l’atteinte est portée également à la majesté de Dieu, à sa pureté et à sa justice. C’est une effronterie caractérisée par le mensonge et la dénaturation de l’information.

Eliezer: Parle mon fils, n’ai aucun malaise à démontrer le mensonge et la falsification de toute parole portant préjudice à nos croyances les plus sacrées.

Emmanuel: Et bien, par cet écrit, l’auteur voulait sans doute apporter une confirmation aux affirmations de la Torah dont voici le texte: « Supposons qu’un homme, coupable d’un crime méritant la mort, soit exécuté et qu’ensuite vous pendiez son cadavre à un arbre. Le corps ne devra pas demeurer sur l’arbre pendant la nuit; il faudra l’enterrer le jour même, car un cadavre ainsi pendu attire la malédiction de Dieu sur le pays. Veillez donc à ne pas rendre impur le pays que le Seigneur votre Dieu vous donne en possession. » (Deut 21. 22-23).

Ces paroles, si vous l’avez remarqué mon cher père, concernent directement le fautif méritant la croix pour sa faute, tout comme par sa crucifixion, ce coupable attire la malédiction de Dieu. C’est également lui qui rend le pays impur en le laissant crucifié. Cependant contrairement à ce qu’affirme la lettre de Paul sus citée, l’Ecriture ne va pas jusqu’à dire: « maudit soit celui qui est pendu à un arbre ». Constatez donc comment apparaissent les actions d’altération et de camouflage, par le mensonge.

Comme nous élevions un peu la voix, un musulman qui se trouvait près de nous semblait intéressé par notre conversation. Au bout d’un moment, il s’excusa, puis demanda: Me consentiriez vous une seule question?

Eliezer: Demandez donc, mon ami.

Le musulman: Votre très inspiré livre du Nouveau Testament a fait du saint prophète, le Christ, que la paix soit sur lui, une malédiction et un maudit à la fois, que Dieu me pardonne. Et sachez que c’est à vous en tant que chrétiens qu’incombe le péché de ces propos blasphématoires. Mais ma question dépasse cet intérêt; c’est que vos religieux écrivent dans vos livres et disent que le Christ est un Dieu incarné et que le Christ n’est que Dieu dans un corps d’homme.

Partant de ce constat, qui selon vous, devient maudit et malédiction? Oh Dieu! J’implore ta clémence. Je ne voulais par ces paroles, qu’attirer l’attention de tes créatures sur leur égarement.

Emmanuel: Soyez remercié pour votre question, l’ami. Vous pouvez être certain que je ne suis pas de ceux qui trouvent leur aisance dans l’imitation aveugle, que je suis bel est bien sur le terrain de la recherche de la vérité et que je suis prêt à la reconnaître où qu’elle se trouve.

Le musulman: Si vous êtes de bonne fois et que vous êtes sincère dans les buts de vos recherches, assurément, Dieu vous guidera. Adieu et pardonnez moi de vous avoir importunés avec mes questions.

Eliezer: Dis-moi Emmanuel, y a-t-il dans notre Nouveau Testament d’autres paroles aussi condamnables que celles-ci ainsi que celles que nous avons rencontré dans la Torah?

Emmanuel: Je préfère que vous en posiez la question à monsieur le curé, il connaît les livres saints beaucoup mieux que moi.

Le prêtre: J’ose espérer que non Eliezer, mais comme on n’a pas toujours ce qu’on veut, nous lirons le Nouveau Testament et nous saurons alors ce qu’il contient.

Eliezer: Il n’empêche que quelque chose me tracasse; les mots de cet étranger raisonnent encore dans mes oreilles comme un bruit de tonnerre et depuis, les questions se bousculent dans ma tête. Comment le Christ se serait-il sacrifié pour nous sauver de la malédiction?

Emmanuel: Il ne serait pas correct de ma part que je parle de cette question en présence du prêtre, avant d’avoir écouté au préalable son explication et bénéficié de sa profonde sagesse; le sujet est bien trop grave.

Le prêtre: Nos amis disent que l’homme ne peut se préserver du péché et la punition requise pour le péché est l’envoi du pécheur en enfer, car la justice de Dieu tout puissant, le très saint, qu’il soit loué, exige que le châtiment du péché soit exécuté dans ces conditions.

Le Christ lui, a supporté dans son corps le châtiment que nous méritions et s’est acquitté pour nous de ce dont nous étions redevables. Ainsi, la parole éternelle, le fils de Dieu a payé par sa mort, son dû à la justice divine, car Dieu, qu’il soit loué, a commandé dans son saint livre que le pécheur meurt et aille en enfer pour l’éternité. Dieu exécre en effet le péché et sa justice ne se satisfait que de ce châtiment. C’est pourquoi, il ne peut faire abstraction de punir le coupable.

Cependant, Dieu a montré sa miséricorde et son amour par l’incarnation de la parole éternelle et s’est donc vêtu de ce corps charnel, puisque le sauveur devait être très saint et infaillible. C’est ainsi qu’afin de payer à la justice divine tout son dû, le Christ s’est sacrifié pour nous en subissant à notre place le châtiment requis par la justice de Dieu.

Emmanuel: Excusez-moi monsieur, je commence à me perdre car j’éprouve quelques difficultés à vous suivre. Qui est la parole éternelle? Qui a revêtu ce corps? et qui est alors le fils de Dieu?

Le Christ est-il Dieu?
Le prêtre: Nos amis disent que le Christ est la parole éternelle et que la parole éternelle est elle-même Dieu. L’Evangile selon Jean dit au premier verset du premier chapitre: « Celui qui est la parole était avec Dieu et était Dieu ». Quant au fils de Dieu, ce n’est que l’hypostase de Dieu, et lui et Dieu ne font qu’un.

Emmanuel: Cela revient à dire si j’ai bien compris, que le Christ est lui-même la parole éternelle; que la parole éternelle est Dieu et que le fils de Dieu est l’hypostase de Dieu. Ainsi, le Christ est la parole éternelle incarnée, laquelle étant à son tour Dieu qui s’est vêtu de ce corps. Est-ce bien cela, monsieur le curé?

Le prêtre: Oui Emmanuel, c’est bien cela.

Emmanuel: Alors, nous serons inévitablement amenés à la conclusion selon laquelle Dieu a subi dans son corps ce qui nous revenait comme châtiment et la sanction qui nous destinait à l’enfer éternel. N’est-ce pas, monsieur? Est-il possible pour un homme saint d’esprit de dire ou ne serait-ce que d’imaginer de telles choses?

Le prêtre: Il ne faut pas considérer l’idée d’un point de vue aussi étroit et se précipiter dans la critique. Tu doit tenir compte de toutes ses facettes et non seulement de son vocabulaire.

Emmanuel: Si on se contentait d’en regarder seulement le vocabulaire, autrement dit en faire une lecture superficielle, vous pouvez me croire que ce serait un bien moindre mal. C’est lorsque l’esprit tente d’y voir de plus prés, qu’il est frappé par le malheur.

Figurez vous que le devenu tristement célèbre, le livre al-hidaya, édité sous l’égide d’une association de nos illustres savants et sous le patronage des missionnaires Américains, cite à la quatrième ligne de la page 38 de sa deuxième partie, que la parole éternelle est Dieu. Nous lisons aussi à la page 285 de la quatrième partie que le Christ est Dieu. Par ailleurs, la page 171 de la troisième partie raconte qu’il est de la croyance des chrétiens, que l’essence suprême, ainsi que la parole éternelle et le Saint Esprit, forment à eux trois un seul et unique Dieu. Alors je serai curieux de savoir: la foi chrétienne se résume-t-elle à ceci?

Le prêtre: Oui Emmanuel, je te l’ai déjà dit, de même que je t’ai indiqué qu’au début de l’Evangile selon Jean, il est écrit que la parole était Dieu. Alors pourquoi me le demandes-tu une deuxième fois et pourquoi m’obliges-tu à me répéter?

Eliezer: Monsieur le curé, votre sainteté a eu la bonté de permettre à votre serviteur, mon fils Emmanuel, de chercher des réponses aussi précises que possible à toutes ses questions, qui sont devenues par la force des choses également les miennes. J’ajouterai que c’est vous-même qui lui avez ouvert la voie de l’enquête et de la liberté d’esprit. Il est donc naturel que ces choses-là se confirment dans la pratique.

Personnellement, tout roturier que je puisse paraître, et je ne prétends nullement être plus que cela, je me rends tout de même compte que ces questions sont trop importantes pour être abordées de façon superficielle.

Pourtant, autant j’ai trouvé chez vous un moral et une patience que je ne trouve pas chez quelqu'un d’autre, autant je m’étonne de vous voir aussi irrité par les questions d’Emmanuel, et Dieu sait si elles méritent d’être posées, si l’on tient compte de la gravité du sujet.

Mais j’ai une forte impression que monsieur le curé voudrait se tenir à l’écart du problème soulevé. Quand je pense que c’est vous-même qui lui avez ouvert la porte et l’avez attiré sur le terrain de la recherche, j’ai peine à croire que vous ayez le cœur à la lui fermer, maintenant qu’il commence à voir plus clair dans son propre esprit.

Le prêtre: Ah, si vous saviez, Eliezer! Le simple fait de penser à certaines questions est pour moi une source de grande angoisse. Comment voulez vous que je ne m’irrite pas lorsque ces mêmes questions me sont répétées avec insistance? Néanmoins, veuillez, vous et votre fortuné fils, pardonner mon impatience et accepter toutes mes excuses.

Emmanuel: Eh oui, le médecin ne doit pas avoir de répugnance à la vue de l’ulcère, ni à son odeur. Son devoir est plutôt de l’examiner, de l’extraire et de nettoyer la plaie, avec le contact de sa propre main s’il le faut. Celui qui ressent un dégoût quelconque devant la maladie ne peut se vanter d’être médecin et son diplôme n’est pas mérité.

Eliezer: Monsieur le curé, il m’arrivait parfois, comme tout croyant qui se respectait, de penser au mystère de la rédemption, à l’idée que s’en faisaient les chrétiens et à la manière dont l’expliquaient les spiritualistes. Alors je me retrouvais harcelé par les doutes que je croyais au début provenir de ma fréquentation pour les musulmans. Mais en allant chez nos religieux en quête de quelque apaisement pour mes tourments, je ne faisais que me heurter à des réponses qui me frustraient davantage: « tais-toi, esprit incrédule! », ou « Ta foi faiblit mon pauvre », ou même « Qu’est ce que c’est que ces paroles blasphématoires, Eliezer? », ou bien « Tu ne connaîtras le salut, ni la bénédiction de la rédemption, que par la foi la plus simple », ou enfin «Mon fils, cela dépasse nos esprits, mais ne t’inquiète pas, c’est conforme à la raison ».

Maintenant, j’implore votre sainteté de bien vouloir nous faire la démonstration de ce précepte, afin que nous puissions trouver en lui les preuves qui nous rassureront sur nos croyances et nous conforteront dans notre foi. Voyez-vous monsieur, je suis devenu comme mon fils Emmanuel, je ne crois plus avec naïveté.

Le prêtre: Enfin! Ce n’est pas trop tôt. Il était temps que vous commenciez à raisonner de manière suffisamment critique, de sorte que je me réjouisse de vos reproches pour moi et que nous puissions enfin avoir de notre sujet une approche rationnelle. Je sais désormais que votre esprit est libre du joug de l’intolérance et refuse la résignation. Maintenant vous pouvez questionner tant qu’il vous plaira.

Emmanuel: Monsieur le curé, en quoi le pardon de Dieu le miséricordieux, pour nos faiblesses, peut-il être contraire à la justice? La miséricorde divine peut elle se transformer en injustice? Qui peut honnêtement se permettre d’affirmer que la justice de Dieu exige la punition du péché par la mort et la condamnation à l’enfer éternel? Est-il donc impossible pour Dieu d’accorder son pardon?

La miséricorde divine
Le prêtre: Non Emmanuel, nos livres saints glorifient Dieu et le louent pour sa grande miséricorde, sa clémence et son pardon. Ils le rappellent à toutes les occasions en disant que Dieu est miséricordieux, clément et pardonne la faute, la désobéissance et le péché (Ex 34. 6, 7; Nomb 14. 18). Il est bon, prêt à pardonner, et généreux pour tous ceux qui l’appellent (Ps 86. 5). C’est lui qui pardonne toutes les fautes (Ps 103. 3). Aucun dieu n’est semblable à lui; il supporte et pardonne les péchés (Mich 7. 18). Enfin, le livre d’Esaïe (43. 25): « Mais je prends sur moi de pardonner tes révoltes et de ne plus garder le souvenir de tes fautes ». Je pourrai vous citer d’autres exemples, ils sont innombrables dans nos livres.

Emmanuel: Tout le monde sait que Dieu le très saint et pur exècre le péché au plus haut point. Mais monsieur, son exécration pour le péché n’a d’égal que sa capacité à le pardonner. Il est incompatible avec sa sainteté, qu’il ne pardonne pas au pécheur repentant, qui revient à Dieu et se rachète par la soumission et l’obéissance à ses lois. Quel refuge pour la créature, sinon celui qu’offre son créateur, le miséricordieux? Est-il concevable que Dieu tienne au châtiment du pécheur, bien que celui-ci se soit repenti et soit résolument revenu au droit chemin? Dieu puissant et grand a-t-il besoin, pour apaiser sa colère, de se défouler par la punition d’un repenti? Nous, mortels qui avons tellement soif de pardon, trouvons la clémence plus appropriée que la vengeance, si nous voulons réellement parler de miséricorde divine.

Le prêtre: Tu as raison Emmanuel et c’est aussi ce que disent nos saintes écritures, à l’exemple du livre d’Ezékiel (18. 21-23) qui rapporte les paroles de Dieu exhortant ses créatures à faire le bien: « Si un méchant renonce à ses mauvaises actions, s’il se met à obéir à mes règles et à agir conformément au droit et à la justice, il n’aura pas à mourir, assurément il vivra. Toutes ses fautes seront oubliées et il vivra grâce au bien qu’il pratique. Pensez-vous que j’aime voir mourir les méchants? Je vous le déclare, moi, le Seigneur Dieu, tout ce que je désire c’est qu’ils changent de conduite et qu’ils vivent. »

Au trente troisième chapitre, Dieu charge encore Ezékiel (33. 10, 11) de transmettre aux Israélites: « Vous affirmez être écrasés sous vos péchés et vos mauvaises actions de toutes sortes au point de dépérir sous ce poids. Vous vous demandez comment vous pourriez survivre. Eh bien, voici ce que vous déclare le Seigneur, le Dieu vivant: Je n’aime pas voir mourir les méchants; tout ce que je désire, c’est qu’ils changent de conduite et qu’ils vivent. Je vous en prie, vous, les Israélites, cessez de mal agir. Pourquoi voudriez-vous mourir? »

Je citerai aussi la deuxième lettre de Pierre (3. 9): « Le Seigneur ne tarde pas à accomplir ce qu’il a promis, comme certains le pensent. Mais il est patient envers vous, car il ne veut pas que qui que ce soit aille à la ruine; au contraire, il veut que tous aient l’occasion de se détourner du mal. ». Et ce genre d’exemple n’est pas rare dans nos livres.

Le Coran, le repentir et le pardon
Emmanuel: - Effectivement, l’amour de Dieu pour ces créatures n’a d’égal que son immense indulgence à leur égard. Mais permettez de vous poser une question en rapport avec le sujet et je vous prie de n’y voir aucun but caché de ma part. Y a-t-il dans le Coran, ne serait-ce qu’une mention pour le repentir et le pardon?

Le prêtre: - Sache Emmanuel, que le Coran est un trésor de choses divines et il y est fait mention de nombreuses fois pour le repentir et le pardon. Il suffit de citer comme exemple le verset 82 de la sourate Taha: « Et je pardonne à celui qui se repent, croit et pratique la bonne action, puis se met sur la bonne voie ».

Eliezer: - Je vois que vous êtes entrain de chanter les louanges du Coran. Je trouve cela tout à fait surprenant.

Le prêtre: - Je te rappelle Eliezer que tu m’as demandé d’enseigner les vérités à ton fils. Et maintenant qu’une de ces vérités se présente, me demanderais-tu de la fouler aux pieds et par là même me souiller du vice du fanatisme et de l’intolérance? Si tu t’offusques d’entendre certaines vérités, il ne me reste plus qu’à vous quitter.

Jusqu’ici, j’ai accepté tous tes jugements. C’est à ton tour d’y mettre du tien; prends le Coran, lis-le et dis moi si tu y trouves quoi que ce soit qui aille à l’encontre de la raison, mais surtout si tu peux y découvrir quelque chose de semblable à tout ce que vous avez contesté, toi et ton fils, dans la Torah.

Eliezer: - Mille pardons monsieur le curé, ma langue à dépassé ma pensée. Je me suis trompé, veuillez accepter mes excuses. Mon ignorance me joue parfois de drôles de tours et ce que vous venez d’entendre n’en est que l’une des conséquences. Vous ne devriez pas vous agiter pour si peu, vous, le connaisseur des vices de l’ignorance, vous qui pouvez m’en guérir. Alors monsieur, ne nous fendez pas le cœur en parlant de nous quitter. J’implore Dieu pour qu’il ne nous prive pas du bonheur de demeurer à votre service.

Emmanuel: - Monsieur, c’est moi qui serai déçu que vous blâmiez

mon père. Il se trouve que l’esprit de l’homme peut être troublé par ce qu’il entend et nos amis les chrétiens, puisse Dieu leur montrer le droit chemin, présentent le Coran comme l’œuvre d’un homme analphabète, un sauvage dépourvu de connaissances et sans aucune vertu. C’est selon eux un homme que caractérisent les coutumes païennes, la dureté de caractère propre aux Arabes, la grossièreté des sauvages, ignorant les domaines de l’histoire, de la gnose et de la vie civilisée.

Monsieur, si mon père a entendu toutes ces attaques contre le Coran, tout en prenant la Torah pour la parole de Dieu le très saint, quand bien même il a partagé avec nous les objections émises à son sujet (la Torah), il va de soit que vous ne pouvez lui en vouloir d’avoir quelques préjugés sur le Coran, et de la méfiance à la glorifier. Il est bien plus digne de votre rang que vous fassiez preuve de patience, que vous lui teniez la main pour l’aider à franchir ces obstacles et l’affranchir de ses démons.

Mon cher père, depuis que nous lisons la Torah, nous n’avons cessé de protester contre ses différents aspects que conteste la raison même et vous avez constaté me semble-t-il que monsieur le curé a observé à chaque fois une impartialité irréprochable, se gardant de répondre dans la précipitation et domptant nos esprits révoltés en les faisant patienter. Tout cela dans le seul souci d’éviter l’effervescence de notre fanatisme, même si cela l’a contraint à goûter au pire de notre part. Mais voila que vous vous effrayez d’entendre une seule vérité de sa bouche. Comment voulez vous dans ces conditions qu’il se risque à nous dévoiler toute la vérité?


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Retour au mystère de la rédemption AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Retour au mystère de la rédemption
Le prêtre: - Que dirais-tu, Emmanuel, de revenir à notre question sur le mystère de la rédemption? Et vous Eliezer, je vous conseille de bien écouter.

Emmanuel: - Les notes disent que Dieu le très saint ne peut omettre de châtier le pécheur par le feu de l’enfer et pour l’éternité. Alors oublions toutes nos objections passées à ce propos, mais disons quand même ceci:

Dieu le très saint, a horreur du péché. Ceci étant, comment a-t-il pu contourner l’exigence de punir le pécheur en se transformant lui-même en rédempteur et ce, pour satisfaire sa propre justice et sa sainteté, comme ils l’affirment? Pour quelle raison Dieu aurait-il fait cette affreuse concession?

Maintenant monsieur, admettons que le Christ rédempteur est bien mort et descendu en enfer comme c’est écrit dans le livre salat al- Protistant (la prière des protestants); mais qu’est ce que cela peut représenter à côté de la stricte application de la justice divine aux pécheurs du monde entier, leur châtiment par la mort et leur envoi en enfer pour l’éternité? Ce peut-il que l’intransigeance de la justice divine se soit faite berner de façon aussi terrible? Dites moi monsieur le curé, n’y avait-il parmi les anges et les soldats célestes quelqu’un qui connaissait les rudiments du calcul et de l’analyse, pour attirer l’attention de la justice divine et l’informer sur les dangers de cette concession illimitée, inacceptable pour la raison et pour le bon sens, et que par conséquent, il ne fallait pas se laisser duper?

Monsieur, faisons comme si vous étiez dans le rôle de la justice divine, pendant que moi je serai dans celui de la miséricorde divine. Supposons maintenant que, devant le tribunal de la raison et de la conscience, d’un côté, vous, la justice divine qui êtes tenue par le châtiment du pécheur, qui se traduit par sa mort et son envoi en enfer pour l’éternité, sachant que vous ne pouvez vous permettre la moindre négligence à ce sujet. De l’autre côté, moi, la miséricorde divine qui s’adresse à vous, et vous dit:

- Admettons que je ne me mêle pas de ta fonction et que je ne m’oppose pas au fait que tu enfreignes ta propre loi. Je ne te demanderai pas comment tu t’es détachée de l’obligation de châtier le pécheur, ni qui t’en a détachée. Je ne te demanderai pas de me dire ce qui t’a amenée à faire cette concession, à travers laquelle se brouillent tous les comptes, et je ne te demanderai pas: Justice de Dieu le très saint, comment as-tu fait pour faire porter un être si pieux, le châtiment d’ordinaire réservé au pécheur?

Mais je te parlerai au nom des fonctions de la miséricorde divine et je te ferai remarquer que le Christ que tu as donné comme rançon, pour le rachat de tous les fautifs, et qui a subi le châtiment, a été chagriné et a pleuré. Il a été affligé, déçu et s’est étonné. En outre, il s’est affaibli et a renoncé à ce châtiment. Il a prié Dieu et l’a supplié d’avoir pitié de lui, l’implorant de le dispenser de cette coupe de douleur et de cette heure de souffrance. J’en veux pour preuve la franchise des saints Evangiles (Matt 26. 38-39; Marc 14. 35-36; Luc 22. 41-42).

Toi, la justice divine, si tu as fait des concessions dans ta fonction ou si tu es allée outre ta propre loi, moi la miséricorde divine, je ne ferai pas de concession sur ma fonction sacrée et je ne porterai pas la responsabilité de cet acte. Et si je ne vole pas au secours du Christ le Pieux durant sa tristesse, ses pleurs et sa renonciation au châtiment, quelles traces pourra-t-il subsister de ma fonction?

Eliezer: - Monsieur le curé, je veux bien jouer le rôle du représentant volontaire de la justice divine et m’adresser à nos religieux pour leur demander: Pourquoi associez-vous à la justice divine l’image de la tyrannie humaine et sa barbarie? Nous excusons vos saintetés d’avoir été inattentives à des choses pourtant évidentes pour la raison et la conscience, et parmi les quelles je citerai les précédents questionnements de mon fils Emmanuel. Parmi ces choses également, l’incompatibilité du sens réel de la justice avec le tableau que vous en dressez. Autre chose à retenir: ce que vous rapportez au sujet de Dieu est en totale contradiction avec sa sainteté et sa grandeur.

Je dirai que ce que vous sous-entendez à son propos ne peut émaner que de la bouche d’un tyran amoureux du péché, appelant à la liberté des coupables vautrés dans le vice, puis les rassurant quant à leur sort, puisque le fardeau de leurs péchés sera porté par le pieux innocent.

C’est ainsi que je vois ce tyran, à la voix chargée de passion et de convoitise, présenter ses félicitations aux adorateurs du péché, pour la rédemption dont ils sont gratifiés et les encourager à persévérer dans leurs désirs et leur injustice.

Cependant messieurs les spiritualistes, ce que nous ne vous pardonnerons pas, c’est bien votre négligence pour ce qui est maintes fois répété dans nos livres saints:

N’est-il pas répété avec insistance dans le dix-huitième chapitre du livre d’Ezékiel et dans le plus clair des langages, que c’est le coupable qui doit mourir, que Dieu traite chacun selon ses actes, récompensant l’homme de bien pour son bien et punissant le méchant pour sa méchanceté, sans favoritisme, aucun, tel que le précise également le treizième verset du Psaume 62: « Seigneur, car tu traites chaque homme selon ce qu’il a fait. ».

C’est ce que nous comprenons aussi en parcourant les chapitres 17 et 32 du livre de Jérémie, les chapitres 7 et 33 du livre d’Ezékiel, et je peux citer de nombreuses autres références: le seizième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, le deuxième chapitre de la Lettre aux Romains, le cinquième chapitre de la Deuxième Lettre aux Corinthiens, le sixième chapitre de la Lettre aux Ephésiens, le troisième chapitre de la Lettre aux Colossiens, le premier chapitre de la Première Lettre de Pierre.

Le prêtre: - Quelle instruction! Eliezer, vous m’impressionnez. Décidemment, je reste admiratif devant une telle connaissance du contenu de nos livres saints. On peu dire que vous avez bien caché votre jeu. Cependant, je vous conseillerai de ne pas parler avec emportement, si vous tenez à garder l’esprit clair et à rester sur le chemin qui vous conduira à la vérité.

Emmanuel: - Avec votre permission, j’aurai aussi quelque chose à dire, même si ce n’est en fin de compte qu’une répétition. Je m’en veux de remuer le couteau dans la plaie, mais le chemin de la vérité est parsemé de difficultés et impose de les supporter avec patience.

Bref, vous disiez monsieur le curé, que les spiritualistes chrétiens affirment que le Christ est la parole éternelle, laquelle est à son tour Dieu, pendant que le Christ, qui est le fils de Dieu est aussi l’hypostase de Dieu, et qui est lui-même Dieu. Le Christ est donc la parole éternelle incarnée, en même temps qu’il est Dieu qui a revêtu ce corps.

Monsieur, ceci nous amène à un constat sur la question de la rédemption; c’est que Dieu le juste, le très saint abhorre le péché et condamne les pécheurs à la mort et au feu de l’enfer pour l’éternité. Pourtant, la logique de la rédemption veut qu’il se soit substitué au coupable pour subir la sentence et qu’il a supporté dans son corps le châtiment réservé au fautif et ce, pendant une heure ou trois jours.

Excusez-moi, mais si un humain s’était conduit de la sorte, ne l’aurions nous pas qualifié de stupide? Imaginons une rébellion d’esclaves qui tuent et violent pendant leur insurrection. Leur maître, bien qu’ayant le pouvoir de les punir, sort parmi les gens et leur dit: - Je suis juste et saint et ma justice exige que le coupable soit puni sévèrement et il est exclu que je fasse preuve d’indulgence envers lui; comment le pourrai-je, moi qui suis saint et juste? Puis il lève la main et se frappe lui même en disant: - Ainsi, ma justice est satisfaite; elle a touché son dû et je me suis acquitté de la dette des coupables.

Notez que le maître, grâce à cette astuce, a racheté ses esclaves de la malédiction de la loi de l’honneur et de la réparation, puisqu’il est devenu maudit à leur place. Oh criminels de tous bords, sévissez tant que vous voudrez, Vous êtes déjà pardonnés!

Monsieur le curé, iriez-vous jusqu’à féliciter cet homme, en lui disant: Un grand bravo à votre sainteté et à votre justice, ainsi qu’à votre haine pour le péché, et mille bravo à votre sagesse! Est-ce que quelqu’un peut lui dire une telle chose?

Le prêtre: - Mon petit Emmanuel, tu t’accables tellement pour notre Seigneur Jésus-Christ et c’est tout à ton honneur. Mais tu ne devrais pas parler avec autant de virulence. Sache que nos spiritualistes déclarent qu’au jour du jugement dernier, aucun défaut ne sera relevé sur le Christ, pendant que sa bienfaisance et sa charité nous seront attribuées, du fait de notre foi en lui. Sache également que le Christ a préservé la loi et que sa préservation nous sera attribuée aussi par notre foi en Jésus-Christ. Dieu sera alors juste dans notre acquittement et en nous conformant à ses prescriptions, car sa justice aura obtenu son dû.

Emmanuel: - Il m’est arrivé de lire ces paroles dans le quatrième volume, page 280 du livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, édité sous le patronage des missionnaires Américains. Mais monsieur le curé, le Christ ne nous a-t-il pas ordonné de préserver la loi mosaïque? C’est pourtant bien ce que je lis dans l’Evangile (Matt 5. 17): « Ne pensez pas que je sois venu pour supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner leur véritable sens. Je vous le déclare, c’est la vérité: aussi longtemps que le ciel et la terre dureront, ni la plus petite lettre, ni le plus petit détail de la loi ne seront supprimés, et cela jusqu’à la fin de toutes choses. C’est pourquoi, celui qui désobéit même au plus petit des commandements et enseigne aux autres à agir ainsi, sera le plus petit dans le royaume des cieux. Mais celui qui obéit à la loi et enseigne aux autres à agir ainsi, sera grand dans la royaume des cieux.»

Au début du vingt troisième chapitre, il rappelle aux foules et à ses disciples la nécessité d’apprendre et d’appliquer la loi de Moïse: « Les maîtres de la loi et les Pharisiens, dit-il, sont chargés d’expliquer la loi de Moïse. Vous devez donc leur obéir et accomplir tout ce qu’ils vous disent. »

Quelque chose m’échappe monsieur le curé; Si nous avons négligé la loi malgré l’insistance du Christ pour que nous la préservions, j’ai peine à comprendre comment les efforts du Christ pour la préservation de la loi peuvent nous être attribués, à nous aussi. Selon quelle logique voulez vous que nous soit attribuée la bonté du Christ, en dépit de notre flagrante désobéissance à ses ordres et par conséquent à ceux de Dieu, en nous détournant de la loi?

Admettons que Dieu nous pardonne notre désobéissance et notre abandon pour la loi. En quoi ceci fera-t-il de nous des pieux, des justes et des bienfaisants, et comment appliquer cette situation selon les normes préconisées par la justice divine qui elle, est basée sur une logique toute contraire à celle-ci? Non seulement, mais comment peut-on la situer par rapport à la raison?

Obtenir le pardon de Dieu est une chose, et heureusement qu’il existe, mais se voir attribuer en plus le qualificatif de pieux pour n’avoir pas été obéissant à la loi divine, cela semble quelque peu fausser les repères de la justice et de la miséricorde divines. Cela choque tout simplement le bon sens et personnellement je trouve cela difficile à concevoir, d’autant que les livres de l’Ancien Testament (Exode 34, Nombres 14, Nahoum 1) rapportent que Dieu supporte les péchés, les désobéissances et les fautes, mais ne tient pas les coupables pour innocents.

Quand Emmanuel eut fini de parler, Eliezer se tourna vers le prêtre. Il lui trouva un air grave. En effet, celui-ci se tenait tête baissée et les traits de l’inquiétude et du chagrin transparaissaient sur son visage. Le regard fixé sur le sol et l’air abattu, il lâcha: - Que voulez-vous que je vous dise!

L’état pitoyable du prêtre rendit Eliezer compatissant, si bien qu’il voulut lui remonter le moral et lui décharger l’esprit de toutes ces affaires graves; il lui demanda: - Monsieur le curé, me permettriez vous de changer de sujet, histoire de nous distraire un peu?

Le prêtre: - Je vous en prie Eliezer; faites donc.

Eliezer: - Il m’est arrivé d’assister à une fête chez les musulmans, durant le mois de Ramadhan, le mois pendant lequel ils observent le jeûne. Ce jour là, un homme à l’allure respectable arriva, prit place et commença à instruire les gens sur le licite et l’illicite, d’abord sur les lois régissant au commerce, ensuite il se mit à parler des bonnes mœurs et de la nécessité de les adopter, puis parla de l’immoralité et de la souillure qu’elle représente. Il insista beaucoup sur l’incitation au bien et l’interdiction du mal. Il aborda également les vertus du jeûne et ses bienfaits, ainsi que les conditions morales et légales de son acceptation.

Petit à petit, la discussion se transforma en véritable assemblée où sont passés en revue les différents aspects de l’insoumission à la loi islamique et des pièges que tend constamment le diable dans ce but.

Soudain, un homme prit la parole pour rapporter les événements d’une histoire tout à fait singulière. Il raconta qu’un jour, un voyageur arriva au cours du mois de Ramadhan dans une bourgade situé sur les frontières d’un pays musulman, dont les habitants n’avaient plus de musulman que le nom. Ils usaient tellement de fraude vis-à-vis de la loi islamique, que celle-ci n’y avait plus droit de cité. Ainsi, notre voyageur constata que la population, non seulement n’observait point le jeûne sacré du mois de Ramadhan, mais mangeaient et buvaient publiquement, sans la moindre gène. Ne croyant pas ses yeux, il voulut en avoir le cœur net et leur demanda:

- Etes-vous musulmans? Ils répondirent que oui. – sommes nous au mois de Ramadhan, voulut-il confirmer? Ils répondirent également par l’affirmative. – Qu’avez-vous tous à ne pas jeûner, insista-t-il visiblement intrigué? Ils lui répondirent: - Nous sommes des musulmans, obéissants aux ordres de Dieu et à la loi divine, mais c’est notre cheikh et guide qui jeûne à notre place à tous et s’acquitte pour nous de nos obligations vis-à-vis de notre religion.

Le voyageur ne pouvant apparemment pas se contenter de ce qu’il venait d’entendre, il voulut voir de plus prés cette histoire burlesque et pour le moins étrange et demanda à rencontrer le grand guide. On lui indiqua l’adresse du cheikh, mais comme il était déjà tard, il ne lui rendit visite que le lendemain.

Ce matin là, monsieur le guide était assis, entrain de manger avec une avidité déconcertante toutes sortes de friandises que lui offraient les gens agglutinés autour de lui. Le voyageur le salua et lui demanda s’il était bien le guide de la bourgade. Il répondit que oui et quand le voyageur lui demanda s’il était en jeûne à la place de tous ses concitoyens, il répondit également par oui. Très contrarié, notre voyageur voulut savoir: - Alors comment se fait-il que tu te nourrisse en plein jour de Ramadhan? Cette fois, le cheikh lui répondit: - Vous alors, vous êtes étonnant! Ne trouvez-vous pas que le rédempteur jeûnant à la place de dix mille personnes ne peut se suffire de mille repas par jour? Alors comment pouvez-vous me reprocher de prendre un ou deux misérables petits repas dans la journée?

Monsieur le curé, après que j’eu bien ri ainsi que tous les présents, j’ai réfléchi et je me suis dit que je serai bien embarrassé si les musulmans me disaient: - Eliezer, cette rédemption est tout à fait comme la votre. Et ils auraient bien raison, monsieur, car je n’aurai rien trouvé à leur répondre.

Emmanuel: - Que pouvez-vous bien leur dire, cher père? Admettons qu’ils fassent abstraction de l’absurde thèse de la rédemption et de ce que vous avez découvert vous-même de saugrenu à son sujet, notamment à travers les dires de nos spiritualistes. Seulement, que pourriez vous répondre s’ils vous disaient: - les livres que vous sanctifiez ne révèlent aucune trace de cette prétendue rédemption, que ce soit à l’époque de Jésus ou même plus d’une vingtaine d’années postérieurement à l’événement de la croix?

Que pourriez-vous répondre s’ils vous disaient que tous les croyants en le Christ respectaient la législation déjà établie et appliquaient la loi de la Torah.

Ils pourraient vous dire également, cher père, que ce n’est que plus tard, qu’est apparue l’hérésie de la rédemption et que s’est produit l’abandon de la loi mosaïque, à une date inconnue que vos livres font remonter aux disciples de Jésus et Paul, soit vingt ans ou plus, après Jésus Christ.

Le Nouveau Testament ou l’abrogation de l’Ancien Testament
La loi de Moïse n’a pas été abandonnée uniquement par l’introduction du principe de la rédemption, car les lois de la Torah ont été narguées, sinon passées en dérision à plusieurs occasions.

A titre d’exemple, au dixième chapitre du livre Actes des apôtres, on nous apprend que Pierre, alors qu’il se trouvait sur le toit en terrasse de la maison pour prier, et qu’il avait faim, il eut une vision lui montrant tous les animaux déclarés par la Torah interdits et impurs. Dans cette vision, une sorte de grande nappe tenue aux quatre coins, descendait du ciel et dedans, il y avait toutes sortes d’animaux. Une voix lui dit: - Lève-toi, Pierre, tue et mange! Pierre répondit qu’il n’avait jamais rien mangé d’interdit ni d’impur. Mais la voix lui commanda: - Ne considère pas comme impur ce que Dieu a déclaré pur.

Notons que cette déclaration de pureté pour ces animaux n’a pas été faite au titre de l’abrogation d’une loi de la Torah, mais en témoignage de leur pureté chez Dieu, et que leur impureté déclarée dans la Torah a été le fait de l’homme qui a agit contre la volonté divine.

Au quinzième chapitre, toujours dans le même livre, c’est la circoncision pourtant imposée par la loi de Moïse, qui a fait l’objet d’un examen par les apôtres et les anciens. Durant cette discussion, pierre considéra la circoncision comme un fardeau imposé aux croyants et que ni leurs ancêtres ni eux-mêmes n’ont pu le porter. De son côté, Jacques estimait qu’on ne devait pas créer de difficultés à ceux, non juifs, qui se tournent vers Dieu.

Ainsi, il apparaît clair que l’abolition de la circoncision, et par conséquent, la loi de Moïse, a été rendue nécessaire par la perspective d’encourager et de faciliter l’intégration des nouveaux croyants, la circoncision n’étant à leurs yeux qu’une contrainte et une entrave à la conversion. C’est pourquoi, il a été décidé l’envoi d’émissaires aux nations concernées, pour les informer qu’aucun « fardeau » ne leur sera imposé, en dehors des devoirs indispensables résumés en ceci:

- ne pas manger de sang; - ne pas manger de chair d’animaux étouffés; - se garder de l’immoralité.

A propos du principe de pureté, bien des nouveautés nous parviennent par le biais du Nouveau Testament. C’est ainsi que Paul, dans le quatorzième verset du quatorzième chapitre de sa Lettre adressée aux Romains, leur dit: « Je sais de façon tout à fait certaine que rien n’est impur en soi. Mais si quelqu'un pense qu’une chose est impure, elle devient impure pour lui. »

Nous retrouvons un autre exemple traitant du même sujet, cette fois dans Lettre à Tite (1. 14): « Qu’ils ne s’attachent plus à des légendes juives et à des commandements dus à des hommes qui se sont détournés de la vérité. Tout est pur pour ceux qui sont purs; mais rien n’est pur pour ceux qui sont impurs et incroyants. »

Nous lisons encore dans Lettre aux Colossiens (2. 16): « Ne laissez personne porter des jugements sur ce que vous mangez ou buvez, ou au sujet de l’observance des jours de fête, de la nouvelle lune ou du sabbat ». Ensuite, un peu plus loin (2. 20-22): « Pourquoi acceptez-vous qu’on vous impose des règles de ce genre: - Ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, n’y touche pas? Elles concernent des choses destinées à disparaître dés qu’on en fait usage. Il s’agit là de règles et d’enseignements dus aux hommes. »

Dans Lettre aux Galates, Paul incitait de façon virulente à se détourner des lois de la Torah, à l’exemple de ce que rapporte le quatrième chapitre (9-11): « Comment est-il possible que vous retourniez à ces faibles et misérables forces spirituelles? Comment est-il encore possible que vous vouliez redevenir leurs esclaves? Vous attachez une telle importance à certains jours, à certains mois, certaines saisons et certaines années. J’ai peur à votre sujet: tout le travail que j’ai accompli pour vous serait-il inutile? »

Décidément, la Torah n’en finit pas d’être dénigrée et c’est encore le cas dans Lettre aux Hébreux (7. 18-19): « Ainsi, l’ancienne règle a été supprimée, parce qu’elle était faible et inutile. La loi de Moïse, en effet, n’a rien amené à la perfection. Mais une espérance meilleure a été introduite grâce à la quelle nous nous approchons de Dieu.» Puis, au huitième chapitre (6-7): « Jésus a été chargé d’un service bien supérieur au leur, car il est l’intermédiaire d’une alliance bien meilleure, fondée sur de meilleures promesses. Si la première alliance avait été sans défaut, il n’aurait pas été nécessaire de la remplacer par une seconde. »

Pourtant, à bien regarder, la croyance du Christianisme est que la Torah en usage est la parole de Dieu, exprimée à travers sa révélation à Moïse; Que les psaumes sont la révélation de Dieu à son prophète David et que les autres livres de l’Ancien Testament sont au même titre, la révélation de Dieu à ses nobles prophètes.

Précédant dans ce contexte, l’Ancien Testament abonde dans la défense, sinon dans l’apologie de la Torah, comme le montrent les exemples suivants:

Le livre Lévitique rapporte au cinquième verset du dix-huitième chapitre, parmi les prescriptions de Dieu aux Israélites: « Observez donc mes lois et mes règles: Celui qui les met en pratique vivra par elles. »

Ailleurs, nous lisons: « La loi du Seigneur est parfaite » (Ps 19. 8). Le même message est transmis à travers le psaume 119, verset 142: « Le droit que tu as établi est éternel, et ta loi immuable.», Ainsi qu’au verset 144: « Tes ordres constituent un droit éternel », puis au verset 160: « Avant tout ta parole est vérité, et toutes tes justes décisions sont valables pour toujours. »

Ezékiel n’est pas en reste, puisque lui aussi rapporte les paroles de Dieu à ce propos (20. 11): « Je leur enseignai les règles et les lois que j’ai établies pour que tous ceux qui les pratiquent puissent vivre. »

Le dernier livre de l’Ancien Testament, celui de Malachie, appelle encore au respect de la loi (3. 22): « Souvenez-vous de ce que mon serviteur Moïse a enseigné, observez les règles et les lois que je lui ai données sur le mont Horeb pour tout le peuple d’Israël. »

Concernant le Nouveau Testament, c’est par la voix du Christ lui-même qu’il s’exprime pour défendre la Torah:

L’Evangile selon Matthieu en témoigne en rapportant l’enseignement de Jésus au sujet de la loi (5. 17): « Ne pensez pas que je sois venu pour supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner leur véritable sens. » Plus loin, il insiste dans un ton plus ferme (5. 19): « C’est pourquoi, celui qui désobéit même au plus petit des commandements et enseigne aux autres à agir ainsi, sera le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui obéit à la loi et enseigne aux autres à agir ainsi, sera grand dans le Royaume des cieux. »

Au vingt-troisième chapitre du même Evangile (2-3), le Christ en s’adressant aux foules et à ses disciples, les exhorte à accomplir tout ce que disent les maîtres de la loi et les Pharisiens, qui sont chargés d’expliquer la loi de Moïse.

- Dites-moi, père, que pouvons-nous faire maintenant que nous-nous retrouvons devant autant de contradictions et de persistance, qui creusent ce profond fossé entre le camp de l’Ancien Testament et l’Evangile d’un côté, et de l’autre, celui des Lettres attribuées aux apôtres?

Comment sommes-nous sensés réagir à l’abandon du Nouveau Testament pour la loi mosaïque, et à tout le mépris qu’il a témoigné à son égard. Je ne parle pas de la supercherie qui fait du Christ notre rédempteur, et qui pour nous sauver, devient maudit à notre place. Doit-on s’inspirer de cette affreuse tromperie et nous consoler en disant: Le Christ est la parole éternelle, laquelle est Dieu pendant que le Christ est l’hypostase de Dieu en même temps qu’il est Dieu incarné, et lui et Dieu ne font qu’un.

Certains seraient tentés de trouver une solution à ce problème dans ce qu’ils liraient dans la lettre de Abd al-Massih et dans les articles de Georges Sale, qui trouvent ni plus ni moins que Dieu a été indulgent avec les juifs en leur dictant des lois inappropriées et des obligations par les quelles ils ne vivront pas.

Voila donc des paroles qui constituent une réponse toute faite au livre d’Ezékiel, aux psaumes et au livre de Malachie, et un démenti à leur glorification pour les lois de la Torah.

Mais ce n’est pas tout, car voici Luther, le réformateur Protestant qui ira jusqu’à déclarer: « Les enseignants du péché nous harcèlent avec leur Moïse. Nous ne voulons pas entendre parler de Moïse, car il a tout donné aux juifs et ne nous a rien donné à nous les chrétiens. Alors, ils ont beau essayé de nous intimider avec Moïse, nous ne les craignons pas, puisque nous avons notre Evangile.» Ces paroles de Luther ont été rapportées dans la troisième partie du livre al-hidaya, à la page 109.

Les remontrances du prêtre
Le prêtre: - Emmanuel, jusque là, tu as toujours mené ta recherche dans l’impartialité et le respect des règles de l’enquête. Pourquoi prends-tu soudain le chemin des pécheurs? Celui qui veut avoir la prétention de fouiller dans les replis d’une religion et y mener sa recherche de façon honnête, a le devoir moral et scientifique de s’en tenir à ce qui est conventionnel chez l’ensemble des pratiquants de cette religion.

Sache qu’il est honteux et immoral pour un homme sensé être loyal et de bonne foi, d’argumenter contre une religion, en s’appuyant sur les dires d’une seule personne parmi toutes celles appartenant à cette religion là. Alors Emmanuel, pourquoi évoquer Abd Al Massih, Sale, ou même Luther? Tu as tout à fait le droit de les confronter avec leurs propres thèses, mais rien ne t’autorise à rendre la religion responsable de leurs opinions.

Ne vas surtout pas ressembler à des gens de l’espèce de Gharib Ibn ‘Adjib, auteur de ar-rihla al-hidjazia; Quand celui-ci a trouvé à redire sur la religion de l’Islam, il n’a pas trouvé mieux que de se servir des récits de certains individus qui ne jouissent d’aucune considération dans les milieux savants de la société islamique. Le voila donc qui cite en référence al-Azraqi, Ibn Djarih, Moudjahid, Nafi‘, Ibn Ishaq, Ibn al-Ward, puis se perd dans son raisonnement, sans aboutir à une conclusion quelconque, au point où son argumentation s’avère être sans aucun appui.

Mon cher Emmanuel, Si tu aspire à devenir un grand chercheur et être connu pour la noblesse de ton discours, n’argumente contre les religions, quelles qu’elles soient, que par la voie des thèses en usage dans les sociétés concernées. Et si j’ai un conseil à te donner dans l’immédiat, mon enfant, ce serait surtout de t’abstenir de polémiquer avec l’université chrétienne, en ayant recours à des noms tels que Luther, Abd al-Massih, ou Sale. Ce serait faire preuve de faiblesse et de démesure.

Emmanuel: - Je vous demande pardon, monsieur; il n’était nullement dans mon intention de me servir des méthodes de ces gens là. J’ai seulement voulu mettre le doigt sur le degré de rabaissement de la loi mosaïque et souligner tout le mépris dont elle a fait l’objet dans notre Nouveau Testament et c’était surtout en faisant référence aux livres tels que Actes des apôtres, ou même les Lettres attribuées à Paul. D’ailleurs, certains de nos religieux en ont fait largement usage, ce qui nous a fait plonger dans de grandes contradictions.

Maintenant, je vous le demande: dois-je dire que la loi de Moïse est celle de Dieu et que ses commandements sont bons, qu’elle est juste et complète, qu’elle représente le droit chemin vers la paix et la vie, que celui qui lui obéit sera grand dans le Royaume des cieux et celui qui lui désobéit sera le plus petit dans le Royaume de cieux?

Le prêtre: - Oui Emmanuel, c’est le plus raisonnable, ainsi que le montrent d’ailleurs la Torah, l’Evangile, les psaumes, le livre d’Ezékiel et le livre de Nahoum.

Emmanuel: - Mais alors, monsieur, que doit-je faire des Actes des apôtres et des Lettres de Paul? Ces livres s’acharnent à vouloir abolir les lois de la Torah, à force de les dénigrer, de les diminuer et de les traiter de légendes juives vouées à la disparition.

Le prêtre: - Emmanuel, ne donne pas d’importance à ces paroles.

Emmanuel: -Monsieur le curé, comment ne pas donner d’importance aux paroles de livres tels que Actes des apôtres et les Lettres de Paul, alors que la religion chrétienne et son université les considèrent comme des livres de révélation divine, et ne devant faire l’objet d’aucun soupçon. En dépit de l’attachement du Christ à la loi et ses orientations à son sujet dans l’Evangile, tous les chrétiens l’ont abandonnée et ont préféré suivre les instructions de Paul pour son annulation. J’en veux encore pour preuve l’affirmation des chrétiens disant que le Christ les a sauvés de la malédiction de l’ancienne loi, en devenant malédiction à leur place.

Le prêtre: -Emmanuel, tu étais en train de lire tranquillement la Torah; qu’est-ce qui t’a pris de bondir soudain vers le Nouveau Testament?

Emmanuel: - Vous dites, monsieur, que le Livre rapporte la révélation divine selon laquelle le Christ se serait sacrifié pour nous sauver de la malédiction de la loi, en devenant lui-même malédiction, car il est écrit: Maudit soit celui qui est pendu à une planche. Après tout ceci, je ne comprends pas que vous trouviez encore le moyen de me critiquer, quand je demande des explications sur quelques unes de ces paroles.

Le prêtre: - Mon jeune ami, ton père et toi avez levé le voile qui dissimulait un grand problème et vous avez découvert la supercherie; cela ne vous suffit-t-il pas?

Emmanuel: - Pourquoi ne dites-vous pas simplement ce que vous en savez et calmer notre angoisse une bonne fois pour toutes?

Le prêtre: - Mon cher petit, un fruit n’est bon à manger que lorsqu’il est bien mûr. Retournons à la Torah maintenant, il est grand temps que

tu reprennes ta leçon.

La Torah ignore le jour du jugement
Nous avons exploré tous les recoins de la Torah. C’est un livre volumineux dans lequel foisonnent les longs discours sur des sujets très divers. Même des sujets qui ne servent nullement l’amélioration de la condition humaine y sont abordés. En effet, des questions indignes des livres sacrés ont fait dans la Torah l’objet d’explications longues et choquantes. C’est dans ce même ordre d’idées qu’elle s’étale dans des absurdités sur le soit disant inceste de Lot avec ses filles. La torah nous apprend aussi comment Jacob avait manipulé son père Isaac en lui mentant à plusieurs reprises, dans le but d’obtenir sa bénédiction. Vous voyez que la Torah ne tarit pas de scandales pour souiller l’honneur et la sainteté des prophètes. C’est pourquoi, il ne faut pas s’étonner si elle se plait à nous rapporter le viol de Dina, fille de Jacob, par Sichem, fils de Hamor; Idem si elle se perd dans les détails de l’adultère de Juda, fils de Jacob, avec sa belle sœur Tamar. Décidemment, la Torah ne manque pas de ces petites histoires, toutes aussi croustillantes, les unes que les autres. Pour notre part, nous nous contenterons de ces quelques exemples, car leur inventaire dépasserait le cadre de notre recherche.

Mais monsieur, si la Torah accorde un tel intérêt pour les histoires les plus futiles, elle devrait pouvoir le faire également pour de plus importantes, et j’ose croire que le jour du jugement dernier, avec ses récompenses et ses châtiments, en est une. Or, notre Torah n’en souffle pas un mot; elle n’a pas inspiré aux obéissants le désir de ses récompenses, ni menacé les séditieux avec ses châtiments.

Pourtant la logique de l’incitation et de l’intimidation a bien été suivie à l’égard des Israélites. Seulement, l’objet ne dépasse pas les limites du monde d’ici bas: c’est l’incitation par la promesse de l’abondance du blé, du vin, de l’huile et d’autres biens, alors que l’intimidation s’exprime par les menaces de maladie, de pauvreté et de déshonneur en perdant sa femme au profit d’un autre.

Le jour du jugement dernier, lui, n’est-il pas évoqué, bien qu’il s’agisse d’une vérité religieuse, gnostique, spirituelle, et l’attention à cette réalité prend forcément en charge l’intérêt et le bien del’humanité, par la réforme des mœurs et la réorganisation sociale. Alors, comment peut-il être digne d’un livre céleste, révélé pour la réforme des valeurs et pour la révélation de la vérité, de négliger un aspect aussi important du message? Monsieur, est-il concevable qu’une telle chose se produise dans un livre divin?

Le prêtre: - Et toi, Emmanuel, crois-tu un instant, que Dieu et Moïse, son prophète, aient pu négliger de mentionner le jour du jugement dernier dans un livre comme la Torah, qui de surcroît n’est que la parole de Dieu et sa révélation? Selon quelle logique, d’après toi, la révélation de la parole de Dieu aurait-elle abouti à de tels enfantillages et à des aberrations comme il en ressort de nos différentes discussions, sur Adam, Abraham, Jacob, Aaron et d’autres?

Emmanuel: - Si vous permettez, monsieur, c’est vous-même qui avez dit que le Nouveau Testament montre l’omission de la Torah pour diverses questions importantes relatives à la prophétie.

Le prêtre: - Et je te rappelle que toi même tu avais critiqué alors la Torah sur ce même sujet. Voilà donc que tu te mets aussi à négliger et à oublier.

Eliezer: - Etonnant! Il y a un instant, vous sembliez convaincus que la Torah était la parole de Dieu; ne serait-ce plus le cas, votre sainteté?

Le prêtre: - je crois effectivement que la Torah est bien la parole de Dieu, ce qui n’implique pas automatiquement que je doive croire que cet écrit entre les mains des gens, soit la Torah écrite de la main de Moïse, sur révélation divine.

Eliezer: - Les juifs et les chrétiens, génération après l’autre soutiennent que cette Torah est bien celle-là même écrite par Moïse, et c’est l’héritage de la foi en cette Torah qui a permis sa conservation dans la tradition. Comment les démentir tous, alors que parmi eux se trouvent des millions de savants et de spiritualistes intègres et pieux?

La Torah et la falsification
Le prêtre: On raconte que la gazelle ne fuit pas à la vue d’un danger, si elle ne l’a pas senti auparavant, même s’il s’agit d’un danger qui lui fait habituellement peur. Ainsi, au lieu de croire ses yeux, elle préfère se fier à son odorat et c’est se qui lui vaut souvent de se faire tuer ou capturer.

Pour répondre à votre question, Eliezer, cet exemple résume bien notre situation, car nous aussi nous croyons notre nez et démentons nos yeux. Cela veut dire que nous nous attachons à notre ignorance et refusons de faire confiance à notre savoir et à notre conscience.

Mais puisque nous en sommes aux anecdotes, laissez moi vous raconter celle-ci: C’est l’histoire d’un homme qui rencontre un de ses amis. Triste et tout en pleurs, il s’approche de lui et lui dit: - Mon pauvre ami, j’ai été informé de ta mort, par un groupe de gens tout à fait honnêtes et sincères. Comme tu le vois, j’en suis bouleversé et j’implore Dieu qu’il ait pitié de ton âme et qu’il prenne soin de tes orphelins. Son ami, lui répond: - Eh bien, me voila pourtant devant tes yeux et en bonne santé; Dieu merci, je peux encore te parler et me déplacer sur le terre ferme. Mais l’autre rétorque: - Non, non! Malheureusement, je ne peux pas mettre en doute la parole de ceux qui m’ont informé de ta mort, car ils ne mentent jamais. Alors, je te pris de me laisser dans ma tristesse, mon ami.

Emmanuel: - Père, je trouve le curé depuis le début de notre leçon, assez réservé sur la déclaration de la vérité. J’ai la nette impression qu’il préfère nous voir nous en approcher nous même, que nous la découvrions de nos propres yeux et que notre esprit s’en imprègne au fur et à mesure que nous avancerons dans notre recherche et que le doute fera place à la certitude.

Pour cette raison, je pense que nous ne devrions pas le presser, au risque de voir notre insistance interprétée comme de l’intolérance, ce qui le rendrait inévitablement méfiant à notre égard. Le résultat est que tous nos efforts en quête de la vérité seraient réduits à néant. Quant à nous, nous serons tout simplement privés du bonheur d’une foi juste et saine.

Permettez, cher père, que je sois l’interlocuteur de monsieur le curé, afin que nous puissions développer ce sujet dans le cadre de l’expérience que j’ai acquise au fil de ma recherche.

Voici entre nos mains, quelques exemplaires de la Torah, qu’il s’agisse du texte manuscrit hébraïque, dépourvu de notes, sacré pour les juifs et sous contrôle de leurs grands rabbins; ou le texte manuscrit hébraïque, orné de notes et répandu chez les juifs ainsi que chez leurs rabbins. Nous disposons aussi du texte hébraïque orné de notes et imprimé dans différentes imprimeries, sous le contrôle de leurs rabbins. Nous avons enfin des traductions dans différentes langues, éditées en grande quantité dans les imprimeries de l’est et de l’Ouest.

Il est important de préciser que tous ces exemplaires s’accordent sur les questions qui ont fait l’objet de nos débats, depuis le début de notre lecture, jusqu’au point sur lequel nous sommes entrain de discuter.

Tous ces éléments de critique, qui portent un grave discrédit à nos livres sacrés sont des choses que la raison, et surtout notre sensibilité de chrétiens sincères, refusent et nous avons le devoir sacré d’en disculper le livre de Dieu. Je me contenterai de citer pour rappel quelques exemples de cette dénaturation de la Torah, bien que nous en ayons déjà largement débattu:

- L’effronterie de la présente Torah à porter atteinte à la majesté de Dieu, dés le début, notamment à travers l’histoire d’Adam et de l’arbre.

- La fiction de la tour de Babel et la légende de la lutte de Jacob avec Dieu.

- La fable de Sefora qui empêcha le Seigneur de faire mourir Moïse durant son voyage vers l’Egypte.

- La cruelle loi sur la destruction des royaumes de Sihon et d’Og, ainsi que l’extermination de tous leurs habitants.

- L’aberrante loi sur la virginité de la jeune mariée.

- Le ton impoli de Moïse envers son Dieu et son refus d’accomplir sa mission de prophète.

- La Torah n’a pas tari de calomnies contre la personne d’Aaron, en particulier à travers l’histoire du veau d’or.

- Les erreurs de la Torah au sujet de la situation géographique de l’Eden, du Tigre et de l’Euphrate.

- Les anomalies relevées dans l’histoire des fils d’Adam et la confusion entourant les différentes traductions dans leurs tentatives de dissimuler l’anomalie.

- Les troubles constatés entre la Torah et les Evangiles dans la transcription de la généalogie.

- Confusion dans la narration de l’émigration d’Abraham de sa terre natale vers sa terre d’accueil, et erreur dans la désignation de son fils unique.

- Confusion dans la narration de l’itinéraire suivi par Joseph, depuis son enlèvement jusqu’à sa maison d’accueil en Egypte.

- Confusion dans l’identification des invités d’Abraham, ensuite de Lot.

Ces quelques exemples montrent, si besoin est, toute l’incohérence et le désordre qui caractérisent les récits de la Torah. Nous-nous abstiendrons de reprendre ici toutes les questions, pourtant de grande importance, que la Torah a tout simplement omis de citer, mais qui pris soin de rapporter dans le détail les histoires colportées sur des scandales portant préjudice à l’honneur, à l’intégrité et à la sainteté des prophètes. Il suffit de relire le livre de la Genèse et l’histoire de Jacob pour être fixé.

Monsieur, Un livre tel que celui-ci, fait d’une somme d’énormités, serait-il possible qu’il s’agisse de ce même livre révélé à Moïse et écrit de sa main? Personnellement, je dirai que la majesté et la sainteté de Dieu, l’honneur des prophètes et la perfection du message dont ils sont chargés, la raison et la conscience même du croyant, nient et rejettent en bloc ce genre de chose, autant que les vérités divines ne peuvent s’en accommoder.

Enfin, il est important de rappeler que les notes sur la Torah hébraïque, témoignent des erreurs dont elle pullule; entre autres, le manque d’un caractère dans onze circonstances et l’ajout d’un caractère dans quatre endroits. Ces notes traitent également des erreurs concernant le masculin et le féminin, le singulier et le pluriel, tout comme nous constatons le remplacement de certains caractères par d’autres, sans compter les cas d’interversion de caractères, soit environ quatre-vingt cas.

Maintenant, et au vu de tout ceci, il devient plus qu’évident que ces erreurs, reconnues par ailleurs par les juifs et les chrétiens, sont la preuve irréfutable que la présente Torah, toute dénaturée qu’elle est, ne correspond nullement à celle rédigée par Moïse. A partir de ce triste constat, il convient de poser une question: Où doit-on situer les causes de la perpétuité du faux, dans la Torah.

Falsification de la Torah
témoignages de l’histoire
Eliezer: Toi qui parles après enquête et compréhension, explique-nous donc ce qui à travers l’histoire, aurait pu rendre possible la corruption de cette Torah que nous considérons pourtant comme la copie conforme à celle écrite de la main de Moïse et nous est transmise par enchaînement, de génération en génération.

Emmanuel: Sachez, cher père, que d’une part, la Torah ainsi que les autres livres de l’Ancien Testament dits d’inspiration divine, n’ont été dévoilés au public qu’après la réforme protestante, avec la multiplicité des imprimeries. Jusqu’à cette période, la lecture de la Torah était le privilège des religieux juifs et chrétiens. Bien avant le Christ déjà, elle était cachée et sous l’unique contrôle des maîtres de la loi et des rabbins.

D’autre part, nous savons par ce que rapporte l’histoire, que Nabucodonosor, après la chute de Jérusalem, procéda à la déportation de tous les maîtres de la loi et des prêtres, ainsi que toutes les personnes ayant quelque chose à défendre, à l’exception des vagabonds et des hors la loi. Dans la foulée, il saccagea et incendia le temple de Dieu et réserva le même sort à toutes les demeures importantes de Jérusalem. Par cet acte, Nabucodonosor entendait réduire à néant l’image de la nation israélienne et de ses valeurs sacrées.

Cette situation dura environ soixante-dix ans, jusqu’au règne de Cyrus, empereur de Perse, qui libéra les Israélites et décida de la reconstruction du temple à Jérusalem.

Plus tard, durant le règne de l’empereur de Perse, Artaxerxes, le prêtre Esdras arriva de Babylone, chargé par l’empereur de mettre en pratique et enseigner aux Israélites les commandements et les règles de la loi du Seigneur.

Ainsi que vous pouvez le voir, cher père, l’histoire nous révèle que notre très chère Torah n’est en fin de compte que l’enfant d’Esdras et née de sa bonne foi. Alors dites-moi si vous le pouvez, où se trouve cet enchaînement dans la transmission de la Torah, depuis Moïse à nos jours.

En outre, juifs et chrétiens sont traditionnellement d’accord sur le fait que les livres de l’Ancien Testament ont connu la même fréquence et le même enchaînement que la Torah. Or, la philosophie de l’histoire situe les livres de l’Ancien Testament plus prés de la vérité que la Torah., parce qu’étant d’abord chronologiquement plus récents et ensuite n’ayant pas persécuté les penchants polythéistes et les habitudes païennes, comme l’avait fait la Torah authentique.

Pour ces raisons, les livres de l’Ancien Testament se retrouvent plus ou moins à l’abri de la main falsificatrice dont la Torah authentique a été tout spécialement la cible.

Eliezer: - Puisqu’il en est ainsi, je serai heureux, Emmanuel, que tu nous donne, à partir de nos livres sacrés, une chronologie de la religion des Israélites.

Emmanuel: - La chronologie dont vous parlez, cher père, a justement fait l’objet d’un exposé dans la première partie du livre al- houda, dont l’auteur a fait à chaque fois référence à l’Ancien Testament pour la réalisation de cette chronologie. Je vous en citerai ici les lignes principales et vous n’aurez qu’à consulter ce livre pour plus de détails.

Eliezer: - J’aurai préféré que nous ne tenions pas compte de ce livre.

Le prêtre: - Sachez Eliezer, que la chronologie exposée dans le livre al-houda, a été réalisée à partir des livres de l’Ancien Testament et ce, avec la plus grande loyauté et en toute bonne foi. Ce livre fait référence pour chaque évènement historique, à sa source dans les livres des deux Testaments. Consultez le donc et, si vous ne lui faites pas confiance, confrontez le à ses références. Si vous découvrez en le lisant, ne serait-ce que la moindre petite déloyauté de sa part, nous vous serons reconnaissant de nous la signaler et soyez certain que nous ne raterons pas l’occasion de la révéler au monde, car voyez vous Eliezer, ce livre nous a humiliés en mettant en relief toutes les erreurs commises par nos religieux dans leurs travaux sur les livres saints. Parmi ceux qui nous ont attiré cette humiliation, je nommerai sans hésiter: Jam‘iyet kitab al-hidaya, les missionnaires Américains, Georges Sale, Abd al-Massih, Hachem al-‘Arabi, al-Gharib Ibn al- ‘Adjib.

Eliezer, vous dites ne vouloir que la vérité et vous me pressez à vous divulguer tout de suite des mises au point que, par précaution, je garde pour plus tard; mais en vérité, vous n’avez toujours pas purifié votre cœur de la souillure du sectarisme et de l’intolérance. Vous n’avez pu vous contenir lorsque Emmanuel eut le courage de faire référence au livre al-houda, parce qu’il s’agissait du produit d’un chercheur musulman, pourtant connu pour la noblesse de ses écrits, de ses recherches et de ses discussions. Je vous informe que sa réputation n’est pas usurpée, car il a été formé à l’école des plus grands réformateurs (celle de son prophète et de son Coran). Je me demande ce qu’il en serait de votre part, si vous nous entendiez faire part de choses plus importantes et plus graves.

Eliezer: - Je suis très embarrassé et vraiment confus. Monsieur, je vous pris humblement d’accepter mes excuses. Ne soyez pas agacé par mon ignorance, je dis seulement que cet écrivain est musulman; d’où peut-il donc tenir une telle connaissance des deux Testaments?

Le prêtre: - Si vous aviez seulement pris la peine de feuilleter le livre al-houda et la thèse sur l’unicité divine et la trinité, vous vous diriez que l’auteur a sûrement consacré sa vie entière à l’étude des deux Testaments.

Eliezer: -Soyez remercié, monsieur, pour vos corrections et vos conseils, et encore mille pardons pour mon regrettable comportement. Mais c’est aussi pour cela que nous avons besoin de vous, n’est-ce pas? C’est encore en ce genre de circonstances que votre inestimable utilité se manifeste. Maintenant, avec votre permission, je souhaiterai qu’Emmanuel me donne un aperçu de l’histoire.

Le prêtre: - On dirait que ton père a soif de connaissances, Emmanuel. Il voudrait rattraper le temps perdu et se libérer l’esprit, même si je le trouve encore sous l’influence des préjugés et de l’imitation de nos amis. En tout cas Eliezer, reconnaissez que vous ne manquez pas d’un certain empressement à aller aux conclusions; ce n’est pas la chose à faire étant donné la gravité du sujet, n’est-ce pas Emmanuel!


6
L’histoire des Israélites par les livres de l’Ancien Testament AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) L’histoire des Israélites par les livres de l’Ancien Testament
Emmanuel: - Durant leur exode de l’Egypte jusqu’au désert du Sinaï, les Israélites n’ont cessé d’être les témoins des signes de Dieu et de ses miracles, au même titre que les preuves de la prophétie de Moïse n’ont cessé de se succéder devant leurs yeux, tout au long de leur voyage.

Par l’action de Moïse qui les appelait au monothéisme, ils assistèrent au miracle du bâton et de la main blanche. Ils furent également témoins de la réalisation de prodiges en Egypte, comme l’ouverture d’un chemin sec à travers la mer pour leur permettre de fuir l’armée de Pharaon. Nous pouvons citer aussi le miracle de la manne et du miel, l’extraction de l’eau de la pierre à Horeb et la manifestation de la majesté de Dieu et de sa puissance sur le mont Sinaï (Ex 4-19).

En outre, Dieu leur envoya des avertissements contre la fabrication d’idoles et contre l’adoration d’autres dieux que lui (Lev 26.1). Pourtant, ils ne tardèrent pas à se détourner de lui, en fabricant le veau d’or dès que Moïse fut absent; ils se mirent à l’adorer en disant: Voici notre dieu qui nous a fait sortir d’Egypte (Ex 32.1-9). Et comme si ce n’était pas suffisant, lorsque les Israélites s’installèrent avec Moïse à Chittim, ils se livrèrent à la débauche avec des femmes Moabites qui les entraînèrent à offrir des sacrifices à leurs dieux, les invitèrent à adorer leurs divinités et à partager leurs repas sacrés. Les Israélites s’associèrent de manière particulière au culte du dieu Baal, de Péor (Nomb 25.1-4).

Peu de temps après la mort de Josué, les Israélites abandonnèrent complètement Dieu et s’en retournèrent à leurs passions païennes. Ils se mirent alors à rendre des cultes aux dieux des peuples voisins et s’inclinèrent devant les Baals et les Astartés (Jug 2.11-13). Ils persistèrent dans cette voie, celle du mal et du péché, durant l’époque des Juges et ne firent que ce qui déplait au Seigneur (Jug 3.7, 4.1, 6.1, 13.1).

De même, après la mort de Gédéon, les Israélites rendirent de nouveau un culte idolâtrique aux Baals et prirent Baal-Berit pour dieu, oubliant ainsi le Seigneur leur Dieu qui les avaient délivrés de tous leurs ennemis (Jug 8.33).

C’est ce que nous voyons se reproduire après la mort de Yaïr le juge, puisque les Israélites replongèrent de nouveau dans ce qui déplait à Dieu; ils adorèrent les dieux Baals et les déesses Astartés, ainsi que les dieux des Syriens, des Sidoniens, des Moabites, des Ammonites et des Philistins. Ils tournèrent le dos au Seigneur et ne lui rendirent plus de culte (Jug 10.6). Le résultat de leur situation est, pour reprendre le psaume 106. 35-39:

Mais ils se sont mêlés aux païens,

ils ont appris leurs pratiques,

ils ont offert un culte à leurs divinités,

tombant dans le piège de l’idolâtrie.

Ils ont même offert leurs fils et leurs filles,

en sacrifice à des faux dieux.

- Ils ont répandu le sang des innocents

- le sang de leurs fils et de leurs filles,

sacrifiés aux dieux des Cananéens-

et ces meurtres ont souillé le pays.

En agissant ainsi

ils se sont rendus impurs,

c’était une prostitution.

Après la mort de Salomon, le royaume d’Israël se divisa en deux. Son fils Roboam lui succéda mais ne fut reconnu que par les tribus de Juda et Benjamin. Quant aux tribus israélites du Nord, elles rejetèrent son autorité, convoquèrent leur propre assemblée et désignèrent Jeroboam comme roi d’Israël. Celui-ci fit fabriquer deux veaux d’or et déclara au peuple: - Il est ici votre dieu qui vous a fait sortir d’Egypte. Il fit dresser l’une des statues d’or à Béthel et l’autre à Dan, pendant qu’un grand nombre de personnes accompagna la seconde statue jusqu’à Dan (1 Rois.12).

Les Israélites et leur roi persistèrent dans le péché par l’adoration du veau d’or à Béthel et à Dan, jusqu’au règne d’Achab où l’adoration de Baal se généralisa au point où Baal disposait de quatre cent cinquante prophètes, alors que la déesse Achéra en avait quatre cent et tous étaient les protégés de la reine Jézabel (1 Rois 18. 19).

C’est cette Jézabel qui fit mettre à mort les prophètes du Seigneur; sauf les cent que cacha Obadia dans des cavernes eurent la vie sauve (1 Rois 18. 4). Il ne resta de prophète pour le Seigneur que Elie (1 Rois 18. 22; 19. 10, 14), et on ne pouvait plus compter, en dehors des centaines de milliers d’adorateurs de Baal, que quelques sept mille Israélites restés fidèles au Seigneur, si ce n’est moins.

Les Israélites demeurèrent sur cette voie tracée par Jéroboam et la société Israélite pataugea dans la perversité spirituelle, jusqu’au règne de Osée, fils d’Ela, pendant lequel les Assyriens envahirent le pays, s’emparèrent de Samarie et déportèrent la population d’Israël en Assyrie.

Ce malheur arriva alors que les Israélites ne cessaient de pécher contre le Seigneur, leur Dieu qui les avaient délivrés du pharaon et les avaient fait sortir d’Egypte. Ils avaient adopté d’autres dieux et vivaient selon les coutumes des nations païennes. Ils adoraient les idoles bien que cela leur fut interdit par le Seigneur, ils prononçaient des paroles inadmissibles contre lui, leur Dieu, et commettaient de si mauvaises actions qu’ils l’irritèrent.

Malgré les avertissements qui ont été transmis aux gens d’Israël et de Juda par les différents prophètes, ils se montrèrent aussi rebelles que leurs prédécesseurs qui n’avaient pas cru en Dieu. Ils rejetèrent ses lois et ignorèrent l’alliance qu’il avait conclue avec leurs ancêtres. Ils foulèrent aux pieds tous les commandements du Seigneur et se fabriquèrent des statues de veau en métal fondu et dressèrent des poteaux sacrés. Ils adorèrent le dieu Baal, offrirent leurs enfants en sacrifice et recoururent à différentes formes de magie.

Depuis que Jeroboam, fils de Nebat fut nommé roi d’Israël, il détourna la population de l’obéissance au Seigneur et les entraîna dans de graves péchés. Dés lors les gens d’Israël ne cessèrent pas d’imiter tous les péchés que Jeroboam avait commis (2 Rois 17).

Quant aux gens de Juda et de Benjamin, ils sombrèrent dans le péché plus que ne l’avaient fait leurs ancêtres. Ils désobéirent aussi aux commandements du Seigneur leur Dieu et adoptèrent les coutumes qui avaient été introduites dans le royaume d’Israël. Ils construisirent des lieux sacrés, dressèrent des pierres et des poteaux sacrés aux sommets de toutes les collines où il y avait des arbres verts. Il y eut même des hommes et des femmes qui pratiquaient la prostitution sacrée dans le pays. En somme, ils imitèrent toutes les pratiques abominables des nations que le Seigneur avait chassées pour faire place au peuple d’Israël (1 Rois 14. 22-24).

Pendant la cinquième année du règne de Roboam, le roi d’Egypte Chichac attaqua et pilla Jérusalem, emportant les trésors du temple du Seigneur et ceux du palais royal; il emporta absolument tout, en particulier les boucliers d’or que Salomon avait faits (1 Rois 14. 25).

Abiam succéda à son père Roboam et ce fut encore un chemin aussi égaré que celui de son père qu’il suivit durant son règne. Il commit les mêmes péchés que Roboam avant lui, et contrairement à son ancêtre David, il ne suivit pas la voie tracée par le Seigneur son Dieu (1 Rois 15. 3).

Lorsque Asa succéda à son père Abiam, en tant que roi de Juda, il ne prit pas son exemple et agit conformément à la volonté du Seigneur, tout comme son ancêtre David. Il expulsa du pays les hommes et les femmes qui pratiquaient la prostitution sacrée, supprima toutes les idoles que ses ancêtres avaient fabriquées et retira même à sa grand-mère Maaka le titre de « Grande Dame » parce qu’elle adorait la déesse Achéra. Pourtant, il ne supprima pas les lieux sacrés, bien qu’il eut toujours aimé le Seigneur de tout son cœur (1Rois 15. 11-14). Ainsi, pendant longtemps, les Israélites vécurent sans le vrai Dieu, sans prêtre pour les enseigner et sans loi divine (2 Chron 15. 3).

Quand Josaphat accéda au trône, il ne s’écarta pas du chemin tracé par son père Asa. Il employa son énergie et ses efforts dans le royaume de Juda, à la poursuite de l’œuvre de réforme entamée par son père. Il se consacra donc à la suppression de tous les lieux de culte païens et les poteaux sacrés et s’appliqua de tout son cœur à obéir à Dieu. Il envoya même ses hauts fonctionnaires enseigner la loi dans les villes de Juda (2 Chron 17. 6-7; 19. 3). Durant son règne, Josaphat se conduisait de manière droite et faisait ce qui plait au Seigneur. Pourtant il ne supprima pas les lieux sacrés, de sorte que le peuple n’était pas attaché de tout son cœur au Dieu de ses ancêtres (2 Chron 20. 32-33).

C’est son fils Joram qui lui succèda. Il fit assassiner tous ses frères ainsi que quelques ministres du royaume. Il se conduisit aussi mal que les rois d’Israël et ne fit que ce qui déplait au Seigneur (2 Chron 21. 4-6).

Lorsqu’il mourut, personne ne le regretta et les habitants de Jérusalem désignèrent Ahazia, son plus jeune fils pour lui succéder, car les aînés avaient été tous tués. A son tour, Ahazia se conduisit aussi mal que son père, car sa mère lui donnait de mauvais conseils (2 Chron 22. 1-3).

A la mort d’Ahazia, ce fut sa mère, l’ignoble et perfide Athalie qui lui succéda. Déjà, à la nouvelle de la mort de son fils, elle décida d’exterminer tous les descendants de la famille royale de Juda. Mais la princesse Yochéba parvint à emmener secrètement un fils d’Ahazia, nommé Joas et le fit cacher pendant six ans dans le temple. Durant toute cette période, Athalie régna de la plus cruelle des manières. Ce n’est que durant la septième année de ce sombre règne que le prêtre Yoyada, mari de Yochéba, organisa le renversement et l’exécution d’Athalie, de même que l’intronisation de Joas, fils d’Ahazia (2 Chron 22. 10-12; 23).

Durant le règne de Joas, Yoyada conclu une alliance qui engageait la population, le roi et lui-même à être le peuple du Seigneur. Alors la population se rendit au temple de Baal et le démolit; on brisa les autels et les idoles, on tua et Mattan, le prêtre de Baal. Les rites reprirent leur cours dans le temple selon ce qui figure dans la loi de Moïse (2 Chron 23. 16-19).

Joas avait sept ans lorsqu’il devint roi. Il régna de façon droite tant que Yoyada était vivant. Mais après la mort de celui-ci, les chefs de Juda rendirent visite à Joas et lui rendirent hommage. Le roi prêta l’oreille à leurs suggestions, et c’est ainsi que les Israélites délaissèrent le temple du Seigneur, Dieu de leurs ancêtres, pour adorer les poteaux sacrés et autres idoles (2 Chron 24. 1-2, 17-18).

Le prêtre Zacharie, fils de Yoyada tenta de les convaincre de revenir à Dieu, mais sans succès; le peuple complota contre lui et, sur ordre du roi, la population se mis à lui lancer des pierres dans la cour même du temple. Le roi Joas oubliant ainsi toute la bonté qui caractérisait l’attitude de Yoyada à son égard, n’hésita pas à faire mourir son fils Zacharie (2 Chron 24. 20-22).

Joas fut assassiné dans son lit et ce fut son fils Amassia qui lui succéda, à l’âge de vingt-cinq ans. Au début de son règne qui dura vingt-neuf ans, Amassia respecta la Loi mais sans grand enthousiasme et il eut vite fait de se tourner vers le culte des idoles. Il fut battu par Joas, roi d’Israël qui démolit la muraille de Jérusalem et vida la ville de tout ce qu’elle contenait de précieux. (2 Chron 25).

Ozias succéda à son père Amassia à l’age de seize ans et régna pendant cinquante-deux ans. Au début, comme son père, il fit ce qui plait au Seigneur. En peu de temps, il devint puissant, mais sa puissance le rendit orgueilleux et il se détourna du Seigneur (2 Chron 26).

Son fils Yotam lui succéda. Nous pouvons retenir de la conduite de celui-ci qu’il agit dans les limites de la Loi et fit ce qui plait au Seigneur. Cependant, nous ne pouvons pas en dire autant de celle du peuple, qui ne s’améliora guère (2 Chron 27. 1-2).

A yotam succéda son fils Ahaz. Plutôt que de suivre l’exemple de son ancêtre David, il préféra s’en écarter et suivre le chemin des rois d’Israël. Il fabriqua donc des statues pour le culte des dieux Baals, il présenta des sacrifices d’animaux et des offrandes de parfum dans les lieux de culte païens. Il offrit même ses fils en sacrifice, selon l’abominable pratique des nations païennes. Sa conduite fut au sommet de l’infidélité au Seigneur: il offrit des sacrifices aux dieux de Damas, il rassembla tous les objets sacrés du temple, les brisa, puis il verrouilla les portes du sanctuaire du Seigneur. Ensuite il fit dresser des autels à tous les carrefours de Jérusalem (2 Chron. 28).

Quand ce fut au tour de son fils Ezékias d’accéder au trône, il agit tout contrairement à son père, puisque dés les premiers mois de son règne, il rouvrit les portes du temple et les répara. Il convoqua les prêtres et les lévites, leur ordonna de purifier le temple, de le vider de tous les objets impurs qui s’y trouvaient et d’y reprendre leurs fonctions. Le temple était tellement souillé que la purification des lieux dura plusieurs jours. Aussitôt après, Ezékias rétablit le culte et les sacrifices selon la règle établie par son ancêtre David et par les prophètes du roi, Gad et Natan (2 Chron 29).

Manassé succéda à son père Ezékias à l’âge de douze ans et régna cinquante-cinq ans à Jérusalem. Après son accession au trône, il ne tarda pas à reprendre le chemin obscur des ces prédécesseurs païens. Il agit avec zèle et ne manqua aucune de leurs pratiques. Il commença par rétablir les lieux sacrés que son père Ezékias avait détruits. Il dressa des autels aux dieux Baals, fabriqua des poteaux sacrés et rendit un culte aux astres en l’honneur desquels il dressa des autels dans les deux cours du temple. Il alla même jusqu’à offrir ses fils en sacrifice, pratiqua la magie et la sorcellerie, consulta ceux qui interrogent les esprits des morts.

Manassé fut aussi méprisant à l’égard des valeurs défendues par son père, que pouvait l’être le plus abominable des païens à l’égard du Seigneur. Mais quand il connut la captivité et la torture chez le roi d’Assyrie, il se rappela le Seigneur son Dieu, reconnut toutes ses fautes et implora sa pitié. Alors Dieu le sauva, le renvoya à Jérusalem et Manassé sut enfin que le Seigneur était le seul vrai Dieu.

Dés son retour, Manassé entreprit d’effacer toute trace de dieux étrangers et de toute pratique païenne. Il rétablit l’autel du Seigneur, y offrit des sacrifices de communion et de louange et ordonna aux Judéens d’adorer le Seigneur Dieu d’Israël (2 Chron 33).

Lorsque son fils Amon lui succéda, il passa les deux années de son règne à faire ce qui déplait au Seigneur. Il reprit toutes les pratiques païennes dont son père avait fini par se détourner, mais avec plus de détermination, puisque Amon ne reconnut pas ses fautes comme l’avait fait Manassé. Il commit au contraire encore plus de péchés que lui (2 Chron 33. 21-23).

Mon cher père, au centre de cette frénésie polythéiste dans un pays pourtant sensé être la capitale de l’unicité divine, de la loi mosaïque et de la Torah; au milieu de ce peuple où il n’était plus possible de retrouver la moindre trace pour le monothéisme, ni pour la Torah, ni pour la loi divine; dans un environnement païen aussi hostile à toutes les valeurs divines, à tous les symboles du monothéisme, pouvez-vous me dire en toute honnêteté, s’il restait la moindre chance pour la Torah d’échapper, non seulement à l’altération partielle, mais à la métamorphose, elle qui n’a eu de cesse de passer de génération polythéiste et païenne à l’autre?

Franchement, que pouvons nous aujourd’hui lui trouver d’authentique, d’autant plus que c’est l’Ancien Testament qui rapporte sans ambiguïté, comment le peuple d’Israël s’était détourné de Dieu et de la Torah, tout au long de son histoire. Que pouvait-t-il rester de la Torah dans une société où Dieu n’était plus reconnu, oublié, une société qui verrouilla les portes du temple du Seigneur, laissa s’éteindre les lampes du sanctuaire qui fut transformé en lieu où siégeaient désormais les idoles.

Les lieux furent tellement souillés pas les paganisme, que leur purification nécessita plusieurs jours de durs labeurs, avec toute la diligence qu’imposaient l’ordre et l’impatience royales et dont dut faire preuve l’association des prêtres.

Vous devez savoir, cher père, que la haine des païens pour la Torah dépassait de loin leur hostilité pour la maison de Dieu, car la Torah s’opposait dans sa substance à leur déviation et à leur barbarie, et les blâmait sévèrement, alors que le temple lui, était muet, inerte et n’exprimait à leur endroit aucune menace. Il n’empêche qu’ils l’ont détruit, oh combien de fois. Comprenez donc que la Torah ne pouvait espérer meilleur sort.

Ce peuple dégénéré et pervers, centre de tous les vices, et qui a fait siennes toutes les pratiques ignobles des autres peuples païens, pouvait-il franchement se permettre de courir le risque de laisser subsister quelque chose de la Torah? Reconnaissez que non; de toute manière, vous vous en rendrez compte vous-même en écoutant ce que nous allons dire au sujet de Josias.

Les prétentions du prêtre Hilquia sur la découverte de la Torah
Josias succéda à son père Amon à l’âge de huit ans et régna trente et un ans à Jérusalem. C’était un croyant fidèle, à l’exemple de son ancêtre David. A la douzième année de son règne, il entreprit de purifier Jérusalem et le royaume de Juda de tous les lieux de culte païens, des poteaux sacrés et des idoles. On démolit en sa présence les autels des dieux Baals et on abattit les brûle-parfums qui les surmontaient. Le tout fut réduit en poussière, puis dispersé sur les tombes païennes. On brûla aussi les ossements des prêtres païens sur les autels qu’ils avaient utilisés.

A la dix-huitième année de son règne, alors que la purification du pays et du temple se poursuivait, Josias désigna quelques hommes et les chargea d’entreprendre la réparation du temple du Seigneur et des autres bâtiments que les rois de Juda avaient laissés tomber en ruine. Ces hommes se rendirent chez le grand-prêtre Hilquia. Ils apportaient l’argent que les lévites gardiens de l’entrée avaient reçu comme don pour le temple. Au moment où l’on retirait du coffre l’argent qui y avait été déposé pour le temple, le prêtre Hilquia découvrit le livre de la loi du Seigneur, transmise par l’intermédiaire de Moïse. Le prêtre Hilquia alla annoncer au secrétaire Chafan qu’il avait trouvé le livre de la loi dans le temple, et il le lui remit. Chafan apporta le livre au roi, l’informa que c’est Hilquia qui le lui avait donné, et se mit à le lui lire.

Quand le roi Josias entendit les paroles de la Torah, il fut si bouleversé qu’il déchira ses vêtements. Il convoqua un groupe de ses proches dont Hilquia, et leur ordonna d’aller consulter le Seigneur pour lui et pour la population d’Israël et de Juda, sur le contenu du livre qu’on venait de découvrir. Nos ancêtres, disait-il, n’ont pas été fidèles au Seigneur et n’ont pas respecté les commandements du livre de la Loi.

Le roi ne tarda pas à convoquer au temple la population de Jérusalem et de Juda, prêtres, lévites et gens de toutes conditions, et lut à tous les présents le livre découvert dans le temple. Ensuite, il renouvela l’alliance avec le Seigneur; chacun devait s’engager à être fidèle au Seigneur, obéir à ses commandements et se conformer assidûment aux enseignements et prescriptions contenues dans le livre de l’alliance (2 Rois 22, 23; 2 Chron 34).

Eliezer: - Comme c’est étrange! J’ai du mal à croire qu’on ait pu accepter aussi facilement les déclarations de Hilquia sur la découverte de la Torah, sans que l’on se soit demandé: pourquoi le livre n’avait-il pas été découvert lors du nettoyage du temple? Pourquoi ne l’avait-on pas découvert lors du dépôt de l’argent dans le coffre? Et enfin, comment pouvait-on s’assurer de la probité de Hilquia en pareilles circonstances?

Emmanuel: - Les Israélites avaient fini par prendre conscience, ainsi qu’en témoignent les différentes expériences à travers l’histoire, que leur liens nationaux, leur indépendance politique, autant que l’illustration de leur unité et de leur gouvernement, n’avaient de chance d’apparaître qu’à travers leur appartenance commune à la religion mosaïque, laquelle ne pouvait se manifester qu’à travers la Torah, bien entendu. Pourtant, ils avaient bien souvent tendance à céder à l’ivresse des passions et à l’aberration du polythéisme et se laissaient facilement emporter dans l’ambiance perverse du paganisme, loin de la religion mosaïque et de la Torah.

Mais une fois réveillés de leur ivresse, ils ne pouvaient que reprendre l’image de la religion mosaïque et le nom de la Torah, comme une sorte de décoration officielle à leur nationalisme, leur gloire et leur politique. Et il ne serait pas exagéré de dire que sous le règne de Josias, ils vivaient précisément un de ces cas de retour d’une de leurs longues ivresses. Seulement, leurs ancêtres n’ont laissé leur parvenir de cette noble décoration officielle que le nom.

Il n’en demeure pas moins que dés que Josias et les siens entendirent le nom de cette décoration, leur désir ardent de la recevoir leur interdit d’effectuer la moindre vérification, ni demander la moindre explication sur sa soudaine apparition. La bonne foi de Hilquia leur suffisait, et le livre reçut le titre d’ « officiel ».

Enfin, juifs et chrétiens reconnaissent comme vous le savez, que le texte d’origine hébraïque, sacré dans les croyances juives est débordant d’erreurs. Nous en avons cité quelques exemples et nous en citerons d’autres, si le besoin nous y conduit. Nous savons aussi que les uns et les autres y ont porté des corrections, mais dans les marges, sans qu’il fût du pouvoir de qui que ce soit d’agir directement sur le texte, lequel malgré les erreurs avérées est resté sacré en l’état, tout cela parce qu’un jour, ce même texte avait reçu le titre d’ « officiel ». Dés lors, il ne pouvait plus être soumis à l’appréciation et au jugement de la raison.

Rappelons que la bonne foi d’Hilquia n’était sûrement pas la seule garantie du succès de son livre; celui-ci devait fort probablement contenir des dispositions qui corroboraient des vestiges de la loi mosaïques qui subsistaient chez leurs prêtres et leurs anciens, ainsi que des expressions conservées et transmises à travers les générations, en tant que témoignages de la défunte Torah.

Oui, cher père, de nos jours encore, nombreux sont les savants et les religieux qui, pour défendre l’authenticité des livres du Nouveau Testament, ne trouvent pas mieux que de souligner la ressemblance de certains groupes de phrases, avec d’autres se trouvant dans les livres de l’Ancien Testament.

Le prêtre: - Plutôt que d’affirmer que les festivités organisées par Josias en l’honneur du livre d’Hilquia étaient dues au fait que le livre représentait le seul exemplaire de la Torah en leur possession, nous pouvons tout autant soutenir que si Josias organisa une si grande cérémonie, c’est parce qu’il venait de découvrir la Torah écrite de la main de Moïse, celle qu’il a mise dans le coffre de l’alliance, et ordonné qu’elle soit transportée avec le coffre dans la demeure sainte.

Emmanuel: - Non monsieur, nous ne pouvons pas défendre une telle hypothèse; l’histoire ne l’accepterait pas.

Le prêtre: - Et pourquoi cela, Emmanuel?

Emmanuel: - Eh bien, pour la simple raison que ce qui a été rapporté sur les paroles d’Hilquia et de Josias, nous apprend qu’effectivement les festivités organisées en l’honneur de la Torah d’Hilquia, l’ont été pour célébrer la découverte de l’unique exemplaire existant en Israël à cette époque là, et monsieur le curé a sans doute pris connaissance de ce que nous avons rapporté sur l’état de Josias et la Torah d’Hilquia, à travers la lecture des chapitres vingt deux et vingt trois du Deuxième livre des Rois et celle du chapitre trente quatre du Deuxième livre des Chroniques. Monsieur le curé aura sûrement regardé aussi dans l’origine hébraïque et ses différentes traductions.

Reconnaissons que la Torah ne peut pas avoir survécu dans le sanctuaire jusqu’au règne de Josias. En témoignent tout au long de l’histoire les reniements successifs des Israélites pour la religion de Moïse et leur retour au paganisme pour de longues périodes, avec le saccage de la maison de Dieu, qui fut souillée et transformée en demeure pour les idoles.

Doit-on rappeler que trois cent dix ans après Moïse, les palestiniens ont pillé le coffre de l’alliance, lequel ne fut remis à sa place que cent ans plus tard, à l’époque de David. Et quand enfin Salomon construit le temple et y transporta le coffre, celui-ci ne contenait que les deux tablettes de pierre que Moïse y avait déposées; ce sont les tablettes qu’il avait reçues au mont Horeb, lorsque le Seigneur conclut une alliance avec les Israélites après les avoir fait sortir d’Egypte (1 Rois 8. 9; 2 Chron 5. 10).

Durant tout ce temps où le coffre, ainsi que la tente de la rencontre et les objets sacrés qui s’y trouvaient furent transportés de la cité de David jusqu’au temple, il n’a jamais été question de la Torah écrite de la main de Moïse, ou d’une autre Torah, quel qu’elle fut.

Est-ce que les autres objets méritaient d’être mentionnés et non la Torah? Certainement pas; l’idolâtrie des Israélites à l’époque des Juges était telle qu’elle ne pouvait laisser de trace à une « Torah » écrite de la main de Moïse. Comment pouvait-il en être autrement chez les sociétés païennes qui suivirent?

Il est aisé de comprendre, quand on sait combien les prédécesseurs de Josias étaient réfractaires au monothéisme et à la loi mosaïque, que l’expression concrète de ces deux piliers de l’anti-paganisme, autrement dit la Torah écrite de la main de Moïse, n’avait raisonnablement aucune chance de leur survivre. Il ne serait pas raisonnable en effet de croire qu’elle ait pu en réchapper, d’autant qu’elle représentait la pire des menaces à leurs pratiques et à leurs croyances.

Depuis la révélation, les Israélites ont vécu la majeure partie de leur histoire dans un paganisme qui s’en est constamment pris avec une violence inouïe à tous les symboles du monothéisme. L’histoire ne cache pas que le temple avait été dévasté et pillé à plusieurs reprises, pour être transformé en habitation pour les idoles. Comprenez donc, monsieur le curé, qu’il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il ne soit pas resté la moindre trace de la Torah de Moïse.

La torah de l’époque de Josias ne pouvait être, par conséquent, qu’une autre déposée avec le coffre de l’alliance comme le voulait la loi.

Depuis la mort de Josias jusqu’à la déportation à Babylone, ce furent Joachaz, fils de Josias, ensuite Joaquim, puis Joakin qui se succédèrent en tant que rois de Juda. Ils firent vite de reprendre le chemin de l’idolâtrie et ne semèrent durant leurs règnes respectifs que le mal (2 Rois 23, 24). En effet, le peuple de Juda avait autant de dieux que de villes, et Jérusalem comptait autant d’autels que de rues, pour offrir des sacrifices à Baal (Jér 11. 13). Leur barbarie ne connaissait pas de limite; elle était poussée jusqu’à l’aménagement d’un lieu sacré, le Tofet, pour y brûler en sacrifices leurs fils et leurs filles (Jér 7. 31).

Père, et c’est le prophète Jérémie lui-même, dans son livre considéré par les juifs et les chrétiens comme un livre de la révélation divine, qui témoigne - voyez le vous-même - avec la plus grande franchise, de la falsification des juifs pour la Torah:

« Vous prétendez:

« Nous sommes des sages

c’est nous qui avons

la loi du Seigneur. »

Mais comment osez-vous

prétendre cela,

quand ceux qui transcrivent la loi

sont des faussaires

qui tordent son sens? » (Jér 8. 8).

Pour revenir à l’événement de la déportation, l’histoire rapporte que durant la dix-neuvième année du règne de Nabucodonozor, un de ses officiers fit son entrée dans Jérusalem, incendia le temple, le palais royal et les maisons de la ville. Les troupes Babyloniennes démolirent les murailles de la ville et la population fut déportée à Babylone. Au bout de soixante-dix ans de déportation, les Israélites furent libérés et autorisés à retourner chez eux et regagner leurs villes.

Revenus vivants de cette épreuve, ils abandonnèrent le paganisme et se tournèrent désormais vers Dieu. Néhémie raconte au huitième chapitre qu’au septième mois de l’année, les Israélites vinrent des villes où ils s’étaient installés et se rassemblèrent au premier jour du mois à Jérusalem. Ils demandèrent à Esdras, le prêtre spécialiste de la loi, d’apporter le livre de la loi que le Seigneur lui avait donné par l’intermédiaire de Moïse. Esdras l’apporta devant l’assemblée composée d’hommes, de femmes et d’enfants en âge de comprendre. En entendant la lecture de ce livre, tout le monde se mit à pleurer.

Je voudrai, cher père, attirer votre attention sur ce point précis; s’ils connaissaient la Torah, ou s’ils en avaient seulement une copie, ils n’auraient sûrement pas été aussi bouleversés en entendant cette lecture. Mais revenons plutôt à Néhémie qui raconte dans la seconde partie de son huitième chapitre, comment le jour suivant se sont rassemblés autour d’Esdras tous les chefs de famille Israélites, les prêtres et les lévites et ce, pour étudier plus profondément la Torah. Ils y découvrirent que les Israélites doivent vivre dans des huttes pendant la « fête des huttes », au septième mois. Alors les Israélites allèrent chercher des branchages pour se construire des huttes.

Je vous le demande: les prêtres ne sont-ils pas les gardiens de la Torah? N’ont-ils pas la maîtrise légitime sur la loi, du fait de leur fonction régulière? Si c’est le cas, et j’imagine bien que cela devrait l’être, pourquoi auraient-ils eu besoin d’Esdras pour la connaître? Comment pouvaient-ils ignorer aussi qu’il était écrit dans la Torah que les Ammonites et les Moabites ne seraient jamais admis dans la communauté de ceux qui adorent Dieu? Car nous voyons qu’à la lecture de cette interdiction, les Israélites décidèrent d’exclure de leur communauté tous les étrangers (Néh 13. 1-3).

En vérité, s’il existait vraiment, ne serait-ce qu’une copie de cette Torah auparavant, la fameuse interdiction aurait été, à n’en pas douter, connue de tous, même du petit peuple, puisqu’elle touchait la vie publique. Si seulement le livre d’Esdras pouvait en réchapper après cela!

Eliezer: - Et qu’a-t-il pu arriver aux Israélites et à leur Torah, après leur déportation à Babylone?

Emmanuel: - Et bien père, vous devez sûrement savoir que les livres des Maccabées, précisément les deux premiers, sont considérés par les Catholiques parmi les livres de la loi sacrée. Certes, ils ne jouissent pas de la même considération chez les Protestants; il n’en demeure pas moins qu’ils restent des livres d’histoire importants, et c’est à ce titre que nous rapportons du premier chapitre du premier livre, que lorsque l’empereur Antiochus IV envahit Jérusalem, il fit brûler l’ensemble des copies des livres sacrés sur lesquelles il a pu mettre la main. En outre, il donna l’ordre de mettre à mort toute personne découverte en possession d’un livre de ce genre, ou pratiquant un rite selon la loi mosaïque. Les persécutions étaient telles que chaque mois la population était soumise à une fouille et à un contrôle rigoureux, durant une interminable période de trois ans, ainsi qu’en témoignent les différents livres d’histoire.

Eliezer: - La catastrophe nommée Antiochus s’est produite aux alentours de cent soixante cinq ans avant le Christ, alors que la traduction Septuaginta a vu le jour environ cent dix ans avant l’invasion de Jérusalem par Antiochus, et s’est propagée aux quatre coins du monde. En admettant que l’événement ait conduit à l’anéantissement de la copie hébraïque, la sauvegarde de la copie Septuaginta compense largement.

Emmanuel: - La naissance de la version Septuaginta a eu lieu en Egypte. Et puis, d’où tenez vous qu’elle s’est propagée à travers le monde avant l’événement « Antiochus »? Je veux bien croire qu’elle a été diffusée en Egypte et en Palestine, seulement, l’armée d’Antiochus animée de toute sa haine à l’égard des livres de l’Ancien Testament a quand même occupé l’Egypte avant de s’en prendre au pays juif, et le travail d’extermination des livres de l’Ancien Testament a été nécessairement exécuté en Egypte, autant qu’il le fut par la suite en pays juif.

Quoi qu’il en soit, la version Septuaginta témoigne de manques troublants, dans le texte hébraïque et ce, à quatorze endroits, des ajouts à deux endroits et des erreurs à huit endroits. Pour ceux qui voudraient connaître le détail de ces anomalies, elles se trouvent soigneusement répertoriées et largement commentées dans la deuxième partie du livre al-houda.

Eliezer: - Insinuerais-tu que la présente Torah est entièrement différente de la Torah de Moïse, dans toutes ses paroles, son savoir, son histoire et ses lois?

Emmanuel: - Bien sur que non, père. La tradition doit bien conserver quelques principes et quelques pratiques que se transmettent les générations et hérités de la véritable Torah. Seulement, ces restes de la Torah authentiques, qui ont survécu au temps et aux événements, ont fini par se mêler aux ajouts et aux dénaturations, faisant ainsi de la lecture de la Torah une tache des plus compliquées, même si en vérité il n’est pas compliqué de reconnaître certaines situations, en l’occurrence celles dont nous pouvons exclure avec certitude l’appartenance à la vraie Torah et à la révélation divine; c’est par exemple le cas de ce qui est généralement contraire à la raison, comme nous en avons débattu précédemment.

Mais ceci ne nous rapproche toujours pas de notre chère vraie Torah, et celle que nous avons entre les mains est franchement inexploitable. Nous ne pouvons pas nous appuyer sur un seul de ses paragraphes, et il est aussi risible que choquant d’apprendre que certains auteurs tels les dénommés Hachem al-Aarabi et Gharib Ibn al-‘Adjib, contester ce qu’ils lisent dans le Coran et ce que rapporte la tradition musulmane sur l’histoire, sous prétexte que la Torah ne le confirme pas. Mais quelle Torah? Ne se rendent-ils pas compte qu’elle est truffée de défauts?

Le prêtre: - Ne t’occupe pas d’untel le missionnaire et d’untel l’écrivain. Ne te rappelle-tu pas de ceux qui ont prétendu que le Coran a cité « Qabil et Habil », et que certains ont accusé le Coran d’avoir dit qu’Aaron adorait le veau lorsque Moïse se trouvait sur la montagne? Ne te rappelle-tu pas que de soit disants penseurs ont accusé le Coran d’avoir dit que David avait pris les brebis de son frère, et qu’Abraham était païen? Ne te rappelle-tu pas que certaines personnes, pour certains intérêts, ont introduit des ajouts dans le texte de la Torah?

Emmanuel: - Concernant certaines références telles que Abd al- Massih, Jam‘iyet kitab al-hidaya, Hachem al-‘Aarabi, thamrat al- amani, rihlet al-Gharib Ibn al-‘Adjib, ainsi que d’autres tels que des missionnaires; tous ces gens là et les auteurs de ces livres porteront la responsabilité d’un crime immonde contre les deux Testaments, contre leur religion et contre tous ceux qui les ont crus. Ils s’en sont pris injustement à la religion islamique, à son prophète et à son Coran. Si seulement ils avaient agit avec l’étique qui sied aux savants, le mal aurait été moindre. En tous cas, ils auraient été bien avisés d’éviter tout cela, car la réaction ne s’est pas faite attendre, et depuis certains savants musulmans se sont spécialisés dans l’étude des livres des deux Testaments dans leur langue d’origine, leurs textes manuscrits et leurs traductions d’après les différentes éditions.

Le résultat, mon cher père, est que les hommes de savoir musulmans ne cessent de nous interpeller sur nos livres, nos écrivains et nos traducteurs.

Depuis, leurs critiques ne font que se multiplier et nous en avons énoncé, trop brièvement à mon goût, quelques unes précédemment.

Les études comparatives des musulmans sur les deux Testaments et le Coran, avec un intérêt particulier pour les sujets abordés communément par leur Livre et les nôtres, constituent une véritable humiliation pour l’ensemble de notre communauté. Notre religion a tout simplement été traînée dans la boue par ceux qui avaient la prétention d’en être les serviteurs.

Retour à l’étude des Livres
Le prêtre: - Trêve de lamentations, Emmanuel! Plutôt que de pleurnicher sur notre sort, ne crois-tu pas qu’il serait plus utile de reprendre l’étude des deux Testaments?

Eliezer: - Il faut croire qu’après l’exposé d’Emmanuel, nous ne pouvons que nous résoudre à un constat: Nous avons bel et bien perdu notre Torah. Personnellement, tout roturier et très attaché à la religion que je sois, j’ai fini par abandonner toute objection, et au bout de cette libre recherche, je sors persuadé que la présente Torah n’est pas celle de Moïse.

Emmanuel: - Père, auriez-vous quelques remords de m’avoir laissé entreprendre cette étude? Vous est-il à ce point pénible d’ouvrir les yeux sur la réalité et voir apparaître la vérité? Ou bien peut-être, seraient-ce les commentaires de monsieur le curé qui vous ont brusqué ou vexé?

Eliezer: - Mon fils, qui n’aimerait pas découvrir la vérité et se libérer de l’angoisse du mensonge, si ce n’est celui qui a renoncé à sa part de bonheur. Quant aux paroles du prêtre, elles sont loin d’avoir un effet indisposant sur l’humeur de ton père. Il serait plus équitable que ce soit moi qui reconnaisse avoir manqué de patience et usé d’un ton vexant à son égard, lorsque je l’avais trouvé lent à répondre à tes indiscrétions et satisfaite ta curiosité. Je voudrai lui renouveler ici mes excuses et lui dire comme je suis navré. Je ne me rendais pas compte que sa sagesse lui commandait une telle réserve et qu’il ne pouvait que nous laisser découvrir nous même ce que le fanatisme ne nous aurait pas permis d’accepter si nous l’avions entendu de la bouche de quelqu’un, même de la sienne. A l’évidence, cela ne nous aurait pas permis de poursuivre cette recherche. Mais par sa profonde sagesse, il a décidé de confronter notre conscience et notre intelligence, à nos penchants et nos passions. Reprend ton étude fiston, et que Dieu t’accorde sa bénédiction et te guide vers la lumière.

Le livre de Josué
Emmanuel: - Il reste encore quelque chose de la Torah qui mérite explication: Le trente quatrième chapitre du livre Deutéronome raconte la mort de Moïse et le deuil des Israélites qui dura trente jours. Je me demande qui peut bien être l’auteur de ces paroles et comment ce chapitre a pu être introduit dans la Torah qui a été révélée à… Moïse.

Monsieur le curé, l’auteur dit aussi que la tombe de Moïse reste inconnue à ce jour, ce qui montre que ceci a donc été écrit longtemps après la mort de Moïse. Nous lisons également dans le texte hébraïque: « et il l’enterra », sans mentionner qui est cette personne qui enterra Moïse et qui était donc avec lui au moment de sa mort.

Cependant, certaines traductions semblent être plus complètes que le texte d’origine; c’est le cas de la traduction française éditée en 1983 par l’Alliance Biblique Universelle, et où nous lisons: « Dieu lui-même l’enterra dans une vallée de Moab, en face de la localité de Bet-Péor, et jusqu’à ce jour, personne n’a su exactement où se trouve sa tombe. » (Deut 34. 6).

Le prêtre: - Certains attribuent l’écriture de ce chapitre à Josué, fils de Noun, alors que d’autres disent autre chose, tout cela en l’absence de la moindre preuve ou du plus petit indice. Qu’est-ce qui aurait empêché Josué de l’écrire au début du livre qui porte aujourd’hui son nom? Pourquoi a-t-on glissé ceci dans la Torah? Et enfin, a quoi peuvent nous servir toutes ces vaines approximations? Lis, Emmanuel.

Emmanuel: - J’ai lu et relu le livre de Josué, et à chaque lecture mon cœur est affligé par ces guerres atroces qui se prolongeaient dans le massacre de femmes et d’enfants, et qui ne s’achevaient que par l’extermination de toute âme dans les contrées conquises.

Le prêtre: - Ceci n’est que la loi de la Torah sur les nations vaincues.

Emmanuel: - Il me semble que nous avons déjà abordé ce sujet; d’ailleurs mon père et moi n’avons pas manqué de vous exprimer nos doutes quant à l’authenticité de cette loi. Nos consciences ne peuvent d’accommoder du fait qu’autant de brutalité, de cruauté et de barbarie puissent être décrétées par la révélation divine et enfantées pat la Torah. Tous les attributs de bonté et de miséricorde du tout puissant le refusent. Vous aussi, monsieur le curé, vous sembliez partager amplement ce point de vue. Personnellement, je me passerai bien du livre de Josué.

Le prêtre: - Fort bien. Commençons alors l’étude du livre des Juges.

Emmanuel: - Monsieur, les fondements même de notre religion reposent sur la Torah de Moïse et l’Evangile du Christ. Si nous n’accordons pas la plus grande attention à ces deux livres, je ne vois pas quel intérêt peuvent susciter les autres livres des deux Testaments.

Le prêtre: - Si tel est ton avis, Emmanuel, tu n’as qu’à commencer par l’Evangile de ton choix, bien que leur ordre d’écriture nous invite à commencer par celui de Matthieu.

Qui a écrit les Evangiles et quand?
Emmanuel: - Je voudrais savoir, monsieur: ces quatre Evangiles, existaient-il du temps du Christ?

Le prêtre: - Non Emmanuel, mais ils ont été écrit sur inspiration divine, de nombreuses années plus tard.

Emmanuel: - Mais qui a donc écrit ces Evangiles?

Le prêtre: On raconte qu’ils sont quatre hommes dont deux, en l’occurrence Matthieu et Jean, comptaient parmi les douze disciples du Christ. Quant aux deux autres, à savoir Marc et Luc, ils figuraient parmi les adeptes du Christ.

Emmanuel: - A quelle époque ont été écrits ces Evangiles?

Le prêtre: - On rapporte différentes dates pour l’écriture de l’Evangile selon Matthieu. Certains le font remonter à l’année 32, d’autres à l’année 38 et d’autres datations sont encore proposées: il s’agit des années 41, 43, 48, 61, 62, 63 et 64. L’Evangile selon Marc serait écrit entre les années 56 et 65, mais on penche plus pour l’an 60 ou 63, pendant que l’Evangile selon Luc daterait de l’année 53 ou 63 ou même 64. Enfin, différentes datations sont émises pour l’écriture de l’Evangile selon Jean: Il s’agit des années 68, 69, 70, 89 et 98, Sachant que Jésus a été crucifié, rapporte-t-on, en l’an 29.

Qui est Matthieu et qui est Jean?
Emmanuel: - Monsieur le curé, pourriez-vous nous dire qui sont Matthieu et Jean?

Le prêtre: - En ce qui concerne Matthieu, il se présente lui-même dans son Evangile, comme un employé des impôts: « Jésus partit de là et vit, en passant, un homme appelé Matthieu assis au bureau de paiement des impôts. Il lui dit: - Suis-moi! Matthieu se leva et le suivit. » (Matt 9. 9). Dans l’Evangile selon Marc, qui reprend le même texte, il est appelé Lévi, fils d’Alphée (Marc 2. 14).

Quant à Jean, fils de Zébédée, Jésus l’avait aperçu en compagnie de son frère et de son père, occupés à réparer leurs filets de pêche, à bord de leur barque. Quand Jésus les appela, Jean et son frère Jacques abandonnèrent leur barque et leur père et le suivirent (Matt 4. 21, 22; Marc 1. 19, 20). Dans l’Evangile selon Luc, ils sont présentés aussi comme les associés de Simon Pierre, alors qu’ils étaient à la pêche au lac de Génésareth (Luc 5. 10). Enfin, Jean se présente lui-même comme l’aimé de Jésus. En effet, il se nomme dans son Evangile, aux chapitres 19, 20 et 21: le disciple que Jésus aimait.

Matthieu: - Que peut-on apprendre d’autre de la vie de Matthieu et de Jean? Et que sait-on des douze disciples?

Le prêtre: - Eh bien, Matthieu et Jean faisaient justement partie de ces douze disciples, mais les Evangiles rapportent sur eux des querelles de leadership. De vives discussions se sont déroulées entre eux, pour déterminer lequel des douze devait être considéré comme le plus grand après Jésus et ce, après que Jésus lui-même leur eut annoncé qu’il allait être trahit par l’un d’entre eux, et qu’il allait bientôt les quitter. D’autre part, il leur reprocha leur attitude motivée par les intérêts étroits d’ici bas (Luc 22. 21-34), au même titre qu’il lui arriva de les blâmer pour leur manque de foi (Matt 16. 8; Marc 4. 40), leur disant que leur foi n’était pas plus grosse qu’un grain de moutarde (Matt 17. 20).

L’Evangile ne manque pas de déplorer l’étroitesse de leurs esprits, les traitant de spirituellement imperméables aux miracles dont ils étaient les témoins (Marc 6. 52), au point où ils abandonnèrent tous Jésus, la nuit où les juifs étaient venus l’arrêter (Matt 26. 56; Jean 16. 32), et c’est Jésus lui-même qui les avait informés qu’ils le feraient (Matt 26. 31). Durant cette triste nuit, en effet, il leur demanda de veiller avec lui, mais ils ne purent s’empêcher de dormir et le laisser seul, en proie à la tristesse et l’angoisse. Il les réveilla à plusieurs reprises en leur reprochant leur comportement, mais rien n’y fit, et quand vint le moment de son arrestation, tous se dispersèrent et l’abandonnèrent à son sort (Matt 26. 38-56).

Sache Emmanuel, que lorsque les femmes revenues du tombeau informèrent les apôtres que le Christ avait ressuscité, « les apôtres pensèrent que ce qu’elles racontaient était absurde et ils ne les crurent pas » (Luc 24. 11). C’est tellement vrai que le Christ les blâma et « leur reprocha de manquer de foi et d’avoir le cœur si dur qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu vivant » (Marc 16. 14).

Bien que toutes les voies de la foi leur étaient ouvertes, que le Christ, leur prophète et envoyé de Dieu, vivait parmi eux et qu’il les avaient bien informés de ce qu’il allait subir, mais qu’il reviendrait à la vie (Matt 16. 21; 17. 23; 20. 19; 26. 32), il n’empêche que telle fut la malheureuse situation des disciples. Les paroles de Jésus sur sa résurrection se retrouvent plusieurs fois dans les quatre Evangiles, si bien que même les juifs en étaient informés et en craignaient les conséquences (Matt 27.63), alors que ses propres disciples les avaient oubliées. N’est-ce pas décevant!?

Eliezer: - Jusqu’à ce moment précis, l’idée que l’entourage de Jésus et plus particulièrement ses disciples puissent sombrer dans une telle décadence morale, ne pouvait même pas m’effleurer l’esprit.

Emmanuel: - Mon pauvre père, vous devez bien savoir que Juda Iscariote était l’un des douze disciples. C’est lui qui tenait la bourse pour Jésus (Jean 12. 13) et en profitait pour voler l’argent destiné aux pauvres (Jean 12. 6). C’est également lui qui a trahit Jésus en le livrant à ses ennemis. Il a vendu le noble sang de Jésus pour quelques pièces d’argent, ainsi qu’en témoignent les quatre Evangiles et le début du livre Actes des Apôtres.

Quant à Saint Pierre, il en était même arrivé à gronder Jésus et à lui faire des reproches. « Mais Jésus se retourna et dit à Pierre: - Va-t’en loin de moi Satan! Tu es un obstacle sur ma route, car tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes » (Matt 16. 23).

L’Evangile rapporte bien plus que cela sur Saint Pierre à qui Jésus annonça: « Je te le déclare, c’est la vérité: cette nuit même, avant que le coq chante, tu auras affirmé trois fois que tu ne me connais pas » (Matt 26. 34). Peu de temps après, au courant de la même nuit et avant même que le coq chante, il le renia effectivement à trois reprises, en jurant qu’il ne le connaissais pas (Matt 26. 69-75). Et dire qu’il avait promis à Jésus de ne pas le renier, même au prix de sa vie (Matt 26. 35).

Eliezer: - Ce que j’entends sur les plus proches disciples du Christ me choque et me rempli de tristesse. Comment après cela, pouvons nous continuer à leur faire confiance pour notre religion? Cela ferait de nous, à n’en pas douter, la risée du monde.

Le prêtre: - Doucement, Eliezer. Les Evangiles rapportent tout de même que le Christ, quand il fut revenu à la vie, chargea ses disciples d’aller enseigner à toutes les nations ce qu’il leur avait appris (Matt 28. 19-20; Marc 16. 15; Jean 20. 21), et que le jour de la pentecôte, ils furent remplis du Saint Esprit (Act 1, 2).

Eliezer: - Vous m’en direz tant! Ces Evangiles qui chantent les louanges des disciples, ne sont-ils pas les mêmes qui ont calomnié Jésus en lui attribuant des déclarations sur la multiplicité des dieux? Permettez-moi de vous rappeler que nous en avons déjà parlé.


7
Qui sont Marc et Luc? AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Qui sont Marc et Luc?
Emmanuel: - Nous n’avons encore rien dit, que ce soit sur Marc ou sur Luc. Nous serait-il possible, monsieur le curé, d’apprendre quelque chose sur leurs vies?

Le prêtre: - Ce que nous connaissons d’eux, nous le savons essentiellement de ce que rapportent les livres sacrés. Marc par exemple, Jean de son vrai nom (Act 12. 12; 15. 37), et cousin de Barnabé (Col 4. 10). Sa mère s’appelait marie (Act 12. 12). Il accompagna Barnabé et Paul dans leur voyage à Antioche (Act 12. 25), ensuite à Chypre (Act 13. 5). Il les quitta en Pamphylie et revint à Jérusalem (Act 13. 13).

Lorsque plus tard, en quittant Antioche Barnabé voulut emmener de nouveau Marc en voyage, c’est Paul qui s’y opposa en affirmant que Marc les avait quittés une fois en Pamphylie et ne les avait pas accompagnés dans leur travail. Il s’en suivit une querelle entre Paul et Barnabé, laquelle s’est soldée par leur séparation, et c’est Barnabé et Marc qui, cette fois, partirent seuls vers Chypre (Act 15. 37-39).

Dans sa deuxième lettre à Timothée, Paul lui recommanda: « Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il pourra m’aider dans ma tâche. » (2 Tim 4. 11). Nous savons aussi que Luc et Marc étaient en prison en compagnie de Paul, probablement à Rome (Col 10. 14; Philém 24). Et comme Luc était l’auteur du livre Actes des apôtres, il était également le compagnon de Paul durant ses voyages de missionnaire. Mais ce que je voudrai souligner, mon cher Emmanuel, c’est qu’aucun texte sacré n’indique que Luc et Marc figuraient parmi les cent vingt qui avaient reçu le Saint Esprit (Act 1. 15; 2. 4), tout comme leurs noms n’apparaissent pas avec ceux des prophètes et des enseignants qui se trouvaient dans l’église d’Antioche (Act 13. 1)

Emmanuel: - Mais nos livres doivent bien avoir cité quelque part Marc et Luc parmi les prophètes. Ne rapporte-on pas quelque miracle à leur actif?

Le prêtre: - Non Emmanuel, je n’ai rien trouvé de tel dans nos livres, malgré mes recherches.

Emmanuel: - Pourtant, Jam‘iyet kitab al-hidaya, en s’appuyant sur le dixième chapitre de l’Evangile selon Luc, affirme dans sa troisième partie, à la page 95: « Luc l’évangéliste était des soixante dix disciples qui ont été envoyés par Jésus pour annoncer la bonne nouvelle de l’Evangile, en Judée. »

Le prêtre: - Mon cher Emmanuel, tu n’as qu’à lire le dixième chapitre de l’Evangile selon Luc et me dire s’il comporte une quelconque mention pour les noms des soixante dix disciples, ou même seulement celui de Luc. Je me demande de quelle source secrète Jam‘iyet kitab al-hidaya a bien pu apprendre que Luc figurait parmi les soixante dix.

Emmanuel: - Je comprends, monsieur le curé, mais Jam‘iyet kitab al-hidaya argumente en voulant pour preuve de ce qu’elle avance, le fait que Luc fut le seul à parler des soixante dix disciples.

Le prêtre: c’est ce que tu dis toi aussi, Emmanuel. Mais dis-moi: est-ce que toute personne se distinguant par l’exclusivité d’un récit doit aussitôt être cru, ou considéré comme l’un des acteurs de ce récit? Bien sûr que non, et ce genre d’histoire, très importante par ailleurs puisqu’elle s’intéresse aux actes du Christ, si elle n’est pas rapportée par trois des Evangiles, doit être considérée avec la plus grande méfiance, particulièrement en direction de celui qui aborde l’histoire de manière individuelle et en fait une œuvre personnelle.

Tout ceci me rappelle une drôle d’histoire; c’est un homme des plus naïfs qui dit à son épouse: - On dit qu’un voleur ne fait pas de bruit quand il se déplace à l’intérieur d’une maison qu’il cambriole, et en ce moment je n’entends aucun bruit. Mon pauvre Emmanuel, accepterais-tu que notre preuve sur la prophétie de Luc soit le silence des Evangiles sur l’histoire des soixante dix disciples?

Emmanuel: - Vous avez encore raison, sauf que l’argumentation de Jam‘iyet kitab al-hidaya ne s’arrête pas là.

Le prêtre: - Eh Bien, continue Emmanuel, même si on ne peut pas dire que je sois emballé à l’idée d’entendre la suite.

Emmanuel: - Ils disent que Luc a accompagné Paul en Macédoine et à Rome, que les apôtres du Christ donnaient le Saint Esprit aux croyants, que Silas, le compagnon de Paul était un prophète, que les prophètes étaient nombreux en ce temps là et que Philippes avait quatre filles vierges qui prophétisaient. La conséquence logique de tout ceci, disent-ils, est que Luc a écrit son Evangile sous l’inspiration du Saint Esprit.

Le prêtre: - Emmanuel, tu sais autant que moi que rien de ce que tu viens de dire ne justifie un tel résultat. Ne me dis surtout pas que tu es prêt à admettre une telle conclusion sur la base de ce raisonnement! Voyons Emmanuel, il ne s’appuie sur aucun argument. Mon pauvre amis, si tu te laisses abuser aussi facilement, tu n’as pas fini d’avaler des couleuvres.

Emmanuel: - Je vous rassure tout de suite, ce n’est pas le cas. Mais monsieur, est ce que Luc avait la prétention d’être un prophète? Est-ce qu’il lui est déjà arrivé d’être associé à un miracle ou à un quelconque signe surnaturel?

Le prêtre: - On ne lui connaît rien de tel. D’ailleurs, il se présente lui-même dés le début de son Evangile, comme un historien faisant le récit d’événements, après leur vérification: « Cher Théophile, plusieurs personnes ont essayé d’écrire le récit des événements qui se sont passés parmi nous. Ils ont rapporté les faits tels que nous les ont racontés ceux qui les ont vus dés le commencement et qui ont été chargés d’annoncer la parole de Dieu. C’est pourquoi, à mon tour, je me suis renseigné exactement sur tout ce qui est arrivé depuis le début, et il m’a semblé bon, excellence, d’en écrire pour vous le récit suivi. » (Luc 1. 1-3).

Emmanuel: - Nos amis disent que Marc était spécialiste de l’apôtre Pierre, dont il était le compagnon à Rome, alors que Luc était spécialiste de Paul. Donc, Pierre a nécessairement lu l’Evangile selon Marc et l’a approuvé, de même que Paul a lu et approuvé l’Evangile selon Luc. Ainsi, et du fait de ces approbations, les deux Evangiles se voient préservés de tout égarement.

Le prêtre: - Tu remarqueras que ce ne sont toujours là que des approximations dont nous ne pouvons malheureusement nous accommoder, ni en faire usage pour juger de l’authenticité des deux Evangiles, car rien ne permet d’affirmer que Pierre et Paul ont lu et approuvé les deux Evangiles. En effet, qu’est-ce qui nous dit que Pierre et Paul étaient encore en vie quand Marc et Luc ont écrit leurs Evangiles? Par ailleurs, mon cher Emmanuel, ce que tu liras sur Paul t’apprendra que son approbation n’est pas d’une grande utilité.

Je t’apprendrai également qu’un détail important se dresse entre nous et la correction des Evangiles, c’est l’absence d’éléments justes et solides, susceptibles de relier de façon irréfutable à Matthieu, Marc, Luc et Jean, ces Evangiles et le livre des Actes des apôtres.

Malgré tout, nos amis chrétiens n’ont d’autre moyen pour convaincre de l’authenticité des Evangiles, que leur obstination à s’agripper au fait qu’un groupe d’anciens évêques ont rapporté dans leurs livres quelques paroles des Evangiles. C’est ainsi que nous retrouvons comme témoins de cette authenticité, les noms de Clemens, Hermas, Ignace, Polycarpe, Justin, Apringius de Béja, Origène, Grégoire, Eusèbe, Hilaire…etc.

Nos amis se sont employés à dresser une liste de noms destinés à leur servir de référence, comme nous le voyons dans la première partie du livre kitab al-hidaya, p. 155-157 et dans la troisième partie, p. 123-124.

Mais, que d’application pour si peu de résultats! En somme, tout leur argumentaire repose sur la présence dans les livres de ces auteurs, de mots présentant des ressemblances, avec d’autres qui apparaissent dans les Evangiles, sans que ces affirmations ne s’appuient sur des références aux textes concernés. Bref, nos amis ne reconnaissent même pas que ces mots ont été extraits des Evangiles existants. Tel est le raisonnement suivi dans la troisième partie du livre Kitab al- hidaya (p. 181-202).

Emmanuel: - Je n’en reviens pas que l’on puisse se montrer aussi catégorique au sujet du grand Livre sacré et juger de son authenticité, puis de la crédibilité de ses transmetteurs, en brandissant pour seule preuve la ressemblance établie entre quelques mots de ce Livre et certains mots contenus dans les livres de trois ou quatre personnes. Mais à propos, qui sont ces personnes? Et les livres qu’on leur attribue, sont-ils réellement les leurs?

Le prêtre: - Ce n’est pas à moi que tu devrais poser cette question, mais plutôt à nos amis de Jam‘iyet kitab al-hidaya.

Eliezer: - Décidemment, je vais de déception en déception. Voilà encore que j’apprends que nos Evangiles ne s’appuient pas sur une chaîne ininterrompue de transmetteurs, qu’elle soit formelle ou présumée. Que nous reste-il dans ce cas comme preuve sur l’authenticité de nos livres sacrés?

Emmanuel: - Mais cher père, en réfléchissant bien, l’absence d’appui pour ces Evangiles ne devrait que nous rassurer et nous réjouir. Le fait que personne ne puisse établir un lien continu entre eux et les disciples du Christ doit nous conforter dans notre conviction et dans notre croyance en le message de notre seigneur Jésus-Christ et en la sainteté de ses disciples.

Ceci dit, je ne vous cache pas ma satisfaction devant le désarroi de nos amis de Jam‘iyet kitab al-hidaya, qui n’aura d’égal que leur entêtement à abuser d’arguments aussi ridicules, refusant obstinément de reconnaître leur lamentable échec pour ne pas perdre la face. Pourtant, ils l’ont bel et bien perdue et même traînée dans la boue.

Outrage des Evangiles à la sainteté du Christ
Si nous devions accepter les arguments avancés sur le bien fondé des Evangiles et établir leur authentification sur ce genre d’absurdités, je ne donnerai pas cher de notre religion et de notre croyance en Jésus et en son saint message.

Eliezer: - Comment cela? Ce que tu dis là est très grave, Emmanuel; Tu serais bien gentil de m’expliquer.

Emmanuel: - Je veux bien vous répondre, si vous êtes prêt à me laisser parler librement. Autrement, je préfère me taire et je vous serai reconnaissant de ne plus aborder le sujet avec moi.

Eliezer: - De ma part, tu n’a rien à craindre fiston, je te garanti que tu peux t’exprimer en toute liberté. Avec l’aide de monsieur le prêtre, je sais désormais combien tu es consciencieux, malgré ton esprit un peu trop libre à mon goût. Mais en peu de temps, j’ai appris à te préférer ainsi, libre de la tare de l’imitation et du fanatisme, et ne faisant point de concession sur le chemin de la vérité.

Emmanuel: - Merci père, je suis maintenant rassuré et je peux vous le demander sans crainte: que pourrions nous répondre aux juifs s’ils nous disaient, et Dieu nous en préserve: - Votre Jésus ne peut être ni saint, ni prophète, ni même monothéiste? Que pourrions nous répondre à ceux-là s’ils nous disaient que les Evangiles mêmes sont les témoins des croyances contradictoires du Christ, tantôt polythéiste (Mat 22. 44; Mar 12. 36; Luc 20. 42), tantôt monothéiste (Mar 12. 29; Jean 17. 3)?

Rendons nous à l’évidence, il n’y a d’autre choix pour celui qui ne doute pas de la sainteté du Christ, que de prendre sa défense et l’innocenter de tous ces mensonges colportés à son sujet à travers les Evangiles. Ces calomnies sont d’ailleurs la preuve manifeste que les présents Evangiles n’ont rien d’authentiques.

Sachez également cher père, que pour souiller la sainteté du Christ, les Evangiles ne se contentent pas de ce que nous venons de dénoncer; ils lui attribuent des absurdités auxquelles n’importe qui serait révolté d’être associé. Quel sacrilège donc qu’il s’agisse su Saint Christ! Je suis prêt, si vous le désirer, à vous en citer quelques exemples.

Eliezer: - je préfère d’abord m’assurer moi-même du bien fondé de ces accusations qui me donnent déjà mal au ventre, et il m’est franchement pénible de remettre en cause le caractère sacré de nos Evangiles et douter de leur authenticité.

Le prêtre: - La vérité Eliezer, est que les évènements ont façonné les Evangiles, au gré des intérêts et des passions, en les vidant des valeurs sacrées qu’ils sont sensés véhiculer à travers les âges. Aujourd’hui, ils ne sont plus ce que vous espérez qu’ils soient. Vous pouvez vous attacher à défendre leur réputation et leur authenticité, mais ce sera au prix de l’honneur et de la sainteté du Christ.

Ainsi que votre fortuné fils vous l’a si bien démontré, il est clair désormais, que les Evangiles en usage ne représentent que des enseignements d’hommes, plus soucieux de satisfaire leurs penchants, que de se montrer dignes des responsabilités dont les circonstances les ont investis. Voilà pourquoi, ils se sont éloignés de la rigueur dont ils étaient supposés faire preuve, dans la transmission de la parole sainte à l’humanité.

Il est on ne peut plus naturel, que nous retrouvions aujourd’hui nos Evangiles truffés de mensonges et de contradictions, et que monothéisme et polythéisme cohabitent aisément dans nos Livres, car la main falsificatrice a agit sans gène ni scrupule sur ce que nous avons de tout temps considéré comme la plus sacrée des paroles.

Eh! Oui, mon cher Eliezer; si en dépit de ce que vous venez d’apprendre sur les Evangiles, vous vous obstinez à vouloir en défendre l’authenticité, ce sera comme je vous l’ai dit, pour discréditer l’honneur et la sainteté du Christ, ainsi que la noblesse de sa mission parmi les humains.

Eliezer: - Très bien Emmanuel, monsieur le curé m’a convaincu et son sermon m’a encore ouvert les yeux. Dis ce que tu as à dire.

Emmanuel: - Vous devez comprendre que les Evangiles associent au Christ des comportements le moins que l’on puisse dire, indignes de sa sainteté et portent atteinte au caractère sacré de sa prophétie. Je dirai même plus: je ne tolèrerai pas que de telles choses me soient attribuées, ni à l’un de mes semblables, tout comme vous ne l’accepteriez pas pour vous-même une fois que cela vous sera expliqué. En voici quelques exemples:

* premièrement: Nous lisons dans l’Evangile selon Matthieu sa réponse aux Pharisiens qui lui demandaient: « Notre loi permet-elle à un homme de renvoyer sa femme pour n’importe quelle raison? Jésus répondit: N’avez-vous pas lu ce que déclare l’Ecriture? « Au commencement, le créateur les fit homme et femme, puis il dit: A cause de cela l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux deviendront un seul être.

» Ainsi, ils ne sont plus deux mais un seul être. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. Les Pharisiens lui demandèrent: Pourquoi donc Moïse a-t-il commandé à l’homme de donner une lettre de divorce à sa femme pour la renvoyer? Jésus répondit: Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes parce que vous avez le cœur dur. Mais au commencement il n’en était pas ainsi. Je vous le déclare: si un homme renvoie sa femme, alors qu’elle n’a pas été infidèle, et se marie avec une autre, il commet un adultère. » (Matt 19. 3-9). Nous retrouvons le même discours dans l’Evangile selon Marc (Marc 10. 2-12).

Mais alors, quel sens devons-nous donner à l’expression « ils ne seront plus deux mais un seul être »? Doit-on mentir à nos propres sens en croyant l’auteur? L’homme devient-il une moitié d’être après la mort de sa femme ou même après un divorce pour cause d’adultère, puisque ce sont apparemment les seules causes pouvant justifier aux yeux de l’auteur la séparation après un mariage?

Ensuite, que veut dire: « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni »? Car S’il en est ainsi, comment l’homme peut-il s’y prendre pour répudier sa femme qui a commis l’adultère? Par ailleurs, les juifs n’ont jamais prétendu agir contre la Loi en séparant ceux que Dieu a unis par le mariage. Ils disent seulement que Dieu qui a institué le mariage pour la préservation de l’espèce et l’équilibre de la société, a également institué le divorce pour, entre autre, des raisons citées par l’auteur du présent texte dans l’Evangile, lequel reconnaît par ailleurs que Dieu a légalisé le divorce et qu’il en a même instruit son envoyé Moïse.

N’est-ce pas surprenant, cher père, que l’auteur trouve à redire sur la Loi, la sagesse et la justice divines, qui ne sont exprimées que pour le bien de l’humanité? Ces principes divins ont d’une part, instauré le mariage pour la perpétuité de la race humaine et l’harmonie sociale et d’une autre part, institué le divorce pour mettre fin à un climat familial empoisonné par les hostilités et une vie commune devenue impossible.

Pour ma part, je m’adresserai à cet auteur qui se fait passer pour le Christ, en lui disant: Vous, l’usurpateur de cet espace sacré réservé aux paroles de l’envoyé de Dieu, pourquoi vous acharnez-vous à défendre par des arguments ridicules, une valeur qui n’est pas celle de Jésus-Christ? Et tant que vous avez ce pouvoir de mettre dans l’Evangile les mots de votre choix, faites donc en sorte d’être un tant soit peu crédible, en prétendant: - Je suis un envoyé de Dieu comme Moïse; Dieu a abrogé la loi sur le divorce et m’a chargé de vous transmettre une autre loi que voici. Mais pour l’amour de Dieu, ne dites pas: - Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes parce que vous avez le cœur dur. Je vous le demande: les cœurs sont-ils moins durs aujourd’hui? Ne sont-ils pas au contraire, un peu plus dur chaque jour? Regardez donc l’Evangile (Matt 5. 13-14) chanter les louanges des douze disciples et les désigne comme le sel de la terre et la lumière du monde, mais stupéfaction! Ce sont les Evangiles qui font volte face et les traîne dans la boue en les traitant de sans foi et d’hommes sans cœur.

Que diriez vous, monsieur l’auteur, si on vous disait que la demande d’un homme pour le divorce peut être aussi motivée par l’amour ou la pitié qu’il ressent pour sa femme; celui-ci incapable de procréer, ou impuissant sexuellement, ou tout bonnement emprisonné à perpétuité, décide de divorcer de sa femme, afin de lui offrir la chance d’avoir une nouvelle vie conjugale et de vivre les joies de la maternité, et les exemples sont légion. Que dites vous donc de ces cas précis? Doit-on les considérer comme des exceptions à l’interdiction du divorce? Jusque là, nous constatons que l’adultère seul compte comme exception. Ainsi, le scandale et le déshonneur se voient être le seul justificatif dont dispose légalement l’homme, pour demander le divorce.

Et puisque c’est la seule cause acceptée pour la séparation des époux, que reste-t-il à un homme qui ne peut prouver la culpabilité de sa femme, sinon continuer à vivre avec elle, sachant qu’elle l’a déshonoré? Et si au contraire, il suffisait de l’accuser d’adultère, même si elle est innocente, pour avoir l’autorisation de la répudier, comme l’a d’ailleurs fait un des hommes célèbres, après qu’il eut constaté la stérilité de son épouse?

Telle est malheureusement l’image que nous montrent les Evangiles sur Jésus-Christ et sur le message sacré dont il est le porteur. Père, la mésentente est un poison qui envenime la relation conjugale, une maladie qui ronge la vie du couple, et où le divorce s’impose comme le remède incontournable, pour le soulagement et le bien être des deux parties en conflit. En somme, le divorce se présente comme un facteur indispensable à l’équilibre de la société humaine.

On se demande aussi ce qu’il voulait dire par « Au commencement il n’en était pas ainsi », comme si l’inexistence d’une situation à une époque donnée, pouvait être un empêchement à ce qu’elle soit considérée par la loi ultérieurement. Le couple Adam – Eve était harmonieux, d’où l’absence du besoin au divorce. Mais qu’est ce qui nous dit qu’il leur était interdit à de divorcer s’ils le voulaient?

* Deuxièmement: Le vingtième chapitre de l’Evangile selon Luc rapporte que des Sadducéens, ceux qui affirment que les morts ne reviennent pas à la vie, interrogèrent Jésus sur le commandement de Moïse: « Si un homme marié, qui a un frère, meurt sans avoir eu d’enfants, il faut que son frère épouse la veuve et qu’il ait des enfants avec elle pour celui qui est mort. Or, il y avait une fois sept frères. Le premier se maria sans laisser d’enfants. Le deuxième épousa la veuve, puis le troisième. Il en fut de même pour tous les sept, qui moururent sans laisser d’enfants. Finalement, la femme mourut aussi.

Au jour où les morts reviendront à la vie, de qui sera-t-elle donc la femme? Car tous les sept l’ont eu comme épouse! Jésus leur répondit: Les hommes et les femmes de ce monde-ci se marient; mais les hommes et les femmes qui sont jugés dignes de revenir de la mort à la vie et de vivre dans le monde à venir ne se marient pas. Ils ne peuvent plus mourir, ils sont pareils aux anges. Ils sont fils de Dieu, car ils sont revenus à la vie. » (Luc 20. 27-36).

Pouvez-vous me dire, père, en quoi, le fait que ceux qui reviennent de la mort à la vie ne peuvent plus mourir, peut-il être un empêchement à leur mariage? Est-ce raisonnable? Ou peut être, n’est il pas permis habituellement aux immortels parmi les hommes de se marier? Ensuite, que signifie: « ils ne peuvent plus mourir »? La situation dépend-t-elle de leur volonté ou de leur pouvoir? Je voudrai aussi comprendre ce qu’il entendait par: « ils sont pareils aux anges ». Est-ce qu’il parlait d’âmes abstraites? Cela impliquerait inévitablement la négation du principe même de la résurrection des morts.

Si ce n’était que ça! Selon l’auteur, certains sont jugés dignes de revenir de la mort à la vie et de vivre dans le monde à venir; ceux-là sont qualifiés ni plus ni moins, de fils de Dieu, alors que les autres, si on suit ce raisonnement, ne sont pas concernés par la résurrection. Il me semble bien pourtant, que les Evangiles annoncent clairement que les méchants aussi reviennent par la résurrection pour le jugement. Sinon que faire de tout ce qu’on raconte sur la récompense et le châtiment selon les actes? Et que faire du paradis et de l’enfer? Nous y aurions peut être cru, si nous ne savions qu’un prophète ne peut parler avec autant de contradictions, ni user de raisonnements aussi absurdes.

Eliezer: - Dans les Evangiles selon Matthieu (22. 30) et selon Marc (12. 25), dans sa réponse aux Sadducéens, Jésus dit seulement: « Quand les morts reviendront à la vie, les hommes et les femmes ne se marieront pas, mais ils vivront comme les anges dans le ciel.»

Emmanuel: - Est ce que vous entendez par là que ce que nous venons de lire dans l’Evangile selon Luc n’est pas la parole de Jésus, mais plutôt un ajout trompeur et une calomnie sur l’enseignement du prophète? Attention, père, car cela nous amènerait à conclure que nous ne pouvons plus compter sur cet l’Evangile et n’aurons pas d’autre choix que de le rejeter dans son intégralité, et c’est précisément le centre même de notre propos.

Seulement, la question reste entière également pour les Evangiles selon Matthieu et Marc. En effet, que veulent-ils dire par: « ils vivront comme les anges dans le ciel »?

* troisièmement: Les Evangiles selon Matthieu, Marc et Luc rapportent vers la fin du chapitre concernant la réponse de Jésus aux Sadducéens, ce que Dieu a déclaré au sujet des morts qui reviennent à la vie: “Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Dieu, ajouta Jésus, est le Dieu d’hommes vivants, et non de morts ». L’Evangile selon Luc ajoute: « car tous sont vivants pour lui ».

A cette déclaration, deux questions plutôt embarrassantes pour le commun des gens, s’imposent.

Primo, nous nous demandons pourquoi Dieu ne serait pas le Dieu des morts autant qu’il est celui des vivants. N’est-il pas le Dieu de toute chose, qu’elle soit vivante ou ayant perdu la vie? Ne lit-on pas dans le psaume 147. 12: « Jérusalem, acclame le Seigneur, Sion, glorifie ton Dieu », comme nous lisons dans le livre de Daniel, à différents endroits du deuxième chapitre, ainsi qu’au onzième chapitre de l’Apocalypse, que Dieu est Dieu du ciel. On le retrouve ailleurs, désigné de « Seigneur du ciel et de la terre » (Matt 11. 25; Luc 10. 20). Pourtant, le ciel, la terre, Mars, Mercure, la lune et le soleil ne sont pas vivants, ils sont sans âme.

Secundo, Que je sache, Abraham, Isaac et Jacob n’étaient pas revenus du monde des morts, donc non vivants lorsque Dieu s’adressa à Moïse en lui disant: « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ». Ils étaient encore dans leurs tombes, bel et bien morts, et ils ne ressusciteront d’entre les morts que le jour du jugement. Sinon, on se demande encore à quoi riment les beaux discours que l’on entend sur le jour du jugement.

Le prêtre:- Si tu ne vois pas d’objection à ce que l’on fasse abstraction du premier point, je dirai que pour le second, nous pouvons toujours soutenir qu’il entendait par « le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob », la présence de leurs esprits, même après leur mort, non leur résurrection.

Emmanuel: - Je ne peux tenir compte de cette façon de voir; je vous rappelle que l’argumentaire de l’auteur tournait précisément autour du jugement dernier. Et ensuite, pourquoi voudriez-vous que l’on fasse abstraction du premier point? Franchement, j’ai honte, monsieur le curé, honte que nos Evangiles colportent de telles aberrations au nom du Christ.

Déclarations du Coran sur le jour du Jugement
Voyons maintenant ce que dit le Coran sur la résurrection, à travers certaines sourate, à l’exemple de la sourate de Meryem (Marie) 66, 67: « L’homme dit: une fois mort, m’[en] fera-t-on sortir vivant? Est-ce que l’homme ne se rappelle pas que nous l’avons créé une première fois quand il n’était rien? » et de la sourate Ya Sin (Ya-Sin) 78, 79: « Il oublie qu’il est créé et nous cite un exemple [équivoque] disant: qui fera revivre les ossements tendis qu’ils sont désagrégés? Dis: les fera revivre celui qui les a crée une première fois, car il sait tout créer. »

Eh bien, n’est-ce pas que voilà un raisonnement qui convient autant à un philosophe dans sa philosophie, qu’au commun des mortels dans sa conscience et sa sensibilité! Mais voilà encore que le Coran nous informe à travers le verset 42 de la sourate az-Zoumar (les Groupes) et de façon on ne peut plus claire, sur l’état de l’âme et sur la relation de celle-ci avec la mort du corps: « Dieu rappelle les âmes [définitivement] au moment de la mort [des hommes] et [il rappelle les âmes] des hommes vivants durant leur sommeil; il retient celles dont il a décrété la mort et renvoie les autres [à leurs corps, et ce] jusqu’à un terme fixé ». Le Coran, en parlant du sommeil, nous informe que l’âme, même si elle ne quitte pas le corps, cesse d’en prendre possession, de même que pendant l’évanouissement.

* Quatrièmement: L’Evangile selon Jean rapporte à propos de Jésus: « Les Pharisiens lui dirent: - Tu te rends témoignage à toi-même; ce que tu déclares n’a pas de valeur. Jésus leur répondit: - Même si je me rends témoignage à moi-même, ce que je déclare est vrai, parce que je sais d’où je suis venu et où je vais. Mais vous, vous ne savez ni d’où je viens ni où je vais. Vous jugez à la manière des hommes; moi je ne juge personne. Cependant, s’il m’arrive de juger, mon jugement est valable, parce que je ne suis pas tout seul pour juger, mais le père qui m’a envoyé est avec moi. Il est écrit dans votre loi que quand deux personnes apportent le même témoignage, ce témoignage est valable. Je me rends témoignage à moi-même et le père qui m’a envoyé témoigne aussi pour moi. » (Jean 8. 13-18).

Dites moi donc, cher père, où est-il écrit dans la loi que le défendeur peut se rendre témoignage à lui-même. Croyez vous que cela ait pu exister dans la justice de quelque religion ou de quelque époque que ce soit? Toute personne pourvue d’un semblant de raison ne se laisserait sans doute pas abuser par des propos aussi ridicules.

Je voudrai au passage citer une contradiction sur le sujet: Dans l’Evangile selon Jean, nous apprenons d’abord que Jésus dit que le témoignage qu’il se rend à lui-même n’est pas valable (5. 31): « Si je me rends témoignage à moi-même, ce que je dis ne peut pas être une vraie preuve », alors qu’il affirme tout le contraire un peu plus tard (8. 14): « Même si je me rends témoignage à moi-même, ce que je déclare est vrai ».

Mais je vous vois déjà me dire que nous n’en sommes pas à la première calomnie sur le Christ. Je ne le sais que trop hélas et je me rappelle que les Evangiles le présentent comme quelqu’un qui s’octroie un rang de dieu, qu’il est polythéiste, et c’est dans le même contexte, tout aussi mensonger, que nous apprenons que Jean (le disciple qu’il aimait) s’appuyait, toute honte bue, contre le sein de Jésus qui le laissait faire. Est-ce ainsi que nous devons concevoir la pudeur des prophètes et leur éducation pour leurs disciples? J’aurai cru un instant que les prophètes étaient plutôt des exemples de vertu et d’intégrité.

Jésus et la pécheresse
L’Evangile selon Luc rapporte au septième chapitre, qu’une femme de mauvaise réputation était venue voir Jésus, alors qu’il était invité à table chez Simon le Pharisien. Elle se tenait derrière lui, à ses pieds. Elle pleurait, lui mouillait les pieds de ses larmes, les essuyait de ses cheveux, puis les embrassa et répandit du parfum sur eux. En voyant cela, Simon se dit que si Jésus était un prophète, il saurait quel genre de femme elle est. Mais Jésus le blâma en lui expliquant que cette femme venait de faire pour lui mieux que ce qu’un invité pouvait attendre de son hôte, mieux que ce que Simon fit pour lui et c’est pourquoi il déclara: « Le grand amour qu’elle a manifesté prouve que ses nombreux péchés ont été pardonnés. Mais celui à qui l’on a peu pardonné ne manifeste que peu d’amour. Jésus dit alors à la femme: Tes péchés sont pardonnés. » (Luc 7. 47-48).

Que pensez-vous de ceci, père? Etaient-ce là réellement les enseignements de Jésus sur la pudeur et la chasteté? Ce serait vraiment une drôle de manière pour un prophète, d’éloigner les gens du péché et de les amener jusqu’au repentir.

Mais les auteurs des Evangiles ne se lassent pas de porter atteinte à la réputation de Jésus, car voici que nous découvrons, cette fois dans l’Evangile selon Jean, que Je saint prophète n’est rien de moins qu’un menteur. L’Evangile rapporte en effet que Jésus envoya ses frères à la fête des tabernacles, en affirmant que lui n’irait pas, mais il s’y rend tout de même en secret (Jean 7. 8-10).

Souvenez-vous père, comme vous me défendiez de m’approcher de l’alcool, comme vous ne manquiez pas une occasion pour me mettre en garde contre son caractère nocif et malsain. C’était, disiez-vous, le destructeur de l’homme, de la vertu, de la dignité, et l’ennemi du droit chemin. Vous aimiez me rappeler combien l’Ancien Testament réprouvait les buveurs d’alcool, et combien le Nouveau Testament faisait l’éloge de Jean Baptiste (fils de Zacharie) pour son abstinence.

Puisqu’il en est ainsi dans nos livres sacrés, que comprendre des Evangiles qui donnent de Jésus, l’image d’un buveur de vin? C’est en tout cas ce que comprendrait celui qui lira les Evangiles (Matt 11, 26; Luc 7, 22; Marc 14).

En me retournant vers tout ce que nous avons mis en revue, j’en arrive à la certitude que croire à l’authenticité de nos Evangiles revient à cautionner toutes les calomnies et souillures qui ont ciblé la sainteté du Christ.

Le prêtre: - D’accord, mais as-tu pris acte des arguments de Jam‘iyet kitab al-hidaya sur ce sujet? Car si tu ne les as pas lus, je t’informe que ces questions sont abordées dans les pages 241 et 242 de la première partie du livre.

Emmanuel: - Et vous, est-ce que vous avez lu la page 228 de la première partie du livre al-houda? Et pour revenir à votre question, que voulez vous que je lise dans le livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, si ce n’est encore un discours à ajouter aux causes de notre honte? Allons, monsieur le curé! Nous savons, vous et moi, que ce ne sont que des paroles sans support logique, des affirmations truffées de contradictions et très éloignées de la vérité.

Tiens, en parlant de contradictions, ils trouveront une source intarissable dans les Evangiles. A titre d’exemple, nous lisons dans l’Evangile (Matt 12. 30; Luc 11. 23): « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi; et celui qui ne m’aide pas à rassembler disperse ». Mais c’est encore dans l’Evangile que Jésus, en parlant de ceux qui ne le suivent pas, mais toutefois, ne sont pas des ennemis, il dit: « Car celui qui n’est pas contre nous est pour nous » (Marc 9. 40; Luc 9. 50).

Pour rester dans le chapitre des contradictions, nous reprendrons encore un passage de l’Evangile: « Comme Jésus se mettait en route, un homme vint en courant, se mit à genoux et lui demanda:- Bon maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle? Jésus lui dit: pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon à part Dieu seul. » (Marc 10. 17-18; Luc 18. 18-19). Dans l’Evangile selon Luc, c’est au contraire la bonté de l’homme qui est mise en valeur à travers le discours de Jésus: « L’homme bon tire son bien du bon trésor que contient son cœur » (Luc 6. 45), au même titre que Jésus évoque sa propre bonté (Jean 10. 11): « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. »

Dites-moi maintenant, trouvez vous concevable que toutes ces contradiction soient de la bouche de Jésus? De toute évidence, cela ne semble nullement déranger les auteurs des Evangiles. Mais comme le chapitre des contradictions s’avère très vaste, nous ne le fermerons pas sans en citer une autre (Luc 18. 1-8): « Jésus leur dit ensuite cette parabole pour leur montrer qu’ils devaient toujours prier et ne jamais se décourager: Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait fréquemment le trouver pour obtenir justice: « Rends-moi justice contre mon adversaire », disait-elle. Pendant longtemps, le juge ne le voulut pas, puis il se dit: Bien sur, je ne crains pas Dieu et je ne respecte personne; mais comme cette veuve me fatigue, je vais faire connaître ses droits, sinon elle continuera à venir et finira par m’exaspérer. » Puis le Seigneur ajouta: - Ecoutez ce que dit ce mauvais juge! Et Dieu ne ferait-il pas justice aux siens quand ils crient à lui jour et nuit? Tardera-t-il à les aider? Je vous le déclare: il leur fera justice rapidement. ».

Le même Evangile abonde dans le même sens dans un autre chapitre (Luc 11. 1-13). En effet, les exemples ne manquent pas sur l’exhortation à prier Dieu à tout moment (Luc 21. 36), et c’est Jésus lui même qui donne l’exemple au mont des oliviers, la nuit de son arrestation durant laquelle il pria Dieu et le supplia trois fois de suite (Matt 26. 39-44; Marc 14.35-41). Hélas, tous ces beaux discours sur les enseignements et les actes de Jésus sont contredits par les mêmes Evangiles: « Quand vous priez, ne prononcez pas un grand nombre de paroles comme font les païens; ils s’imaginent que Dieu les écoutera s’ils parlent beaucoup. Ne les imitez pas car Dieu, votre père, sait déjà de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. » (Matt 6. 7-8).

Voila donc que l’Evangile selon Matthieu vient faire courir une nouvelle fois la contradiction sur la langue de Jésus, et lui fait remettre en question ses propres enseignements sur la nécessaire insistance dans la prière et l’imploration de Dieu; enseignement que Jésus lui-même a concrétisé, rappelons nous, durant la nuit de son arrestation.

Mais que comprendre de cette interdiction de « prononcer un grand nombre de paroles » durant nos prières, sous prétexte que Dieu sait déjà de quoi nous avons besoin avant que nous ne le lui demandions? Que comprendre en effet, si ce n’est que nous n’avons plus besoin de prier Dieu, puisqu’il sait déjà ce que nous cachons et ce que nous révélons, nos souhaits, nos joies, nos peines…? Si ce raisonnement avait une quelconque validité, il se serait dressé devant Jésus la nuit de son arrestation par les juifs, et lui aurait rappelé en le sermonnant: Pourquoi fais-tu preuve d’autant d’insistance dans la prière? Pourquoi tant d’obstination à supplier Dieu pour qu’il t’épargne cette coupe de douleur qui t’es destinée? Ne vois-tu donc pas qu’il ne sait que trop ce qui te préoccupe, sans que tu ais à le lui dire dans d’interminables implorations?

Eliezer: - Il est indéniable pour moi autant que pour n’importe quel croyant, que la prière et la supplication n’ont jamais été pour attirer l’attention de Dieu, ni pour lui faire entendre ou lui faire connaître nos préoccupations; nous savons bien qu’il est au courant de ce qu’il y a en chacun de nous. Il n’en demeure pas moins que la religion ainsi que la raison ont institué ce lien direct que constitue la prière entre l’individu et son créateur, afin que dans l’adoration de l’être humain pour son Seigneur, il puisse toujours garder à l’Esprit que Dieu est le maître permanent de sa destinée, qu’il est son protecteur et son défenseur et qu’en définitive, c’est lui qui, selon nos actes, décrète les récompenses et les châtiments. C’est pourquoi, la prière et la supplication ont toujours été pour le croyant, une source de paix intérieure et de bonheur, sachant que Dieu dans son infinie bonté et sa miséricorde, exauce les prières, même celles des moins dévoués d’entre nous.

Emmanuel: - Ceci nous amène à reconnaître que la prétendue interdiction de persévérer dans les prières est tout simplement grotesque et les paroles rapportées à ce sujet dans l’Evangile (Matt 6. 7-8) sont une véritable insulte à l’ensemble des prophètes et à toutes les révélations divines.

Figurez vous que les énormités que nous lisons dans le sixième chapitre de l’Evangile selon Matthieu sont aux antipodes de ce que rapporte le onzième chapitre de l’Evangile selon Luc, lequel insiste précisément sur tout le contraire (Luc 11. 1-13); n’est-ce pas ahurissant!

Eliezer: - C’est entièrement vrai, même si les exemples évoqués dans l’Evangile selon Luc pour l’incitation à persévérer dans la prière, ne révèlent que la grossièreté de l’auteur et sa lamentable incompréhension pour la portée et la profondeur de la révélation. Ne vous étonnez surtout pas de mes propos, car moi aussi je commence à ouvrir les yeux sur ce qui n’est en fin de compte que des évidences.

Trouvez vous acceptable que pour décrire la bonté et la miséricorde de Dieu pour ses créatures, on donne l’exemple d’un juge injuste qui devant l’insistance d’une femme cède et répond à ses attentes, dans le seul but qu’elle cesse de l’importuner? Et le onzième chapitre de l’Evangile selon Luc qui ne trouve pas mieux que l’exemple d’un homme lent et sourd au besoin d’un ami venu le solliciter, mais l’insistance de celui-ci le contraint à lui venir en aide.

Je voudrai ajouter malgré tout, que nos Evangiles perpétuent l’appel à la foi en Dieu, enseignent l’unicité divine, la crainte de Dieu, ainsi que le repentir et ne cessent de prêcher les bonnes mœurs et la bonne conduite. Par conséquent, ne trouvez vous pas que ces qualités peuvent très bien être l’expression même de la révélation divine de nos Evangiles et les témoins perpétuels de l’enseignement de Jésus?

Emmanuel: - Celui qui a l’audace d’écrire un livre au nom du Christ et de ses saints apôtres, sur la révélation divine est forcé par la vocation et la nature même du livre, de lui donner un contenu convenable, bon et vertueux. Son texte doit obligatoirement exprimer les enseignements de Jésus et se conformer aux valeurs morales perpétuées à travers sa sainte personne. En outre, les paroles d’un tel livre ne doivent en aucun cas heurter la perfection de la révélation divine et l’auteur ne doit jamais dévier, volontairement ou involontairement, pour quelque objectif que ce soit, du chemin sacré, tracé par le message divin. Et voilà pourtant que les Evangiles, dont le volume de chacun, sans dépasser celui d’une revue hebdomadaire, colportent en calomnies de quoi souiller la pureté de la révélation et la sainteté du Christ. C’est pourquoi cher père, nous devrions cesser toute attribution des présents Evangiles à la révélation de Dieu et aux enseignements de Jésus.

Honnêtement, nous ne pouvons affirmer que les auteurs de ces livres avaient conscience de la sainteté du Christ, puisqu’ils se sont avérés ignorant jusqu’aux règles élémentaires de civilité et de pudeur, notamment en se servant d’exemples inconvenables et déplacés, chaque fois qu’il s’agissait d’argumenter pour confirmer ce qui serait selon eux un enseignement du Christ.

Le prêtre: - Je trouve que tu va trop vite en besogne, Emmanuel. Ne sois pas si pressé de conclure; tu devrais savoir que lever le voile aussi brusquement n’est pas pour servir tes efforts de découvrir et de faire découvrir la vérité. Crois-moi, tu perdrais plus que tu ne gagnerais à choquer des mentalités aussi vieilles que l’est notre religion.

Sache mon enfant, que les mentalités sont conditionnées par leurs héritages, et la sagesse dans notre situation recommande tact et diplomatie.

Contente toi pour l’heure, d’attirer l’attention de ton interlocuteur sur les évidences, dans l’espoir que son esprit devienne progressivement perméable à des questions plus complexes et surtout plus sensibles, jusqu’à ce qu’il ait lui-même soif de vérité et qu’il se mette à la demander avec avidité.

Emmanuel: - Pour l’instant, je ne parle qu’à mon père et à moi-même. Je le fais pour l’élargissement de l’horizon de nos connaissances, mais surtout pour notre salut. Je le fais aussi parce que convaincu de l’ouverture de nos esprits et de leur indépendance du poids de la tradition. J’ose espérer que c’est également votre opinion, vous à qui en revient tout le mérite. C’est à travers votre sagesse que nous avons appris à ne pas craindre la vérité, à l’aimer. Il est vrai qu’après cela, j’ai hâte d’atteindre ce but tant désiré, à l’exemple de l’assoiffé qui peine à maîtriser son allure en direction d’une source d’eau fraîche toute proche.

Que voulez vous donc que je fasse des gens puisqu’il s’agit de mon salut, d’autant plus que je suis loin d’avoir votre patience, qui n’a d’égal que votre profonde sagesse. Quant à vous, si vous êtes si patient, c’est parce que vous avez déjà atteint le but et bu de la fameuse source. Depuis, vous guettez le moment propice pour dévoiler la vérité et guider vers la source les aveugles que nous sommes.

Le prêtre: Emmanuel, tu ne dois jamais dire que tu n’as que faire des gens, tant qu’il s’agit de ton salut. Ta religion t’impose au contraire de souhaiter à ton prochain ce que tu aimes pour toi-même, et les principes que tu prétends défendre t’astreignent à cette règle d’or. Tu es effectivement tenu, si tu veux honorer ta religion, de soutenir la justice et de lutter pour son triomphe. C’est peut être le chemin le plus difficile, mais aussi le plus droit vers la source.

Emmanuel: - Je suis confus, je vous pris de m’excuser. Croyez moi, je ne voulais manquer de respect à personne. Je voulais seulement dire que tant que mon père et moi ne faisons que rechercher la vérité, ce qu’en pensent les gens n’a aucune importance, et ce à quoi nous avons abouti prouve aisément que notre curiosité était justifiée et que nous avions bien raison ne nous y investir.

Pour ce qui est de prêcher et d’orienter les gens sur la voie de la vérité, tant que je continue moi-même à la rechercher et que je n’ai toujours pas toutes les réponses à mes questions, je ne peux avoir la prétention de pouvoir répondre aux leurs.

Le prêtre: - Tout va bien Emmanuel, tu peux revenir à ton sujet.

Emmanuel: -Très bien. Vous disiez père, que les Evangiles prêchent les bonnes mœurs et la bonne conduite. Je m’étonne de vous l’entendre dire, après que vous en ayez fait le constat vous-même tout à l’heure; il est évident dorénavant que ce qui est écrit dans les Evangiles sur les enseignements du Christ ne l’a certainement pas été tel que l’ont rapporté les apôtres. Les enseignements de toute religion monothéiste sont basés sur la considération du bien et du mal, du sensé et de l’insensé, du logique et de l’illogique.

Voyons maintenant ce qu’en pense l’Evangile (Matt 5. 38-40): « Vous avez entendu ce qui a été dit: œil pour œil et dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas vous venger de celui qui vous fait du mal. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, laisse-le aussi te gifler sur la joue gauche. Su quelqu’un veut te faire un procès et te prendre ta chemise, laisse-le prendre aussi ton manteau. ». Le même message est transmis par l’Evangile selon Luc (6.27-30).

Vous pouvez prendre vous-même, cher père, la mesure de toute l’exagération qui caractérise cet enseignement, et ce n’est pas tout; l’enseignement constitue en lui-même une menace et un danger pour l’équilibre social. Comment voulez vous qu’une société puisse fonctionner normalement en étant entièrement soumise à la volonté du mal et au règne des âmes malfaisantes. Un minimum de règles est indispensable à la préservation de toute vie en communauté, y compris dans les sociétés animales. A plus forte raison, il y va de la survie de celle des hommes de se donner les moyens de se défendre contre la méchanceté, qui est une spécificité de l’être humain.

Dans une société civilisée, ces moyens sont représentés par une législation regroupant un certain nombre de lois, dont la transgression appelle la punition. Bien entendu, cette exigence ne remet nullement en question les valeurs de la tolérance, du pardon et du bon conseil, car il ne conviendrait pas que la loi fondamentale de la prophétie parle de l’application du châtiment dans toute sa rigueur et qu’elle ignore les vertus du pardon et de la miséricorde.

Quant à la Torah courante, elle met plutôt l’accent sur l’importance du châtiment, sans faire la moindre allusion au pardon, ni aux valeurs qu’il véhicule. Ce sont là les principes défendus dans les livres de la Torah (Ex 21; Lev 24; Deut 19). Ceci étant, il était tout de même inconvenant que les Evangiles se placent contre la loi de la Torah qui prône la punition du coupable, en lui opposant un principe basé sur la soumission de la victime à la volonté du coupable. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais cela m’a tout l’air d’une révélation qui vient annoncer le contraire d’une autre révélation.

Le prêtre: - C’est vrai que les extrêmes, que ce soit d’un côté ou d’un autre, conduisent fatalement au déséquilibre. Mais as-tu trouvé ailleurs, dans les livres de la révélation une loi raisonnable dans ce domaine?

Emmanuel: - Monsieur le curé, le Coran que les musulmans attribuent à la révélation de Dieu, mais que nos amis rejettent, s’avère dans ce domaine encore, d’une qualité bien supérieure. Il instaure la punition du crime, tout en louant les vertus du pardon. La portée civilisatrice de cette loi et son soucis de préserver l’harmonie sociale expriment toute la sagesse du Coran, ainsi que le démontrent le verset 126 de la sourate an-Nahl (les Abeilles): « Si vous infligez une punition, qu’elle soit égale au tord que vous avez subi. Mais si vous faites preuve de patience, ce sera mieux pour ceux qui patientent » et le verset 179 de la sourate al-Baqara (la Vache): « Il y a une [garantie de] vie pour vous dans le talion, ô hommes doués d’intelligence; peut être craindrez-vous [pieusement Dieu].»

En parlant de vie, le Coran attire l’attention des esprits inattentifs sur la sagesse qui se manifeste à travers la loi du talion. C’est peut être une loi douloureuse pour les coupables, mais à bien y réfléchir, c’est une loi qui dissuade plus qu’elle ne punit. Certes, c’est un outil de sanction, mais elle est encore plus un facteur de dissuasion pour le criminel devant son méfait.

Dans cette sagesse se trouvent ainsi la préservation de la vie et l’assurance d’une paix sociale. Peu importe donc, que l’on mette à mort un assassin, si de cette sentence dépend la sécurité de la société, tout comme il importe peu de couper un membre gangrené, si de cela dépend la survie du reste du corps. Et si parallèlement à l’institution de la loi du talion, le Coran fait l’éloge du pardon particulier, c’est aussi pour montrer que le premier n’annule pas le second. En effet, le Coran déclare au verset 178 de la sourate al-Baqara (la Vache): « Croyants, on vous a prescrit le talion en cas de meurtre: Libre pour libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Mais celui qui aura bénéficié d’une remise de peine de la part de son frère [en religion], il faudra suivre [un procédé] équitable [pour le versement du prix du sang], et [le gracié doit] s’acquitter de la meilleur façon. C’est là un allègement [de peine, prescrit] par votre Seigneur et une grâce. Quiconque après cela transgresse, subira un châtiment douloureux. ».

Voyez toute la miséricorde exprimée dans ce verset; bien que brandissant la loi du talion dans toute sa rigueur, Dieu rappelle à l’ayant droit qu’il gagnerait à faire preuve de générosité envers le coupable, soit en lui accordant son pardon, soit en lui faisant payer le prix du sang (addiya), selon des normes établies par le législateur. Ces marques de bonté et de miséricorde, en dépit de la douleur, sont à n’en pas douter les attributs des hommes pieux.

Eliezer: - Emmanuel, bien que tu ais déjà étudié de nombreux côtés des Evangiles et traité suffisamment plusieurs de leurs facettes, je trouve tout de même qu’il serait plus bénéfique, pour toi mais aussi pour moi qui écoute depuis le début, que tu les étudie dans l’ordre, en commençant par le commencement et en présence de monsieur le curé.

Emmanuel: - Qu’en dites vous monsieur le curé? Ce que nous en avons étudié ne suffit-il pas?

Le prêtre: - Obéis à ton père, Emmanuel; tu vois bien qu’il veut en savoir plus.


8
Généalogie du Christ AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Généalogie du Christ
C’est ainsi que j’ai entrepris de lire les Evangiles depuis le début, en commençant évidemment par l’Evangile selon Matthieu. En le lisant, j’ai été tout de suite frappé par ce qu’il rapporte sur la généalogie du Christ. L’Evangile cite les ancêtres de Jésus, depuis Abraham jusqu’à Joseph, l’époux de Marie, mère de Jésus. Cette manière d’apparenter Jésus à Joseph me semblait quelque peu inattendu. J’ai alors levé la tête vers le prêtre, histoire de solliciter son aide:

- Monsieur le curé, quel lien Joseph peut-il avoir avec la naissance de Jésus de la vierge Marie? Remarquez que Matthieu a établi une généalogie pour Jésus en commençant par Joseph qui, faut-il le rappeler, n’est pas son père, le faisant ainsi remonter jusqu’à Abraham. A croire que Matthieu ignorait que Marie était vierge alors qu’elle était enceinte de Jésus et que Jésus était né sans père. A moins que Matthieu, en voulant rattacher Jésus à Joseph, veuille remettre en cause la virginité de Marie.

Le prêtre: - Non Emmanuel, nous savons par Matthieu entre autres, que Marie s’est trouvée enceinte par la puissance du Saint Esprit, avant même qu’elle ait vécu avec Joseph (Matt 1. 18).

Emmanuel: - A quoi sert-il dans ce cas de dresser toute cette généalogie sachant qu’elle n’est pas celle de Jésus? N’aurait-il pas mieux fait d’établir sa véritable généalogie, celle du côté de sa mère, qui remonte jusqu’à Abraham en passant par David? Matthieu ne semble pas vouloir tenir compte des femmes dans cette généalogie. Pourtant il agit différemment lorsqu’il s’agit de: Thamar, mère de Pharès; Rahab, mère de Booz; Ruth, mère de Obed; la femme d’Urie, mère de Salomon.

Le prêtre: - Certains de nos auteurs disent que Matthieu a cité ces quatre femmes parce qu’elles étaient des étrangères et non des Israélites, ni des descendantes d’Abraham.

Emmanuel: - Dans ce cas, pourquoi ne cite-t-il pas la mère de Roboam, fils de Salomon, qui était une Amonite, donc une étrangère aussi?

Le prêtre: - Sois plus clair, Emmanuel; où veux-tu en venir?

Emmanuel: - Vous m’étonnez. Monsieur le curé n’ignore tout de même pas ce que Matthieu dit de ce que rapporte l’Ancien Testament, car personnellement, je m’en voudrai de le citer. Mais ne nous aventurons pas loin de notre propos et revenons plutôt à la généalogie qu’il a établie pour le Christ. Il cite: « Josias fut père de Yékonia et de ses frères, à l’époque où les Israélites furent déportés à Babylone. Après que les Israélites eurent été déportés à Babylone, Yékonia fut père de Salathiel. » (Matt 1. 11-12), alors que nous apprenons par l’Ancien Testament (1 Chron 3. 15-16) que Yekonia était le fils de Joaquim, fils de Josias.

D’autres noms sont attestés pour Yekonia dans les livres de l’Ancien Testament: c’est sous le nom de Joakin, fils de Joaquim que nous le retrouvons dans le trente sixième chapitre du deuxième livre des Chroniques, ainsi que dans le vingt quatrième chapitre du deuxième livre des Rois. Dans le livre de Jérémie, il s’appelle d’abord Konia (Jér 22), ensuite Yekonia (Jér 27. 20). Quant à sa naissance, elle remonte à environ dix huit ans avant la déportation des Israélites à Babylone et non durant leur déportation.

Luc a aussi établi une généalogie pour Jésus, au troisième chapitre de son Evangile, mais bien différente de celle établie par Matthieu. Si Luc n’hésite pas à faire de Joseph le père de Jésus, tout comme Matthieu, il en fait également le fils de Heli qu’il fait remonter jusqu’à Nathan, fils de David.

Le prêtre: - Certains de nos chercheurs disent que Héli était le père de Marie, mère de Jésus, mais Luc le cite comme un père pour Joseph, qui était le fils de Jacob, et Marie était fiancée à Joseph.

Emmanuel: - On se demande comment ce savant a pu découvrir une telle information, si ce n’est dans un rêve, car tous les savants sont au jour d’aujourd’hui préoccupés par cette différence qui caractérise les deux Evangiles sur la généalogie du Christ. Qui a appris à cet écrivain que le père de Marie s’appelait Héli, et que la généalogie donnée par l’Evangile selon Luc était celle de Héli? Y a-t-il seulement une histoire connue qui corrobore cette version?

De toute manière, ce qui ressort de la lecture du premier chapitre de l’Evangile selon Luc, est que Marie est une descendante d’Aaron, par la tribu de Levi, et non une descendante de David, par la tribu de Juda. En effet, il dit au cinquième verset du premier chapitre qu’Elisabeth était une descendante d’Aaron le grand prêtre, et un peu plus loin (Luc 1. 36), il présente Elisabeth comme la parente de Marie, ce qui nous amène à déduire en toute logique que Marie était aussi une descendante d’Aaron.

Le prêtre: - Pourtant le même Evangile rapporte tout autre chose: « L’ange lui dit alors: - N’aie pas peur, Marie, car tu as la faveur de Dieu. Tu vas devenir enceinte et tu mettras au monde un fils que tu nommeras Jésus. Il sera grand et on l’appellera le fils du Dieu très haut. Le Seigneur Dieu fera de lui un roi, comme le fut David son ancêtre. » (Luc 1. 30-32). Ceci implique évidemment que Marie soit une descendante de David et l’affiliation de Joseph à David est sans lien avec Jésus.

Emmanuel: - Eh bien, monsieur le curé, que voulez vous que je vous dise; ce sont précisément les Evangiles qui s’accordent à dire que le Messie ne descend pas de David (Matt 22.42-45; Marc 12. 35-37; Luc 20. 41-44). Ils rapportent les paroles de Jésus qui en informait les Pharisiens, en leur disant que David lui-même, guidé par le Saint Esprit, l’appelait: mon Seigneur: « Si donc David l’appelle Seigneur, comment le Messie peut-il être aussi descendant de David? ».

Le prêtre: - Moi non plus, je ne sais trop que dire, Emmanuel. Toutes ces incohérences qui minent nos Evangiles, nous font ravaler nos arguments. Continue ta lecture, continue.

L’Evangile selon Matthieu et l’Ancien Testament
La dernière partie du premier chapitre de l’Evangile selon Matthieu relate les détails d’un rêve que fit Joseph et dans lequel il fut informé de la prochaine naissance de Jésus: « Un ange du Seigneur lui apparut dans un rêve et lui dit: - Joseph, descendant de David, ne crains pas de prendre Marie comme épouse, car c’est par la puissance du Saint-Esprit qu’elle attend un enfant. Elle mettra au monde un fils, que tu appelleras Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. Tout cela arriva afin que se réalisa ce que le Seigneur avait dit par le prophète: « La vierge sera enceinte et mettra au monde un fils, qu’on appellera Emmanuel. » (Ce nom signifie: Dieu est avec nous) » (Matt 1. 20-23).

Aussitôt, je me tournais vers le prêtre et lui demandais si je pouvais retrouver cette information ailleurs, dans les livres des prophètes.

Le prêtre: - Tu peux effectivement lire quelque chose de semblable dans le livre d’Esaïe (7. 14), mais je te conseille de bien méditer ce que tu liras. Fait-il vraiment allusion à la naissance du Christ? Il serait sage de consulter en même temps l’origine hébraïque du texte.

Emmanuel: - C’est justement dans son origine hébraïque que j’aime lire l’Ancien Testament. Ceci dit, il est quand même important de souligner que dans toutes les situations où il est question de la vierge, elle est appelée « vierge », excepté dans le livre d’Esaïe où nous retrouvons le nom de « jeune femme » (Es 7. 14): « Eh bien, le Seigneur vous donne lui-même un signe: la jeune femme va être enceinte te mettre au monde un fils. Elle le nommera Emmanuel, (Dieu avec nous). »

En reprenant le livre d’Esaïe, Matthieu transformera « la jeune femme » en « la vierge ». Par ailleurs, personne à ma connaissance n’a jamais appelé le Christ par « Emmanuel », mais plutôt par « Jésus ».

Il semble difficile dans ces conditions, de croire à l’histoire de l’apparition de l’ange dans le rêve de Joseph, sachant d’autant plus que Esaïe s’adressait dans ce discours aux gens de la tribu de Juda et à leur roi Ahaz, au sujet d’un complot que fomentaient les rois de Syrie et d’Israël contre le royaume de Juda. Esaïe ajouta, pour leur donner un signe, qu’avant même que le garçon qui allait naître ne soit en âge de faire la différence entre le bien et le mal, le territoire des deux royaumes ligués contre Juda serait abandonné par ses habitants (Es 7. 16), puisqu’il serait envahit par les Assyriens.

Effectivement, le huitième chapitre du livre d’Esaïe, de même que le seizième et dix-septième chapitre du deuxième livre des Rois, décrivent les circonstances de l’invasion des deux royaumes de Syrie et d’Israël, et la déportation de leurs populations par le roi d’Assyrie.

Je voudrai profiter de cette occasion pour citer également le deuxième chapitre de l’Evangile selon Matthieu: « Car voici ce que le prophète a écrit: Et toi, Bethléem, du pays de Judée, tu n’es certainement pas la moins importante des localités de Judée; car c’est de toi que viendra un chef qui conduira mon peuple, Israël.» (Matt 2. 5-6).

Faut-il signaler qu’il n’y a rien dans l’Ancien Testament qui ressemble à cela, hormis dans le livre de Michée, avec toutefois une différence: « et toi, Bethléem Efrata, déclare le Seigneur, tu es une localité peu importante parmi celles des familles de Juda. Mais de toi je veux faire sortir celui qui doit gouverner en mon nom le peuple d’Israël. » (Mich 5. 1).

Cette différence n’est rien de moins qu’une dénaturation; a-t-elle été portée sur l’Evangile ou sur le livre de Michée? Je sais que des questions de cet ordre, nous en avons passé en revue un certain nombre, et que nous ne sommes pas au bout de nos peines. Donc, passons, mais je vous préviens que nous n’avons pas fini de parler de Matthieu et de son Evangile, car il cite encore qu’ « un ange du Seigneur apparut à Joseph dans un rêve et lui dit: - Lève-toi, prends l’enfant et sa mère et fuis en Egypte; reste là-bas jusqu’à ce que je te dise de revenir. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire mourir. Joseph se leva donc, prit l’enfant et sa mère et partit avec eux pendant la nuit pour l’Egypte. Il y resta jusqu’au jour où Hérode mourut. Cela arriva afin que se réalise ce que le Seigneur avait dit par le prophète: « J’ai appelé mon fils à sortir d’Egypte » » (Matt 2. 13-15).

Ces paroles présentent une certaine ressemblance avec d’autres qui apparaissent au début du onzième chapitre du livre d’Osée, sauf que sept cent ans séparent l’époque d’Osée de celle du Christ et que l’origine du discours était: « Quand Israël était jeune, je me suis mis à l’aimer, dit le Seigneur, et je l’ai appelé, lui mon fils, à sortir d’Egypte. » (Osée 11. 1).

Il n’est pas difficile de comprendre que ces propos d’Osée concernent la fuite du peuple d’Israël d’Egypte, comme le confirme la suite du même chapitre. Ces paroles sont étayées dans le livre de l’Exode, où nous lisons que Dieu dicte à Moïse la conduite à tenir face au pharaon: « Alors tu lui diras, voici ce que déclare le Seigneur: « Le peuple d’Israël est mon fils, mon fils aîné. Je t’ai ordonné de le laisser partir pour qu’il puisse me rendre un culte. » » (Ex 4. 22-23).

Matthieu raconte aussi que Hérode qui était roi à l’époque où Jésus était enfant, massacra tous les garçons qui pouvaient être de l’âge de Jésus, à Bethléem et ses environs. Alors, selon Matthieu, se réalisèrent les paroles du prophète Jérémie: « On a entendu une plainte à Rama, des pleurs et de grandes lamentations. C’est Rachel qui pleure ses enfants, elle ne veut pas être consolée, car ils sont morts. » (Matt 2. 16-18).

Il n’échappe sûrement pas à monsieur le curé que ces paroles avaient été prononcées, longtemps auparavant par Jérémie, dans d’autres circonstances: « Voici ce que dit le Seigneur: Ecoutez: on entend une plainte à Rama, des pleurs amers. C’est Rachel qui pleure ses enfants; elle ne veut pas être consolée de les avoir perdus. » (Jér 31. 15).

Aidez moi à comprendre; je ne vois pas de relation entre, d’un côté Rama qui fait partie de la tribu d’Efraïm, fils de Joseph, fils de Jacob et Rachel, et de l’autre Bethléem qui fait partie de la tribu de Juda, ce qui situe l’une des deux localités à bonne distance de l’autre, ceci d’une part. D’autre part, on se demande à quoi rime ce mélange fait par Matthieu, entre Rachel et les gens de Bethléem qui, eux, sont de la tribu de Juda, de la progéniture de Léa, co-épouse de Rachel.

Notons par ailleurs que Jérémie ne dit pas que les enfants avaient été tués, mais qu’au contraire, Dieu rassura Rachel sur leur sort: « Mais le Seigneur lui adresse ce message: Retiens tes sanglots, sèche tes larmes, car je récompenserai ta peine. C’est moi, le Seigneur, qui le dis. Tes enfants reviendront de chez leurs ennemis. Il y a donc de l’espoir pour tes descendants, déclare le Seigneur: tes enfants reviendront dans leur patrie. » (Jér 31.16-17).

Quel lien sensé peut-on établir avec les enfants massacrés? J’implore votre aide, monsieur le curé; j’ai l’impression que l’Evangile selon Matthieu a été confectionné dans la déprédation des textes des autres livres.

Le prêtre: - Ne sois pas si triste, Emmanuel. Tu étudies les deux Testaments depuis assez longtemps déjà, pour ne plus être effrayé par tes découvertes. Et bien, figure toi que le même procédé que celui que tu déplores, se retrouve dans Actes des apôtres (13. 33): « il l’a accompli maintenant pour nous, leurs descendants, en ramenant Jésus à la vie, comme il est écrit dans le Psaume deux: « C’est toi qui es mon fils, à partir d’aujourd’hui, je suis ton père. » », et aussi dans lettre aux Hébreux (5. 5): « Le Christ ne s’est pas accordé lui-même l’honneur d’être grand prêtre. Au contraire, c’est Dieu qui lui a déclaré: C’est toi qui es mon fils, à partir d’aujourd’hui je suis ton père. ». Paul se sert de ces paroles également au début de sa lettre aux Hébreux, pour soutenir un rang de Jésus, supérieur à celui des anges: « En effet, Dieu n’a jamais dit à l’un de ses anges: C’est toi qui es mon fils, à partir d’aujourd’hui je suis ton père. Et il n’a jamais dit à propos d’un ange: Je serai un père pour lui et il sera un fils pour moi. ».

Voyons maintenant, mon cher Emmanuel, ce qui est réellement écrit au septième verset du Psaume deux: « Laissez-moi citer le décret du Seigneur; il m’a déclaré: C’est toi qui es mon fils. A partir d’aujourd’hui, c’est moi qui suis ton père. » Evidemment, ceci ne peut en aucun cas être appliqué à Jésus Christ, puisque c’est le prophète David lui même qui en était visé et ce, plus de mille ans avant la naissance de Jésus.

Si tu désires d’avantage de preuves, Je t’invite à consulter le deuxième livre de Samuel (7. 12-14) et le premier livre des Chroniques (17. 11-13). Il y est écrit que Dieu chargea le prophète Nathan de dire à David, au sujet de la construction du temple: « Lorsque sera venu pour toi le moment de mourir, je désignerai l’un de tes propres enfants pour te succéder comme roi, et j’établirai fermement son autorité. C’est lui qui me construira un temple, et moi je l’installerai sur un trône inébranlable. Je serai un père pour lui et il sera un fils pour moi. ».

Dans le vingt deuxième chapitre du premier livre des Chroniques, c’est le roi David qui, en chargeant son fils Salomon de construire le temple, l’informa également que c’est lui qui était concerné par ces paroles (1 Chron 22. 9-10).

Enfin, c’est devant tous les chefs d’Israël que David présente Salomon comme son successeur, par la volonté de Dieu: « Maintenant, entre les nombreux fils qu’il m’a accordés, il a choisi Salomon pour qu’il prenne place sur le trône d’Israël et y exerce la royauté de la part du Seigneur. Il m’a déclaré: « C’est ton fils Salomon qui me construira un temple avec ses cours, car c’est lui que j’ai choisi; il sera un fils pour moi et je serai un père pour lui. » » (Chron 28. 5-6).

Que reste-t-il à ajouter après cela, sinon que la déprédation et l’usurpation semblent malheureusement avoir été des outils consacrés dans la rédaction des livres du Nouveau Testament. Nous ferions mieux de ravaler notre amertume et poursuivre notre pénible lecture.

Pendant que j’achevais la lecture du deuxième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, un passage de celui-ci rapportait que Joseph avait emmené avec lui l’enfant Jésus et s’en était allé s’établir dans une ville de Galilée appelée Nazareth. Selon Matthieu, « il en fut ainsi pour que se réalise cette parole des prophètes: « Il sera appelé Nazaréen. » » (Matt 2. 23).

Bien que je lise la bible de façon courante, je ne me rappelle pas avoir rencontré ailleurs que dans cet Evangile quelque chose de semblable. Comme à l’accoutumée, je me pressais de demander l’assistance du prêtre, qui ne manquait jamais de patience et de générosité, lorsqu’il s’agissait de combattre mon ignorance:

- Monsieur le curé, est-il dit dans l’Ancien Testament que le Christ ou même un autre prophète s’appelait Nazaréen?

Le prêtre: - Non, Emmanuel, il n’y a pas dans l’Ancien Testament la moindre trace pour ces paroles. Mais que cela ne t’étonne pas, venant de l’Evangile selon Matthieu, en particulier après ce que tu as vu précédemment.

La Révélation se trompe-t-elle?
Emmanuel: - Vous avez raison. A propos, je me rappelle lu au vingt septième chapitre de ce même Evangile: « Alors se réalisèrent les paroles du prophète Jérémie: « Ils prirent les trente pièces d’argent (somme que les Israélites avaient été d’accord de payer pour lui) et les employèrent pour acheter le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné. » » (Matt 27. 9-10). Pourtant, il suffit de lire le livre de Jérémie pour se rendre compte qu’il ne dit rien de tel. Cependant, nous retrouvons des expressions quelque peu ressemblantes, dans le onzième chapitre du livre de Zacharie, même si le contexte diffère d’un livre à l’autre, au même titre que le sens du texte: « Je leur déclarai: - si vous le jugez bon, donnez-moi mon salaire; sinon tant pis! Ils comptèrent alors trente pièces d’argent, qu’ils me donnèrent comme salaire. Le Seigneur me dit: - Ils estiment que je ne vaux pas plus que cela! Porte cette somme grandiose au fondeur! Je pris donc les trente pièces d’argent et je les portai au fondeur dans le temple du Seigneur » (Zach 11. 12-13).

Si l’Evangile selon Matthieu a été vraiment révélé, comment a-t-il pu échapper à la révélation divine que les paroles citées dans Matthieu ne figurent pas dans le livre de Jérémie, mais plutôt dans celui de Zacharie. Ceci est, si besoin est, une preuve de plus que l’auteur n’a fait que copier maladroitement le livre de Zacharie, et utilisé le texte à d’autres fins, sans tenir le moindre compte de la différence de contexte. Alors, si ce n’est pas de la falsification, illuminez ma lanterne et dites-moi ce que c’est.

Le prêtre: - Vous rendez-vous compte de ce que nous dit votre fils, Eliezer? Ecouter bien et prenez la mesure de ce que vous entendrez. Quant à toi Emmanuel, tu as toute notre attention.

Emmanuel: - Eh bien, si nous prenons les Evangiles selon Matthieu et Luc, nous verrons que tous les deux abordent l’histoire du Christ, les détails de sa vie et de ses états, depuis qu’il était encore dans le ventre de sa mère, jusqu’à la fin de sa présence parmi les hommes, sans négliger sa naissance et son enfance. Néanmoins, chacun des deux Evangiles se distingue de l’autre par l’exclusivité dans le récit d’un miracle.

Matthieu par exemple, raconte l’arrivée des savants envoyés par le roi Hérode pour rendre visite l’enfant Jésus. Il raconte comment ceux-ci se prosternèrent à la vue de jésus et l’adorèrent. Il fait part aussi du massacre des enfants et du départ vers l’Egypte. Du côté de l’Evangile selon Luc, on ne souffle pas mot de tout ceci, mais on raconte le récit des bergers qui reçoivent la visite d’un ange leur annonçant la naissance de Jésus. Le même Evangile rapporte également les prophéties de Siméon et d’Anne, alors que Matthieu ne fait pas la moindre allusion à cette histoire; pourquoi?

Le prêtre: - Ce ne sont là que quelques unes des innombrables différences qui distinguent les Evangiles, les uns des autres. Même s’ils sont souvent d’accord sur le même événement, ils différent tellement dans leur manière de le rapporter, qu’il finissent bien des fois par tomber dans le pétrin de la contradiction, et tant pis si la révélation ne s’accorde point avec la contradiction.

Eliezer: - Nous venons de lire à peine deux chapitres d’un seul l’Evangile et nous voila déjà confrontés à tant de situations, aussi ahurissantes les unes que les autres, que mon inquiétude ne fait que croître, quand je pense à ce qui suivra de notre lecture du Nouveau Testament. J’ai déjà mon lot de déceptions pour ce que nous savions auparavant; il faut encore que j’y ajoute ceci. Rassurez-moi, monsieur le curé, dites-moi que tout n’est pas ainsi dans nos livres.

Le prêtre: - Personne ne vous en veut pour vos déceptions, Eliezer, et votre inquiétude est pleinement justifiée. Mais paradoxalement, vous devriez vous réjouir, car vos yeux sont entrain de s’ouvrir et Dieu aime ceux qui marchent sur la voie de la vérité. Excuse-nous, Emmanuel, de t’avoir interrompu; nous t’écoutons.

Emmanuel: - Ne vous excusez pas, car pendant que vous discutiez avec mon père, j’étais plongé dans la lecture du troisième chapitre et déjà, mon attention fut attirée: « En ce temps là, Jean-Baptiste parut dans le désert de Judée et se mit à prêcher: changez de comportement disait-il, car le royaume des cieux s’est approché! Jean est celui dont le prophète Esaïe a parlé lorsqu’il a dit: C’est la voix d’un homme qui crie dans le désert: préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits! »

Là, deux questions s’imposent: la première est que Matthieu racontait à la fin du deuxième chapitre, le retour de Joseph de l’Egypte, avec Jésus, alors qu’Hérode venait de mourir et que son fils Archélaüs lui succéda. Ce fut environ un an après la naissance de Jésus, alors que Jean-Baptiste devait avoir aux alentours de six mois de plus, puisque comme le rapporte Luc au Premier chapitre de son Evangile, l’ange Gabriel annonça à Marie la prochaine naissance de Jésus, pendant qu’Elisabeth, femme de Zacharie était enceinte de Jean-Baptiste depuis six mois.

Maintenant, je peux poser ma question: Jean-Baptiste, est-il venu prêcher dans le désert de Judée dés l’âge d’un an? Pourtant, Luc précise bien dés le début du troisième chapitre, que Jean ne reçut la parole de Dieu qu’à la quinzième année du règne de l’empereur Tibère, époque où il devait avoir déjà atteint ses trente ans. A cet âge là, Jésus avait-il besoin d’être annoncé, lui qui s’était déjà annoncé lui-même dans le berceau?

Monsieur, la révélation peut-elle à ce point se tromper d’époque, ou bien était-ce, pour elle, juste une façon de dire « en ce temps là »? C’est en tout cas ce que rapporte Matthieu sur l’action de Jean-Baptiste dans le désert de Judée, quand Joseph revint d’Egypte avec Jésus et que ce dernier avait environ un an: « en ce temps là » (Matt 3. 1).

Ma deuxième question tourne autour de ce qu’aurait annoncé, selon Matthieu, le prophète Esaïe au sujet de Jean-Baptiste: « C’est la voix d’un homme qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits! » (Matt. 3. 3). Mais en réalité, les paroles d’Esaïe différent de celles-ci: « J’entends une voix crier: « Dans le désert, ouvrez le chemin au Seigneur; dans cet espace aride, frayez une route pour notre Dieu. » » (Es 40. 3). Comment peut-on, d’un livre à un autre, expliquer une telle différence dans la révélation?

Le prêtre: - La révélation ne se trompe pas, Emmanuel; il a du y avoir corruption, soit dans le livre d’Esaïe, soit dans nos Evangiles.

Emmanuel: - Si je dois me contenter de cette réponse, il ne me restera plus qu’à dire: réjouissons-nous alors de la falsification de nos livres. Et je vous rappelle tout de même que je n’ai toujours pas de réponse pour ma première question.

Le prêtre: - Est-il vraiment besoin que tu me le demandes, Emmanuel? Tu devrais bien le savoir tout seul: l’incohérence est pourtant évidente.

Eliezer: - Reconnaissez donc que l’erreur est dans l’Evangile selon Matthieu. Qu’est-ce qui vous en empêche?

La tentation de Jésus
Pour ma part, je replongeai aussitôt dans ma lecture, décidemment, de plus en plus passionnante, et j’approchai de la fin de ce troisième chapitre, lequel raconte, en résumé, que Jésus vint de la Galilée au Jourdain pour être baptisé par Jean-Baptiste, afin que s’accomplisse la volonté de Dieu. Dés qu’il fut baptisé, il sortit de l’eau et les cieux s’ouvrirent pour lui; il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.

Le début du Quatrième chapitre se consacre à l’épreuve de la tentation: « Ensuite l’esprit de Dieu conduisit Jésus dans le désert pour qu’il y soit tenté par le diable. Après avoir passé quarante jours et quarante nuits sans manger, Jésus eut faim. Le diable s’approcha et lui dit: - Si tu es le fils de Dieu, ordonne à ces pierres de se changer en pain. Jésus répondis: - L’Ecriture déclare: « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole que Dieu prononce. » Alors le diable l’emmena à Jérusalem, la ville sainte, le plaça au sommet du temple et lui dit: - Si tu es le fils de Dieu, jette-toi en bas; car l’écriture déclare: « Dieu donnera des ordres à ses anges à ton sujet et ils te porteront sur leurs mains pour éviter que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui répondit: - L’Ecriture déclare aussi: « Ne mets pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmena encore sur une très haute montagne, lui fit voir tous les royaumes du monde et leur splendeur, et lui dit: - Je te donnerai tout cela, si tu te mets à genoux devant moi pour m’adorer. Alors Jésus lui dit: - Va-t’en, Satan! Car l’Ecriture déclare: « Adore le Seigneur ton Dieu et sers-le, lui seul. » Cette fois le diable le laissa. Des anges vinrent alors auprès de Jésus et se mirent à le servir. » (Matt 4. 1-11).

Eliezer: - Est-ce que d’autres Evangiles rapportent l’histoire de la tentation?

Emmanuel: - Oui mais avec des différences dans la narration. Luc et Marc par exemple, s’accordent à dire que Jésus fut tenté par le diable pendant quarante jours, et Marc rapporte que durant cette période Jésus vivait parmi les bêtes sauvages, alors que selon Matthieu, le diable ne s’approcha de Jésus qu’au bout de quarante jours passés dans le désert.

Dans l’Evangile selon Luc, lorsque le diable demanda à Jésus de transformer les pierres en pains, il manque dans la réponse de Jésus l’expression « mais de toute parole que Dieu prononce ». Alors, avons-nous à faire à un rajout de Matthieu ou à une omission de Luc?

Autre différence: Dans l’Evangile selon Luc, le diable emmena Jésus pour lui faire voir tous les royaumes de la terre, avant de le placer sur le sommet du temple, à l’inverse de ce que nous avons lu dans la version de Matthieu.

A la fin de l’épreuve de la tentation, l’Evangile selon Luc dit: « Le diable s’éloigna de lui jusqu’à une autre occasion. ». Enfin, Matthieu rapporte qu’après que le diable eut laissé Jésus, des anges vinrent auprès de lui et se mirent à le servir, alors que selon Marc, les anges le servaient durant toute cette période où il vivait parmi les bêtes sauvages. Quant à Luc, il ne mentionne même pas la venue des anges après le départ du diable.

Eliezer: - Qu’en est-il de l’Ancien Testament? Est-ce qu’on y trouve une version qui corrobore un de ces Evangiles?

Emmanuel: - Dans le livre Deutéronome (8. 3), un extrait du discours de Moïse au peuple d’Israël nous transmet: « De cette manière, il vous a montré que l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole que Dieu prononce. » Dans le même livre (6. 16), nous lisons encore: « Ne mettez pas le Seigneur votre Dieu à l’épreuve, comme vous l’avez fait à Massa. ».

Ce qu’il est essentiel de noter, c’est que ces deux extraits proviennent d’un contexte historiquement éloigné, et dans lequel Moïse sermonnait le peuple d’Israël; lequel contexte ne s’applique pas à celui décrit par les Evangiles selon Matthieu et selon Luc, sachant que les événements qui se rattachent à ce contexte sont sans lien avec ceux de l’Ancien Testament.

Eliezer: - Tu semble avoir une si grande connaissance des deux testaments, mon fils, que tu forces mon admiration. Je suis fier de toi.

Emmanuel: - Ce qu’il y a, père, c’est que j’ai pris soin de vérifier tout ce qui a été copié de l’Ancien au Nouveau testament, et figurez vous qu’aucun de ces textes copiés n’a échappé à la modification.

Eliezer: - Mais comment peut on être sûrs que ce sont les textes de l’Ancien Testament qui ont été falsifiés, une fois qu’ils ont été copiés au Nouveau testament?

Emmanuel: - Quoi qu’on dise, la situation ne peut être que dramatique. Si nous défendons le Nouveau Testament, nous perdons notre Ancien Testament, et inversement.

Le prêtre: - Allons, Emmanuel! Ne perdons pas d’avantage de temps dans de vaines lamentations; reprends ta lecture.

Emmanuel: - Pardon, monsieur le curé, mais nous aurions tord de changer le sujet sans apporter quelques explications à ce que nous venons de lire sur la tentation de Jésus. Les Evangiles tel qu’ils présentent le récit, pousseraient à croire que Jésus ne s’est pas rendu dans le désert, de son plein gré et qu’il n’y a pas séjourné par sa propre volonté, mais qu’il y fut transporté comme s’il se trouvait dans un état d’ébahissement et d’extase, « pour qu’il y soit tenté par le diable ». Ceci porte sans aucun doute préjudice, d’abord à la capacité des prophètes à distinguer entre ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils doivent éviter, ensuite à leur dévouement à leur mission et à leur détermination à l’accomplir. Toutes ces histoires sont indignes de la majesté de Dieu et de la sainteté des prophètes.

Et s’il est chose normale que l’inspiration divine soit la source de l’action prophétique, il ne peut être que révoltant de voir Jésus manipulé comme une marionnette entre les mains du diable, qui dispose de ses sens et le transporte d’un endroit à un autre et d’une dimension à une autre, de la même manière qu’il le ferait avec une âme faible et entièrement asservie.

Par ailleurs, il n’y aurait de pire calamité pour nous que de continuer à défendre comme le font nos amis, la divinité du Christ et le qualifier de Dieu incarné, rassemblant les hypostases du fils et du Saint esprit. Oui, quel malheur! Car nous serions forcés de reconnaître que le diable peut disposer du Dieu à sa guise, puisqu’il peut même lui demander de s’agenouiller devant lui, comme nous venons de le lire dans l’Evangile.

Jésus aurait bien pu lui répondre: Tais-toi, Satan! Je suis le Dieu incarné, toute la création est sous mon pouvoir et c’est à toi de t’agenouiller! Hélas, il ne pouvait lui répondre ainsi, surtout après que le diable ait disposé de sa personne comme bon lui semblait. Et si comme dit l’adage, un malheur ne vient jamais seul, Luc se charge de le confirmer en disant qu’à la fin de la tentation, le diable n’a quitté Jésus que temporairement. Oh, Seigneur! Combien de fois Jésus a-t-il du encore être un joujou entre les mains du diable!

Eliezer: - Au fur et à mesure que l’on avance, ces Evangiles m’apparaissent eux même comme un discrédit pour la sainteté du Christ, pour son rang supérieur et pour la noblesse et l’honneur de la révélation. J’en suis outré davantage à chaque chapitre, à chaque verset.

Le prêtre: - Continue, Emmanuel. Quant à toi, Eliezer, tu n’as pas encore tout entendu; ne te presses donc pas de porter des jugements.

Emmanuel: - D’après ce que rapporte le quatrième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, lorsque Jésus appris que Jean-Baptiste avait été mis en prison, il alla à Capernaüm, ville située au bord du lac de Galilée, dans la région du Zabulon et de Naftali. Il en fut ainsi, dit Matthieu, afin que se réalisent les paroles du prophète Esaïe: « Région de Zabulon, région de Naftali, en direction de la mer, de l’autre côté du Jourdain, Galilée qu’habitent des non juifs! Le peuple qui vit dans la nuit verra une grande lumière! » (Matt 4. 12-16).

Eliezer: - Je ne vois dans ces paroles que des mots et des noms mis les uns à côté des autres, plutôt qu’une succession de phrases intelligibles. Tu ferais mieux de vérifier dans le texte hébraïque ce que dit vraiment Esaïe, car l’expérience m’a appris à me méfier de la façon qu’ont les Evangiles de copier l’Ancien Testament.

Emmanuel: - Effectivement, voici ce que nous pouvons lire vers la fin du huitième chapitre d’Esaïe: « dans le temps passé le Seigneur a déshonoré la région de Zabulon et celle de Neftali. Mais dans l’avenir il mettra à l’honneur la route qui longe la mer, le pays à l’est du Jourdain et la Galilée, district des étrangers. » (Es 8. 23). Ensuite, au début du neuvième chapitre: « Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. »

Vous avez eu raison de m’interrompre, père, car vous avez constaté que le texte manquait de cohésion, et finalement les deux textes ne se ressemblent qu’à travers quelques mots de vocabulaire. En outre, il n’échappe pas à ceux qui connaissent la région, que Capernaüm fait partie du territoire de Naftali et éloignée de six miles des limites de Zabulon. Entre les deux se trouve Bethsaïda, d’où sont issus les apôtres Pierre, André et Philippe.

Eliezer: - Tu peux poursuivre, mon fils, et pardonne-moi cette interruption.

Le Christ et la Loi de Moïse
C’est l’enseignement du Christ au sujet de la loi qui a attiré mon attention: « Ne pensez pas que je sois venu pour supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner leur véritable sens. Je vous le déclare, c’est la vérité: aussi longtemps que le ciel et la terre dureront, ni la plus petite lettre ni le plus petit détail de la loi ne seront supprimés, et cela jusqu’à la fin de toutes choses. C’est pourquoi, celui qui désobéit même au plus petit des commandements et enseigne aux autres à agir ainsi, sera le plus petit dans le royaume des cieux. Mais celui qui obéit à la loi et enseigne aux autres à agir ainsi, sera grand dans le royaume des cieux. » (Matt 5. 17-19).

Eliezer: - Voila bien un ordre qui ne souffre d’aucune ambiguïté, et qui nous somme de nous conformer strictement aux lois de la Torah.

Emmanuel: - Doucement, père, inutile de vous faire remarquer que le temps s’est vite chargé de jeter le trouble dans nos Evangiles. D’ailleurs nous ne tarderons pas à en avoir l’illustration à travers ce qui suivra des enseignements du Christ: « Il a été dit aussi: « Celui qui renvoie sa femme doit lui donner une lettre de divorce. » Mais moi je vous le déclare: tout homme qui renvoie sa femme, alors qu’elle n’a pas été infidèle, lui fait commettre un adultère si elle se marie; et celui qui se marie avec une femme renvoyée par un autre commet aussi un adultère. Vous avez aussi entendu qu’il a été dit à nos ancêtres: « Ne romps pas ton serment, mais accomplis ce que tu as promis avec serment devant le Seigneur. » Mais moi je vous dis de ne point faire du tout de serment: n’en faites ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu; ni par la terre, car elle est un escabeau sous ses pieds; ni par Jérusalem, car elle est la ville du grand Roi. Ne fais pas non plus de serment par ta tête, car tu ne peux pas en rendre un seul cheveu blanc ou noir. Dites simplement « oui » ou « non », tout ce que l’on dit en plus vient du mauvais. Vous avez entendu qu’il a été dit: « Œil pour œil, et dent pour dent. » Mais moi je vous dis de ne pas vous venger de celui qui vous fait du mal. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, laisse-le aussi te gifler sur la joue gauche. Si quelqu’un veut te faire un procès et te prendre ta chemise, laisse-le prendre aussi ton manteau. » (Matt 5. 31-40).

Voyez donc, cher père, comme le Christ rejette à travers ses enseignements le code de la Torah et abolie ses lois, l’une après l’autre.

Eliezer: - Et est-ce que l’Evangile selon Matthieu s’accorde avec les autres Evangiles sur ces points?

Emmanuel: - Oui, sur la question du divorce, il s’accorde avec Marc (10. 2-12) et avec Luc (16. 18).

Eliezer: - Peux-tu me dire, Emmanuel, à quoi fait exactement allusion l’Evangile en disant: « il a été dit à nos ancêtres »?

Emmanuel: - C’est seulement pour faire référence à la Torah, le livre de la loi.

Eliezer: - Merci, fiston, mais je vais encore te demander de te donner de la peine pour moi: Nous savons désormais que l’usage pour l’Evangile selon Matthieu est de ne jamais rapporter de l’Ancien Testament les textes tels qu’ils y sont écrits. Aurais-tu la gentillesse de faire encore une comparaison?

Emmanuel: - Eh bien! cher père, au sujet du divorce la Torah stipule: « Supposons qu’un homme épouse une femme, mais qu’un jour elle cesse de lui plaire, car il a quelque chose à lui reprocher. Il rédige alors une lettre de divorce, il lui remet la lettre et la renvoie de chez lui. Après l’avoir quitté, la femme épouse un autre homme. Supposons qu’à son tour, le second mari cesse de l’aimer, rédige une lettre de divorce qu’il lui remet et la renvoie de chez lui, ou bien encore qu’il meure. Dans l’un ou l’autre cas, le premier mari n’a pas le droit de reprendre pour femme celle qu’il a renvoyée, car elle est devenue impure pour lui. » (Deut 24. 1-4).

Concernant l’enseignement énoncé dans l’Evangile au sujet des serments, il s’avère aussi que sa formule diffère dans la Torah: « Quand un homme fait le vœu de présenter une offrande au Seigneur, ou s’engage par un serment à s’abstenir de quelque chose, il ne doit pas manquer à sa parole, mais il doit agir scrupuleusement comme il l’a promis. » (nomb 30. 3).

Mais tant que nous y sommes, rajoutons ce que Matthieu cite à propos de l’amour du prochain: « Vous avez entendu qu’il a été dit: « Tu dois aimer ton prochain et haïr ton ennemi » Mais moi je vous dis: aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. » (Matt 5. 43-44).

En vérité, il n’est pas dit dans l’Ancien Testament qu’on doit aimer son prochain et haïr son ennemi, mais plutôt: « Chacun de vous doit aimer son prochain comme lui-même. » (Lev 19. 18).

Altération des textes de l’AncienTestament par les Evangiles
Eliezer: - Au risque de me répéter, il est établi maintenant que les Evangiles ne peuvent copier de l’Ancien Testament un texte et le garder en l’état. Le passage du texte, de l’Ancien au Nouveau testament l’expose à moult altérations qui finissent par en bouleverser complètement le sens. Cependant, je ne voudrai pas affirmer dès maintenant et malgré ce que nous avons vu, que cette pratique soit systématique. C’est pourquoi, afin d’en finir une bonne fois pour toutes avec ce sujet, je voudrai en avoir le cœur net et que nous passions en revue, brièvement, tous les passages rapportés de l’Ancien Testament par les Evangiles, puis confronter les deux versions.

Emmanuel: - Nous le ferons, si toutefois monsieur le curé n’y voit aucune objection.

Le prêtre: Bien au contraire, Emmanuel, c’est une chose qui ne manque pas d’intérêt, mais seulement si tu promets de revenir aussitôt après à l’étude des Evangiles.

Emmanuel: - Certainement. Pour commencer, au sujet de Jean-Baptiste, Jésus déclare dans l’Evangile (Matt 11. 10; Marc 1. 2; Luc 7. 27): « Car Jean est celui dont l’Ecriture déclare: « Je vais envoyer mon messager devant toi, dit Dieu, pour t’ouvrir le chemin ». »

J’ai beau parcourir l’Ancien Testament, l’Ecriture ne déclare rien de tel, et la seule expression ressemblante se trouve dans le livre de Malachie (3. 1): « Voici ce que le Seigneur de l’univers vous répond: « J’envoie mon messager pour m’ouvrir le chemin ». »

Au treizième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, nous lisons aux quatorzième et quinzième versets: « Ainsi s’accomplie pour eux la prophétie exprimée par Esaïe en ces termes: « Vous entendrez bien, mais vous ne comprendrez pas; vous regarderez bien, mais vous ne verrez pas. Car ce peuple est devenu insensible; ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, afin que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur intelligence ne comprenne pas et qu’ils ne se tournent pas vers moi pour que je les guérisse, dit Dieu ». »

L’Evangile selon Jean (12. 39-40) rapporte aussi ce texte: « Ils ne pouvaient pas croire parce que Esaïe a dit encore: « Dieu a rendu leurs yeux aveugles, il a fermé leur intelligence, afin que leurs yeux ne voient pas, que leur intelligence ne comprenne pas et qu’ils ne se tournent pas vers moi pour que je les guérisse ». ». Remarquons qu’entre les deux Evangiles déjà, les différences sont plus que fragrantes.

Voyons maintenant ce qu’en dit Esaïe (6. 9-10): « Va dire à ce peuple: « Vous aurez beau écouter, vous n’entendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. » Rends-les donc insensibles, durs d’oreille et aveugles; empêche leurs yeux de voir, leurs oreilles d’entendre et leur intelligence de comprendre, pour qu’ils ne risquent pas de revenir à moi et d’être guéris. »

L’Evangile selon Matthieu, en expliquant pourquoi Jésus parlait au moyen de paraboles, dit: « Il agissait ainsi afin que se réalise cette parole du prophète: « Je leur parlerai au moyen de paraboles, je leur annoncerai des choses tenues secrètes depuis la création du monde ». » (Matt 13. 35).

Voici comment ce présente le texte dans les termes de l’Ancien Testament: « Je veux m’exprimer par une parabole, et dégager les leçons du passé. » (Ps 78. 2).

Dans l’Evangile selon Matthieu (21. 4-5), nous lisons: « Afin que se réalisent ces paroles du prophète: « Dites à la population de Sion: Regarde, ton roi vient à toi, plein de douceur, monté sur une ânesse, et sur un ânon, le petit d’une ânesse ». »

Quant à l’Evangile selon Jean (12. 14-15), il rapporte une version différente: « Jésus trouva un âne et s’assit dessus, comme le déclare l’Ecriture: « N’aie pas peur, population de Sion! Regarde, ton roi vient, assit sur un jeune âne ». »

Et voila comment se présente le texte d’origine, dans le livre de Zacharie (9. 9): « Eclate de joie, Jérusalem! pousse des acclamations, ville de Sion! Regarde, ton roi vient à toi, juste et victorieux, humble et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. »

Vous voyez, cher père, nous ne pouvons que constater toute la différence qui distingue le texte d’origine de ses copies corrompues produites dans les Evangiles, sans compter les différences qui distinguent les Evangiles, les uns des autres, autour d’un même texte.

L’Evangile selon Matthieu raconte (23. 35): « ainsi, c’est sur vous que retombera la punition méritée pour tous les meurtres d’innocents qui ont été commis depuis le meurtre d’Abel le juste jusqu’au meurtre de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel. »

Pourtant, il est bien connu que le Zacharie dont l’histoire retient qu’il a été tué entre le sanctuaire et l’autel, n’est autre que le fils de Yéyoda et non le fils de Barachie.

En décrivant la situation que Jésus vécut sur la croix, l’Evangile rapporte (Matt 27. 35): « Ils le clouèrent sur la croix et se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. » C’est plus ou moins se qui se retrouve également dans l’Evangile selon Jean (19. 23).

Je vous invite maintenant à lire le verset 19 du psaume 22: « Ils se partagent mes habits, ils tirent au sort mes vêtements. »

Enfin, dans le récit de la récompense offerte à Juda pour sa trahison pour Jésus, Matthieu cite (27. 9): « Alors se réalisèrent ces paroles du prophète Jérémie: « Ils prirent les trente pièces d’argent (somme que les Israélites avaient été d’accord de payer pour lui) et les employèrent pour acheter le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné. » »

Dieu sait si j’ai cherché ces paroles dans le livre de Jérémie, mais que d’énergie dépensée en vain! Car je ne leur ai pas trouvé la moindre trace. A vrai dire, le seul livre où se retrouve un texte semblable est celui de Zacharie (11. 12): « Je leur déclarai: - Si vous le jugez bon, donnez-moi mon salaire, sinon tant pis! Ils comptèrent alors trente pièces d’argent, qu’ils me donnèrent comme salaire. »

Voilà donc où nous en sommes avec nos Evangiles; non seulement ils copient l’Ancien Testament à tord et à travers, mais ils confondent même les noms des prophètes.

Eliezer: - Maintenant que nous en avons fini avec l’Etude de l’Evangile selon Matthieu, ainsi que pour ce que les autres Evangiles ont de commun avec lui, au sujet des textes copiés à partir de l’Ancien Testament, il conviendrait de mon point de vue, pour que l’étude soit complète, de mettre en relief ce qui distingue les autres Evangiles de l’Evangile selon Matthieu, justement sur le même sujet.

Emmanuel: - Eh bien, nous pouvons déjà citer l’Evangile selon Luc qui rapporte une action de Jésus dans la synagogue, lorsqu’ « il se leva pour lire les Ecritures et on lui remit le livre du Prophète Esaïe. Il déroula le rouleau de ce livre et trouva le passage où il est écrit: « L’Esprit du Seigneur est sur moi. Il m’a choisi pour apporter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés, pour annoncer l’année où le Seigneur manifestera sa faveur ». » (Luc 4. 17-19).

En vérifiant dans le livre d’Esaïe (61. 1-2), nous découvrons ce qui suit: « Le Seigneur Dieu me remplie de son Esprit, car il m’a consacré et m’a donné cette mission: apporter aux pauvres une bonne nouvelle et prendre soin des désespérés; proclamer aux déportés qu’ils seront libres désormais et dire aux prisonniers que leurs chaînes vont tomber; annoncer l’année où le Seigneur montrera sa faveur à son peuple. »

Globalement, les deux textes se ressemblent, sauf que Luc parle de « don de la vue aux aveugles », chose qui ne se retrouve pas dans le texte d’Esaïe, et que le livre d’Esaïe parle de « prendre soin des désespérés », ce que nous ne lisons pas dans l’Evangile selon Luc.

L’Evangile selon Jean rapporte les paroles de Jésus: « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vives couleront de son cœur, comme dit l’Ecriture. » (Jean 7. 38).

Cherchez dans l’Ancien Testament tant qu’il vous plaira, vous ne trouverez pas que l’Ecriture ait dit quoi que ce soit de tel, si ce n’est un passage affichant une vague ressemblance, mais néanmoins sans rapport avec notre sujet (Zach 14. 18): « En ce temps là, une source jaillira de Jérusalem ».

L’Evangile selon Jean cite encore: « Il est écrit dans votre loi que quand deux personnes apportent le même témoignage, ce témoignage est valable. Je me rends témoignage à moi-même et le père qui m’a envoyé témoigne aussi pour moi. ».

La Loi dit en effet qu’un témoignage ne peut être valide que s’il est apporté par deux personnes ou plus (Nom 35. 30; Deut 17. 6; 19. 15), mais il n’est mentionné nulle part dans la Loi qu’on peut se rendre témoignage à soi même, sinon toute personne mise en cause n’aurait besoin que d’un témoin pour se défendre.

Le prêtre: - Ceci est d’un ridicule qui fait franchement rire, mais quand on se rappelle que c’est à Jésus que sont attribuées ces absurdités, et qu’on se rend compte de leur impact sur la sainteté des prophètes et sur l’honneur de la révélation, on a plutôt envie de pleurer.

L’auteur de l’Evangile selon Jean ne sait-il pas que la Torah refuse le témoignage s’il vient d’une seule personne? Toute personne, qu’elle soit intelligente ou sotte sait pertinemment que l’accusé ne peut pas être considéré comme témoin et ce, dans toutes les lois. Comment ose-t-il prétendre alors que Jésus a voulu se constituer comme témoin de sa propre personne.

En définitive, l’auteur porte préjudice même à la gloire de Dieu, notamment en rendant le témoignage de son envoyé l’égal de celui d’une personne ordinaire, car même si le Christ était mis en cause, son témoignage aurait-il besoin de celui d’une deuxième personne pour le corroborer? Hélas! D’après ce que nous lisons, il semblerait que oui. Lis, Emmanuel.

Emmanuel: - Alors poursuivons avec l’Evangile selon Jean; il cite Jésus essayant de convaincre les juifs (12. 38): « Afin que s’accomplisse ce qu’avait dit le prophète Esaïe: « Seigneur, qui a cru notre message? A qui le Seigneur a-t-il révélé son intervention? » »

Dans le livre d’Esaïe, c’est le texte suivant que nous retrouvons: « Qui de nous a cru la nouvelle que nous avons apprise? Qui de nous a reconnu que le Seigneur était intervenu? » Il convient de constater que la reproduction de l’Evangile pour ce texte est loin d’avoir été soigneuse et fidèle.

Eliezer: - Le moins que l’on puisse dire est que nous nous retrouvons étonnés et désarmés devant cette situation, aussi burlesque que dramatique. Je n’arrive toujours pas à croire qu’aucun texte de ceux repris par les Evangiles à partir de l’Ancien Testament n’a échappé à la corruption, et je constate avec tristesse et dépit, que c’est le cas pour l’ensemble des Evangiles.

Le prêtre: - Qu’est-ce qui vous fait croire que ce sont les Evangiles qui ont falsifié les textes de l’Ancien Testament? Nous pouvons tout aussi bien dire que c’est l’Ancien Testament qui a fait l’objet de falsification, et que les Evangiles ont reproduit fidèlement les textes de l’Ancien Testament, avant que ce dernier n’ait subi la main falsificatrice.

Eliezer: - Toutes mes excuses, monsieur le curé, mais je voudrai apporter une ou deux précisions: D’abord, nous n’avons intérêt à perdre ni l’Ancien ni le Nouveau Testament. Ensuite, si l’on considère les différences entre les Evangiles eux même dans l’expression de ce qu’ils rapportent de l’Ancien Testament, l’hypothèse de la corruption des textes au niveau des Evangiles me semble difficilement réfutable. En témoigne également ce que les Evangiles attribuent au Christ comme nous l’avons vu et revu, en s’appuyant maladroitement sur l’Ancien Testament.

Ne voudrais-tu pas, mon fils, continuer sur ta lancée et généraliser cette comparaison aux livres du Nouveau Testament, pour que nous soyons définitivement fixés sur l’ampleur de cette calamité qui frappe nos livres?


9
Actes des apôtres et l’Ancien Testament AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Actes des apôtres et l’Ancien Testament
Emmanuel: - Alors si vous le voulez bien, commençons par le commencement.

Au premier chapitre des Actes des apôtres, nous trouvons déjà au vingtième verset une première référence à l’Ancien Testament: « Or, voici ce qui est écrit dans le livre des psaumes: « Que sa maison soit abandonnée, et que personne n’y habite. » Et il est encore écrit: « qu’un autre prenne sa fonction ». »

Le psaume en question (69. 26) nous dit ce qui suit: « Que leur camp soit dévasté et leurs tentes dépeuplées. » plus loin (Ps 109. 8), nous lisons: « Qu’un autre prenne ses fonctions.»

Au deuxième chapitre des Actes (16-18): « Mais maintenant se réalise ce que le prophète Joël a annoncé: « Voici ce qui arrivera dans les derniers jours, dit Dieu: Je répandrai de mon Esprit sur tout être humain, vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards auront des rêves. Oui, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et mes servantes en ces jours-là, et ils prophétiseront. » »

Voici maintenant comment s’exprime le livre de Joël (3. 1-2): « Par la suite, dit le Seigneur, je répandrai mon Esprit sur tout être humain. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des rêves et vos jeunes auront des visions. Même sur les serviteurs et les servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là. »

Disons que jusque là, hormis quelques détails d’expression, les différences entre les deux textes n’a rien de comparable avec ce que l’on rencontre dans les Evangiles.

Restons dans le deuxième chapitre et prenons encore un exemple: « En effet, David a dit à son sujet: « Je voyais continuellement le Seigneur devant moi, il est à mes côtés pour que je ne tremble pas. C’est pourquoi mon cœur est rempli de bonheur et mes paroles sont pleines de joie; et même dans la faiblesse de mon corps, je reposerai avec espérance, car tu ne m’abandonneras pas dans le monde des morts, tu ne permettras pas que moi, ton fils fidèle, je pourrisse dans la tombe, tu m’as montré les chemins qui mènent à la vie, tu me rempliras de joie par ta présence. » » (Act 2. 25-28).

Quant à la version que nous pouvons lire dans les psaumes (16. 8-11), elle se présente comme suit: « Je ne perds pas de vue le Seigneur, et je ne risque pas de faiblir, puisqu’il est à mes côtés. C’est pourquoi j’ai le cœur plein de joie, j’ai l’âme en fête. Je suis en parfaite sécurité. Car tu ne m’abandonneras pas à la mort, tu ne permets pas que moi, ton fidèle, je m’approche de la tombe. Tu me fais savoir quel chemin mène à la vie. On trouve une joie pleine en ta présence. »

Je pense qu’il est inutile de revenir sur les différences qui distinguent les deux textes; elles se passent de commentaire.

Au trente quatrième verset du même chapitre: « Car David n’est pas monté lui-même au ciel, mais il a dit: « Le Seigneur Dieu a dit à mon Seigneur: Viens siéger à ma droite », ce qui est une falsification des psaumes comme nous l’avons déjà expliqué.

Le septième chapitre raconte la révélation divine à Moïse (31-34): « Il entendit la voix du Seigneur qui disait: « Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Moïse se mit à trembler de peur et n’osait pas regarder. Alors le Seigneur lui dit: « O^te tes sandales, car l’endroit où tu te tiens est une terre sainte. J’ai vu la souffrance de mon peuple en Egypte, j’ai entendu ses gémissements et je suis descendu pour les délivrer. Viens maintenant, je vais t’envoyer en Egypte. »

Lisons maintenant le livre de l’Exode et voyons sa version de l’histoire: « Ne t’approche pas de ce buisson, dit le Seigneur. Enlève tes sandales, car tu te trouves dans un endroit saint. Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Moïse se couvrit le visage, parce qu’il avait peur de regarder Dieu. Le Seigneur reprit: J’ai vu comment on maltraite mon peuple en Egypte; j’ai entendu les Israélites crier sous les coups de leurs oppresseurs. Oui je connais leurs souffrances. Je suis donc venu pour les délivrer du pouvoir des Egyptiens, et pour les conduire d’Egypte vers un pays beau et vaste, vers un pays qui regorge de lait et de miel., le pays où habitent les Cananéens, les Hittites, les Amorites, , les Perizites, les Hivites et les Jébusites. Puisque les cris des Israélites sont montés jusqu’à moi et que j’ai même vu de quelle manière les Egyptiens les oppriment, je t’envoie maintenant vers le Pharaon. Va, et fais sortir d’Egypte Israël, mon peuple. » (Ex 3. 5-10).

Autre référence à l’Ancien Testament dans le septième chapitre (42-43) du livre des Actes: « Comme il est écrit dans le livre des prophètes: « Peuple d’Israël, est-ce à moi que vous avez offert des animaux et d’autres sacrifices pendant quarante ans dans le désert? Non, mais vous avez porté la tente du dieu Molok et l’image de votre dieu-étoile Réphan, ces idoles que vous aviez faites pour les adorer. C’est pourquoi, je vous déporterai plus loin que Babylone. » ».

Ce qui pourrait être l’équivalent de ce texte dans l’Ancien Testament se trouve dans le livre d’Amos (5. 25-27): « Pendant les quarante ans que vous avez passés au désert, m’avez-vous présenté des sacrifices et des offrandes, gens d’Israel? Et portiez-vous alors, comme vous le faites aujourd’hui, les symboles de votre dieu-roi Sakout et de votre dieu-étoile Kéwan, ces objets que vous vous êtes fabriqués? Vous savez bien que non! C’est pourquoi je vous déporterai bien au-delà de Damas, déclare le Seigneur. »

Au-delà de Damas ou au-delà de Babylone? Et si parmi les gens du royaume d’Israël, Amos s’adresse à ceux de Samarie, ceux-là ont effectivement été déportés, mais par les Assyriens et cette déportation est sans lien avec Damas ou Babylone. Sans parler du sens du texte qui change en passant de l’Ancien au Nouveau Testament.

Admirez donc, cher père, la métamorphose par laquelle passent nos textes, chaque fois qu’ils sont copiés de l’Ancien au Nouveau testament.

Au treizième chapitre (22) du livre des Actes: « Dieu leur accorda David comme roi. Il déclara à son sujet: « J’ai trouvé David, fils de Jessé: cet homme correspond à mon désir, il accomplira tout ce que je veux qu’il fasse. »

Nous retrouvons dans le psaume (89. 21-22) un texte quelque peu ressemblant, et pourtant ô combien différent: « J’ai trouvé David pour être mon serviteur, je l’ai consacré de mon huile sainte, je le soutiendrai d’une main ferme, ma vigueur fera de lui un homme fort. »

Lettre aux Romains et l’Ancien Testament
Emmanuel: Puisque vous n’avez pas de commentaires à faire sur le livre des Actes des apôtres, je passerai à Lettre aux Romains. Ce que nous lisons entre le dixième et le dix huitième verset du troisième chapitre est une compilation de ce qui pourrait provenir des psaumes: « L’Ecriture déclare: « Il n’y a pas d’homme juste, pas même un seul, il n’y a personne qui comprenne, personne qui cherche Dieu. Tous ont quitté le bon chemin, ensemble ils se sont égarés. » (Rom 3. 10-12).

Ce que nous retrouvons de tel dans l’Ancien Testament est consigné dans le psaume 53: « Ces gens sont corrompus, ce qu’ils font est malhonnête; aucun d’eux n’agit comme il faut. Du haut du ciel Dieu se penche pour observer les humains, pour voir s’il y a quelqu’un d’intelligent qui se tourne vers lui. Tous sont rebelles, tous sans exception sont corrompus. Aucun n’agit comme il faut, pas même un seul. » (Ps 53. 1-4)

Le treizième verset du même chapitre dit: « Leur gorge est comme une tombe ouverte, leur langue leur sert à tromper, c’est du venin de serpent qui sort de leurs lèvres. »

Ceci a été vraisemblablement copié du psaume 140.4: « Comme des serpents ils aiguisent leur langue, ils ont sous les lèvres du venin de vipère. »

Au quatorzième verset, nous lisons: « Leur bouche est pleine de malédictions amères. » Et c’est au psaume 10. 7 que nous pouvons lire quelque chose de semblable: « Il n’a que malédictions à la bouche, propos menteurs et violents, sa langue ne produit que malheur et misère. »

Le dix huitième verset dit: « Ils vivent sans aucune crainte de Dieu », alors qu’au deuxième verset du psaume 36 nous lisons: « A son avis, avoir peur de Dieu n’a pas de sens. »

Le prêtre: - Tu sais, Emmanuel, les choses ne sont pas forcément comme tu les présente, car tout dépend de la version de la Bible qu’on veut bien utiliser. Tiens, par exemple les traductions latine, abyssine, arabe ainsi que l’exemplaire grec du Vatican, rapportent aux versets 4 et 5 du psaume 14 ce qui suit: « leur gorge est comme une tombe ouverte, leur langue leur sert à tromper, c’est du venin de serpent qui sort de leurs lèvres. Leur bouche est pleine de malédictions amères. Ils courent avec rapidité pour tuer. Ils laissent la destruction et le malheur partout où ils passent. Ils n’ont pas connu le chemin de la paix. Ils vivent sans aucune crainte de Dieu. »

Quant à la traduction arabe des deux Testaments, elle a inclus ces passages dans le psaume 13. Je t’invite à vérifier dans la quatrième partie du livre Jam‘iyet kitab al-hidaya, à la page 19.

Emmanuel: - Est-il permis à quelques traductions d’inclure des passages qui ne figurent ni dans le texte d’origine hébraïque, ni dans toutes les autres traductions? A moins que les traductions que vous venez de citer aient le droit de modeler nos textes sacrés à leur convenance. Eh bien, voilà qui rajouterait à la banalisation et au discrédit de nos livres sacrés; je parle de cette légèreté avec laquelle ils sont copiés ou traduits, en faisant abstraction de l’obligation religieuse, morale ou même intellectuelle, de s’en tenir au texte original.

D’autre part, monsieur le curé, en me renvoyant au livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, je ne prétends pas lire dans vos pensées, mais vous donnez l’impression de vouloir me mettre le doigt sur une autre de ces aberrations. Ce livre va jusqu’à soutenir que les traductions que vous venez de nommer et qui ont fait usage d’ajout des versets cités au psaume 14 sont les plus justes.

On se demande ce que deviennent dans ce cas l’original hébraïque et la majorité des copies diffusées à travers le monde, dans toutes les langues de la planète, et qui ne contiennent rien de ce dont ce tristement célèbre livre défend l’existence.

Quoi qu’il en soit, passons au quatrième chapitre de Lettre aux Romains. Sur la béatification de David, nous lisons aux septième et huitième versets: « Heureux ceux dont Dieu a pardonné les fautes et dont il a effacé les péchés! Heureux l’homme à qui le Seigneur ne compte pas son péché! »

Le psaume 32. 1-2 quant à lui s’exprime de la façon suivante: « Heureux celui que Dieu décharge de sa faute, et qui est pardonné du mal qu’il a commis! Heureux l’homme que le Seigneur ne traite pas en coupable, et qui est exempt de toute mauvaise foi! »

Le chapitre 9. 25 de Lettre aux Romains cite le livre d’Osée: « C’est ce qu’il déclare dans le livre d’Osée: « Le peuple qui n’était pas le mien, je l’appellerai mon peuple, et la nation que je n’aimais pas, je l’appellerai ma bien-aimée. » » Or, il se trouve que le livre d’Osée ne s’exprime pas ainsi: « J’aimerai Mal-aimée, je dirai à l’étranger: « Mon peuple, s’est toi », et lui me répondra: « Mon Dieu ». » (Osée 2. 25).

Vers la fin du neuvième chapitre, au verset 33, nous lisons ce qui aurait du être un extrait du livre d’Esaïe mais qui, en définitive, n’en est pas un: « Voyez, je pose en Sion une pierre qui fait trébucher, un rocher qui fait tomber, mais celui qui croit en lui ne sera pas déçu. », car voici ce que dit le livre d’Esaïe (28. 16): « A Sion je vais placer une pierre de fondation pour vous mettre à l’épreuve, une précieuse pierre d’angle aux assises solides. Celui qui me fait confiance aura la même solidité. »

Le prêtre: - Ceci est la version du Nouveau Testament que nous retrouvons dans la traduction grecque Septuaginta.

Emmanuel: - C’est bien cela aussi qui fait mal et jette d’avantage l’anarchie dans nos livres. Que la différence soit entre le texte hébraïque et la version Septuaginta, ou entre le texte hébraïque et le nouveau testament, le problème reste entier et ce sont ces mêmes livres qui, en définitive, perdent toute crédibilité, du fait de cette discordance. Bref, je continue.

Au chapitre 10. 19, Moïse annonce au peuple d’Israël: « Je vous rendrai jaloux de ceux qui ne sont pas une vraie nation, dit Dieu, j’exciterai votre colère contre une nation sans intelligence. »

Voici l’équivalent de ce texte dans l’Ancien Testament (Deut 32. 21): « Ils m’ont rendu jaloux avec de faux dieux, ils ont excité ma colère avec des idoles; eh bien, moi je vais les rendre jaloux avec des gens qui ne sont pas un vrai peuple, j’exciterai leur colère avec une nation sans intelligence. »

Pour clore le dixième chapitre, les versets 20 et 21 nous montrent un autre exemple de l’écart qui se creuse entre la copie et le texte d’origine: « Esaïe ose même proclamer: « J’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, dit Dieu, je me suis montré à ceux qui ne me demandaient rien. » Mais au sujet d’Israël, il annonce: « Tout le jour j’ai tendu les mains vers un peuple désobéissant et rebelle. » »

Mais voici ce que dit le livre d’Esaïe (65. 1-2): « J’étais prêt à répondre, mais on ne m’a rien demandé. J’étais disponible, dit le Seigneur, mais on n’a pas cherché mon aide. J’ai annoncé: « Me voici, j’arrive », mais à une nation qui ne s’adressait pas à moi. J’ai constamment tendu les mains à des gens qui n’en voulaient pas, qui suivaient un mauvais chemin et n’en faisaient qu’à leur tête. »

Au onzième chapitre de Lettre aux Romains, nous lisons au huitième verset: « Comme le déclare l’Ecriture: « Dieu a rendu leur esprit insensible; il a empêché leurs yeux de voir et leurs oreilles d’entendre jusqu’à ce jour. » »

En vérité, ce que nous pouvons lire à ce propos dans l’Ancien Testament, se trouve dans le livre d’Esaïe (29. 10): « Car le Seigneur vous a plongés dans un profond abrutissement; il vous a bouché les yeux, il a mis un voile sur vos têtes. », mais peut être aussi dans Deutéronome (29. 3): « Pourtant, jusqu’à ce jour, le Seigneur ne vous a pas accordé un esprit capable de comprendre ce qui se passait: vos yeux et vos oreilles n’ont pas vraiment vu et entendu.»

Ce sont les paroles de David que les neuvième et dixième versets du même chapitre nous citent: « Que leurs repas soient pour eux un piège, une trappe, afin qu’ils tombent et soient punis. Que leurs yeux s’obscurcissent, qu’ils perdent la vue; fais-leur sans cesse courber le dos. »

Voyons maintenant la version présentée par le psaume (69. 23-24): « Que leurs banquets et leurs repas sacrés soient pour eux un piège où ils seront pris! Que leurs yeux se voilent, qu’ils perdent la vue! Fais-leur sans cesse courber le dos. »

Voici un autre exemple (Rom 11. 26-27): « Et voilà comment tout Israël sera sauvé, comme le déclare l’Ecriture: « Le libérateur viendra de Sion, il éliminera la désobéissance des descendants de Jacob. Voilà l’alliance que je ferai avec eux, quand j’ôterai leurs péchés. »

En vérifiant ce que l’Ecriture déclare, voici ce que nous trouverons (Es 59. 20-21): « Le Seigneur va venir pour délivrer Jérusalem et ceux du peuple d’Israël qui renoncent à leur révolte. C’est lui qui le déclare. Et le Seigneur ajoute: « Voici l’engagement que je prends envers ceux-là: Mon Esprit reposera sur vous, je vous confie mon message dès maintenant et pour toujours. Je ne vous retirerai jamais cette mission, ni à vous, ni à vos enfants, ni aux enfants de vos enfants. C’est moi qui le déclare. » »

Au verset 19 du chapitre 12, nous lisons: « C’est moi qui tirerai vengeance, c’est moi qui paierai de retour, dit le Seigneur ».

Dans Lettre aux Hébreux (10. 30: « Car nous connaissons celui qui a déclaré: « C’est moi qui tirerai vengeance, c’est moi qui paierai de retour ». »

Quant à l’Ancien Testament (Deut 32. 35), en voici les paroles: « Je vais tirer vengeance, je les paierai de retour ».

Au onzième verset du quatorzième chapitre de Lettre aux Romains: « Car l’Ecriture déclare: « Moi, le Seigneur vivant, je l’affirme: tous les humains se mettrons à genoux devant moi, et chacun reconnaîtra à haute voix que je suis Dieu. » »

Voici la version que l’on trouve dans le livre d’Esaïe (45. 33): « Aussi vrai que je suis Dieu, j’en fais le serment et ma promesse est loyale, je n’y changerai rien: tous les humains, à genoux, me jureront fidélité. »

Le dixième verset du quinzième chapitre raconte que l’Ecriture déclare: « Nations, réjouissez-vous avec le peuple du Seigneur! » Tendis que dans Deutéronome (32. 43), nous lisons: « Que toutes les nations acclament le peuple du Seigneur! »

Le prêtre: - Le texte samaritain de la Torah dit: « Nations, réjouissez-vous avec le peuple du Seigneur », et c’est donc le plus proche de la vérité, du mois pour ce cas.

Emmanuel: - Cela ne nous avance pas beaucoup, et rappelez-vous que la différence demeure entre les livres des deux Testaments. Par ailleurs, vous pensez bien qu’il serait catastrophique que la Torah samaritaine soit plus proche de la vérité que la Torah hébraïque.

Mais revenons au quinzième chapitre, lequel rapporte au douzième verset: « Esaïe dit aussi: « Le descendant de Jessé viendra, il se lèvera pour gouverner les nations, et elles mettrons leur espoir en lui. » »

Ce que nous pouvons lire dans le livre d’Esaïe à ce sujet se trouve dans le chapitre 11, au verset 10: « Ce jour là, le descendant de Jessé sera comme un signal dressé pour les peuples du monde. Les nations viendront le consulter. Et du lieu où il s’établira rayonnera la gloire de Dieu. »

Le prêtre: - Là aussi, je dirai que la version Septuaginta est plus proche du Nouveau Testament, que ne l’est la version hébraïque.

Emmanuel: - Dites-moi: est-ce que la différence et la falsification deviennent plus acceptables quand elles viennent s’installer entre l’origine hébraïque et le traduction Septuaginta? Ce qui est certain, c’est que la diversité des versions pour les mêmes textes ne fait que disqualifier nos livres sacrés.

Enfin, pour clore le quinzième chapitre de Lettre aux Romains, nous citerons le verset 21 à propos du Christ: « Et d’agir selon ce que déclare l’Ecriture: « Ceux à qui on ne l’avait pas annoncé le verront, et ceux qui n’en avaient pas entendu parler comprendront. » »

En fait, ce que l’Ecriture déclare est rapporté dans le livre d’Esaïe (52.15), mais c’est un texte d’une expression ô combien différente de celle que nous venons de lire: « Et maintenant, bien des étrangers sont stupéfaits à son sujet, des rois ne savent plus que dire, car ce qu’ils voient n’a rien de commun avec ce qu’on a pu leur raconter, ce qu’ils apprennent est inouï. »

Première lettre aux Corinthiens et l’Ancien Testament
Voyons si ce livre diffère des autres livres du Nouveau Testament que nous avons déjà étudiés, ou s’il suit leur exemple dans leur manièrede dénaturer les textes de l’Ancien Testament.

Ainsi, au premier chapitre par exemple, nous lisons au dix neuvième verset: « Voici ce que l’Ecriture déclare: « Je détruirai la sagesse des sages, je rejetterai le savoir des gens intelligents. » »

Voici ce que dit la version de l’Ancien Testament (Es 29. 14): « La sagesse des sages sera mise en échec, la compétence de ses experts sera prise en défaut. »

Au verset 31 du premier chapitre: « Par conséquent, comme le déclare l’Ecriture: « Celui qui désire se vanter doit se vanter de ce que le Seigneur a accompli. » »

C’est dans le livre de Jérémie que nous pouvons trouver l’équivalent de ce texte (Jér 9. 23): « Si quelqu’un veut se vanter qu’il se vante plutôt d’être capable de me connaître, et de savoir que moi, le Seigneur, j’agis avec bonté, justice et loyauté sur la terre. »

Deuxième chapitre, neuvième verset: « Mais comme le déclare l’Ecriture: « Ce que nul homme n’a jamais vu ni entendu, ce à quoi nul homme n’a jamais pensé, Dieu l’a préparé pour ceux qui l’aiment. » »

Quant à la version de l’Ancien Testament (Es 64. 3), elle se présente comme suit: «Jamais on n’a entendu dire, jamais on n’a remarqué, jamais un œil n’a vu qu’un autre Dieu que toi ait agi de la sorte pour ceux qui comptent sur lui. »

Le prêtre: - Il me vient à l’esprit que Jam‘iyet kitab al-hidaya a répondu à ce problème; sais-tu ce qu’ils disent?

Emmanuel: - Je crois bien que oui; Dans la première partie du livre, à la page 231 on peut lire ceci: les interprètes disent que l’apôtre Paul, en copiant Esaïe a fait plus attention au fond qu’à la forme.

Monsieur le curé, comme d’habitude, l’argumentation de Jam‘iyet kitab al-hidaya ne repose sur rien de solide; car d’une part, la transmission d’un texte par le sens, suppose au bout du compte l’unité du sens des deux textes (l’original et sa copie). Or, il apparaît clair, ici comme ailleurs dans les cas que nous avons passés en revue, que le sens du deuxième texte ne rappelle en rien celui du premier, même s’il est vrai que les deux textes présentent quelques similitudes de vocabulaire.

D’autre part, lorsqu’on prend un texte en témoignage, la moindre des choses est de le faire témoigne avec ses propres mots. Sinon, comment pourrait-on considérer comme un extrait de la référence ce en quoi ne se manifestent ni le sens ni l’expression. C’est précisément le malheur qui frappe systématiquement les livres du Nouveau testament où les textes dits de « l’Ecriture » ne montrent ni l’extrait du texte d’origine, ni la transmission du sens. Il n’en faut pas plus pour rendre nulle l’argumentation de Jam‘iyet kitab al-hidaya.

Au quatorzième chapitre, nous pouvons lire au verset 21: « Voici ce que déclare l’Ecriture: « C’est par des hommes de langue étrangère que je m’adresserai à ce peuple, dit le Seigneur, je leur parlerai par la bouche d’étrangers. Même alors ils ne voudront pas m’entendre. » »

Allons maintenant jusqu’au texte de référence et comparons (Es 28. 11-12): « Eh bien, c’est dans un langage inintelligible, dans une langue étrangère, que le Seigneur va désormais s’adresser à ce peuple! Il leur avait pourtant dit: « Ici vous trouverez du répit; laissez-y se reposer ceux qui sont fatigués. C’est un endroit tranquille. » Mais ils n’ont rien voulu entendre. »

Chapitre quinze, verset 54: « Alors se réalisera cette parole de l’Ecriture: « La mort est supprimée; la victoire est complète! » » Mais selon Esaïe (25. 8), voici ce que dit l’Ecriture: « Il supprimera la mort pour toujours ».

Deuxième lettre aux Corinthiens et l’Ancien Testament
Selon le chapitre six (16-18), l’Ecriture déclare: « Dieu lui-même l’a

dit: « Je demeurerai et je marcherai avec eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. » C’est pourquoi, le Seigneur déclare: « Vous devez les quitter et vous séparer d’eux. Ne touchez à rien d’impur, et moi je vous accueillerai. Je serai un père pour vous et vous serez des fils et des filles pour moi, dit le Seigneur tout puissant. » »

Dans l’Ancien Testament, nous en retrouvons les traces, d’abord dans le livre de l’Exode (29. 45): « Je serai présent parmi les Israélites, je serai leur Dieu », puis dans Lévitique (26. 11-12): « J’établirai ma demeure sainte au milieu de vous et je ne me détournerai pas de vous. Je marcherai à vos côtés; je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. » Et enfin, dans le livre d’Esaïe (52. 11): « Vous qui rapportez les ustensiles réservés au culte du Seigneur, partez, partez vite, quittez Babylone sans rien toucher d’impur. Gardez-vous purs en sortant d’ici. Pour vous, cette fois, ce n’est plus un départ en catastrophe, vous ne partez pas dans la panique, car c’est le Seigneur qui est votre avant-garde, et c’est le Dieu d’Israël qui sera aussi votre arrière-garde. »

Ce qu’il est important de remarquer, c’est que ce que cite la deuxième lettre aux Corinthiens entre le seizième et dix huitième verset du chapitre six, a été écrit à partir d’un assemblage d’extraits issus des trois livres de l’Ancien Testament, abordant pour le premier: des instructions données à Moïse sur les sacrifices; pour le second: l’appel donné aux Israélites à adorer Dieu l’unique; et pour le troisième: l’ordre aux Israélites de quitter Babylone. En somme, plusieurs références parlant toutes de sujets différents.

Au huitième chapitre (15): « Conformément à ce que l’Ecriture déclare: « Celui qui en avait beaucoup ramassé n’en avait pas trop, et celui qui en avait peu ramassé n’en manquait pas. » »

L’équivalent de ce texte se retrouve dans le livre de l’Exode (16. 18): « Mais lorsqu’ils en mesurèrent la quantité, ceux qui en avaient beaucoup n’en avaient pas trop, et ceux qui en avaient peu n’en manquaient pas. »

Lettre aux Galates et l’Ancien Testament
Le treizième verset du troisième chapitre rapporte: « L’Ecriture déclare en effet: « Maudit soit celui qui est pendu à un arbre. » »

Cette référence est faite au livre Deutéronome (21. 23): « Le corps ne devra pas demeurer sur l’arbre pendant la nuit, il faudra l’enterrer le jour même, car un cadavre ainsi pendu attire la malédiction de Dieu sur le Pays. »

Nous pouvons ainsi prendre toute la mesure de la largeur du fossé qui sépare le texte de référence et celui qui est sensé en être la fidèle copie.

Quatrième chapitre (21, 22): « N’entendez-vous pas ce que déclare la loi? Elle déclare qu’Abraham eut deux fils, l’un d’une esclave, Agar, et l’autre d’une femme née libre, Sara. ».

Eh bien, figurez-vous que ces paroles n’ont tout simplement aucune existence dans l’Ancien Testament. Je pense que l’auteur se trouvait chez les Romains au moment où il écrivait ces paroles, à l’abri du démenti que pouvaient lui apporter les Arabes. Mais le sort a voulu qu’elles soient diffusées parmi les Arabes eux même, et il est aussi étonnant que décevant de les voir colportées par certains d’entre eux.

Au trentième verset du même chapitre: « Mais que déclare l’Ecriture? Ceci: « Chasse cette esclave et son fils, car le fils de l’esclave ne doit pas avoir part à l’héritage paternel avec le fils de la femme née libre. »

En vérité, l’Ecriture n’a jamais rien dit de tel et l’auteur n’a fait que reprendre les paroles de Sara, femme d’Abraham (Gen 21. 9-10): « Un jour Ismaël, l’enfant que l’Egyptienne Agar avait donné à Abraham, était en train de jouer. Sara le vit et dit à Abraham: - Chasse cette esclave et son fils. Celui-ci ne doit pas hériter avec mon fils Isaac. »

Quel intérêt à s’appuyer sur les paroles de Sara en tant qu’Ecriture? Que je sache, Sara ne parlait pas sous inspiration divine. Où est donc Sara, et où est la révélation? Pourquoi l’auteur a-t-il dit « l’Ecriture » et non « Sara »? Qu’est-ce qui l’a empêché de citer le texte tel qu’il était dans la Torah? Qu’est-ce qui a agit sur la copie, dans le Nouveau Testament? Erreur ou préméditation? L’auteur craignait-il que l’on découvre que son « Ecriture » n’était autre que Sara, et que tout son raisonnement, raciste et haineux faut-il le souligner, ne reposait en fin de compte que sur ces quelques paroles de co-épouse jalouse?

Lettre aux Hébreux et l’Ancien Testament
Dés le premier chapitre, nous pouvons déjà lire au sixième verset, au sujet de la glorification du Christ: « Mais au moment où Dieu allait envoyer son fils premier-né dans le monde, il a dit: « Tous les anges de Dieu doivent l’adorer. » » Et ces paroles là ne figurent nulle part dans l’Ancien Testament.

Le prêtre: - On dit pourtant que ces paroles se retrouvent dans la version Septuaginta de la Torah (Deut 32. 43).

Emmanuel: - Que le Nouveau Testament ait falsifié l’Ancien, ou que la Torah Septuaginta ait fait autant pour la Torah hébraïque, vous conviendrez que cela n’enlève rien à notre malheur, monsieur le curé.

Bref, le dixième chapitre de cette lettre aux Hébreux, rapporte aux cinquième et sixième versets: « C’est pourquoi, au moment où il allait entrer dans le monde, le Christ dit à Dieu: « Tu ne veux ni sacrifice, ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu ne prends plaisir ni à des animaux brûlés sur l’autel, ni à des sacrifices pour le pardon des péchés.» »

Ces paroles font référence au livre des psaumes (40. 7): « Ce qui te fais plaisir ce n’est pas un sacrifice ou une offrande – tu me l’as bien fait comprendre. Ce que tu demandes, ce n’est pas des animaux brûlés sur l’autel ou des sacrifices pour obtenir le pardon. »

Ce que nous remarquons, c’est que le psaume de dit pas: « mais tu m’as formé un corps », et la lettre aux Hébreux de son côté, ne mentionne pas: « tu me l’as bien fait comprendre ».

Le prêtre: - C’est en tous cas, la version du Nouveau Testament, que nous retrouvons dans la traduction Septuaginta.

Emmanuel: - Et c’est une situation que nous ne déplorerons jamais assez; le fait que la corruption se soit glissée entre le texte hébraïque et la traduction Septuaginta, plutôt qu’entre le texte hébraïque et le Nouveau Testament n’a rien de rassurant. Tout comme il n’y a rien de rassurant à voir certains traducteurs des psaumes écrire: « tu me l’as bien fait comprendre », pendant que d’autres préfèrent mettre: « mais tu m’as formé un corps ».

Afin de remédier à cette différence et ne sachant probablement pas quelle version choisir, la traduction éditée en 1811 décida d’inclure les deux versions dans le psaume: « Mais tu m’as formé un corps, tu me l’as bien fait comprendre ».

Pour bien réussir la confusion, les traducteurs se sont gardés de suivre les mêmes règles; alors que certaines traductions ont été réalisées à partir du texte hébraïque, d’autres ont été faites en tenant compte des notes, pendant que d’autres encore ont été réalisées sur la base de la version Septuaginta, et d’autres enfin, selon la version samaritaine.

De plus, les traducteurs ne se sont pas limités à un texte de base, du début jusqu’à la fin. On les voit au contraire, piocher à volonté dans les différentes versions, comme si l’objectif visé était l’aboutissement à un livre nouveau. Et dire qu’après ceci, certains trouvent encore que les critiques sont injustes à l’encontre nos livres « saints ».

Eliezer: - La triste conclusion de cette leçon est que nous avons bel et bien perdu la validité et le bien fondé de l’Ancien et du Nouveau Testaments courants, et il ne nous reste que les regrets et le désespoir de ne jamais retrouver les livres authentiques. Emmanuel, pour bien me situer vis-à-vis de la situation, il faut que j’en sache plus, cette fois sur l’histoire de notre religion. Tiens, parle-moi un peu de Paul, cet homme dont le nom et l’enseignement ont régné sur le Christianisme.

Paul
Emmanuel: - Le livre Actes des Apôtres, ainsi que les lettres attribuées à Paul nous révèlent déjà quelques aspects de sa vie. Et si les livres d’histoires renferment quelques éléments concernant sa personne, ils les ont extraits des livres que nous venons de citer. C’est pourquoi, il ne nous est parvenu aucun renseignement sur la vie de Paul, ses déplacements, la date de sa mort, son lieu de résidence, sa situation…etc, après son dernier voyage à Rome, où il demeura deux ans sans être jugé. Pour toute cette période, le livre des Actes des Apôtres reste silencieux sur le séjour de Paul à Rome.

Donc, tout ce que je peux vous apprendre sur Paul ne dépasse pas ce que veut bien nous révéler le livre des Actes des Apôtres, lequel rapporte déjà qu’il s’appelait Saul (Act 9. 4). Il est né à Tarse, en Cilicie et il a été élevé à Jérusalem (Act 22. 3). Nous savons aussi qu’il était Pharisien (Act 23. 6).

Paul était après l’ascension du Christ, de ceux qui menèrent une grande persécution contre l’Eglise. « Il allait de maison en maison, en arrachait les croyants hommes et femmes et les jetait en prison » (Act 8.3). Il n’avait de cesse de menacer de mort les disciples du Christ et demanda même au grand prêtre des lettres d’introduction pour les synagogues de Damas, afin que s’il y trouvait des personnes qui suivaient le chemin du Christ, il puisse les arrêter et les conduire à Jérusalem (Act 9. 1-2). Il fut l’auteur de nombreux actes contre le nom de Jésus-Christ « Bien que j’ai parlé contre lui autrefois, bien que je l’ai persécuté et insulté » (1 Tim 1. 13), et mis en prison de nombreux croyants. Dans toutes les assemblées, il les harcelait, les frappait, les obligeait au blasphème et à renier le Christ. En somme, Paul était excessif dans la persécution de l’Eglise, qu’il s’efforçait de détruire (Gal 1. 13).

Les chapitres neuf et vingt deux de Actes des Apôtres racontent dans quelles conditions Paul fut amené à se convertir: C’est sur la route de Damas, lors d’une de ses missions de persécution des chrétiens, qu’il vit une lumière venant du ciel, briller autour de lui. Il tomba à terre et entendit une voix qui disait: Saul, pourquoi me persécutes-tu? Il demanda: qui es-tu Seigneur? La voix répondit: Je suis Jésus que tu persécutes. Relève-toi, entre dans la ville, et là on te dira ce que tu dois faire. En se relevant de terre, Saul découvrit qu’il était devenu aveugle. Pendant trois jours, il fut incapable de voir. Il ne mangea et ne but rien.

Il y avait à Damas un disciple appelé Ananias. Le Christ lui apparut dans une vision et lui dit: Pars dans la rue droite, et dans la maison de Judas, un homme de Tarse appelé Saul prie en ce moment et, dans une vision, il a vu un homme appelé Ananias qui posait les mains sur lui afin qu’il puisse voir de nouveau. Quand Ananias arriva dans la maison, il posa les mains sur Saul et lui dit: Le Seigneur Jésus m’a envoyé pour que tu puisse voir de nouveau et que tu soit rempli du Saint Esprit. Aussitôt, quelque chose de semblable à des écailles tomba des yeux de Paul et il put voir de nouveau.

Quelques jours après qu’il fut baptisé, il se mit à prêcher dans les synagogues de Damas, en proclamant que Jésus est le fils de Dieu. Mais au bout d’un certain temps, les juifs prirent la décision de le faire mourir, et les portes de la ville furent surveillées jour et nuit. Averti du complot, Paul passa de l’autre côté du mur de la ville avec l’aide des disciples.

Eliezer: - Ce que tu viens de dire sur Paul, à propos de l’appel qu’il reçut du Christ et l’ouverture de ses yeux est tout de même quelque chose d’extrêmement grave, sérieux et dangereux, mon petit Emmanuel. C’est véritablement un grand miracle, si bien sur nous pouvions avoir une preuve irréfutable de l’authenticité de ces événements. A propos, as-tu de quoi étayer ce que tu viens d’annoncer?

Emmanuel: - Je vous avais dit, père, que tout ceci avait été rapporté dans le livre des Actes des Apôtres, dont on attribue la rédaction à Luc.

Eliezer: - Et moi qui espérais une réponse qui me ferait reprendre espoir en nos livres. N’oublie pas que j’étais présent lors de ta conversation avec le prêtre, au bout de laquelle d’ailleurs on arriva à la conclusion qu’il était impossible de savoir si Luc écrivait sous l’inspiration de Dieu, tout comme il est impossible de savoir s’il était de ceux qui reçurent le Saint-Esprit. Peux-tu me dire par conséquent, quel crédit je peux accorder à ses paroles? Si nous admettons qu’il faisait partie de ceux qui croyaient en le Christ, quelle preuve avons-nous que le livre Actes des Apôtres était bien son œuvre? Et si nous avions cette preuve qu’il était croyant, pieux, refusant le mensonge, et que le livre en question était de son œuvre, nous n’aurions pas eu à douter un instant de son contenu. Car vois-tu fiston, je ne suis peut être pas aussi averti que toi et le prêtre sur le sujet, il n’empêche que j’ai bien suivi ta leçon depuis le début, et j’ai appris que Luc n’était pas témoin de ce qu’il écrivait. Il suffit de lire le vingt deuxième chapitre des Actes pour s’en rendre compte: Luc ne fait que reprendre Paul qui, à l’évidence, n’a aucun témoin pour confirmer ses affirmations, et étant donné la gravité des événements rapportés dans les chapitres neuf et vingt deux, sur les conditions miraculeuses de la conversion de Paul, nous ne pouvons nous contenter du seul témoignage de ce dernier pour sa propre personne. Je ne parle pas de toutes les différences relevées entre le livre des Actes et l’Ancien Testament, sur les textes qui sont sensés les unir et les faire corroborer l’un l’autre.

Après tout cela, reste-t-il encore une chance si maigre soit-elle, pour que le livre des Actes des Apôtres jouisse d’une quelconque considération chez le religieux averti et ce, quel que soit le lien établi entre ce livre et son supposé auteur, Luc. Mais pardonne-moi de t’avoir interrompu, Emmanuel, et d’avoir disposé de la parole aussi longtemps; c’est que moi aussi, j’en ai gros sur le cœur.

Emmanuel: - Je poursuis donc; Quand Paul revint de Damas à Jérusalem, il voulut se joindre aux disciples, mais ces derniers avaient tous peur de lui, car ils avaient quelque peine à admettre qu’il était devenu disciple. Alors Barnabé l’emmena avec lui et le conduisit auprès des apôtres à qui il raconta l’histoire de Paul qui avait vu le Christ sur le chemin de Damas, et avec quelle assurance il prêcha dans cette ville, au nom de Jésus.

Dès que Paul fut accepté par eux, il se mit à prêcher dans Jérusalem, y compris parmi les juifs parlant grec. Mais ceux-ci complotaient pour le faire mourir. Quand les disciples l’apprirent, ils se pressèrent de conduire Paul à Césarée et le firent partir pour Tarse, en Cilicie, sa région natale (Act 9. 26-30).

Plus tard, Barnabé partit pour Tarse à la recherche de Paul. Quand il l’eut trouvé, il l’emmena à l’Eglise d’Antioche. Ils y passèrent tous les deux une année durant la quelle ils se consacrèrent à l’instruction des gens. En ce temps là, un prophète nommé Agabus annonça l’imminence d’une famine. Alors, les disciples donnèrent chacun ce qu’il pouvait et chargèrent Barnabé et Paul d’emmener les dons aux anciens de Judée (Act 11. 25-30).

Eliezer: - Puisque tu parles de Barnabé, que sait-on de son histoire au juste?

Qui est Barnabé?
Emmanuel: - L’histoire de Barnabé commence dans le Nouveau Testament. Il s’appelait Joseph et les apôtres le surnommèrent Barnabé, qui signifiait « L’homme qui encourage ». C’était un lévite, né à Chypre. Il avait un champ qu’il vendit et remit aux apôtres l’argent de la vente (Act 4. 36-37).

Barnabé fut envoyé à Antioche par les membres de l’Eglise de Jérusalem, en mission de prédication et d’exhortation des gens à croire en Jésus-Christ, et à persévérer sur le chemin de Dieu. C’était un homme bon, croyant et rempli du Saint-Esprit (Act 11. 22-24). C’est de là qu’il partit pour Tarse à la recherche de Paul.

Eliezer: - Mais est-ce qu’on retrouve ailleurs des témoignages sur les débuts de Barnabé?

Quelques mots sur l’Evangile selon Barnabé
Emmanuel: - L’histoire rapporte que vers la fin du Ve siècle ap J-C, un édit du Pape Gélase 1er (492-496 ap J-C) dressant la liste des livres interdits à la lecture, incluait dans cette liste un livre intitulé: L’Evangile de Barnabé.

Ceci nous indique au moins que Barnabé avait un Evangile qu’on lisait durant ces siècles là, même si la lecture des livres religieux demeura pendant longtemps et jusqu’à la réforme protestante, le privilège d’une certaine élite et resta interdite à la population. A cette époque là, le livre religieux bénéficiait d’un rayon de diffusion très restreint, à plus forte raison lorsqu’il s’agissait d’un livre comme l’Evangile de Barnabé qui, pour s’être attiré les foudres du pape, devait être porteur de valeurs situées, le moins que l’on puisse dire, aux antipodes de celles véhiculées par la tendance dominante. C’est en toute logique donc que l’Evangile selon Barnabé devait être le moins diffusé des livres, et s’il continua à circuler dans certains cercles, c’était en dépit du contrôle exercé par l’Eglise.

Cependant, cette histoire est contestée par certains savants qui la qualifient de pure invention. Qu’en pensez-vous cher père? Ne trouvez-vous pas que ce que retient l’histoire est plus important, et plus crédible en tous cas, que l’avis de quelques savants opposants et excédés par cet Evangile de Barnabé, dont l’existence si elle venait à être confirmée, menacerait de destruction l’ensemble du bâti chrétien, j’entends par là celui du Christianisme courant.

L’Orientaliste Sale rapporte dans son introduction à la traduction du Coran, qu’un moine Latin raconte avoir découvert des lettres d’un Saint, de la deuxième génération après le Christ. Parmi ces lettres, il en était une qui revêtait un intérêt particulier. Dans cette lettre, le Saint critiquait et condamnait Paul, en s’appuyant sur l’Evangile selon Barnabé. La lecture de cette lettre suscita chez le moine le besoin irrésistible de se mettre à la recherche de cet Evangile de Barnabé, qu’il finit d’ailleurs par découvrir dans la bibliothèque du Pape Sixte V.

Ces événements remontent à la fin du XVIe siècle ap J-C. Plus tard, en 1709 apparut une copie en italien, puis une autre en espagnol, toujours dans les débuts du XVIIIe siècle, durant lequel elle fut traduite en anglais. C’est à partir de cette époque que l’Evangile selon Barnabé connut une large circulation dans les milieux religieux et scientifiques.

Toutefois, un fait mérite qu’on s’y attarde; sur les marges de la copie Italienne, nous trouvons de nombreuses phrases écrites dans un arabe incorrect, à l’image de celui d’un occidental en phase d’apprentissage de cette langue.

Ceci dit, nous ne connaissons pas de traduction arabe pour l’Evangile selon Barnabé, tout comme nous ne lui trouvons pas de trace dans l’histoire des Arabes et des musulmans. L’Orient entier témoigne n’en avoir jamais entendu parler et ce, jusqu’à la traduction du docteur Khalil Saada, éditée en 1908. C’est pourquoi, je m’étonne de l’attitude de certains de nos amis selon lesquels l’Evangile selon Barnabé aurait été traduit à partir de l’Arabe, et que le texte d’origine arabe existerait encore en Orient. Plus bizarres encore, les paroles d’al-Boustani dans « adda’ira », durant son commentaire sur Barnabé: « Il existe en arabe un faux Evangile attribué à Barnabé. Il a été traduit en anglais, en espagnol et en italien. » Je vous laisse imaginer la gravité de ces propos et toute la responsabilité qui incombe à leur auteur devant l’histoire.

Eliezer: - Tu disais que le Saint critiquait Paul et le condamnait en s’appuyant sur l’Evangile selon Barnabé. Nous serait-il possible de savoir en quoi le contenu de cet Evangile pouvait constituer un appui à la condamnation de Paul?

Emmanuel: - En résumé, Barnabé dit aux débuts de son Evangile que le diable s’était servi de certains miracles comme prétexte pour duper de nombreuses personnes, en les poussant à la diffusion d’un enseignement digne des apostats. Par cet enseignement ces personnes prétendent que le Christ est le fils de Dieu, refusent la circoncision imposée depuis longtemps par Dieu et rendent licites toutes les viandes impures. Barnabé ajoute: « Je suis affligé de compter Paul parmi ces personnes. »

Vers la fin, il avance encore qu’un groupe de malfaisants qui ont la prétention d’être des disciples, ont prêché différemment: pour certains le Christ est mort et n’est pas revenu à la vie; pour d’autres, il est mort mais a ressuscité; et pour d’autres enfin, Jésus n’est ni plus ni moins que le fils de Dieu, et Paul était de ceux qui ont été dupés par ce mensonge.

Dans son commentaire sur l’Evangile selon Barnabé, le docteur Khalil Saada dit qu’il a existé jadis un autre Evangile appelé l’Evangile gnostique, dont les traces ont disparu. Selon le docteur Khalil, cet Evangile commence par une introduction qui critique Saint Paul et finit par une conclusion qui ne manque pas de dénigrements à son encontre.

Eliezer: - Cela nous amène à nous demander si parmi les disciples, il y en avait qui étaient opposés à Paul, sur les principes généraux du Christianisme.

Les enseignements du Christianisme après Jésus-Christ
Emmanuel: - Ce que nous retenons du quinzième chapitre de Actes des Apôtres, c’est que les enseignements du Christianisme jusqu’en l’an cinquante environ, donc vingt deux ans après l’ascension du Christ, étaient conformes à la loi de la Torah, ce qui n’était pas sans causer aux disciples quelques difficultés dans leur mission de diffusion des fondements de la nouvelle religion, car certains militaient pour que continuent à être respectées certaines valeurs imposées dans la Torah, telle que l’obligation de circoncision.

Les disciples furent amenés à se réunir et à en débattre. Chacun y allait de ses arguments, et voici par exemple ce que dit Pierre durant cette réunion: « Pourquoi mettez-vous Dieu à l’épreuve en voulant imposer aux croyants un fardeau que ni nos ancêtres ni nous-mêmes n’avons pu porter? » (Act 15. 10). Jacques abonda dans le même sens en se montrant plus précis: « J’estime qu’on ne doit pas créer de difficultés à ceux, non Juifs, qui se tournent vers Dieu. Mais écrivons-leur pour leur demander de ne pas manger de viandes impures provenant de sacrifices offerts aux idoles, de se garder de l’immoralité et de ne pas manger de la chair d’animaux étouffés ni de sang. » (Act 15. 19-20)

Le vingt et unième chapitre des Actes décrit l’arrivée de Paul à Jérusalem où quelques jours plus tard, il fut arrêté et envoyé prisonnier à Rome. Mais peu avant son arrestation, il rendit visite à Jacques chez qui tous les anciens de l’Eglise se réunirent. Ils s’adressèrent à Paul dans les propos que voici: « Tu vois, frère, combien de milliers de Juifs sont devenus des croyants: ils sont tous très attachés à la loi. On leur a déclaré que tu enseignes à tous les Juifs qui vivent au milieu d’autres peuples à se détourner de la loi de Moïse et que tu leur dis de ne pas circoncire leurs enfants et de ne pas suivre les coutumes juives. Que faire? Car ils vont certainement apprendre que tu es arrivé. Eh bien, fais ce que nous allons te dire. Nous avons ici quatre hommes qui ont fait un vœu. Emmène-les, participe avec eux à la cérémonie de purification et paie leurs dépenses, pour qu’ils puissent se faire raser la tête. Ainsi, tout le monde saura qu’il n’y a rien de vrai dans ce qu’on a raconté à ton sujet, mais que, toi aussi, tu vis dans l’obéissance à la loi de Moïse. Quant aux non Juifs qui sont devenus chrétiens, nous leur avons écrit pour leur dire ce que nous avons décidé: ils ne doivent manger ni viandes provenant de sacrifices offerts aux idoles, ni sang, ni chair d’animaux étouffés, et ils doivent se garder de l’immoralité. Alors Paul emmena ces quatre hommes et, le lendemain, participa avec eux à la cérémonie de purification. » (Act 21. 20-26).

Remarquons que la lettre envoyée par les disciples aux non juifs devenus chrétiens ne leur demande pas de se conformer à l’obligation de circoncision, ni au reste de la loi de Moïse, mais de ne tenir compte que des quatre règles citées.

Eliezer: - Ce Jacques là, était-il un des douze apôtres

Emmanuel: - Parmi les douze apôtres, deux hommes portaient le nom de Jacques: l’un était Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean et l’autre était Jacques, fils d’Alphée. Le premier était déjà mort bien avant la tenue de cette réunion, qui s’est achevée comme nous l’avons vu, par l’abolition de la loi de Moïse. Le Jacques qui nous concerne n’était donc que le second, c'est-à-dire le fils d’Alphée.



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Les frères de Jésus AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Les frères de Jésus
Eliezer: - Est-ce que Jésus avait des frères? Et si oui, l’étaient-ils par sa mère, marie la sainte vierge?

Emmanuel: - L’Evangile selon Matthieu (13. 54-56) et l’Evangile selon Marc (6. 1-3) rapportent que lorsque Jésus alla à Nazareth et qu’il se mit à enseigner dans la synagogue, les juifs s’étonnèrent de son savoir; ils se demandèrent: « D’où a-t-il cette sagesse? Comment peut-il accomplir ces miracles? N’est-ce pas lui le fils du charpentier? Marie n’est-elle pas sa mère? Jacques, Joseph, Simon et Jude ne sont-ils pas ses frères? Et ses sœurs ne vivent-elles pas toutes parmi nous? D’où a-t-il donc tout ce pouvoir? »

Eliezer: - Oui, mais ces quatre frères, sont-ils les enfants de Marie, la mère de Jésus, où alors ceux de Joseph et d’une autre femme?

Emmanuel: - Eh bien, on ne peut pas dire que le Nouveau Testament soit explicite sur la question. Toutefois, le livre moghni at-tollab fi mawadhi‘ al-a‘hdayn cite Jacques, fils d’Alphée et l’appelle: parent de notre Seigneur, en faisant référence à la Lettre aux Galates (1. 9), où Jacques est également appelé: le frère du Seigneur. Il nous renvoie aussi à l’Evangile selon Marc (6. 3) qui cite Jacques parmi les frères de Jésus, et c’est encore ce qu’on trouve dans l’Evangile selon Matthieu (13. 55).

En parlant de la famille de Jésus, les Evangiles nous apprennent qu’il ne prêta pas attention à sa mère et ses frères une fois, alors qu’ils étaient venus lui rendre visite: « Jésus parlait encore aux foules lorsque sa mère et ses frères arrivèrent. Ils se tenaient dehors et cherchaient à lui parler. Quelqu’un dit à Jésus: - Ecoute, ta mère et tes frères se tiennent dehors et désirent te parler. Jésus répondit à cette personne: - Qui est ma mère et qui sont mes frères? Puis il désigna de la main ses disciples et dit: - Voyez: ma mère et mes frères sont ici. Car celui qui fait ce que veut mon père qui est dans les cieux est mon frère, ma sœur ou ma mère. » (Matt 12. 46-50; Marc 3. 31-35; Luc 8. 19-22). Enfin, nous apprenons dans l’Evangile selon Jean (7. 3, 5, 10) que Jésus avait des frères.

Un autre livre: qamous al-kitab al mouqaddas, tente d’expliquer la parenté des « frères du Seigneur » avec Jésus, par trois hypothèses différentes: La première est qu’ils sont les frères de Jésus par Marie et Joseph. C’est l’explication la plus simple, laquelle est d’ailleurs corroborée dans l’Evangile selon Matthieu (1. 25; 13. 55). Cependant, le respect dont jouie Marie et l’importance de la virginité dans l’ancienne Eglise, ajoutés à l’aversion de la plupart à considérer comme une femme ordinaire, pouvant tomber enceinte et mettre des enfants au monde après avoir reçu le Saint-Esprit et après avoir été la mère de Jésus-Christ, poussa l’Eglise Romaine et Orientale ainsi qu’une partie des églises protestantes, à deux autres hypothèses qui ne s’appuient que sur l’imagination et la probabilité, en opposition faut-il le rappeler, aux déclarations des Evangiles.

Eliezer: - Peu nous importe tout cela; revenons plutôt au sujet de tout à l’heure, car pendant que tu parlais des frères de Jésus, je ne cessais de repenser à cet enseignement à double langage, qui demandait aux juifs qui croyaient en le Christ, de respecter la loi mosaïque, et aux autres croyants de ne pas en tenir compte. Notre religion a été répandue sur la base de principes contradictoires et la qualité des valeurs transmises dépendait de la nature du destinataire. Trouves-tu cela concevable, toi?

Contradictions dans l’enseignement de l’Eglise
Emmanuel: - Eh bien, cela ne semble pas être aussi révoltant pour les auteurs du Nouveau Testament que ça l’est apparemment pour vous, cher père. Rappelez-vous que c’est justement l’Eglise qui s’est réunie pour prendre la décision de ce double langage. Le cinquième chapitre de Actes des Apôtres explique dans le détail les conditions qui ont amené ceux qui oeuvraient aux destinées du christianisme, à prendre un telle décision.

Quoi qu’il en soit, après cette réunion, Paul partit à Antioche en compagnie de Barnabé et de deux autres amis: Jude et Silas, afin de transmettre aux croyants non juifs les nouvelles directives. Après quelques jours passés à Antioche, Paul prit la direction de Derbe, puis celle de Lystre.

Au début du seizième chapitre des Actes, nous lisons que Paul fit la connaissance d’un croyant appelé Timothée; il était fils d’une Juive devenue chrétienne et d’un père grec. Paul le prit comme compagnon et le circoncit.

C’est également Paul qui, en parlant de lui-même, raconte dans la première lettre aux Corinthiens (9. 20-21): « Lorsque je travaille parmi les Juifs, je vis comme un Juif, afin de les gagner; bien que je ne sois pas soumis à la loi de Moïse, je vis comme si je l’étais lorsque je travaille parmi ceux qui sont soumis à cette loi, afin de les gagner. De même, lorsque je suis avec ceux qui ne connaissent pas la loi de Moïse, je vis comme eux, sans tenir compte de cette loi, afin de les gagner. »

La contradiction, hélas, ne s’arrête pas là; non seulement Paul avoue user d’un double discours avec les croyants, mais c’est aussi une attitude qu’il condamne chez les apôtres (Gal 2. 11-13): « Mais quand Pierre vint à Antioche, je me suis opposé à lui en public, parce qu’il était dans l’erreur. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les frères non Juifs. Mais quand ces gens furent arrivés, il se retira et cessa de manger avec eux, parce qu’il avait peur des partisans de la circoncision. Les autres frères juifs se mirent à agir aussi lâchement que Pierre, et Barnabé lui-même se laissa entraîner par leur exemple de lâcheté. »

Peu avant, dans le même chapitre, Paul se disait investi par Dieu, de la mission d’annoncer la bonne nouvelle aux non juifs, tout comme Pierre avait été investi de la même mission mais auprès des juifs. Il disait aussi que Pierre, Jacques et Jean qui étaient considérés comme les chefs, lui reconnurent cette particularité. C’est pourquoi, ils ont convenu que lui irait travailler parmi les non juifs et qu’eux iraient parmi les juifs (Gal 2. 7-9).

Eliezer: -Je suis abasourdi devant ce que j’entends. Je peine à admettre qu’une même religion impose des enseignements aussi contradictoires, à des nations différentes il est vrai, mais tout de même soumises à la même religion. Que devient l’universalité du message divin dans tout cela? Et au fait, que pense-tu de la lâcheté des apôtres, déplorée par Paul? Que c’est désespérant!

Les lettres de Paul
Emmanuel: - Mon cher père, les lettres de Paul ont levé les problèmes de contradiction par lesquels se caractérisait la diffusion du christianisme. Ces lettres ont unifié le message et appelé au rejet de la loi mosaïque et de la tradition juive. Elles ont également condamné les anciens de l’Eglise et les apôtres, parce que tenus pour responsables de cette situation de retour en arrière et favorisée essentiellement par la tentation du pouvoir, dans laquelle le croyant continuait de subir l’ancienne loi qui comprenait le culte des idoles, rendait licite la consommation du sang, de la chair d’animaux étouffés et de la viande provenant de sacrifices offerts aux idoles.

Eliezer: - Incroyable! Je suis ébahi que l’enseignement attribué à Paul ait pu avoir un ascendant aussi fulgurant sur celui des disciples et des chrétiens Hébreux, malgré leur grand attachement à la loi de Moïse. Ont largement témoigné de cet attachement, non seulement les Actes des apôtres ou la lettre de Jacques, mais aussi les lettres attribuées à Paul. Connais-tu, fiston, les raisons qui font que les directives de Paul aient autorité sur les enseignements des apôtres et des chrétiens Hébreux, mais surtout sur ceux du Christ qui n’a eu de cesse d’exhorter au respect de la loi et des instructions des maîtres de la loi qui sont les occupants du siège de Moïse?

Emmanuel: - Le respect que j’éprouve pour monsieur le curé ne m’autorise pas à répondre à votre question en sa présence.

Le prêtre: - Ne t’en fais donc pas pour moi, Emmanuel; si tu te sens apte à satisfaire la curiosité de ton père, tu dois lui répondre.

Emmanuel: - Dans ce cas, promettez moi de me rappeler à l’ordre, dès que vous me verrez sur le point de dévier de la vérité et du bon sens.

Le prêtre: - Soit, je t’en fais la promesse.

Emmanuel: - Père, à travers les livres de l’Ancien Testament, vous avez découvert la tendance des Israélites à céder à leurs passions, à leur penchant presque naturel à servir et à se servir du paganisme, et leur rébellion contre la loi de Dieu, depuis l’époque du prophète Moïse jusqu’à la déportation à Babylone, de telle sorte qu’ils n’ont été dissuadés ni par les impressionnants miracles, ni par les punitions qui se sont abattues sur eux. C’est vrai que leur déportation à Babylone et l’humiliation qu’ils y ont vécue leur ont appris au moins une chose: c’est qu’ils ne pouvaient retrouver un peu de leur gloire qu’en s’organisant en diaspora unie au nom de la religion israélite. Ceci les, fit hériter d’un fanatisme religieux sans égal, fanatisme qu’ils exprimaient à chaque cérémonie publique, tout en restant divisés et éparpillés dès qu’il s’agissait d’intérêts matériels.

Eliezer: - C’est vrai, je dois l’avouer, et c’est l’image que nous en avons encore de nos jours. Tout en affichant un certain conservatisme à travers leurs fêtes, rites et cérémonies publiques, ils restent personnellement indépendants de la loi pour l’ensemble de leurs affaires quotidiennes et n’ont pas de scrupules à vivre à contresens de la morale religieuse. C’est le témoignage de l’histoire sur toutes leurs générations.

Emmanuel: - Tout à fait, et quand les juifs furent sous la domination romaine, ils se dispersèrent à travers l’empire et allèrent s’établir en Asie Mineure, en Macédoine, en Grèce et même à Rome. Cette dispersion ainsi que leur intégration dans leurs nouvelles sociétés compliquèrent pour eux quelque peu la vie dans le cadre de la loi; il devint difficile pour eux de continuer à pratiquer leur religion. Cependant leur attachement à leur diaspora les empêcha de délaisser complètement la religion juive. Par conséquent, ils se retrouvèrent d’un côté, pris entre le besoin de se confondre dans les masses, attitude que leur dictait leur tendance très marquée à l’intérêt personnel, et de l’autre leur attachement extrémiste au nationalisme juif. Puis, quand ils eurent la nouvelle du message apporté par Jésus, ils l’ont adopté sans peine car il s’agissait pour eux d’une démarche israélite, compatible avec leur nationalisme. Ils avaient espoir que cet appel serait celui du renouveau et de la renaissance, et qui ne manquerait pas de constituer le cadre idéal à l’intérêt national. Ils manquaient alors d’autorité religieuse leur permettant de satisfaire leurs intérêts matériels et d’exploiter leur monde comme le faisaient les prêtres et les maîtres de la loi en pays juif.

C’est pourquoi, l’appel de Jésus ne représentait pour eux en aucun cas une menace; ils espéraient au contraire qu’en usant d’une bonne stratégie, ils en tireraient le plus grand profit. Voila donc pourquoi les Juifs furent nombreux à répondre à l’appel et à soutenir l’avènement du christianisme dans ces pays là.

Quand plus tard, ils commencèrent à recevoir des enseignements et des directives au nom du christianisme, ils se rendirent compte que nombre de ces enseignements convenait plus à leurs penchants, leur facilitait la vie parmi les étrangers et les libérait de la loi mosaïque qu’ils traînaient comme des fers aux pieds.

Ces nouvelles orientations, transmises notamment à travers les lettres attribuées à Paul trouvèrent un écho plus que favorable et rapidement de fervents partisans. Mais là n’est pas la seule raison à l’influence croissante de l’enseignement de Paul parmi les populations fraîchement acquises au christianisme; le déploiement des Romains et des Grecs en Syrie et en Palestine et les relations politiques et économiques qui liaient la Syrie à l’empire romain, fournissaient un cadre adéquat à la diffusion de la bonne nouvelle, ainsi qu’à l’expression des idéaux de Jésus-Christ et de ses miracles, auxquels n’était resté insensible et ne pouvait nier que l’entêté et le fanatique.

Néanmoins, il ne faut pas croire que le christianisme ait obtenu droit de cité sans difficulté, principalement à cause de l’attachement des gens à leurs religions et à leurs traditions. Pourtant, si d’ordinaire ces mêmes traditions constituent l’entrave principale à la promotion de toute réforme, particulièrement lorsqu’il s’agit des réformes religieuses; force est de reconnaître que la nouvelle doctrine prônée dans les lettres de Paul ne rencontra pas autant de résistance au sein de la société grecque. Mais si les enseignements de Paul y trouvèrent un accueil aussi favorable, c’est surtout parce que fondamentalement ils ne heurtaient pas les croyances locales, sachant que les principes mêmes de la triade et de la naissance des dieux, ancrés dans la mythologie grecque, se trouvaient préservés dans ce nouveau concept qu’était la trinité. Tout ce que la nouvelle religion apportait de nouveau aux populations implantées dans les zones d’influence hellénistique, est qu’elles devaient désormais compter Jésus-Christ du nombre des dieux incarnés et le considérer parmi les fils de dieux. Cette simple croyance leur ouvrait les portes du salut et de la miséricorde.

Finalement, il s’avère que tous les amoureux du Christ, dont les esprits n’étaient pas encore libérés du joug des anciennes croyances, ne trouvaient leur compte qu’à travers les enseignements dits de Paul. Telles sont donc les principales raisons qui ont collaboré à la prépondérance de l’enseignement de Paul sur les autres enseignements. Je voudrai aussi préciser que l’impressionnante propagation des directives attribuées à Paul a trouvé un terrain fertile dans l’absence d’un livre, dont le lien direct avec le Christ serait établi, et contenant les principes de sa religion et les bases de ses enseignements; autrement dit, une référence qui serait pour le croyant l’expression même de la voix du Christ. Or, tout ce dont nous disposons, c’est un exposé des bases et des ramifications de l’enseignement de Jésus, exposé livré à la folie des humains sur le terrain incandescent des passions.

Eliezer: - Emmanuel, tu donnes comme l’impression de mettre en doute l’appartenance de ces lettres et de ces enseignements à Paul.

Emmanuel: - Effectivement, j’en doute, car nous ne pouvons affirmer avec certitude que nous parlons bien de l’œuvre de Paul. Et puisque nous ne pouvons les authentifier, il est normal que je ne veuille pas assumer la responsabilité de les lui attribuer. Quant à la réalité de l’état idéologique de Paul, Dieu seul la connaît.

Ceci dit, ma confiance reste entière en la sainteté des disciples de Jésus-Christ, ainsi qu’en leur foi inébranlable et leur persévérance sur la voie sacrée qu’il leur avait tracée. J’ajouterai que nos paroles, nos analyses et nos conclusions, du début jusqu’à la fin, dépendent de ce que nous lisons et de l’information qui nous parvient, sans tenir compte de leur auteur. Enfin, si nous avons évoqué quelques appellations, ce n’était que pour répondre à un besoin de désignation (Evangile, Evangile selon Matthieu, Evangile selon Jean…), car en définitive, nous n’avons pas abouti à l’authentification d’un seul parmi les livres des deux Testaments..

Nous implorons la grâce de Dieu, nous le prions d’ouvrir nos yeux et de guider nos pas sur le droit chemin; celui de la piété, pour nous et pour l’humanité entière.

Voilà qui met fin à la première partie de ce livre. Louange à Dieu, et à Lui seul appartiennent la gloire et la majesté.

DEUXIEME PARTIE
Au nom d’Allah, le Très miséricordieux, le Tout miséricordieux
Louange à Dieu, le vénéré par excellence, et que Sa prière et Sa paix soient sur Ses envoyés, Ses prophètes et Ses amis.
L’Islam et le Coran

Eliezer: Je ne veux surtout pas me tourner vers l’Islam, de crainte de le trouver meilleur, d’abord par la limpidité de son monothéisme, la probité de son savoir et la droiture de ses enseignements; ensuite parce qu’il échappe à tous les vices, mensonges et autres dénigrements qui remettent en cause la majesté de Dieu et la sainteté des prophètes, en somme, tous les défauts qui tapissent l’Ancien et le Nouveau Testament. Mais à l’idée que cette même religion s’est imposée par la force de l’épée et par la prédominance de la cruauté, je ne peux que m’en détourner et la rejeter; ainsi, ma relation avec la religion chrétienne et ma foi en Jésus-Christ, de même que mon amour pour lui restent intacts. Pourtant, cela ne m’apporte ni satisfaction, ni réconfort, car après ce que vous m’en avez appris, l’envie d’en savoir plus me harcèle constamment, telle une obsession. Alors, Monsieur le curé, permettez vous que nous nous penchions sur le sujet sans plus tarder et que nous regardions de plus près l’Islam et son Livre? Evidemment, nous attendons beaucoup de votre inestimable savoir et votre connaissance du domaine. C’est pourquoi nous vous serons reconnaissants de nous en parler ouvertement.

Le prêtre: Je suis heureux de constater que votre attachement à la religion chrétienne ne modère pas votre enthousiasme pour la découverte des autres religions. Mais sachez que vous venez d’ouvrir plusieurs sujets et tous ont besoin d’éclaircissement. Je crains fort que le temps et les conditions ne permettent point de les aborder tous comme ils le méritent.

Eliezer: J’ai entièrement confiance en votre capacité à nous mener sur le chemin de la vérité et à nous ouvrir les portes de ses secrets, afin de dissiper de nos esprits le brouillard du doute et nous libérer de notre perplexité. Croyez-moi, Monsieur le curé, je ne connais rien de plus sublime que le bonheur de la conviction. Hélas, c’est une quiétude que je ne me vois malheureusement pas connaître de si peu, car à vous voir, vous semblez tellement réservé à l’idée de nous aider à découvrir la vérité, toute la vérité, même si je ne vous trouve pas de ceux qui aiment cultiver le secret par égoïsme, ni de ceux qui se plaisent à priver l’ignorant de la lumière du savoir. J’ai seulement le sentiment que vous ne nous trouvez pas encore suffisamment perméables à une nouvelle conception des choses, et que vous attendez pour cela le moment opportun, quand nos esprits seront plus ouverts. Mais la vie est si courte, monsieur le curé, et je ne pense pas que l’occasion me sera donnée de m’instruire après ma mort. En tous cas, si c’est une éventuelle réaction fanatique que vous craignez de notre part, je tiens à vous rassurer: n’avons-nous pas entendu des vertes et des pas mûres sur les deux Testaments? Nous avons pourtant, me semble-t-il, fait preuve de responsabilité et de bon sens aux moments les plus difficiles de nos discussions, et Dieu sait s’il y avait matière à perdre notre calme, étant donné la nature révoltante de ce que nous entendions.

Le prêtre: Je m’en rends compte, Eliezer, et venant de votre part, je n’en attendais pas plus pour être rassuré. Eh bien, pour commencer: concernant ce que vous avez évoqué sur la clarté du monothéisme tel que revendiqué par l’Islam, la probité de son savoir et la droiture de ses enseignements, de même que les directives émanant du Coran, il ne suffira sûrement pas que je vous réponde par « oui, vous avez raison », ou « non, vous avez tort », car trancher sur ces questions requiert au préalable une bonne connaissance des fondements de l’Islam, son Coran et son histoire.

Par ailleurs, le Coran déborde d’un savoir qu’il serait imprudent et prétentieux d’investir sans l’assistance d’un savant musulman, capable de nous démontrer par le Coran ce dont notre ignorance nous sépare. Mais avant, ce serait une erreur que d’ignorer les raisons, somme toutes personnelles, qui sont derrière votre rejet de la religion islamique. Celles-là, mon cher Eliezer, pourront faire entre nous, l’objet d’une recherche philosophique et historique, et c’est une recherche facile qui est à notre portée.

L’Islam des premiers temps
Je crois que le moment est venu pour toi, Emmanuel, de montrer à ton

père ce que tu sais de l’histoire de l’Islam, de ses débuts jusqu’à son expansion, mais à la seule condition que tu ne rapportes que ce qui est conventionnel et consigné dans l’histoire, et pas ce qui distingue un auteur des autres.

L’appel à l’Islam
Emmanuel: Ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Islam savent toute la laideur et la barbarie qui caractérisaient l’environnement de l’Arabie préislamique. Sur le plan religieux, un paganisme des plus vicieux régnait sans partage, pendant que socialement le chaos dominait: dureté des traditions, sauvagerie, cruauté, injustice, persistance des guerres et du brigandage, etc… Chaque tribu était jalouse de son indépendance qu’elle exprimait par un chauvinisme intolérant et xénophobe, au point où chaque tribu, pour ne pas être subordonnée à une autre, possédait jusqu’à son propre dieu. Ce climat primitif perdura pendant des générations. C’était une époque où le monde hésitait entre les pratiques païennes d’un côté, et de l’autre, la trinité, l’incarnation de la divinité et l’adoration des icônes. Et s’il arriva que le mot « monothéisme » circulait par le biais de quelques langues, il n’en reste pas moins qu’il n’était pas entendu au sens qui était vraiment le sien. Repensez donc aux conceptions métaphysiques usitées dans la Torah, qui sont inspirées de valeurs païennes qu’on ne peut associer à la majesté de Dieu.

C’est au milieu de cette dégénérescence des valeurs et en l’absence de toute assise spirituelle qu’est apparu l’envoyé du Tout-puissant, le prophète Mohammed (a.s.s) qui appellera à l’Islam et au véritable monothéisme. Il exhorta les Arabes à se détourner de leurs idôles, à abandonner leurs coutumes barbares et leur immoralité, à se soumettre à la justice de la civilisation et à se parer d’une meilleure éducation.

Pour les arabes, ceci était bien sûr inacceptable, car cette démarche s’attaquait de front à leurs convictions et sonnait le glas de leurs privilèges sociaux, économiques et politiques. C’est en toute logique qu’ils mobilisèrent sans tarder tous leurs moyens, espérant étouffer dans l’œuf la nouvelle religion, et c’est dans des conditions de persécution extrêmement éprouvantes que le prophète de l’Islam mènera sa mission dans la Mecque, treize ans durant, et ne l’entamera au sein du large public que trois ans après sa vocation, période durant laquelle il se contentera de prêcher dans la clandestinité. Après quoi, il révéla son message au grand jour et se mit à le transmettre à haute voix dans toutes les assemblées, durant les saisons de pèlerinage, dans les marchés et sur toutes les places, appelant à adorer Dieu le Seul et Unique, vantant l’Islam et ses valeurs, récitant le Coran, conseillant tout le monde, annonçant la bonne nouvelle et mettant en garde contre le châtiment. Il suivit son chemin d’un pas déterminé, sans craindre le tyran, ni mépriser le vagabond, usant d’un même discours autant à l’endroit du noble, que du pauvre, de la femme ou de l’esclave. L’appel de Mohammed (a.s.s) ne tarda pas à se répandre dans toute la Mecque et ses environs, ainsi que dans beaucoup d’autres localités qui étaient en contact avec elle, particulièrement pendant le pèlerinage, saison durant laquelle la Mecque devenait la destination privilégiée et le cœur battant de l’Arabie. C’est ainsi que beaucoup furent gagnés à la nouvelle religion.

Dès lors, ceux qui ont suivi le Prophète Mohammed et embrassé l’Islam ont dû subir toutes les formes de répression et d’humiliation. Expulsés de leurs maisons par la violence, ils furent contraints de quitter leur terre et partir en quête de cieux plus cléments, jusqu’en Abyssinie pour certains. Que de nobles, aimés et respectés au sein de leurs familles et de leurs tribus, se retrouvèrent opprimés et avilis à cause de leur islamité! Mais cela était loin de briser la détermination des croyants et de les détourner de l’Islam: ni le noble ne craignait le rabaissement, ni le misérable ne craignait le supplice, tous trouvant dans leur islamité noblesse et honneur, vie et bonheur.

C’est dans ce climat de terreur qu’à la cinquième année un important groupe de croyants émigra en Abyssinie, pendant que ceux qui restèrent à la Mecque continuèrent de subir les pires sévices. Pourtant l’affluence des gens vers l’Islam n’en sera que plus grande. Pendant que Mohammed (a.s.s) était encore à la Mecque, plusieurs tribus finirent par croire en lui et en sa religion. Ce fut le cas des tribus: al-Aws, al-Khazraj, Ghaffar, Mazina, Jahina, Aslam et Khouza?a.

Quant à Mohammed, hormis son appartenance à l’une des familles les plus nobles de Qoraych, il était surtout connu pour sa droiture et son honnêteté, si bien que les païens de Qoraych et les Arabes déposaient chez lui leurs épargnes et ce, jusqu’à son départ de la Mecque. Malheureusement, cela ne lui épargna pas d’être, à cause de sa religion, la cible de toutes les méchancetés, des sarcasmes, des démentis et de la mise en quarantaine, lui et tous ceux de sa famille. Mais la mission des prophètes étant de changer l’ordre établi, il persévéra dans sa voie en endurant les difficultés et les souffrances. Il ne vivait que pour la diffusion de l’Islam, la protection du monothéisme et l’abolition du paganisme, jusqu’au jour où ses ennemis se liguèrent pour organiser son assassinat. Alors, craignant pour le sort de sa mission sacrée, cette réforme multidimensionnelle qu’il venait à peine de lancer, il décida de quitter son pays natal, la Mecque, et s’émigra à Médine pour poursuivre son projet. C’est là qu’avec les partisans déjà nombreux qui l’attendaient, il organisa le premier noyau social musulman. Le modèle ne tarda pas à séduire beaucoup parmi les Arabes qui finirent par embrasser la nouvelle religion. C’est notamment le cas des tribus du Yémen, de Hadrumète et de Bahreïn. Il est utile de souligner que toutes les tribus qui entrèrent en guerre contre le Prophète ont compté des membres qui ont choisi l’Islam de plein gré. Pendant que certains l’ont clamé haut et fort, d’autres ont préféré le garder secret.

Les guerres du prophète de l’Islam
Si comme vous dites, cher père, le Prophète Mohammed a connu de nombreuses guerres, l’histoire ne manque pas d’en citer les causes. Finalement, aucune des guerres qu’il a dû mener n’a été motivée par l’unique raison de l’appel à l’Islam, même si cela était licite pour la réforme religieuse, pour faire tomber les régimes injustes, abolir les traditions barbares et cruelles et pour instaurer l’ordre de la justice, de la civilité et du progrès. Malgré tout, le Messager de Dieu ne se laissa pas entraîner dans cette logique de conflit et d’agression, car la noblesse de sa mission lui dictait une toute autre voie: celle de la sagesse. C’est ainsi qu’il consacra sa vie à guider les hommes vers Dieu par le prêche, le dialogue et le bon conseil et demeura sur cette conduite vertueuse en application à l’ordre qui lui est signifié à travers le verset 125 de la sourate an-Nahl (les Abeilles): « Appelle à la voie de ton Seigneur avec sagesse et par de persuasives exhortations. Sois modéré dans ton discours avec eux. Du reste, c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’écarte de sa voie, comme il connaît le mieux ceux qui sont bien guidés. ». De ce fait, toutes ses guerres contre les païens, injustes oppresseurs, n’ont eu d’autre souci que la défense de cette cause: l’unicité divine, le code de la réforme et le droit des musulmans.

En dépit de l’oppression constante qui ciblait le prophète de l’Islam, Mohammed (a.s.s), sa réaction était toujours pacifique, privilégiant les solutions de paix à celles de la guerre et ce, jusque sur le champ de bataille où il n’adoptait le langage des armes qu’en l’absence d’espoir de conclure un accord. C’est une réalité que les livres d’histoires confirment, pour chacune de ses guerres et de ses conquêtes.
La bataille de Badr

La première des guerres que dut mener le Prophète après son départ de la Mecque se déroula en l’an 2 de l’hégire; c’est celle de Badr. Elle fut provoquée par les persécutions qui s’abattaient sur les musulmans restés à la Mecque et sur ceux qui montraient des dispositions à adopter l’Islam. Ils étaient même empêchés de quitter la Mecque à leur tour, chaque fois qu’ils s’apprêtaient à le faire pour rejoindre le Prophète. C’est ainsi qu’étaient châtiés ceux qui quittaient le paganisme et tous les moyens étaient mis à contribution pour les faire revenir à leurs anciennes pratiques et à leur égarement.

Mohammed avait la réputation d’un homme pacifique que la guerre écœurait. Ses ennemis le savaient et cela les poussa à redoubler de férocité à l’encontre des musulmans. C’est pourquoi il décida de les en dissuader, en commençant par s’attaquer à leurs caravanes. Il savait qu’en leur coupant leurs relations commerciales avec les pays du Nord, les Mecquois seraient isolés et toute leur économie serait mise en péril. Il le fallait donc pour les contraindre à renoncer à leur attitude criminelle contre les musulmans et pour qu’ils les laissent quitter la Mecque en toute liberté.

Mohammed (a.s.s) rassembla donc en tout trois cent treize hommes sous-équipés, ne disposant, pour tout armement, que de quelques épées et seulement soixante-dix chameaux sur lesquels les hommes se relayèrent. C’est cette armée là que le Prophète mit en mouvement pour intercepter une caravane de Qoraych qui revenait du Nord (région du Cham). Le chef de la caravane, Abou Soufiane, informé du projet des musulmans, s’empressa de demander l’aide de Qoraych qui ne tarda pas à mettre sur pied une armée d’environ mille hommes armés jusqu’aux dents. Finalement, la caravane échappa aux compagnons de Mohammed, mais cela n’était guère pour satisfaire les chefs de Qoraych. Comptant sur leur supériorité numérique et leur arsenal, ils décidèrent, contre l’avis de leurs sages, de lancer une expédition punitive contre les musulmans. C’est ainsi que les deux armées se rencontrèrent en un lieu appelé Badr et la victoire revint aux musulmans qui infligèrent aux Qoraychites une humiliante défaite en tuant soixante-dix de leurs meilleurs hommes et en faisant prisonniers soixante-dix autres.

Expédition contre Bani Qaynouqa?
A Médine, le Prophète se rendit compte que la situation des musulmans était des plus dangereuses, entourés qu’ils étaient de trois tribus juives: Banou an-Nadhir, Banou Qoraydha et Banou Qaynouqa?. Le Prophète avait bien conclu avec ces tribus un pacte de bon voisinage, par lequel les juifs s’étaient engagés à ne pas comploter contre les musulmans, ni les trahir, ni soutenir contre eux un éventuel ennemi. Pourtant, après la bataille de Badr, Banou Qaynouqa? n’hésitèrent pas à violer le traité et se mirent à espionner les musulmans pour le compte de Qoraych, dans le but de déclencher une nouvelle guerre. Le traité étant de ce fait rompu, Mohammed lança ses troupes contre eux. Se voyant vaincus, ils l’implorèrent de leur laisser la vie sauve et leur permettre de quitter le pays, ce qu’il leur accorda.

La bataille de Ouhoud
Après cet événement, Qoraych réorganisa son armée. Elle l’équipa et la lança de nouveau sur le chemin de Médine contre les musulmans. Les deux armées se rencontrèrent à quelques miles de Médine, en un lieu appelé Ouhoud. Cela se passa en l’an trois de l’hégire.
Renouvellement du pacte de paix avec les juifs

Mohammed (a.s.s) comprit que les juifs n’étaient pas de nature à tenir leurs engagements. Il décida donc de leur rendre visite avec ses compagnons, en vue de leur rappeler les termes de leur pacte et obtenir d’eux la confirmation de l’accord conclu précédemment. Si Banou Qoraydha acceptèrent de renouveler leur accord de paix avec les musulmans, Banou an-Nadhir par contre, leur opposèrent un net refus, ce pourquoi le prophète fut contraint de les assiéger. Cependant, il renonça à la confrontation armée quand Banou an-Nadhir choisirent d’évacuer le pays. Ils emmenèrent de leurs biens ce qu’ils pouvaient porter et allèrent se réfugier, pour la plupart à Khaybar, afin d’y préparer leur vengeance.

Guerre contre les Coalisés ou bataille de la Tranchée
En l’an quatre de l’hégire, Qoraych reconstitua son armée, en s’assurant cette fois la contribution des tribus alliées, mais aussi celle de Ghatfan et de Nadjad qui se sont liguées pour entrer en guerre contre Mohammed et ses compagnons. L’instigateur de ce projet de guerre et qui favorisa ces alliances n’était autre qu’un groupe de juifs de Banou an-Nadhir que Mohammed avait exilés.

C’est une armée d’environ vingt mille hommes qui prit la direction de Médine. Pour protéger sa ville de l’assaillant, le prophète l’entoura d’un fossé derrière lequel son armée se retrancha. L’ennemi comptait également sur l’appui des juifs habitant encore à Médine, Banou Qoraydha qui, sentant l’occasion inespérée d’anéantir définitivement les Musulmans, passèrent outre l’accord conclu avec eux et commencèrent à montrer des signes d’hostilité contre les habitants. Mohammed leur envoya alors leur allié Sa?d Ibn Mou?adh, chef de la tribu d’al-Khazraj, à la tête d’un groupe formé d’al-Aws et d’al-Khazraj, mais ils venaient déjà de lancer leur agression contre les maisons de Médine.

Expédition contre Banou Qoraydha
Malgré ce vaste complot et les moyens impressionnants mis à contribution pour venir à bout des musulmans et de leur projet, Qoraych fut vaincue et l’armée des coalisés mise en déroute. Les musulmans se tournèrent alors vers les traîtres de Banou Qoraydha. Ces derniers, se voyant assiégés et l’issue du combat loin de s’annoncer en leur faveur, ils réclamèrent l’arbitrage de Sa?d Ibn Mou?adh. Comme celui-ci était leur allié avant l’Islam, ils espéraient qu’il ferait preuve de complaisance à leur égard et qu’ils s’en tireraient à bon compte. Mohammed (a.s.s) accepta leur requête en les faisant juger par Sa?d. Celui-ci les condamna à mort et la sentence fut exécutée. S’ils avaient choisi de quitter le pays vers une destination où ils n’auraient pas été considérés comme une menace pour les musulmans, plutôt que de compter sur leur ancienne alliance avec Sa?d, Mohammed les aurait évidemment laissés partir, comme il l’avait fait avec Banou Qaynouqa? et Banou An-Nadhir. De même, si Saâd avait demandé la grâce pour eux, il la leur aurait accordée, car il est bien connu que Mohammed était un homme paisible, privilégiant toujours la voie de la paix, du pardon et de la réconciliation à celle des armes.

Guerre contre Banou al-Mostalaq
En l’an six de l’hégire, alors que les Banou al-Mostalaq se préparaient pour partir en guerre contre Mohammed (a.s.s), il les attaqua et triompha d’eux.

Accord de paix d’al-Houdaybiya
Durant le mois de Dhou al-Qi?da de la sixième année de l’hégire, le Prophète et ses compagnons, au nombre de sept cent hommes environ, partirent en pèlerinage à la Mecque. Ils se firent précéder de soixante-dix chameaux surmontés de symboles de paix et destinés au sacrifice religieux, ainsi que pour rassurer les habitants de la Mecque sur les intentions des visiteurs. Mais arrivés à al-Houdaybiya, ils furent arrêtés par les Mecquois, décidés à recourir aux armes si les musulmans ne rebroussaient pas chemin. En fait, ils exigeaient d’eux qu’ils reportent leur pèlerinage à l’année suivante. Ainsi que le voulait la nature même du Prophète et du message dont il était le porteur, il accepta leur demande, signa l’accord, sacrifia sur place une bête en offrande à la Kaâba et repartit pour Medine.

Conquête de Khaybar
Les Banou an-Nadhir qui avaient quitté Médine pour se réfugier à Khaybar avaient fini par en devenir les seigneurs. Depuis, ils n’ont eu de cesse de conspirer contre Mohammed (a.s.s) et la société islamique naissante. Ils furent à l’origine de la guerre déclenchée par les Coalisés contre le Prophète et continuèrent à provoquer les conflits contre lui. C’est pourquoi, vers la fin de la sixième année de l’hégire, le Prophète fut contraint de lancer contre eux une expédition punitive qui se solda par la conquête de plusieurs de leurs forts, excepté deux dont les occupants se sont constitués prisonniers pour garder la vie sauve.
Conquête de la Mecque

Depuis l’accord d’al-Houdaybiya, la tribu de Khouza?a était devenue l’alliée du Messager de Dieu, tandis que celle de Bani Bakr s’était alliée à Qoraych. Cette alliance avec les musulmans attira à Khouza?a l’hostilité et les attaques de l’autre camp. Ils durent demander l’aide de Mohammed qui, en l’an huit, se dirigea vers la Mecque à la tête d’une armée de dix mille hommes, cette fois bien armés. Le déferlement de l’armée musulmane sur la Mecque impressionna Qoraych et ses alliés qui n’opposèrent aucune résistance au Prophète qui de son côté ne fit montre d’aucune hostilité et ne permit aucun acte d’agression ou de vengeance, et c’est en hommes pacifiques que les musulmans entrèrent à la Mecque, n’apportant que pardon et réconciliation.

Guerre contre Hawazine
Quand les chefs de la tribu de Hawazine eurent vent de la conquête de la Mecque,

ils se préparèrent à leur tour à affronter le prophète de l’Islam, mais c’est lui qui prit l’initiative d’attaquer en premier. Il fit des prisonniers et prit du butin. Des hommes de cette tribu, après leur conversion à l’Islam, sont allés rendre visite au Prophète pour l’implorer. En réponse, il les fit choisir entre la libération des prisonniers et la restitution du butin. Ils choisirent la libération des prisonniers qui étaient au nombre de six mille entre femmes et enfants.

Parmi les vaincus au sein de l’armée de Hawazine se trouvait la tribu de Thaqif. Après la bataille, ils se replièrent à at-Ta’if où ils se retranchèrent derrière leurs fortifications. Cela n’empêcha pas toutefois Mohammed (a.s.s) d’envoyer une partie de son armée pour les assiéger.

Guerre de Mou’ta et de Tabouk
L’expédition armée vers Cham où les musulmans durent affronter l’armée byzantine et arabe au lieu dit al-Balqa, à l’est du lac Lot, suivie de la marche sur Tabouk, a été le résultat des manifestations d’hostilité et des menaces proférées par les dirigeants de ces régions à l’encontre de l’Islam et de son prophète. Faisant peu de cas du caractère sacré de son message, ils tuèrent même ses messagers chargés de leur transmettre l’appel à l’unicité divine, foulant aux pieds même le respect dû à la personne du messager. Cette attitude ne peut être que celle d’un despote brûlant de désir d’exprimer sa haine à son correspondant.

Dans le cas qui nous intéresse, c’est Mohammed (a.s.s) qui envoya un message à l’empereur byzantin, l’invitant à la bonté de l’Islam et au véritable monothéisme. Cependant, le triomphe récent des Byzantins sur les Perses leur donnait un sentiment d’invulnérabilité, et poussés par leur outrecuidance, ils n’hésitèrent pas à tuer l’envoyé Messager de Dieu. Il ne leur restait par conséquent qu’à se préparer à la guerre, car Mohammed ne pouvait laisser ce danger planer longtemps à l’horizon et menacer son mouvement de réforme. C’est pourquoi il eut vite fait de lancer son armée en direction de ce front nord.

Mohammed (a.s.s) durant ses expéditions militaries
L’histoire témoigne que l’armée islamique n’a combattu que des agresseurs ou ceux qui se préparaient à le devenir, et n’a jamais pris les armes contre les pacifiques. En effet, en dehors du fait que les guerres de Mohammed étaient toutes des guerres de nature défensive, elles commençaient et s’achevaient toutes sur les mêmes règles:

-L’appel au monothéisme et à la civilisation de la justice;

-L’abandon des traditions injustes et sauvages;

-L’appel à la réconciliation et à la préservation de la paix, notamment par le pacte et la trêve.

D’autre part, ses guerres s’achevaient soit par l’adoption de l’ennemi pour le monothéisme et les principes de la justice, soit par sa demande de réconciliation et la cessation des hostilités.

Mohammed était un homme d’honneur, plein de sentiments humanitaires et sa réputation le précédait jusque chez ses ennemis. Il interdisait à ses hommes dans toutes les situations de conflit de tuer les femmes, les enfants, les vieillards ainsi que tous ceux qui n’étaient pas aptes au combat.

Il a toujours fait preuve de clémence et de compassion envers ses ennemis vaincus, sans toutefois léser ses compagnons dans leurs droits, et avait tendance à céder tout le butin et tous les prisonniers que ses compagnons voulaient bien céder. En outre, il attachait la plus grande importance à la préservation de la dignité du prisonnier qu’il se chargeait de rassurer personnellement avec son doux langage et par la récitation de versets coraniques, tout comme il donnait toujours des instructions à ses hommes dans ce sens. Non seulement cela, mais il suscitait chez ses compagnons jusqu’au désir de libérer leurs captifs, sachant que la libération du prisonnier dans la loi islamique revêt dans certaines circonstances un caractère obligatoire. Telle est en résumé, la conduite de Mohammed dans sa mission sacrée d’appel à l’Islam.

Vous avez dû apprendre de l’histoire des Arabes, cher père, que de par leur héritage culturel, ils représentent une nation faite de guerres et de rivalités, connue pour sa tyrannie et son fanatisme. Au début de l’ère musulmane, les Arabes vivaient de façon anarchique, ne connaissant ni autorité politique, ni loi gouvernementale. Chaque tribu survivait et se défendait par ses propres moyens. Dans cet environnement chaotique, il était franchement difficile de concevoir l’instauration d’un nouveau cadre social, qui s’opposerait aux habitudes et aux croyances des Arabes, qui refuse les idoles et le paganisme, qui menace leur sectarisme et leur xénophobie, et qui leur impose la justice de la civilisation et la loi de l’Islam, bref: un modèle qui redéfinisse l’ensemble des valeurs de la vie en communauté. Honnêtement, ceci ne pouvait être réalisable par le Prophète, sans l’apport d’une force militaire convaincante.

L’appel de Jésus-Christ
Il est tout à fait clair que la démarche de Jésus parmi les Israélites ne

contenait pas de quoi bouleverser leurs lois et menacer les fondements de leur religion. Au contraire, l’essentiel de son appel reposait sur l’exhortation au monothéisme, à l’application de la Loi de Moïse et à l’observation des instructions de la Torah, comme Il prêchait aussi la noblesse des mœurs et la bonne gouvernance. Voilà donc qui ne pouvait que rassurer le commun des Israélites. En vérité, il n’y avait rien de contraignant pour les juifs dans le projet de Jésus, sinon qu’il s’opposait à l’hypocrisie des prêtres et des maîtres de la loi, à l’exploitation de la société au nom de la religion, ainsi qu’à la tyrannie de leur autorité religieuse. Ceci ne tarda pourtant pas à déclencher la furie des prêtres, des maîtres de la loi et de leurs partisans. L’histoire et les Evangiles ne cachent pas les atrocités qu’ils ont fait endurer à Jésus, ainsi qu’à tous ceux qui ont osé croire en lui et ce, même s’ils ne pouvaient agir que dans les limites de ce que leur autorisait la politique romaine.

Autrement dit, ils ne pouvaient prononcer de condamnation à son encontre que dans le cadre d’un tribunal et dans le respect des lois de l’empire. Mais le mensonge et les faux témoignages aidant, ils n’eurent aucune peine à conduire Jésus au supplice, de même que beaucoup de ses compagnons après lui.

Si telle fut la situation d’un Jésus-Christ qui consacrait la grande partie de ses efforts à la défense d’une religion déjà existante, quelle pouvait bien être celle d’un Mohammed dont la mission visait, ni plus ni moins, le changement radical de l’ordre établi au sein d’une société arabe telle que nous venons de la décrire: païenne, sauvage, intolérante, renfermée sur elle-même et imperméable à toute forme de changement. Assurément, la mission de Mohammed n’avait de chance d’aboutir dans ce milieu de toutes les hostilités, sans se donner au préalable les moyens de sa propre défense.


11
L’appel de Jésus-Christ AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) L’appel de Jésus-Christ
Il est tout à fait clair que la démarche de Jésus parmi les Israélites ne

contenait pas de quoi bouleverser leurs lois et menacer les fondements de leur religion. Au contraire, l’essentiel de son appel reposait sur l’exhortation au monothéisme, à l’application de la Loi de Moïse et à l’observation des instructions de la Torah, comme Il prêchait aussi la noblesse des mœurs et la bonne gouvernance. Voilà donc qui ne pouvait que rassurer le commun des Israélites. En vérité, il n’y avait rien de contraignant pour les juifs dans le projet de Jésus, sinon qu’il s’opposait à l’hypocrisie des prêtres et des maîtres de la loi, à l’exploitation de la société au nom de la religion, ainsi qu’à la tyrannie de leur autorité religieuse. Ceci ne tarda pourtant pas à déclencher la furie des prêtres, des maîtres de la loi et de leurs partisans. L’histoire et les Evangiles ne cachent pas les atrocités qu’ils ont fait endurer à Jésus, ainsi qu’à tous ceux qui ont osé croire en lui et ce, même s’ils ne pouvaient agir que dans les limites de ce que leur autorisait la politique romaine. Autrement dit, ils ne pouvaient prononcer de condamnation à son encontre que dans le cadre d’un tribunal et dans le respect des lois de l’empire. Mais le mensonge et les faux témoignages aidant, ils n’eurent aucune peine à conduire Jésus au supplice, de même que beaucoup de ses compagnons après lui.

Si telle fut la situation d’un Jésus-Christ qui consacrait la grande partie de ses efforts à la défense d’une religion déjà existante, quelle pouvait bien être celle d’un Mohammed dont la mission visait, ni plus ni moins, le changement radical de l’ordre établi au sein d’une société arabe telle que nous venons de la décrire: païenne, sauvage, intolérante, renfermée sur elle-même et imperméable à toute forme de changement. Assurément, la mission de Mohammed n’avait de chance d’aboutir dans ce milieu de toutes les hostilités, sans se donner au préalable les moyens de sa propre défense.

Disposition de Jésus à défendre sa cause par la force
Les guerres de Moïse et de Josué
Messieurs, les Evangiles nous montrent la faiblesse des disciples de Jésus et leur lâcheté devant les épreuves, au point d’abandonner leur prophète, notamment lorsque les juifs étaient venus l’arrêter, et Jésus le leur avait d’ailleurs prédit. Toutes ces marques de manque de foi rapportées par les Evangiles ont été soigneusement enregistrées dans la première partie du livre al-Houda (p 30-31). En le lisant, vous découvrirez que des milliers de ces disciples ne valent pas un seul des compagnons de Mohammed (a.s.s), tant dans la force de l’âme, que dans la solidité de la foi, de même que dans l’esprit de sacrifice dans la voie de Dieu.

Jésus aurait bien voulu faire de ses disciples une armée entièrement dévouée à sa cause, qui serait toujours prête à le défendre même par la force: « Celui qui n’a pas d’épée doit vendre son manteau pour en acheter une. » (Luc 22-36). Un ordre malheureusement accueilli avec lourdeur et nonchalance: « Voici deux épées » (Luc 22-18). A cette réponse, Jésus ne pût que dire: « Cela suffit », ce qui semble bien vouloir dire: votre réponse explique votre faiblesse.

Vous savez bien, père, que les juifs et les chrétiens prennent la présente Torah pour le livre de Dieu, où sont consignées toutes les lois qu’il a dictées à Moïse. Vous savez aussi que les ordres de tuer des femmes et des enfants, d’exterminer de la manière la plus primitive et la plus barbare qui soit des populations entières, sont maintes fois répétés dans la Torah; cette même Torah, ainsi que le livre de Josué rapportent que Josué et Moïse ont exécuté cet ordre cruel avec le plus grand zèle. Le plus grave et le plus dramatique, c’est que ni la Torah, ni le livre de Josué ne disent que tous ces massacres avaient pour finalité de diffuser la religion céleste, d’appeler les gens au monothéisme, ou pour une réforme de la société humaine. Aucun argument n’est avancé par la Torah sur les massacres perpétrés sur les innocentes populations, si ce n’est pour s’emparer de leurs terres et les donner au peuple d’Israël, lequel était lui même loin de se fixer dans le monothéisme et le respect de la loi divine, ne serait-ce que le temps d’une génération.

Voyez donc, cher père, qu’il serait pour le moins incorrect, sinon franchement injuste de faire abstraction de cela et s’acharner contre l’Islam qui est en réalité la véritable religion du monothéisme, de la réforme et du progrès, mais qui s’est trouvé en situation de devoir se défendre pour sa propre survie, notamment par la voie des armes, contre l’hostilité déclarée et les assauts répétés du paganisme. Si vous considérez les impératifs de la philosophie de la réforme religieuse et sociale, vous saurez que dans cette époque assombrie par l’accumulation des injustices, l’initiative de l’offensive s’imposait au Prophète pour la réussite de sa réforme. Comment lui en vouloir, lui qui a toujours pris pour cette fin les chemins les plus civilisés. Il préférait de loin convaincre par la force de l’argument et de la preuve irréfutable, plutôt que celle de l’épée qu’il a d’ailleurs toujours accompagnée du pardon et de l’appel à la réconciliation.

Enfin, scrutez l’histoire, mais d’un œil neuf et libre de tout préjugé et vous constaterez que ceux qui ont opposé l’épée à l’Islam n’atteignaient pas en nombre le dixième de ceux qui ont cru en son prophète et l’ont rejoint de leur plein gré. Et s’il en est qui ont été soumis à l’Islam par la force de l’épée, Mohammed est vite devenu l’être le plus cher à leur cœur une fois instruits des bienfaits de la nouvelle religion et séduits par la conduite irréprochable du Prophète, que ce soit dans la transmission du message céleste, ou son application stricte pour la loi dans toutes ses relations, sans distinction entre les personnes. Son indulgence, sa générosité, sa pudeur et sa grandeur d’âme leur firent regretter qu’un jour ils ont pu être ses ennemis. Ils le trouvèrent également à leurs côtés sur le champ de bataille, dénué de tout esprit de vengeance, de haine ou de mépris à l’encontre de l’ennemi. Comment pouvait-il en être autrement, compte tenu de la noblesse de sa cause. Les guerres qu’il menait n’étaient motivées que par la défense de la réforme religieuse et sociale dont il avait la responsabilité, et son attitude très honorable suscita le respect et l’admiration, autant chez ses compagnons que chez ses ennemis. C’est pourquoi, nombreuses furent les tribus qui choisirent de le rejoindre dès que les obstacles furent levés.

Eliezer: Quand on considère ces détails de l’histoire, mais aussi la philosophie de cette religion, on est effectivement forcé de reconnaître la pertinence de ce que tu viens de dire, même si nos religieux font ce qu’ils peuvent pour la discréditer aux yeux des gens, par exemple en décrivant Mohammed (a.s.s) comme un guerrier féroce et un agresseur d’une grande cruauté. Quant à sa religion, l’Islam: une religion païenne, disent-ils, qui n’a été répandue que dans le sang, au moyen d’un sabre exterminateur.

Pour ma part, je reconnais avoir été de ceux qui considéraient la question de ce point de vue là. Mais dés que j’ai commencé à regarder l’Islam et son histoire de plus prés, même si en vérité c’était dans le but d’y trouver une confirmation à mes préjugés et me conforter dans mes anciennes idées, je dois dire que mes découvertes ont été contraires à mes espoirs, et que la réalité était conforme à ce que vient de décrire Emmanuel, que le monothéisme prêché par l’Islam est le véritable monothéisme.

Je ne puis vous décrire quelles furent sur le moment ma consternation et ma déception. Mais je me sens beaucoup mieux maintenant et si j’ai affiché une position antimusulmane tout à l’heure, c’était uniquement dans le but de provoquer la réaction de mon fils et de connaître le point de vue de monsieur le curé.

L’Islam et le Christ
Emmanuel: Alors comme cela, père, vous justifiez votre rejet pour l’Islam par la crainte qu’il coupe votre relation avec la religion de vos ancêtres, qu’il trouble la limpidité de votre croyance en le Christ et qu’il ternisse votre amour pour lui. Eh bien! rassurez-vous; tout ce que l’Islam risque de rompre entre vous et la religion chrétienne c’est votre relation avec la Trinité et le mystère de la rédemption. Oui, père, vous découvrirez grâce à l’Islam que nos péchés ainsi que la malédiction de la loi ne seront pas le fardeau de Jésus-Christ.

Franchement, vous convient-il d’adorer un dieu triple incarné et de croire que le Christ nous a sauvés de la malédiction de la Loi en devenant maudit à notre place? Vous sembliez pourtant outré par ces enseignements pendant que nous en discutions. Oui, père, l’Islam risquerait de couper aussi votre relation avec les absurdités attribuées au Christ par les Evangiles, ainsi que nous l’avons constaté. Voyez-vous, à travers le Coran l’Islam révèle toute la gloire du Christ et de son message. Il défend sa sainteté, sa pureté, sa bonté et sa perfection. Bref, il l’innocente de tout ce dont le souillent les Evangiles. Certes, il réfute la divinité du Christ. Et vous, père, pourriez-vous honnêtement, croire en la divinité d’un être humain que persécutent ses semblables? Mais peut-être vous dites-vous que l’Islam ne s’est pas empêché de persécuter l’Eglise orientale.

Eh bien! sachez que tout ce que l’Islam attendait de celle-ci est qu’elle renonce à sa trinité brahmanique, qu’elle abandonne l’adoration des icônes et la tromperie de l’absolution dont vous n’êtes pas sans connaître les effets néfastes sur la société. Et puis, l’éclat de l’Eglise ne pouvait-il se manifester qu’à travers ces sombres aspects?

Figurez-vous que l’Islam ne voyait pas d’objection à ce que l’Eglise reste telle qu’elle, avec même la garantie d’une protection en échange de la signature d’un pacte de paix mettant les deux parties à l’abri de toute forme d’hostilité, mais aussi à la condition que l’Eglise s’abstienne de pratiquer publiquement des actions illicites, comme la consommation du vin, ou même la manifestation de son hostilité à l’égard de l’Islam.

Au moment où la force guerrière de l’Islam avait atteint toute sa puissance, l’Eglise en Orient est restée à l’abri de toute agression; ses cloches sonnaient aux oreilles des musulmans et nos prêtres côtoyaient leurs savants. L’Eglise a toujours célébré ses fêtes et pratiqué ses rites en toute liberté.

L’Islam, le Coran et son message
Eliezer: Je trouve que nous avons suffisamment étudié le Judaïsme et le Christianisme à travers les deux Testaments. Il serait juste, à mon avis, que nous accordions au moins la même attention à l’Islam, à son message et au Coran, afin que nous sachions quelles connaissances et quels enseignements que renferme ce livre.

Le prêtre: Tout à fait, Eliezer; il faudra bien que nous nous y mettions. Après tout, l’Islam n’est-il pas la plus récente des religions monothéistes? Mais étant donné l’importance du sujet, nous aurons certainement besoin de la présence d’un musulman ayant une bonne connaissance du Coran et de l’Islam, pour que notre recherche bénéficie de l’appui scientifique qui lui convient.

Eliezer: Les paroles du Coran sont en arabe; et comme nous avons été élevés en pays arabe et avons appris leur langue, nous ne devrions pas avoir de difficultés à le comprendre.

Le prêtre: Celui qui lira le Coran d’une lecture superficielle ne pourra pas comprendre le véritable sens de ses mots, ne découvrira pas le savoir qu’il renferme et n’en tirera aucun bénéfice. C’est pourquoi, il ne serait pas correct pour celui qui n’arrive pas à lire le Coran convenablement, de prononcer à son sujet un quelconque jugement.

Emmanuel: En tout cas, nos amis chrétiens émettent bien au sujet du Coran de nombreuses objections que nous retrouvons particulièrement dans le livre de Hachem al-Arabi, celui de jam?iyet al-hidaya, ainsi que dans le livre intitulé: housn-ul-i?djaz et d’autres livres encore assez nombreux chez les chrétiens. A priori, ces objections semblent sensées, pertinentes et ne manquent pas d’une certaine précision. Mais à travers les démonstrations que nous fournissent les livres: al-houda, ainsi que nafahat al-i‘djaz, d’Abou-l-Qassim al-Khou’i, j’ai su toute la fragilité de ces objections, dans le domaine desquelles le Coran présente des réponses claires et une argumentation sans faille.

Nous sommes éblouis par l’éclat de ses vérités et transportés dans la profondeur de ses idées. Ce sont les contestations de nos amis les Chrétiens qui ont poussé les auteurs de ces deux derniers livres à attirer notre attention vers les preuves qui mettent le Coran loin de toute objection. A propos, pour ceux qui voudraient s’en informer, les réponses aux objections en question peuvent être consultées dans le détail dans la première partie du livre al-houda, pages 321 - 382, ainsi que dans la deuxième partie, aux pages 2 – 242. Elles sont de nature à satisfaire les plus exigeants et à convaincre les plus réticents.

Eliezer: La participation d’un musulman à la discussion ne la rendra à mon humble avis que plus passionnée et la polémique affectera négativement les conclusions. Je crains alors que la situation ne s’obscurcisse et le chemin n’en sera que plus long.

Emmanuel: Nous n’avons d’autre but que notre salut et nous menons notre investigation en nous appuyant sur la lumière du savoir et de la raison, mais surtout sur la direction spirituelle de monsieur le curé. En ce qui nous concerne, nous avons rejeté jusqu’à présent toute forme de fanatisme et d’imitation. Si nous voyons que ce musulman n’observe pas le même principe, nous n’aurons qu’à le renvoyer et en chercher un autre dont la méthode sera compatible avec la notre.

Finalement, ce ne fut pas difficile de trouver un interlocuteur musulman et la discussion ne tarda pas à reprendre. Loin d’être passionnée, on peut dire toutefois qu’elle fut passionnante.

Emmanuel: Cheikh, vous autres musulmans, soutenez que la Torah courante n’est que le fruit des falsifications et que vous ne pouvez pas en tenir compte, bien que votre Coran la reconnaît et la considère comme un livre céleste et prophétique; qu’en dites-vous?

Le cheikh: Je tiens à vous avertir, chers amis, que les développements que pourrait connaître ce sujet risquent de vous être pénibles et embarrassants. Aussi, vous serais-je reconnaissant de faire preuve de patience et d’indulgence pour ce que vous serez amenés à entendre.

Le prêtre: Si vous avez adopté les bonnes manières que vous enseigne le Coran, vous n’aurez sûrement pas à vous en faire pour l’indignation que peut susciter le fanatisme. Dites plutôt ce que vous avez à dire et, qui sait? Peut-être découvrirez-vous en nous des âmes charitables et des cœurs propres.

Le cheikh: Ceux qui ont lu le Coran d’un œil impartial n’ont pas manqué de prendre la mesure de sa sagesse et sa douceur dans son appel au monothéisme et à la loi de la justice et du progrès, qui sont eux même le but principal de son message. Ces deux domaines, dans leur sens le plus large, constituent le noyau autour duquel gravitent les autres aspects de l’adoration et du comportement social du musulman. Le Coran les a abordés avec la plus convaincante des argumentations, en apportant des preuves qui ne laissent point d’espace au doute.

Mais si le Coran a établi ces principes comme repères à toutes les valeurs, il s’est gardé d’aborder ou de critiquer franchement les questions secondaires, afin d’éviter les réactions fanatiques qui auraient constitué un handicap vers l’objectif initialement visé, ce qui aurait été évidemment contraire à l’esprit de la réforme, quelles que puissent être la clarté de la démonstration et la souplesse de la démarche. Bien sûr, cela aurait été manqué affreusement de sagesse que de s’adresser à des peuples qui ont déjà un livre sacré (Les gens du Livre), et leur dire par le plus direct des langages que les livres qu’ils vénèrent tant sont en réalité le produit de la falsification, de la substitution, de l’impiété païenne et des légendes. En effet, quel autre effet cela aurait-il, sinon réveiller le mal destructeur de l’intolérance et fermer davantage les esprits devant la démonstration de la vérité?

Emmanuel: Etonnant! Si le Coran est comme vous dites le Livre de Dieu et qu’il montre la voie de la Vérité et du salut, est-il convenable qu’il s’abstienne de clarifier des sujets de cette importance?

Le cheikh: La démonstration d’une chose ne passe pas forcément par la déclaration ouverte et brutale, comme nous venons de l’expliquer. Le Coran a bien expliqué le sujet à travers un procédé intelligent, conformément à la sagesse qui est la sienne et ce, en interpellant les esprits éveillés sur les sources de falsification, de substitution et de rajout, de manière à amener les consciences à considérer les choses sans fanatisme. C’est dans cette optique qu’il a abordé les événements et les histoires que nous rapportent les deux Testaments sous une forme falsifiée. A cela le Coran apporte des corrections, en exposant les faits tels qu’ils se sont produits, débarrassés de leur aspect légendaire. Quant aux événements imaginaires rapportés par les livres des deux Testaments en tant que faits de l’histoire, le Coran ne s’est pas chargé de les démentir franchement, mais a pris soin d’introduire dans ses enseignements les éléments constituant admirablement leur démenti.

Emmanuel: Ainsi, plutôt que de démentir ouvertement quelqu’un, il est préférable de lui ouvrir les yeux sur la juste réponse, ce qui est la quintessence même de la sagesse. Mais Cheikh, pourriez-vous être plus explicite à propos de ces domaines sur lesquels le Coran a dû apporter des correctifs?

Le cheikh: Jeune homme, j’ai été informé de vos recherches et de votre étude sur les deux Testaments, mais on parle surtout des points sombres que vous avez eu le courage de relever et critiquer. Si votre intention est pure, Dieu vous soutiendra; il guidera vos pas, vous protègera de l’égarement et vous fera boire un jour à la source de la certitude et du bonheur. Ceci dit, pour revenir à votre question, je vais devoir reprendre succinctement les cas de lacunes que vous avez vous-même déjà abordés, tout en mentionnant les prodiges du Coran dans le rétablissement de la vérité pour chaque cas.

Je voudrais commencer par le commencement, par l’histoire d’Adam et de sa légende avec l’arbre, le serpent et le mensonge. Pour ce cas, vous avez vous-même réfuté l’authenticité de l’histoire, en ayant l’honnêteté de recourir au Coran, dans lequel la vérité est rétablie. Parmi les aberrations relevées, l’on peut citer notamment la légende d’Adam qui, en entendant Dieu marcher dans le paradis, se cache pour qu’il ne le découvre pas, ce qui contraint Dieu à l’appeler pour le trouver. Entre autres légendes, les craintes exprimées par Dieu au sujet de la menace que représentait désormais Adam, une fois devenu comme l’un des dieux. Je citerai aussi la légende de la tour de Babel et la crainte ressentie par Dieu devant l’union des descendants de Noé. N’oublions surtout pas la plus drôle de toutes, l’abracadabrante histoire de la lutte de Dieu contre Jacob. En tout cas, pour celle-ci comme pour celles que nous venons de citer, et dans lesquelles le côté mythique est poussé jusqu’au ridicule, le Coran démontre leur mensonge et leur nullité, ceci par l’exposé de son savoir et de ses enseignements sur la réalité du monothéisme, de la grandeur de Dieu et de sa sainteté.

D’autres absurdités sont à signaler dans la Torah, à l’exemple de la fameuse histoire où Aaron aurait fabriqué le veau d’or et un autel pour reconvertir les Israélites au paganisme, justement au moment où Dieu entretenait Moïse à son sujet pour le désigner aux plus hautes charges dans l’exercice de la religion. Rappelons aussi que Dieu s’était adressé à Aaron, aussi bien avant qu’après le prétendu événement du Veau, soit individuellement, soit en compagnie de Moïse. Pour cette histoire, vous avez vous-même découvert que le Coran avait disculpé Aaron en révélant que le chimronite (as-Samiri), de la tribu de Chimron, fils de Issakar, fils de Jacob était derrière la fabrication du Veau et de l’appel au polythéisme. Le Coran montre aussi qu’Aaron avait tenté en vain d’en dissuader les Israélites, mais que ces derniers l’ont brutalisé et ont préféré suivre le chimronite.

Rappelons-nous aussi qu’Abraham avait douté et de façon tout à fait évidente de la promesse de Dieu. Souvenons-nous du signe montré à Abraham: La Torah courante tente d’expliquer la raison de ce signe par le besoin de convaincre Abraham de la sincérité de la promesse. Mais voilà, le Coran nous informe que c’est Abraham qui avait demandé à Dieu de lui révéler la résurrection des morts, afin que sa foi en le jour du jugement soit renforcée et que son cœur soit définitivement rassuré sur cette vérité. De son côté, Dieu ne manquât pas de répondre aux attentes d’Abraham (Son intime), en lui montrant un Signe, expression de la grandeur et de l’immense pouvoir de Dieu.

Nous parlerons également, si vous le permettez, des visiteurs d’Abraham, tels que les décrit la Torah lamentablement imprécise, tant sur leur nombre que sur leur qualité, puisqu’elle les présente tantôt comme des anges, tantôt comme Dieu. Elle rapporte même qu’ils ont mangé chez Abraham, ensuite chez Lot. Je note que vous avez déjà intervenu sur ce point et avez expliqué que le Coran contient la version authentique de cette histoire.

En outre, la Torah dit que Moïse, Aaron, Nadab, Abihou, ainsi que les soixante-dix anciens d’Israël ont vu Dieu et que sous ses pieds il y avait une sorte de plateforme de saphir, que Dieu ne fit aucun mal à ces notables qui purent le contempler (Ex 24/9-11). Il est arrivé que vous fassiez référence au verset coranique qui apporte un démenti à cette légende. Le saint Coran en effet, réfute toute possibilité de voir Dieu comme nous pouvons le lire au verset 103 de la sourate al-An?am (les bestiaux): « Les regards ne le perçoivent pas et lui perçoit les regards. C’est lui le bienveillant et doux, le connaisseur ».

Chers amis, l’Ancien et le Nouveau Testaments indiquent franchement la prophétie de Jacob, Moïse, Aaron, David, Salomon, Jérémie et Jésus, que la paix de Dieu soit sur eux tous. Vos livres retiennent aussi que ces prophètes avaient été honorés de la Révélation, de la sainteté et de la mission sacrée de guider les gens. Or, ce sont ces mêmes livres (les deux Testaments) qui associent à ces nobles prophètes tant de défauts qui les disqualifient du rang de la prophétie et de celui de guides. C’est pourquoi le Coran s’est chargé d’innocenter les prophètes de toutes les accusations dont ils ont dû être la cible dans vos livres. Lisons donc le verset 124 de la sourate al-Baqara (la vache): « Souvenez-vous lorsque Dieu, voulant mettre à l’épreuve Abraham, lui dicta certaines prescriptions dont il s’acquitta avec bonheur, et que Dieu lui dit alors: « Je ferai de toi un guide spirituel pour les hommes. » - « Et ma descendance bénéficiera-t-elle de cette faveur? », demanda Abraham. « Mon pacte dit le Seigneur, ne sera pas conféré aux injustes. »

Voyez-vous, le mensonge, la trahison, l’audace, le manque d’humilité, la tromperie, l’absence de foi en Dieu, l’ironie et le sarcasme sur ses promesses, l’attribution du mensonge et de la tromperie à sa sainteté, de même que l’adultère, l’appel au polythéisme et la falsification sont autant de vices considérés comme les plus honteuses des injustices et leurs auteurs sont des injustes. De ce fait, la raison et la conscience s’offusquent de confier à l’injuste la prophétie, la souveraineté religieuse, la responsabilité de diffuser le message divin, d’enseigner aux gens le monothéisme et la loi de Dieu.

Ainsi, le Coran apporte un démenti formel à l’ensemble des calomnies colportées par les deux Testaments, souillant la réputation des prophètes tels que Jacob, que la paix de Dieu soit sur lui: la Torah prétend que pour obtenir de son père Isaac sa bénédiction, il a dû user de ruse et de dissimulation, et qu’il a menti à son père en se faisant passer pour son frère. La même Torah n’a pas été plus tendre à l’égard de Moïse, puisqu’elle lui attribue ni plus ni moins que l’impolitesse envers Dieu, sans parler de ses doutes quant à la réalisation des promesses divines.

Rappelons-nous l’ordre donné par Moïse, toujours selon la Torah, pour l’extermination de populations entières, dans le seul but de prendre possession de leurs terres, et c’est son successeur Josué qui se serait chargé de cette basse besogne. Nous pouvons ainsi prendre la mesure du respect témoigné aux prophètes, tout au long des deux Testaments et ce n’est sûrement pas le Prophète David qui pourra se vanter d’y faire exception, lui qui fût accusé d’adultère avec Batchéba, la femme d’ Urie le hittite, un homme croyant et un soldat intègre (2 Sam 11/3-4). Autant pour son fils, Salomon, que la paix de Dieu soit sur lui, qui ne fût guère épargné par la calomnie; il fût décrit dans l’Ancien Testament comme un païen résolu et très actif. Jérémie ne fût pas en reste puisqu’il aurait attribué à Dieu le mensonge et la trahison.

Quant au Nouveau Testament, il s’en est d’abord pris au Christ, le décrivant notamment à travers les Evangiles comme quelqu’un qui diffusait des idées polythéistes. Et puisque le Christ lui-même n’a pas été épargné, il était logique que ses disciples aient aussi droit à leur lot d’accusations. C’est dire que les Evangiles n’ont pas été par quatre chemins pour les affubler de toutes les injustices à l’égard de Jésus qu’ils auraient renié, abandonné et trahi dans les moments où il avait plus que jamais besoin de leur fidélité. Le verset coranique cité précédemment démontre si besoin est que les Evangiles sont loin d’être dans le vrai, et disons-le franchement: qu’ils ont menti, soit en montrant sur les disciples l’image repoussante et blâmable que nous venons de voir, soit en affirmant que le Christ les avait chargés d’enseigner son message à toutes les nations et prêcher l’Evangile au monde. Or, en rapportant que les disciples étaient les envoyés du Christ, autant que lui-même était l’envoyé de Dieu, l’Evangile semble vouloir évoquer le principe de la fonction de guide parmi les hommes, car Jésus leur aurait dit: « Tout ce que vous interdirez sur terre sera interdit dans le ciel; tout ce que vous permettrez sur terre sera permis dans le ciel. » (Matt 18/18).

Expliquez-moi donc, comment peuvent se côtoyer dans le même livre de la révélation deux positions contradictoires d’un prophète, comme Jésus avec un de ses disciples? Ouvrons l’Evangile selon Matthieu (16/18-19) et lisons ce que Jésus dit à Pierre: « Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon Eglise. La mort elle-même ne pourra rien contre elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux: ce que tu interdiras sur terre sera interdit dans les cieux; ce que tu permettras sur terre sera permis dans les cieux. ». Un peu plus loin, dans le même chapitre (16/23), il lui dit: « Va t’en loin de moi, Satan! Tu es un obstacle sur ma route, car tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes. »

Enfin, nous savons par le Nouveau Testament que Paul fût un ennemi acharné pour l’Eglise. Il persécutait jusqu’à la mort ceux qui osaient suivre le chemin de Jésus; il arrêtait les hommes et les femmes et les jetait en prison; il les torturait et les forçait à blasphémer contre le Christ. Mais soudain, le voilà qui devient apôtre et guide de la nation chrétienne. Bien plus, ses orientations s’érigent en principes dominants de l’enseignement chrétien et comme nous l’avons vu, ses lettres n’ont pas tari dans le rejet et le dénigrement de la Loi de la Torah.

Le Coran explique, chers amis, que si les disciples et Paul étaient apôtres et guides, toutes les allusions qui font d’eux des êtres injustes ne sont que mensonge. Mais s’ils étaient réellement tels qu’ils nous sont présentés dans le Nouveau Testament, le mensonge serait de les qualifier d’apôtres, de prophètes ou de guides spirituels, car l’injuste ne peut être guide religieux, contrairement à ce que voudrait laisser croire le Nouveau Testament.

Les Evangiles et le respect de Jésus pour sa sainte mere
Revenons à Jésus et cette fois à son manque de respect et de considération envers sa sainte mère, la vierge Marie, que la paix soit sur elle et son fils. Mes amis, vos Evangiles (Matt 12/47-50; Marc 3/31-35; Luc 8/19-21) affirment qu’un jour Marie vint rendre visite à son fils qui était en compagnie de beaucoup de gens. Pendant que Marie attendait hors de la maison et que quelqu’un était entré pour l’en informer, Jésus n’accueillit la tendresse de sa mère et son désir ardent de le voir, que par la moquerie, la grossièreté et le manque de respect. Il jeta même le discrédit sur la sainteté de Marie en lui préférant les disciples dont vous avez décrit la réputation, si mes souvenirs sont bons.

Pour sa part, le Coran ne manque pas de rétablir la vérité sur l’attitude de Jésus à l’égard de sa sainte mère, notamment à travers le verset 32 de la sourate de Mariam (Marie): «Ainsi que d’être bon envers ma mère, et il n’a point fait de moi un être violent ni méchant.»

Sachez, chers amis, que grâce à ses histoires et sa à juste loi sur la souveraineté religieuse, le Coran démontre qu’une grande partie des Evangiles courants se situe aux antipodes de la vérité et du raisonnable. Comment pouvez-vous dire dans ce cas que le Coran ajoute foi à leurs paroles? Dans le meilleur des cas, au lieu de dénoncer ouvertement les Evangiles, le Coran se contente de faire la démonstration de principes contraires aux leurs, tout en évitant le démenti franc et brutal.

Que signifie « le Coran confirme ce qu’il y a chez les gens du Livre? »

Emmanuel: Le Coran déclare à plusieurs reprises qu’il confirme ce qu’il y a chez les gens du Livre ainsi que nous pouvons le constater à travers les versets 41, 89, 91 et 97 de la sourate al-Baqara (La vache), et 47 de la sourate an-Nissa’ (les femmes).

Le cheikh: Cette argumentation qui s’appuie bien maladroitement sur les paroles du Coran en vue d’offrir plus de crédibilité aux deux Testaments courants, me rappelle bizarrement ce que j’ai lu dans le livre d’al-Gharib Ibn al-?Adjib, à la douzième page pour être précis. Venant d’al-Gharib, cela n’a rien de bizarre, mais cela le devient lorsque cela provient d’une personne libre d’esprit et de conscience telle que vous. Où avez-vous donc appris, mon jeune ami, que les versets que vous venez de citer déclarent que le Coran confirme ou approuve les deux Testaments qui étaient en usage lors de sa révélation? Auriez-vous déjà oublié les histoires du Coran, son code sur la souveraineté religieuse, ses principes sur le monothéisme, sa glorification pour la grandeur et la sainteté de Dieu? Tout ceci dans le Coran témoigne de façon on ne peut plus clair de la grande distance qui sépare l’essentiel des deux Testaments de la vérité. En vérité, ce que l’on doit retenir de ces versets, c’est que le Coran ne confirme de ce qu’il y a chez les gens du Livre que ceci: le monothéisme, l’abolition du paganisme, la foi en la révélation divine, la prophétie et le jour du jugement dernier.

Emmanuel: Pourtant, le Coran déclare également qu’il confirme les livres qui sont devant lui et les préserve comme ce que nous pouvons lire dans le verset 48 de la sourate al-Ma’ida (la Table).

Le cheikh: La traduction littérale de l’expression « devant lui » serait valable s’il s’agissait d’un rapport entre contenu et contenant, c'est-à-dire, un espace matériel où l’on peut situer deux corps, l’un par rapport à l’autre. A ce moment là, il serait correct de dire que l’expression « devant lui » nous renvoie à cette notion d’espace matériel. Mais lorsqu’il s’agit du Coran qui est la parole de Dieu révélée à son envoyé (a.s.s), nous ne pouvons pas lui situer un devant ou un derrière selon la même conception de l’espace. Il se trouve que l’espace évoqué dans la parole de Dieu (qu’Il soit béni et exalté) est en réalité une notion de temps. Cela signifie que lorsque le Coran parle des Livres qui sont devant lui, il fait allusion à ceux qui l’ont précédé dans la révélation. Ainsi, le Coran confirme les Livres qui ont été révélés à Moïse et à Jésus (que la paix de Dieu soit sur eux), mais en aucun cas, il ne s’agit pour le Coran de confirmer les exemplaires de livres qui lui disputent le même espace sur l’étagère d’une bibliothèque et que nous appelons communément Torah, Evangile, etc. La précision est de taille, d’autant plus que le Coran ne dit nullement qu’il confirme les présents livres. Mais ce que cela a tendance à confirmer par contre, c’est le cinglant démenti que le Coran apporte à ces livres comme nous l’avons vu, avec le tact qui convient à la sagesse divine.

Emmanuel: Le Coran dit: « Nous t’avons fait descendre le Livre (le Coran) en toute vérité, qui confirme les livres qui sont devant lui et les préserve.» Dites-nous, Cheikh, doit-on comprendre que les juifs et les chrétiens ont falsifié un livre qui est sous la préservation du Coran? Sachant que les commentateurs ont interprété le mot « préserve » par « surveille ». Cela veut dire que le Coran est le surveillant de tous les Livres, qu’il les protège du changement et témoigne le leur exactitude et de leur constance. Pouvez-vous alors dire que les juifs et les chrétiens ont falsifié ces livres, bien qu’ils soient sous la protection du Coran?

Le cheikh: Voyons, Emmanuel; ce sont les mêmes paroles que nous retrouvons dans le livre d’al-Gharib Ibn al-?Adjib, en particulier aux pages onze et douze, et qui à son tour les avait copiées sur ses prédécesseurs. Concernant les paroles du Coran qui sont l’indication-même du droit chemin, elles ont été révélées au Messager de Dieu environ six cent ans après le Christ. Le Coran n’est pas un homme qui, l’épée à la main, a monté la garde prés de ces livres depuis l’époque des juges jusqu’à sa propre révélation. Il n’était pas du ressort du Coran d’intervenir à l’époque des rois d’Israël, pour les dissuader de renoncer au monothéisme, ni lorsqu’ils ont saccagé et souillé le temple, puis l’ont transformé en demeure pour les idoles. Etait-ce au Coran d’assumer l’invasion des païens pour Israël et le pillage de leurs objets sacrés? De même pour l’incendie du temple du Seigneur et des maisons de Jérusalem? Non, mon ami, le Coran n’était pas tenu d’intervenir contre l’anéantissement de la nation israélite dans l’extermination et la déportation, ni lorsque Hilquia et Esdras se réservèrent l’exclusivité de la révélation de la Torah après la déportation à Babylone. Et même après le Christ; était-ce encore la faute du Coran si les livres des deux Testaments étaient restés cachés au public et que leur lecture était le seul privilège des religieux?

Mon jeune ami, le Coran préserve la Torah et l’Evangile, mais sûrement pas comme tu l’imagines, je veux dire: sans qu’il ait à remonter deux mille ans avant sa propre révélation pour surveiller les livres en question et repousser physiquement toute personne qui serait tentée d’y porter atteinte.

Emmanuel: Non, cheikh, je ne pourrai jamais penser une telle chose. Je remercie Dieu de m’avoir donné suffisamment conscience pour comprendre que le Coran est une parole qui guide vers le plus droit des chemins et qu’il nous fournit des preuves par la démonstration. Je ne l’ai jamais imaginé comme un bras armé qui aurait autorité sur les événements. S’il surveille et préserve, je sais que c’est par la solidité de son argument et l’irréfutabilité de sa preuve, mais seulement depuis le moment de sa révélation. Cependant, ne trouvez-vous pas, cheikh, que vous êtes quand même tenu de fournir une explication cohérente au fait que le Coran préserve depuis sa révélation les livres saints qui l’ont précédé?

Le cheikh: Et bien, vous remarquerez aisément que le noble Coran a assuré par la sagesse de ses démonstrations et la douceur de ses indications et de ses Signes à l’intention des gens intelligents, une sauvegarde et une grande protection pour les véritables livres. Depuis sa révélation, il les préserve pour que ne soient profanés ni leurs enseignements célestes, ni la sainteté de leurs prophètes, ni la noblesse de leurs histoires par les mythes du paganisme, les enseignements de l’idolâtrie et la médiocrité des incohérences ou des contradictions. C’est dans cette logique que le Coran a rapporté dans leurs versions authentiques, les histoires d’Adam, d’Abraham et celle de l’événement du veau. C’était là un moyen d’innocenter les livres révélés de ce qui a été introduit dans leurs histoires, ce qui a conduit à compromettre sérieusement leur crédibilité et défigurer leur image. Rappelons le verset 124 de la sourate al-Baqara (la Vache) rapportant les paroles de Dieu à Abraham sur l’importance que revêt la fonction de guide et d’autorité religieuse: « Mon pacte ne sera pas conféré aux injustes », ceci, pour laver les vrais livres de toutes les souillures et les profanations dont ils ont pu faire l’objet et malheureusement omniprésentes à travers les aberrations diffusées par les livres actuellement en usage, notamment au sujet de Lot, Jacob, Moïse, Aaron, David, Salomon ou encore Jésus; de nobles prophètes, que la paix de Dieu soit sur eux tous.

Au verset 82 de la sourate an-Nissa’ (les Femmes), le Coran dit encore: « S’il provenait d’un autre que Dieu, ils y trouveraient maintes contradictions. » Voyez donc comment le Coran lave les livres célestes de l’opprobre de la contradiction qui est une des caractéristiques de l’Ancien et du Nouveau Testaments courants. Je vous invite par ailleurs, à consulter à ce sujet l’incontournable al-houda ( p197-234).

Au verset 64 de la sourate A^l-?Imran (la famille d’Imran), Dieu ordonne à son envoyé Mohammed (a.s.s): « Dis: « Vous qui aviez reçu le Livre, venez à une parole commune entre vous et nous: n’adorons que Dieu, ne lui associons rien, ne prenons point les uns les autres pour des maîtres, en dehors de Dieu ». ». Ceci doit être compris entre autres comme une mise en garde contre la divinisation de l’être humain. Il ajoute au verset 79 de la même sourate: « Il n’appartient à aucun être humain à qui Dieu donne le Livre, la sagesse et la prophétie, de dire aux gens: « Soyez mes adorateurs ». », ensuite, au verset 80: « Il ne vous ordonnera pas de prendre pour seigneurs les anges et les prophètes. Vous ordonnerait-il la mécréance? »

Par ces paroles, le Coran vient innocenter le Christ, ainsi que son véritable message, de tout ce qui a été rapporté dans les Evangiles selon Matthieu, Marc et Luc, sur les prétendues déclarations de Jésus teintées de polythéisme.

Au verset 13 de la sourate at-Taghâboun, nous lisons: « Dieu, il n’est de dieu que Lui. » et aux versets 22 et 23: « Il est Dieu et il n’est de dieu que Lui. »

Au verset 163 de la sourate al-Baqara: « Votre Dieu est Unique, il n’y a d’autre divinité que Lui.» Cette expression se répète plus de quarante fois dans le Coran.

Dans la sourate an-Naml (les Fourmis), Dieu adresse de sévères blâmes à travers le verset 61: « Y a-t-il une autre divinité avec Dieu? Non, bien sûr! Mais la plupart de ces gens là ne le savent pas. » Ensuite, au verset 62: « Il est rare que vous vous rappeliez. » Enfin, au verset 63: « Dieu, le Très Haut est au dessus de tout ce qu’ils Lui associent. »

Le Coran qui n’a pas manqué de soutenir le message du Christ et confirmer sa sainteté, insiste encore à travers ces versets sur son innocence et celle du véritable Evangile des insinuations suggérant le polythéisme du Christ, colportées par les Evangiles courants.

En parlant de la majesté de Dieu, le Coran dit au verset 103 de la sourate al-An?am: « Les regards ne Le perçoivent pas. ». Voici qui est à même de dénoncer la Torah courante et foisonnante de mythes, selon laquelle Jacob aurait vu Dieu et que Moïse, Aaron, ainsi que ses deux fils et soixante-dix des anciens israélites auraient également vu Dieu et ils auraient même mangé et bu en sa présence.

Mes amis, lorsque le Coran donne des Signes sur la perfection de Dieu et de ses messages, tout en mettant à nu les aspects contraires qui distinguent les deux Testaments courants, il assure ainsi la meilleure des préservations pour les véritables Livres de la Révélation et la meilleure des défenses pour leur honneur et leur gloire contre tout ce qui leur a été associé dans ce que nous avons cité. C’est en tout cas ce qui ressortira d’une comparaison entre les deux Testaments avec le Coran, en particulier sur le plan de l’histoire des prophètes, de leur sainteté et des enseignements divins qu’ils ont pour mission sacrée de transmettre. C’est également ce que retiendrait tout esprit avisé qui aurait la pertinence de les confronter.

Il n’est point de modification pour les paroles de Dieu.

Emmanuel: Par le moyen de plusieurs versets, le Coran témoigne que la Torah et l’Evangile sont la parole de Dieu, comme il déclare dans plusieurs versets également que les paroles de Dieu ne peuvent être modifiées. C’est ce que nous lisons dans les sourates: al-An?am, Younes et al-kahf, ainsi que d’autres versets qui montrent qu’il est impossible de modifier ou de falsifier littéralement la parole de Dieu.

Le cheikh: Ce n’est pas ainsi que le Coran présente les choses. Il ne dit pas qu’il est impossible de modifier ou de falsifier les paroles de Dieu au sens où vous l’entendez. Ce qu’il veut dire, c’est que les paroles de Dieu à travers ses promesses et ses lois s’accomplissent tel qu’il l’a promis et prédéterminé. Elles ne changent pas et nul ne peut les changer. Certes, le verset 34 de la sourate al- An?am dit: « Des prophètes avant toi ont été accusés de mensonge, mais ils ont supporté avec patience injures et persécutions, jusqu’à ce que leur vint notre secours. », ce qui veut dire: supporte avec patience le démenti et la méchanceté, et Dieu te soutiendra comme il avait soutenu les prophètes avant toi. Ensuite, dans le même verset: « et nul ne peut modifier les paroles de Dieu. »

Vous voyez, Emmanuel, le sens qui convient à l’illustre verset est qu’il n’y a pas de modification pour les paroles de Dieu, qui sont ses promesses faites à ses prophètes de leur accorder la victoire et de dévoiler la vérité.

Au verset 115 de la même sourate: « La parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et en toute justice. Nul ne peut modifier ses paroles. ». Quel sens voulez-vous donner à ce verset, sinon que les paroles de Dieu dans ce qu’il a promis et prédéterminé s’accompliront inévitablement. Leur probité et leur justesse seront révélées et nul ne pourra les modifier. D’ailleurs, qui pourrait bien le faire?

Le verset 64 de la sourate Younes, en évoquant les croyants pieux, déclare à leur sujet: « A eux la bonne nouvelle dans la vie immédiate et dans la vie ultime; il n’y a nul changement aux paroles de Dieu. Tel est le grand triomphe. » Que peut-on retenir de ce verset, sinon que nul ne peut empêcher la réalisation de la promesse de Dieu.

Au verset 27 de la sourate al-Kahf, nous lisons: « Récite ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur. Nul ne peut changer ses paroles. ».

Ensuite, nous pouvons lire au verset 94 de la sourate al-Hijr: « Proclame donc hautement les ordres que tu as reçus et détourne-toi des idolâtres. » Cela signifie: déclare la vérité dont tu es porteur et ne crains pas de leurs démentis et de leurs sarcasmes, l’échec pour ta mission.

Le verset 95 de la même sourate exprime le soutien de Dieu à son Prophète: « Nous te suffisons contre les railleurs. »: Dieu t’a promis de faire prévaloir ta religion sur toutes les religions, n’en déplaise à ceux qui lui attribuent des associés, ainsi que le dit le neuvième verset de la sourate. Récite donc ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur; il t’a promis de te soutenir et de faire prévaloir ta religion; nul ne peut modifier ses paroles quant à sa promesse et sa bonne nouvelle.

Mon jeune ami, en évoquant ces versets, vous avez sans doute voulu faire référence à al-Gharib Ibn al-?Adjib et au tissu de calomnies dont il a couvert la page 13 de sa « Rihla », dont vous avez en fin de compte repris l’explication selon laquelle les paroles de Dieu ne peuvent pas être modifiées littéralement. Seulement, pouvez-vous me dire quels sont ces versets sur lesquels vous vous appuyez pour dire cela? Ne savez-vous pas que l’imitation aveugle ne fait pas bon ménage avec l’honneur et qu’elle est une entrave sérieuse à l’élévation et à la gloire?

Emmanuel: Le cheikh Gharib raconte dans la page 13 de sa ar-rihla al-hidjaziya: l’imam al-Boukhari dit dans son Sahih au sujet du commentaire du verset « Ils déplacent les paroles de leurs positions »: ils enlèvent les paroles. Et comme personne ne peut enlever un mot du livre de Dieu, il faut comprendre: ils falsifient, c’est-à-dire qu’ils donnent une fausse explication.

En outre, le cheikh Gharib, reprenant al-Baydhaoui et ar-Razi, explique dans sa rihla (p 13-17) que la falsification s’opère à travers l’interprétation. Il ajoute (p 18-19) que, d’après Ibn Taymiya, les savants avancent au sujet de la falsification deux points de vue: le premier concerne le changement des mots, alors que le second s’intéresse au changement des significations. Quant-à lui, il a défendu le deuxième point de vue.

Enfin, il dit que d’après az-Zarqani, les théologiens musulmans divergent sur la nature de la falsification de la Torah et de l’Evangile: pendant que certains parlent d’une falsification par les ajouts et les manques dans les textes, d’autres parlent d’une falsification par l’interprétation et le commentaire. Que pensez-vous de tout ceci, cheikh?

Le cheikh: Concernant les paroles pour lesquelles Gharib cite al-Boukhari, je peux vous dire que j’ai personnellement lu al-Boukhari dont le Sahih ne comporte aucune trace pour ce qu’il avance. Au contraire, Sahih al-Boukhari, vers la fin de kitab al-i?tissam bi-l-kitab wa-s-Sounna, rapporte les propos d’Ibn ?Abbas reprenant le Messager de Dieu (a.s.s) qui leur avait raconté que les gens du Livre avaient modifié le Livre de Dieu et l’avaient changé. Dans le seul but de satisfaire leurs intérêts d’ici bas, ces gens ont eux même écrit le livre en affirmant qu’il avait été révélé par Dieu. Alors, est-ce que al-Boukhari commente de son propre chef, en opposition à ce que lui même rapporte dans son Sahih sur les propos du prophète?

Ceci, Emmanuel, constitue non seulement une réponse à Gharib, mais également un argument de la bouche du prophète, contre al-Baydhaoui, ar-Razi, Ibn Taymiya, ainsi que les théologiens et autres savants qui agitent la thèse de « la falsification par l’interprétation ».

Eh bien, Emmanuel, après toutes les contradictions et les incohérences relevées dans les deux Testaments et qui portent préjudice à la grandeur de Dieu et à la sainteté de ses prophètes, ne pouviez-vous pas trouver mieux que de recourir à des arguments aussi fallacieux que les références faites par Gharib Ibn al-?Adjib à al-Baydhaoui, Ibn Taymiya et d’autres encore, qui commentent le Coran à leur convenance et selon leur propre appréciation? Ce serait à l’évidence faire outrage aux savants musulmans et à leurs chercheurs.

Emmanuel: Je sais que vous êtes au courant de notre précédente étude sur la Torah et les Evangiles et que vous avez lu ce qui a été consigné à ce sujet. Au bout de cette étude, une conclusion s’impose: La plus grande partie des deux Testaments ne peut raisonnablement être attribuée à la révélation de Dieu pour ses prophètes, pendant que la partie restante ne repose sur aucun appui la reliant à la révélation. Ce que je voudrais connaître à présent si vous le permettez, c’est ce qui a pu servir de base de raisonnement à al-Baydhaoui, Ibn Taymiya et certains autres; qu’est-ce qui les a amenés à soutenir que la falsification s’opère à travers l’interprétation?

Le cheikh: Mon jeune ami, vous devez savoir que les livres des deux Testaments étaient inaccessibles au commun des juifs ou des chrétiens. Il n’y a pas si longtemps, les hommes de religion, juifs et chrétiens, continuaient encore d’empêcher la diffusion de ces livres, qui n’ont été révélés au grand public dans les langues arabe et perse, que depuis deux siècles environ, suite à la réforme protestante. En terre d’Islam, les deux Testaments n’avaient aucune existence à l’époque de ceux à qui faisait référence Gharib Ibn-?Adjib. Ces gens-là ne connaissaient des deux Testaments que le nom. Ils ignoraient tout des différences qui distinguaient ces livres les uns des autres, les innombrables contradictions que nous n’avons pas manqué de citer, mais surtout leur incompatibilité avec le Coran. Les pauvres étaient loin de soupçonner les monstruosités qui parsèment ces livres et, les imaginant dépourvus de toute tare, ils sont allés chercher les raisons de leur falsification dans leur interprétation, sans que leur attention ait été attirée vers le récit d’al-Boukhari qui reprenait Ibn ?Abbas sur l’explication du Prophète (a.s.s) pour le phénomène. Leur attention ne fut pas attirée non plus par les paroles du verset 91 de la sourate al-An?am (les Bestiaux): « Qui donc a révélé l’Ecriture que Moïse a apportée comme lumière et direction pour les hommes? – Ce livre que vous écrivez sur des feuillets, pour n’en montrer qu’une partie, tout en cachant tout le reste ». C’est pourtant clair; le Coran montre bien ce que les juifs avaient fait de la Torah des feuillets dont ils ne montraient que ce qui pouvait servir leurs intérêts et faisaient disparaître le reste.

Emmanuel: Le Coran dit dans le verset 43 de la sourate al Ma’ida (la Table): «Et comment te prendraient-ils pour juge, alors qu’ils détiennent la Torah où se trouve le jugement du Seigneur, si ce n’est pour récuser ensuite ton jugement quand il leur est défavorable? Ces gens là n’ont rien de commun avec les croyants. » Ainsi, le Coran déclare que la Torah qui se trouvait chez les juifs à l’époque de votre prophète, contenait le jugement de Dieu.

Le cheikh: Certes, ce que les juifs appellent aujourd’hui la Torah contient quelques dispositions rapportées de la vraie Torah, et le Coran indique au verset 45 de la sourate sus-citée, que le jugement auquel fait allusion le verset 43 n’est que la loi du talion. Cette loi se trouve effectivement dans la vraie Torah, mais aussi dans la Torah actuellement en usage (Deut 19/20). Il est important de préciser cependant, que le Coran ne dit nullement que le livre qui se trouvait chez les juifs à l’époque qui nous intéresse était bien le Livre de Dieu. Et si le Coran l’a appelé Torah, c’était par simple souci de représentation et que tel était le nom que lui donnaient les juifs. Le Coran resta d’ailleurs sur cette forme de complaisance à l’égard des gens du Livre ainsi qu’en témoigne le verset 157 de la sourate al A?raf (les Murailles): « A ceux qui suivront l’envoyé, qui est le Prophète illettré, qu’ils trouvent mentionné chez eux dans le Pentateuque et l’Evangile. » C’est la référence à ce qui est annoncé dans la Torah (Deut 18/15) et dans l’Evangile (Jean 15/26, 16/7-15). Par ailleurs, il est utile de souligner que dans l’Evangile selon Barnabé, en parlant de ce Prophète annoncé, le nom de Mohammed est ouvertement prononcé. Rappelons enfin que cet Evangile fut frappé d’interdiction.


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La morale et les enseignements du Coran AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) La morale et les enseignements du Coran
Emmanuel: Cheikh, ce sont les bonnes mœurs qui donnent tout son sens à la vie humaine. La morale est l’esprit même de toute civilisation, un code social et un tremplin pour le progrès et le bonheur. Aussi, il me semble difficile d’imaginer un livre de la révélation dans lequel serait négligé l’enseignement de cette valeur qui, par ailleurs, constitue la caractéristique centrale du croyant. Alors, je me demandais, cheikh, si vous auriez l’amabilité de nous lire quelques versets qui aient trait à cette valeur, et nous expliquer les visées du Coran à ce sujet.

Le cheikh: Je suis à votre disposition pour la lecture; mais pour ce qui est de l’explication, je souhaiterais que monsieur le prêtre ici présent s’en charge, en fonction de sa propre compréhension pour le texte. Si vous n’y voyez pas d’objection, nous commencerons par la lecture du verset 63 de la sourate al- Forqan (le Discernement): « Les serviteurs du Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre; ceux qui répondent avec douceur aux ignorants qui les interpellent. »

Le prêtre: Extraordinaire, mes amis. Voyez comme il est exigé des pieux qui aspirent au bonheur éternel, d’être du nombre des serviteurs de Dieu et non les adorateurs du Diable et des passions. Il faut comprendre que le progrès vers le mérite et l’avantage de n’adorer que le Miséricordieux est du privilège exclusif de ceux qui marchent humblement sur la terre. C'est une façon de décrire ceux qui font preuve de bonne conduite, de noblesse de caractère et de bonne éducation, d’abord vers leur propre personne et ce, en l’entraînant constamment dans le sens des exigences de la foi; ensuite vers leurs semblables, par l’humilité, la générosité, la disponibilité et le pardon. Ceux-là suivent alors leur chemin humblement, en quête de ce bonheur, avec application et discernement, en tachant de se préserver contre le relâchement et contre les périls de l’ignorance complexe, de l’arrogance et de la vanité. Voyez comme le mot « humblement » exprime à lui seul toutes les notions de valeurs nobles qui sont à l’origine du bonheur, de la prospérité et du bien-être de la société humaine.

Ils répondent aux propos agressifs et injurieux des ignorants par un discours paisible et pacifique, en privilégiant selon la priorité du moment, le conseil ou le sermon. Lisez, cheikh, et soyez-en remercié.

Le cheikh: D’autres versets s’enchaînent avec celui-ci: « Ceux qui passent la nuit, prosternés ou debout, à prier leur Seigneur. Ceux qui disent: « Seigneur, épargne-nous le supplice de l’enfer » qui est le plus implacable des supplices.»

Le prêtre: On ne peut mieux exprimer l’état de soumission, d’adoration sincère et de crainte, qui lient l’individu à son créateur. Mes amis, quelle merveilleuse expression que celle du Coran, lorsqu’il décrit les serviteurs du très miséricordieux: « Ceux qui passent la nuit, prosternés ou debout »! On ne peut imaginer meilleure expression pour évoquer la sincérité dans une adoration saine de toute forme de papelardise qui, malheureusement empoisonne la relation de certains avec leur religion. Beaucoup, en effet, souvent sans se rendre compte, montrent plus de disponibilité et d’enthousiasme vers la prière et la supplication lorsqu’ils se trouvent parmi d’autres personnes, que lorsqu’ils sont seuls où cet engagement et cette frénésie ont une fâcheuse tendance à reculer devant l’indolence. Ceci nous éloigne évidement de ces pieux sincères qui profitent des lieux calmes et retirés, ainsi que de l’obscurité de la nuit; ils se lèvent, le cœur chargé de crainte, mais aussi d’espoir, pour mettre toute leur énergie dans l’adoration et la supplication. Quelle noblesse dans cet enseignement qui est véritablement la nourriture de l’âme et le sentier des adorateurs!

Le cheikh: « Et ceux qui dans leurs dépenses ne sont ni prodigues ni avares, mais tiennent un juste milieu.»

Le prêtre: Voilà encore un enseignement d’une valeur inestimable sur l’organisation des moyens de subsistance et sur la rationalisation de la dépense. C’est à n’en pas douter, une valeur qui procure à la communauté équilibre et prospérité économique.

Le verset nous parle de ces hommes accomplis qui dépensent conformément à des besoins définis par la sagesse. Leur démarche échappe au vice de l’avarice qui empêche la satisfaction des besoins, sans toutefois tomber dans la calamité du gaspillage et de la dilapidation qui, en provoquant la ruine et la pauvreté, deviennent la source de tous les fléaux, de toutes les déviations. Nous vous écoutons, cheikh.

Le cheikh: « Ceux qui n’invoquent aucune autre divinité à côté de Dieu; ceux qui n’attentent pas à la vie de leurs semblables que Dieu a déclaré sacrée, à moins d’un motif légitime; ceux qui ne s’adonnent pas à la fornication, car quiconque commet de tels péchés encourra la sanction de ses forfaits et le jour du jugement dernier, son supplice sera doublé et il le subira éternellement, couvert d’ignominie. »

Le prêtre: Cela s’intègre parfaitement dans ce qui a précédé, mais l’importance capitale de ces enseignements dicte au sage qui a la lourde charge de guider la société, d’en imposer le respect aussi bien par la récurrence du prêche, que par l’intransigeance de la loi.

Le cheikh: « Excepté ceux qui se repentent, qui croient sincèrement en Dieu et font des œuvres salutaires. Ceux-là Dieu transformera leurs mauvaises actions en œuvres méritoires, car Dieu est toute miséricorde et toute indulgence. Celui qui se repent et pratique les bonnes œuvres, Dieu agréera son repentir.»

Le prêtre: C’est un enseignement qui coule de sagesse. Il appelle à la réforme et à l’amélioration; il guide dans le bon sens et montre la voie de la miséricorde divine. Il explique que le repentir et les bonnes œuvres sont une nécessité indéniable à la purification de l’âme, ce qui, à son tour ouvre les voies de l’ascension vers la quintessence de la sublimation. En Effet, ceux qui choisissent d’abandonner l’impiété et la dépravation regrettent et souffrent pour le mal qu’ils ont causé, s’engagent devant Dieu à ne plus se laisser entraîner dans l’infamie, se purifient avec les bonnes œuvres, notamment en s’acquittant de leurs devoirs envers ceux qu’ils ont lésés, ceux-là retrouvent la pureté de l’âme, retournent véritablement à Dieu par une adoration sincère et s’intègrent dans le groupe des bienfaisants. Ils deviennent dés lors pardonnables pour ce qui a pu précéder de leurs mauvais actes.

Je voudrais ajouter que cette modeste explication ne prétend pas percer toutes les subtilités des enseignements transmis à travers ce verset. Souhaitons que sa lumière guide nos esprits vers la connaissance de ses inestimables trésors. Lisez, cheikh.

Le cheikh: «Ceux qui ne portent pas de faux témoignages et qui, se trouvant en présence de frivolité, s’en écartent avec dignité.»

Le prêtre: J’aime beaucoup l’expression « s’en écartent avec dignité ». Parce qu’ils savent la vertu qui se trouve dans la bonne action de s’en écarter de la sorte, ils le font dans l’attitude requise par la situation, comme l’évitement, le sermon, le conseil, la douceur, la sévérité, la réprimande, etc. Ainsi, le choix de la bonne attitude relève de la dignité, comme son abandon relève de la bassesse et l’infamie; je vous en prie cheikh, poursuivez.

Le cheikh: « Ceux qui ne font ni les sourds ni les aveugles quand les versets de leur Seigneur leur sont rappelés. »

Soudain, le prêtre éclata en sanglots en implorant Dieu: - Oh, Seigneur! C’est toi qui détiens la vérité. Illumine nos cœurs et ouvre nos esprits; préserve-nous de la surdité de l’ignorance et de l’entêtement; garde-nous de l’aveuglement du fanatisme et de l’égarement; guide-nous vers notre salut.

Le cheikh: « Ceux qui disent: « Seigneur, fais de nos épouses et de nos enfants une source de bonheur pour nous, et fais de nous des exemples de piété pour ceux qui craignent Dieu. »

Le prêtre: Que peut-on souhaiter de plus cher que de faire partie d’une famille unie sur le chemin du bonheur éternel? Et nos épouses ainsi que nos enfants deviennent une source de ce bonheur, par la persévérance dans la voie de la piété et de la bonté, si bien que pour les autres, ils ne sont que cause de bien-être. Cet enseignement met en exergue la nécessité pour les adorateurs de Dieu, l’Unique, d’œuvrer à l’accomplissement de leur être, et veiller constamment à la réforme de leurs mœurs en vue de leur amélioration, de manière à devenir par leur conduite des modèles pour les gens pieux et des guides pour le droit chemin. Continuez, Cheikh, abreuvez nous de cette sagesse; arrosez nos esprits et nos cœurs de ces valeurs de politesse et de civilité; laissez-nous profiter de ces nobles enseignements, garants de la quiétude de l’être et du bien-être social.

Le cheikh: Je vous lirai maintenant quelques versets de la sourate al-Ma?arij (les Voies d’Ascension), qui ont trait aux attributs des bienheureux, à la pureté de leur morale et à leur grandeur d’âme. Si vous permettez, je commencerai par le verset 23: « Ceux qui sont assidus à leurs prières. »

Le prêtre: Il s’agit bien sûr de ceux qui font leurs prières par amour de l’obéissance et de la soumission à Dieu. Ils agissent en connaissance de sa grandeur et leur adoration est motivée par un désir ardent de gagner sa miséricorde. Ils ne sont pas de ceux qui prient par sentiment d’obligation, ceux à qui la paresse fait abandonner la prière, ni de ceux qui la font par hypocrisie, au point de la négliger dans la solitude.

Le cheikh: « Qui prélèvent sur leurs biens la part due (la Zakat) au mendiant et au pauvre démuni. »

Le prêtre: Cela signifie que leur aide pour les nécessiteux n’émane pas d’une obligation de conjoncture, ou d’élans passagers de générosité, car ce ne sont là que des actes conditionnés par les besoins du moment et ne prennent que de façon éphémère la prédominance sur l’avarice et la cupidité. Cela signifie que loin de ces basses considérations, l’altruisme des gens pieux a instauré dans leurs biens un droit déterminé pour les pauvres, au titre du devoir fixé par le droit islamique, mais surtout au titre de ce que leur impose leur compassion et leur sensibilité à la situation des autres. Alors, avec ce qu’ils possèdent, ils vont au secours du mendiant et de celui que les autres ont privé.

Le cheikh: « Ceux qui croient sincèrement au jour de la rétribution et qui redoutent le châtiment de leur Seigneur. »

Le prêtre: Cette catégorie de gens dont l’épanouissement et la plénitude invitent l’individu à se fier à eux en toute confiance, s’ils ont atteint cette dimension dans la noblesse de leurs mœurs, autant en public qu’en privé, c’est parce que leurs âmes ont constamment aspiré à cette élévation et à ce bonheur immense et permanent qui vous font mépriser les plaisirs éphémères de ce monde; des âmes qui vivent de façon permanente dans la crainte du châtiment, une crainte par laquelle deviennent supportables tous les maux de la vie présente, une crainte qui pousse à la négation de soi, de ses envies et de ses passions. En effet, ceux qui savent le caractère inéluctable du jour de la rétribution ne le prennent pas à la légère et n’en sont jamais distraits.

Le cheikh: « Ceux qui veillent à leur chasteté, en n’ayant de rapports qu’avec leurs femmes ou leurs esclaves; auquel cas, ils n’encourent aucun blâme, et celui qui portera ses désirs au-delà de ces limites sera le véritable transgresseur. »

Le prêtre: L’adultère est réellement le pire des maux pour la société humaine. Il annihile le dynamisme de l’espèce et la chaleur familiale.

Le cheikh: « Ceux qui gardent fidèlement les dépôts qui leur sont confiés et qui respectent la foi jurée; ceux qui font honneur à leurs témoignages. »

Le prêtre: Quels êtres plus nobles que ceux qui ne trahissent jamais la confiance placée en eux, qui respectent au pied de la lettre les engagements pris envers Dieu et les hommes. Ils font honneur à leurs témoignages, ne s’écartent jamais de la vérité qu’ils rapportent telle qu’elle, sans défaut, sans falsification. Continuez, Cheikh; Dieu vous bénisse.

Le cheikh: Voici maintenant quelques versets de la sourate al-Houjourat (les Chambres), en commençant par le dixième verset: « Les croyants ne sont-ils pas frères? Réconciliez donc vos frères et craignez Dieu, dans l’espoir de mériter sa miséricorde. »

Le prêtre: Il faut croire que l’entente et la réconciliation sont l’un des piliers de l’équilibre et de la paix sociale, d’où l’appel lancé aux gens, les invitant à craindre Dieu et à implorer sa miséricorde, en prenant le plus grand soin de cette valeur qu’est la réconciliation, sacrée dans la société islamique.

Le cheikh: « O^ vous qui croyez! Ne vous moquez pas les uns des autres, car parfois ceux qui sont tournés en dérision valent mieux que ceux qui les raillent. Que les femmes ne se moquent pas non plus les unes des autres, car là encore, les raillées sont parfois meilleures que leurs railleuses. Ne vous dénigrez pas et ne vous donnez pas de sobriquets injurieux. Quel vilain caractère que la « perversion » qui s’allie mal avec la foi! Ceux qui ne se repentent pas sont les vrais injustes. »

Le prêtre: Je dirai seulement ceci: puissent les moqueurs avoir une foi pour les détourner de la moquerie et un honneur pour les en dissuader, car le raillé peut très bien être meilleur que ses railleurs. Les dénigreurs doivent cesser de jeter le discrédit sur les créatures de Dieu; ils ne doivent pas calomnier leurs prochains ni les injurier avec des surnoms rabaissant. Tout cela n’est que trop vrai, cheikh; continuez je vous prie.

Le cheikh: « O^ croyants! Evitez de trop conjecturer sur les autres, car il est des conjectures qui sont de vrais péchés. Ne vous épiez pas les uns les autres! Ne médisez pas les uns les autres! Lequel d’entre vous voudrait manger la chair de son frère mort? Non! Vous en auriez horreur! Craignez donc Dieu! Il est Indulgent et Miséricordieux. »

Le prêtre: Le verset n’interdit pas de penser du bien des autres, car cela améliore les relations entre les gens, renforce les assises de la concorde et les liens d’amitié, de même qu’il purifie la société humaine. Inversement, la disposition à soupçonner constamment le mal chez l’autre conduit inéluctablement à l’aliénation des cœurs, sème le mal et nourrit la haine. Pour ces raisons, certaines conjectures s’avèrent être de vrais péchés, car injustes envers les innocents, tout comme elles sont productrices de haine, de méchanceté et d’agressivité. Quant à l’espionnage, il est source de mal et de conflit; il pervertit les relations et perturbe gravement l’ordre social. Enfin, la diffamation n’est pas moins grave, puisqu’elle sème la haine, ternie les réputations, porte atteinte à l’honneur et aux sentiments des autres, mais surtout renseigne sur l’immoralité du diffamateur qui fait abstraction de ses propres défauts et s’acharne à en chercher chez les autres, d’où la mise en garde du verset coranique, en disant: Toi le médisant, celui que tu dénigres est ton frère et son honneur t‘est confié; en son absence, il est tel un mort, incapable de protéger sa dignité contre ta langue. Pourquoi donc te remplir la bouche d’une diffamation puante et t’acharner à déchirer une réputation avec les crocs de la médisance? Serais-tu capable de manger la chair de ton frère alors qu’il est mort? C’est pourtant bel et bien ce que tu fais en le calomniant durant son absence. Quelle belle leçon de civilité! N’est-ce pas, cheikh?

Le cheikh: Les instructions du Coran sur la morale sont nombreuses et nécessitent à elles seules un chapitre entier, après ceux de la métaphysique et de la prophétie.

Le prêtre: Justement, cheikh, vous seriez bien aimable de nous faire connaître les enseignements du Coran sur la métaphysique, en nous donnant les explications qui nous en faciliteraient la compréhension.

Le cheikh: Avec l’aide de Dieu, je vous citerai les enseignements concernant ce sujet. Ils sont contenus dans le Coran avec des arguments et des preuves qui ne peuvent que convaincre les consciences libres et contenter autant le philosophe que le grand public.

Le prêtre: Je vous avertis, n’attendez pas de nous que nous acceptions tout ce que vous pourriez qualifier de preuve claire, car nous ne prendrons pas votre seule parole pour argent comptant. Une preuve doit être faite d’informations utiles qui donnent lieu à la découverte de vérités ignorées.

Le cheikh: Absolument, ce n’est sûrement pas moi qui vous dirai le contraire.

Emmanuel: Je trouve chez des auteurs de ce siècle et même ceux du siècle dernier des preuves qui mettent franchement mal à l’aise et me laissent personnellement perplexe. Je n’y vois que des semblants de preuves, fondées sur des approximations ne dépassant pas le plus bas niveau du probable, et c’est malheureusement sur cela que d’importantes conclusions sont bâties. Ils appellent ceci: la science.

Je vous demande pardon, Cheikh, mais j’espère que cette fois nous n’allons pas assister à l’évolution des espèces les unes vers les autres, à l’instar de l’évolution du singe vers l’homme. Qui a vu la nature sélectionner le meilleur puis le meilleur parmi les caractères d’une espèce, indépendamment des influences extérieures qui agissent tantôt en facteur de régression et de décadence, tantôt en facteur d’amélioration, selon les capacités d’adaptation du « sujet », comme nous pouvons en faire le constat lors d’une expérience? Partant de là, comment peut-on avancer que la sélection et la transformation sont une loi de la nature et un principe auquel sont soumis les êtres vivants? Même si Darwin a constaté cette transformation à plusieurs reprises chez certaines espèces, et constaté aussi à plusieurs reprises la sélection naturelle, mais sans tenir compte des influences régnantes et de leurs effets sur la création, il n’était pas convenable pour l’homme de science qu’il était, au moins par respect aux principes de la science expérimentale, d’ériger le principe de la loi de la nature en règle pour toutes les espèces depuis leur origine. Même si les observations de Darwin s’avéraient exactes et qu’elles pouvaient parfois concerner des périodes allant jusqu’à cent siècles, elles n’auraient été d’aucune utilité pour ses allégations qui ne reposaient que sur des conclusions de portée générale, établies sur la base de données insuffisantes et incomplètes. Autrement dit: ces supposées observations attribuées à Darwin peuvent très bien n’être qu’un état occasionnel résultant de la combinaison de divers facteurs au sein d’une époque donnée. Même si cette période peut parfois durer plusieurs siècles, la sensibilité des espèces à certaines conditions peut parfaitement coïncider avec l’influence exercée par ces mêmes conditions qui sont spécifiques à cette époque précise. Tout bien considéré, on ne peut pas ériger un phénomène en loi de la nature.

Le cheikh: Et ceci n’est encore valable, que si l’on admet que Darwin a effectivement pu observer sur plusieurs siècles ce qui lui est attribué. Mais ce ne sont jamais que des suppositions et on se demande quelle peut bien être l’origine de ce rêve. Dites-moi, Emmanuel: sur quoi s’appuie Darwin dans ses écrits pour soutenir cette grande et redoutable théorie qu’est la sélection naturelle?

Emmanuel: J’ai lu son livre « l’origine des espèces », lequel a fait scandale dés sa publication en 1859. Cette théorie de la sélection naturelle repose sur une déduction a posteriori que, dans la lutte pour la vie, ce sont les plus aptes qui s’adaptent et survivent, transmettant leurs caractéristiques à leurs descendants, chaque génération étant donc mieux adaptée à l’environnement, que la précédente. Dans son livre, il se réfère à l’étude d’un élevage de pigeons avec l’assistance de deux associations privées, à Londres.

Le cheikh: Dites-nous donc sur quelles preuves Darwin assoit-il sa théorie, afin que nous puissions bien saisir le fondé de vos critiques.

Darwin et l’origine des espèces
Emmanuel: Il faut dire que Darwin a provoqué un véritable brouhaha parmi ses contemporains, précisément à cause de sa fameuse théorie sur l’origine des espèces, leur transformation les unes vers les autres et l’origine commune de toutes les espèces animales, et de même pour les espèces végétales, si bien qu’il est devenu établi par cette théorie que l’homme est le descendant du singe qui à son tour est le descendant d’autre chose. De cela, je me dis personnellement que la morale scientifique et le droit à la vérité exigent que tout ceci s’accompagne de grandes démonstrations basées sur des observations claires, évidentes pour la conscience et qui forcent la certitude. Je me dis aussi que lorsqu’on veut faire la révolution de l’état du savoir de son temps par de nouvelles théories dites scientifiques, il ne convient pas de les fonder sur des suppositions, ni compter sur de tels arguments. Ayant donc consulté les dires de Darwin et des autres sur le sujet, je trouve que leurs hypothèses invitent à bien des réserves, comme celles qui vont suivre.

Darwin et l’origine des espèces
Selon l’hypothèse, c’est la nature qui sélectionne les plus évolués parmi les caractères des espèces, jusqu’à la transformation de l’espèce en une autre. Il s’agirait d’un phénomène par lequel des individus de la même espèce survivent, alors que d’autres sont éliminés. Ainsi, ce phénomène conduirait à une évolution et à la conservation des caractéristiques adaptatives de cette espèce. Toujours selon l’hypothèse, dans le cas de l’homme, la sélection ayant atteint le stade du plus évolué des singes, celui-ci évolua encore vers l’homme noir, ensuite vers l’homme blanc caucasien.

Emmanuel: Darwin est né en 1809 et a vécu 73 ans. Dans son livre, il aborde avec un certain intérêt les points de différence entre les diverses espèces de pigeons et déclare que les différences atteignent des proportions étonnantes. Il ajoute: « Quelle que soient les différences entre les générations de pigeons, je reste persuadé qu’ils descendent des pigeons des rochers.» Pourtant, il dit également: «Nous ne connaissons des pigeons des rochers que deux ou trois espèces et elles n’ont rien des caractères appartenant aux pigeons domestiques.» D’un autre côté, il dit: « J’avais pris l’habitude, durant l’époque où je m’occupais de l’élevage des pigeons, de faire face à de nombreuses difficultés qui rendent impossible leur rattachement à une origine déterminée. Mais beaucoup sont convaincus que les différentes générations sont issues d’espèces primitives définies.»

En pensant à l’importance de ces différences et à leur nombre incalculable, tout en sachant que les pigeons des rochers n’ont rien des caractères appartenant aux pigeons domestiques, il apparaît absurde, et l’évidence se passe de preuves, de s’entêter à vouloir faire remonter l’origine des différentes espèces de pigeons au pigeon des rochers. Je ne crois pas qu’il soit bon pour la gloire de la science et de l’esprit scientifique, que les gens se contentent de cette énormité qui veut que la conclusion soit le contraire du raisonnement, même si c’est ce que Darwin semble attendre de nous.

En fin de compte, si notre homme s’était contenté de déclarer sous forme de décision juridique, que les espèces de pigeons domestiques descendent toutes du pigeon des rochers, s’il prétendait connaître l’époque de leur ramification et leurs points de liaison, puis l’enchaînement des générations à partir de ces chaînons, et enfin, s’il déclarait, toujours sous forme de décision juridique, sans démonstration aucune, que toutes les espèces descendent d’une même origine, cela aurait été au moins plus aisé que d’user le crayon dans d’interminables introductions, pour arriver à conclure contre le raisonnement soutenu.

Eliezer: Ce que nous montrent l’expérience et l’observation, c’est que les espèces ont des traits physiques qui, sous l’effet de facteurs accidentels deviennent sujets à l’évolution ou à la régression, sans que cela ne conduise les individus concernés à sortir du cadre caractéristique de leur espèce. Parmi ces facteurs, nous pouvons citer le facteur géographique, alimentaire, l’éducation, ainsi que d’autres agents dont certains sont d’un effet plus ou moins rapide, alors que d’autres possèdent un effet plus lent, du fait même de l’interaction des différents facteurs. Par exemple: Si l’homme noir se déplace vers la région du Caucase, l’influence de son nouvel environnement sera lente et son évolution vers ce qui définit l’homme du Caucase prendra de nombreuses générations et ce, en raison de la persistance de l’empreinte de son environnement d’origine. Cependant, son évolution vers le type caucasien peut être plus rapide par le biais du mariage. Notez que la règle est la même pour l’homme caucasien qui ferait le déplacement en sens inverse.

Par ailleurs, l’action agissant sur la définition des caractères physiques par les conditions du pays d’origine peut dans certains cas se transformer une fois dans les contrées d’accueil et agir selon les influences du nouveau milieu, pour en montrer les effets au bout de quelques générations seulement. Cet exemple a pu être observé sur des hommes aux caractères physiques spécifiques, qui ont émigré avec leurs femmes dans des pays où les caractères sont nettement différents. Au bout de la seconde génération déjà, on a pu voir la plupart des caractères de la population autochtone apparaître sur la descendance des émigrés.

Le prêtre: Darwin avance d’après ce que nous pouvons lire à la soixantième page de la traduction arabe de l’origine des espèces: « Les volailles actuelles sont représentées dans les bas reliefs de l’Egypte ancienne, ainsi qu’autour des lacs de Suisse. D’après les représentations, ces volailles ne semblent pas avoir connu une quelconque évolution à travers leurs différentes générations jusqu’à ce jour.» Voilà donc qui prouve que, malgré la domestication de la volaille depuis la haute antiquité, les longs cycles de l’élevage n’ont produit aucun effet de transformation dans les caractères de l’espèce par la sélection imaginée par Darwin. Certes, l’accouplement entre des races différentes, ainsi que les facteurs accidentels, peuvent très bien concourir à la transformation toute relative de certains caractères. Mais avec le temps, avec la disparition des facteurs accidentels, l’espèce finit par reprendre ses caractères initiaux et ce, par la loi de l’hérédité que Dieu a fixée dans le patrimoine génétique des espèces.

Voici ce que nous lisons encore dans le même livre (p 261-262): « Nous avons parlé dans les premiers chapitres de ce livre sur les disparités et avons démontré qu’elles sont aussi nombreuses que multiformes. Si ces dissemblances atteignent de telles proportions sous les effets de l’apprivoisement, elles se produisent beaucoup moins par la seule influence de la nature. Nous avons tendance à attribuer ces disparités au pur hasard, bien que le mot « hasard » soit un terme faux et qu’il ne prouve que notre ignorance absolue des raisons qui sont derrière la survenance de toute hétérogénéité chez les êtres de la même espèce. » Il ajoute (p 279-280): « Tout comme le bon sens nous fait souvent défaut pour la réalisation d’un thésaurus complet et précis, afin de nous guider dans les ténèbres de ces recherches. »

Emmanuel: Tous ces aveux, monsieur le curé, auraient été d’une grande utilité s’ils avaient servi à détourner Darwin et ses adeptes de leurs obsessions et leur croyance aveugle en le mythe de l’évolution des espèces par la sélection naturelle et leur rattachement à une même origine. Leurs sens leur auraient pourtant bien suffi, en s’aidant quelque peu de la logique de l’histoire, pour comprendre qu’il y a un cadre restreint dans lequel se manifestent jusqu’à un certain degré, sur l’aspect extérieur de chaque espèce, les traces de l’amélioration et de la régression, en fonction des causes. C’est plus simple et plus probant que d’aller chercher des chaînons manquants dans le labyrinthe de la fiction. Combien de chercheurs ont été frappés de désillusion lorsque le rêve leur fit miroiter la découverte d’un de ces fameux chaînons et qui s’avéra n’être qu’un mirage dans le désert de leur imagination.

A la page 132 de la version arabe, toujours du même livre, il est écrit: « La distinction entre les espèces et les diversités n’est valable qu’à deux condition: La première est la découverte des formes intermédiaires qui les relient.» Mais, monsieur, où voulez-vous qu’on aille découvrir ces formes intermédiaires qui servent de lien dans la transformation? Suffit-il de les imaginer en élevant des pigeons pendant vingt ans? Pour ce qui est de la deuxième condition, voilà ce qu’il dit: «Connaître le degré d’hétérogénéité qui les caractérise. » Précisons qu’il n’accompagne cette condition d’aucun commentaire; il ajoute seulement à la page 133: «Cependant, on ne saurait lever le voile sur la vérité, ni y trouver un sens en considérant que les espèces ont été créées séparément.»

Monsieur le curé, si nous admettons que les espèces sont créées séparément, avec des modes de reproduction spécifiques; devient-il pour autant impossible pour les chercheurs d’étudier leurs natures, leurs propriétés et leurs milieux naturels? Cela empêche-t-il de leur trouver un sens ou de lever le voile sur la vérité à leur sujet? Sinon, comment se fait-il que les scientifiques aient étudié les êtres vivants, leur anatomie, leurs caractéristiques, etc., tout cela avant la naissance de la doctrine de Darwin? Pourtant, le mérite de tous les bénéfices que nous tirons aujourd’hui des sciences naturelles et de la médecine revient sans l’ombre d’un doute aux efforts déployés par les chercheurs aussi bien antérieurs que postérieurs à Darwin, qui n’ont tenu aucun compte de ses hypothèses, et c’est grâce à eux que s’est modernisé le monde dans lequel nous vivons. Mais Darwin semble ne pas trouver de sens à l’existence de similitudes chez des espèces créées séparément.

La sélection naturelle ou la survie du plus apte
Eliezer: La question de la survie des plus évolués dans la lutte pour la vie et la relation de cette question avec la sélection naturelle sont les arguments principaux du darwinisme dans la thèse de l’évolution des espèces.

Emmanuel: Pourtant, à bien regarder, il ne fait à ce propos qu’évoquer des habitudes courantes et des manières d’être chez les êtres vivants: certains animaux se nourrissent de la chair des autres animaux; certains sont les ennemis des autres; certaines plantes ont besoin, pour s’élever et s’épanouir, d’endroits appropriés où elles seront à l’abri des autres plantes dont la proximité est un empêchement à leur croissance; certaines plantes sont toxiques pour d’autres plantes et certaines sont réparatrices pour les autres; certaines espèces d’animaux disparaissent; certaines plantes évoluent et s’améliorent par les soins de l’agriculture, etc., et nous pouvons citer ainsi des exemples à en remplir des pages entières.

Seulement, qu’est-ce qui prouve que le but de ces caractéristiques est la préservation des espèces les plus évoluées? Et quelle est la relation entre ces singularités, la sélection naturelle et l’enchaînement des espèces? Ne voyez vous pas que les fauves attaquent l’homme pour le dévorer, que les animaux venimeux tels que les serpents et les scorpions peuvent le tuer d’un coup de morsure ou de piqûre, et que les virus tuent également dans des épidémies dévastatrices? Et l’homme? Avec ses savants, ses aptitudes et techniques de toutes sortes, n’est-il pas le plus évolué de tous les êtres vivants? Signalons, d’autre part, que les fossiles et les ossements exhumés lors des fouilles archéologiques révèlent que parmi les espèces éteintes, beaucoup étaient des plus évoluées, au regard de la corpulence et de la robustesse de leurs structures, ainsi que nous pouvons le constater aujourd’hui dans les musées d’histoire naturelle. L’exemple de quelques espèces est édifiant: le Brontosaure atteint 15 m de long; le Diplodocus pouvait dépasser les 30 m de long et 5 m de haut; le Tricératops mesurait jusqu’à 9 m de long et pesait 6 tonnes, pendant que le Tyrannosaure mesurait 14 m de long et le Stégosaure 7 à 9 m; l’Hadrosaure pouvait dépasser les 15 m de long et peser 5 tonnes; quant au Brachiosaure, qui pouvait atteindre 27 m de long et 12 m de haut, son poids était d’environ 80 tonnes.

Eliezer: Le plus drôle, c’est que certains journalistes et autres écrivains aux esprits asservis au darwinisme ont voulu expliquer l’extinction de ces animaux hautement évolués, par la sélection naturelle, prétendant qu’ils ont été simplement remplacés par des animaux plus petits, moins forts, mais répondant mieux aux besoins des gens. On se demande si cet auteur avait étudié la nature des espèces éteintes, pour découvrir que les serpents, les scorpions et les fauves étaient plus adaptés aux besoins des gens, que ceux qui ont disparu. Décidément, la science de notre ami n’a d’égal que la sagesse de la théorie qu’il défend.

Emmanuel: Parmi les arguments qu’ils aimaient exhiber pour faire valoir leur théorie de l’enchaînement des espèces, l’existence de certaines ressemblances entre des individus d’espèces différentes, à l’exemple des quelques aspects de similitude visibles chez le singe et certaines races de l’homme. Mais dites-moi: n’est-il pas permis au hasard de la nature de faire que des espèces d’êtres vivants se ressemblent dans certaines parties de leurs corps? Ou peut être encore, n’est-il pas permis au sage suprême, le créateur de toutes choses, de créer des espèces semblables, puis nous révéler sa toute puissance à travers une diversification extraordinaire des caractéristiques principales et de leurs effets, tout en ne laissant que de légères différences au niveau des organes? A croire que ces gens ne trouvent d’intérêt dans l’apparition des espèces, que par le moyen de l’évolution.

Mais, ce n’est pas tout; ils ajoutent que certains organes sont devenus archaïques et inutiles chez les espèces évoluées, qui continuent de les porter dans leur corps comme des vestiges de l’espèce précédente. Pour prendre des exemples du corps humain, nos amis citent les muscles de l’oreille, l’appendice situé au bout du colon et les mamelons chez le male. Décidément, que ne faut-il pas faire pour entraver la recherche pour la vérité et empêcher la science d’avancer! Les scientifiques et rien qu’eux sont dignes de respect, en particulier pour leur aveu que l’univers recèle de vérités extraordinaires et que le savoir humain est loin d’en percer tous les secrets. Ce sont ceux-là qui ouvrent toutes grandes les voies de la recherche, pour réduire la distance avec l’inconnu. Sans eux, l’ignorance serait érigée en preuve scientifique comme nous venons de le voir. D’où tiennent-ils que les muscles de l’oreille ne remplissent aucune fonction chez l’homme, tant pour la fixation et l’orientation de l’oreille, que pour les besoins de l’appareil auditif? D’où tiennent-ils également que l’appendice vermiculaire n’a aucune utilité pour la vie de l’homme?

Tels sont les arguments des défenseurs de la théorie de l’évolution des espèces. Et ce n’est certainement pas la fameuse phrase de Darwin qui leur inspirera un quelconque esprit scientifique: « On ne saurait lever le voile sur la vérité, ni y trouver un sens, en considérant que les espèces ont été créées séparément. »

Le prêtre: Je vois déjà tous ceux qui sont acquis au darwinisme te répondre: ‘’ votre ignorance est votre excuse, jeune homme!’’ C’est ce qu’a écrit Chabli Chamil à certains chercheurs dans ce domaine.

Emmanuel: Monsieur le curé, le code de la science m’a appris à reconnaître mon ignorance sur bien des vérités, mais la tare de l’homme est dans l’ignorance complexe, ainsi que dans l’absence d’arguments, lorsqu’il s’agit de défendre ses opinions.

Le darwinisme et les organes dits archaïques
Comment peuvent-ils affirmer que certains organes n’ont pas de fonction dans la vie de l’individu, aucune utilité pour la conservation et la perpétuité de l’espèce? Ils qualifient ces organes d’archaïques, des vestiges témoins de la transformation d’une espèce précédente qui en avait besoin. C’est le cas pour les muscles de l’oreille, objet du raisonnement grotesque suivant: Le mouvement étant la seule fonction des muscles, et l’homme n’ayant pas besoins de bouger ses oreilles, la conclusion est que les muscles de l’oreille chez l’homme sont archaïques et constituent un vestige de sa transformation de l’animal qu’il était il fut un temps, et qui avait besoin de remuer les oreilles.

Dans ce cas, que peut-on dire des muscles du nez humain? De même pour l’ensemble des muscles à contraction involontaire, comme les muscles lisses qui se trouvent dans la peau, les viscères, les appareils urinaire et génital, ainsi que les vaisseaux sanguins; ce sont des muscles qui sont sous contrôle du système nerveux autonome. Quant à ceux dont la contraction concerne en partie la volonté, et qu’ils appellent muscles de la vie animale, il se trouve que pour la plupart, le but n’est pas de répondre à la volonté de bouger le membre, mais plutôt à celle de le ramener à sa position initiale après le mouvement, volontaire ou involontaire, à l’exemple du muscle palpébral.

Ainsi, par fanatisme pour le darwinisme, ou simplement par ignorance, ils jugent archaïques et inutiles des organes dont le rôle, indispensable au bon fonctionnement du corps, a été prouvé.

L’appendice vermiculaire
Qu’est-ce qui rend les adeptes du darwinisme si persuadés de

l’inutilité de l’appendice à cet endroit de l’appareil digestif? Et bien, ils considèrent arbitrairement l’appendice comme le témoin d’un état plus primitif, plus animal de l’homme, qui aurait précédé son évolution vers le stade actuel, à cause de la longueur du gros intestin, importante chez les animaux, mais réduite chez l’homme. Celui-ci aurait abandonné l’usage d’une partie de son gros intestin, laquelle partie se serait atrophiée jusqu’à cette forme.

Les darwinistes seraient bien surpris devant la diversité des appareils digestifs chez les animaux vertébrés, et de voir que ces différences trouvent leur explication dans la nature de l’espèce et ses besoins spécifiques. Les ruminants par exemple, possèdent une pense à la place de l’estomac; c’est une énorme poche, comparée à l’estomac de l’homme. La présence de plusieurs poches dans l’appareil digestif de certains animaux se justifie par la fonction de rumination. Par ailleurs, l’intestin chez les ruminants est beaucoup plus grand que chez les animaux de même taille qui ne ruminent pas. L’éléphant, lui, n’a ni pense ni estomac; il est pourvu d’un intestin très enchevêtré et enroulé, qui précède un autre intestin.

Certains animaux possèdent une vésicule biliaire, alors que d’autres n’en ont pas, tout comme certains autres sont dépourvus de pancréas. En outre, certains oiseaux sont pourvus d’un jabot dans lequel les aliments restent quelque temps, avant de descendre dans l’estomac ou d’être régurgités, alors que d’autres possèdent à la place du jabot un large pylore, pendant que certains oiseaux possèdent les deux et que d’autres encore n’ont ni l’un ni l’autre. Les canards, enfin, ont un long intestin, comparé aux autres animaux.

La présence d’un bouchon pour l’appendice témoigne de manière irréfutable qu’il remplit bien une fonction, ce qui fait tomber l’affirmation selon laquelle il n’est qu’une partie du c?cum, qui aurait perdu sa fonction et se serait atrophié. Par ailleurs, l’épaisseur des parois de l’appendice est une autre preuve que l’appendice joue un rôle dans l’équilibre de l’organisme, sinon comment expliquer l’existence de parois épaisses pour un organe sans fonction? En outre, si l’appendice était vraiment sorti de son état naturel, aurait-il besoin des attributs de la vie organique, tels les vaisseaux sanguins?

Admettons qu’aucune fonction ne soit attestée pour l’appendice, pourquoi se précipiter à nier son utilité, sans laisser le moindre espace au doute et se dire que peut être les capacités futures de la science permettront une meilleure connaissance de cet organe?
Les tétons du male

Pourquoi réduire l’utilité des tétons à la seule fonction d’allaitement, au point de les considérer chez le mâle comme un organe archaïque, et pendant que nous y sommes, pourquoi pas un vestige de son évolution à partir de la femelle?

On ne peut qualifier les tétons d’archaïques, puisqu’ils révèlent bien des aspects qui prouvent leur relation avec la pérennité de l’espèce. D’un côté, les glandes de ces tétons agissent sur une importante quantité de secrétions, ce qui démontre déjà leur rôle non négligeable dans le maintien de l’équilibre vital de l’organisme. De l’autre, les tétons s’excitent lorsque le garçon atteint la puberté, avec l’apparition des spermatozoïdes. La glande se développe et le mamelon, ainsi que son pourtour changent de couleur. Mais l’excitation des tétons s’estompe progressivement, au fur et à mesure des éjaculations. N’est-ce pas là une preuve suffisante de l’intervention des tétons, d’une façon ou d’une autre, dans la reproduction, et qu’à ce titre ils constituent une partie intégrante de l’appareil génital?

Pour étayer nos dires, prenons l’exemple de ceux qui ont été castrés pendant leur enfance: les manifestations que nous venons de décrire pour les tétons à partir de la puberté n’apparaissent pas sur les individus castrés lorsqu’ils atteignent cet âge- là et même au-delà. Et vous, cheikh, avez-vous des preuves aussi solides pour vos prétentions.

Les outils de silex
Le cheikh: Les fouilles archéologiques révèlent d’importantes quantités d’éclats de pierres qui ressemblent par leurs formes à certains outils métalliques comme la hache, le couteau, les pics de lances, les pointes de flèches, etc. Pour cette simple raison, non seulement les gens affirment sans hésitation qu’il s’agit d’outils fabriqués de la main de l’homme, mais les rattachent également à des époques définies où ils servaient disent-ils d’instruments dans la vie quotidienne, bien avant l’utilisation du fer. Pourtant, personne n’a jamais observé ces éclats de pierre dans leur supposé contexte d’utilisation.

On pourrait tout aussi bien dire que ces éclats de pierre dans leurs différentes formes ne sont que le résultat des effets de la nature et formés sous l’action de facteurs tels que l’érosion ou la sédimentation, ayant conduit à la formation de figures comme celles-ci. Il n’est pas rare en effet de trouver des pierres aux formes géométriques très variées, dont la symétrie et la régularité laissent perplexe plus d’un. Nous avons même vu au marché de Samara, en Irak, des morceaux de sel sous forme de récipients ayant une grande ressemblance avec les ustensiles de verre utilisés couramment. Ces formes sont si proportionnées qu’elles respectent même le concave, le convexe, l’épaisseur et la base, avec des formes hexagonales, octogonales et même d’autres formes assez raffinées. Pourquoi ce ne serait pas le cas également pour les éclats de silex? Quelqu’un a-t-il vu de ses yeux l’homme s’en servir pour des besoins précis? Je trouve que cette affirmation ne diffère pas beaucoup de celle de l’évolution des espèces, sans autre preuve que les suppositions et les conjectures.

Les outils, témoins de la volonté et des objectifs de leur fabricant
Emmanuel: Désolé de vous contredire, cheikh; ceci n’a rien de ce que nous avons mentionné sur la question de l’évolution. Toute personne sensée qui verrait les milliers de ces éclats, tous façonnés sur un même principe, reconnaîtrait sans hésiter que ces formes leur ont été choisies en réponse à des besoins d’utilisation et en vu de fonctions déterminées, alors que la sagesse considèrera comme relevant du sophisme ce que vous venez d’évoquer pour justifier vos doutes. Ne savez vous pas que les scientifiques du monde entier qui ont étudié ces éclats de pierre ont tous abouti à la conclusion qu’ils ont été façonnés dans un but précis et ce, bien que personne n’en ait observé l’utilisation dans son contexte.

Le cheikh: Et vous, monsieur le prêtre, que pensez-vous du point de vu d’Emmanuel?

Le prêtre: Je pense qu’il vous a admirablement répondu, en dépoussiérant définitivement la vérité par un raisonnement qui ne laisse pas de place à la polémique. C’est un instinct naturel chez l’humain que de reconnaître ce chemin clair et droit dans lequel tout objet créé est en étroite relation, dans son état et sa composition, avec les intentions du créateur et les intérêts qui ont motivé sa création. C’est cette même relation qui devient la preuve évidente selon laquelle tout objet est le produit d’un créateur connaissant l’intérêt de son existence. Plus cette relation sera évidente et étroite, plus la preuve du savoir et de la sagesse du créateur sera claire et irréfutable.

Eliezer: En résumé, la créature nous apprend que son créateur l’a créée de sa propre volonté et pour des raisons qu’il connaît.

Le prêtre: Absolument; tout le monde sait que des objets créés pour des objectifs l’ont été selon le savoir et la sagesse de leur créateur, pour la destination qui leur est assignée. C’est donc le cas pour les outils de silex dont personne n’a vu le créateur.


13
Le Coran et l’existence du créateur omniscient AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Le Coran et l’existence du créateur omniscient
Le cheikh: Soyez donc aimables et gardez-moi sous le coude ce raisonnement qui permet d’atteindre la certitude par le chemin du bon sens; Je compte bien m’en servir lors de la démonstration par le noble Coran de l’existence d’un créateur omniscient qui n’est autre qu’Allah, Puissant et Grand.

Emmanuel: Bien sûr que nous vous le garderons, cheikh, même si nous vous contredisons quelque peu à son propos.

Le cheikh: De sa naissance à sa mort, l’homme n’a de cesse de chercher dans la raison d’être de l’être vivant et d’en tirer les conclusions. C’est une attirance dont l’empreinte marque toutes les facettes de son existence. Déjà tout petit, il réagit au moindre bruit en y prêtant toute son attention, afin d’en comprendre l’origine et en tirer les conclusions qui seraient pour lui un motif de crainte ou de désir. Je dirai même plus: si la science et la civilisation ont autant cheminé et autant avancé, c’est finalement sous l’impulsion de cet instinct qui, en réaction aux causes et aux conséquences, en définit les avantages et les inconvénients, ce qui produit soit une attirance, soit un rejet.

Par ailleurs, l’homme n’a jamais cessé au fil des générations, d’avoir recours à un code pour l’organisation de sa société, et à ce jour, il continue d’aspirer à un ordre qui préserve au mieux les intérêts collectifs et individuels, sachant que les lois humaines seront de tout temps appelées à être révisées, modifiées, améliorées et actualisées, car porteuses toujours d’imperfection et d’injustice, compte tenu des limites du savoir humain. Reconnaissons également que beaucoup de nos décideurs parmi les acteurs de la législation, agissent sous l’influence du fanatisme et des penchants personnels. Cependant, s’il arrivait que l’homme sente la possibilité que ses lois émanent d’un législateur complet, qui aurait connaissance de l’ensemble des détails de la vie en société et de ses besoins, qu’il soit libre de toute forme de fanatisme et de penchants personnels, l’esprit de l’administré serait alors automatiquement poussé par son intérêt, à rechercher et demander cette législation.

En outre, la conscience humaine a constamment soif d’une morale vertueuse, qui contribue au bonheur de l’homme et lui ouvre les chemins de la plénitude et de la paix intérieure. Ainsi, l’honneur humain et l’équilibre social s’en trouveraient préservés. Mais, étant donné la nature même des hommes, il n’en est pas parmi eux qui soient moralement parfaits et constamment disposés à faire le bien et à éviter le mal. C’est pourquoi, quand se fait sentir la possibilité d’accéder à l’apprentissage des bonnes mœurs à travers un enseignement dispensé par un parfait connaisseur de l’essence de toute chose; eh bien, l’esprit de l’homme et le désir ardent de purifier son âme lui recommanderont cette école et certainement pas une autre.

De plus, dés son plus jeune âge, l’être humain craint toujours de tomber dans un mal possible, ce qui explique sa tendance à rechercher continuellement la sécurité et l’assurance d’être préservé de ce mal. Telle est sa situation quel que soit son âge. Quant au mal suprême, qui suscite une peur sans commune mesure, l’homme est fondamentalement soumis à le considérer avec peur et sérieux et n’a de paix qu’une fois assuré d’être à l’abri de son malheur.

Quelqu’un peut-il nier que dans les quatre coins du monde, les gens sont aujourd’hui appelés à se tourner vers Dieu, Puissant et Grand, l’E^tre Nécessaire, le Créateur de l’univers et Décideur du destin de ce dernier, l’Omniscient, le Riche par excellence, le Sage, le Saint, le Législateur des lois de la bonté et de la piété? C’est Lui qui enseigne les bonnes mœurs et détourne de l’infamie. Sagement, Il met en garde contre l’impiété et contre le non-respect de ses ordres et de ses interdits. Quelqu’un peut-il nier la généralisation de son message, du moins après l’époque de Moïse, que la paix de Dieu soit sur lui? Sûrement pas; le paganisme a, au contraire, tenu compte de ce principe dés le départ, mais a commis l’erreur de diviniser la créature, avec ce qui s’en suivit comme calamités.

Emmanuel: Vous nous avez donné tellement d’explications sur des questions pourtant ô combien claires; notre instinct, ainsi que tous nos sens en témoignent. cheikh, vous avez excité notre envie de connaître vos visées et les raisons de cette démonstration.

Le cheikh: Le but, mon jeune ami, est d’expliquer que le noble Coran, à travers différentes démonstrations où il fait allusion à ces vérités, apporte les preuves de l’existence de Dieu; vérités que l’homme ne doit jamais oublier, même si, de toute manière, elles sont évidentes dans sa conscience et son instinct. Le Coran démontre par des exemples concrets, que le Créateur de l’univers dont il connaît la finalité, a selon une infinie sagesse et une organisation supérieure, créé également toutes les créatures, chacune pour sa propre destination. C’est ainsi qu’au dixième verset de la sourate d’Abraham, le Coran dit: « Peut-on douter de Dieu, le Créateur des cieux et de la terre? » Pourquoi donc l’homme doute-t-il? Est-il mieux pour lui de persister dans le doute parce que son ignorance l’empêche de regarder du côté de la vérité et de la rechercher pour son propre savoir? Pourtant, c’est une attitude qui n’est porteuse que de malheur et de tristesse; il risque de perdre le bénéfice inestimable des bienfaits de la loi divine, rater sa propre éducation ainsi que les voies du bonheur éternel et de ce fait, susciter la colère de son Créateur.

Il est évident pour le bon sens qu’on ne peut se sentir rassuré et à l’abri de cette peur permanente du mal suprême, que dans le confort du regard sincère vers la vérité. C’est une espèce de regard qui ne requiert ni calcul, ni la connaissance de théories complexes et savamment élaborées; nullement, car déjà les introductions précédant ce regard découvrent de façon on ne peut plus limpide devant la vue et la conscience le visage de la vérité. Tout à fait; ce que l’individu voit de ses propres yeux et apprend avec certitude du monde, des cieux et de la terre, dont lui-même et son espèce ne font d’ailleurs qu’une infime partie, lui révèlent une complexité, une coordination et une précision telles que l’esprit est enclin à en reconnaître l’immense sagesse. Comment peut-il en être autrement quand chaque jour, chaque instant, des merveilles innombrables se dévoilent devant le regard et l’esprit, créées à partir du néant et façonnées à perfection après une non- existence, alors que la science se trouve dans l’incapacité d’en déterminer la finalité.

La nature de l’homme et sa conscience ne peuvent pas négliger le fait essentiel que tous ces faits nouveaux doivent forcément avoir un créateur qui échappe au principe de survenance, un créateur qui n’a pas besoin d’être créé. Et quand l’être humain prend conscience de la finalité de chacune de ces merveilleuses créatures, son intuition et sa conscience libre ne peuvent lui dicter qu’une chose: c’est la certitude que le créateur doit forcément connaître la finalité de ses créatures. En les créant, il leur a donné un aspect propre, en réponse à une utilité, des besoins et une destination propres. Ce créateur, l’E^tre Nécessaire, l’Omniscient et Sage suprême peut-il être quelqu’un d’autre qu’Allah? Cette appellation donnée au Vénéré par excellence «Allah» est le nom particulier de l’essence du créateur, l’E^tre Nécessaire.

Mes amis, si l’évidence force l’instinct à reconnaître que les éclats de silex dont nous avons parlé sont des outils fabriqués de la main de l’homme, qui les a ainsi choisis en réponse à un besoin déterminé et ce, bien que personne n’ait assisté à leur utilisation dans le contexte pour lequel ils ont été fabriqués, Voici des parties de l’univers utilisées avec sagesse et perfection, dans le contexte pour lequel elles ont été créées. Comment peut-il échapper à l’instinct et à la conscience que ces parties de l’univers, autant que l’univers lui-même, sont l’œuvre d’un créateur connaissant les raisons de leur création? Comment peut-on ne pas reconnaître que ces objets nouveaux qui forment l’univers ont nécessairement besoin d’un créateur pour exister, un créateur qui est exempt de survenance, tout comme il est exempt du besoin?

Emmanuel: Cheikh, nous sommes croyants et convaincus de ce que vous dites, mais les matérialistes y voient quelques objections, et si nous voulons aller au fond des choses, il ne serait pas juste et convenable que nous en discutions seuls. La présence d’un défenseur du courant matérialiste s’impose donc, afin que chacun puisse exposer ses arguments et ses preuves en toute liberté, et que la vérité soit!

Le cheikh: Emmanuel, tout ce à quoi s’agrippent les matérialistes ne vous échappe pas. Alors pourquoi ne pas vous constituer leur avocat?

Emmanuel: Ils ont des prétentions que ma pudeur et ma conscience ne me permettent pas de citer et encore moins de défendre. C’est pourquoi, il serait préférable de demander la présence d’un des leurs qui se fera certainement un plaisir et un devoir de représenter leur école. Mais cette personne doit être habituée aux débats scientifiques, connaissant les règles du raisonnement et de l’argumentation, non un de ces modernistes qui ne possèdent pour preuve que: Sir untel a écrit, monsieur untel a dit, le docteur untel a répondu, tels et tels magazines et journaux ont rapporté, etc., car ceux-là n’ont de réaction à la vue des preuves que de lancer: «ceci est l’argumentation d’esprits dépassés. Nous vivons une ère de progrès et de lumière qui ne s’accommode guère de ces idées d’un autre âge.» Voilà pourquoi nous devons choisir pour ce rôle un matérialiste scientifique, qui respecte dans ses discours sa qualité d’homme de science.

Le prêtre: Si vous n’y voyez pas d’objection, je jouerai le rôle de cet homme de science matérialiste.

Emmanuel: Eh bien! docteur, Vous venez d’entendre l’exposé du cheikh sur les arguments du Coran au sujet de l’existence de Dieu et ce, en opposition au courant matérialiste qui développe un point de vue contraire.

Le docteur: Parlons donc librement, sans frein ni contrainte. Le libre c’est celui qui n’éprouve pas de ressentiment envers la justice. Elle est pour lui un bonheur et une fin recherchés; c’est celui dont le savoir est honoré par la vertu de la pertinence et qui se réjouit de son élévation sur les échelons de la vérité.

Pour commencer, je dirai que les remarques du cheikh sur la raison d’être de l’homme sont tout à fait justes. En effet, l’homme s’y résout de manière instinctive, et c’est en considération de la raison d’être de l’individu et de ses aspirations que la science et la civilisation ont autant avancé. Nous ne pouvons pas nier non plus ce qu’il a mentionné sur l’envergure de l’appel à travers le monde au nom de Dieu: ses lois, ses enseignements, ses leçons sur les bonnes mœurs et ses mises en garde contre la dénégation et le mépris de ses injonctions. Cependant, l’état actuel du savoir scientifique ne nous permet malheureusement pas de désigner ce dieu dont ils parlent, ni d’aboutir à la conclusion de la nécessité de son existence, pour que nous nous mettions en quête de l’école de sa législation et de ses enseignements sur la morale. Nous avons donc cru, mais simplement par crainte de tomber dans un « mal possible », comme l’a si bien expliqué le cheikh.

Le cheikh: Certes, notre conversation doit se passer dans une liberté totale tant qu’elle sera au service de la vérité, cela va de soi. Mais ce que vous venez de dire est le moins qu’on puisse dire abrégé et peut très bien prêter à confusion. C’est pourquoi nous vous serons obligés d’être explicite sur vos visées, afin de nous éviter les malentendus et la polémique. Dites-moi: est-ce que l’état actuel du savoir scientifique vous a fait parvenir à la négation de Dieu, pour que vous mettiez tout cet engagement que l’on vous connaît à expliquer l’existence des êtres par une autre cause que lui? Ou bien, parce que la science ne vous a pas indiqué la présence de Dieu, cela vous a peut être plongé dans le doute quant à l’origine de ces êtres.

Le docteur: Puisque vous voulez débattre ouvertement, sachez que la science nous a conduit tout droit à la négation de ce dieu. Pour ce qui est de l’existence des êtres, nous l’expliquons tout simplement par le mouvement perpétuel de la matière.

Le cheikh: Donc cette fameuse science qui vous a conduit à prouver avec certitude l’inexistence de Dieu est la même qui vous a conduit à conclure pour l’éternité de la matière, contrairement au point de vue que nous défendons et par lequel la science nous a fait parvenir à la découverte de la nécessaire existence de Dieu, et que la matière ne peut être qu’un existant créé par Dieu. C’est pourquoi, il me semble que nos deux courants de pensée doivent établir la preuve de leurs prétentions.

Le docteur: C’est vrai que la science à son niveau actuel n’a pas tranché sur la réalité de la matière. Cela étant, Démocrite par exemple, admet deux principes de formation de l’univers: le plein, qu’il nomme atomos, c'est-à-dire « indivisible »; le vide, dans lequel se déplacent les particules de matière pure, minuscules, invisibles, indestructibles et infinies en nombre. La diversité de ce qui découle de la multiplicité des formes qui peuvent naître de la combinaison des atomes. Démocrite conçoit la création des mondes comme la conséquence naturelle de l’incessant tournoiement des atomes dans l’espace. Ceux-ci se déplacent au hasard dans le vide, se heurtent mutuellement puis se rassemblent, formant des figures qui se distinguent par leur taille, leur poids et leur rythme. Ces figures peuvent elles-mêmes entrer dans la composition d’objets plus complexes. Cependant, la science ne conçoit pas cette idée de figures, parce qu’elle contredit le principe de l’indivisibilité de la matière. Pour cela, les chercheurs de l’époque moderne disent que les atomes qui nous intéressent sont bien plus petits que ceux dont parle Démocrite.

Le cheikh: Ce n’est pas pour vous interrompre, mais la science a établi ses preuves pratiquement de façon expérimentale sur la divisibilité du corps matériel et ce, quelque soit sa taille. Tout corps étant constitué d’au moins deux extrémités, la raison le conçoit aussitôt dans sa dimension quantitative, et par conséquent, selon un principe de divisibilité. L’évidence de la divisibilité de tout corps entre ses deux extrémités fait ainsi tomber à l’eau cette idée d’indivisibilité de la matière. Pour ces raisons et d’autres, certains de vos penseurs défenseurs de la monadologie, ont été amenés à reconnaître: « L’indivisibilité des monades est une chose inconcevable, et pourtant, leur divisibilité serait synonyme de disparition de leurs propriétés fondamentales. » Poursuivez, docteur.

Le docteur: Leucippe et, après lui, Epicure disaient que les atomes se déplacent dans le vide, mais lorsque certains savants se rendirent compte de l’impossibilité du vide dans la nature, ils ont supposé que ces atomes se déplacent au sein d’une matière douce ou d’un gaz plus léger que l’air, ou même un liquide remplissant le vide et qu’ils ont appelé « éther», dans lequel se déplacent dans un incessant tournoiement les atomes, qui font partie intégrante de cet éther. Il résulte de ces tourbillons, collisions et agrégations de ces atomes, la formation de figures, différentes par la taille, le poids et le rythme.

Selon le point de vue ancien, ces atomes sont éternels, mais à travers un point de vue récent qui trouve son argument notamment dans les découvertes du français Gustave Lebon, il apparaît que la matière est une énergie condensée, qu’elle n’est pas éternelle et qu’elle s’épuise et s’anéantit par décomposition en énergie, comme le radium et d’autres matières semblables se désintègrent en émettant de petites particules qui s’en dégagent à très grande vitesse. L’énergie aussi se décompose en éther; elle n’est pas éternelle. C’est cet éther qui, dans les temps très reculés et pour des raisons que nous ignorons, s’est condensé pour devenir matière.

Si la matière, et donc les atomes, ne sont pas éternels, l’éther par contre l’est bel et bien, et c’est à cet éternel que se rattache l’existence de toute chose, de même que c’est vers lui qu’elle finit. Il n’est nul besoin par conséquent, de passer outre la nature pour imposer l’existence d’un dieu, d’autant que la science moderne ne nous permet pas de croire à une existence invisible.

Le cheikh: Je voudrais commencer par votre dernière idée, celle qui prétend que la science moderne ne nous permet pas de croire à une existence invisible. Permettez-moi de vous dire, docteur, que la science moderne précisément se lave les mains de ce genre de paroles. Comment pouvez-vous affirmer une telle chose, alors que le monde entier est convaincu de l’existence de l’énergie électrique. Est-elle visible? Pourtant, l’observation de son action et de ses effets, à travers la traction, la poussée et la mise en mouvement n’est-elle pas en soi une preuve suffisante de son existence?

Quelqu’un peut-il nier l’existence d’une âme chez les animaux? Bien qu’on ne puisse pas dire qu’elle soit visible, ses activités sensorielles et ses fonctions vitales forcent l’esprit à reconnaître son existence, en particulier lorsqu’elle quitte le corps et que celui-ci devient inerte, sans vie, et qu’il ne peut plus remplir jusqu’à la plus élémentaire de ses fonctions.

Reste-t-il un doute sur l’existence de l’énergie électrique, après l’observation des différentes fonctions qu’elle accomplit, fonctions que la science attribue justement au seul effet de cette force invisible? Reste-t-il un doute sur l’existence de l’âme, après l’observation des différentes fonctions vitales qu’elle accomplit et que la science restreint à la seule action de l’âme? Reste-t-il un doute sur l’existence de Dieu, le Créateur des cieux et de la terre, surtout après l’observation de ses prodigieuses actions et sa sagesse supérieure, à travers l’organisation de cet admirable système qu’est notre univers? La science, celle qui n’a d’autre but que la recherche de la vérité, ne peut expliquer l’origine de ces actions que par l’E^tre Nécessaire, l’Omniscient, le Sage, Dieu Tout-Puissant.

Voyons, docteur; ces atomes et leur tournoiement, les tourbillons d’éther, ainsi que l’éther lui-même, ont-ils été observés avec des jumelles ou à l’aide d’un microscope?

Le docteur: Non. A vrai dire, les scientifiques ont juste placé ces éléments au centre d’une hypothèse pour orienter l’explication et finir à une origine que justifie ce raisonnement.

Le cheikh: Pourquoi vos amis se sont-ils imposé l’idée de l’indivisibilité des atomes, au risque de s’exposer à la critique scientifique, sachant l’impossibilité d’une telle qualité pour un corps matériel, quel qu’il soit? Et pourquoi ont-ils donc considéré que l’éther était d’une extrême simplicité?

Le docteur: Parce que s’ils avaient admis pour les atomes une structure composée, il aurait été difficile de défendre leur éternité, et cela va de même pour l’éther.

Le cheikh: Si la divisibilité d’un corps est incompatible avec son éternité, il faut reconnaître que quelle que soit la simplicité de la structure supposée à l’éther, il demeure divisible, étant donné sa nature matérielle. Comment peuvent-ils dans ce cas parler de son éternité? Mais laissons cela, du moins pour le moment, et dites-moi plutôt: n’auraient-ils pas mieux fait de dire simplement que les atomes ainsi que l’éther font partie d’une chaîne infinie de créatures? Cela aurait eu au moins le mérite de leur permettre de spéculer sur une évolution à l’infini, sans avoir à s’embarrasser de l’éternité non prouvée d’un objet, auquel paradoxalement, ils ne peuvent qu’attribuer des caractères qui lui dénient l’éternité.

Le mensonge de l’hypothèse de l’évolution
Le docteur: Peuvent-ils intégrer dans cet enchaînement ce qu’ils supposent comme non-existant?

Le cheikh: Certainement pas; ce serait, le moins que l’on puisse dire, prendre position contre le bon sens. Comment voulez vous qu’ils puissent concevoir un ordre chronologique à partir de rien, du néant? Ils ne peuvent élaborer leur hypothèse qu’à partir de quelque chose d’existant; et compte tenu du caractère de cette même théorie, les maillons de la chaîne ne sont tous que des faits, des événements dont aucun n’est éternel.

Le docteur: Donc, l’esprit qui suppose cette chaîne et conçoit ses maillons dans le laboratoire de son imagination doit nécessairement enfermer les parties supposées de cette chaîne dans un cadre d’existence, de survenance, puisque toute sa théorie est bâtie sur ce principe.

Le cheikh: Absolument; car l’esprit qui a supposé cette chaine, l’a séparée de la non-existence et de l’éternité. Dès lors, les parties de ladite chaîne ne sont toutes que des évènements, quelle que soit la longueur de la chaîne.

Le docteur: Cela signifie, chers amis, que l’hypothèse de l’évolution est nulle, car selon cette même théorie, tant que les maillons de la chaîne sont conditionnés par le principe de survenance, la chaîne elle-même est condamnée à être limitée par la non-existence, indispensable à la survenance des maillons. On a beau allonger la chaîne et en reculer les limites, on ne fera que les rapprocher du néant, d’où la nullité de cette hypothèse. Nous pouvons en faire la démonstration d’une autre manière, plus simple et plus tranchée: si nous intégrons l’existant éternel dans la chaîne, il absorbera cette chaîne, étant donné que c’est en lui qu’elle finit; si nous intégrons le néant dans cette chaîne, elle sera coupée par le néant. Mais alors, Quel intérêt la science peut-elle trouver dans la théorie de l’évolution? Si elle s’est embourbée dans cette hypothèse, seulement pour se retrouver aussi perplexe et interloquée devant son impuissance à concevoir une chaîne infinie; eh bien! cette science n’avait qu’à faire preuve de perplexité dès le début et s’épargner les désagréments d’une situation imaginaire, absurde et sans issue.

Le cheikh: Voilà donc qui évacue la question de l’évolution. Mais dites-moi: pourquoi ne dites-vous pas également que l’éther ou les atomes sont causés par ce dont ils sont eux-mêmes la cause?

Le docteur: Pardon, cheikh; Comment se peut-il qu’une chose soit originaire de ce dont elle est elle-même l’origine? Si on émet la supposition que chacune des deux choses est la cause active ou matérielle de l’existence de l’autre, nous serons amenés à considérer, bon gré mal gré, que chacune des deux choses était inexistante lors de sa propre existence, et existante lors de son inexistence; ce qui est simplement inconcevable, impossible. C’est précisément ce circuit, cette boucle absurde que matérialistes et religieux, notamment les penseurs musulmans, jugent nuls. Enfin, cheikh, je trouve pour le moins bizarre votre obstination à traiter de ces impossibilités.

Le cheikh:Doucement, docteur; bon nombre de modernistes sympathisants du courant matérialiste ne cacheraient pas leur colère devant la démonstration de la nullité de la théorie de l’évolution. Aussi, je tenais à m’assurer que vous n’en faisiez pas partie.

L’apparition de la matière
Pour revenir à notre sujet, vous dites que les atomes ou l’éther sont éternels et nous disons que les atomes, de même que l’éther ne sont que des événements qui, pour exister, ont besoin d’une cause. Etant donné l’importance de la divergence, il me semble que chacun de ces deux points de vue devra apporter la preuve scientifique du bien fondé de sa prétention.

L’existence après le néant
Le docteur: Evidemment, il n’y a pas de point de vue sacré et irréfutable sans preuve. En ce qui nous concerne, nous défendons l’existence des atomes parce que c’est une hypothèse plausible. Ensuite, nous les avons qualifiés d’éternels afin de donner une explication à leur éternité. Enfin, nous avons rendu nécessaire cette éternité, au vu de l’impossibilité de l’évolution d’une chose existant à partir du néant. C’est ce que nous disons également au sujet de l’éther.

Le cheikh: Qu’entendez-vous par «l’impossibilité de l’évolution d’une chose existant à partir du néant »? Je crois que ceci mérite quelques éclaircissements.

Le docteur: L’existant ne peut pas naître du non-existant, car le non-existant n’est rien de plus que le néant et rien ne peut naître du néant.

Le cheikh: L’ambiguïté reste malheureusement entière, car vous n’avez toujours pas donné d’explication sur ce qui a besoin d’être expliqué; que signifient pour vous «la non-existence» et «le néant»?

Le docteur: Eh bien! la chose existante ne peut avoir pour matière la non-existence ou le néant, de même que le néant ne peut être la cause efficiente de l’existence d’une chose, c’est évident.

Le cheikh: Ceci est effectivement impossible, comme vous dites. Qui pourrait dire le contraire? En tous cas, cela nous amène à dire que si les atomes et l’éther existent, ils ne peuvent être que des faits, des événements existants après leur non-existence, et créés par Dieu, l’Existant, l’Eternel, le Tout-Puissant. De ce fait, il n’y a aucune impossibilité à leur apparition.

Le docteur: Voyons, cheikh; la venue à l’existence après le néant est impossible.

Le cheikh: Vous m’étonnez, docteur, vous le partisan de la science expérimentale; comment pouvez-vous l’affirmer avec cette légèreté, alors que toutes les heures vous voyez et constatez que des milliers de créatures viennent à l’existence, après le néant. Ne voyez-vous pas l’homme? Il n’est qu’une goutte de sperme lorsqu’il arrive dans l’utérus de sa mère. Il devient ensuite grumeau de sang, puis se développe en humain, pour naître avec ses membres, ses sens et ses sentiments. Où était donc le sperme qui fut à l’origine de cet homme lorsque ses grands parents n’étaient encore que sperme? Ne vous rendez-vous pas compte que les animaux et les arbres existent après leur non-existence? Après cela, soutenez-vous toujours que la venue à l’existence après le néant est impossible?

Le docteur: Personne ne pourra vous contredire ou nier ce que vous dites. Comment peut-on occulter ce qui est au vu et au su de tout le monde, et dont l’évidence nous apprend qu’il n’y a point d’opposition entre l’existence et l’apparition? Néanmoins, la particularité de la matière, en l’occurrence celle des atomes ou de l’éther, c’est justement l’impossibilité de son existence après sa non-existence. Nous n’avons jamais vu la matière apparaître, ni qui que ce soit la faire apparaître ou la créer, tout comme nous ne l’avons pas vue s’anéantir, ni personne l’anéantir, la faire disparaître. La science a démontré que le dépérissement que nous pouvons observer de la matière n’a rien de son anéantissement, mais seulement celui de la forme spécifique. Quant à ses petites particules éparpillées et que les sens ne perçoivent pas, elles restent bel et bien existantes.

Le cheikh: Laissez-moi vous poser une question: quelqu’un peut-il, en se servant de la terre ou d’une autre matière, créer un homme avec son âme, ses sentiments et sa conscience, même un animal ou une plante, sans recourir aux moyens usités dans le domaine de la reproduction? Dites-moi encore: est-il correct d’affirmer que l’homme, l’animal et la plante sont éternels, sous prétexte que personne ne peut les créer?

Le docteur: Là, je vous arrête, cheikh. La science, autant que la conscience, témoignent que l’homme ne peut pas créer tout ce qui est contingent, et les êtres que vous venez de citer font justement partie de cette catégorie. Ceci dit, la science témoigne aussi que ce que l’homme ne peut pas créer et qui n’est pas forcément éternel, peut très bien dépendre d’une cause qui le fait exister.

Le cheikh: Ne nous faites pas languir, docteur; montrez-nous donc votre démonstration. Expliquez-nous plutôt pourquoi ne restez-vous pas sur ce raisonnement et reconnaître que la matière peut également avoir une cause qui la crée et la fait exister, même si l’homme ne peut pas la créer, comme vous venez de le dire à propos de l’homme, l’animal et la plante. Comment pouvez-vous de ce fait, être aussi catégorique sur l’éternité de la matière?

Le docteur: Nous avons dit que la matière est éternelle parce qu’elle n’est pas périssable et personne ne peut l’anéantir, et tout ce que nous pouvons observer de la désagrégation de la matière, c’est sa désintégration jusqu’à l’état d’atomes qui, eux ne peuvent pas s’anéantir. La matière reste donc permanente et ce qui est permanent est éternel.

Le cheikh: Est-il possible d’observer les atomes, même au microscope, afin de s’assurer de la survivance de la matière après sa dégénérescence et sa désintégration?

Le docteur: Non, malheureusement.

Le cheikh: Mais alors, sur quel appui avez-vous consacré la survivance de la matière? Si son anéantissement est difficile pour l’homme, rien n’empêche l’existence d’un autre acteur pour qui ce serait une chose aisée. Par ailleurs, il est réputé parmi les scientifiques en Europe, que la matière disparaît pour se transformer en énergie. Mais qui nous dit que l’énergie ne disparaît pas à son tour? Pensez-vous que lorsque la bouteille de Leyde se décharge, il subsiste de son électricité des fragments qui ne se divisent pas? En outre, cette chaleur qui naît de l’augmentation du courant électrique, puis, la lumière qui naît de l’augmentation de cette chaleur, pensez-vous qu’après leur disparition, elles laissent des débris qui ne peuvent se diviser? Est-ce que le courant électrique reste? D’où tenez-vous que cette énergie se transforme en éther? Qui a pu le constater? Enfin, qu’est-ce qui vous fait dire que l’éther ne s’anéantit pas? Y a-t-il pour cela, ne serait-ce que l’ombre d’une preuve basée sur l’observation, l’expérience, ou même l’intellect?

Le docteur: Quel que soit le pouvoir de faire exister, il ne s’applique qu’au possible; il est exclu qu’il concerne l’impossible. Si nous admettons l’existence d’un dieu puissant, nous ne pouvons pas lui imaginer un pouvoir qui s’appliquerait à l’impossible. De ce fait, étant donné l’impossibilité qu’une chose surgisse du néant, ou que l’existant émane du non-existant, il est exclu que l’univers ait été créé du néant, de la même façon que Dieu ne peut faire en sorte qu’un cercle soit en même temps un triangle.

Abdallah al-Abahi
Le cheikh: Je crois que nous avons déjà eu à répondre à des propos de ce genre. Vous n’êtes pas sans savoir que ces paroles s’attribuent aussi au dénommé Abdallah al-Abahi, à lire dans la page 406 du livre al-madhhab ar-rohani. Mais ce que vous semblez oublier, c’est que les théologiens disent que Dieu a créé la créature, qu’il en a fait un être après qu’elle ne fut rien, et existante après quelle fut inexistante. Qu’y a-t-il donc de si bizarre que l’homme soit homme, après qu’il ne le fut point? De même pour les animaux, les plantes, le cercle et également le triangle. Un homme raisonnable ne dira pas que ces créatures surgissent du néant et émanent de la non-existence. Il ne dira pas non plus qu’elles sont existence et en même temps néant, ainsi que voulait le représenter al-Abahi avec l’exemple du cercle et du triangle; tout cela pour prétendre que: l’existant ne pouvant être que par ce qui est existant, de même que l’existence ne pouvant être que par ce qui est existence, il est impossible qu’ils apparaissent après le néant.

Ramzi et la science
Ramzi: Excusez-moi, docteur, ainsi que messieurs ici présents; permettez-moi d’exprimer mon opinion sur la question. Les nouveaux éclaircissements ont fait tomber les notions de possibilité, de nécessité et d’impossibilité. Ce ne sont que des termes révolus, usités par les philosophes et autres théologiens, au titre d’appuis pour leurs argumentations; et je suis quelque peu surpris, docteur, de vous voir partager la tendance du cheikh à compter sur cette terminologie. J’ai parcouru les facultés et obtenu suffisamment de diplômes, sans être jamais contraint de recourir à l’emploi de ces termes, et je n’ai jamais entravé mon savoir et mon développement intellectuel avec ces inventions vides de sens.

Dans un environnement où les esprits sont mûrs et les idées se croisent et se frottent, croyez-vous que l’on soit bien inspiré de se fier aux anciennes et insensées histoires, juste au moment où l’influence de la science court telle un courant électrique, autant dans son propre milieu que dans son entourage? Messieurs, ce sont les bancs d’école qui sont les garants de l’acquisition du savoir et de la protection des différentes branches scientifiques, et ce sont ces dernières qui œuvrent à la satisfaction de l’ensemble de nos besoins vitaux. Voilà pourquoi ces questions ne peuvent tourner autour d’un axe étranger à celui de la science. Continuer à faire usage de vieilleries comme: possibilité, nécessité, impossibilité, ces vestiges d’une terminologie révolue, relève donc de la pure ignorance.

Prenons l’exemple d’une quantité de laine; d’un côté, elle sera nécessairement une étoffe si elle est soumise au processus mécanique de fabrication textile. D’un autre côté, ce n’est nécessairement pas une étoffe et elle ne le sera pas tant qu’elle restera sur le dos du mouton. Cependant, pour le fabricant, la laine sur le dos du mouton est facile à localiser, et c’est ainsi que vont les choses.

Emmanuel: docteur, je lis sur votre visage une irrésistible envie de répondre à monsieur Ramzi. Mais avant, je vous demanderai tout de même de m’accorder un instant, juste le temps de lui exposer quelques problèmes, auxquels je lui serai reconnaissant d’apporter des solutions scientifiques. Son enthousiasme à faire l’apologie de la science et de l’esprit scientifique m’a beaucoup rassuré, et le nombre de diplômes qu’il se targue de posséder ne fait qu’accroître mon espoir en ses aptitudes à résoudre mes problèmes, mieux qu’aucun autre.

Ramzi et Emmanuel
Ramzi: A vrai dire, ce que j’ai étudié des sciences en faculté, ce sont surtout les résultats scientifiques en fonction des besoins, dans les opérations de géométrie, de calcul, et pour la connaissance de certains domaines tels que la géographie, de façon à être qualifié en tant qu’ingénieur ou enseignant à l’école de formation des enseignants. Cela me permet de gagner mon salaire au service de mon pays et me procure un sentiment de satisfaction pour un travail bien accompli. Pour ce qui est des solutions à apporter à des problèmes de nature scientifique, elles sont plutôt du ressort des chercheurs érudits et spécialistes de l’expérience scientifique et de la démonstration. Et toi, Emmanuel? Serais-tu capable de le faire?

Emmanuel: Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été passionné par l’étude des sciences. Seulement, ce qu’on nous apprend à l’école ne va pas au-delà des généralités et les démonstrations données par les enseignants ne dépassent pas la dimension de la dictée. Aussi, m’a-t-il semblé bénéfique de rendre visite à un des élèves de l’école de Najaf, pour étudier chez lui les sciences pendant quelque temps. Ce qui m’a frappé le plus à Najaf, c’est le nombre important d’élèves surdoués dans le domaine des sciences. Mais leur intérêt étant spécialement axé sur les sciences islamiques, leurs études dans ce domaine n’ont pas eu l’écho, ni la réputation que leur aurait donné l’université laïque.

Ramzi: Peu nous importe cela; les extraordinaires découvertes des occidentaux nous rassurent quant à l’exactitude de leurs théories. C’est pourquoi, nous serions bien inspirés de nous en remettre au jugement de ces savants et nous détourner de la critique et de la profession d’avocats contre la vérité, surtout que les esprits libres et ouverts apprécient ces idées nouvelles qui permettent à l’humanité de vivre dans la jouissance et le repos moral, libérée des entraves et menaces qui sont des facteurs de perturbation pour la sérénité du progrès, sachant qu’il n’est pas aisé d’accepter que nos vies éphémères soient les otages des lois et constamment sous la menace du châtiment.

Emmanuel: Il ne vous échappe pas que les extraordinaires découvertes et les inventions scientifiques dont l’utilité et le bénéfice à tous les secteurs de la vie ne sont pas à démontrer, ont été l’œuvre de religieux qui, eux, au moins, ont conforté leur savoir avec des théories aux bases solides. Alors pourquoi ne puisez-vous pas vos idées de ces savants là, et comment pouvez-vous opter aussi facilement pour une thèse, sans chercher au préalable, à la confronter à d’autres opinions? Même les plus primitifs des habitants de la jungle ne font des choix qu’après comparaison et préférence, en fonction des normes qui sont les leurs, bien entendu.

Certes, il est connu que si un membre d’un troupeau d’ovins ou de bovins sautait dans un fleuve ou un ravin, le reste du troupeau suivrait spontanément, même dans la crainte du danger. Ne vous est-il jamais venu à l’esprit que ceux dont vous avez épousé la doctrine, peuvent aussi être sujets à l’erreur et être responsables de confusion? Démocrite disait que les atomes – dont il supposait l’existence - avaient des formes géométriques. Plus tard, on affirma que nos hypothétiques atomes étaient beaucoup plus petits que ne le supposait Démocrite. Cette tendance trouve son origine dans l’erreur de Démocrite d’attribuer des formes géométriques aux atomes, ce qui s’avérait en contradiction avec leur indivisibilité.

D’autre part, Démocrite, Leucippe et leurs adeptes supposaient que les atomes se déplaçaient dans le vide, compte tenu de la possibilité de ce vide, mais surtout qu’ils ne voyaient aucun besoin pour une autre hypothèse. Mais, ils furent contredits par Thomson et ses amis qui, eux, parlent plutôt de l’impossibilité du vide. Ils ont alors émis l’hypothèse de l’éther remplissant le vide, dans lequel tournoient les atomes en tant que partie intégrante. Enfin, Gustave Lebon et ceux qui adhèrent à ses idées soutiennent que les atomes sont nés de la condensation de l’éther, à une époque très lointaine et pour des raisons inconnues. Ils prétendent également que la matière s’anéantit pour devenir énergie et que l’énergie s’anéantit pour devenir éther. De cette façon, Gustave Lebon contredit ces prédécesseurs, ainsi que l’hypothèse de l’éternité de la matière.

Pour revenir à vos paroles sur la liberté et l’ouverture d’esprit, je vous dirai seulement que l’esprit dans lequel cohabitent sens de l’honneur et bon discernement ne peut que se résoudre à préserver sa liberté et refuser l’esclavage et l’obscurité de l’ignorance, pour s’affranchir de l’emprise du penchant animal. Les nobles esprits prennent soin de leur dignité et se soucient de leur avenir qu’ils protègent de cette calamité qu’est la déchéance, en sachant que le progrès est le cadre décent dans lequel s’organise la société humaine.

Mais un esprit dominé par les passions animales a tendance à préférer les idées qui lui rendent licite l’accès aux jouissances éphémères et le distraient de ses valeurs morales et de sa vocation spirituelle qui ont justement pour raison d’être de le détacher de l’état animal. Vos maîtres à penser, monsieur Ramzi, peuvent bien développer des idées visant à vous protéger des menaces religieuses qui raffinent l’âme et l’accomplissent, ils auront quand même vite fait de comprendre que le mode de vie sauvage et bestial qu’ils préconisent en guise de progrès social sera entravé et rejeté par toutes les politiques, si complaisantes qu’elles soient. Elles se chargeront de couper l’espoir aux dégénérés les plus déterminés, quant à l’instauration d’une société anarchique, à la faveur de laquelle se développeraient les vices et les libertinages. Alors, ne vous bercez pas d’illusions quant à votre société chaotique imaginaire, au sein de laquelle il vous serait aisé de donner libre cours à vos envies les plus viles, un monde sordide où trouveraient satisfaction les convictions matérialistes, sans frein ni menace d’aucune sorte. Dans la réalité, monsieur Ramzi, vous êtes tenu de vous soumettre au joug de l’autorité, maîtriser vos pulsions, vaincre vos envies et calmer votre ardeur sous les lois de l’honneur et de la civilité. Alors, qu’est-ce qui est, me direz vous, le mieux indiqué pour l’épanouissement de l’être humain et pour sa dignité? Le respect des lois divines qui vous accomplissent spirituellement, vous raffinent et vous élèvent, ou bien l’hésitation entre l’affairement dans le monde bestial auquel vous invite Epicure, et la crainte des lois garantes de l’ordre social?

Le docteur: Hélas! Les paroles de Ramzi et de ses semblables parmi les modernistes, leurs actes et leur façon d’être, laissent penser que le choix de la doctrine matérialiste ne peut pas être le fruit d’une conviction scientifique, mais qu’il trouve plutôt sa source dans une morale dégénérée, des mœurs décadentes et une tendance à céder à ses plus bas instincts.

Emmanuel: Non docteur, je doute que les idées de Ramzi et de ses amis soient la raison de votre grande déception. N’est-il pas vrai que la thèse fondamentale de l’épicurisme présente le plaisir comme le bien suprême et le but ultime de la vie? Selon Epicure, le maître du matérialisme, le vrai bonheur résidant dans la sérénité qui résulte de la délivrance de la crainte, à savoir de la crainte des dieux, de la mort et de la vie après la mort, le dessein de toute la spéculation épicurienne sur la nature est de délivrer l’homme de telles craintes. Bref, en tant que système complet, l’épicurisme présente une théorie physique, soumise à des fins éthiques, qui a pour vocation de délivrer le monde du divin et de toute présence mythique.


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Le nécessaire, le possible et l’impossible AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Le nécessaire, le possible et l’impossible
Le docteur: Je voudrais tout de même m’adresser à Ramzi et revenir sur ses critiques à mon égard, pour avoir été d’accord avec le cheikh sur les principes du possible, du nécessaire et de l’impossible. Enfin, vous ne voudriez quand même pas que je me mente et que je ferme les yeux sur l’évidence! Prenez l’exemple d’un enfant que vous tentez d’attirer en lui montrant un objet: Il le regardera d’abord attentivement en se demandant s’il est possible que cet objet reflète ce qu’il désire, pour essayer de le prendre. Il essayera aussi de comprendre si c’est nécessairement ce qu’il veut, et dans ce cas il le demandera. Mais s’il est impossible que cet objet soit ce qu’il désire, il s’en détournera. C’est sur la même logique qu’il raisonnera devant un objet susceptible de lui causer du mal, et ainsi va également la perception animale pour les sentiments de désir et de crainte.

Vous pouvez traiter cette terminologie de ce que vous voudrez; ce sont pourtant les mêmes notions de possibilité, de nécessité et d’impossibilité que vous avez employées dans votre exemple sur la laine. Déjà, Démocrite et ses adeptes avaient construit leurs théories sur la possibilité du vide, alors que Thomson et ceux qui l’ont suivi ont édifié les leurs au sujet de l’éther, sur l’impossibilité du vide. Dites-moi donc, Ramzi: Quel est votre problème avec les termes de nécessité, possibilité et impossibilité?

Ramzi: Vous parleriez autrement si vous aviez écouté les théologiens discuter de leur métaphysique. C’est si fatiguant et ennuyeux de les entendre répéter inlassablement: possible, nécessaire, impossible, possibilité générale, possibilité particulière, nécessité par essence, etc. N’auraient-ils donc que cela dans leur lexique?

Emmanuel: Pour chaque métier, pour chaque art, il existe une matière propre et des instruments propres. Lorsque nous abordons le sujet de tel ou tel métier, nous sommes forcément amenés à faire preuve de répétition en parlant des activités et des outils utilisés dans ce métier. Le menuisier, en abordant le sujet de sa menuiserie, prononcera sans doute plusieurs fois des mots tels que: bois, clou, petite scie, grande scie, grand perçoir, petit perçoir, râpe, rabot; et c’est ainsi. Mais vous ne l’entendrez certainement pas citer la viande, le charbon, le gasoil ou le bistouri. Tout comme le menuisier, le chimiste parlant de son domaine, ne peut éviter de citer des termes comme l’oxygène, l’hydrogène, l’azote, le chlore, le carbone, le sodium, le phosphore, etc. Alors, excusez-moi si je vous dis que le bédouin inculte et sauvage s’ennuie en écoutant le menuisier et le chimiste parler de leurs spécialités, et ne m’en voulez surtout pas si je vous dis que s’il arrivait au chimiste de tourner le dos à son art qui est l’expression de son talent et sa richesse à venir, pour les brader contre le divertissement, la danse, l’alcool et les amourettes, il ne ressentirait, à n’en pas douter, que douleur et amertume, en entendant les chimistes discuter de sujets propres à leur métier.

Dites-vous, Ramzi, que les théologiens ne s’intéressent pas aux spécificités des êtres; ils se contentent de les analyser tous ensemble du point de vue de la possibilité, de la nécessité et de l’impossibilité, pour connaître l’effet et sa cause éternelle, les particularités de la cause et enfin, le premier faiseur. Dans ce genre d’analyse, la possibilité, la nécessité et l’impossibilité sont de précieux outils. Ne soyez donc pas aussi irrité par leur usage, même s’il vous semble abusif. A propos, avez-vous lu le livre anouar al-houda? Il présente une intéressante analyse de ce sujet, aux pages: 5, 6, 30 et 31.

Ramzi: Non, je ne l’ai pas lu. Ceci dit, je ne manque pas du tout de lecture, car je lis beaucoup les quotidiens nationaux et aussi les romans.

Emmanuel: Décevant! Vous êtes un oriental qui a la prétention de porter haut la gloire de l’Orient, et vous ne prenez même pas la peine d’ouvrir le livre d’un savant oriental, qui de plus vous est offert gratuitement. Vous pourriez faire l’effort de le lire ne serait-ce que pour le critiquer et contester ses théories.

Le cheikh: Docteur, nous serait-il possible de revenir à notre discussion sur la matière et l’éther? Il est temps que nous passions à la démonstration de leur apparition et l’impossibilité de leur éternité, de sorte qu’il ne sera plus donné de spéculer sur ce sujet.

Un groupe de témoins: Nous vous demandons pardon, cheikh; permettez-nous de dire quelques mots qui nous brûlent autant la langue que le cœur. Nous sommes des gens musulmans, vivant au pays de l’Islam, et nous caressons l’espoir qu’un jour nos savants arriveront à défendre efficacement nos croyances et notre religion des prétentions qui n’ont pour but que de semer le doute dans les esprits des gens simples. Nous implorons Dieu de les appuyer d’un argument clair et convainquant, qui repoussera ceux qui s’acharnent contre l’Islam, en vue de modifier sa morale et ses lois, car chaque mois, l’Egypte et le Liban nous submergent de milliers de livres qui n’ont pour vocation que de tirer à boulets rouges sur notre religion et discréditer son message et son prophète. Pour cette sordide mission, à eux seuls suffisent les livres de Jam?iyet al-hidaya, édité sous le patronage des missionnaires américains, et le livre de Hachem al-Arabi. Inutile de citer les autres livres, ceux-là de moindre importance, tels que: housn-ul-i?jaz, abhath al-moujtahidin, rihlet al-Gharib Ibn al-?Adjib et d’autres encore. Et comme si cela n’était pas suffisant, les prédicateurs jésuites ne ménagent aucun effort pour ternir l’image de l’Islam; ils s’attaquent à nos croyances et nos convictions dans une liberté qui révolterait les plus indifférents. Evidement, ceci n’est pas pour empêcher la diffusion du livre de Chabli Chamil, cette publication qui excelle dans l’apologie du matérialisme et le discrédit des théologiens, sous les encouragements et les clins d’œil complices de certains modernistes, sans parler d’autres fléaux qui consument les valeurs de notre société comme le feu consume le charbon.

Les doutes et les soupçons engendrés par cette calamité ont failli faire sortir notre jeunesse de sa religion, et nos enfants sont devenus tel le sable coulant qui se révolte à chaque bourrasque. Que sommes-nous sensés faire pour repousser ces assauts contre l’Islam? Que pouvons-nous faire devant les idées malsaines inculquées à nos semblables, nous les simples gens, impuissants et démunis que nous sommes? Que pouvons-nous faire pour protéger nos enfants? Est-il acceptable que ce mal se propage jusque dans nos foyers, devant le regard impassible de nos savants? Mais peut être répondrez vous que vous n’êtes pas au courant? Nous sommes convaincus que parmi vous se trouvent des gens qui sont, avec l’aide de Dieu, capables de nous en protéger. Vous avez le savoir, les arguments et les preuves suffisantes pour dissiper les doutes, rassurer les esprits et fixer la conviction. Qu’est-ce qui vous en empêche alors que rien n’entrave votre liberté, à un moment où la prédication s’impose pour vous comme un devoir sacré? Jusque là, vos interventions et celles d’Emmanuel nous ont délivrés de bien des soucis et ont illuminé nos esprits sur nombre de vérités. Après cela, je doute qu’il vous soit permis de réserver le reste des informations au besoin exclusif de vos gesticulations intellectuelles, et en nous abandonnant dans la nuit des doutes et de la perplexité, laisser les efforts de notre Prophète et des Imams des musulmans partir comme paille au vent.

Le cheikh: Rassurez-vous mes frères, nous connaissons la situation que vit votre jeunesse. Nous n’avons relevé chez vos enfants aucune suspicion capable de les ébranler dans leur foi, si ce n’est une obstination injustifiée à vouloir s’identifier dans les nouvelles idées occidentales, sans affinité intellectuelle ou qualification scientifique, leur seul bagage étant la lecture de quelques journaux et magazines qui les prennent par leurs envies les plus primaires et leur suggèrent de nouvelles idées auxquelles ils croient naïvement, sans critique aucune. Les voilà maintenant devenus esclaves de fantasmes pour lesquels ils ne trouvent de justification que dans la référence au développement technologique de l’Occident et sa comparaison au déclin de l’Orient. Quoi qu’il en soit, ils appellent «courage moral» cette soumission aveugle aux passions, cette précipitation dans la concupiscence et cette indépendance de toute entrave. Cela dit, nous les accueillerons toujours à bras ouverts chaque fois qu’ils chercheront une explication scientifique à leurs tracas.

Concernant vos reproches sur notre supposé silence devant les malheurs de notre nation, je tiens à vous informer que de nombreux livres ont été écrits sur le sujet qui vous préoccupe. Je vous citerai l’exemple du livre idhhar al-haq, écrit par le cheikh Rahmatullah al-Hindi, ainsi que d’autres livres comme al-houda, at-tawhid wa-t-tathlith, nassa’ih al-houda, anwar al-houda. Alors, les avez-vous lus? En avez-vous seulement entendu parler? Pourtant ils ont tous été diffusés. Quelle place occupent-ils parmi les romans et autres livres étrangers dans vos bibliothèques personnelles? Pour votre information, il existe encore un autre livre, plus général mais plus accessible au grand public. Il reprend notamment des conversations scientifiques, aborde le thème des religions et les théories des matérialistes. Il rapporte également les enseignements du noble Coran, ses arguments, sa morale, la probité et la justice de ses lois, sa civilisation, sa réforme, son éloquence et son caractère inimitable, l’ensemble dans un style convivial et plaisant. Malheureusement, longtemps après sa rédaction, le livre est toujours à la recherche d’une âme charitable pour sa publication. Dans son engagement à porter secours à sa religion, l’auteur est même disposé à céder tout le bénéfice commercial de son livre à un éventuel éditeur. ‘a-da ad-din gharib (la religion est devenue étrangère) est le titre de cet ouvrage, puisse Dieu faciliter sa publication, en renforçant la détermination des savants et des quelques religieux que la foi a liés aux hommes de science; que Dieu les récompense pour leur dévouement et leurs sacrifices. Mais ceci ne nous met pas à l’abri de vos reproches. Puisse Dieu nous pardonner ainsi qu’à vous et nous guider tous vers ce qu’il aime et le satisfait.

Mes frères, en dépit de l’hésitation des musulmans à porter secours à leur religion, celle-ci ne cesse d’avancer et de progresser admirablement. N’y a-t-il pas là de quoi doubler de clairvoyance et gagner en discernement sur le prodige de l’Islam, sa grandeur et sa lumière?

Emmanuel: Je crois qu’il serait grand temps que vous repreniez votre discussion avec le docteur sur l’apparition de la matière. Je crois que nous en étions au constat selon lequel la science n’a pas démontré l’impossibilité de la survenance des atomes, de même d’ailleurs que pour l’éther.

Le cheikh: Dans leurs spéculations sur les différences de mouvements des atomes, les matérialistes ont été amenés à affirmer que, d’une part, les atomes ont un élément en commun, et d’autre part, ils se constituent d’éléments propres. Ceci annule de fait l’hypothèse de leur indivisibilité, car étant composés, ils ont forcément besoin d’une cause ou d’un faiseur qui serait à l’origine de cette composition.

Ceci étant, la discussion sur la causalité nous amène à nous pencher sur la nature de la cause, autrement dit: le faiseur. S’il est faiseur de par sa nature, c’est qu’il doit être composé aussi; une des parties de ce faiseur expliquera la partie commune à tous les atomes, c'est-à-dire leur substance, pendant que l’autre partie sera l’origine des caractéristiques qui les distinguent les uns des autres. Mais si le faiseur est faiseur par sa volonté, il devient la cause par excellence de l’apparition des êtres. Tout bien considéré, nous ne pouvons pas élever les atomes au rang de première cause.

Le docteur: Qu’est ce qui leur permet d’affirmer que les atomes se distinguent par des différences de mouvements et de trajectoires?

Le cheikh: Ce que nous retenons de Démocrite, c’est sa conception de l’univers comme la conséquence naturelle de l’incessant tournoiement des atomes dans l’espace. Selon lui, ceux-ci se déplacent au hasard dans le vide et se heurtent mutuellement puis se rassemblent, formant des figures qui se distinguent par leur taille, leur poids et leur rythme. Quant à Epicure, il conçoit l’univers comme infini, éternel et composé seulement de corps et d’espace. Parmi ces corps, il en est qui sont composés et d’autres sont des atomes ou éléments stables et insécables, constitutifs des corps composés. Il ajoute que le monde résulte des tourbillons, collisions et agrégations de ces atomes dont chacun ne possède que forme, taille et poids.

Nous déduisons des points de vue de Démocrite et d’Epicure, que les mouvements des atomes s’effectuent selon des attitudes différentes, car si leurs mouvements étaient orientés dans la même direction, sur la même distance et à la même vitesse, il n’y aurait jamais eu de collision. En fait, ces différences se justifient par une autre différence, celle des caractéristiques qui distinguent les atomes les uns des autres.

Une des théories du matérialisme dit: «Concernant les mouvements des atomes, ils sont déterminés par l’opposition des forces de répulsion et d’attraction, considérées comme deux natures chez les atomes.» Par conséquent, si certains atomes se caractérisent par la force d’attraction et d’autres par la force de répulsion, il nous faudra bien reconnaître que ces atomes se constituent d’une partie qui leur est substantiellement commune, en plus des autres parties qui les distinguent, conformément à leurs natures différentes. Mais si l’on suppose la présence des deux forces dans le même atome, cela reviendrait à admettre son caractère composé et donc, sa divisibilité en deux pôles, un pour la force d’attraction et l’autre pour la force de répulsion.

En somme, s’il était possible que ces atomes supposés indivisibles pouvaient exister d’eux-mêmes (ce qui est impossible comme l’a démontré la science), ils seraient quand même en considération des raisonnements précédents, composés dans leur substance et leur forme, et ayant besoin d’une cause pour les constituer, les orienter dans leurs mouvements et leur fixer leurs positions et trajectoires. Réfléchissons donc sur la nature de cette cause, loin des atomes, cela va de soit.

Pour ce qui est de l’éther, force est de constater qu’il se divise également en parties, chacune occupant une place différente de celles qu’occupent les autres. A partir de là, si cette caractéristique est de la nature de chaque partie, cela fait forcément de chacune de ces parties un corps composé en substance de quelque chose qui les associe toutes dans leur qualité d’éther, et de quelque chose d’autre qui, du fait de sa nature fixe à chaque partie sa position par rapport aux autres. En fin de compte, les différentes parties de l’éther étant fondamentalement composées, il existe forcément une cause derrière la constitution de leur essence, de même qu’étant composées dans la forme, il existe une cause pour les façonner ainsi.

On en déduit que si la spécificité de chaque partie de l’éther provient de l’action d’un faiseur, qui en outre n’est pas de la nature de ces fragments, nous ne pouvons que rattacher le principe de causalité à ce faiseur et axer la recherche exclusivement dans sa direction.

Voici la théorie d’un autre penseur du matérialisme, en l’occurrence Thomson: Les atomes sont des anneaux tourbillonnant dans l’éther ou la matière originelle. Ainsi, l’univers se constitue d’un liquide ininterrompu remplissant le vide et ces anneaux éparpillés tourbillonnent au sein de ce liquide dont ils font partie.

Nous dirons dans ce cas: Ces anneaux tourbillonnants qui constituent des parties du fameux liquide gardent-ils les caractéristiques du liquide en étant des atomes, ou bien leur formule change-t-elle? Si elle change, nous voudrons savoir qui ou qu’est ce qui est la cause de son changement. En tout cas, nous ne pourrons pas dire que c’est la nature même de l’éther qui a exigé que certaines de ses parties se transforment en atomes et en tourbillons, au moment où il n’y avait point d’autre créature que l’éther. Mais si leur formule ne change pas et demeure sur l’essence de l’éther, la question se posera alors d’elle-même: Quelle est la cause de leurs mouvements? Nous pourrons difficilement l’attribuer à la nature de l’éther, car il faudrait pour cela que la faculté de se mouvoir soit également celle de l’éther qui devrait se déplacer entièrement d’un seul mouvement, en un seul tourbillon. Cela impliquerait que l’univers entier soit d’une masse unique et d’un genre unique, la cause du mouvement étant également unique. Par ailleurs, s’ils disent que l’éther n’est pas la cause du changement, nous dirons que dans ce cas les recherches doivent être orientées vers la cause de cette transformation, vers le véritable transformateur.

Enfin, Le docteur Gustave Lebon affirme que « l’éther, pour des raisons inconnues, s’est condensé à une époque lointaine, devenant une matière solide.» Soit! Mais ne doit-on pas chercher la cause de cette condensation? Est-ce que l’éther s’est condensé entièrement de sorte qu’il n’est plus resté d’éther, ou bien s’est-il condensé seulement en partie?

Ramzi: Il est bien facile pour vous d’émettre des jugements, à partir de cette assemblée et dans le confort de votre chaise. Ce genre de jugement, cheikh, s’obtient dans le creuset du chimiste et non en cherchant dans l’abstrait.

Le cheikh: Prenons l’exemple de deux lingots d’or de même poids: nous en plongeons un dans un récipient contenant une certaine quantité d’eau qui par cette action, monte jusqu’à un certain niveau. Nous en retirons le lingot et y plongeons le second. Cette fois nous remarquons que le niveau de l’eau est monté plus haut que lors de la précédente opération. Pourquoi, à votre avis?

Ramzi: Je dirais que le second lingot d’or contient un autre élément, plus léger.

Le cheikh: Comment pouvez-vous juger de la constitution du second lingot, seulement à partir d’ici? Votre chaise serait-t-elle un creuset de chimiste?

Ramzi: La perception scientifique étant ce qu’elle est, elle reste valable aussi bien sur une chaise, que dans une voiture ou un atelier.

Le cheikh: Soyez donc aimable, et permettez que ma perception s’exprime sur une chaise, également.

Ramzi: Si vous y tenez; mais en parlant de cause, je vous répondrai que c’est le mouvement qui est à l’origine de la formation des atomes, par lesquels se forment à leur tour les figures et les objets. Il n’y a pas d’autre cause pour le mouvement que le mouvement lui-même, car il est permanent, éternel.

Emmanuel: Si c’est le mouvement qui a formé les atomes à partir de l’éther, la nature de ce dernier s’en trouverait modifiée, ce qui reviendrait à dire qu’il n’est pas éternel. Mais si vous dites que le mouvement a formé les atomes à partir du néant et non d’une matière existante, vous vous retrouverez en contradiction avec les affirmations de vos amis les matérialistes, lesquels récusent l’idée de la survenance d’un objet à partir du néant, sans l’existence d’une matière. Ce serait à coup sûr une remise en question des fondements même de votre doctrine.

Ceci dit, vous pouvez toujours prétendre que le mouvement est une succession de générations; chaque fois qu’une génération disparaît, elle est remplacée par une autre. Mais laquelle de ces générations serait éternelle? Celle qui vient de disparaître, ou bien celle qui vient de naître et qui est condamnée à disparaître à son tour?

Ramzi: Le mouvement a une existence permanente. Tenez: si vous tenez un flambeau à la main, et que brusquement vous pivotez en faisant un tour rapide sur vous-même, vous verrez que la flamme a créé un cercle de feu continu.

Emmanuel: Ramzi, Ramzi mon ami, cette imagination montre seulement l’itinéraire suivi par l’objet lors de son déplacement, ou si vous préférez, les traces du mouvement sur la trajectoire. Mais plus que cela, ce que supposent vos paroles sur le tournoiement puissant et rapide, c’est la succession des générations et la disparition des mouvements les uns après les autres. Est-ce que vous, vous ignorez que les savants, tant les anciens que les contemporains, s’accordent sur le fait que ce cercle n’est qu’imaginaire, sans existence ni matérialité. Les anciens expliquent le spectre de ce cercle par l’existence du sens commun, qui conserve la vision du concret après son extinction. Quant aux contemporains, ils l’expliquent par le fait que l’image qui se dessine sur la rétine de l’œil ne disparaît pas avec la disparition du spectre, mais reste pour environ un dixième de seconde.

Tout ceci nous importe peu, mais dites-moi, Ramzi: d’où tenez-vous que l’objet n’a d’autre cause que l’objet lui-même? Que le rire n’a de cause que le rire lui-même? Pourquoi ne pas vous contenter simplement de dire que telle chose apparaissant à l’existence n’a pas de cause? Vous vous épargnerez bien des tracas.

Ramzi: Je ne fais que rapporter ce que je lis dans les livres du matérialisme.

Emmanuel: Et bien, c’est aussi à vos amis les matérialistes que je m’adresse.

L’être nécessaire, seule cause efficient
Le docteur: Dites-nous, cheikh: voyez-vous d’autres raisons qui empêcheraient de justifier par l’atome et l’éther?

Le cheikh: Peut-on considérer comme justification pour toute existence, quelque chose qui a besoin d’une cause pour sa propre existence? Peut-on trancher sur l’éternité d’une chose, en sachant qu’une ou plusieurs causes ont concouru à son existence? Avons-nous une histoire qui nous raconte l’éternité? Quels sont nos appuis dans nos affirmations au sujet de l’éternité?

Le docteur: Et vous, cheikh, sur quoi vous baserez-vous pour l’identification de la cause de l’existence? De quelles preuves disposez-vous pour vos prétentions sur l’éternité d’une telle cause?

Le cheikh: Si je suis amené par la recherche scientifique sur l’essence des créatures, jusqu’à l’être nécessaire, existant par soi-même, n’ayant besoin pour son existence et son entité d’aucune cause, alors je reconnaîtrais son éternité, à condition qu’il ne soit influençable par rien et qu’il soit immuable dans son essence, car l’éternité est la conséquence nécessaire de la perpétuité, et ceci est un principe sur lequel s’accordent tous les hommes de science.

Le docteur: Qu’est-ce qui vous fait croire que les atomes ne sont pas des êtres nécessaires dans leur essence, de même pour l’éther?

Les atomes ne sont pas des êtres necessaries
Le cheikh: Il est impossible que l’éther ou les atomes soient des êtres nécessaires. La première preuve de cette impossibilité est leur divisibilité, ainsi que nous l’avons déjà expliqué. Il existe encore d’autres preuves, basées essentiellement sur l’appréciation par le monde sensible. Et admettons qu’on fasse abstraction de ces arguments; qu’est-ce qui nous contraint à reconnaître pour les atomes une existence qui n’est suggérée que par une hypothèse et d’une façon qui ne satisfait pas les sens?

Le docteur: C’est la science qui nous oblige à reconnaître leur existence. C’est ainsi qu’en chimie un atome d’oxygène lié à deux atomes d’hydrogène forme une molécule d’eau; et si les corps n’étaient pas constitués d’atomes, on ne pourrait pas expliquer des situations naturelles, telles la porosité, la pression, la dilatation, la maniabilité, etc.

Le cheikh: Vous parlez comme si le chimiste dans son laboratoire compte les atomes et en prend les proportions dont il a besoin pour ses compositions et ses analyses. Le plus étrange dans le raisonnement scientifique, c’est le principe qui veut que la divisibilité d’un corps s’arrête à une certaine limite, celle de la partie indivisible de la matière et ce, tout en reconnaissant que cette limite n’est pas observable scientifiquement.

Ramzi: Pourtant, les chercheurs sont bien parvenus à déterminer les poids atomiques de plusieurs éléments et ont même dressé des tableaux où sont classés les éléments chimiques, dans l’ordre croissant de leurs numéros atomiques.

Emmanuel: Incroyable! Avez-vous seulement entendu dire que quelqu’un ait pesé de manière isolée un atome pour chaque élément, puis comparé les poids de deux atomes? N’avez-vous pas déjà appris que l’atome n’est pas observable et qu’il relève du domaine de l’hypothèse? Ne savez-vous pas qu’en prenant des éléments de même taille, mais qui s’avèrent être de poids différents, les scientifiques n’ont que la prétention pour expliquer que ce n’est pas le nombre d’atomes qui diffère d’un élément à l’autre, mais que cette différence se situe dans le poids des atomes?

Dites-moi, docteur, si nous mélangeons une quantité de sel avec une quantité d’eau cent fois plus grande; est-ce que les particules de sel se répandront dans toute l’eau, de sorte que les particules de sel intégreront toutes les particules d’eau?

Le docteur: Certainement, c’est ce que démontre l’expérience.

Emmanuel: Est-il concevable qu’une particule de sel représente dix mille atomes?

Le docteur: Absolument, s’il est permis de concevoir l’atome dans sa petitesse et supposer son existence, comment ne pas accepter l’existence de ce qui est dix mille fois plus grand?

Emmanuel: Si nous prenons une particule de sel équivalant à dix mille atomes et que nous la mélangions à une quantité d’eau cent fois plus grande que cette particule; à combien de particules se divisera celle du sel?

Le docteur: Elle se divisera à cent particules et chacune équivaudra à cent atomes.

Emmanuel: Une particule de sel qui équivaut cette fois à cent atomes. Imaginez donc combien d’atomes seront son chlore et combien seront son sodium. Par cette forme de conception, c’est paradoxalement la science expérimentale qui devient la garante de la théorie de la divisibilité de ce que vous appelez l’atome, et réfute l’idée du supposé atome indivisible, de même que l’hypothèse qui le définit comme l’origine de la matière.

Le cheikh: La nature nous montre à travers ses animaux une diversité d’espèces et de substances (sperme, sang, chair, os, nerfs, vaisseaux, tissus, poils, laine, plumes, etc.). Cette diversité s’observe aussi chez les plantes, dans le bois, les fleurs, les feuilles, et les fruits. Le même constat de diversité s’applique également aux minéraux, et cela n’est pas sans soulever des questions. Permettez-moi d’en poser quelques unes, docteur.

Première question: est-ce que les atomes de chaque variété ont toujours porté les caractéristiques de leurs espèces respectives, de sorte que les atomes du sperme se distinguent dans leur substance et leurs particularités des atomes du sang ou de la chair et ce, depuis l’éternité?

Seconde question: est-ce que ces atomes ne subissent jamais de modification, tant dans leurs substances, que dans leurs formes et leurs particularités?

Troisième question: Ces atomes ont-ils, au contraire, depuis toujours une substance commune et des caractères communs, mais que sous l’effet du mouvement et d’autres actes naturels, ils subissent des modifications dans leur substance et leurs caractères. Nous pourrions ainsi dire que la terre se transforme en plante qui, avalée par l’animal, se transforme en chair, laquelle à son tour est mangée par l’homme, pour être transformée en sperme, et ainsi de suite?

Le docteur: A quoi peuvent bien vous servir toutes ces questions? Ce que nos amis disent, c’est que les atomes ne subissent de changement ni du fait de l’action chimique, ni de celle de la nature, et que chaque atome se distingue en permanence par sa propre forme, sa couleur et son poids.

Le cheikh: Est-ce que vos amis disent s’il existe dans la matière autre chose que les atomes?

Le docteur: Non, la matière ne se constitue que d’atomes.

Le cheikh: Eh bien! le fait que chaque atome possède sa propre forme est déjà une preuve de sa divisibilité. Quant à la prétention qui attribue à chaque atome sa couleur et son poids et les qualifie d’immuables, permettez-moi de vous faire remarquer qu’elle contredit autant la science que le bon sens. Ce qui est d’un point de vue scientifique une évidence, reconnue par ailleurs par vos amis, c’est que les éléments perdent leurs caractéristiques et en gagnent d’autres qui peuvent n’avoir aucun lien avec les caractéristiques précédentes: le chlore, par exemple, est un gaz toxique qui a une grande réactivité chimique. A l’état gazeux, il attaque la plupart des métaux. A froid et en présence de lumière, il réagit lentement sur l’eau pour former l’acide chlorhydrique, pendant que le sodium est un corps solide qui s’oxyde spontanément en présence de l’air et réagit violemment avec l’eau, en formant de l’hydroxyde se sodium appelé soude caustique, et de l’hydrogène. Par la combinaison du chlore et du sodium, nous obtenons le sel de table. L’esprit de sel, lui, est extrêmement toxique, de même que la soude caustique. Mais le mélange des deux produit l’eau et le sel qui sont des éléments essentiels dans l’alimentation de l’homme.

Des exemples de ce genre sont innombrables et sont là pour montrer que les atomes changent d’entité aussi souvent qu’ils sont soumis à l’action chimique. Inutile de parler des changements perceptibles à l’œil nu, qui interviennent sous l’action de la nature et qui régissent et ordonnent la vie de tout l’univers. Tenez, pensez à la matière par laquelle commence la formation d’un bébé humain ou animal dans l’utérus; je parle du sperme du mâle et de l’ovule de la femelle. Imaginez les changements que doit subir cette matière depuis la fécondation jusqu’à l’accouchement: elle devient sang, chair, os, cervelle, nerfs, vaisseaux, peau, poils, ongles, etc., prenant des formes différentes, des couleurs différentes et des caractéristiques différentes. Imaginez ces êtres une fois morts, et le processus de décomposition par lequel passe la matière qui faisait autrefois la force et la vigueur de l’être vivant. Pensez au cycle de vie des plantes: une simple graine qui sort de terre, grandit, se couvre de branches et de feuilles, se pare de fleurs, produit des fruits, des graines, et vient un temps où elle dépérit progressivement, irrémédiablement, ne laissant que le souvenir de son parfum et le goût de ses fruits.

Et voilà. Si vos amis continuent de dire que le monde matériel ne représente que des ensembles d’atomes, vous n’aurez qu’à leur demander d’ouvrir les yeux sur tous les changements qui ne cessent de déplacer ces atomes d’un état à un autre, en les dépossédant de leurs essences pour leur en attribuer d’autres.

Voyons, docteur, l’être doit se distinguer par une essence propre à son existence. S’il est un être nécessaire, il l’est aussi dans son essence, laquelle ne peut être l’objet d’aucun changement. Or, l’essence de l’atome est changeante. Il ne peut donc pas être un être nécessaire.

Le docteur: Qu’est-ce qui vous rend si sûr que l’éther éternel n’est pas un être nécessaire?

L’éther n’est pas un être nécessaire
Le cheikh: Gustave Lebon dit de votre hypothétique éther qu’il s’est condensé il y a très longtemps, pour devenir matière, ce qui veut dire que son essence s’est transformée lorsque lui-même s’est transformé en matière dont le propre est d’ailleurs d’être transformable. Voilà pourquoi l’éther ne peut être un être nécessaire. Vous dites que l’éther s’est transformé en atomes. Eh bien, l’évidence de la transformation de son entité devient indiscutable, sachant que tout ce dont l’entité change n’est pas un être nécessaire.

Le docteur: Voyez-vous encore d’autres raisons qui empêcheraient d’expliquer par l’éther ou par les atomes?

Le créateur de l’univers connaît sa finalité
Le cheikh: Les promoteurs de l’hypothèse des atomes et de l’éther les conçoivent démunis de discernement, cela va de soi, et il n’est correct et raisonnable de tenter une explication de l’existence, que par le créateur de l’univers; un créateur savant qui crée avec sagesse, pour des objectifs et des raisons dont il est connaisseur. Observez l’univers sous ses différents aspects, vous le verrez homogène, harmonieux, proportionné et organisé selon un ordre et une sagesse supérieurs. Chaque partie de cette création, petite ou grande répond à des objectifs illustres. Elle est créée pour jouer un rôle important dans l’équilibre de son milieu. La réflexion sur la création nous révèle ses raisons d’être, insoupçonnées pour les plus avertis. C’est ainsi que chaque jour, d’une nature intarissable de secrets, la science puise un savoir qui est source de progrès et de gloire pour l’humanité. Il apparaît donc évident pour le bon sens, que le créateur d’un univers aussi complexe, aussi riche et si savamment ordonné, ne peut qu’être conscient de la destinée de toutes ses créatures, témoins matériels de l’infinie sagesse de leur créateur. Etant le début de tous les débuts et la cause de l’existence de tous les existants, il a, en tant qu’il est cause première, également connaissance des effets.

Les éclats de silex découverts par les archéologues et revêtant les formes de haches, couteaux, pointes de flèches, harpons, etc. ont été façonnés de la main de l’homme depuis des milliers d’années déjà, pour la satisfaction de besoins déterminés que leurs fabricants connaissaient; c’est la conviction du monde scientifique, mais aussi celle du commun des mortels. Et voici les créatures de tout l’univers, chacune dans son époque, chacune dans son rôle et toutes organisées dans l’ordre parfait des missions auxquelles elles sont destinées. La science peut-elle se détourner de l’évidence et ignorer qu’elles sont l’œuvre d’un créateur connaissant leurs destinées avant même de les avoir créées? Cet univers harmonieux, merveilleuse combinaison devant laquelle les plus érudits restent admiratifs; peut-on imaginer un instant qu’il soit né de l’action de la nature et du hasard, sans raison, sans but, sans sagesse? Si c’est le cas, pourquoi ne pas en dire autant des éclats de silex?

Le Coran, miracles et arguments
Le Coran, chers amis, a argumenté sur ce sujet, d’une manière générale. Il a blâmé les humains pour leur absence d’esprit et la prééminence de la fiction sur leurs consciences. L’homme a en effet tendance à trancher en faveur de considérations de moindre importance comme les éclats de silex, et en faire un argument central pour son hypothèse, affirmant que l’existence de ces outils de pierre ne peut qu’être le fait d’un connaisseur de leur finalité, pour laquelle il les a fabriqués. Une considération somme toute futile, car au lieu d’appliquer ce principe à une échelle plus importante, plus représentative comme peut l’être l’étendue de la création, l’homme préfère céder à ses illusions lorsqu’il s’agit de l’origine de toute l’existence, avec ce qu’elle véhicule comme expression de sagesse et de savoir infini.

C’est dans ce contexte qu’il convient de vous renvoyer au quatorzième verset de la sourate al-Moulk (le Pouvoir): « Dieu ignorerait-Il ce qu’Il a Lui-même créé, Lui le Subtil, le si bien Informé?» Ce peut-il que le Créateur de l’univers soit inconscient de la destination de ses créatures? Est-il possible qu’il les ait créées sans but? Que non! Et pour convaincre, le Coran ne se contente pas de cette généralité, bien que suffisante pour les esprits ouverts. Il attire également l’attention de l’être humain sur sa propre création, son commencement, sa reproduction, etc. C’est pourquoi, il dit entre le cinquième et le septième verset de la sourate At-tariq (l’Astre nocturne): « Que l’homme considère ce dont il a été créé! N’a-t-il pas été créé d’un liquide éjaculé, jaillissant d’entre les lombes et les iliaques? » De même, au verset 67 de la sourate Maryam (Marie): « Mais l’homme ne se rappelle-t-il pas qu’en le créant la première fois, nous l’avons bien tiré du néant? » Le Coran dit encore entre les versets 37 et 39 de la sourate al-Qiyama (la Résurrection): « N’a-t-il pas été une goutte de sperme éjaculée, puis un caillot de sang auquel Dieu prêta la vie et qu’il forma avec harmonie, pour en tirer ensuite les deux éléments d’un couple, l’homme et la femme? »

Le Coran argumente aussi par les organes dont le commun des humains connaît l’inestimable utilité. Ainsi, la sourate al-Balad (la Cité) dit aux versets 8 et 9: « Ne lui avons-nous pas donné deux yeux, une langue et deux lèvres? » Dans son argumentation, le noble Coran va même jusqu’à évoquer le commencement de l’espèce humaine et ce, au premier verset de la sourate al-Insan (l’Homme): « Ne s’est-il pas écoulé un laps de temps durant lequel l’espèce humaine n’était même pas mentionnée? » Où était donc l’homme mille ans avant sa naissance? Etait-il mentionné? Bien sûr que non. La plus ancienne existence que nous puissions lui reconnaître est celle où il apparut dans le sperme de son père, en voyage vers l’utérus de sa mère; c’est ce que dit également le deuxième verset de la même sourate: « En vérité, nous avons créé l’homme d’une goutte de sperme aux éléments de vie bien combinés. Et pour l’éprouver, nous l’avons doté de l’ouïe et de la vue. »

Ailleurs, le Coran attire l’attention sur l’apparence de l’homme et sa forme toute particulière parmi les êtres vivants. Sur cela, il dit entre les versets 6 et 8 de la sourate al-Infitar (la Fissure): « O^ homme! Qu’est-ce qui te fait douter de la magnanimité de ton Seigneur qui t’a créé, t’a constitué, t’a modelé avec harmonie, suivant la forme qu’il a bien voulu te donner? » L’homme se distingue effectivement du reste de la création par la forme et la constitution que lui a donné le Tout-Puissant, et qui convient de manière idéale à l’organisation du genre humain, ainsi que le confirme le troisième verset de la sourate at-Taghaboun (la Déconvenue): « Ce n’est pas sans but précis qu’il a créé les cieux et la terre; et, en vous créant, il vous a dotés d’une forme harmonieuse. »

Ces versets ainsi que d’autres, constituent des preuves suffisantes pour tous ceux dont la conscience permet de distinguer le vrai du faut et le raisonnable de l’absurde, et pour les clairvoyants, des preuves encore plus tangibles permettant de voir plus loin.

Voici un autre témoignage sur les miracles du Coran: du douzième au quatorzième verset de la sourate al-Mou’minoun (les Croyants), le Coran parle du commencement de la création de l’homme et fait même une description détaillée des différentes phases de développement du bébé dans le ventre de sa mère, du début de sa formation jusqu’à sa naissance: « Certes, nous avons créé l’homme d’un extrait d’argile, dont nous avons fait ensuite une goutte de sperme déposée en un réceptacle bien protégé; puis nous avons transformé cette goutte en un caillot de sang dont nous avons fait un embryon où s’est dessiné le squelette que nous avons recouvert de chair, pour en faire, en fin de compte, un nouvel être, bien différencié. Béni soit donc Dieu, le meilleur des créateurs.» La sourate as-Sajda (la Prosternation) également, ne manque pas de nous en informer entre le septième et le neuvième de ses nobles versets: « C’est lui qui a créé toute chose à la perfection et qui a instauré la création de l’homme à partir de l’argile; puis d’un vil liquide il a tiré sa descendance; puis il lui a donné une forme harmonieuse et a insufflé en lui de son esprit, vous dotant ainsi de l’ouïe, de la vue et de l’intelligence. Mais il est rare que vous lui témoignez votre reconnaissance. » C’est bien ce que nous pouvons lire au verset 78 de la sourate an-Nahl (les Abeilles): « Dieu vous a fait naître du sein de vos mères, dénués de tout savoir, et vous a donné l’ouïe, la vue et l’intelligence. Peut-être lui en seriez-vous reconnaissants? »

Il arrive à chacun de nous de penser au miracle de la création et au bienfait d’être créé; que dire alors du savant dont la science cerne bien mieux les secrets et les merveilles de notre création? C’est le savant qui médite sur sa propre ossature sur laquelle repose son corps dont elle soutient et protège les différentes parties. C’est l’ossature aussi qui règle et oriente les mouvements du corps. C’est donc le savant, mieux que les gens du commun, qui sait ce dont Dieu a doté cette ossature en membranes, articulations, ligaments, cartilages, pour protéger notre corps, assurer sa cohésion et ses possibilités de mouvement. C’est encore le savant qui estime à sa juste valeur notre peau et son rôle d’enveloppe pour l’organisme. C’est par cette peau que Dieu détermine l’apparence de chacun et c’est par le moyen de celle-ci que l’être jouit de l’inestimable faculté du toucher.

Méditons à l’image de ce savant, bien que n’ayant pas sa perception, sur le miracle de la vue. Dieu, loué soit-Il, nous a dotés des yeux, canal qui nous permet un contact visuel avec l’extérieur et illumine notre conscience de ce qui nous entoure. Pensons à la complexité de l’œil, sa finesse et sa fragilité. Méditons sur notre appareil auditif et sa structure, ce qui apparaît de l’oreille et ce qui en est caché; pensons à l’impressionnante combinaison d’éléments qui composent notre oreille et au rôle indispensable de chacun dans le bon fonctionnement de l’ouïe et de l’équilibre. Méditons sur l’étonnante disposition de la bouche, ses différentes parties et leurs fonctions respectives dans l’alimentation. Dieu a fait de notre bouche également un outil intervenant dans l’émission de sons et dans la respiration. Et puisque nous y sommes, méditons aussi sur nos intestins, leurs structures, leurs dispositions et la spécialité de chacun d’eux dans l’accomplissement des fonctions de digestion. Quels que soient les progrès accomplis dans le domaine de la découverte des secrets de la digestion, ce n’est jamais que peu devant ce qui reste à découvrir. Tout compte fait, en prenant la mesure de la formidable complexité et de l’extrême précision de son propre corps, l’individu ne peut qu’être impressionné devant les miracles de la sagesse suprême.

Pensons à notre cerveau qui forme avec la moelle épinière le système nerveux central, lequel est responsable de la conscience, de la pensée, de la mémoire et du contrôle de toutes les fonctions de l’organisme. Méditons aussi sur les exemples du cœur, du sang, des vaisseaux, cette formidable machine qui a la charge d’irriguer l’organisme, le nourrir et le purifier. Que dire des poumons et de leur rôle dans la survie et l’équilibre de l’organisme? C’est l’organe par lequel s’effectuent la respiration et l’échange gazeux par lequel l’oxygène est diffusé dans le sang vers l’organisme et le dioxyde de carbone est expulsé vers l’extérieur. Enfin, notre foie est un organe polyvalent qui stocke de nombreuses substances et en produit d’autres, toutes indispensables au fonctionnement de l’organisme. En outre, son activité produit une importante quantité d’énergie, ce qui n’est pas pour rester sans effet sur la température du corps.

Médecins et chirurgiens s’accordent à dire qu’ils sont loin d’avoir percé tous les secrets de notre organisme. Chaque jour, la science fait des découvertes sur le corps humain et chaque découverte leur ouvre les yeux sur l’étendue de leur ignorance.

Toutes ces merveilles, tellement complexes et pourtant agissant en parfaite synchronisation, peuvent-elles être sans un créateur qui préside à leurs destinées? Est-il concevable qu’elles soient simplement le fruit de la coïncidence, du hasard aveugle et de la nature muette? Le bon sens ne peut négliger toutes les preuves qui ont précédé et le Coran a justement bâti son argumentation sur cette évidente nature originelle qui a de tout temps été le moteur de l’action humaine. Pour cette raison et d’autres, le Coran a blâmé ceux qui voient leurs intérêts dans la négligence de ce principe: « Dieu ignorerait-t-il ce qu’il a lui-même créé? »

Si Dieu pardonne au faible d’esprit, au stupide et à l’ignorant de ne pas en saisir la portée, l’esprit scientifique ne saurait le pardonner au savant, à l’expert, au médecin et au chirurgien qui ont été à la découverte des merveilles de l’anatomie et de leurs finalités.

Ramzi: Il n’empêche que nombre d’organes chez les animaux n’ont ni but ni utilité, comme la glande thyroïdienne et l’appendice vermiforme qui sont même des sources de maladies.

Emmanuel: Notre ami Ramzi ne se gène pas de lancer des déclarations sur ce que le docteur ici présent, bien qu’expert en anatomie, ne se permet pas de juger. Dites-nous, Ramzi: pourquoi s’en abstient-il à votre avis? N’a-t-il pas suffisamment étudié pour le savoir, ou peut-être, est-ce sa culture qui n’est pas aussi vaste que la votre? Eh bien! il se trouve seulement que le respect qu’il voue à son savoir ne lui permet pas de recourir à des arguments aussi fallacieux, voilà tout. Voyez-vous, notre ignorance de l’utilité d’une chose ne doit pas être en soi une preuve de son inutilité. En effet, on peut toujours s’en accommoder loin de toute preuve, mais on aura vite fait d’en avoir honte, à la nouvelle que le médecin untel ayant enlevé la glande thyroïdienne à un groupe de patients malades du goitre, ceux-ci sont devenus bizarrement sujets à l’arriération mentale.

Effectivement, la science dévoile bien des avantages pour la glande thyroïdienne. Outre son rôle dans la préservation de la conscience, elle secrète des hormones qui interviennent dans divers processus métaboliques, ainsi que dans la croissance. Par ailleurs, la croissance de cette glande chez la femme durant la grossesse n’est pas sans lien avec l’absorption des matières nocives, pour les empêcher d’atteindre le cerveau. Je peux vous dire qu’il y a également une explication convaincante à l’existence de l’appendice vermiforme. Ensuite, Ramzi, ce que nous avons cité du formidable fonctionnement de l’organisme et des rôles étonnants attribués aux organes, ne suffit-il pas à convaincre les sains d’esprit que le créateur ne les a crées que dans ce but précis et en bonne connaissance de cause.

Ramzi: En réalité, les finalités mentionnées dans le discours du cheikh ont elles- mêmes créé les créatures par lesquelles sont atteints les objectifs. C’est la vue qui a créé l’œil et qui en a défini le principe ainsi que la constitution qui, en fin de compte, permettent de voir, et c’est l’ouïe qui a créé l’oreille, par laquelle l’ouïe devient possible. C’est également la conscience qui a créé le cerveau, par lequel elle peut s’exprimer. C’est la fonction qui crée l’organe et c’est la vie de l’homme qui est derrière l’existence de ses organes vitaux. De ce fait, il n’est nul besoin d’un créateur connaissant les causes et les effets et qui aurait créé chaque créature dans un but précis.

Emmanuel: Doit-on comprendre de votre propos que c’est la raison d’être de chaque chose qui en est le créateur, qu’il n’y a pas d’autre créateur qu’elle et qu’il n’y a aucune autre cause efficiente? Est-ce à dire que l’imagination du menuisier pour la manière de s’asseoir sur une chaise l’inspire pour fabriquer la chaise? De cette façon, nous dirons que la position assise imaginée a fait exister la chaise, dans le sens où cette imagination est un motif pour le menuisier qui en est le véritable créateur.

Dire que le créateur d’une chose n’est rien de plus que la raison d’être de celle-ci est une prétention qui va à l’encontre de la raison, simplement parce que ces raisons d’être proprement dites sont inexistantes avant l’existence de l’objet qu’elles sont censées justifier. Franchement, nul être sensé n’oserait supposer un instant que l’inexistant puisse être un créateur et une cause efficiente pour l’existence. Reconnaissez donc que les buts se réalisent par les objets existants à cet effet, et que ce ne sont pas les buts qui sont les créateurs des objets.


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Autres preuves du noble Coran AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Autres preuves du noble Coran
Le cheikh: Dieu, puissant et grand, dit au troisième verset de la sourate al-Jathiya (l’Agenouillée): « En vérité, il y a dans les cieux et la terre des signes pour ceux qui ont la foi » Il s’agit de ceux dont la foi ne se laisse tromper ni par l’intolérance et l’esprit de parti, ni par l’imitation aveugle; c’est une foi qui ne permet pas l’asservissement des consciences aux passions et à la hantise du doute, car ils sont guidés par la lumière de cette foi dans le cœur de la connaissance et de la sagesse.

Le Coran ajoute au quatrième verset: « votre propre création et la multiplicité des espèces animales constituent aussi des signes pour ceux qui croient avec certitude ». Ces paroles attirent l’attention des gens sur leur propre création, sa perfection qui est l’expression d’une infinie sagesse, sa raison d’être et les buts qui lui sont fixés. Le Coran rappelle que l’homme n’est pas la seule créature de Dieu et que d’autres peuplent la terre, chacune sur le chemin de sa destinée, et que toutes sont l’expression de l’infinie puissance et de la grandeur de leur créateur. C’est ce que les croyants, devant l’évidence de la preuve, reconnaissent avec certitude et humilité.

Au sixième verset de la sourate Younes (Jonas), nous lisons: « Certes, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans tout ce que Dieu a créé dans les cieux et sur la terre, il y a aussi des signes pour ceux qui le craignent pieusement. » Le verset précise bien: « ceux qui le craignent pieusement » et en exclue ceux au cœur rigide et aveugle, les errants dans l’ignorance complexe, les esclaves de leurs propres penchants, les entêtés, les déviants du droit chemin, les âmes avides et corrompues.

Nous n’avons pas besoin de dire que les cieux sont faits de sphères célestes parfaitement arrondies et disposées en ordre, qu’elles sont d’une finesse et d’une clarté admirable et qu’elles sont d’une transparence qui ne cache rien au regard. Nous n’avons pas besoin non plus de demander une preuve selon laquelle il n’y a pas de sphères célestes ni de cieux disposés en couches, qu’il n’y a que des ensembles de planètes tournant chacune autour de son orbite. Et ne croyez surtout pas que nous comptons sur l’ancienne astronomie et sa conception du cosmos; le noble Coran ne s’appuie sur rien de tel.

Quelle que soit la vérité, contemplons plutôt ces étonnants astres qui peuplent le ciel, certains fixes et d’autres suivant une trajectoire autour d’une orbite dans un ordre constant. Discutons alors sur la base de données de l’astronomie moderne et observons le mouvement de la planète Terre qui se déplace sur une orbite elliptique autour du soleil. Elle met un an, soit trois cent soixante cinq jours pour effectuer un tour complet autour du soleil et tourne autour de son axe de rotation en un jour. Outre ces deux mouvements principaux, il existe d’autres composantes du mouvement de la Terre: la précession des équinoxes et la nutation (modification périodique de l’inclinaison de l’axe de la Terre due aux attractions gravitationnelles du soleil et de la lune). Croyez-vous que ces mouvements soient le fruit d’un pur hasard? Imaginez leur impact sur la vie sur terre et sur la distribution des conditions de subsistance comme la lumière, la température, les végétaux, les vents, le temps, etc.

La Terre possède un satellite naturel qui l’accompagne dans son voyage annuel autour du soleil, tout en tournant autour d’elle d’un tour par jour. Considérez ce que cela peut bien comporter comme buts et comme utilité, puisque le mouvement de la lune inspire un calendrier appelé lunaire, un emploi du temps pour les gens et un repère pour les voyageurs, marins ou terrestres. Grâce au plan incliné de la lune, celle-ci atténue la fréquence des éclipses, car si ce n’était cette inclinaison, elles auraient lieu chaque mois.

Les astronomes et autres explorateurs devraient également orienter leur attention en direction des satellites des autres planètes et qu’ils prennent acte de l’immense sagesse qui régit la distance séparant ces planètes du soleil, cette même sagesse qui les a dotées de satellites qui leurs renvoient la lumière du soleil et éclairent leurs nuits célestes. Plus extraordinaire encore est l’augmentation des satellites en orbite autour de ces planètes, au fur et à mesure de l’éloignement de ces dernières du soleil. C’est un don à la mesure du besoin, qui ne peut émaner que d’une sagesse, et quelle sagesse! Mais que savons-nous réellement de la profondeur de la sagesse suprême et de ses actions dans le monde céleste, si vaste et si impressionnant?

La Terre et ses merveilles
Que dire de notre planète, sinon qu’elle est infiniment riche et débordante de merveilles, mais surtout qu’elle est organisée selon un système aussi complexe que précis, offrant un cadre de vie qui tient compte des besoins de chacune de ses créatures, dont les nobles destinations montrent bien qu’elles ne sont que les produits de la Réalité suprême, cet agent métaphysique qui donne leur existence aux choses par son vouloir même, sans que rien ne soit antérieurement.

1- Les mers et les océans
En contemplant ces immensités d’eau salée qui recouvrent la majorité de la surface de la terre, et en pensant à leur créateur ainsi qu’à sa façon d’en disposer, nous ne pouvons que rester admiratifs et stupéfaits. Ni le pourrissement ni le changement ne peuvent les affecter, sous l’effet de quelque facteur que ce soit. Ils représentent une formidable réserve, garante de la vie humaine, animale et végétale, puisque par la sagesse et la bonté de son créateur, cette eau arrose la planète avec la pluie et les neiges; elle alimente les nappes dont les sources jaillissent jusque sur les sommets des montagnes où prennent naissance les rivières qui nourrissent la terre et ses habitants. En outre, tout en jouant un rôle indispensable dans le commerce et le transport, ils constituent une réserve tout aussi indispensable en poisson et en minerais. Enfin, n’oublions surtout pas leur qualité de régulateurs thermiques et climatiques, notamment grâce aux courants.

Pensons aux mystères des flux et reflux marins, même s’il ne nous apparaît de leurs avantages que la préservation des ports des déchets qui s’y accumulent sous l’action des vagues. Le plus mystérieux est que cette activité dont les effets se font sentir sur les côtes du monde entier n’a aucune prise sur celles de la méditerranée qui s’étend entre le détroit de Gibraltar et celui du Bosphore, ni sur celles de la mer noire qui s’étend au-delà du Bosphore, ni sur la Baltique, située entre les pays de l’Europe du Nord.

L’exemple de la Méditerranée est certainement l’un des plus étonnants. Elle offre un lieu de convergence pour deux courants: l’un très puissant, provenant de l’Atlantique à travers le détroit de Gibraltar, et l’autre provenant de la mer noire par le détroit du Bosphore, sans que cela n’ait une quelconque influence sur le niveau de la mer. Vous n’allez tout de même pas me dire comme certains, que ce phénomène trouve son explication dans l’action de l’évaporation, car dans ce cas je vous répondrai que sa voisine la mer noire, subit le même effet d’évaporation, bénéficie de la même pluviométrie et, par-dessus tout, elle se déverse en permanence dans la Méditerranée, sans que son niveau ne baisse jamais ne serait-ce que d’un pouce. Rendez-vous donc à l’évidence; plus haut que votre imagination se trouve une puissance et derrière la nature muette se trouve une sagesse.

Regardez vers l’océan Atlantique qui s’étend des côtes ouest européennes et africaines aux côtes est des deux Amériques. Du Nord au Sud, il s’étend de l’Arctique à l’Antarctique.

Les eaux de surface de l’Atlantique se déplacent selon deux systèmes de courants circulaires principalement dûs aux vents, mais aussi à la rotation de la terre. Les courants de l’Atlantique nord circulent dans le sens des aiguilles d’une montre, pendant que ceux de l’Atlantique sud circulent dans le sens inverse, chaque système partant de l’Equateur à une latitude d’environ 45°. Simultanément, il existe près des pôles des systèmes de courants circulaires contrarotatifs; l’un tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre dans les régions arctiques, pendant que l’autre tourne dans le sens des aiguilles d’une montre près de l’Antarctique.

Que dire du Pacifique, le plus grand et le plus profond des océans de la planète, couvrant plus d’un tiers de la surface de la terre et englobant plus de la moitié des eaux libres du globe. Il est connu pour son calme qui contraste avec son immensité, et pour la régularité de ses vents. On disait même que durant la traversée du Pacifique, les navires n’avaient pas besoin d’apporter de changements aux positions des voiles. C’est un océan où les navires ne se perdent pas et ne s’endommagent pas, comme si les routes de navigation entre ses deux rives jouissaient d’une protection divine, même si les contes et les légendes ne décrivent que dangers et périls sur cette surface où les tempêtes sont pourtant si rares.

Que dire des courants océaniques organisés en courants horizontaux et verticaux, et dont la science n’a pas encore entièrement inventorié le nombre, les ramifications, les itinéraires, les croisements et les retours. Ce sont ces courants qui agissent comme des régulateurs de climat pour certaines régions de la terre, et nous n’en connaissons que ce que nous ont transmis les découvertes qui demeurent à ce jour fragmentaires.

Croyez-vous que ces courants n’ont aucune raison d’être? Avez-vous seulement une idée de leur importance dans la préservation de l’équilibre naturel, tant par la régulation des températures, que par la pluviométrie ou par la répartition des richesses halieutiques à l’échelle du globe? Pensez donc à l’intérêt attaché à la finalité de ces courants à travers le choix de leurs lieux de naissance, leurs itinéraires, leurs points de division et les directions prises par leurs différentes branches. C’est ce même intérêt qui semble s’adresser aux navigateurs pour leur recommander de suivre les routes tracées par les courants qui, en plus d’être des guides vers le bon port, sont également des routes calmes et sûres. Il semble s’adresser aussi aux habitants des pays froids en leur annonçant la bonne nouvelle de l’adoucissement de leur température par la chaleur des courants équatoriaux passant près de leurs côtes. Grâce à la permanence de ce phénomène, les habitants de ces contrées peuvent même s’adonner à la culture de certaines plantes qui ne pousseront jamais dans des pays de même latitude, mais qui ne bénéficient pas de la proximité d’un courant similaire.

Voilà qui devrait pouvoir démentir vos amis et modérer leur précipitation à se lancer dans l’erreur aveugle d’attribuer l’origine des courants marins et océaniques à des causes naturelles. Le hasard peut-il être créateur d’une telle complexité et la gérer avec cette précision? Cet ordre des choses existe-t-il en vain, en pure perte? Ou bien, pour le plus grand bien de l’être vivant? Je m’étonne de ceux qui refusent l’étude et la recherche sur la raison d’être de l’existant, s’abstiennent de l’appréhender dans son utilité pour l’existence, et préfèrent se replier dans l’illusion et se perdre dans des absurdités telles que l’explication par le hasard.

2- La terre ferme
Contemplez maintenant la terre, lieu de peuplement et d’encrage de la société humaine. Alors qu’une partie de cette terre convient à l’agriculture, le reste présente des avantages variés et non moins importants, qui concourent tous pour l’intérêt de l’équilibre naturel et pour la prospérité de ses habitants, humains et animaux. Méditez l’exemple des sources dont le jaillissement sur les hauteurs permet une irrigation large en aval. Pensez donc aux effets de l’écoulement des eaux de pluie, de la fonte des neiges et de l’action des rivières sur l’environnement. Les quantités de sédiments charriés dans leurs cours vers les pleines et les vallées, des siècles et des millénaires durant, ont des retombées très bénéfiques pour l’agriculture et l’équilibre écologique.

Voici les paroles du quarante huitième verset de la sourate adh-Dhariyat (les Ouragans): « Et la terre que nous avons déployée comme un tapis! Et de quelle façon habile nous l’avons déployée! » Et aussi celles du trente deuxième verset de la sourate an-Nazilat (les Arracheurs): « Et y a solidement implanté les montagnes. »

Le maintien des montagnes dans leurs positions et le déploiement des pleines sont en effet le résultat d’un immense pouvoir, d’une profonde sagesse et d’un grand soin à la finalité des choses chez un créateur dont l’action parfaite ne néglige pas les détails du relief dont l’existence tend en réalité à la réalisation de buts prédéterminés. Quant aux laves volcaniques qui façonnent périodiquement la surface de la terre, elles participent dans le même élan à d’autres fins, telles que la réduction de la pression ascendante sur la croûte terrestre, synonyme de réduction des risques de tremblements ravageurs, l’éruption de geysers et leurs eaux chaudes aux nombreuses vertus, la régulation de la température des eaux marines, l’extraction de métaux dont l’utilité n’est plus à démontrer, etc. Ne me dites surtout pas que ceci est encore organisé par le hasard!

Quoi qu’il en soit, ce sont des vérités que le Coran ne manque pas de montrer, notamment à travers le quinzième verset de la noble sourate an-Nahl (les Abeilles): « Il a implanté des montagnes dans la terre pour l’empêcher de vaciller sous vos pieds. » Remarquons que le même message se reproduit dans le trente et unième verset de la sourate al-Anbiya’ (les Prophètes) et le dixième verset de la sourate Louqman. Vous pensez bien que sans ces montagnes implantées, la terre ne serait qu’une surface aride, au sol tourmenté et instable. Enfin, pensez aux fruits qui poussent sur une même terre, arrosés d’une même eau et exposés aux mêmes influences climatiques, et pourtant différents dans leurs formes, leurs couleurs et leurs saveurs.

Les arguments du Coran
Sur tout cela, le noble Coran argument à travers deux admirable versets, en l’occurrence le troisième et le quatrième de la sourate ar-Ra?d (le Tonnerre): « C’est lui qui a étendu la terre, y a implanté des montagnes, y a placé des rivières; c’est lui qui a établi deux éléments de couple dans chaque espèce de fruit, et qui fait que la nuit couvre le jour. Il y a là des signes pour les gens qui réfléchissent. » Entendre par là ceux qui réfléchissent sur les secrets et les spécificités de cet univers et y voient les preuves du pouvoir illimité et les témoignages de l’immense sagesse de son créateur: « Et la terre comporte des terrains qui se touchent et qui sont implantés de vignes, de céréales et de palmiers-dattiers, en touffes ou solitaires. Et bien qu’une même eau les arrose, nous leurs faisons produire des fruits plus savoureux les uns que les autres. Il y a là des signes pour ceux qui raisonnent. » Le Coran démontra ainsi ce que la science ne confirma que longtemps plus tard, à savoir que Dieu a fait mâle et femelle tous les fruits de la reproduction, garantissant de la sorte et par le moyen de la pollinisation, la pérennité de l’espèce végétale.

Admirez l’extraordinaire diversité des êtres vivants et pensez à toutes ces merveilles de la création, à travers lesquelles se manifeste véritablement la sagesse de leur créateur. L’exemple du chameau est à ce titre l’un des plus édifiants. Cet animal est exploité par l’homme dans les régions les plus arides de la planète. Employé dans le transport de lourdes charges à travers le désert sur de longues distances, le chameau a la particularité de résister à la soif et de se contenter de peu pour sa subsistance. Lorsque son créateur l’a façonné, il a tenu compte du poids de la charge qu’il sera appelé à supporter bien souvent, pour ne pas dire tout au long de sa vie. En effet, son dos long serait trop faible sous les grandes charges et leur balancement, et ne résisterait pas à l’augmentation du poids au moment où l’animal se lève ou s’accroupit, si ce n’était cette fameuse bosse qui a pour fonction d’orienter toujours le poids sur la partie du corps la plus apte à le recevoir pendant le balancement provoqué par le mouvement. Par ailleurs, le chameau se caractérise par un poitrail proéminent sur lequel il peut s’appuyer pour se lever. Il facilite considérablement le mouvement de ses pattes antérieures pendant cette pénible action, et protège sa cage thoracique de l’écrasement que peut causer la lourde charge qu’il porte alors qu’il est encore à terre. En outre, la sagesse du Créateur n’a pas négligé la longueur du cou du chameau, en le dotant d’une forme qui en réduit le poids et permet à l’animal une marche aisée. Enfin, comment ne pas être interpellé par la particularité de ses sabots, larges et souples, idéalement adaptés à la hauteur de l’animal, à sa grande taille et aux charges pesantes qui font son quotidien?

Le noble Coran ne manque pas de son côté d’inviter à la réflexion au sujet des mystères renfermés par cet animal domestiqué par l’homme et qui n’est que l’une des innombrables expressions de la grandeur divine, de même qu’il pousse à la méditation, à la clairvoyance et à l’humilité devant la sagesse et le savoir exprimés à travers cette créature. Il dit au dix-septième verset de la sourate al-Ghachiya (l’Epreuve universelle): « N’ont-ils pas remarqué comment les camélidés ont été créés.» pour que les merveilles de cette créature leur fassent entendre raison. Il poursuit au dix-huitième verset: « Comment le ciel a été élevé. » quel que soit le sens et l’appellation qu’on veut bien donner au ciel. Le Coran ajoute au dix-neuvième verset: « Comment les montagnes ont été dressées. », puis au vingtième: « Et comment la terre à été nivelée? » Ne sommes-nous pas en droit, que dis-je, dans l’obligation de se demander s’il y a une raison à l’existence de tout ceci et dans quel but? Est-ce réfléchit ou simplement le fait du hasard?

Avez-vous déjà vu de près un kangourou? Un animal surprenant, n’est-ce pas? Mais nous sommes encore plus impressionnés en prenant conscience du savoir déployé dans sa création. Le Créateur, dans sa sagesse et sa bonté, a tenu compte de l’extrême fragilité de ses nouveaux nés et l’a muni d’une poche ventrale, espèce de prolongement de l’utérus de la mère et une protection idéale pour le petit qui y trouve également le lait maternel à portée de sa bouche.

Je voudrais maintenant attirer l’attention sur quelque chose qui laisse perplexe plus d’un: Nous savons que dans la circulation sanguine le sang purifié est acheminé par les artères vers les différentes parties de l’organisme, d’où il revient chargé de gaz carbonique pour être acheminé par les veines vers les poumons, en vue de sa purification. Après quoi, il revient vers le cœur qui le pompe de nouveau vers les organes et ainsi de suite. Figurez-vous que dans le fœtus, jusqu’à la naissance du bébé, la circulation sanguine s’effectue selon un tout autre principe: Les veines acheminent à partir du placenta vers le bébé, à travers le cordon ombilical un sang purifié. Ensuite, le sang chargé de déchets revient au placenta par les artères. Telle est la circulation sanguine chez le bébé tant qu’il se trouve dans le ventre de sa mère. Mais dès la naissance, elle reprend le circuit cité précédemment. N’est-ce pas impressionnant? Une telle merveille ajoutée aux miracles insoupçonnés de la création peuvent-ils naître d’une bévue de la nature muette et du hasard aveugle? Si vous entrez dans une caverne, dont vous trouvez l’intérieur quelque peu aménagé et les parois recouvertes d’écritures et de dessins, votre conscience n’admettrait pas que cela puisse être l’œuvre de la nature. Cette même conscience vous dirait que ni la nature, ni son hasard ne peuvent faire preuve d’autant de finesse, de régularité et de précision, que c’est un travail qui requiert savoir et intelligence, que celui qui a aménagé un tel endroit doit connaître les règles de la géométrie, de l’écriture ainsi que les techniques de la peinture, et qu’il a forcément une perception développée.

Pouvez-vous me dire, mes amis, ce que représente une si minuscule et insignifiante grotte devant les miracles et les merveilles de l’univers, son homogénéité, sa formidable organisation, sa beauté, la perfection de sa création et surtout l’inimaginable sagesse et l’infini savoir qui se lisent dans les raisons, les causes et les buts de l’existence? Tous ces systèmes universels et individuels sont construits selon un agencement ordonné et un ordre agencé, merveille devant laquelle l’intelligence humaine se voit renvoyée à sa juste dimension: petite et incapable d’en percer le secret.

Pourtant, auriez-vous le culot et l’indécence de céder tout cela à une pauvre nature dépourvue de conscience? Mais qu’est-ce que la nature? Est-ce l’individu, l’espèce, ou le genre? A-t-elle une existence qui n’est pas celle des autres créatures de ce monde, ou peut-être, n’est-ce qu’une abstraction et un produit de l’imagination? Décidemment, vous m’étonnerez toujours. Où sont donc passés cette objectivité et cet esprit critique qui vous permettaient de raisonner sur le cas des outils de silex? Mais, on est surpris de constater à quel point les esprits peuvent se fermer lorsque les sujets ne servent pas leurs penchants. Par quel mystérieux pouvoir sont donc aveuglées les consciences!? Qui aurait cru que la graine semée par Epicure aurait un effet aussi foudroyant sur les esprits?

En dépit de l’évidence, certains libidineux dépourvus de conscience et n’ayant pour bagage et argument que le sourire moqueur de la sempiternelle question: Où est ce créateur de l’univers, ce prétendu savant et sage; est-il en Asie? En Europe? Peut-être est-il en Afrique, ou même, pourquoi pas, en Amérique? Dans quel pays se cache-t-il? En tous cas, personne n’a pu le voir, le toucher, ou lui entendre le moindre son.

A ceux-là, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de renvoyer la question: qu’est-ce que la nature? Où se trouve-t-elle? Inutile non plus de leur demander la démonstration de son existence effective et active à travers chaque être. Nous leur répondrons seulement: où avez-vous vu les atomes? Nous ne vous empêcherons pas de supposer leur existence, mais comment vous y prenez vous pour voir leur tournoiement? Dans quel sens et à quelle vitesse tournent-ils? Avez-vous vu ou touché l’éther? Evidemment, nous ne vous accablerons pas davantage en vous demandant de démontrer ce qui n’est en fin de compte que supposition. Seriez-vous seulement capables de le faire pour des choses qui sont des vérités plus qu’évidentes pour tout le monde? Je parle de la raison, ce pouvoir de perception dont l’homme est si fier. Je parle aussi de l’âme qui est la reine du corps, le pilier sur lequel reposent la vie et la conscience; pouvez-vous la toucher ou la voir? Parmi ces choses également, l’esprit de la vérité, la manifestation du bienfait, l’origine de l’abstraction du tempérament. Quelqu’un peut-il voir ou sentir l’être même de l’existence, son essence dont se parent toutes les créatures? Non, évidemment; nous ne pouvons percevoir que l’existant palpable, mais sûrement pas l’être de l’existence.

Vous tentez d’expliquer les actes volontaires par l’action de la vie, et la vie par l’âme; pourquoi ne pas prétendre simplement qu’ils sont tous le fait du hasard du corps? Vous dont la raison et le bon sens sont les inspirateurs de vos fameuses thèses; vous qui, au mépris de la morale régissant le monde scientifique, assumerez la responsabilité de ces explications devant l’humanité, que faites-vous de l’explication par l’Etre nécessaire, l’Omniscient, le Sage suprême? Qu’est-ce qui vous en détourne? Posez donc un regard un tant soit peu sincère sur un animal nouveau-né et vous y verrez de ces mystères qui vous laisseront bouche baie. Après avoir été dans le ventre de sa mère, ne connaissant que l’obscurité et un cordon ombilical qui subvient à ses besoins, ignorant tout de sa mère, de sa tendresse et surtout de la saveur de son lait; le voilà s’appliquant dès sa naissance, à se mettre sur ses pattes et à chercher frénétiquement la mamelle de sa mère pour y cueillir sa nourriture. A croire qu’il naît avec un précepteur chargé de lui enseigner ses premiers pas dans la vie, nouvelle et inconnue.

Ce comportement commun à tous les animaux nouveaux nés, peut-il être indépendant d’un omniscient agissant et organisateur qui dote ses créatures d’un instinct, leur inspire leur raison et leur apprend à subvenir à leur besoin? Pendant ce temps, toi, l’être humain, pourquoi t’éloignes-tu de la raison? Pourquoi ton esprit s’égare-t-il? Qu’est-ce qui a trompé ta conscience? Qui donc t’a fait exister? Qui t’a fait don de la beauté de la vie et de la faculté de perception, alors que tu étais encore à l’état de fœtus? Soumets à ta considération et à ta réflexion ce que tu sais de la complexité de ton corps et des propriétés de chacun de ses organes, et vois donc quel ordre extraordinaire et quel merveilleux agencement cela représente. Tu peux toujours bouder le bon sens et suivre le mirage des passions pour chercher une réponse dans l’hypothèse des atomes et de l’éther, il reste que l’origine des êtres ne peut être justifiée que par ce qui est un être nécessaire en soi, connaissant les destinations de ses créatures. Il faut savoir que nous ne pouvons qualifier d’Etre nécessaire ce que nous ne pouvons purifier de tout ce qui contredit et réfute cette qualité là. Or, nous l’avons vu, ce que vous tentiez vainement de présenter comme tel se distingue précisément par le changement de son essence, ce qui est évidement contradictoire avec la qualité d’Etre nécessaire.

Le docteur: Toutes ces questions que vous venez d’aborder vont et viennent souvent, pour ne pas dire sans cesse, dans mon esprit et plus particulièrement ce qui a trait à l’anatomie, qui représente l’un des domaines où s’expriment de façon admirable les miracles de la création, leurs rôles insoupçonnés et les preuves qu’il n’y a pas de créature sans finalité. Cela m’a permis surtout de découvrir que ce qui échappe à la science est encore plus surprenant et cache davantage de preuves. Je ne vous cache pas, cheikh, que tout ceci est angoissant pour moi, lorsque parfois le doute s’installe dans mon esprit et qu’il m’arrive bien de perdre espoir de trouver des réponses dans l’explication matérialiste. Je me surprends alors à chercher refuge dans une autre explication; celle d’un organisateur, un planificateur agissant sur sa propre volonté, maître de ses actes et de ses motivations, maître du pouvoir et de la miséricorde. Alors je m’étonne de ma réaction, cheikh, et de ma volte-face à l’encontre de mes idées les plus ancrées, déçu de céder si facilement à l’instinct et manquer à ce point de constance dans mes principes matérialistes.

Cependant, ne croyez pas qu’il soit plus facile d’adopter la thèse métaphysique, car des obstacles et non des moindres se posent devant la reconnaissance de la divinité:

Premièrement: Nous ne pouvons pas connaître la réalité de ce Créateur omniscient et Etre nécessaire et, comme vous devez bien vous en douter, il est difficile de reconnaître l’existence de ce dont on ne peut connaître la réalité.

Deuxièmement: Nous constatons que beaucoup de ceux qui empruntent cette voie prennent des directions différentes et finissent par s’égarer. Parmi eux, certains prêchent le polythéisme, d’autres disent que Dieu s’incarne dans un corps de chair et par conséquent subit les lois de la nature du fait de ses imperfections et de ses divers besoins qui sont ceux de la créature. D’autres prêchent encore autre chose et tout cela contredit le rang de divinité, de Réalité suprême et d’Etre nécessaire dans l’absolu, puisque celui dont l’essence change ne peut être considéré comme Etre nécessaire. En effet, laquelle de ses essences peut être qualifiée d’Etre nécessaire: est-ce l’ancienne essence qui a disparu, ou bien la nouvelle essence renaissante par l’incarnation? Difficile de lui reconnaître cette qualité d’Etre nécessaire, à moins que cette dernière ne soit pas liée au caractère existentiel de son essence, mais plutôt à une essence imaginaire, irréelle, abstraite et sans existence.

Troisièmement: Ceux qui nous invitent à reconnaître le principe de la divinité voudraient aussi que nous leur reconnaissions le pouvoir religieux, autrement dit, que nous nous soumettions à leur dictat. Or, nous voyons que beaucoup de ces dominations se situent loin de la vérité et sont exercées conformément à des enseignements corrompus, ce qui est bien entendu inacceptable. Si d’un côté, la science autant que la conscience forcent l’esprit à reconnaître l’existence de la divinité, d’un autre côté, ces obstacles l’en détournent et l’en éloignent … et n’allez surtout pas croire que je sois de ceux qu’effraie l’accomplissement de la loi divine, son enseignement spirituel et son rejet des vices et des imperfections qui menacent la plénitude de l’homme et le progrès de la société.

Le cheikh: Venant de vous et de vos semblables, ces paroles sont aussi surprenantes que bizarres. Sachez quand même que:

Primo: Puisque la science et la conscience vous imposent de reconnaître l’existence de Dieu, comment vous permettez-vous, au mépris du respect dû à cette science et à cette conscience, de nier son existence sous prétexte de ne pas connaître son Etre, chose qui n’est à imputer qu’à votre incapacité à la percevoir? Vous ignorez la réalité de l’âme animale; ceci vous donne-t-il le droit de prétendre que l’animal n’en possède pas une, ou bien que l’homme, en raison du caractère immatériel de sa raison, n’en possède pas une qui le distingue de l’animal? Il vous incombe, docteur, de suivre la science et la conscience dans leurs arguments et leurs preuves où qu’elles aillent, et de ne vous arrêter que là où elles s’arrêteront.

Secundo: La divergence des gens au sujet de la divinité est le fruit connu de l’ignorance complexe. Ceci étant, votre incapacité à comprendre une vérité ne doit en aucun cas servir de prétexte à la négation de celle-ci. Un homme de votre niveau, docteur, n’est pas sans savoir qu’il est tenu, lorsqu’il se penche sur une question, de le faire avec un œil sincère et impartial, et d’accepter le verdict de la preuve. Il doit se laisser guider hors de la confusion et s’en tenir aux conclusions où l’ont mené ses connaissances. Puisse Dieu vous inspirer perspicacité et discernement, et guider vos pas sur les sentiers de la vérité.

S’il vous apparaît à la faveur de vos recherches, que l’explication par la cause divine est la plus plausible, votre honneur d’homme de savoir vous permettrait-il de nier Dieu, uniquement par crainte de tomber sous la domination d’enseignements corrompus? Plutôt que cela, votre devoir serait alors d’œuvrer pour faire la part du vrai et du faux enseignement, dans le but évident d’adopter les enseignements qui inspirent les valeurs divines authentiques et rejeter les enseignements qui leur seront contraires, pour en instruire ensuite vos semblables. Comme vous l’avez constaté vous-même, les faux enseignements sont l’origine de tous les malheurs et condamnent à l’errance permanente dans les ténèbres de la confusion, alors que les véritables enseignements sont l’expression même de la miséricorde divine. Ils sont les garants de l’honneur et de la dignité de l’humanité. Ils sont le bouclier protecteur des hommes libres contre l’esclavage des passions, de la bassesse et de la vilénie. Voilà pourquoi je m’étonne de vous voir prendre partie malgré les preuves irréfutables, et vous agripper aux raisonnements chimériques.

Le docteur: Puisque tel est votre opinion sur ma façon de voir, il me semble opportun à ce stade de la discussion, que pour me convaincre, vous passiez à la démonstration par les enseignements divins; qui sait? Peut-être cela me permettrait-t-il de me remettre en cause et gagner en perspicacité!?

Le cheikh: En dépit de la diversité des penchants et de leurs effets bien souvent néfastes sur le terrain de la recherche et de la quête du savoir, la nature de l’homme n’a de cesse de vouloir comprendre l’origine de l’être et en déterminer les causes, même si certains aux esprits étroits se contentent de leurs intérêts liés à la vie présente et se limitent à des besoins éphémères. Pourtant, tous les esprits, par le regard qu’ils portent sur ce monde et sur le nombre incalculable de créatures qui y apparaissent chaque jour, ne peuvent éviter de se questionner, chacun à son niveau, sur la cause première de ces êtres et sur le principe de leur existence. C’est donc tout naturellement que le genre humain a depuis toujours travaillé à la découverte de la cause efficiente de l’existence des êtres et de la matière, voyant autant par le bon sens que par la démonstration la possibilité de l’existence de la matière après le néant et par la volonté d’une puissance agissante. A ce propos, la science explique pour tout esprit libre, que l’hypothèse de l’éternité de la matière n’est pas convaincante. Ceci dit, nous ne pouvons que reconnaître le caractère éternel de ce qu’il convient de qualifier de cause efficiente dans la création, pour ensuite tenter de la définir, même si à ce sujet les doctrines se sont diversifiées, souvent en fonction des possibilités offertes à la satisfaction des tendances et des passions, malheureusement bien loin de la quête de la vérité.

C’est ainsi qu’au fil des siècles prit place une catégorie de penseurs dont les esprits ont été détournés de la réflexion sur la cause efficiente dans la création de l’univers, car affectés par les évènements de leurs époques qui avaient fini par produire des changements dans les opinions et les comportements. Le sujet fut donc traité avec simplicité et la réflexion se trouva orientée vers l’hypothèse de la matière qu’ils qualifièrent d’éternelle, confiant ainsi toute la question de la cause efficiente au hasard du mouvement des atomes, ou aux tourbillons de l’éther, ou encore à la condensation de ce dernier et ce, dans la négligence totale de la cause de ces mouvements hypothétiques de la matière.

Je voudrais ajouter qu’en définitive le costume de l’éternité n’est ni tissé par nos points de vue, ni cousu par nos langues pour le faire porter à qui bon nous semble. Il se trouve seulement que l’éternité est une qualité authentique, avec ses exigences et ses attributs, de même qu’il existe des incompatibilités dont elle ne s’accommode guère. C’est par exemple le cas des atomes ou des tourbillons d’éther qui ne peuvent être éternels puisqu’ils ne sont pas des êtres nécessaires. Comment pourraient-ils l’être alors qu’ils sont d’une essence changeante? Comment l’éther ou les atomes peuvent-ils être des êtres nécessaires puisque étant quantitativement composés? Rappelons que toute matière divisible est composée, ayant à ce titre besoin de ses parties, ce qui implique nécessairement l’existence d’un faiseur pour créer et assembler ces parties. Inutile de nous attarder sur cette question qui a déjà, rappelons-le, fait l’objet de larges explications.

L’initiale et éternelle cause efficiente de l’existence
S’il existe un sujet que vous avez traité avec légèreté et négligence, c’est bien celui de la cause efficiente, et s’il vous arrive parfois d’être contraint de l’aborder, vous ne lui trouvez d’autre explication que celle non convaincante du hasard du mouvement, lequel se traduit par la succession des générations. Mais la question reste toujours entière: quelle est la cause efficiente de ce mouvement? Nous n’allons tout de même pas nous mentir en affirmant qu’il est éternel! Que peut-on bien lui trouver d’éternel: la génération qui disparaît, ou bien celle qui apparaît? Peut-être devrions-nous en suivre l’enchaînement jusqu’à l’infini, au mépris de l’évidence scientifique quant à la nullité de l’hypothèse?

Gloire et preuves du Coran
Allah, élevé soit-Il, rappelle sévèrement à l’ordre ceux qui occultent l’existence du créateur de l’univers, tout comme il ne manque pas de sermonner ceux qui feignent d’ignorer son pouvoir absolu. C’est ce que nous apprenons de la lecture des versets 35 et 36 de la sourate at-Tor (le mont Sinaï): « Auraient-ils été créés de rien ou sont-ce eux les créateurs? » « Ont-ils créé les cieux et la terre? ». En effet, osent-ils prétendre que rien n’a été la cause de leur existence après leur inexistence? Est-ce à dire qu’ils ont existé par leur propre volonté? Peut-être, iront-ils jusqu’à dire qu’ils ont créé les cieux et la terre? Avaient-ils créé ce vaste univers avant leur propre existence, alors qu’ils n’étaient encore que néant?

Cher ami, ni la science, ni la raison ne peuvent se résoudre en définitive qu’à une seule explication: celle qui fait remonter la cause première et efficiente de l’existence au faiseur initial et éternel, celui-là même que nous ne pouvons qualifier d’éternel que si nous lui reconnaissons la qualité d’Etre nécessaire qui, pour exister se suffit à soi-même et se passe de l’existant. En même temps, nous ne pouvons le qualifier d’Etre nécessaire tant que nous ne lui aurons pas reconnu les attributs que requiert une telle qualité et éloigné son Essence sacrée de tout caractère incompatible avec l’Etre nécessaire. Par ailleurs, le bon sens nous montre que cet Etre nécessaire, Créateur de l’univers se doit d’être Omniscient, qu’il a fait exister ses créatures pour des objectifs qu’il a lui-même prédéterminés.

L’omniscience de l’Etre Nécessaire
L’Etre Nécessaire ne doit être composé ni en substance, ni en quantité, car le composé a besoin de ses différentes parties, ainsi que d’un faiseur pour les composer et les accorder. Or, celui qui a un moindre besoin ne peut pas être un être nécessaire. Par conséquent, l’Etre nécessaire ne peut être matériel, la matière étant forcément composée quantitativement et ce, quelle que soit la simplicité supposée pour son essence ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le voir. Voilà donc qui est censé nous amener à orienter notre réflexion vers ce faiseur agissant et admettre qu’un Etre savant, puissant et sage, en rien semblable aux autres existants, leur a donné l’existence avec toute cette sagesse, cet ordre et cet agencement.

Le docteur: est-il raisonnable de concevoir un existant immatériel?

Le cheikh: L’existence de la matière et une explication saine de son origine nous conduiront nécessairement à reconnaître cet existant non matériel. Par ailleurs, les traces d’un existant, ainsi que ses actes concrets et étonnamment nombreux, qui sont les preuves irréfutables de sa présence ne nous permettent sans doute pas de le nier, même si nous nous trouvons dans l’incapacité d’imaginer son essence. Mais pourquoi ceci ne nous rappelle-t-il pas l’incapacité de nos esprits à saisir de nombreuses autres vérités? Mais est-ce une raison pour continuer à les occulter en nous emprisonons dans notre vanité et notre entêtement dans nos idées perverses?

Lorsque les gens reçurent la nouvelle de la découverte du télégraphe, leur première réaction fut celle de la dénégation, leurrés qu’ils étaient par la conception réduite qu’ils avaient des sciences physiques. Seulement, dés qu’ils furent témoins de son action, ils se mirent à la justifier par le champ électrique dont l’essence reste d’ailleurs inconnue. Lorsque fut inventé le télégraphe sans fil, ils ne lui opposèrent que scepticisme, sinon du déni et ce, malgré leur habitude pour le télégraphe traditionnel. A ce jour, l’essence des facteurs agissants sur ces actes reste inconnue. Nous voyons bien les effets de l’âme sur la vie et la conscience, mais il nous est impossible d’en définir l’essence. Qu’est-ce que l’essence du champ électrique? Qu’est-ce que l’essence de l’âme et de la conscience? Qu’est-ce que l’existence? Toutes ces choses tiennent de l’immatériel et pourtant vous en reconnaissez bien l’existence, du fait de l’observation de leurs actions. Dans ce cas, qu’est-ce qui vous empêche tant de reconnaître l’Etre nécessaire, en dépit de ce que vous observez quotidiennement de ses actions dans cet univers qui est nécessairement de son œuvre?

Vous qui brandissez l’hypothèse de l’éther que vous posez comme principe original des événements naturels, vous pouvez le qualifier de subtil et de simple autant qu’il vous plaira, mais pouvez-vous seulement nous dire quelle est son essence? Est-il matériel? Rappelez-vous, c’est bien vous qui affirmiez que la matière est le produit de ses tourbillons et de sa condensation. Rappelez-vous également que vous avez reconnu à bien des choses existantes la qualité d’immatérielles, et dont il n’apparaît au monde de la matière et du concret que les actes et leurs effets. On se demande alors quelle raison peut bien vous empêcher de reconnaître cette qualité à l’Etre nécessaire. Mais peut-être, préféreriez-vous que nous régressions dans la causalité à ce qui ne peut être un Etre nécessaire?

Le docteur: Nous serait-il enfin possible d’apprendre quelque chose sur cet Etre nécessaire, cheikh?

Le cheikh: Mais, certainement! Bien des choses doivent être éclaircies sur l’Etre nécessaire avant de le reconnaître. Comme démontré précédemment, l’Etre nécessaire n’est pas composé, que ce soit dans sa quantité ou dans son essence. Je vous prie de pardonner cette répétition, mais je ne pouvais faire autrement que d’insister sur une précision de cette importance, selon laquelle l’Etre nécessaire est dégagé de toute composition, de quelque nature qu’elle soit.

Le docteur: Je suis curieux de connaître les points de vue de monsieur le prêtre et d’Emmanuel sur la question.

Le prêtre: Quel point de vue pourrai-je opposer à la voie de la vérité, de la justice, de la certitude et de la preuve irréfutable?

Le docteur: Dans ce cas, permettez que je vous questionne sur la Trinité et les hypostases, principe défendu par vos amis les chrétiens, comme l’ont également défendu les brahmanes, les bouddhistes et beaucoup d’autres nations païennes. Est-ce que ces hypostases sont considérées comme les parties d’un même ensemble, ou bien s’agit-il seulement du dieu nécessaire, multiple dans son être, de telle sorte que les hypostases apparaissent comme les membres de la race de ce dieu nécessaire, comme le seraient les membres de l’humanité?

Le prêtre: Dis-lui ce que tu sais sur le sujet, Emmanuel.

Emmanuel: Nos amis disent: « la question de la Trinité et des hypostases dépasse nos esprits, sans toutefois être incompatible avec la raison. Et comme c’est ainsi que le dit le Livre sacré, nous ne pouvons que nous y soumettre. »

Le docteur: Que signifie l’expression «dépasse nos esprits»? Cela veut-il dire que l’esprit refuse cette conception et considère seulement que: soit Dieu est composé et par conséquent, il n’est ni Etre nécessaire, ni Dieu, ni éternel; soit il possède de la divinité une approche polythéiste, d’où cette même Trinité, ce qui est bien sûr non avenu? Dites-moi alors: comment acceptez-vous ces affirmations dans vos livres, que l’esprit trouve impossibles et inacceptables? J’aurais pourtant cru que l’esprit était la balance qui pesait les vérités et jugeait la probité du livre et de son message. J’ignorais que parmi les gens, il pouvait y en avoir qui croient à des paroles que même leurs propres esprits considèrent comme impossibles et mensongères.

Mais peut-être espèrent-ils se convaincre en se disant que la raison considère le principe des hypostases et de la Trinité comme concevable et tout à fait possible, et que la difficulté réside seulement dans sa démonstration. Puis, quand le livre prophétique est venu lever le voile sur cette vérité ignorée, il a été du devoir des gens de l’accepter. Dans ce cas, ceux qui s’emploient à défendre cette vision des choses sont tenus de:

Premièrement: préciser leur idée des hypostases et de la Trinité et démontrer la possibilité de leur allégation ainsi sa compatibilité avec la raison. Ensuite, dès qu’il sera question de citer le livre prophétique comme argument ou référence, il y aura lieu de:

Deuxièmement: Etablir dans son intégralité le soutien qui assure le lien entre ce livre et la prophétie; en d’autre termes, leur rattachement par la voie de la science et de la certitude, non par des affirmations fragiles et des conjectures froides. Ce livre doit être vide de ce qui serait contraire à la raison et que l’esprit jugerait comme mensonger. De plus, il ne doit contenir rien de ce qui contredirait les fondements de la religion ou les bases de cette prophétie-là. Il ne doit en aucun cas aller à l’encontre des principes dont il est lui-même porteur, ou être contraire à l’enseignement religieux; il se doit d’être le digne défenseur de l’honneur des livres célestes et prophétiques. Vos amis devront ensuite:

Troisièmement: Préciser et éclaircir les propos du dit livre sur les hypostases et la Trinité; j’entends un éclaircissement qui ait son utilité dans l’institution de l’enseignement et la diffusion de la religion. Dites-moi, Emmanuel: jugez-vous vos amis capables de satisfaire ces trois petits points?

Emmanuel: Je voudrais reporter la discussion sur ce sujet jusqu’à ce que nous soyons éclairés sur celui de l’unicité divine et sur cette histoire de multiplicité et d’incarnation. A partir de là se poseront d’elles mêmes les bases de la discussion que vous recherchez.


16
L’impossible incarnation de Dieu AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) L’impossible incarnation de Dieu
Le docteur: Ce Dieu nécessaire, est-il vrai qu’il s’incarne en prenant forme humaine pour élever le rang de cette dernière dit-on, mais surtout pour manifester sa puissance et sa gloire, comme disent les brahmanes, les bouddhistes, ainsi que beaucoup d’autres nations?

Le cheikh: Pour ce qui est de l’existence de Dieu, élevé soit-Il, en tant que corps depuis toujours, ce qui voudrait dire éternellement matériel, je crois que nous en avons déjà expliqué et suffisamment démontré l’impossibilité pour Etre nécessaire, car cela impliquerait sa composition en quantité et en substance, et qu’il est de ce fait sous le pouvoir de ce qui lui aurait attribué un tel état. Enfin, s’agissant de l’éventuelle survenance de son incarnation, ce qui serait en soit une preuve du changement de sa sainte Essence, il me semble que nous nous sommes déjà bien entendus que l’essence de Etre nécessaire ne peut pas être sujette au changement. Disons seulement que Etre nécessaire doit être au dessus de toute forme de composition, que son essence est d’une simplicité absolue, et compte tenu de sa qualité d’Etre nécessaire, il est forcément éternel.

Partant de là, il devient évident que cette Essence ne peut se changer en une autre, même si elle est simple également, sinon la première essence perdrait sa qualité d’éternelle et par conséquent d’Etre nécessaire, de même pour la nouvelle essence, puisque naissante, donc non éternelle.

Ceci dit, je suis particulièrement étonné par votre expression « pour manifester sa puissance et sa gloire ». Pouvez-vous nous dire quelle puissance et quelle gloire peuvent apparaître à travers l’incarnation de Dieu? Est-ce par sa résignation à la misérable condition humaine, au besoin permanent à la nourriture, à l’humiliation de la douleur et de la persécution? Mais peut être apparaissent-elles sous le joug de l’injustice et de la mort violente, comme en fut éprouvé celui que les gens ont qualifié de dieu incarné, à l’image de Bouddha, Krichna, ou même du Christ?

Emmanuel: Le quatorzième chapitre des Actes des apôtres rapporte que lorsque Paul et Barnabé ont guéri à Lystres où ils venaient de descendre, un homme dont les jambes étaient paralysées, les gens de cette ville, voyant ce qui venait de se réaliser, s’écrièrent: « Les dieux ont pris une forme humaine et sont descendus vers nous. » Du fait de leur mentalité païenne, ils appelèrent Barnabé: Zeus, et Paul: Hermès. Paul et Barnabé durent réagir en leur disant: « Amis, pourquoi faites-vous cela? Nous ne sommes que des hommes tout à fait semblables à vous. »

Personnellement, j’ai trouvé dans cette protestation une preuve inestimable, que l’idée de la divinisation de l’homme n’est qu’une aberration.

L’homme par ses manques et ses imperfections, ses besoins et ses faiblesses, ne peut effectivement être un dieu.

Le docteur: Emmanuel, seriez-vous entrain de vous vanter de la présence de ces paroles dans le Nouveau Testament? En faites-vous une preuve de l’exactitude de ce livre pour ses enseignements théologiques?

Emmanuel: Je vois très bien où vous voulez en venir, mais détrompez-vous; ne croyez surtout pas que je prends à l’aveuglette tout ce que je trouve dans les livres. Sachez que je ne me laisse pas impressionner par les titres des livres autant que je me soumets à l’enseignement juste et ce, où que sa lumière brille et où que sa probité et son équité sont exprimées et démontrées scientifiquement.

Pour revenir à vos allusions, sachez également que nous avons critiqué sur ce sujet, et sans retenue aucune, les Evangiles selon Matthieu, Marc et Luc, ainsi que le livre des Actes des apôtres. Nous avons notamment mis à nu leurs enseignements sur la multiplicité des dieux, la divinisation des humains, tout comme nous avons à maintes reprises dénoncé la falsification de ces livres et l’absurdité de leurs affirmations. Je vous invite à consulter ce qui a été consigné sur le sujet; croyez-moi, vous en aurez pour votre curiosité. Mais notre critique ne s’arrête pas aux Evangiles, elle concerne aussi les autres livres:

Au n° 36 du chapitre 10 des Actes des apôtres, nous lisons à propos du Christ: «Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous les hommes.».

C’est le même sens qui se reproduit au n° 5 du chapitre 9 de la Lettre aux romains: «Et le Christ en tant qu’être humain, est de leur race, lui qui est au dessus de tout, Dieu loué pour toujours, Amen.»

C’est encore le même message qui est transmis dans la Lettre aux hébreux (1/8): « Mais au sujet du fils, Dieu a déclaré: ‘’Ton trône, ô Dieu, est établi pour toujours’’ ». Il ajoute au n° 10: « C’est toi, Seigneur, qui au commencement a fondé la terre et le ciel est l’œuvre de tes mains. »

La Lettre adressée aux philippiens (2/ 6) abonde également dans le même sens: « Il possédait depuis toujours la condition divine, mais il n’a pas estimé qu’il devait chercher à se faire de force l’égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. Il est devenu semblable aux hommes. »

L’Evangile selon Jean n’est pas en reste puisqu’au tout début du premier chapitre, il dit: « Au commencement, lorsque Dieu créa le monde, la parole existait déjà; celui qui est la parole était avec Dieu, et il était Dieu. » et au n° 14 du même chapitre: « Celui qui est la parole est devenu un homme et a vécu parmi nous. »

Le docteur: Ce Dieu, Etre nécessaire, dont l’essence ne change pas, peut-il fusionner avec quelque chose pour ne faire qu’un avec cette chose?

Le cheikh: Qu’entendez-vous par «fusion»? Est-ce à dire que l’essence de Etre nécessaire change vers celle de ladite chose? Ou plutôt, serait-ce l’essence de la chose qui changerait vers celle de Etre nécessaire? Ou bien est-ce les deux essences qui doivent changer du fait de leur fusion, pour donner naissance à une autre essence? S’il est impossible à Etre nécessaire de changer, et étant donné l’impossibilité pour l’être naissant d’un tel changement, d’être un être nécessaire, comment voulez-vous que nous accordions ne serait-ce qu’un semblant de crédit à l’une de ces trois suppositions?

Le docteur: Ce Dieu nécessaire dont le besoin à autrui est impossible autant que l’est le changement de son essence, s’incarne-t-il dans des corps existants comme disent certains païens, ou bien s’incarne-t-il dans certains humains, à l’exemple de ce que soutiennent certains chrétiens pour Jésus-Christ, ou même comme l’affirment également certains mystiques pour quelques-uns de leurs maîtres?

Le cheikh: Encore faudrait-il savoir ce qu’entendent tous ces gens par « incarnation». Cette incarnation qu’ils acceptent pour certains corps sans les autres ne peut être concevable, sachant l’éloignement de Etre nécessaire de tout ce qui peut remettre en question sa qualité d’Etre nécessaire.

Dieu peut-il s’incarner comme peut fondre la blancheur dans la matière et la qualité propre dans l’essence? Ne savez-vous pas que la blancheur qui n’est qu’une qualité propre ne peut avoir d’existence et d’identification sans la matière? De même que l’image fond dans l’objet, pour avoir une existence, elle ne peut se passer de cet objet. Ceci étant, est-ce que Etre nécessaire a besoin de quoi que ce soit pour exister? Nous avons bien vu que non. Alors si ces gens visaient par « incarnation» le soin et la considération dont Dieu entoure certaines de ses créatures, en particulier celles qu’il charge de la diffusion de ses enseignements, il faut préciser que c’est là un miracle et un honneur par lesquels le Christ ne se distingue pas des autres prophètes et messagers de Dieu, et dans ce cas vous voudrez bien remarquer qu’il n’était nul besoin de recourir à l’expression « incarnation».

Le docteur: Qu’en dites-vous, Emmanuel? Pourtant, nous lisons bien dans l’Evangile selon Jean (14/ 10) ces paroles du Christ: « Ne crois-tu pas que je suis dans le père et que le père est en moi? Les paroles que je vous dis à tous ne viennent pas de moi. Le père qui demeure en moi accomplit ses propres œuvres. »

Emmanuel: Nous avons déjà eu à dénoncer l’Evangile selon Jean pour ses allégations sur la multiplicité des dieux, ainsi que pour d’autres affirmations non moins outrageuses. Dois-je après cela porter la responsabilité de tout ce que vous pouvez y relever de semblable? De plus, nous ne devons pas considérer la question de l’incarnation à partir de l’Evangile selon Jean, mais plutôt l’inverse, c'est-à-dire considérer cet Evangile à partir de la question de l’incarnation. Par ailleurs, nous voyons clairement que les discours des différents livres du Nouveau Testament ne s’accordent pas et il s’avère de ce fait difficile de les exploiter en vue de conclusions.

L’Evangile selon Jean, par exemple, élargit le cadre de l’union et de l’incarnation (17/ 21-23): « Je prie pour que tous soient un. Père, qu’ils soient unis à nous, comme toi tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme toi et moi nous sommes un: moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un et que le monde reconnaisse ainsi que tu m’as envoyé et que tu les aimes comme tu m’aimes. » Egalement dans la première Lettre de Jean, au n° 16: « Dieu est amour; celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » C’est le cas de la première Lettre aux corinthiens (3/ 16): « Vous savez sûrement que vous êtes le temple de Dieu et que l’esprit de Dieu habite en vous. » De même que pour la Lettre aux Ephésiens (2/22): « Dans l’union avec lui, vous faites partie vous aussi de la construction pour devenir avec tous les autres une maison dans laquelle Dieu habite par son Esprit. » Remarquez que nous ne relevons de ces paroles aucune perversion du principe, ni de défiguration pour le discours par des expressions dérisoires.

Dieu ne procrée pas
Le docteur: Ce Dieu, Etre nécessaire, qui ne se divise pas et dont l’essence ne change pas, peut-il procréer? Peut-il émaner de son Essence divine un autre être que nous appellerions un dieu, enfant de Dieu?

Le cheikh: Qu’allez-vous encore insinuer par «procréation» et «émaner de son Essence divine»? Voulez-vous suggérer qu’une partie de Dieu puisse se détacher de lui pour entrer dans l’utérus d’une femme, afin de donner naissance à un enfant? Ou bien comme proviendrait le fruit de l’arbre, de sorte qu’une partie de l’arbre devient fruit par un effet d’évolution et de changement? Ceci est tout bonnement inconcevable, étant donné l’incompatibilité de la situation avec la nature immuable de Etre nécessaire, sachant qu’il ne se divise pas et que son essence ne change pas?

Le docteur: Et vous, Emmanuel, qu’en dites-vous?

Emmanuel: Je vous vois venir. Eh bien! personnellement j’ai suivi les livres attribués aux prophètes de la religion israélite autant que ceux de la religion chrétienne; je les ai trouvés désemparés sur le principe et on ne peut plus confus sur la signification de la naissance à partir de Dieu. Ainsi, par ces expressions de «prophètes de Dieu» et «naissance à partir de Dieu», ils tendent parfois à exprimer cette relation pure qui existe entre la personne et la foi, le monothéisme et la piété, et sa distinction du reste des humains par ces qualités. Le lien de foi et de piété qui rattache les croyants à Dieu apparaît donc comme l’expression d’obéissance et de respect qui lie l’enfant à son père. Nous pourrons peut-être citer en exemple de cette vision des choses, ce que rapporte l’Ancien Testament sur les paroles de Dieu à propos du peuple d’Israël.

Exode (4/ 22, 23): « Le peuple d’Israël est mon fils, mon fils aîné. Je t’ai ordonné de le laisser partir pour qu’il puisse me rendre un culte, mais tu as refusé. C’est pourquoi je vais faire mourir ton propre fils aîné. » De même qu’au sujet de Salomon fils de David:

1-Chroniques( 17/ 13; 22/ 10; 28/ 6); 2- Samuel( 7/14): « Je serai un père pour lui et il sera un fils pour moi. » Cela ne manque pas d’une certaine ressemblance avec les paroles du Christ sur les croyants pieux, rapportées dans le Nouveau Testament:

Matthieu (5/ 9): « Heureux ceux qui créent la paix autour d’eux car Dieu les appellera ses fils! » Notons que le Nouveau Testament a plusieurs fois nommé les croyants «enfants de Dieu», comme le montre l’Evangile selon Jean (1/12-13): « Il leur a donné le droit de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas devenus enfants de Dieu selon la nature humaine, comme on devient enfant d’un père terrestre; c’est Dieu qui leur a donné une nouvelle vie », à l’exemple également de ce que nous lisons dans la première Lettre de Jean (5/ 1, 2): « Tout homme qui croit que Jésus est le Christ est enfant de Dieu; et quiconque aime un père aime aussi les enfants de celui-ci. Voici comment nous savons que nous aimons les enfants de Dieu. ». C’est aussi celui de la Lettre aux romains (8/14): « Tous ceux qui sont conduits par l’esprit de Dieu sont fils de Dieu. » Ensuite, au n° 16 de la même lettre: « L’Esprit de Dieu affirme lui-même à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »

D’autres fois, ces livres citent la procréation au sens de la divinisation, de la même manière que le reflètent les traditions païennes. C’est une tendance dont les exemples parsèment l’Ancien comme le Nouveau Testament:

Esaïe (9/ 5): « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dieu l’a chargé d’exercer l’autorité. On lui donne ces titres: Conseiller merveilleux, Dieu fort, père pour toujours. » D’autres exemples dans le Nouveau Testament sont encore plus choquants:

Jean (10/ 33-37): « Les juifs lui répondirent: nous ne voulons pas te tuer à coups de pierres pour une œuvre bonne, mais parce que tu parles contre Dieu: tu n’es qu’un homme et tu veux te faire Dieu. Jésus répondit:- Il est écrit dans votre loi que Dieu a dit: ‘’vous êtes des dieux.’’ Nous savons qu’on ne peut pas supprimer ce qu’affirme l’Ecriture. Dieu a appelé dieux ceux à qui s’adressait sa parole. Et moi, Dieu m’a choisi et envoyé dans le monde. Comment donc pouvez-vous me dire que je parle contre Dieu parce que j’ai déclaré que je suis le fils de Dieu? Si je ne fais pas les œuvres de mon père, ne me croyez pas.»

Voyez ces paroles absurdes et ces arguments ridicules, dont le but visé par le titre de fils de Dieu n’est rien de plus que la prophétie au sens païen qui se plait à associer le prophète à Dieu dans son rang et sa propre autorité, et c’est précisément ce qui transparaît de la lecture de la Lettre aux hébreux (1/ 3): « Il reflète la splendeur de la gloire divine; il est la représentation exacte de ce que Dieu est, et il soutient l’univers par sa propre puissance. Après avoir purifié les hommes de leurs péchés, il s’est assis dans les cieux à la droite de Dieu, la puissance suprême. »

Le docteur: Ce Dieu, Etre nécessaire, qui ne se divise pas et qui ne peut être composé, que ce soit en substance ou en quantité, est-il nécessairement unique et sans associé dans la divinité, ou bien la multiplicité divine et les associés dans la divinité sont-ils chose licite, comme voudraient le faire croire bien des religieux?

Le cheikh: Puisqu’il a tout de même fallu reconnaître à Dieu qui est le commencement de toute existence la qualité d’Etre nécessaire et qu’il ne peut être ni divisible ni composé, peut-on honnêtement concevoir, ne serait-ce que l’idée de la multiplicité divine? Je tacherai d’être plus explicite en disant seulement que la multiplicité divine implique nécessairement que les différents dieux ou associés dans la divinité se distinguent les uns des autres par des spécificités par lesquelles se réalisera le principe de cette multiplicité. Mais voilà qui suscite encore l’inévitable question: ces spécificités sont-elles l’œuvre d’un faiseur qui en dispose selon sa volonté, et de ce fait les distingue les unes des autres? Cela voudrait dire dans ce cas, que le dieu qui est Etre nécessaire et le premier faiseur dont nous parlons est également celui qui distingue par sa création les différents associés dans la divinité, et qui ne sont plus par conséquent que des individus parmi tant d’autres créatures qui ne peuvent aspirer au rang de divinité, ni à la qualité d’Etre nécessaire. Voilà donc qui nous amène au constat selon lequel Etre nécessaire ne peut pas être multiple. Mais si vous dites que ces spécificités sont propres à la nature de chacun, cela voudrait dire qu’ils sont tous composés de la nature divine commune et d’une spécificité naturelle. A ce titre et en tant qu’êtres composés, ils deviennent dépendants de leurs différentes parties et d’un acteur pour les assembler et les accorder. Pour cette raison encore, nous ne pouvons les qualifier d’Etres nécessaires.

Il est clair que l’explication par la nature requiert l’existence d’une relation naturelle entre la cause particulière et son effet particulier, ce qui rend nécessairement la cause de la spécificité chez l’un des associés dans la divinité, différente de la cause de la spécificité chez un autre associé. Cela impose pour le principe de la multiplicité, que les différents individus soient constitués d’une partie de la divinité qui leur serait commune et d’une autre partie qui justifierait de par sa nature la spécificité de chacun; ce qui nous ramène à notre constat précédent, à savoir que chacun de ces dieux serait composé et dépendrait d’un agent pour assembler et accorder ses différentes parties.

Comme l’être humain est surprenant! Il s’égare, se désoriente, alors que les repères du droit chemin sont clairs et les lumières de la vérité sont éclatantes. Tantôt, il tente sous la contrainte de sa conscience et de son discernement de trouver à l’origine de la création une explication honnête, en se basant sur un raisonnement scientifique tout à fait acceptable; tantôt, les a priori de ses penchants et les données premières de sa passion enferment son esprit dans l’absurde hypothèse de l’éternité de la Cause première. Pourtant, sa conscience scientifique ne manque pas de lui rappeler que l’explication par l’éternité de la cause ne peut être recevable que si elle est appuyée sur Etre nécessaire.

Ensuite, lorsque son esprit et sa lucidité lui montrent que les créatures scandent toutes les slogans de leurs destinations et de leur raison d’être, il se rend à l’évidence que cet Etre nécessaire ne fait exister cette création que par une grande sagesse et une parfaite connaissance des buts. Alors il le reconnaît au titre de Dieu, et dans toute langue le désigne d’un nom particulier et sacré. Pourtant, et c’est le plus étonnant, malgré l’esprit scientifique qui lui démontre que la qualité d’Etre nécessaire ne peut être compatible avec aucun concept de composition, de quelque nature qu’elle puisse être, cela ne l’empêche pas de s’accommoder d’individus associés dans la divinité, en tant qu’êtres composés.

Pauvre être humain que les illusions et les penchants font fuir devant la vérité! Il régresse lamentablement en substituant à Dieu l’Unique une multitude de dieux, sans pouvoir en qualifier un seul d’Etre nécessaire, qualité qui est pourtant le fondement de la divinité et la seule par laquelle elle est reconnaissable. C’est précisément le genre d’individu, coupable, que Dieu dénonce et blâme pour sa malheureuse régression et son abandon pour le milieu d’une route sûre, contre de difficiles sentiers ne menant que vers l’errance et la confusion. Ceux-là, le Coran dit à leur sujet au verset 87 de la sourate az-zoukhrof (le Beau Décor): « Si tu demandais aux idolâtres qui les as créés, ils répondront certainement:’’c’est Dieu!’’Comment se fait-il alors qu’ils s’en détournent? » En effet, leur nature originelle et leur bon sens les guident dans la justification de la création, droit vers Etre nécessaire, Allah, puissant et grand, et ne peuvent justifier leur propre existence que par la volonté d’Allah.

Nous sommes pourtant surpris de les voir s’en détourner vers l’aberration de la multiplicité divine. Comment peuvent-ils se laisser berner par la perversité du polythéisme et en même temps sanctifier Dieu dans sa qualité d’Etre nécessaire et sa perfection? Dieu dit dans la sourate al-‘AnkabOUt (l’Araignée): « Si tu leur demandes « qui a créé les cieux et la terre et soumis le soleil et la lune? » Ils répondront certainement: « Dieu!» Pourquoi mentent-ils alors? » (61) « Si tu leur demandes: « Qui fait tomber l’eau du ciel pour revivifier la terre après sa mort?» Ils te diront certainement: « Dieu!» Dis « Louange à Dieu! » (63) » Louange à Dieu pour ses bienfaits, pour la manifestation de la vérité et l’établissement de la preuve. A Dieu appartient la preuve absolue. « Mais la plupart d’entre eux ne raisonnent pas » Des récriminations similaires se retrouvent dans les sourates Louqman (25) et az-Zoumar (les Groupes) (38). Dieu dit encore dans la sourate an-Naml (les Fourmis) (59-64): « Dieu est-il le meilleur ou ce que les idolâtres lui associent? » « Celui qui a créé les cieux et la terre, qui vous fait descendre du ciel une eau par laquelle nous faisons pousser des jardins splendides » après qu’il n’y eut que terre aride et désolée, « Dont vous n’auriez pas pu faire pousser les arbres. »

La preuve n’a-t-elle pas établi que le Créateur Omniscient est Allah, l’Etre nécessaire et absolu? Les gens l’admettent et le reconnaissent, mais les idolâtres osent lui associer leurs fantômes dont ils ne peuvent démontrer la qualité d’êtres nécessaires. « Y a-t-il une divinité à côté de lui? Mais les gens s’écartent de la vérité. » Ils s’écartent de la vérité vers le mensonge, du savoir vers l’ignorance, de la clarté de la preuve vers les ténèbres de l’amalgame et de la confusion. « Celui qui a fait de la terre un séjour stable, qui l’a sillonnée de rivières, qui y a placé des montagnes bien ancrées, qui a mis une barrière entre les deux mers. » Par son pouvoir, l’eau douce reste douce et l’eau salée reste salée, alors que le courant marin suit son cours. Les idolâtres ne se rendent-ils pas compte que ce phénomène n’est que le produit de la volonté d’Allah, Etre nécessaire? Ils ne le savent que trop, mais ne suivent malheureusement pas le chemin de la raison dans le domaine du savoir et de la démonstration de la vérité, car l’illusion les en écarte et les en détourne.

Chaque personne vit des situations où elle se tourne vers Dieu, son Seigneur vers qui elle se réfugie, espérant un abri contre les contraintes du moment. Bien des fois, cela se couronne de soulagement et de délivrance, et la personne prend conscience que c’est en effet Dieu qui a répondu à sa prière. Pourtant, peu de temps suffit à l’être humain pour oublier ses malheurs passés, son recours à Dieu et la consolation qu’il en a reçue. Les idolâtres seraient bien inspirés de méditer cet exemple et en tirer les leçons, voyant souvent leur âme fuir vers un Seigneur unique, ne faisant état de ses soucis qu’à lui et n’attendant de solution et d’issue que de lui. On se demande ce qui peut bien le leur faire oublier autant. « Celui qui exauce le nécessiteux quand il l’implore, dissipe le mal et vous fait succéder les uns aux autres sur la terre; y a-t-il une divinité à côté de lui? »

Ne soyez pas offensé, mais si vous aviez un tant soit peu de clairvoyance et de présence d’esprit, vous ne pourriez ignorer l’élan naturel de votre âme et de vos propres réflexes dans les moments les plus sensibles de votre vie; je parle de ces moments privilégiés où l’on se libère de la passion du désir et des penchants, pour s’orienter vers Dieu avec toute la liberté de la nature originelle. Si l’homme essayait d’ouvrir les yeux sur cette vérité limpide, il ne serait pas rongé par le doute et n’aurait pas cherché refuge dans l’idolâtrie. Seulement, voilà: « Que vous êtes donc lents à réfléchir! N’est-ce pas lui qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer » en vous aidant à prendre repère sur les positions des astres qu’il a créés, « qui envoie les vents porteurs de bonne nouvelle, devançant sa miséricorde, y a t-il une divinité à côté de lui? Dieu est au dessus de ce qu’on lui associe! » Et il est sanctifié par sa qualité d’Etre nécessaire et sa perfection divine.

ô vous qui croyez en la résurrection et en le jour du jugement après la mort, « Qui a commencé la création », comme vous observez l’apparition des êtres, ensuite leur mort « et la recommence » pour toutes les espèces après la mort. Ces vérités que vous reconnaissez, de même que vous reconnaissez que Dieu est le Créateur, Etre nécessaire « qui vous nourrit des richesses du ciel et de la terre, y a t-il une divinité à côté de lui?

» « Dis! » Toi qui leur parle, dis leur: nous ne reviendrons pas sur le fait que la multiplicité divine tient de l’imagination et de l’impossible, que la divinité et sa perfection ainsi que la qualité d’Etre nécessaire sont incompatibles avec cette multiplicité. Alors, quel est votre argument pour votre idolâtrie, ainsi que votre preuve sur la divinité de celui dont vous faites l’associé de Dieu? « Apportez votre preuve si vous êtes véridiques! » Au verset 40 de la sourate Fatir (le Créateur), Dieu dit: « Dis leur: voyez-vous vos associés que vous priez en dehors de Dieu? Montrez-moi ce qu’ils ont créé de la terre. Ont-ils une quote-part dans les cieux? Ou leur avons-nous donné un livre leur permettant de s’appuyer sur des preuves tirées de celui-ci? Non! Mais ce que les injustes se promettent les uns aux autres n’est qu’illusion ».

Cette désapprobation en direction des idolâtres est exprimée en des termes semblables au quatrième verset de la sourate al-Ahqaf et au seizième verset de la sourate ar-Ra?d (le Tonnerre). Cette multitude de dieux, objet de votre imagination insensée, quel rôle leur faites-vous jouer dans la création de l’univers, sa combinaison, l’harmonie et la régularité de son fonctionnement. N’allez quand même pas prétendre qu’ils y sont pour quelque chose!

Nous ne pouvons faire abstraction du fait que la reconnaissance de la multiplicité divine implique fatalement que chaque membre de cette multitude se retrouve incomplet, imparfait dans son rang de dieu, puisque la partie de son être qui le distingue des autres membres se pose comme un voile entre lui et la perfection divine. Force est de croire donc que cette partie-là ne peut pas être une caractéristique divine.

Partant de là, les différents associés à la divinité diffèrent nécessairement dans leurs savoirs, leurs volontés, leurs pouvoirs, leurs miséricordes, leurs colères, leur équité et ce, en fonction même de ces parties distinctives, et tout cela ne dénote que l’absence d’une perfection divine, qui aurait été unificatrice pour tous et nous ne pouvons aboutir dans ce cas qu’à l’absence d’une politique coordonnatrice de leurs actions. Pour ces raisons, s’ils s’associaient dans la création, il ne saurait y avoir d’ordre défini dans l’organisation et le fonctionnement de l’univers, ni de survie pour ses êtres, ni de codes et de lois pour ses communautés. C’est précisément ce sur quoi le noble Coran attire notre attention au verset 22 de la sourate al-Anbiya’ (les Prophètes): « S’il y avait d’autres divinités que Dieu dans le ciel et la terre, ces dernières eussent été dans le chaos. Gloire à Dieu, maître du trône, il est au dessus de ce qu’ils décrivent! »

D’aucuns voudraient supposer que chacun des dieux pourrait se spécialiser dans une partie de la création de certaines créatures et l’organisation de leur existence à travers les âges. A ceux-là, nous répondrons que dans ce cas, il ne pourrait y avoir pour l’univers d’ordre unique auquel seraient soumises toutes ces créatures, car l’indispensable relation qui unit tous les êtres sous l’interaction des éléments en serait rompue. C’est encore là un point sur lequel le Coran intervient pour réveiller les esprits somnolents, notamment au verset 91 de la sourate al-Mou’minoun (les Croyants): « Dieu ne s’est donné aucun fils et il n’existe aucune divinité avec lui, sans quoi, chaque divinité s’en irait avec ce qu’elle aurait créé, et certaines d’entre elles en domineraient d’autres. Gloire à Dieu! Il est bien au dessus de ce qu’ils décrivent. »

N’allez surtout pas croire que ceux qui divinisent l’inanimé, l’animal ou les étoiles défendent leurs divinités uniquement en mettant en avant leurs apparences et leurs aspects extérieurs; bien plus: ils leurs inventent, au-delà du palpable, des attributs divins tels que la vie, le savoir, le pouvoir, ainsi que nous le voyons en usage chez les païens.

Quant au noble Coran, il établit ses preuves dans la simplicité qui convient à la capacité de comprendre de tout un chacun, en particulier en interpellant les consciences par des exemples concrets qui peuvent être sujet à l’expérimentation, en somme, par des procédés appropriés à la nature physique et à la conception matérielle de l’homme, qui se posent en obstacles entre lui et la perfection divine.

Enfin, l’établissement des preuves par la démonstration amène les esprits, du moins ceux ouverts et réceptifs, à reconnaître que ce Dieu n’est pas de nature à avoir un associé, que s’il en avait un il y aurait conflit, désordre et décomposition de l’univers au milieu de ce qui aurait été une guerre des dieux.

Mais Emmanuel, je m’étonne plus de vos amis les chrétiens qui considèrent pourtant vos livres comme des révélations de Dieu, et qui lisent dans ces mêmes livres que Jésus n’est qu’une créature de Dieu. La lettre aux Colossiens par exemple (1/ 15) dit que Jésus est le fils premier né, supérieur à tout ce qui a été créé. Le troisième chapitre de l’Apocalypse, lui, déclare au n° 14 qu’il est à l’origine de tout ce que Dieu a créé. Vos livres disent également que Jésus supplie Dieu de lui épargner la douleur de la mort (Matt 26; Marc 14; Luc 22). En outre, sur la croix, Jésus à imploré l’aide de Dieu en ces termes: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Matt 27/ 46; Marc 15/ 34). De plus, les Evangiles rapportent que Jésus reconnaît que Dieu est son dieu et que Dieu est le vrai dieu: « Va dire à mes frères que je monte vers mon père, qui est aussi votre père, vers mon Dieu qui est aussi votre Dieu. » (Jean 20/17). Le n° 3 du chapitre 17 du même livre exprime de manière encore plus claire les convictions de Jésus: « La vie éternelle consiste pour eux à te connaître, toi le seul véritable Dieu. » Nous lisons aussi dans Esaïe (42/1-4): « Voici mon serviteur, dit le Seigneur, je le tiens par la main, j’ai désiré le choisir. C’est moi qui l’inspire pour qu’il apporte aux nations le droit que j’instaure… ». L’Evangile selon Matthieu affirme (12/17-21) que c’est de Jésus que parlait ainsi Esaïe. La lettre aux Ephésiens rapporte même et sans ambiguïté (1/17): « Je demande au Dieu de notre seigneur Jésus-Christ.»

Hélas, tout cela n’empêche pas vos amis d’élever Jésus au rang de dieu, si bien que dans qamous al-kitab al-mouqaddas, en glorifiant Bethlehem pour avoir été le berceau de Jésus, ils ont été jusqu’à dire: c’est en elle que Dieu est venu habiter avec les gens. Et comme si cela ne suffisait pas, parmi les noms qu’ils donnent à Jésus-Christ dans le même livre, nous citerons: Dieu très puissant, Dieu des Dieux. Quant au livre moghni at-tollab, rédigé par leurs spiritualistes, il cite entre autres noms et surnoms du Christ rapportés dans les deux Testaments: Le Dieu béni pour toujours, Dieu des prophètes, Dieu très puissant, le Dieu juste, Dieu. Parmi ses titres, le livre cite également: L’intercesseur, l’ange de Dieu, l’envoyé, le bras de Dieu, le prophète.

Emmanuel: La contradiction n’est pas seulement de nos amis ou du livre que vous venez de désigner, mais elle est également dans les deux Testaments. Tenez, la Torah insiste sur l’unicité divine et sur l’interdiction de nommer du nom de Dieu un autre que Dieu. Nous lisons effectivement dans l’Exode (23/13): « Veillez particulièrement à ne jamais invoquer des dieux étrangers; qu’on ne vous entende même pas mentionner leurs noms. » Cette détermination dans le monothéisme se confirme au quatrième chapitre du livre Deutéronome, d’abord au n° 35: « Afin que vous sachiez que le Seigneur seul est Dieu, qu’il n’y a pas d’autres dieux que lui », ensuite au n° 39: « Le Seigneur seul est Dieu, aussi bien dans le ciel que sur la terre, et qu’il n’y a pas d’autres dieux que lui. »

Pourtant, à côté de ces enseignements sur l’unicité divine, la même Torah cite des paroles de Dieu qui, en s’adressant à Moïse au sujet d’Aaron, lui dit: « Tu seras comme le dieu qui l’inspire. » (Ex. 4/16). Ensuite, nous lisons au début du septième chapitre: « Je t’investis d’une autorité divine vis-à-vis du pharaon; et ton frère Aaron sera ton porte parole. » Par ailleurs, les paroles de Dieu sont rapportées dans le chapitre 44 du livre d’Esaïe, d’abord au n°6: « C’est moi qui suis au point de départ, mais aussi à l’arrivée. A part moi, pas de Dieu », et au n° 8: « A part moi, y a-t-il un autre Dieu? » Mais voilà encore que ce même livre se contredit (9/5): « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dieu l’a chargé d’exercer l’autorité. On lui donne ces titres: Conseiller merveilleux, Dieu fort, père pour toujours. »

Dans le Nouveau Testament, nous pouvons apprécier ces deux formes de discours, mais qui sont cette fois-ci plus franches et plus tranchées; tantôt le Nouveau Testament se place en défenseur du polythéisme, considérant le rang de divinité auquel est parfois élevé Jésus, tantôt, il décrit ce dernier comme un humain opprimé, souffrant, affamé, triste, pleurant, livré aux caprices du diable, reconnaissant que Dieu est bien son Dieu et que lui-même n’est qu’une créature et un serviteur de Dieu.

Le miracle coranique - Preuves et enseignements
Le cheikh: Dieu, puissant et grand, dit dans le verset 64 de la sourate Al-‘Imran (la famille d’Imran: « Dis: ô gens des Ecritures! Mettons nous d’accord sur une formule valable pour nous et pour vous, à savoir de n’adorer que Dieu seul. » C’est la formule du monothéisme, de l’unicité divine, celle que répètent constamment nos langues et les vôtres, nos livres et les vôtres. Cette formule a toujours constitué la base et le principe de tout enseignement religieux. Pourquoi faut-il que vous-vous en détourniez? Pourquoi vous acharnez-vous à détruire les fondements du monothéisme et à pervertir ses enseignements? Plutôt que cela, employons-nous plutôt à être les fidèles créatures de Dieu l’unique « de ne rien lui associer » comme le reconnaissent parfois vos livres courants, tels que la Torah, le livre attribué à Esaïe, les Evangiles et les lettres attribuées à Paul « et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu. » dont nous reconnaissons la divinité et la sainteté. Alors ne commettons pas le crime de falsifier les Evangiles en y introduisant des enseignements polythéistes par la divinisation de l’homme. Ceci n’est en réalité que de l’apostasie, une atteinte à l’honneur de la divinité et à la majesté de Dieu. « S’ils s’y refusent » s’ils tournent le dos au bon sens et au droit chemin, s’ils refusent le conseil et ne reconnaissent pas la preuve, si irréfutable soit-elle « Dis-leur: « soyez témoins que, en ce qui nous concerne, notre soumission à Dieu est totale et entière.» » Nous sommes sincères dans notre adoration pour Dieu l’Unique et nous crions haut et fort son unicité. Nous ne tromperons pas nos esprits et nous ne faiblirons pas dans notre conviction.

Dieu puissant et grand dit encore dans le verset 171 de la sourate an-Nissa’ (les Femmes): « O^ gens des Ecritures! Ne soyez pas excessifs dans votre religion » en élevant au rang de divinité des être humains, avec leurs faiblesses, leurs limites et leurs imperfections. Vous leur faites transgresser leurs limites raisonnables et connues, vers le domaine privilégié de Dieu et de sa sainteté. Comment avez-vous pu être trompés, sachant l’incommensurable différence qui sépare Dieu de ses créatures. C’est assurément faire preuve d’un grave culot devant celui dont vous reconnaissez pourtant si bien l’unicité et la sainteté. Remettez-vous en à votre conscience, soyez honnête, faites preuve de discernement et n’exagérez pas dans votre foi « Ne dites que la vérité sur Dieu » Ne le prenez pas pour un père et ne lui désignez pas de progéniture.

Comment Dieu peut-il procréer, et comment le Christ peut-il être un fils pour lui? Dieu est bien au dessus de tout cela. « Le Messie Jésus, fils de Marie, est seulement l’envoyé de Dieu. » Jésus, faible et pauvre de par sa dimension humaine, ne se distingue de ses semblables que par son statut de Messager dont l’a honoré son Créateur. Et si vous avez entendu parler de ses miracles, il ne s’agit en vérité que de l’expression des bienfaits de Dieu sur sa personne, ainsi qu’en témoignent même vos Evangiles courants, qui montrent le Christ faisant état de la grâce et des faveurs de Dieu à son égard. Il faut dire qu’avant Jésus, Dieu couvrit de ses bienfaits également ses autres serviteurs les prophètes. Par ailleurs, si vous êtes impressionnés par la naissance de Jésus sans père biologique, et vous avez tout à fait raison de l’être, sachez quand même que la création d’Adam et d’Eve est encore plus impressionnante. Jésus n’est qu’une créature de Dieu, « sa parole déposée dans le sein de Marie, un Esprit émanant de lui! Croyez en Dieu et en ses prophètes, mais ne parlez pas de trinité! » Croyez en Dieu dans son unicité, ne cédez pas aux tromperies du Diable et aux dérives de l’idolâtrie. Fallait-il que vous prétendiez que Dieu possède trois hypostases: sur terre, le fils; un humain qui vit et qui meurt. Le second, le Saint Esprit qui descend sous la forme d’une colombe et se divise sur les disciples. Le troisième, le père dans le ciel.

Que signifient ces paroles? Qu’est-ce qui à bien pu vous pousser ainsi dans le pétrin de la contradiction? Tantôt vous prêchez l’unicité de Dieu, tantôt la Trinité. Comment le «Un» authentique peut-il être «trois» et comment les trois peuvent-ils être Un? Comment Etre nécessaire peut-il se multiplier ou s’incarner? Comment peut-il naître ou procréer « Cessez de dire cela dans votre intérêt! » Abandonnez donc les contradictions et la fiction et revenez à la religion juste, fondée sur la foi en Dieu, l’Unique et indivisible. « Dieu n’est qu’un! Il est trop glorieux pour avoir un fils! »

Qu’entendez-vous par fils de Dieu? Si vous l’entendez au sens de créature de Dieu, sachez que Dieu est le créateur de toute chose: « A lui appartient ce qu’il y a dans les cieux et sur la terre. » Mais peut-être que le sens voulu à cette filiation est la relation de foi qui liait Jésus à Dieu, et dans ce cas il n’y a nul intérêt à distinguer Jésus par cette filiation au point de la lui attribuer comme titre particulier. Est-il vraiment nécessaire de faire usage de cette expression qui n’est qu’une survivance de la souillure païenne et une contamination de l’idolâtrie? Quoi qu’il en soit, le noble Coran apporte à travers le verset 18 de la sourate al-Ma’ida (la Table) un démenti clair et sans ambiguïté à la fameuse appellation « enfant de Dieu»: « Les juifs et les chrétiens disent: ‘’Nous sommes les fils de Dieu et ses amis!’’ Demande-leur: « Pourquoi alors vous torture-t-il pour vos péchés? » » Si vraiment vos livres disent la vérité sur l’origine de cette appellation, expliquez-nous donc les raisons de cette torture terrestre dont les feux ne cessent de consumer les Israélites, ce peuple que votre Torah se plait à nommer « l’enfant aîné de Dieu, l’enfant de Dieu». Et vous, Chrétiens, pourquoi vous torture-t-il dans l’au-delà, ainsi que vous le reconnaissez et en demandez secours et refuge auprès de vos prêtres? Comment Dieu peut-il torturer son fils aimé?

Dieu, puissant et grand, dit dans le verset 172 de la sourate an-Nissa’ (les Femmes): « Le Christ ne dédaignera jamais d’être un serviteur de Dieu. » N’avez-vous pas appris par vos Evangiles que Jésus priait Dieu, jeûnait, s’appliquait dans son adoration, lui reconnaissait sa divinité, implorait son secours et se réfugiait vers lui à chacune de ses afflictions? Hélas, vous, de votre côté, semblez éprouver quelque répugnance à l’appeler «serviteur de Dieu». Serait-ce en raison de cet orgueil que vous avez écrit dans Lettre aux Philippiens (2/ 6, 7) les paroles que voici: « Il possédait depuis toujours la condition divine. Mais il n’a pas estimé qu’il devait chercher à se faire de force l’égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. Il est devenu semblable aux hommes, il a paru dans une situation d’homme.»

C’est tout le contraire que défend le Coran, en déclarant au verset 73 de la sourate al-Ma’ida (la Table): « Sont impies ceux qui disent:’’Dieu est le troisième d’une trinité!’’, alors qu’il n’y a de divinité que Dieu l’Unique.» Renversant, n’est-ce pas? Ils passent de la reconnaissance de l’unicité divine qui, à l’origine, constituait le socle de leur religion, à la négation de l’authenticité du monothéisme. Quelle régression! Est-il concevable que Dieu se multiplie? Bien sûr que non, sinon il sortirait de sa nature de dieu. Le Coran ajoute au verset 75: « Le Messie, fils de Marie, n’est qu’un envoyé comme tant d’autres qui l’ont précédé. Sa mère était véridique et tous les deux prenaient de la nourriture. Regarde comme nous mettons en évidence nos signes pour les chrétiens, et regarde comme ils s’en écartent. » Cet homme né de Marie et qui a grandi comme tous ses semblables n’est qu’un prophète, à l’image de ceux qui l’ont précédé, tels Noé, Abraham ou Moïse. Ils étaient porteurs de miracles non moins importants que ceux que Dieu réalisait à travers Jésus. Ils ont conseillé leurs nations et enduré les pires difficultés dans le but unique de guider leurs peuples sur la bonne voie. La mère de Jésus était une femme droite et n’était ni plus ni moins humaine que son fils. Tous deux étaient pauvres, de cette pauvreté humaine qui est la notre, et qui prend toute sa dimension dans les besoins du monde d’ici-bas, les tourments du chagrin, les larmes, la douleur, la soif, les imperfections et les faiblesses qui tapissent notre quotidien et celui du Christ. Mais vos passions vous trompent et vous empêchent d’apprécier les arguments que crie votre conscience.

Dieu ajoute au verset 77: « O^ gens des Ecritures! Ne soyez pas excessifs dans votre religion au point de vous éloigner de la vérité. Ne suivez pas dans leurs passions les gens qui se sont égarés antérieurement, qui ont égaré un grand nombre d’hommes et qui se sont encore égarés, loin du droit chemin », allusion à ceux qui divinisent le pauvre humain et renient le monothéisme, ceux dont les penchants païens leur commandent d’adorer la Trinité, d’où les imaginaires hypostases, l’incarnation divine, la divinisation des humains, ainsi que d’autres légendes sur la filiation divine, qui reviennent dans les délires des Brahmanes, des Bouddhistes, des Romains, des anciens Grecs et de toutes les autres nations païennes. Mais à propos, Emmanuel, Vous disiez que vos amis prétendent que le sujet de la Trinité et des hypostases est abordé dans les Livres sacrés et qu’à ce titre, il faut l’accepter et s’y conformer. Où sont donc ces livres sacrés et leurs déclarations sur la Trinité et les hypostases? Est-ce que ces livres accompagnent leurs allégations d’une argumentation raisonnable? Je croyais pourtant que vous aviez étudié les deux Testaments et tiré les conclusions sur leur impossible crédibilité.

Le Docteur: C’est vrai, on est inévitablement interpellé par ce tapage suscité par la bévue de théologiens qui se sont avérés polythéistes, divinisant l’inanimé, l’humain ou l’animal. Et l’on est davantage surpris et déçus lorsqu’on sait que de tels comportements polythéistes proviennent de ceux qui saisissent bien le sens du terme «Dieu» et le reconnaissent. Comment cela a-t-il pu se produire?

Le cheikh: Voyez-vous, docteur, quand on se perd dans les ténèbres de l’ignorance complexe, que l’on cède aux caprices de nos penchants, à l’imitation aveugle et à la calamité de l’orgueil et de l’arrogance, il ne faut pas s’étonner de voir ces fléaux nous plonger dans le péril de l’excès. Dès lors, les yeux s’aveuglent devant l’évidence et les limites du raisonnable volent en éclats pour laisser le champ libre au rêve et à l’imagination.

Prenez l’exemple de ceux dont les idées sont suspendues aux principes matérialistes, au point d’affirmer l’impossibilité de l’existence à partir du néant. Ils se sont obstinés dans cette négation en dépit de leurs consciences qui leur criaient le contraire et de leurs observations innombrables dans ce sens. Leur aveuglement les poussa même jusqu’à émettre l’hypothèse d’une matière éternelle, sans toutefois la qualifier d’être nécessaire, de peur d’avoir à en démontrer les attributs, et cela eut pour conséquence de les plonger dans le bourbier inextricable de la théorie de l’évolution. Ils furent amenés à supposer un enchaînement à l’infini et à imaginer un éternel dont il est impossible de concevoir l’éternité, ni de l’admettre en tant que point de départ ou cause originelle de l’existence.

Les voilà donc prisonniers de la théorie de l’atomisme, des tourbillons de l’éther ou de sa condensation, et leur embarras d’avoir à assumer les retombées scientifiques d’une théorie indéfendable n’a d’égal que leur acharnement insensé à vouloir considérer l’univers comme formé d’atomes associés en combinaisons fortuites et purement mécaniques.

Hélas, cette calamité qu’est la déviation du droit chemin n’a pas épargné certains religieux qui, au lieu de rester sur la voie du véritable savoir qui leur montre leurs limites et leur incapacité à parcourir l’immensité du savoir scientifique, préfèrent s’exposer aux périls de l’ignorance complexe et à l’illusion, convaincus d’avoir percé les mystères de la connaissance.

Le docteur: Il est essentiel pour les théologiens de garder présente à l’esprit la simplicité absolue de Etre nécessaire dans sa sainte essence, qu’il n’est ni composé ni divisible et qu’il est Un et non multiple.

Le cheikh: Absolument, c’est un fait indéniable qu’on ne peut ignorer, que ce soit d’un point de vue scientifique ou de celui du bon sens.

Le docteur: Il n’échappe à personne que dans l’explication par la cause naturelle, il doit nécessairement y avoir entre la cause et son effet spécifique un rapport et un lien naturels.

Le cheikh: C’est évident. Les effets ne peuvent être multiples quand les causes d’origine naturelle ne le sont pas. A ce titre, le simple et unique à tous points de vue ne peut être une cause naturelle que pour son semblable, simple et unique également à tous points de vue.

Le docteur: N’est-il pas vrai que dans l’explication matérielle, il est nécessaire que la cause de l’existant soit une réalité ancrée dans l’existence et qu’il ne suffit pas qu’elle soit une considération abstraite, sur laquelle l’esprit humain se représente une existence somme toute irréelle?

Le cheikh: C’est également vrai.

Le docteur: Donc, cheikh, cette création multiforme que constitue le nombre incalculable de créatures existantes, toute différentes les une des autres, comment peut-on honnêtement l’expliquer par une seule cause, à savoir Etre nécessaire, lequel du fait de sa qualité, doit obligatoirement être d’une simplicité et d’une unicité absolues? Auquel cas, n’est-on pas en droit de s’attendre à ce que chaque créature de ce monde ait une part existentielle de Etre nécessaire, et que cette partie convienne exclusivement à telle créature, sans les autres, si bien que dès lors, nous ne pouvons plus parler de simplicité, d’unicité et encore moins d’Etre nécessaire.

L’être nécessaire, créateur par son pouvoir et son vouloir
Le cheikh: L’être nécessaire dont la simplicité, la pureté et l’unicité sont telles qu’elles échappent entièrement à l’imagination, étant la cause de l’existence par sa volonté, ce qui nous situe évidement loin de la vision matérielle de la causalité; Diriez-vous que sa créature doit nécessairement être comme lui: unique et simple?

Le docteur: Je ne dirai pas cela. Il peut au contraire créer des êtres aussi variés que composés.

Le cheikh: Voilà donc qui devrait répondre à votre question. C’est bien Etre nécessaire qui fait exister les êtres, par la création, la volonté et le pouvoir, sans qu’aucun facteur n’interfère entre lui et ses créatures. Il donne existence aux choses par son vouloir même. Son savoir et son vouloir sont cause de l’apparition et de l’existence des choses, sans que rien ne soit antérieurement.

Gloire à Dieu, il est bien au-dessus de ce qu’ils décrivent. Que la paix soit sur les prophètes et louange à Dieu, le Seigneur des mondes.


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TROISIE`ME PARTIE AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) TROISIEME PARTIE
Au non d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Louange à Dieu, le Vénéré par excellence, et que la prière et la paix soient sur ses messagers, ses prophètes et ses amis.

Eliezer: Cheikh, j’aurais souhaité que vous nous donniez davantage d’explications au sujet des démonstrations du Coran sur les enseignements divins.

Emmanuel: Pour ma part, je vous demanderai de procéder en tenant compte de la capacité toute limitée des gens simples et leur perception primitive de ces choses-là, mais aussi de manière à fournir au philosophe les éclaircissements qui le satisferont, dans le respect des règles scientifiques, cela va de soi, et c’est justement ce qui est attendu du Livre céleste, révélé aux fins de guider l’humanité entière.

Le cheikh: Certaines vérités, en raison de l’incapacité des esprits à en saisir toutes les finesses, deviennent par la force des choses objet de doute et de négation, pendant que d’autres sont indiscutables du fait de leur évidence dont ne doutent que les dénués de perception ou ceux qui ont sacrifié leur humanité à leurs penchants. Pour cela, le Coran se charge de répondre par la clarté de la preuve, aussi bien à l’incapacité des gens à comprendre, qu’aux mauvaises suggestions de leurs passions. Ainsi, nous pouvons lire aux versets 19 et 20 de la sourate al-‘Ankabout (l’Araignée): « Ne voient-ils pas comment Dieu commence la création et la recommence? Cela est si aisé, en vérité, pour le Seigneur! Dis: « Parcourez la terre et voyez comment il a commencé la création, comment il la fera renaître de nouveau pour la dernière fois. » Car la puissance de Dieu n’a point de limite ».

On serait tenté de croire que par ces paroles, le Coran est en train de blâmer beaucoup de gens de notre époque, et dont les esprits sont sous l’emprise d’idées qu’ils écrivent et propagent à leur tour sans considération pour la vérité, se permettent de déclarer leur incapacité à admettre la possibilité de la création de l’existence à partir du néant. Quand je pense que le monde pullule d’exemples sur l’apparition de l’existence après le néant et que toute personne douée de raison ne peut faire autrement que de le constater, j’en arrive à me demander où sont passés leur discernement et leur clairvoyance. « Ne voient-ils pas?» Comment toutes ces créatures: hommes, animaux et plantes ont une existence après qu’elles n’en eurent point? Ne voient-ils pas comment elles se renouvellent âge après âge, peuple après peuple. Ont-ils dû renier leurs propres sens pour ne rien avoir vu de cette évidence? « Parcourez la terre! » Sortez de chez vous et quittez les ténèbres de votre ignorance « et voyez comment il a commencé la création » et fait exister les créatures après leur inexistence.

Ramzi: Ce qui apparaît du néant et finit par disparaître n’est en réalité que l’image générique de ce que vous identifiez. Quant à la matière, étant éternelle, elle n’apparaît pas plus qu’elle ne disparaît.

Emmanuel: D’où tenez-vous que cette matière prétendument éternelle, n’apparaît pas après son inexistence? Combien d’humains, d’animaux et de plantes apparaissent à l’existence alors qu’on ne leur connaissait ni image ni matière auparavant? Pourtant, toutes ces créatures grandissent, vieillissent puis disparaissent. Pourquoi ne reconnaissez-vous pas que leur matière apparaît et disparaît tout autant que leur image?

Ramzi: C’est un genre d’apparition que je ne constate pas pour le soleil, la terre et les autres planètes. Alors je ne leur imagine pas de disparition.

Emmanuel: Vous n’avez pas non plus assisté à l’apparition de votre mère, votre père et vos grands parents. Estimez-vous pour autant qu’ils ont toujours existé? Vous n’étiez pas encore né, alors que la plupart de ces oliviers existaient déjà, et vous ne vivrez certainement pas assez longtemps pour assister à leur disparition. Pour autant, iriez-vous jusqu’à juger de leur éternité? Qu’est-ce qui vous prend, Ramzi? Ne savez vous donc pas que ce sont justement ceux que vous imitez qui affirment que le soleil et toutes les planètes sont apparus à la suite de changements survenus dans les conditions de l’espace, et que l’ensemble est subordonné au pouvoir de la désintégration et de la disparition, au terme qui lui est estimé.

Ramzi: Je dis que l’apparition et la disparition, ainsi que les différents états de croissance, de la petitesse à la grandeur ne sont pas le fruit de l’apparition de la matière ou de sa disparition, mais seulement le résultat de sa concentration et de sa dispersion dans un mouvement qui aboutit au changement de la forme de l’objet existant.

Emmanuel: C’est tout de même extraordinaire! Est-ce à dire que chaque partie de l’animal ou de la plante n’est autre que la matière éternelle, et dont la forme se serait transformée en animal ou en plante par exemple, et que le processus serait le même pour chaque chose existante? D’où tenez-vous cela, afin que nous puissions en profiter nous aussi? Quel secret de la connaissance avez-vous percé pour découvrir que chaque partie qui disparaît de n’importe quelle créature, n’est que de la matière éternelle qui aura changé de forme? Voyons Ramzi, quel que soit votre allégeance aux idées de tel ou tel aventurier du matérialisme, les nouvelles découvertes ne cessent de démontrer l’une après l’autre l’apparition et la disparition de la matière.

Savez-vous que le radium se forme lors de la désintégration radioactive de l’uranium? Qu’il se transforme en énergie en envoyant dans l’espace son électricité, sa température et son rayonnement et sa période radioactive est de 1600 ans. De la décomposition radioactive du radium se forme un gaz, le radon, dont la période radioactive est de seulement quelques jours. Les auteurs de ces découvertes dont les idées gouvernent, ou plutôt asservissent votre esprit, bien qu’ayant observé le mode et les effets de désintégration du radium, n’ont pas été jusqu’à prétendre que c’est sa matière qui prend une autre forme.

N’avez-vous pas eu vent de ces découvertes qui ont bouleversé les règles dites scientifiques au sein du courant matérialiste, et sonné le glas de l’hypothèse qui fait de l’atome l’origine de toute chose? Ces découvertes viennent ni plus ni moins remettre en cause le principe sacro saint, si cher aux adeptes de ce courant, à savoir que l’atome est le plus petit corps dans la matière, qu’il est indivisible et qu’il est éternel. Et bien, figurez-vous que l’atome n’est pas aussi indivisible qu’on voudrait le faire croire, puisque nous savons désormais que lui-même est composé d’autres particules dites élémentaires, comme les électrons, les protons, les neutrons, etc.

Vous savez très bien, cher Ramzi, que nous avons déjà plus que suffisamment expliqué que le divisible ne peut être un être nécessaire, et ce qui n’est pas un être nécessaire ne peut être éternel; il a au contraire besoin d’un agent extérieur pour lui donner existence. Enfin, il est définitivement établi que la matière, étant sujette au changement dans son essence, il est bien exclu qu’elle soit un être nécessaire. Nous avons beau ignorer ce balai d’apparitions et de disparitions de corps de toutes sortes, il n’en demeure pas mois que la preuve nous est donnée sur le caractère fondamentalement accidentel de la forme générique. N’y a-t-il pas là de quoi contraindre les plus réticents, à admettre que la création d’une chose après son inexistence est quelque chose de tout à fait raisonnable, palpable, concret?

Ramzi: Nous ne pouvons pas nier la contingence des formes génériques après leur inexistence et les exemples ne manquent pas, je veux bien l’avouer. Le Darwinisme, dans sa doctrine de l’évolution des espèces, est fondé sur le fait que les espèces, par la dynamique de l’évolution, se renouvèlent à chaque fois dans de nouvelles formes. Mais ceci ne constitue pas une preuve de la création de la matière et son apparition après son inexistence.

Emmanuel: Je ne vous renverrai ni aux dernières découvertes scientifiques, ni devant les arguments de la raison. Dites-moi seulement: comment pouvez-vous vous rendre à l’idée de la création des formes génériques après leur inexistence et refuser le même principe pour la matière?

Ramzi: Simplement parce que l’apparition des formes n’est pas le fait de la création; elles naissent de la matière, car il ne peut y avoir de forme sans matière.

Emmanuel: Pourriez-vous être plus explicite? J’avoue éprouver quelques difficultés à saisir la portée de votre raisonnement.

Ramzi: Vous seriez peut-être satisfait si je vous disais que c’est la matière qui se transforme pour devenir une forme, étant donné que cette dernière ne peut être que par la transformation de la matière.

Emmanuel: Ne savez-vous donc pas que la matière ne peut exister en dehors de sa forme? Sinon, comment pouvez-vous expliquer l’existence de la première forme de la matière, celle-là même qui accompagne la matière dans son existence; d’où peut-elle être issue?

Ramzi: Je maintiens que la forme ne peut pas être sans matière, ce qui veut dire encore que sa contingence ne peut être un effet de la création.

Emmanuel: La création, c’est l’action de faire exister après le néant, et l’applicabilité de cette définition aux formes génériques ne laisse aucun doute. Ceci étant, rien ne vous autorise à restreindre le sens de la création à l’action de faire exister une chose indépendante dans son existence, sans lien avec une autre, comme le lien qui rassemble la matière et la forme et ce, quelle que soit l’aversion que vous pouvez éprouver à l’endroit du principe même de la création, parce que ne rentrant pas dans le moule de votre doctrine. Je vous dirai tout de même que l’apparition de la forme est la plus claire des preuves sur l’apparition de la matière, puisque comme vous le disiez si bien, l’une ne peut être sans l’autre. Nous ne pouvons donc parler de l’éternité de la matière, laquelle s’accompagne obligatoirement de la forme, contingente de par sa nature; à moins que nous nous mettions cette fois-ci à défendre l’éternité de la forme.

Ramzi: C’est vrai, mais la forme initiale qui accompagne la matière est tout aussi éternelle que celle-ci et non contingente.

Emmanuel: Tous les scientifiques s’accordent sur le principe selon lequel que les formes disparaissent, laissant place à d’autres qui apparaissent pour la première fois dans l’existence. Comment voulez-vous par conséquent que la forme soit éternelle? Même la forme de l’éther considérée comme la base de votre théorie est soumise à la disparition, pour que d’autres formes apparaissent à sa place.

Ramzi: La science nous démontre que depuis des millions d’années, la matière de l’univers ne cesse de changer de forme. Je ne vois donc pas ce qui vous permet de parler de contingence de la matière.

Emmanuel: Vous m’étonnez, Ramzi. Je ne sais si vous avez oublié ou si vous faites semblant. Dois-je encore vous rappeler combien nous avons débattu de ces questions qui ont été d’ailleurs consignées dans le détail? Vous y trouverez de quoi satisfaire votre curiosité et même vos objections sur le sujet.

Ramzi: Ce n’est pas pour sauter du coq à l’âne, mais à en juger par la Torah, les origines de la création ne remontent pas au-delà de huit mille ans, pendant que la science nous montre qu’une si courte période ne suffit même pas à la formation d’une des couches géologiques.

Emmanuel: Au terme des investigations que nous avons menées sur la Torah courante, il nous est apparu que celle-ci ne peut pas être la Torah authentique. C’est pourquoi, il ne serait ni judicieux ni honnête de recourir à son contenu pour alimenter votre polémique. Néanmoins, le Coran des musulmans rapporte que la création de la terre et de ses habitants a précédé de loin celle du genre humain, du moins celui à travers lequel nous nous identifions, et que cette espèce humaine a été créée en successeur à une ou plusieurs autres qui s’étaient éteintes. Dieu dit au trentième verset de la sourate al-Baqara (la Vache): « Puis vint le jour où ton Seigneur dit aux anges: « Je vais installer un représentant sur la terre». »

Ramzi: Permettez-moi d’insister, mais il est établi que la formation de notre système solaire a duré des millions et des millions d’années, alors que la Torah aussi bien que le Coran disent que les cieux et la terre ont été créés en six jours.

Emmanuel: Dans ce qui a été précédé de cette étude, la preuve a été faite sur la contingence de la matière et de ses formes qui, pour exister, nécessitent au préalable l’existence d’un Créateur. Dites-moi maintenant: qui a bien pu fixer les limites du pouvoir et de la sagesse de ce Créateur, de sorte qu’il serait incapable de créer l’univers en six jours? Ne soyez donc pas si prompt à faire objection au Coran. Vous seriez au contraire bien avisé d’interpréter ces six jours en six ères, à plus forte raison que la durée de certaines journées dans le Coran équivaut à cinquante mille de nos années.

Il est vrai que le texte de la Torah courante ne prête pas à ce genre d’interprétation, à voir la description qui est faite de la journée et ce, tout au long du premier chapitre de la Genèse. Le plus drôle chez certains se réclamant de la spiritualité chrétienne et qui se sont imprégné l’esprit d’idées matérialistes et de la théorie de l’évolution des espèces, c’est qu’ils se sont embrouillés dans l’affaire des six jours cités dans le début de la Genèse. Ainsi, l’auteur de ‘adja?ib al-makhlouqat insiste à la troisième page de son livre pour interpréter les six jours par six ères, en prenant bien soin de rappeler que son point de vue est corroboré par les scientifiques et approuvé par les sages du christianisme aux quatre coins du monde civilisé. Mais ceci n’est pas sans contredire les termes de la Torah qui, elle, n’accepte pas l’interprétation. En outre, j’ai lu le livre min ayna ji’na, édité en 1912 et dédié à l’archevêque de Beyrouth. Il dit à la page 134: « L’Eglise n’a jamais envisagé de déterminer d’une façon ou d’une autre la date à laquelle remonte l’existence de l’homme, car ce serait en contradiction avec les paroles de la Torah. D’ailleurs, la Torah ne nous apprend rien à ce propos. Concernant les chiffres avancés par celle-ci, désormais, il n’échappe à personne que la Torah a fait l’objet d’une falsification involontaire du copiste, en conséquence de quoi, nous nous retrouvons avec différentes versions. De ce fait, il devient impossible d’accorder le moindre crédit aux enseignements qu’elle contient».

Pouvez-vous me dire si, après cela, il restera la moindre considération pour la Torah que même les religieux ont jugée falsifiée et inexacte et ce, même si elle ne l’est qu’en partie. De toute manière, je n’imagine pas ces spiritualistes reconnaître la falsification de l’ensemble des enseignements de la Torah, tant sur l’interdiction faite par Dieu à Adam de manger les fruits de l’arbre, que sur la marche de Dieu dans le paradis à la recherche d’Adam, ou même sur les craintes de Dieu devant la construction de la tour de Babel. C’est évident, ils auront bien de la peine à admettre la remise en question de l’histoire, qu’il s’agisse de celle des visiteurs d’Abraham et de Lot, ou celle de la bénédiction de Jacob et de sa lutte contre Dieu.

Parmi les exemples témoins de l’acharnement darwiniste, le plus ahurissant est sans doute ce qui a été rapporté sur Ibn Rochd (Avéroes). Celui-ci, en s’appuyant sur des versets du Coran, aurait soutenu la thèse de l’éternité de la matière par le genre et sa contingence par la forme, essayant par là de réfuter l’existence d’une chose après sa non-existence: « Il créa les cieux et la terre en six jours pendant que son trône était sur l’eau », ou encore: « ensuite, il se tourna vers le ciel, qui était fumée ». Ceci implique pour le premier verset, l’existence de l’eau avant la création des cieux et de la terre, pendant que pour le second verset, l’existence de l’univers par la volonté divine à partir d’une matière antérieure à l’univers, en l’occurrence la fumée. Il aurait soutenu également que rien ne prouve que Dieu ait existé dans l’inexistence des choses, et qu’il est inconcevable qu’il les ait créées à partir de ce néant.

Renversant, n’est-ce pas! Qu’est-ce qui peut bien suggérer dans les versets cités, que l’eau et la fumée qui existaient avant les cieux et la terre n’ont pas été créées après leur inexistence? Ce qui existait avant les cieux et la terre est-il nécessairement éternel? Ensuite, comment la fumée peut-elle être la matière éternelle par le genre et à partir d’elle, l’univers contingent par la forme? La fumée serait-elle une matière sans forme? Peut-il exister une matière sans forme?

La forme et la matière
Je vous suggère, cher Ramzi, de regarder attentivement en direction de votre corps d’homme, de considérer ses différents organes et outils de perception et songer au premier stade de votre existence; je veux parler de la goutte de sperme à partir de laquelle vous êtes formé. Osez dire ensuite que votre existence dans ce corps humain ne se distingue pas de l’existence de la goutte de sperme par quelque chose d’existant! Pourriez-vous affirmer que votre corps d’homme ici présent n’en est pas un, qu’il n’existe pas et qu’en réalité vous êtes toujours une goutte de sperme et que rien n’a existé à travers cette forme humaine? Je dis que toute personne raisonnable ne saurait passer à côté de l’évidence, ignorer la contingence de l’existence et l’existant après le néant, même si certains se plaisent toujours à dire que l’apparition de l’existence à partir du néant est quelque chose d’impossible. L’humanité, le monde animal et le monde végétal ne sont-ils pas existants? Les formes génériques de toutes les espèces ne sont-elles pas existantes? N’est-il pas arrivé à chaque membre de ces espèces une existence après le néant? Ne vous vous rendez pas compte, Ramzi, que les théories élaborées dans les cercles de l’athéisme ne cessent de faire l’objet de démenti et de remise en cause chaque jour, tant par l’esprit critique que par les découvertes scientifiques?

Le Coran et l’origine de la matière
Ramzi: Dites-nous, cheikh: n’y a-t-il pas dans le Coran des versets qui soutiennent les affirmations de ceux qui réfutent l’idée de la contingence effective et de la création d’une chose à partir du pur néant? J’entends par « chose», la substance et le corps simple non formé. Ne peut-on pas dire tout au moins qu’il n’a pas été prouvé que le Coran ait été opposant à cette opinion, surtout qu’il dit: « Ou bien auraient-ils été créés de rien? » Remarquons le caractère négatif de l’interrogation.

Emmanuel: Il ne vous échappe pas, de même qu’à toute personne connaissant le noble Coran, que ce verset, ainsi que le suivant viennent en guise d’argument sur l’existence de Dieu le créateur, mais aussi en guise de désaveu et de réprobation en direction de ceux qui en doutent, mais sûrement pas pour démontrer l’éternité de la matière ou de cette prétendue substance non formée, car ceci la ferait sortir du cadre des créatures de Dieu et de son pouvoir de la faire exister après sa non- existence. Franchement, imaginez-vous le Coran se prononcer contre la raison et supposer l’existence d’une substance non formée, qui serait éternelle, non créée et non précédée du néant, et pour laquelle serait créée ultérieurement une forme? Qui peut concevoir l’existence d’une matière sans forme, alors que l’existence de la matière se reconnaît par sa forme? N’avez-vous donc pas lu dans ce même Coran que Dieu est «Créateur de toute chose », comme dans la sourate al-An‘am (les Bestiaux) (102), ar-Ra‘d (le Tonnerre) (16) et az-Zoumar (les Groupements) (62). N’avez-vous pas lu le verset 50 de la sourate Taha, qui dit: « Celui qui a donné à chaque chose création » et dans le verset 7 de la sourate as-Sajda (la Prosternation): « Celui qui a excellé en tout ce qu’il a créé ». Si cette matière, fruit de votre imagination est quelque chose dont on peut supposer l’existence, le Coran, lui, lève toute équivoque en déclarant dans la plus franche des expressions que Dieu est le Créateur de toute chose. Alors Ramzi, dites-vous toujours que le Coran ne s’est pas opposé à l’idée de l’éternité de la matière? De plus, à quoi vous avance le caractère négatif de l’interrogation, alors que vous en saisissez très bien le sens à travers le cours des idées défendues dans ces versets?

Le cheikh: Je ne crois pas que l’interrogation de Ramzi émane d’une conviction; je pense plutôt que c’était dans une intention d’investigation. Comment en serait-il autrement alors qu’il avait réfuté les assertions d’Ibn Rochd disant qu’il n’y a rien en apparence qui prouve l’existence de Dieu sans celle d’autre chose.

Emmanuel: Il aurait été bien inspiré de faire l’économie d’une telle investigation, qui n’a eu pour résultat que de la faire tomber dans la contradiction, au lieu d’être attentif et raisonnable lorsqu’il s’agit d’évoquer les enseignements du noble Coran et leur probité. En tous cas, cette attitude n’est pas sans rappeler ses propres paroles sur l’argumentation du savant Nassireddine sur la contingence de la matière et de l’univers, voulant pour preuve son nécessaire changement; il dit: « Ceci confirme la contingence de la matière de façon partielle et non comme ils disent, générique, et cela n’empêche pas son éternité substantielle.» Allons, cheikh, Peut-on concevoir une existence générique éternelle sans existence partielle? Et peut-on concevoir une existence de la matière sans forme?

Le cheikh: Précédemment, nous avons eu à argumenter par le troisième et le quatrième verset de la sourate al-Jathiya (l’Agenouillée). Voici à présent ce que dit le cinquième verset: « De même dans l’alternance de la nuit et du jour, dans ce que Dieu fait descendre du ciel comme subsistance par laquelle il revivifie la terre sèche, dans le déploiement des vents, il y a des signes pour les gens qui raisonnent.» Pensez donc aux signes clairs et aux buts nobles et extraordinaires qui nous sont révélés par le biais de ces questions. Quand le profane pense à l’alternance du jour et de la nuit, à la perpétuité de cette alternance à travers les âges et ses effets, il comprend que cela n’a rien de fortuit et que cette mesure est le fruit de la Sagesse suprême, celle d’un Omniscient et Tout-Puissant. De son côté, le connaisseur regarde cette expression de la nature en se tournant vers le mouvement des planètes et leur trajectoire autour du soleil, dans un imperturbable cycle annuel. La soumission de cette immensité à une telle discipline du rythme et de la précision a bien entendu pour effet de susciter l’admiration et l’humilité devant l’incommensurabilité du savoir et de la puissance qui sont à son origine. Le profane, de même que le savant, voient encore plus clair en étant les témoins de ce que Dieu fait descendre du ciel, source de vie de toute chose. Cette sagesse manifeste ne laisse pas le moindre espace au doute, que cette savante combinaison de bienfaits ne peut être que l’œuvre d’un Sage Miséricordieux.

Autant le profane que le connaisseur, ne pourront trouver matière à douter en voyant l’orientation et la distribution des vents, leur rôle dans l’adoucissement de l’atmosphère, la conduite des nuages vers des régions en manque de pluie, la fonte des neiges, l’élimination des moisissures: « C’est lui qui envoie les vents annonciateurs de sa miséricorde. Et quand ils sont chargés de lourdes nuées, nous les dirigeons vers une contrée morte de sècheresse et nous en déversons l’eau avec laquelle nous faisons pousser toutes sortes de fruits. » (al-A‘raf, 57).

Entre la raison et les suggestions de l’impiété
Ramzi: La science ne s’appuie que sur le monde sensible, le concret, alors que tout ce que vous avancez au sujet de la divinité ne repose que sur les appréciations de la raison abstraite.

Votre conception des choses est que l’existant accidentel ne peut être sans créateur, la cause devant nécessairement remonter jusqu’à l’E^tre nécessaire, le Créateur de toutes les créatures, dans des buts déterminés par lui. Vous soutenez par ailleurs que cet E^tre nécessaire ne se multiplie pas, ne se divise pas, ne s’incarne pas. Ce ne sont là que des estimations sans lien avec les sens et ne trouvent de support que dans la raison, toute abstraite qu’elle est.

Le cheikh: Si la situation n’est pas aussi claire pour vous, sachez qu’il est de notoriété pour les hommes de science, qu’il n’est de domaine scientifique qui ne tienne compte de l’appréciation de la raison. C’est sur elle que sont construits les raisonnements et que sont appuyées les démonstrations et les preuves. Elle est le fondement même de la science et la pierre angulaire des théories scientifiques. Sans le recours à la raison dont la lumière permet de mieux cerner la vérité, les sens ne seraient pas de grande utilité dans l’établissement de la preuve scientifique.

Le sens ne peut pas être institué en base universelle pour l’intérêt de la science et on doit l’imaginer sans peine pour le cas de l’induction, par exemple. A propos, savez-vous ce qu’est l’induction? Quelle est son utilité? L’induction en logique est un processus de pensée qui consiste à aller du particulier au général, à l’inverse de la déduction. L’induction présuppose que si une affirmation est vraie dans un certain nombre de cas observés, elle sera aussi vraie dans des cas similaires, mais non observés. La probabilité que l’affirmation soit juste dépend du nombre de cas observés. Sachez alors qu’il n’y a rien dans les sciences pratiques qui se base sur l’induction.

Par ailleurs, l’une des sciences les plus proches du sens est sans doute le calcul, dont les bases ne trouvent pourtant pas leur origine dans les sens. Parmi les règles du calcul, nous savons que chaque nombre pair est divisible en deux nombres entiers égaux, que le «un» ne se divise pas, que trois additionné à quatre donnent la somme de sept et que chaque cinq dont on soustrait trois donne deux, etc.

Est-ce à dire que nous obtenons ce savoir par le raisonnement inductif? Certainement pas. N’est-ce pas la raison qui, du fond de son abstraction, juge que la paire, compte tenu de sa nature, est divisible en deux parties égales, et que la nature de trois et de quatre impose que de leur addition résulte un total de sept? Ainsi vont les évidences du calcul, et si les sens avaient une quelconque influence sur les choses, c’est seulement pour interpeller la raison sur la nature du monde sensible, afin de lui permettre de juger avec les évidences du bon sens.

J’ajouterai que si vous considérez toujours que la connaissance des ces questions relève des sens, sachez que celles qui intéressent les théologiens sont encore en plus étroite relation avec le monde sensible, car toute chose concrète observée dans l’univers attire l’attention sur l’évident besoin de celle-ci pour un créateur, l’E^tre nécessaire. Ce sujet est également abordé dans le livre anwar al-houda, p.3 et 4.

Visions Epicuriennes
Ramzi: Nous pouvons lire à la page 120 de la revue al-hourriya al-baghdadiya ces paroles d’Epicure sur l’athéisme: « Soit Dieu veut effacer le mal mais ne le peut pas, soit il le peut mais ne le veut pas, soit il ne le peut pas et ne le veut pas, soit il le peut et le veut. Les trois premières suppositions sont inconcevables pour un Dieu digne de ce nom. Quant à la quatrième, si elle est juste, pourquoi le mal continue-t-il d’exister? »

Emmanuel: Savez-vous, Ramzi, ce que Epicure voulait dire par le terme « mal»?

Ramzi: Le mal est connu, tout le monde le sait; je ne vois pas de raison à cette question.

Emmanuel: Les prétentions de l’homme l’ont conduit à généraliser la signification du terme « mal» en y introduisant tout ce qui est susceptible de déranger les penchants, l’affinité, l’avidité, la convoitise, etc. C’est tellement vrai que le fornicateur en est arrivé à considérer l’interdiction de l’adultère comme une injustice et un mal, de même que les criminels de tous bords prennent pour un mal toute action visant à mettre en échec leurs méfaits. C’est également l’exemple de l’ingrat qui vit toujours comme une grande injustice la rupture, pour une raison ou pour une autre, du bienfait dont le comblait jusque là son bienfaiteur.

Mais que dire des bienfaits de Dieu pour ses créatures? Le genre humain, tout en estimant son espérance de vie à quatre vingt ans en moyenne, avec les nombreux risques qui concourent à son raccourcissement, s’y agrippe plus qu’à tout autre chose. Déterminé à vivre le plus longtemps possible pour ce but, tout éphémère qu’il soit, il n’hésite pas à recourir à tous les moyens que lui procurent les voies de la cupidité, de l’injustice et de la méchanceté, même dans un état de vieillesse, de décadence physique porteuse de la perte des sens les plus importants, de solitude et de désespoir. Tout cela pour profiter des quelques plaisirs de la vie, même en voyant la fin toute proche, et c’est précisément toute la dimension que l’animal donne au bienfait de la vie et à sa valeur.

Pensez à la richesse, aux enfants, au pouvoir et aux honneurs; pensez à leur importance dans la vie des hommes en tant qu’immenses privilèges et en tant que buts à atteindre. Enfin, pensez aux bassesses dont l’homme est capable pour les atteindre et les préserver.

Parallèlement, pensez à ceux dont l’âme noble se satisfait humblement de ce qu’elle possède. Vous seriez surpris de voir la jouissance qu’est celle de ces gens-là, à savourer le peu qu’ils ont et qu’ils considèrent surtout comme un énorme bienfait. Alors, ne soyez pas contrarié si je vous demande de m’expliquer ce que voulait dire Epicure par le terme «mal».

Ramzi: Il fait bien sûr allusion aux calamités qui font le quotidien de l’humanité: la mort, les maladies, les souffrances, la pauvreté, la perte des proches, la déchéance après la gloire, l’humiliation et l’avilissement après la grandeur, bref, tous ces maux qui privent la vie de son plaisir et de son bien-être.

Emmanuel: Je m’en doutais bien, et c’est sur quoi j’ai voulu attirer votre attention tout à l’heure, en disant que l’ingrat considère la rupture du bienfait comme une injustice. Je vous invite à plus de détails sur ce sujet, dans le livre anwar al-houda, p 61-73.

Comprenez bien que l’homme n’a aucun mérite pour l’existence, la vie, la santé, la richesse, la gloire, la progéniture, les amis et tout ce qu’il aime d’autre. A vrai dire, rien de ceci ne dépend de son pouvoir, car ce sont des bienfaits, témoins de la bonté et de la générosité de leur donateur, sans que l’homme y ait un mérite, quel qu’il soit. Partant de ce principe, ce qui pourrait vous sembler être un mal dans la mort, les maladies, les souffrances et les autres malheurs, n’est en réalité que la rupture du bienfait déterminé et pour une raison que connaît le bienfaiteur. N’y voyez ni mal, ni atteinte, ni oppression, ni préjudice contre le mérite, ni une dépossession de l’individu de ses droits.

Seulement, le pécheur, habitué qu’il est à la cupidité, l’avarice et l’ingratitude, n’hésite pas, compte tenu de son ignorance, sa bassesse et son arrogance, à qualifier de mal, injuste et condamnable la rupture du bienfait; il nie tous les bienfaits passés et ose même entrer en colère contre le bienfaiteur.

Il faut comprendre que si l’âme jouit de privilèges physiques, dont l’existence du corps et la bonne santé, c’est sans conteste grâce au lien indéfectible qui unit cette âme à son corps. C’est en raison de ce lien que l’âme souffre lorsque l’homme perd de sa bonne santé et de sa bonne humeur, suite à la décision de son bienfaiteur de lui retirer temporairement ou définitivement quelques uns de ses bienfaits. Alors, du fait de l’osmose qui caractérise la relation du corps avec l’âme, cette dernière reçoit de plein fouet les effets de chaque contrariété imposée au corps, telle les maladies, le vieillissement, etc. Et l’âme ne cessera de ressentir ce que le corps subit, qu’avec la rupture de leur relation, après quoi s’estompent pour l’âme tous les besoins de nature physique. De ce fait, nous devons bien reconnaître que les douleurs et les souffrances ne sont nullement un mal que Dieu doit effacer.

Sachez enfin que la plus noble des sciences, celle qui ouvre la voie vers la véritable civilisation, vers le progrès social et le bonheur permanent, est celle qui permet d’aboutir à la connaissance de Dieu, le donneur de la vie, le Bienfaiteur et le détenteur du destin. La connaissance des attributs de puissance, de beauté et de majesté de Dieu, conjuguée à l’observation de ses enseignements sont les clefs de la plénitude spirituelle et du bonheur éternel. L’univers a été créé sur cet ordre en tant que portail ouvert sur cette connaissance de Dieu, et dans tous les cas un guide vers elle, car la considération portée aux différents aspects de la création se chargera de guider ceux qui ne sont pas asservis à leurs penchants, vers la conviction que cet univers merveilleusement ordonné ne peut être que le produit d’un Créateur, l’E^tre nécessaire.

Ramzi: Et que faites-vous de la tyrannie des tyrans, la perversité des pervers, l’injustice des injustes et la rébellion des rebelles? N’est-ce pas un mal? Un Dieu digne de ce nom ne doit-il pas l’effacer? Pourtant, le mal règne et persiste et le monde n’en est que plus sombre et l’humanité plus triste.

Emmanuel: Votre question appelle deux types de réponses: l’un concerne l’origine du mal, pendant que l’autre concerne celui qui subit le mal.

Nous dirons donc que le premier type concerne la rupture du bienfait pour le lésé ou le défavorisé, selon ce que requiert la sagesse ou ce que dictent les raisons. Nous savons que Dieu subordonne ses bienfaits à certaines conditions et leur rupture ne peut être considérée comme un mal que par ceux dont l’esprit est manipulé par le vice et l’ingratitude. En effet, qui pourrait exiger de Dieu la perpétuation de ses bienfaits? Quel principe raisonnable, quelle politesse et quel esprit sain pourraient les justifier? Dieu le créateur étant le donateur, il lui appartient de décider de la destination de ses bienfaits, de leur nature et de leur quantité, et s’il décide de suspendre ou d’arrêter définitivement ses faveurs, nul ne pourra lui en tenir rigueur, car ce ne sera pas un mal. De ce point de vue, je doute qu’Epicure et ses adeptes disposent du moindre bout d’argument imaginaire à opposer.

Le second type de réponse intéresse le fait que l’homme est créé libre et responsable de ses actes. Là encore, les prétentions d’Epicure tombent en miettes devant l’accomplissement de Dieu pour ses bienfaits sur l’homme, en l’honorant de ce qu’il convient d’appeler le libre arbitre et ce, dans le but de lui ouvrir les voies de l’ascension vers la perfection et le bonheur. Dieu a réellement privilégié l’homme en introduisant dans les évidences de sa perception et de sa conscience la connaissance des bonnes et des mauvaises mœurs, les bonnes et mauvaises actions, ainsi que leurs retombées spirituelles et sociales.

En prélude à l’accomplissement de ses bienfaits, Dieu envoya les prophètes en les soutenant de ses Livres sacrés et en leur donnant pour charge de montrer aux humains ce qui leur est inconnu, par la démonstration et la prédication. Ne savez-vous pas que le bien et le mal dans les actions de l’homme sont du même genre, sauf qu’ils diffèrent dans leurs intentions et leurs impacts? Et que son aptitude à faire le bien est cette même aptitude à faire le mal? Mais peut être ne vous rendez-vous pas compte que parmi les gens, il y a ceux qui choisissent les bonnes actions et le droit chemin, ce qui leur ouvre toutes grandes les portes de la distinction des mœurs, du comble spirituel, de la paix et du bonheur éternels, pendant que d’autres préfèrent la souillure de l’âme par les actions les plus méprisables et les mœurs les plus basses.

Dites-moi donc, Epicure voudrait-il que Dieu retire à l’homme son libre arbitre et sa capacité à faire des choix? Voudrait-il que Dieu ferme la porte du bienfait et de la miséricorde devant ses créatures en les privant d’atteindre la perfection par les voies de la bonté et de la piété? Est-il nécessaire que Dieu dépouille l’homme de sa volonté et se situe ainsi à l’encontre de sa propre miséricorde, de sa grâce et de sa générosité et ce, dans le seul but d’empêcher ses créatures de se rebeller? Pourtant, il n’en est guère besoin, puisque l’homme s’est vu montrer les limites de sa liberté, d’abord par sa propre raison, ensuite par la démonstration, la prédication et les autres freins ô combien nombreux, qui sont mis à contribution pour sa dissuasion.

N’est-il pas suffisant que l’homme ait une conscience lui permettant de situer volontairement d’un côté, le bien et les immenses avantages qui en découlent, et de l’autre, le mal et ses conséquences néfastes? A cela s’ajoute l’apport considérable des prophètes, des livres sacrés, des prêcheurs et des mises en garde de la loi. C’est dire si Epicure et ses adeptes préfèrent que Dieu Dépossède l’homme de ses choix, de son libre arbitre et de sa volonté, de telle sorte qu’il prive indistinctement le bon et le mauvais de ses bienfaits et de sa miséricorde.

Voyez-vous, Ramzi, Dieu a rendu la nature et la durée de ses bienfaits tributaires de conditions ordinaires et conventionnelles, et cette limitation ne les fait nullement sortir de leur qualité de bienfait, de même que cela ne constitue aucunement un mal. Alors, Epicure avait-il raison de se demander pourquoi le mal continue de sévir?

uspicions fatalists
Le docteur: Est-il convenable que Dieu, dans sa majesté et sa sainteté, aide le pécheur à vivre dans ses mauvaises actions? A moins que ce ne soit Dieu, le créateur de ces actions, qui pousse vers elles le coupable et l’égare.

Emmanuel: Non, certainement pas! Loin de Dieu une telle infamie.

Le docteur: Eh bien! ce discours qui semble tant vous choquer est pourtant bel et bien le leitmotiv de nombre de religieux, non seulement, mais bien de livres attribués à la révélation font également la promotion de ces idées.

Emmanuel: Les propos confus et malintentionnés de certains ne doivent pas exercer une telle influence sur la vérité, ni servir d’instrument pour entamer l’honneur de l’équité et de la raison. Combien de fois des esprits sournois ont exploité les paroles d’autrui à des fins inavouées, et combien de fois ils ont tenté de déformer la vérité! Mais docteur, voudriez-vous avoir l’amabilité de m’apprendre quels sont ces livres de la révélation qui disent que Dieu aide le malfaiteur à accomplir ses méfaits, qu’il est le créateur de la mauvaise action, vers laquelle il pousse ses créatures.

Ramzi: Ce sont les livres des deux Testaments, ainsi d’ailleurs que le Coran.


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Les précisions du Coran AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Les précisions du Coran
Emmanuel: En lisant le Coran, vous prendrez toute la mesure de sa grandeur et de sa gloire. Vous n’y trouvez rien qui aille à l’encontre du raisonnable, ou qui attribue à Dieu ce qui serait incompatible avec sa sainteté. Dans son expression, le Coran s’appuie sur un style arabe d’une grande éloquence, qui séduit par sa métaphore et son allégorie, et la compréhension en est rendue aisée par les indications de la raison, du verbe et du style. Contrairement, la négligence de ces aspects conduit inévitablement à des faux pas que ne font qu’aggraver l’ignorance et la duperie de l’égarement et de la passion. Sur cela, le Coran attire l’attention à travers la sourate A^l-‘Imran, en disant: « C’est lui qui t’a révélé le Livre contenant des versets à la fois clairs et précis, qui en constituent la base même, ainsi que d’autres versets susceptibles d’être différemment interprétés. Et c’est à ces derniers versets que les sceptiques, avides de discorde, prêtent des interprétations tendancieuses. »

En effet, le Coran se constitue de versets clairs et précis, à l’expression franche et limpide, exposant des vérités qui ne vont pas à contresens du jugement de la raison et répondant toujours aux exigences du moment. Parmi ces versets qui ne souffrent d’aucune ambiguïté, nous prendrons l’exemple du cent troisième de la sourate al-An?am (les Bestiaux): «Les regards ne le perçoivent pas.» Ce sont là des paroles en parfait accord avec leur véritable sens, tel que le conçoit la raison, ce qui veut dire que Dieu n’est pas matériel pour que les regards puissent le percevoir. Parmi les versets du même genre, nous citerons également le vingt huitième de la sourate al-A‘raf (les Murailles), qui exprime la réprobation de Dieu pour les méchants: « Dieu n’ordonne aucune turpitude.» et le quatre vingt dixième verset de la sourate an-Nahl (les Abeilles): « En vérité, Dieu ordonne l’équité, la charité, la libéralité envers les proches, et il interdit la turpitude, les actes répréhensibles et la tyrannie. Dieu vous exhorte ainsi pour vous amener à réfléchir. »

Comme le dit la sourate A^l-‘Imran, ces versets clairs et précis sont la base même du Coran, qui contient d’autres versets susceptibles d’être différemment interprétés de prime abord, car nécessitant la compréhension de leur sens. Il faut dire que cette catégorie de versets est confectionnée dans un langage de style très élaboré, qui fait un usage ingénieux de la rhétorique, et excellant dans la métaphore et l’allégorie, en conséquence de quoi, ces versets, par analogie ou amphibologie, peuvent donner lieu à des sens imprécis, douteux, ou à une interprétation incertaine.

De leur côté, les sceptiques, ceux dont le cœur est en proie à l’égarement, ceux qui sont rongés par le doute, ceux-là s’attachent à ce qui est équivoque, par esprit de contradiction ou en quête d’interprétations tendancieuses.

Ramzi: Parmi les choses les plus frappantes dans le Coran, la fréquence de paroles telles que: Dieu égare les injustes, les impies et les prodigues, comme dans le verset 27 de la sourate Ibrahim (Abraham), Dieu en cela égare beaucoup de gens (al-Baqara 26), Dieu égare qui il veut (ar-Ra?d 27; Ibrahim 4; an-Nahl 93; Fatir 8; al-Moudathir 31), vous ne trouverez pas de bonne voie pour ceux que Dieu égare (an-Nissa? 88, 143; al-A?raf 178, 186; ar-Ra?d 33; al-isra? 97; al-kahf 17; az-Zoumar 23, 36; ash-shoura 44), Dieu a scellé le cœur des pécheurs (an-Nissa? 155; al-A?raf 100; at-Tawba 93; Younes 74; an-Nahl 108; ar-Rom 59; Mohammed 16). Cela signifie qu’il est des cœurs que Dieu ne laisse pas s’ouvrir en direction du chemin du salut; il les laisse plutôt persister dans la mauvaise action.

Le cheikh: Vous venez de citer les versets dont nous venons juste de parler, ceux qui peuvent être interprétés différemment. Je vous préciserai que le sens voulu pour l’égarement en tant qu’action exercée par Dieu dans les exemples que vous venez de citer n’est autre que l’interruption de la providence divine sur le pécheur persistant, qui désormais, ne bénéficie plus de la faveur d’être guidé vers la foi et la bonne conduite et ce, du fait de sa détermination dans la voie du mal, au mépris des démonstrations et des preuves qui lui sont données sur son erreur et sa culpabilité.

En raison du rôle crucial que joue la providence divine dans l’orientation de l’individu vers le droit chemin ainsi que dans sa résistance aux penchants malsains, il était tout à fait approprié que la rupture de la providence soit désignée du verbe «égarer» pour montrer le bienfait de cette providence et sa présence dans le choix de l’homme pour le droit chemin. Voyez-vous, dans ce genre de versets, il est vain de s’attacher à une lecture superficielle et négliger ce que transmet le contexte au moyen de la métaphore. Il est dit dans le verset 115 de la sourate at-Tawba (la Repentance): « Il ne sied point à Dieu d’égarer un peuple qu’il a mis sur la bonne direction, avant de lui avoir clairement indiqué ce qu’il doit craindre. »

Effectivement, Dieu ne peut pas égarer un peuple et lui retirer sa grâce après l’avoir mis sur le doit chemin, tant qu’il n’aura pas interpellé les consciences sur le bien et le mal et indiqué les péchés et les immoralités qui doivent être évitées. Ce sont là des paroles qui témoignent de la gloire de Dieu, de sa grandeur, sa miséricorde et sa grâce. Elles apportent la preuve que c’est bien Lui qui, par sa bonté et sa miséricorde, prend sa créature par la main et lui indique la bonne direction, et ne l’égare pas après l’avoir ainsi guidé, sans lui apprendre ce qu’elle doit aimer et ce qu’elle doit craindre et éviter.

Rien ne permet de déduire de la lecture de ces versets, que Dieu pousse à l’erreur et à la perversion, ou même qu’il aurait créé l’égarement dans l’égaré. Sinon, qu’en adviendrait-il de la pureté et de la sainteté de Dieu? Un Dieu qui ordonne l’équité, la bienfaisance, la libéralité envers les proches, interdit la turpitude et exhorte ses créatures à ne jamais s’écarter du droit chemin; peut-on honnêtement imaginer qu’il pousse à l’égarement, ou même qu’il crée l’égarement dans l’être humain? Lisez donc le verset 186 de la sourate al-A‘raf (les Murailles): « Celui que Dieu égare ne trouvera pas de guide. Dieu le laissera marcher en aveugle dans sa rébellion » et le verset 23 de la sourate al-Jathiya (l’Agenouillée): « Que penses-tu de celui qui fait de sa passion son Dieu, et que Dieu a sciemment égaré en scellant son ouïe et son cœur? »

Ainsi, l’action d’égarer le pécheur est cette même action de le laisser errer en aveugle dans les ténèbres de sa désobéissance et de sa rébellion. En d’autres termes, la providence de la réussite lui est retirée après que les preuves de son erreur ainsi que les sermons eurent été sans effet. Le pécheur, devant son obstination à écouter plus ses penchants que les injonctions de son Créateur n’est plus digne de la grâce divine, se retrouvant ainsi perdu dans ses passions, insensible à son propre intérêt, comme si Dieu avait scellé son ouïe et son cœur. Méditez donc les exemples des versets 106, 107 et 108 de la sourate an-Nahl (les Abeilles), sur ceux qui se vautrent dans les abysses de l’infidélité et l’impiété, ceux qui privilégient la vie présente et éphémère à la vie future et éternelle, ces inconscients qui ont négligé de faire un usage utile de leur cœur et de leurs sens, et qui désormais ne peuvent plus en bénéficier.

Ne voyez-vous pas combien est grande et sévère la réprobation du Coran pour le mal et la désobéissance? Pensez-vous que Dieu renierait ce que lui-même à créé dans l’homme, ou ce vers quoi il l’a toujours incité? Lisez plutôt ses paroles: « Comment pouvez-vous renier Dieu? » (al-Baqara, 28), « Pourquoi affublez-vous de mensonge la vérité, alors que vous savez? » (A^l-‘Imran, 71), « Pourquoi détournez-vous du droit chemin ceux qui croient? » (A^l-‘Iman, 99), « Qu’avez-vous donc? Comment jugez-vous? » (Younes, 35), « Qu’ont-ils à refuser de croire? » (Al-inchiqâq, 20), « Qu’ont-ils à se détourner du rappel? » (al-Moudath-thir, 49), « Que leur en eut-il coûté s’ils avaient cru en Dieu? » (an-Nissa, 39).

Combien de fois le Coran a mis en garde contre le péché, interdit l’immoralité et brandit la menace du châtiment contre les contrevenants! Ceci souligne sans conteste le sens métaphorique du verbe égarer, que nous ne pouvons interpréter que par l’abandon du pécheur pour ses penchants: « Et dis: la vérité émane de votre Seigneur. Croit qui veut! Que soit mécréant qui veut! » (al-kahf, 29), « Faites ce que vous voudrez! Dieu a une claire vision de ce que vous faites » (Fossilat, 40), « A ceux qui parmi vous veulent avancer ou reculer » (al-Moudath-thir, 37), « Trouvera refuge auprès de son Seigneur quiconque le voudra » (an-Naba?, 39), « A ceux qui d’entre vous sont en quête du droit chemin » (at-Takwir, 28), « En vérité, ceci est un rappel; prenne le chemin de son Seigneur qui veut » (al-Mouzammil, 19), « Qu’ils prennent donc garde! Ce Coran est un vrai rappel. S’en souvienne qui veut! » (al-Moudaththir, 54-55).

Ramzi: Le verset 29 de la sourate at-Takwir (l’Extinction) dit: « Mais vous ne saurez vouloir qu’autant que Dieu, le Seigneur et Maître de l’univers le voudra » et le verset 56 de la sourate al-Mudaththir: « Et ils ne se souviendront que si Dieu le veut. C’est lui qui mérite d’être craint. C’est lui qui dispose du pardon ».

Ne trouvez-vous pas que ces versets sont la preuve même que l’homme n’est point libre de sa volonté? Que son vouloir dépend entièrement de celui de Dieu? Et que l’homme n’a pas de volonté en dehors de la volonté de Dieu?

Le cheikh: J’ajouterai à vos arguments les paroles du verset 111 de la sourate al-An?am, qui dit: « Ils n’auraient pas cru, à moins que Dieu ne l’eut voulu ». Ce que vous auriez dû remarquer à travers tous ces versets, mon cher Ramzi, c’est que le Coran n’a jamais rattaché la volonté de l’homme de faire le mal, à la volonté de Dieu. Vous ne lirez jamais dans le Coran: « A moins que Dieu ne l’eut voulu » lorsqu’il s’agit d’évoquer la désobéissance de l’homme et sa volonté de faire le mal. Comprenez donc par là que Dieu n’a jamais voulu la rébellion de l’homme et son égarement. Ceci montre, pour peu qu’on veuille bien ouvrir les yeux, que d’une part, l’homme, à cause de ses penchants et des tentations du Diable débaucheur, choisit la voie du mal, et d’autre part, grâce au bienfait de la raison et aux inestimables enseignements de Dieu, le Bon et le Miséricordieux, l’homme choisit la direction du bien, de l’équité et la tendance aux bonnes mœurs, garantes de la probité et du bonheur individuel et collectif.

Vous auriez dû comprendre que la volonté de Dieu citée dans ces versets était une allusion à sa bonté et à sa miséricorde, et en fin de compte, des raisons de gagner en clairvoyance. Ce sont des lumières en direction du chemin du salut et qui illuminent le libre arbitre; bref, ce ne sont là que d’autres arguments qui font pencher la balance du côté de la foi en Dieu et en sa justice.

Ramzi: Nous lisons aux versets 23 et 24 de la sourate al-kahf: « Ne dis jamais à propos d’une chose: ‘’certes, je ferai cela demain’’, sans ajouter: « si Dieu le veut ». » Comme nous le voyons, le Coran suspend les actes de l’homme, les bons comme les mauvais, à la volonté de Dieu. Encore une fois, il s’avère que l’homme n’est pas libre de son vouloir, contrairement à ce que vous affirmiez.

Le cheikh: Le Coran ne remet pas en question le libre arbitre de l’homme et ne rattache pas ses actes à la volonté de Dieu, si ce n’est les actes qu’il prétend accomplir de son propre pouvoir, indépendamment de toute circonstance, oubliant qu’il est exposé à la mort, la maladie et d’autres empêchements encore. Le Coran se contente seulement de blâmer l’homme pour ses prétentions et sa suffisance. Ce dernier, content de son pouvoir du moment, l’imagine permanent et se croit maître de ses actions à venir. Il était tout naturel que le Coran lui rappelle que la pérennité de ses aptitudes, l’objet de son vouloir et l’accomplissement de ses actes dépendent de la volonté de Dieu Tout-Puissant. Ce qui est donc voulu par l’expression « Si Dieu le veut » est la survivance de la personne et de sa capacité à accomplir l’action projetée. C’est l’allusion faite à la réunion des conditions permettant la réalisation d’une action quelconque.

Quoi qu’il en soit, le contexte du verset et les enseignements qu’il recèle, ajoutés aux indications du bon sens, aux preuves du Coran et de la religion sur la sainteté de Dieu, ne peuvent que concourir à dissiper le doute sur cette réalité.

Ramzi: Ce n’est pas ce que nous serions tentés de dire en lisant le verset 16 de la sourate al-Isra?: « Quand nous voulons anéantir une cité, nous ordonnons à ses riches et ils se livrent à la perversion ». Ceci ne démontre-t-il pas que Dieu lui-même pousse à la perversion?

Le cheikh: D’où tenez-vous que l’ordre donné aux riches est de se pervertir? Voila bien de drôles d’interprétations. Auriez-vous déjà oublié ce que nous avons cité à propos des versets clairs du Coran, où il est notamment établi que Dieu n’ordonne pas la turpitude? N’est-il pas vrai que Dieu ordonne l’équité, la bienfaisance, la libéralité envers les proches et interdit la turpitude et tout ce qui soulève la réprobation? Vous auriez dû garder à l’esprit la grandeur et la sainteté de Dieu, et comprendre que le verset dont vous voulez faire un argument disait plutôt: nous ordonnons à ses riches de suivre nos instructions sur le bien, la justice et l’équité, mais ils désobéissent en se livrant à la perversion, justifiant ainsi la sentence prononcée contre leur cité. Du fait de sa grande sagesse, Dieu a décidé de ne châtier les criminels qu’après les avoir mis devant les preuves de leur déviation et ce, en leur ordonnant d’obéir à ses prescriptions, comme nous en informe le verset 15 de la même sourate: « Nous n’avons jamais sévi contre un peuple, avant de lui avoir envoyé un messager. » Mais vous avez préféré vous fier à vos penchants et croire que Dieu ordonne à ses créatures de se débaucher, bien que le Coran ne dise pas textuellement ce qu’il leur ordonne dans le verset qui vous intéresse.

Ramzi: Voici maintenant ce que dit le verset 78 de la sourate an-Nissa? (les Femmes): « Où que vous soyez, la mort vous atteindra, fussiez-vous dissimulés dans des tours inexpugnables! Quand ils ont à se féliciter d’un bienfait, ils disent: « cela vient de Dieu! » Mais quand ils sont touchés par un mal, ils t’accusent, toi, Prophète, d’en être l’auteur. Dis-leur: « Tout événement procède de Dieu.» Que ces gens là sont durs à comprendre! ». Nous ne pouvons nier ce que déclare ce verset. Il dit franchement que les bienfaits tout comme les péchés proviennent de Dieu. Que dites-vous de cela?

Le cheikh: Essayez donc de comprendre que le bienfait dont il est question dans le verset concerne en vérité ce que les gens apprécient des biens de ce monde, pendant qu’il est entendu par « mal » les épreuves et difficultés qu’il est appelé à traverser durant sa vie. Il suffit de lire le verset précédent pour comprendre qu’ils viennent tous deux dans le même ordre d’idées, les deux versets ayant trait à ceux qui sont lourds à répondre à l’appel à la guerre sainte et au devoir de défendre le monothéisme, à cause de leur attachement aux plaisirs matériels. C’est également le fait de leur embourbement dans l’ignorance, leur manque de courage et leur antipathie pour l’envoyé de Dieu. C’est ce qui ressort de la lecture du verset 131 de la sourate al-A?raf (les Murailles), lorsqu’il décrit le peuple de Pharaon: « Quand un bienfait leur arrivait, ils disaient: « cela nous est dû », mais quand un malheur les frappait, ils qualifiaient Moïse et ses compagnons d’oiseaux de mauvaise augure. » Voilà donc pourquoi Dieu ordonna à son Messager d’informer ces incommodés par l’idée de partir au jihad, que tous les biens qui leur sont si chers et les malheurs qu’ils redoutent proviennent tous de Dieu, soit par sa générosité, soit par la rupture de ses bienfaits. Voilà encore qui est confirmé par le verset 79 de la sourate an-Nissa?, et donne tout son sens au verset qui le précède: « Tout bien qui t’arrive vient de Dieu, tout mal qui t’atteint vient de toi! »

Ramzi: Je veux bien vous croire, mais que pensez-vous de ce que dit le verset 35 de la sourate al-Anbiya (les Prophètes): « Toute âme gouttera la mort. Nous vous éprouverons par le mal et par le bien à titre de tentation et vous serez ramenés à nous. » Comprenons bien que Dieu se sert du bien et du mal pour tenter les gens et les mettre à l’épreuve.

Le cheikh: Le « mal » exprimé dans ce verset ne représente à vrai dire que ce que les gens prennent en aversion et qu’ils appellent le mal, alors que ceci n’est en réalité que la rupture des bienfaits divins. Il se trouve que la durée des bienfaits et leur rupture, selon ce que veut la sagesse de Dieu, a pour effet de provoquer chez les humains des réactions assez diverses telles la gratitude, la bienfaisance, la tyrannie, la force d’âme, la renonciation, l’impiété, la révolte, etc. Ces réactions observables chez les gens du fait de l’apparition ou de la rupture du bienfait sont provoquées par la tentation et la mise à l’épreuve.

Ramzi: Le Coran dit que Dieu est le créateur de toute chose, comme cité dans les sourates al-An?Am, ar-Ra?d, et az-Zoumar. Cela signifie en toute logique que les actes des hommes, y compris les pires sont créés par Dieu et par son pouvoir, non par les hommes.

Le cheikh: Je vous répondrai que le Coran attribue aussi à l’homme le pouvoir de créer, comme le dit le verset 110 de la sourate al-Ma?ida, rapportant les paroles de Dieu pour le Christ, que le Coran, soit dit au passage, considère comme un humain: « je t’ai permis de former de l’argile un corps d’oiseau ». C’est également l’exemple des paroles du Christ, rapportées dans le verset 49 de la sourate A^l-‘Imran: « Je formerai pour vous avec de la glaise un oiseau. » Vous le voyez bien, le Coran montre dans ce cas précis, que la formation du oiseau est une création du Christ. Allons, vous savez très bien que l’homme est libre de ses choix et de ses actes, et que la création de Dieu pour toute chose concerne le pouvoir de Dieu et l’action divine dans la formation de l’univers.

Pour attirer votre attention sur ces vérités, je vous rappellerai combien de fois le Coran a attribué à l’être humain différentes sortes d’actes, soit dans un but d’information visant l’incitation ou l’interdiction, soit pour louer ou pour blâmer, ou encore pour annoncer la bonne nouvelle, pour inciter au bien et même pour menacer du châtiment. Enfin, Ramzi, que faites-vous des innombrables mises en garde du Coran pour les pécheurs? Si Dieu était le créateur des mauvaises actions, si elles se produisaient par son pouvoir et non par celui de l’homme, si Dieu poussait les hommes à les commettre, quel sens auraient ses interdictions pour le mal et ses menaces pour les coupables? Et quelle injustice cela aurait été de punir les criminels!

Ramzi: Le verset 17 de la sourate al-Anfal (les Prises de guerre): « Ce n’est pas vous qui les avez tués! C’est Dieu qui les a tués! Ce n’est pas toi qui as jeté quand tu as jeté, mais c’est Dieu qui a jeté. » Voilà qui démontre que les actions humaines sont en vérité des actions de Dieu, même si en apparence elles sont humaines.

Le cheikh: L’histoire rapporte que durant la bataille de Badr les musulmans étaient au nombre de trois cent treize hommes sous-équipés, avec pour armement des queues de palmier et seulement quelques épées. Ils n’étaient pas préparés à cette guerre et étaient sortis seulement dans le but d’intimider une caravane mekkoise, avec les maigres moyens que nécessitait une telle expédition. De son côté, Qoraych envoya pour leur rencontre prés de mille de ses meilleurs hommes, avec chevaux et provisions et armés jusqu’aux dents. La situation était telle qu’une éventuelle victoire des musulmans constituait un défi à toutes les logiques de la guerre. Ils entrèrent dans la confrontation sans couper à l’ennemi sa retraite, sans le séparer de son eau, sans recourir à une quelconque astuce guerrière et sans exploiter un quelconque défaut dans la stratégie de l’armée de Qoraych.

Le Coran démontre entre le neuvième et le onzième verset, qu’à eux seuls, les musulmans ne seraient pas venus à bout de l’ennemi, et que c’est seulement grâce à l’aide de Dieu qu’ils purent en triompher. Le Coran rapporte en effet comment durant l’épreuve de Badr, Dieu répondit favorablement aux implorations des croyants en leur envoyant des anges en renfort, en raffermissant leurs cœurs et en jetant la panique dans ceux des mécréants.

Au verset 123 de la sourate Al-‘Imran, le Coran rappelle les bienfaits de Dieu sur les musulmans: « Dieu vous a accordé la victoire à Badr, alors que vous étiez faibles. » En effet, la glorieuse victoire d’alors ne pouvait être que du fait de l’aide divine, une aide qui fait sortir cette victoire de l’ordinaire. Mais le coran dit aussi: « O^ vous qui croyez! Quand une armée ennemie marche contre vous, ne lui tournez pas le dos » en fuyant et en sous-estimant votre force guerrière, car Dieu est de votre côté; il est votre allié et votre défenseur. Prenez exemple sur votre victoire dans la bataille de Badr, vous ne les avez tués et emprisonnés qu’avec l’aide de Dieu. Et toi prophète, « ce n’est pas toi qui as jeté » avec ta force humaine, ce lancement qui a eu un effet aussi déterminant sur l’issue de la bataille. C’est Dieu qui a causé cet effet et c’est à lui qu’en revient la gloire.

Tel est l’extraordinaire style auquel nous a habitués le Coran, et c’est ainsi qu’il s’exprime dans ces situations où la négation et la confirmation entourent un même sujet sans que celui-ci ait à souffrir de la moindre contradiction. « Ce n’est pas toi qui as jeté quand tu as lancé, mais c’est Dieu qui a jeté ». Le Coran nie effectivement au Prophète le mérite de la portée et de l’effet de son jet, qui découlent en réalité de la faveur de Dieu et ce, bien que par la même occasion, il lui atteste l’acte du jet.

Le bien et du mal selon la raison
Le cheikh: Il va de soi que chaque humain possède ses propres penchants autant pour les actes que pour les abstinences. Sa personnalité et son psychisme apprécient ce qui correspond à ses penchants et rejette ce qui les heurte et les dégoutte. Ce sont donc ces penchants qui lui servent de repères pour la satisfaction de ses besoins dan cette vie.

Cependant, s’il est une vérité qui n’échappe à personne, c’est le principe de perception et de compréhension qui permettent de percevoir les choses telles qu’elles sont et que l’être humain partage avec ceux de son espèce. Ce principe n’est autre que la raison devant laquelle se dévoile la réalité avec ses caractéristiques, et c’est cette même raison qui, en prenant acte positivement ou négativement de la réalité en fonction de ses caractéristiques, exerce son influence sur la personnalité, du point de vue de cette appréciation et ce, peu importe que cela contente ou mécontente les penchants.

Précisons que chaque individu possède un psychisme conforme à sa personnalité et une rationalité conforme aux vérités, et que n’inclinent pas les penchants. Tenez, prenez l’exemple de cet injuste qui veut aller au bout de ses penchants en ayant recours à la falsification et la corruption; vous le verrez faisant usage de la corruption et des promesses pour faire pencher en sa faveur les décisions et les jugements. Si le corrompu répond en sa faveur, cela n’empêchera pas le corrupteur de saisir par le moyen de sa raison toute l’infamie de la décision, bien que cette dernière réponde favorablement à ses attentes et contente ses penchants. Si au contraire, la personne qu’il tente de corrompre s’en tient à agir conformément à la justice et refuse de vendre sa conscience, son honneur et sa religion, eh bien, la décision de ce dernier puisque droite et juste, ne fera que froisser sa sensibilité, ses penchants et son esprit injuste. Cependant, il ne pourra pas raisonnablement ignorer toute l’intégrité de cette personne, ni la probité de la décision rendue.

De même si un criminel demande à une personne de l’aider en faisant un faux témoignage; évidement le faux témoignage servira les intérêts pervers du criminel, mais ce dernier ne sera pas sans prendre conscience de la bassesse de l’action de son complice, et sa raison le considèrera digne de châtiment. Si au contraire, la personne sollicitée pour le faux témoignage refuse de dévier de la vérité et se rendre complice d’un criminel, ce dernier, bien qu’une telle attitude n’aille nullement dans le sens de ses attentes, en appréciera tout de même la beauté et la noblesse et estimera l’abstinence au faux témoignage digne de respect et d’éloge.

Je dirai que ceci est le raisonnement de toute personne sensée, qu’elle soit en relation ou non avec le coupable ou la victime, avec le juge ou le témoin, et les gens ne divergent pas sur cette valeur, qu’ils soient déistes ou matérialistes.

A l’évidence, ceci montre que les bonnes actions ne se résument pas à ce qui satisfait les désirs et les penchants, ni à ce qui est conforme à la loi, tout comme les mauvaises actions ne se limitent pas à ce qui heurte les désirs et les penchants, ni à ce qui enfreint la loi; le bon et le mauvais sont dans la mentalité que partagent les humains, deux qualités immuables de nos actes; deux qualités consacrées par la raison, malgré la diversité des psychismes, des penchants et des passions. Nous ne vous empêcherons pas de dire que la bonne action est raisonnablement ce qui convient à la mentalité commune aux humains et que la mauvaise action est ce qui provoque l’indisposition de la mentalité commune aux humains. Nous vous répondrons tout de même que cette convenance n’est que l’effet du « bien » rationnel, qui est la qualité fondamentale de l’acte, et autant pour l’indisposition et le rejet.

Il s’avère d’après ce que nous venons de voir, que l’homme n’est pas contraint dans l’exercice de ses actes; il est au contraire bel et bien libre dans le choix de ses actes, si bien que l’approbation ou la réprobation suscitée par les comportements sont amplement justifiées chez tous ceux doués de raison.

Suspicions autour du bien et du mal
Ramzi: Si d’un côté, nous sommes bien forcés de reconnaître cette définition du bien et du mal « rationnels » dans les actes humains, d’un autre côté, nous ne pouvons pas reconnaître qu’il soit du ressort de la raison de juger que telle action divine est bonne et qu’il serait mal de la part de Dieu de l’abandonner, ou bien que telle action divine est mauvaise et que Dieu doit s’en abstenir. En effet, qui peut bien se permettre de juger les actes de Dieu qui n’agit que sur sa proper

volonté? A moins que l’on veuille par syllogisme appliquer à Dieu, Puissant et Grand, une règle propre à ses créatures!!

Le cheikh: Le bien et le mal ne dépendent pas de la raison. Ce sont deux qualités réelles et nécessaires pour les actes et les abstinences que la raison perçoit par son bon sens, et justement la raison distingue bien que la mauvaise action ou une abstinence du même genre, c'est-à-dire condamnable, sont un amoindrissement et une contradiction à la perfection. Pour cela, il n’est pas permis à l’homme que Dieu a prédisposé à la perfection, de se souiller par des qualités amoindrissantes et rabaissantes. Quant aux aspects considérés par la raison dans l’approbation et la réprobation, ce sont essentiellement le genre de l’acte et la qualité de l’auteur. Par conséquent, les animaux ne sont pas jugés de la même façon que sont jugés les hommes pour leurs actes. Voilà pourquoi la majesté divine, sa sainteté et sa perfection doivent être considérées comme dégagées des diminutions qui seraient le fait de certains actes ou abstinences.

L’esprit peut il être aveugle au point d’ignorer l’exemption de Dieu, du mensonge et de la trahison par exemple? Peut-il faire preuve d’injustice? Bien sûr que non. Ce que la raison crie haut et fort, c’est que tel acte divin est bon et son abandon est mauvais; par conséquent, Dieu le Saint, le Parfait ne l’abandonnera pas; tel acte est mauvais et à ce titre n’émanera pas de Dieu. Vous voyez qu’il n’est nullement question du pouvoir de la raison de juger les actes de Dieu. Elle se contente d’en reconnaître la grandeur et l’infaillibilité et, loin de tout syllogisme, juge selon ce qu’impose la lumière de la vérité, que confirment d’ailleurs les sens de la vue et du toucher.

La raison distingue les actes et les abstinences par leurs essences et leurs qualités. Elle ne se limite pas à définir le bien et le mal en fonction de sa compatibilité avec le psychisme de l’individu. Son jugement fondamental consiste en ce que la justice et l’équité sont un bien absolu et que l’injustice et l’iniquité sont un mal absolu. L’abandon de la justice par celui qui peut l’appliquer est un mal absolu, et l’abandon de l’injustice est un bien absolument nécessaire.

De la prophétie générale
Si on vous dit que le roi untel, le grand, le parfait, le savant est capable de diffuser ses instructions et ses enseignements dans son royaume et les appliquer avec sagesse et justice; si vous apprenez que ce roi, au lieu d’instruire ses sujets de ses précieux enseignements et les éduquer sur les principes de la civilité, des bonnes mœurs et de la plénitude spirituelle, afin de jeter les bases d’une société équilibrée, épanouie; si au lieu de cela, il abandonne son royaume à l’ignorance et à l’anarchie, penseriez-vous alors que l’abandon de ce roi pour ses sujets n’est pas un mal? Le trouverez-vous au contraire bon et parfait? Ou bien diriez-vous que ceci est un mal, qu’il ne se conjugue pas avec le bien et la perfection et surtout qu’il n’est pas digne d’un parfait? Diriez-vous cela pour satisfaire vos penchants personnels ou pour obéir à votre raison que vous partagez avec le commun de vos semblables? En vérité, l’esprit sain verrait cette négligence comme contraire à la droiture et à la perfection, et c’est un mal qui éloigne son auteur de l’état de perfection.

Dites-moi, docteur, ce Dieu absolument parfait auquel rien n’échappe, connaissant l’essence du bien et du mal, celle de l’avantage et de l’inconvénient, du meilleur et du pire ainsi que leurs secrets; est-il digne de sa majesté et de sa miséricorde qu’il néglige les humains et les abandonne sans enseignements pour leur éducation et leur instruction, sans loi pour leur organisation sociale, sans valeur pour les armer contre les fléaux de l’ignorance et les préserver des penchants personnels, de l’intolérance et de la tyrannie? Ceci est-il digne de Dieu le Miséricordieux, le Saint, le Parfait, sachant son pouvoir de créer les causes de la probité et du bien pour l’homme et ce, notamment par l’envoi de prophètes porteurs de son message à ses créatures, enseignant aux hommes les règles de la vie en communauté, les bonnes mœurs et le chemin du bonheur éternel?

Le docteur: On peut tout aussi bien affirmer que les humains sont capables de se suffire à leur propre législation pour leur organisation sociale, et ce n’est certainement pas un mal de la part d’un Dieu, sachant la capacité des humains à subvenir à leurs besoins de ce point de vue, que de les laisser à leurs propres lois.

Le cheikh: Vous savez autant que les législateurs eux-mêmes les limites du savoir des hommes et leur ignorance des vérités. La plus complète des législations humaines que vous puissiez imaginer est celle des gouvernements à régimes parlementaires de notre époque, avec les erreurs somme toute humaines qui peuvent être les leurs. Quelles que soient les précautions de la nation à ce sujet, il n’en demeure pas moins que l’homme ignore souvent sa propre ignorance et ne la reconnaît pas. Il se vante souvent d’être dans le vrai, alors qu’il fait fausse route. Malgré tout, vous verrez les nations, leurs leaders et leurs politiciens ne ménager aucun effort pour parfaire leurs législations qu’ils veulent idéales pour leurs sociétés. Il serait de ce fait déplacé d’imaginer que Dieu puisse négliger cet aspect de la vie humaine; lui qui dans son infini savoir peut instruire ses créatures d’un cadre de règles dont l’observation est la garantie de leur bonheur et de leur salut.

Enfin, que pensez-vous de l’enseignement d’une morale vertueuse et de la mise en garde contre les mauvaises mœurs? Peut-on pour cela se contenter du peu de valeurs que nous lègue la tradition? Et que pensez-vous de ce qui reste encore inaccessible à l’esprit humain, des connaissances relatives à son avenir et qui peuvent être les clés de son bonheur? Enfin, que pensez-vous de la prédication et de l’invitation au droit chemin, dans l’adoration de Dieu l’Unique et Tout-Puissant?

Le message du Coran
Bien entendu, le Coran n’est pas sans passer en revue ces questions, avec les éclaircissements qu’exige la démonstration de la vérité. Commençons, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, par les paroles du verset 50 de la sourate al-Ma'ida (la Table): «Mais qui donc est meilleur juge que Dieu? » Qui pourrait prétendre en effet que l’homme, du fond de son ignorance est plus à même de cerner la réalité, légiférer et juger mieux que ne le ferait Dieu, l’Omniscient, le Parfait? Et voici les mots du verset 115 de la sourate at-Tawba (le Repentir): « Il ne sied point à Dieu d’égarer un peuple qu’il a mis sur la bonne direction, avant de lui avoir clairement indiqué ce qu’il doit craindre. Dieu sait parfaitement tout. » Il ne peut venir à l’esprit que Dieu le Miséricordieux puisse laisser errer dans le labyrinthe de l’égarement, les hommes à qui il a montré la voie du savoir et du salut, qu’après leur avoir expliqué ce qu’ils doivent éviter, pour leur intérêt et celui de leur communauté, et que ceux-ci aient transgressé les interdits. Ainsi, le Coran précise que Dieu ne peut négliger ses créatures et les laisser sans leur avoir éclairé le chemin qui mène vers leur salut. En outre, le noble Coran dit dans les versets 163-165 de la sourate an-Nissa? (les Femmes): « Nous t’avons fait une révélation, comme nous avons fait une révélation à Noé et aux prophètes après lui » Le Coran cite ensuite les noms de certains prophètes dont la révélation a rapporté l’histoire à l’envoyé de Dieu.

Sur les raisons de l’envoi des prophètes, il dit: « Des prophètes annonciateurs et avertisseurs, afin que les hommes n’aient à invoquer aucun argument devant Dieu, la mission des prophètes une fois accomplie. Dieu est Puissant et Sage », en d’autres termes, des prophètes annonciateurs de la bonne nouvelle pour l’homme, l’informant de son bonheur dans la vie présente et dans la vie future, pour peu qu’il daigne se soumettre à ce qui le rendra meilleur autant individuellement que collectivement, en se conformant aux prescriptions de la loi. Le Coran parle de prophètes non seulement annonciateurs, mais aussi avertisseurs de l’infortune et du danger imminent, et laissent planer la menace sur le présent et l’au-delà contre les rebelles à l’ordre divin.

Dieu a donc envoyé les prophètes pour instruire l’humanité de ces deux principes et leurs conséquences, afin que le moment venu, l’homme ne soit pas en mesure de protester en disant: « ô mon Dieu, le très Saint, Dieu de la miséricorde, de la sagesse et de la perfection, pourquoi ne m’as-tu pas donné de lois, pourquoi ne m’as-tu pas ouvert les yeux sur le chemin qui mène à la purification de l’âme et de la morale; pourquoi ne m’as-tu pas facilité l’accès à une vie spirituelle et au respect des règles, garants de mon salut? »

Les raisons de l’envoi des prophètes sont nombreuses. Celle-ci en est une et elle est secondaire, mais elle a l’immense mérite de démontrer l’impossibilité d’attribuer à Dieu des vices et des défauts tels que la négligence et l’oubli, incompatibles avec sa pureté et sa perfection, lui, l’infiniment Sage dans ses actes et dont le savoir englobe les raisons apparentes et cachées du bien et du mal.

Diffusion du message
Emmanuel: Les doutes engendrés par l’absence d’esprit finissent malheureusement toujours par troubler les regards. Bien que je sois convaincu que ce que vous venez de citer sur la nécessité de la grâce divine et sur l’établissement de la preuve par l’envoi des prophètes soit effectivement la réalité raisonnable et qui convient à la majesté de Dieu, permettez-moi tout de même de demander quelques explications qui me débarrasseront des restes de mes doutes: les pays où l’histoire ne mentionne aucun passage pour les prophètes constituent la majeure partie du monde. Seules quelques contrées ont apparemment eu ce privilège, à l’exemple de l’Egypte, la Syrie, le Hijaz, et en incluant les missions de Pierre et Paul, nous pouvons également compter Rome, l’Asie mineure, les îles de la Méditerranée et l’Europe de l’est. Nous pouvons donc avancer sans risque d’erreur que de l’Est de la Perse jusqu’à l’extrême Est de l’Asie, de même qu’au nord de l’Europe, en Afrique et en Amérique, personne n’a entendu parler d’un prophète et encore moins d’un message de Dieu.

Concernant les pays qui ont connu des prophètes, que pouvons-nous dire des événements qui s’y sont déroulés durant les longues périodes qui séparaient les prophètes? L’histoire les enregistre comme des périodes ayant connu de graves dérives morales, une décadence des valeurs et une décomposition sociale. Bref, l’égarement de nombreuses générations, pendant de longs siècles.

Le cheikh: A vous entendre, on croirait que la Torah a pris le soin de consigner l’histoire dès l’origine de la création jusqu’à la mort de Moïse. Tout ce que nous apprenons de la Torah, c’est qu’à l’époque de Seth, fils d’Adam, les hommes commençaient déjà à prier Dieu en l’appelant « Seigneur », que Henok, fils de Yered et père de Matusalem vécut en communion avec Dieu. Nous savons par ailleurs que Noé aussi vécut en communion avec Dieu qui s’adressait à lui, et qu’il avait même une législation. La Torah rapporte également que Dieu s’adressa à Abraham à Haran et en Syrie, le chargeant d’établir la loi sur la circoncision. Elle rapporte que Dieu s’est adressé à Isaac et à Jacob et qu’ensuite il envoya Moïse transmettre le message et la Loi aux hommes.

Pour toute cette période et jusqu’aux derniers jours de Moïse, la Torah ne fait pas la moindre allusion à une quelconque prophétie en Inde, en Chine, au Japon, en Europe ou aux confins de l’Afrique. Les livres de l’Ancien Testament suivent la même voie, ne relevant la présence de prophètes qu’en Syrie et en Babylonie. Quand ce fut au tour des livres du Nouveau Testament, ceux-ci ne citèrent la présence de la prophétie qu’en Syrie, en Asie mineure, en Europe de l’Est et à Rome.

Voyons, Emmanuel! Où sont donc passés les résultats de vos recherches sur les lacunes et défauts des livres des deux Testaments? Le prêtre vous a pourtant bien dit que la Torah avait négligé une part importante de l’histoire des prophètes.

Il n’est pas scientifiquement convenable d’affirmer qu’à l’exception des régions citées dans les deux Testaments, aucune autre n’a connu l’arrivée de prophètes, ni de révélation de messages ou même d’appel au monothéisme. Il est au contraire tout à fait permis de penser que les quatre coins du monde ont été honorés du passage des prophètes, bien plus que ce que les deux Testaments attestent pour les révélations connues. Mais l’histoire entravée et détournée par le jeu des passions et des intérêts n’en fait pas de mention claire. Nous pouvons légitimement croire que parmi les prophètes, peuvent bien figurer ceux que les gens ont considéré comme des dieux incarnés, ou même les éléments de la triade, ceux-là dont l’image a fini par être modifiée et pervertie, victime du temps et des déviations, ainsi que nous pouvons le voir dans le livre al-‘aqa?id al-wathaniya, p 5, 6.

En outre, cher Emmanuel, vous vous êtes bien rendu compte à travers vos investigations que c’est un genre de situation qui s’applique fort bien au Christ. Pourquoi ne serait-ce pas également le cas de Brahma, Bouddha, Krichna, Bali et d’autres encore en Inde, en Chine, au Japon, en Perse, en Amérique latine et en Scandinavie? De plus, le monothéisme est une valeur et une croyance que partagent tous les peuples du monde, qui rendent des cultes, prient Dieu, jeûnent, croient en l’avènement du Sauveur, en le salut, en la tentation du Diable, en la pérennité de l’âme après la mort, son châtiment et sa récompense, et en la miséricorde.

Tout ceci révèle en vérité les traces de prophéties par lesquelles ont été établies les preuves et accomplis les bienfaits divins. Mais les passions et l’égarement ont travaillé au discrédit de la démarche monothéiste de ces prophéties pour en effacer les enseignements et la législation. C’est hélas une pratique assez répandue et l’un des aspects les plus graves et les plus sombres de l’égarement humain dont témoigne l’histoire. Et qui sait? Comme l’histoire se répète et que son nouveau s’explique bien des fois par son ancien, peut-être bien que les périodes qui séparaient les anciennes révélations correspondaient à celle qui a séparé le Christ du prophète de l’Islam, que la paix soit sur eux tous.

Mais si l’envie vous prend de faire également allusion au Coran, et bien, sachez qu’il ne s’intéresse à l’histoire que dans la mesure où celle-ci peut servir les besoins de ses nobles objectifs. A ce sujet, Dieu Puissant et Grand dit dans le verset 78 de la sourate al-Mou?minoun (les Croyants): « Nous avons envoyé des messagers avant toi; des uns nous t’avons conté l’histoire; des autres nous ne t’avons rien dit » et au verset 164 de la sourate an-Nissa?: « Il y a des prophètes dont nous t’avons précédemment narré le récit et d’autres sur lesquels nous ne t’avons rien dit ». Ici, le Coran indique que parmi les prophètes, il en est ceux dont Dieu n’a pas instruit son Messager. Voilà donc qui devrait si besoin est, modérer les précipitations à affirmer qu’à part cette petite partie du monde où les prophètes sont attestés, le reste de la planète n’a pas fait l’objet de la même miséricorde et que les prophètes n’y ont jamais fait la moindre apparition.

Précisions
D’un côté, le bon sens veut que l’homme soit créé libre de ses croyances et de ses actes, loin de toute contrainte. Le même bon sens veut aussi que le succès et l’influence des prophètes ne s’appuient point sur la contrainte de Dieu pour les hommes, mais seulement sur les réflexes propres de ces derniers comme la réceptivité, la conviction, la sensibilité, l’effort, le rejet, l’orgueil, l’amour propre, etc.

D’un autre côté, la considération des conditions d’ignorance, d’impiété, d’anarchie et d’égarement dans lesquelles prennent naissance les prophéties nous indiquent que ces mêmes conditions constituent un véritable défi et un risque d’étouffement dans l’œuf pour toute révélation. Prenez l’exemple de Moïse dont la naissance était attendue impatiemment par des centaines de milliers d’Israélites, afin qu’il vienne au secours de leur foi héritée d’Abraham et qu’il les libère de l’esclavage ainsi que de l’idolâtrie égyptienne. Lorsque Moïse leur fut révélé, ils accueillirent son appel avec foi et empressement; ils crurent en sa prophétie et en son message avec désir et obéissance. Pourtant, il ne vous échappe pas que sa démarche a été la cible de toutes les menaces, du début jusqu’à la fin de ses jours. Sa prophétie à été l’objet d’entraves et de périls en tous genres, y compris de la part de ses proches Israélites. A propos, vous rappelez-vous l’événement du Veau?

Méditez l’exemple du Christ avec les Israélites, lesquels guettaient avec espoir l’apparition d’un prophète qui les rassemblerait autour de buts communs et leur rendrait leur indépendance politique. Bien que le Christ ne fût pas porteur d’une religion exigeant l’abolition de la précédente et qu’il agissait seulement en prédicateur condamnant l’hypocrisie et l’exploitation de son prochain au nom de la religion, il ne tarda pas à être victime de la conspiration de certains qui amenèrent même les Romains à le considérer comme une menace pour leur politique et leur présence dans la région.

Vous-même Emmanuel, avez montré précédemment l’ampleur des enseignements introduits dans le christianisme, et qui étaient contraires aux principes défendus par le Christ. Vous savez également ce que les Evangiles et le livre des Actes des apôtres rapportent sur les disciples. C’est là malheureusement une pratique courante dans la diffusion des religions après la dénaturation de leurs enseignements et de leurs principes.

Pensez à Mohammed, le Messager de Dieu; il était issu de la plus puissante des communautés arabes, mais il était également avant sa prophétie le plus sûr et le plus aimé des hommes parmi les siens. Mais dès le début de la révélation, nombreux furent ceux qui le ciblèrent de toute leur haine, et même s’il bénéficia de l’aide et de la protection de ses proches, il fut persécuté au point d’être contraint de quitter la Mecque. Il lui fallu endurer plusieurs guerres défensives, tout au long de sa sainte vie à Médine.

Mais Dieu connaissant les impératifs, révèle ses messages aux lieux et aux époques les plus appropriées, pour l’accomplissement de ses bienfaits et l’établissement de ses preuves. C’est ce qui ressort des paroles du verset 124 de la sourate al-An?am: « Dieu sait mieux que quiconque à qui confier son message ».

Par ailleurs, Dieu a établi ses preuves devant tous les hommes qu’il a dotés d’une raison pour saisir, d’une part: l’évidence et l’authenticité des connaissances permettant la démonstration de l’unicité divine, et de l’autre: la nullité de principes tels que le matérialisme, le polythéisme, la Trinité, l’incarnation de Dieu et autre mystère de la rédemption. Oui, la preuve est brandie devant les yeux de tout un chacun, pour ce qui concerne la divinité, la justice, l’équité et les bonnes mœurs. Malgré tout, les hommes s’entêtent dans la désobéissance, faisant fi du miracle de l’argument et de la raison, et devenant par là même indignes des bienfaits de la prophétie, car ne faisant aucun cas de la sagesse qui se trouve à l’origine de cette dernière. Comprenez alors que la sagesse divine tienne compte de ces considérations et de ces aspects de la vie humaine, et selon la prédisposition et la réceptivité des hommes, révèle son message là où il reçoit le meilleur écho.

Mon cher Emmanuel, devant la preuve tranchante, il ne convient pas de tergiverser en recourant à des suppositions qui n’ont pour origine que l’ignorance de la réalité des choses.


19
Le Coran et les qualités de l’envoyé de Dieu AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE) Le Coran et les qualités de l’envoyé de Dieu
Nous avons précédemment cité les paroles de Dieu: « Des prophètes annonciateurs et avertisseurs, afin que les hommes n’aient à invoquer aucun argument devant Dieu, la mission des prophètes une fois accomplie. Dieu est Puissant et Sage ». Le contenu de ce verset attire l’attention sur les qualités évidentes des prophètes, parmi lesquelles, l’envoyé de Dieu ne néglige aucun aspect de sa mission, pour ne pas donner aux hommes l’occasion ou le prétexte qui pourrait justifier le rejet du prophète, le refus de le suivre et de se conformer à ses enseignements. La limpidité d’un message qui ne souffre d’aucun défaut parce que coulant de la source de la perfection ne permet aucun doute quant à son authenticité et n’autorise les hommes à aucun argument devant Dieu pour leur incroyance.

C’est dans ce cadre que le noble Coran s’exprime dans le verset 124 de la sourate al-An?am: « Et si un signe leur vient ils disent: “jamais nous ne croirons tant que nous n’aurons pas reçu de signe semblable à celui qui a été fourni aux envoyés de Dieu.” Mais Dieu sait mieux que quiconque à qui confier son message. » En effet, pour transmettre son message et en instruire l’humanité, Dieu choisit de toute évidence celui qui est le meilleur parmi les hommes, quelqu’un sur qui nul ne trouvera à redire, un homme digne de l’envergure de cette mission sacrée. Dieu ne peut effectivement confier une telle charge aux coupables, aux imposteurs et aux injustes, ceux qui se contredisent dans leurs paroles et leurs actes, ceux qui s’entêtent dans l’erreur et traitent avec mépris leur prochain; c’est ce que déclare le verset 124 de la sourate al-Baqara: « Et quand par certaines prescriptions Abraham fut mis à l’épreuve par son Seigneur; lorsqu’il les eut accomplies, le Seigneur lui dit: « je ferai de toi un guide spirituel pour les hommes. – Et ma descendance? S’inquiéta Abraham. – Ma promesse ne concerne pas les injustes », annonça Dieu ».

Cette promesse sacrée que Dieu avait faite à Abraham, promesse à laquelle Abraham voulut associer sa descendance ne peut concerner, d’une part: ceux qui sont injustes avec eux-mêmes par l’impiété, la débauche et la transgression des limites du licite et de la raison, et d’autre part: les injustes envers leurs prochains par l’agression et l’immoralité. Sachant qu’il manque à l’injuste cette qualité essentielle qu’est l’intégrité pour le dissuader de l’injustice et le contraindre à la probité pendant l’information, l’enseignement et l’éducation des autres, il est on ne peut plus logique que ceux doués de raison ne peuvent avoir confiance en une telle personne, et encore moins la suivre et la soutenir.

Les faux prophètes, prétentions et démentis
Il ne fait pas de doute que toute prétention que l’on voudrait convaincante, ne doit souffrir d’aucune forme de mensonge, de corruption ou de dépravation. Nous avons déjà démontré par l’argument de la raison et confirmé par les paroles du Coran, ce qui ne correspond pas à la qualité et au rang de prophète. Une personne prétendant être prophète alors qu’elle est souillée de l’une des tares citées ne sera certainement pas écoutée même si elle arrive à fournir quelques preuves sur ses prétentions.

Emmanuel: Cheikh, voudriez-vous nous citer quelques unes de ces incompatibilités à la prophétie auxquelles vous faites allusion et qui constitueraient des souillures discréditant et disqualifiant les prétendus prophètes?

Le cheikh: Ce sont tous les défauts qui s’inscrivent en contradiction avec la noble destination du message, et le mensonge en est certainement un. Le menteur avéré, même dans les choses les plus futiles est jugé indigne de confiance pour tout ce qu’il rapporte, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de la prophétie et du pacte de Dieu avec ses créatures. Ceux qui comprennent quelque chose à la sainteté et à la sagesse de Dieu, à l’honorable rang de la prophétie et ses illustres objectifs, sauront que Dieu ne peut confier la prophétie et ses immenses desseins à un menteur. Certes, il peut venir à l’esprit de certains que l’essentiel est que la personne ne mente pas dans la transmission et l’annonce du message dont elle a la charge, mais il demeurera quand même dans l’esprit des gens un menteur et sera considéré comme un imposteur; ils se diront alors: Dieu ne pouvait-t-il pas trouver d’homme véridique pour une mission de prophète? Ne dit-on pas: qui vole un œuf, vole un bœuf?

Emmanuel: Pouvez-vous maintenant nous citer un exemple de faux prophètes?

Le cheikh: Je peux vous citer l’exemple de Ali Mohammed Ach-chirazi; Il commença par prétendre qu’il était le représentant de l’Imam al-Mahdi, dont les musulmans, les chiites plus particulièrement attendent l’apparition; Il se disait d’abord son apôtre, pour ensuite affirmer qu’il était al-Mahdi lui-même. Par la suite, il affirma être un prophète envoyé de Dieu. Mais comme cela était encore insuffisant pour son ambition, il alla jusqu’à prétendre être Dieu lui-même. Ceci est même écrit dans ses livres; je vous renvoie à ce qu’il rapporte de nassa?ih al-houda pages: 7-10, 14-17, 77, 99, 100. Et puisque nous parlons d’entraves à l’authenticité de la prophétie, il me semble opportun de citer quelques cas concrets de mensonges:

Le premier cas est que le prétendu prophète informe de la prophétie d’une autre personne, de la probité et de l’authenticité du message de celle-ci, mais que cette dernière n’en fasse pas autant pour lui; au contraire, elle ne fait que le dénoncer et le démentir.

Emmanuel: Cela s’est-il déjà produit dans l’histoire?

Le cheikh: Oui, je parlais justement de Mousaylama al-Moutanabbi, qui a reconnu la prophétie de Mohammed, que la paix soit sur lui et sa famille, déclarant qu’il était effectivement l’envoyé de Dieu, alors que Mohammed démentit Mousaylama lorsqu’il prétendit être lui aussi prophète.

Dans le deuxième cas, le prétendu prophète reconnaît à une autre personne la même chose et déclare que sa religion et son message sont révélés, alors que lui-même est démenti par son propre livre et son propre discours.

Emmanuel: Faites-vous allusion à quelqu’un de précis?

Le cheikh: Il s’agit de Ali Mohammed ach-Chirazi dit al-Bab, de Yahia dit Sobh al- Azal, de son frère Hossein Ali dit Baha et de Gholam Ahmed al-Fadyali. Chacune de ces quatre personnes a reconnu que Mohammed (a.s.s) était le Messager de Dieu, que son livre, le Coran, était la parole de Dieu et que sa religion était sans conteste celle de la vérité. Pourtant, il est bien connu de la religion de Mohammed le Messager de Dieu qu’il n’y a pas de prophète, ni de messager après lui. De plus la tradition rapporte sa fameuse expression: « Il n’y a point de prophète après moi », expression qui confirme en vérité les paroles de Dieu dans le Coran: « Envoyé de Dieu et sceau des prophètes ». Ainsi, le Prophète et le Coran démentent ces quatre personnes sur leurs prétentions et leur dénient toute prophétie ou révélation.

Dans le troisième cas, le soi-disant prophète reconnaît l’authenticité de la prophétie et du message pour une autre personne, mais conteste les principaux fondements de sa religion.

Emmanuel: Voilà qui est bien grave. Cela s’est-il produit?

Le cheikh: Oui, les quatre personnes dont je viens de parler reconnaissent la prophétie de Mohammed, de même que l’authenticité de l’Islam, mais réfutent le retour physique dans l’au-delà et ce, bien que le Coran le démontre et qualifie d’apostats et d’égarés ceux qui rejettent cette vérité.

Par ailleurs, ce Ali Mohammed ach-Chirazi va encore jusqu’à affirmer, toute honte bue, qu’il était l’attendu Imam al-Mahdi promis dans la religion islamique, tout en reconnaissant dans ses livres que les onze Imams sont de la famille du Prophète et qu’ils sont infaillibles; alors que le Prophète, de même que les onze Imams ont plusieurs fois informé que l’Imam al-Mahdi serait le fils du onzième Imam, al-Hassan al-‘Askari.

Dans le quatrième cas, le faux prophète érige ses prétentions sur la base d’allégations dont le caractère mensonger et mythique est déjà prouvé.

Dans le cinquième cas, le faux prophète intègre dans ses prétentions la reconnaissance d’une prophétie, pourtant fausse et légendaire, ainsi que la confirmation de son livre, tout aussi faux et légendaire, si bien que les adeptes de ladite prophétie, outrés par la laideur de ses contes et de ses mythes, ont fait de leur mieux pour les faire disparaître, même si le temps n’aidait pas à leur réussite.

Emmanuel: Ces deux cas absolument étonnants, ont-ils une existence dans l’histoire que nous connaissons?

Le cheikh: Oui, Emmanuel, c’est le cas de Yahia et de son frère Hossein Ali, chacun des deux ayant édifié ses prétentions sur celles de Ali Mohammed, et tous deux affirment que leur démarche s’inspire de Ali Mohammed qui, lui-même les auraient annoncés auparavant.

Enfin, le cinquième cas se reconnaît aisément dans la corroboration de ces deux tristes personnages pour les prétentions délirantes d’Ali Mohammed. Pour plus d’informations, je vous renvoie au livre miftah bab al-abwab et le livre Nassa?ih al- houda. Demandez donc aux adeptes de cette mouvance les raisons pour lesquelles ils s’appliquent autant à cacher les légendes inventées par leur maître, et pourquoi tant d’efforts pour taire ses divagations, alors qu’il leur avait ordonné de diffuser ses livres et de les lire assidûment chaque jour.

Je vous citerai, cher Emmanuel, que parmi les entraves à la crédibilité d’une prophétie, se trouvent les affirmations auxquelles n’adhère pas la raison, celles que la sagesse qualifie de mensonge et d’égarement. Je citerai aussi l’imperfection du faux prophète, otage qu’il est des besoins et des faiblesses humaines, il n’hésite pourtant pas à se prendre pour un dieu.

Emmanuel: Cette odieuse situation a-t-elle pu exister déjà?

Le cheikh: Oui, à travers les mêmes personnes. Les paroles d’Ali Mohammed, de Hossein Ali et des propagandistes de Yahia se trouvent en partie dans le livre nassa?ih al-houda (p. 99-103). Quant à al-Qadiani, le contenu de la page 9 de son livre montre qu’il n’hésite pas à se teindre l’image avec les attributs de la divinité, et à la page 21, il avance tout cru: « Que Dieu voit en moi certaines de ses caractéristiques de beauté et de majesté ». Non seulement, mais il prétend dans son livre intitulé istifta? et haqiqat-ul-wahy (p. 80), que Dieu lui parle en l’appelant: « O^ lune! O^ soleil! Tu es de moi et je suis de toi ».

De son côté, Hossein Ali affirme dans son livre intitulé alwah (p.21), qu’il ne voit dans son propre corps que celui de Dieu, dans son être que l’être de Dieu, dans son essence que l’essence de Dieu, dans son mouvement que celui de Dieu, dans son action que celle de Dieu. Il dit également: « la divinité est mon nom; je continue de dire que je suis Dieu et qu’il n’y a pas d’autre Dieu que moi, le dominateur, l’éternel, et je continue de dire que je suis Dieu, qu’il n’y a pas d’autre Dieu que moi, le puissant et l’aimé ». Il ajoute à la page 78: « On ne voit en moi que Dieu » et à la page 286 alors qu’il était prisonnier à ‘Akka: « Il n’y a d’autre Dieu que moi, l’emprisonné, le seul». Enfin, il écrit à la page 320: «Ainsi t’ordonne le miséricordieux alors qu’il est prisonnier entre les mains des injustes ».

Le docteur: Bien des livres que les déistes attribuent à la Révélation ne manquent pas d’affubler les prophètes de comportements contraires à leur qualité d’envoyés de Dieu. En lisant la description que font ces livres de ces envoyés de Dieu, ces bons prophètes que Dieu inspire, ceux-là qu’il a honorés de la souveraineté religieuse et de la lourde mission de guider et d’éduquer l’humanité; eh bien! il apparaît que leur démarche durant leur annonce pour le message divin est en fin de compte entachée de polythéisme, de débauche, d’injustice et de mensonge. Comment cela peut-il se conjuguer avec ce que vous avez évoqué des qualités de prophète?

Le cheikh: Ce dont vous parlez, docteur, a déjà fait l’objet de recherches et de conversations sous toutes les coutures. Néanmoins, je vous répondrai que les paroles que vous déplorez sont simplement contraires à la raison. Et si de telles absurdités apparaissent dans des livres attribués à la Révélation, elles n’en restent pas moins étrangères à la révélation authentique. J’ajouterai que les livres qui renferment ce genre de paroles, loin d’être des livres de la Révélation, portent en eux telle une tache l’empreinte humaine que trahissent les omniprésentes contradictions, qui n’ont pour effet que de porter préjudice à la grandeur de Dieu et à l’honneur de ses prophètes. Mais la vérité, loin de subir le dictat des sobriquets et des attributions imaginaires, prend le siège de l’incorruptible juge en ce genre de situations. Les chercheurs ont d’ailleurs longuement écrit à ce propos et je vous invite à lire la première partie du livre al-houda(p. 42-335), mais également à revoir les interventions d’Emmanuel consignées dans la première partie du présent ouvrage, ceci afin que l’on ne vous entende plus dire: « Nous avons découvert ceci dans les livres de la révélation », mais plutôt: « Nous avons vérifié le démenti de ceci dans les livres de la révélation ».
La vraie prophétie

Emmanuel: Dites-nous, cheikh: comment peut-on distinguer le vrai prophète du faux?

Le cheikh: Si celui qui se déclare prophète, ainsi que le message qu’il apporte sont dégagés des incompatibilités avec la prophétie telles que nous en avons citées, si le prétendu est d’apparence pieux, présentant des qualités de probité, d’intégrité, de sens de l’honneur, de pudeur et de bonnes mœurs, s’il est digne de confiance, agit selon une méthode acceptable, montre une conduite droite et une démarche raisonnable; et bien, les esprits sains ne sauraient rester insensibles à cette grandeur d’âme et à cette conduite marquée de pureté, et toute personne libre de l’intolérance, de l’entêtement et des penchants ne s’empressera certainement pas à faire opposition à son projet; au contraire, convaincus par la pertinence de son discours, les gens répondront sans hésitation à son appel. Plus ils seront confrontés à la probité apparente de cet homme, plus ils seront convaincus de sa probité intérieure et de sa supériorité à tous par ses hautes qualités. Pourtant, quelle que soit cette assurance, elle ne pourra pas dépasser le stade de la présomption qui n’a d’autre appui que l’apparence.

Les secrets de l’homme sont cachés et la persuasion par l’affirmation de la prophétie et de la révélation, dont les arguments tiennent du domaine de la métaphysique, donc de l’invisible, ne devrait pas s’accommoder d’une simple croyance qui n’a de motivation que la bonté apparente du prétendu prophète. Plus que ceci, cela exige de la conviction, afin de chasser les frétillements du doute et asseoir la résignation et la conformité aux prescriptions du nouveau message.

Les miracles de la prophétie
Emmanuel: Vous dites que les miracles sont les preuves de la prophétie; dites-nous donc: quels sont ces miracles?

Le cheikh: C’est ce qui par soi-même et par ses caractéristiques sort de l’ordinaire, se révèle hors de portée des humains et de leurs pouvoirs. Le miracle est une manifestation du surnaturel; il sort du commun et échappe aux lois de la science. Il ne se réalise et ne s’obtient ni à travers l’apprentissage ni par l’expérience du laboratoire.

Emmanuel: Ce que vous décrivez est si extraordinaire et tellement supérieur à la volonté humaine, mais ne témoigne pas de vive voix de la véracité de ladite prophétie, ni de la bonne foi de celui qui la revendique. Pourriez-vous nous dire alors de quelle manière le miracle peut constituer une preuve irréfutable et témoigner de l’authenticité du message?

Le cheikh: Si celui qui affirme être prophète est tel que nous l’avons décrit: sain de toute entrave à la probité de sa démarche, s’il se distingue par les signes évoqués, de piété et d’intégrité, ainsi qu’une apparence qui rassure sur la nature de son appel; eh bien! la manifestation de miracles par l’intermédiaire de cet homme serait à n’en pas douter une preuve et une confirmation pour l’estime et la considération dont il jouit chez son Créateur et du soin particulier dont il l’entoure. C’est la preuve de sa bonne conscience et de la conformité de son fond avec son apparence.

Si, au contraire, il s’agissait d’un menteur, faux prophète voulant tromper les gens par une attitude hypocrite, de toute évidence il ne bénéficierait pas de cette considération divine, car n’étant pas digne d’être choisi par Dieu en tant qu’intermédiaire pour la manifestation de ses miracles. Ceux que nous connaissons parmi les prophètes ont toujours déclaré que leurs miracles étaient les œuvres de Dieu, une confirmation pour les messages dont ils étaient porteurs et une preuve de l’authenticité de leurs missions. Comment pourrait-il en être autrement, quand on sait que Dieu le Très Saint ne peut s’associer avec de faux prophètes pour la trahison de l’humanité, et c’est justement sous cet angle que nous devons considérer le témoignage du miracle sur la sincérité du prophète, sa droiture, son infaillibilité et le caractère sacré de son message.

Emmanuel: Supposons qu’une personne se déclarant prophète, d’apparence pieuse et digne de confiance, bref répondant à votre description, soit en réalité un menteur involontaire qui s’imagine prophète, entreprend une fausse démarche en partant de motivations imaginaires dont la raison serait imputable à une maladie mentale par exemple. Est-il pensable que des miracles se réalisent par l’intermédiaire d’une telle personne?

Le cheikh: Comment cela se pourrait-il, compte tenu des conséquences inévitablement néfastes pour un tel égarement? Dieu n’agit pas à contre sens de la vérité, n’œuvre pas au malheur de ses créatures, ni en incompatibilité avec sa grandeur et sa sainteté.

Emmanuel: Supposons maintenant qu’au tout début de sa démarche, celui qui se déclare prophète jouisse de toutes les qualités qui témoignent de sa sincérité et de l’authenticité de sa mission, mais qu’au bout d’un certain temps il change intérieurement, verse dans l’immoralité et se met à mentir pendant la transmission de son message. Peut-on concevoir que des miracles se soient réalisés durant la période qui précède son changement?

Le cheikh: Cela n’est certainement pas concevable, car cet individu dépourvu qu’il est de la crainte de Dieu, chose qu’inspire habituellement la piété et qui se pose en obstacle entre la personne et la mauvaise action, ne convient pas pour la prophétie et cela dès le début. Par ailleurs, la prophétie et le message divin dont elle est porteuse étant les plus grands bienfaits réformistes dans la société humaine, et considérant le pouvoir de Dieu de les confier à un homme qui n’inspire ni doute ni méfiance, il ne peut raisonnablement pas faire défaut à sa propre sagesse en choisissant quelqu’un qui changerait de la piété et de la loyauté vers la perversion, la fraude et la trahison. Cela aurait pour conséquence de susciter chez les gens une méfiance permanente à l’égard des prophètes, qui perdraient toute crédibilité et par là même tout espoir de succès pour leur mission. C’est dire que la raison n’admet point ce genre de vice et d’imperfection dans le bienfait et la sagesse qui doivent caractériser le message de Dieu pour ses créatures.

Il va sans dire que la raison et le bon sens ne voient pas de réceptacle idéal pour le bienfait de la prophétie, du message et du miracle, en dehors d’un envoyé ou d’un prophète qui soit infaillible et ce, du commencement jusqu’à la fin de son existence ainsi que l’exige la perfection de Dieu, sa miséricorde et sa sagesse.

Emmanuel: Est-il permis que se reproduise le même miracle avec différents prophètes?

Le cheikh: Il n’y a pas d’objection à cela. La fréquence d’un miracle n’en fait pas moins un événement extraordinaire dépassant la portée humaine. Tenez, l’exemple de la réanimation des morts connue chez le Christ est une prouesse connue également pour d’autres prophètes. En outre, si le Christ a pu nourrir une foule nombreuse avec peu de nourriture, Mohammed, le Messager de Dieu et Prophète de l’Islam (a.s.s) l’a fait aussi et à plusieurs reprises.

Emmanuel: Le miracle est un phénomène dépendant du pouvoir de Dieu. Pourquoi trouvez-vous impossible qu’il puisse se réaliser par la main d’un menteur qui prétend être prophète?

Le cheikh: Nous avons déjà suffisamment expliqué et démontré l’impossibilité d’associer à la majesté de Dieu le Très Saint tout ce qui pourrait être de nature infâme. Quant au miracle, si sa survenance demeure en soi un fait possible de la part de Dieu, il n’en demeure pas moins qu’en raison de l’indécence d’une telle situation, la majesté de Dieu s’y refuse.

Emmanuel: J’en déduis que le miracle peut très bien se produire à travers d’autres personnes que les prophètes. Après tout, qui peut empêcher Dieu d’exercer son pouvoir sur ses créatures en faisant apparaître des phénomènes surnaturels où bon lui semble?

Le cheikh: Effectivement, c’est tout à fait concevable tant que la personne ne prétend pas à tord être prophète et ne tente pas d’entraîner les gens dans une démarche religieuse qui les mènera à l’égarement.

Emmanuel: Si les miracles ont constitué indéniablement un facteur de crédibilité des prophètes, ils n’ont pas eu l’effet attendu auprès de tout le monde. Même parmi les témoins du miracle, nombreux sont ceux qui en ont fait peu de cas. Plus que cela, ils ont même nié l’authenticité de la prophétie et du message.

Le cheikh: Si le miracle n’est pas déterminant en soi dans la conviction des gens, il constitue forcément une preuve importante qui guide vers la foi religieuse ceux dont les esprits ne sont pas prisonniers des barrières de la tradition, et qui ne sont pas pollués par les suspicions sophistes et l’asservissement aux penchants.

Sagesse divine et diversité des miracles
Emmanuel: L’histoire des religions nous montre bien que les miracles ont varié selon les prophètes. Ainsi, les miracles de Moïse étaient différents de ceux du Christ et les miracles de ce dernier étaient différents de ceux du prophète de l’Islam, Mohammed, que la paix soit sur eux tous. Pourquoi?

Le cheikh: Le but recherché à travers la réalisation d’un miracle est qu’il soit lui-même une preuve, une démonstration et un moyen de convaincre ceux que le prophète tente de rallier à sa démarche. Il est bien connu que chaque nation se distingue par un domaine de connaissances dans lequel elle dépasse toutes les autres. La sagesse divine veut justement que les miracles se manifestent pour chacun de ces peuples dans les domaines qu’ils sont censés maîtriser plus que les autres peuples. Et comme les Egyptiens contemporains de Moïse étaient, le moins que l’on puisse dire, très avancés dans l’art de la magie, il était approprié que le miracle de Moïse se produise dans ce domaine, à travers la manifestation d’actes extraordinaires, étrangers et de loin supérieurs aux techniques connues dans l’art de la magie d’alors, échappant aux lois de la science et dépassant les limites du pouvoir humain.

De leur côté, les contemporains du Christ étaient particulièrement avancés dans les sciences de la médecine, connaissant parfaitement les limites du savoir humain en la matière. Pour cette raison, les miracles qui se sont produits par la main du Christ l’ont été à travers la guérison de l’aveugle et du lépreux, ainsi que par la réanimation des morts.

Il est connu par ailleurs que les Arabes du temps de l’envoyé de Dieu, Mohammed, que la paix soit sur lui et sa famille, avaient la réputation d’experts dans l’art du discours et de l’éloquence. Leur passion pour le talent oratoire et pour la rhétorique avait atteint de telles proportions que c’était devenu le sujet de leur fierté et le cachet même de leur civilisation. Pour cela, ils organisaient des foires, des assemblées et même des tournois et purent atteindre des sommets dans la connaissance des subtilités de la langue, ce qui était en fin de compte toute leur civilisation, car ils n’étaient avancés dans aucun autre domaine, à vrai dire. C’est pourquoi, le Coran s’est imposé dans cette société comme un miracle irréfutable. Touchant directement au terrain où leurs capacités s’exprimaient le mieux, il se révéla comme dépassant tout ce que leurs orateurs pouvaient imaginer en matière de rhétorique, domaine où ils étaient précisément au sommet de leur art.

Ramzi: Je remarque que le cheikh et Emmanuel donnent depuis un moment libre cours à leur conversation, sans que le docteur n’ait eu à les contredire, ne serait-ce qu’une seule fois.

Le docteur: Après en avoir terminé avec le sujet de la divinité, tout ce discours n’est en réalité qu’une confirmation aux conclusions de l’étude et un prolongement à ses démonstrations.

L’essence de l’âme et la possibilité de sa vie après la mort
Ramzi: Les religions connues se sont entendues sur la survivance de l’âme après la mort, alors que les matérialistes, étant donné leur opinion sur l’essence de l’âme, considèrent impossible sa survivance. C’est justement ce point de vue qui a conduit à déconsidérer les prophéties dont les messages s’accordent à ce stade sur quelque chose d’irrationnel.

Le cheikh: Qu’en dites-vous, docteur? Devons-nous approuver les matérialistes et faire avec leurs objections opposition aux religieux et leurs prophètes?

Le docteur: S’agissant de la survivance de l’âme après la mort, j’ai longtemps reporté toute réflexion sur le sujet et même critiqué sans réserve les avis le concernant, car j’ai considéré que le plus raisonnable pour ceux qui ne connaissent pas les prophéties et les religions est simplement de dire: « je ne sais pas ». J’ignore quelle est vraiment cette âme, de quoi elle est faite, à quoi elle ressemble; bref, sa réalité, son essence. Il est peut-être établi dans le spiritualisme que l’âme survit après la mort, mais je n’y trouve personnellement aucune raison pertinente pour ma conviction. Cheikh, le moins que l’on puisse dire est qu’il est incorrect et inconvenant pour l’honneur de l’esprit scientifique, de juger sur un plan physique de la survivance ou non de l’âme après la mort. Après tout, que sait-on de l’essence de l’âme pour pouvoir la considérer physiquement?

Ramzi: Permettez-moi de reprendre quelques paroles du livre mahiyatou-n-nafs, édité à Bagdad en 1922; c’est seulement dans le but de favoriser le frottement des idées dans cette honorable assemblée. Malgré l’attachement indéfectible qui lie l’homme aux choses matérielles, il reste que la matérialité du monde sensible ne nous met pas à l’abri d’erreurs à son sujet. En effet, des siècles durant, les hommes ont pensé que le soleil tournait autour de la terre, jusqu’à ce que le temps ait fini par démentir cette croyance. Que dire de cette autre dimension qu’est celle de l’esprit, dont nous ne pouvons percevoir les vérités que par la voie de l’intuition et de l’hypothèse, sachant que les vérités spirituelles découvertes à ce jour ne sont que les fruits d’explications ne reposant sur aucune preuve concrète. Qu’est-ce qui nous garantit donc que nous ne faisons pas fausse route?

Emmanuel: Je pense que vous citez ces paroles sans en évaluer la portée et les objectifs. Vous vous rendez seulement compte que la première cible visée par de telles idées n’est autre que la question de la divinité? Mais oublions ceci et revenons plutôt à votre propos. Pourquoi ne voyez-vous pas que le juste et le faux, le savoir et l’ignorance complexe ne sont pas déterminés par la réalité, qu’elle soit matérielle ou spirituelle, mais plutôt par la nature de la perception, ses prédispositions, son incapacité, mais également des circonstances intervenant dans la stimulation des illusions, loin des réalités. Nous pourrons trouver quelques précisions autour de cette question dans le livre anwar al-houda édité à Najaf (p. 32, 34 et 39). Ceci dit, je vous donnerai tout de même quelques exemples, comme celui de la montagne pourtant si imposante et si élevée, mais que l’aveugle ne voit pas même de près, alors que d’autres à la vue saine, en la voyant de loin, peuvent la confondre avec de la poussière ou de la fumée. Elle se cache quand se lève la poussière et apparaît quand l’horizon s’éclaircit, et ses détails sont mis en évidence quand elle est baignée par la lumière.

Vous ne pouvez pas percevoir les microbes à l’œil nu, ni avec un microscope lorsque celui-ci n’est pas réglé à l’échelle voulue. Mais dès que la mise au point est effectuée, les microbes se révèlent à l’œil de l’observateur dans leur apparence réelle et il devient plus aisé de reconnaître leur existence. Que pensez-vous de ceux qui nient l’existence des microbes, sous prétexte qu’ils ne peuvent pas les voir à l’œil nu, ou bien parce qu’ils ne font pas un bon usage du microscope? Que pensez-vous de ceux qui ne reconnaissent pas l’existence du courant électrique, sous prétexte que les sens ne le perçoivent pas?

Ne savez-vous pas que l’explication constitue le fondement et l’esprit même des sciences et que les lois scientifiques ne sont que les enfants de l’explication et de la démonstration? Tenez, une personne qui voit des fils tendus les uns parallèlement aux autres et ne se rencontrent pas sur toute leur longueur, établit avec certitude que deux parallèles ne se rencontrent pas même si elles vont jusqu’à l’infini. Qu’est-ce qui rend l’homme si sûr que les parallèles ne se rencontrent jamais, chose qu’il ne peut pourtant vérifier que sur une distance somme toute modeste?

Voyez-vous, le prodige dans ces questions n’est pas celui des sens mais celui de l’explication que confirme le bon sens. Je vous rappelle que ceci a également été abordé dans la troisième page d’anwar al-houda.

L’avis des materialistes
Ramzi: L’âme n’a de sensation ni d’influence que si elle est unie à la matière, car son entité n’existe que par la matière et elle a été créée pour la matière. Pour cette raison, il lui est impossible de survivre après être séparée du corps.

Emmanuel: Dites-moi, Ramzi, êtes-vous chercheur ou mufti? D’où tenez-vous que l’âme n’a de sensation ni d’influence que si elle est unie à la matière? D’où tenez-vous qu’elle n’a d’entité que par la matière? D’où tenez-vous également qu’elle n’a été créée que pour la matière et non dans un autre but en plus de celui-ci? Ne vous rendez-vous pas compte que ce que démontrent inversement les sens et la conscience, c’est que la matière n’a ni sensation ni influence que si elle est unie à l’âme?

S’agissant de la sensation de l’âme et de son influence en dehors de la matière, ce sujet tout en faisant l’objet de recherches, continue de susciter les divergences dans le monde de la réflexion, et il n’est certainement pas permis de l’expédier avec de simples déclarations qui n’ont en définitive d’autre motivation que la satisfaction des penchants.

Ramzi: L’existence de l’âme n’est pas sentie avant son union avec la matière, ni d’ailleurs une fois qu’elle en est séparée. Aucune âme n’a senti son entité avant de revêtir la matière et aucune âme n’a démontré son existence ni sa sensation d’exister après avoir perdu son habit de matière. Nous n’avons donc pas de preuve palpable de l’éternité de cette âme.

Emmanuel: Dans la religion juste, il n’y a pas d’affirmation concernant l’éternité de l’âme après la mort. Il n’y a d’éternel que l’E^tre nécessaire, Créateur de l’âme et de tout l’univers. L’enseignement religieux se contente seulement de rattacher l’existence de l’âme après la mort à la volonté de son Créateur. Sachez que la vérité n’est pas obligée de faire la preuve de son existence dans tous ses états et à tout le monde.

Nombreuses sont les vérités dont l’existence n’a été démontrée au commun des gens qu’à travers ce qu’a pu en communiquer une élite, en fonction des prédispositions de celle-ci à les découvrir. Alors, pourquoi ne peut-on pas se suffire aux récits des prophètes sur le sujet de la survivance de l’âme après la mort? Les prophètes ne sont-ils pas cette élite par qui, grâce à la révélation divine se réalise la démonstration de ce qui se trouve au-delà de la perception des hommes? Combien d’hypothèses non démontrées pour les sens et encore moins pour la raison, ont été pourtant accueillies par les applaudissements du monde dit civilisé et ont été acceptées telles des vérités concrètes et des preuves scientifiques. N’est-ce pas ce que nous avons vu à propos de la fameuse hypothèse de l’éther et ses tourbillons?

L’invocation des esprits
Le courant religieux connaît un retentissement dont l’écho remplit le monde; il occupe les pages des journaux et des revues, et des livres entiers lui sont consacrés. Ceux qui en doutaient et tentaient d’en faire douter les autres ont fini à force d’expérience par en reconnaître l’authenticité et, ayant eu la preuve sur le terrain de l’invocation des esprits, ils se sont même transformés en véritables défenseurs de ce courant. Ils ont suffisamment observé les esprits à travers leurs actions et leurs merveilles pour être convaincus qu’au-delà de cette matière règne un monde d’esprits qui peuvent se manifester pour montrer leur existence, tout cela indépendamment de la matière.

Certes, l’observation de certains de ces évènements ne garantit pas que les esprits qui s’y sont manifestés soient réellement des esprits humains, et d’aucuns seraient tentés de supposer qu’il s’agit d’une autre catégorie d’esprits, comme par exemple des démons. Mais cela aura tout de même le mérite de confirmer l’existence d’esprits sans aucune espèce d’enveloppe matérielle.

Ramzi: On peut tomber d’accord avec les psychologues sur l’existence de l’âme, à condition que celle-ci ne soit qu’une appellation donnée aux manifestations spirituelles résultant de l’activité du corps. Mais tant que nous n’en aurons pas une preuve palpable, il est impossible de la considérer comme une essence propre, ni qu’elle soit la cause des dites manifestations.

Emmanuel: Si seulement vous pouviez comprendre le sens de l’expression « manifestations spirituelles »! Si seulement vous pouviez vous demander pourquoi ces manifestations ne peuvent pas émaner de la pierre ou du fer, et surtout pourquoi ces matières ne peuvent pas, contrairement au corps de l’animal ou de l’homme, remplir cette activité dont vous parliez! Est-ce que chaque question qui ne s’appuie pas sur une preuve palpable qui favorise et contente vos penchants doit se voir frappée du sceau de l’impossibilité? Pourquoi l’âme ne peut-elle pas être une essence propre et la cause de l’activité du corps animal? Ensuite, qui vous a autorisé à restreindre les preuves sur les vérités aux seules preuves palpables? Nous citerons si Dieu le veut quelques preuves de la raison et de l’observation sur le fait que l’âme est une essence propre et qu’elle est la cause des dites activités.

Ramzi: La fonction de l’âme est de donner la vie, c’est-à-dire la sensation d’exister, et le mouvement. Et comme l’essence de l’âme dans le corps fait partie des choses abstraites que la parole ne peut exprimer, on ne peut alors la distinguer qu’à travers l’expression de ses actes et leurs effets. Par conséquent, nous pouvons avancer que l’essence de l’âme n’est en réalité que la chaleur diffuse dans le corps, cette chaleur là qui pousse chaque organe à remplir la fonction qui est la sienne. Et comme la chaleur est une action de l’âme, le refroidissement du corps trouve son explication dans le départ de cette âme; ceci bien entendu, s’il est confirmé que le refroidissement du corps est bien le fait de cette cause, car nous pourrions tout aussi bien affirmer que l’arrêt de la circulation sanguine est la cause du départ de l’âme et non sa conséquence.

Emmanuel: Pourriez-vous avancer une explication correcte à vos paroles « l’essence de l’âme dans le corps fait partie des choses abstraites que la parole ne peut exprimer »? Qu’entendez-vous au juste par abstraites? Est-ce à dire que l’âme n’a pas d’existence et qu’elle n’est qu’un concept hypothétique? Qui espérez-vous convaincre avec une telle illusion? Peut-être essayez-vous de dire que de par sa nature (l’âme ne fait pas partie du monde matériel), elle n’est pas perceptible aux sens, et du fait de cette nature inaccessible à la perception humaine, il est impossible à la parole d’en donner une explication, ou une description satisfaisante. Auquel cas, je vous répondrai que vous venez, sans le vouloir ni le savoir, de parler par la voix de la raison. Mais fallait-il que vous vous contredisiez en vous jetant tête baissée dans le tumulte de la recherche sur l’essence de l’âme? Si cette dernière ne peut être décrite par le moyen de la parole et qu’on ne peut l’expliquer qu’à travers la manifestation de ses actes et leurs effets, vous voudriez bien alors nous dire suivant quelle logique vous vous permettez d’affirmer que l’essence de l’âme n’est que la chaleur diffuse dans le corps. Si la chaleur, comme vous dites, est l’essence de l’âme, pourquoi faut-il encore que vous vous contredisiez en disant: « et comme la chaleur est une action de l’âme, le refroidissement du corps trouve son explication dans le départ de cette âme ». Si vraiment la chaleur est une action de l’âme et un de ses effets, comment pouvez-vous parler avec cette assurance et dire que cette même chaleur est l’essence de l’âme? Et ce n’est pas fini; je vous renvoie à vos fameuses paroles: « s’il est confirmé que le refroidissement du corps est bien le fait de cette cause ». Hélas! Ne vous est-il possible d’aborder le sujet de l’essence de l’âme, que par la voie de la contradiction?

Ramzi: Pour donner une image de ce que peut être l’essence de l’âme dans le corps, nous pouvons la comparer à la vapeur dans la machine qu’elle fait fonctionner. La machine dont elle est l’âme cesse en effet de fonctionner et devient un corps inerte, dès que sa vapeur l’a quittée. De ce point de vue, la vapeur apparaît comme une vie dans la machine loin de laquelle elle perd toute raison d’être.

Emmanuel: Au lieu de réduire ainsi la fonction de l’âme dans le corps à un rôle aussi réducteur que celui de la vapeur dans la machine, essayez plutôt d’y voir celui du conducteur de cette machine, celui qui en actionne l’allumage, règle la pression de la vapeur, décide des taches que doit remplir cette machine et répare ses pannes. Il l’utilise à sa convenance et s’en sert pour ses propres besoins. C’est le cas du conducteur d’une voiture ou du commandant d’un navire.

Par ailleurs, vous trouverez ces conducteurs du genre humain tous différents dans leurs sentiments, leur savoir et leur perception. Et l’âme, qu’elle soit chez le plus primitif des animaux ou le plus évolué, bien qu’elle soit unique par la race ou le genre, elle est diverse par la sensibilité, la perception, la morale et les actes, chacune selon ses caractéristiques personnelles, ses dispositions propres et aussi selon la machine qui est la sienne.

Ainsi, les différents conducteurs sont en parfait accord avec leurs machines respectives tant qu’elles sont en état de fonctionner et qu’ils peuvent en assurer l’entretien. Dans le cas contraire, lesdits conducteurs abandonnent les machines tout en gardant leurs essences, leurs consciences, leurs aptitudes propres, puisque rien de ceci ne dépend du bien être de ces machines. C’est ainsi qu’il convient de se représenter l’exemple de l’âme dans son union avec le corps.

Ramzi: Nous avons déjà vu que l’âme est chargée de donner vie et mouvement au corps et que ce mouvement existe dans le corps de l’animal autant que dans celui de l’homme. Pourriez-vous nous montrer la différence entre l’âme de l’un et celle de l’autre?

Emmanuel: Nous avons vu aussi que, d’un côté, les conducteurs dans les cas cités sont également chargés de donner la vie pratique et le mouvement à leurs machines, sachant que les unes sont d’une grande simplicité, pendant que d’autres sont au contraire d’une grande complexité. Pourtant chaque conducteur connaît parfaitement le mode de fonctionnement de sa machine. Ainsi, la différence entre l’âme de l’animal et celle de l’homme correspond à la différence entre les conducteurs donnés en exemple.

D’un autre côté, le conducteur ne tire pour son essence aucun bénéfice des lubrifiants et de l’énergie nécessaires au fonctionnement de sa machine, sous prétexte de la relation qui le lie à celle-ci. De la même manière, l’âme ne bénéficie en rien pour son essence de la nourriture nécessaire à la vie du corps, malgré la relation très étroite qui unit l’âme et le corps.

Pourtant, certains y trouveront à redire en jugeant impossible toute relation entre deux éléments aussi opposés, aussi discordants et contradictoires, diront-ils, que l’esprit et la matière. Mais où est donc l’opposition entre esprit et matière? Sous quelle forme s’opposent-ils et comment l’existence d’une relation entre les deux devient-elle impossible? Dites donc, Ramzi: n’êtes-vous qu’un corps sans relation avec une âme et un esprit? Ou bien, n’êtes-vous peut être qu’un esprit et une âme sans relation avec un corps? Ne disiez-vous pas, il y a si peu, que l’essence de l’âme fait partie des choses abstraites qu’on ne peut expliquer par la parole? N’est-ce pas vous qui disiez que les vérités spirituelles sont imperceptibles et que tout débat sur ce propos ne serait que pure spéculation? Pourquoi vous contredisez-vous alors en émettant des avis à tord et à travers sur la réalité de l’âme et de l’esprit?

Ramzi: Si donner la vie était une des caractéristiques de l’âme, les créatures vivantes continueraient à jouir de la vie même sans nourriture. Mais si une telle chose n’est pas de ses qualités, nous serons alors amenés bon gré mal gré, à reconnaître que la vie et sa durée sont les produits de la matière et non de l’âme.

Emmanuel: Que de contradictions! Auriez-vous la mémoire courte à ce point? C’est vous-même qui par le plus clair des langages disiez que la fonction de l’âme était de donner la vie, et que c’est à travers cette fonction que s’exprime son action, laquelle fonction se concrétise dans la nutrition, la croissance, le mouvement, etc. Mais lorsque cette fonction cesse, le corps se voit abandonné par l’âme et dans la même foulée par la vie qui en est une des fonctions. Et voilà que vous vous contredisez encore, en niant cette fois que le principe de la vie soit l’une des caractéristiques de l’âme. Quel culot que d’affirmer, que dis-je, que d’imaginer un seul instant que la vie puisse provenir de la matière et non de l’âme!

L’avis des psychologues
Ramzi: Si vous demandez aux psychologues leur opinion sur l’essence de l’âme, ils vous répondront: c’est une force que Dieu à placée dans l’être humain, par laquelle existe la conscience de ce dernier, sa réflexion et sa volonté. Mais cette force est-elle une qualité propre à l’âme, ou bien est-elle commune à l’âme et au corps? Pour ma part, qu’elle soit une qualité propre à l’âme me semble difficile à croire, voire improbable et ce, parce que l’effet de cette force s’estompe au moindre dysfonctionnement dans l’organisme. Est-ce que cette force est donc commune au corps et à l’âme? Le dire ainsi serait le moins que l’on puisse dire abrégé et mériterait quelques éclaircissements.

Emmanuel: Comprenez pour commencer, que l’objectif des psychologues est le développement de recherches qui s’intéressent particulièrement à l’homme, pour ne pas dire exclusivement. C’est pourquoi leur définition s’applique tout spécialement à l’âme humaine, en la désignant de certaines de ses caractéristiques qui contentent leurs besoins en la matière. De ce fait, ils évitent soigneusement d’investir le terrain difficile de la recherche sur les limites de son entité, pour se contenter dans ce domaine très délicat, de leur connaissance pour les limites de la perception du genre humain.

Ceci dit, si vous désirez connaître leur explication pour les caractéristiques de l’âme, eh bien! ils disent que si nous considérons l’âme humaine d’un œil attentif, nous lui trouverons deux catégories de caractéristiques:

La première catégorie concerne les caractéristiques et les actions mécaniques au moyen desquelles l’âme utilise le corps, auquel elle est intimement liée comme nous l’avons vu. Nous pouvons y inclure la sensibilité, la réflexion et la conscience. Ce sont de par leur origine des caractéristiques de l’âme, car elles tournent autour de l’âme et sa relation avec le corps. Leur activité s’arrête avec le sommeil, l’évanouissement ou la mort. En effet, puisque ces caractéristiques sont mécaniques, l’apparition de leurs effets à l’existence dépend de l’utilisation de la machine et du bon état de celle-ci, un peu comme le travail du menuisier dépend du bon état de sa machine; et justement, prenons l’exemple du menuisier: si ses taches ne peuvent être accomplies en raison d’un dysfonctionnement de sa machine, c’est-à-dire, de la rupture de la relation entre le menuisier et sa machine; pourrait-on dire que le travail du menuisier ainsi que son mérite reviennent à la machine et à la volonté de celle-ci et non au menuisier? Ou bien dira-t-on qu’ils sont partagés entre la machine et le menuisier, de sorte qu’il soit établi que le menuisier perd sa qualité d’autorité et son mérite sur l’action, si l’effet n’en apparaît pas pendant le dérèglement ou la panne de la machine?

La deuxième catégorie concerne les caractéristiques qui ne tournent pas autour du mécanisme du corps humain. Vous verrez que l’être humain se distingue par une conception tranchée, catégorique et certaine: c’est que l’acte a nécessairement besoin d’un agent, que l’effet a besoin d’une cause, que la créature a besoin d’un créateur, que les contraires ne se rassemblent pas, que chaque paire se divise en deux égaux, etc. Il conçoit parfaitement la force dont il ne ressent pourtant que l’effet et reconnaît son existence qu’il explique par cet effet. Il conçoit les lois universelles et les bases générales qui forment les fondements des sciences, lesquelles lois et bases vous apprennent qu’elles ne sont nullement le produit des sens, mais celui de l’âme, et par médiation, celui de l’explication générale qui est une des caractéristiques de l’âme.

Ramzi:Beaucoup de ces lois communes nécessitent l’expérimentation et la reconnaissance par les sens; ce qui veut donc dire qu’elles ne sont pas des caractéristiques de l’âme.

Emmanuel: Si la densité de la matière vous apparaît comme une barrière entre l’âme et sa qualité, sachez que cette barrière que constitue à vrai dire la relation intime entre l’âme et la matière n’est qu’un voile représenté par les sens, qui sont pourtant le moyen par lequel s’accomplit le mérite de l’âme dans le concret. Autrement dit, la sensibilité et l’expérience lui servent pour la reconnaissance, de même que les sens lui servent de fenêtres à travers le voile sus-cité, qu’emprunte l’âme pour ses perceptions, ses explications et ses certitudes. Ce qui revient à dire que les sens, loin d’être des outils pour ces perceptions et ces lois, ne sont en vérité que le passage que l’âme emprunte vers elles.

Par ailleurs, je voudrais préciser que durant la gestion de l’âme pour les affaires du corps, auquel elle est liée pendant toute la vie de ce dernier, elle s’exprime à travers deux visages: l’un, physique, charnel et irascible, par lequel se forme le voile de l’ignorance; l’autre, spirituel et intellectuel, rayonnant par son discernement et sa perception. Du conflit de ces deux visages résultent des actions que nous pouvons diviser de la manière suivante:

-Les actions qui s’exercent par le mécanisme du corps, c'est-à-dire par les sens internes et externes: elles faiblissent avec l’affaiblissement et le vieillissement du corps. C’est le cas de l’apprentissage et de la mémorisation.

-Les actions propres à l’âme, telles que l’explication et la compréhension des lois générales qui sont l’origine du savoir et la base de l’enseignement et de l’instruction.

-Les actions nécessitant l’expérience et la réflexion: du côté de la sensation et de l’expérience, cette catégorie d’actions se rattache à la machine en fonction de l’état de cette dernière, à l’instar de ce que nous avons dit au premier point. Mais du côté de l’explication et de l’aboutissement aux vérités, elle rejoint plutôt ce qui a été cité au second point.


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