Jamais Sans L'islam de mes enfants

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Jamais Sans L'islam de mes enfants Auteur:
Catégorie: La famille et l'enfant
pages: 10

Jamais Sans L'islam de mes enfants

Auteur: sayyed mohammed saghir
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Jamais Sans L'islam de mes enfants
  • de la coopération

  • de la coopération

  • de la donation et de la réalisation des œuvres pieuses

  • du sacrifice de soi

  • de l'octroi et de la générosité

  • des problèmes généraux de la guerre sainte (jihâd)

  • des cas de guerre en islam

  • du fait de déserter en cas de guerre sainte ou dagression

  • de la défense du territoire et de la patrie

  • de la coopération

  • de la donation et de la réalisation des œuvres pieuses

  • du sacrifice de soi

  • de l'octroi et de la générosité

  • des problèmes généraux de la guerre sainte (jihâd)

  • des cas de guerre en islam

  • du fait de déserter en cas de guerre sainte ou dagression

  • de la défense du territoire et de la patrie

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Jamais Sans L'islam de mes enfants

Jamais Sans L'islam de mes enfants

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Français
assalamou alaykoum! bonjour sultana! comment vas-tu? comment va ma petite sajida?
Jamais Sans L'islam de mes enfants

IJamais Sans L'islam de mes enfants
suivi de :
pour quelle modification de
la moudawana marocaine?
cri d'alarme en 7 points.
docteur-imam
sayyed mohammed saghir
si vous vous repentez (ce sera mieux pour vous, ô épouses du prophète) car vos cœurs ont dévié. si, par contre, vous vous alliez contre lui, "sachez" qu'allah est son allié ainsi que gabriel, le juste des croyants et après eux les anges "viennent" en auxiliaires complots r?ussis

assalamou alaykoum! bonjour sultana! comment vas-tu? comment va ma petite sajida?
bien... maman, sauf que cette môme ne cesse de crier jour et nuit. mais, pour ne pas provoquer ta colère, je n'ose pas l'envoyer rejoindre soumaya et mahdi chez mon beau-père au maroc. je sais que tu préfères qu'on la place dans une garderie ici à bruxelles, mais son père dit que les bonnes garderies sont saturées, les autres présentent des conditions humaines et pédagogiques inacceptables.

tu es folle ma fille! je me demande comment tu es arrivée à pouvoir laisser tes enfants, l'un après l'autre, aller vivre dans un pays lointain, élevés par une autre femme! ecoute maman, contrairement à ce que vous croyez, toi et des membres de la famille, ce n'est pas l'imam, mon mari qui m'imposa l'idée d'envoyer les enfants vivre avec leurs frères et sœurs au maroc. ma situation actuelle ne me laisse pas de choix: je suis incapable d'assumer en même temps les devoirs d'une mère et ceux d'une enseignante de religion islamique. en plus, maman, il y a mon faible pour la t.v. et pour ces fameux films et feuilletons américains. tu le sais, l'habitude de les suivre et de n'en manquer aucun s'est emparée de moi depuis que j'étais enfant chez toi. aujourd'hui, c'est trop tard pour pouvoir m'en débarrasser. mohamed tente désespérément de la remplacer par des habitudes islamiques susceptibles, selon lui, de me rendre heureuse ici-bas et dans l'au-delà. et puis maman, tu as refusé de garder pour moi soumaya ou mahdi! pourtant, mohamed voulait te payer pour cela!

paresseuse! ça, tout le monde en convient depuis que tu n'a pas pu franchir le pas du secondaire inférieur! mais à propos, comment ton mari a pu faire de toi une enseignante de religion islamique?

je le doit à sa patience et à son acharnement. grâce à lui, j'ai suivi par correspondance des cours de mathématique, de sciences sociales, de littératures française et néerlandaise... quant aux cours d'islamologie et du saint coran, je me suis inscrite à l'institut du centre islamique, parc du cinquantenaire. pour ce qui est de la langue arabe, voici le manuel que mohamed a écrit pour moi: "l'enseignement de la langue coranique aux musulmans francophones"... ah! si ton père avait fait pour moi ce que ton mari fait pour toi! j'aurais alors été une autre personne! en fait, quand les conditions de travail à bruxelles et ailleurs étaient favorables à une réussite économique et sociale à notre portée, ton père était insouciant et sans expérience. c'est un soussi, d'accord, mais contrairement à ses cousins restés au maroc ou immigrés, il n'a pu trouver le chemin du profit matériel! ma famille, hélas, est aussi pauvre que la sienne. je n'ai pu alors aider ton père que par l'effort de mes bras et par mes encouragements perpétuels afin de gagner décemment notre pain quotidien et celui de nos enfants: toi et tes quatre frères. ?a fait longtemps que nous ne rêvons plus d'acheter une maison en belgique ou d'en faire construire une au maroc! que veux-tu nous sommes tous les deux en chômage et les dépenses quotidiennes et occasionnelles qu'exigent l'entretien et la scolarité de tes frères sont de plus en plus lourdes! ?a va maman, ne t'en plains pas, dis moi plutôt où sont maintenant papa et mes frères? pourquoi ne viennent-ils pas souvent me voir?

ton père est allé voir ton grand frère à la prison de saint gilles, tes autres frères boudent toujours la ma, son et préfèrent les mauvaises fréquentations que recèlent les rues et discothèques de bruxelles. ils ne rentrent que le soir!

mon mari ne vous-a-t-il pas proposé à plusieurs reprises de prendre mes frères en charge jusqu'à ce qu'ils entrent à l'université ou exercent un métier? hélas, plus que papa, tu t'es toujours opposée à cette idée sous prétexte que tu étais capable de subvenir toute seule à tous les besoins de tes enfants! ce qui me ronge, ma fille, c'est la peur de les voir sombrer un jour dans le gouffre de la drogue et des gangs qui en vivent et qui pullulent en belgique parmi la jeunesse désemparée qui s'expose de jour en jour à la contagion, l'incarcération ou carrément à la mort!

d'accord, maman, mais permets-moi de te rappeler que vous étiez papa et toi - les premiers responsables de leur déviation. comme vous, nous avons tous commencé par fumer des cigarettes, ce qui constitue pour des personnes faibles de caractère une introduction à la consommation des stupéfiants. papa fumait et buvait, n'est-ce pas? quand il a arrêté, tu as pris sa place, puis ce fut mon tour jusqu'à ce qu'allah envoyât l'imam me délivrer de la plupart de mes anciennes habitudes.

oui ... oui... allah t'a envoyé un mari! mais n'oublie pas que ta mère était le cerveau de l'affaire: quand je t'avais conduite au centre islamique pour raconter à mohamed ton rêve selon lequel le prophète de l'islam te conseillait pendant toute une nuit de bien recevoir et suivre le disciple qu'il t'enverrait j'avais voulu en fait provoquer chez l'imam le désir d'épouser en toi la femme incarnant la vertu, la spiritualité et le courage, et capable d'assumer avec lui les fardeaux de l'apostolat. c'est que, ma chère, j'avais su auparavant, par certaines personnes de connaissances, que ton imam cherchait à se marier de nouveau après le retour de sa famille au maroc. c'était simple! lui, il cherchait en toi une jeune recrue gagnée à la cause islamique et toujours disponible et nous, nous cherchions en lui la poule aux œufs d'or (entendez l'or noir saoudien). mais voilà qu'excepté les deux premières années de votre mariage, nous n'y trouvons plus notre compte: as-tu vu quelqu'un donner à manger à un poisson qu'il avait réussi à pêcher? mais ne t'en fais pas! si ton imam ne répond pas à ce que j'attends de lui, il aura affaire à moi, je te le promets.

là, les deux femmes rirent l'une à l'autre puis josette ajouta:

regarde un peu ta cuisine, ton salon! où sont les appareils nouveaux et chics que possèdent les femmes qui travaillent comme toi ou qui sont mariées à des fonctionnaires comme ton mari?

maman! inutile de t'énerver! mohamed pence que ce qui compte dans un salon c'est l'harmonie de ses meubles et l'odeur de l'hospitalité généreuse qui s'en dégage. de la cuisine, il ne retient que la propreté de ses ustensiles et la qualité de ses mets. quant à moi, je ne peux rien lui demander puisque je ne suis même pas capable de bien entretenir ces meubles que tu vois!

si toi, tu es une incapable, moi, pas. qu'on me comble alors de présents précieux et de tapis sinon l'arnaqueur qu'il est me le payera cher!

je vois, maman, que cet homme n'a vraiment pas de chance avec vous, ou en tout cas une chance très mince par rapport à celle du mari de christine, mon amie. ses parents qui ne sont pourtant pas musulmans avaient tout préparé pour leur beau-fils (étudiant musulman originaire de la côte d'ivoire) avant qu'il ne mît les pieds en belgique: l'appartement, les meubles et le soutien matériel

arrête de comparer l'incomparable et répond moi: "ça ne te fait rien qu'il y ait une autre femme dans sa vie ?"

tu aurais dû me poser cette question avant l'établissement de mon contrat de mariage, maintenant ce qui compte pour moi c'est que mohamed est un homme sincère dans ses sentiments et fidèle à tous ses principes: il aime les enfants et déteste la dépravation et l'illicite. souviens-toi de ce qu'il t'a expliqué une foi chez toi.
beaucoup d'hommes et de femmes, a-t-il dit, condamnent la polygamie réglementée mais sont de véritables polygames de fait, échappant ainsi aux restrictions légales et aux responsabilités conjugales et familiales consécutives à tout rapport sexuel entre un homme et une femme. bref, il m'a convaincu avant le mariage et je l'ai suivi.
maintenant, de sa fidélité, il nie suffit qu'il est correct avec moi et, contrairement, à ses pairs, entourés tout le temps de secrétaires publiques ou privées, il fit toujours appel à moi pour recevoir les filles et les femmes qui le consultent en matière de religion. cependant, maman, je dois reconnaître que mohamed reste incorrigible en deux points de conduite qui me chiffonnent et me répugnent primo: il ne se lasse jamais de m'appeler à faire la prière de l'aube, ou à étudier un cours ou à lire un livre ou à l'aire une invocation avant le lever du soleil. secundo: sa manie de répliquer à toute opinion diffusée ou image télévisée ou intervention politique par un verset coranique ou une tradition prophétique. si l'on s'oppose à lui, il apporte mille arguments pour te convaincre du bien-fondé de son point de vue. c'est ce qui lui donne, en apparence, un air de fierté ou d'arrogance intensifié par son sentiment d'être toujours en conformité avec la position religieuse. son interlocuteur ne pourra alors que s'y résigner. je ne te cache pas maman que je réagis mal à cette attitude non qu'il cherche à m'imposer ses idées par la violence mais tout simplement parce que je suis comme ça facile et superficielle. pour moi tout ce qui a trait à la pensée ou même à la foi ne mérite pas qu'on y sacrifie sa tranquillité, le bonheur de sa famille ou la stabilité de son emploi !

si telle est ta position tu ne pourra pas continuer d'être l'épouse de cet homme! lui, non plus, il ne pourra plus te supporter. ton père et moi, avons déjà désespéré de réaliser, par votre mariage, les profits escomptés. attends, si tu ne veux pas m'écouter, et tu verras qu'avec ton mari nous ne sortirons d'une crise que pour entrer dans une autre plus grave! dernièrement, un cadre du syndicat socialiste, très proche du gouvernement belge et bien informé nous apprit que ce dernier suit d'un mauvais oeil l'acharnement de ton mari à propager le culte islamique dans les milieux européens et arabes. il n'est certes pas impliqué dans les mouvements islamiques politisés ou subversifs mais il n'empêche que les ministres chargés de l'intégration des nouvelles générations maghrébines au tissu social et culturel de notre pays ne sont guère contents de ton mari ni de son action fondamentaliste en faveur de sa religion et de sa culture. plusieurs pièges lui furent tendus lors de ses conférences au centre islamique ou de ses interventions à la radio ou à la t.v. mais ses larges connaissances juridiques lui permirent d'y échapper. mais jusqu'à quand ?

tu as raison, maman, il va falloir que je réagisse à sa témérité aveugle. pour servir sa vérité, il n'hésite pas à épancher sa foi et ses croyances sans tenir compte de ses intérêts ou des conséquences de ses déclarations sur sa carrière et sur la mienne.

démarque-toi de ses position !

quand je lui conseille la prudence, il me rétorque qu'il ne veut en aucun cas regretter un jour d'avoir desservi sa religion. sa devise, me répète-t-il souvent, est ce que devra, advienne que pourra".

que penses-tu, toi, de ces fantaisies ?

je ne suis évidemment pas d'accord avec lui. au début, j'ai bien voulu être co-auteur de son livre: "l'islam, la femme et l'intégrisme" mais, en vérité, je n'avais fait que dactylographier le manuscrit. ?tant tout à fait étrangère à son monde utopique, je n'ai pas non plus partagé ses idées révoltantes qu'il a exposées dans son livre sur le sida et la déviation sexuelle. depuis la défaite de saddam hussein, prévue néanmoins par mohamed, je doute fort de l'avenir victorieux de l'islam et des musulmans comme le laisse croire mon mari. j'en doute mais je n'ose pas le lui dire ouvertement.

pourquoi pas? la plupart des imams et acteurs islamiques de belgique ne partagent pas le jugement que ton mari porte sur cette guerre du golfe. il n'a pas non plus le sens de la politique: à la veille de sa proclamation président du conseil supérieur islamique suite à sa victoire aux élections menées dans les mosquées et le centre islamique, ton fou de mari faisait distribuer ses cassettes vidéo critiquant, à l'occasion de cette deuxième guerre du golfe, les grands leaders des mouvements islamiques représentés en belgique.

il était plus bête encore quand il refusa de suivre le conseil de ses amis et disciples de prendre contact avec les sphères compétentes dans le ministère de la justice afin de l'aire valoir son droit à la représentation suprême des musulmans de belgique. tu sais, maman, ce qu'il leur a répondu: "les belges ne savent pas ce qu'ils veulent, quant aux arabes et aux turcs, ils cherchent la réalisation d'intérêts immédiats pour eux-mêmes et pour leurs associations respectives. ils ne sont pas sérieux quand ils évoquent l'avenir de la communauté musulmane en belgique. un homme de principe ne peut donc que les déranger. n'étant pas démocratiques dans leurs esprits et dans leurs habitudes, ils transplantent en belgique les procédés sauvages de leurs pays d'origine qu'ils ne cessent pourtant de critiquer auprès des européens. aussi ne dirai-je aux uns et aux autres que ce que le prophète noé dit à son peuple qui rejeta sa mission salvatrice: "vous l'imposons-nous alors même que vous la détestez ? "

ne parle plus de la philosophie de cet homme, pense plutôt à tirer ton épingle du jeu. tu gagnes dans l'enseignement plus de vingt mille francs par mois, les allocations familiales pour tes trois gosses s'élèvent à peu près au même montant, ne vois-tu pas que tu pourra gagner autant d'argent si tu quittes cet homme qui te paiera malgré lui et la pension et les aliments de ses enfants ?

mais maman!

il n'y a pas de mais ma fille, agis avant qu'il ne soit trop tard. ne sois pas intimidée par son expression malicieuse et le nombre grandissant de ses élèves et disciples; la justice belge est de notre côté et beaucoup de leaders musulmans d'associations diverses ont contacté ton père et moi-même pour nous aider en cas de besoin . ne dis rien, ma fille, laisse moi terminer, l'appartement, les meubles, les frais de voyage pour ramener soumaya et mahdi du maroc. maman s'occupera de tout !

ma petite cervelle ne comprend plus rien maman, mais voyons, on n'a pas senti le temps passer. dans dix minutes, mon feuilleton préféré "côte ouest". en l'attendant, je te prépare un verre de café, maman ?

non, ma fille, pas besoin! je suis obligée d'aller travailler ce soir: je fais le nettoyage d'un immeuble. que veux-tu? je dois aider ton père à envisager les imprévus de la vie. allez ... bonsoir et bon week-end. n'oublie pas ce que je t'ai dit!

au revoir maman des jours après,

l'imam entre chez lui, en disant: assalamou alaykoum! comment va ma petite sajida ?

elle dort, répond sultana, puis ajoute ?coute mohamed ! je pars

où?

je veux te quitter comprends-tu ?

tu veux quoi ?

le divorce, voyons !

le divorce ? mais pourquoi donc ?

je le veux, c'est tout.

ai-je fait une faute ? que me reproches-tu ?

non ... rien. tu m'as nourrie, vêtue, sortie --comme tu dis des ténèbres vers la lumière. pourtant, on doit absolument se séparer. l'imam, foudroyé, essaya en vain de faire entendre raison à sa femme et de la persuader de changer d'avis.

si telle est ta décision finale, tu devras attendre ton prochain flux cyclique; après ton lavage rituel, si tu optes encore pour la répudiation, tu l'auras devant deux croyants de bonne conduite. après tu resteras ici jusqu'à ton troisième lavage mensuel; à moi mon bureau où je lirai, écrirai, dormirai et mangerai ; à toi le reste de la maison. durant cette retraite légale, si tu recouvres la raison, notre couple redémarrera, sinon tu es seule responsable de sa destruction. pour cela, je te demande:

primo: d'écrire sur un bout de papier un mot à nos trois enfants, attestant que tu n'as vu de moi ni mal ni préjudice, que c'est toi qui a cherché après le divorce et que je n'en suis pas la cause. secundo : de remplir ta part de l'engagement que nous avons contracté avant le mariage, de régler tout litige entre nous dans le cadre des solutions islamiques, sans jamais recourir aux tribunaux de ce monde, qui perturbent les cœurs, prolongent les conflit, alimentent l'esprit de haine et dévorent l'argent et le temps des "justiciables".

sultana ne répondit pas. ses mains tremblèrent un instant, son visage pâlit comme si la contraction dans sa mémoire de l'engagement pris à l'égard de sa mère avec celui que son man' venait de lui rappeler avait provoqué chez elle une crispation du cœur et un regret inavoué.

sultana remit le papier signé à son man' et ne dit rien sur l'éventualité d'un recours à l'injustice humaine.

* * *

quelques mois après, je fus convoqué au "palais de justice" pour que commençât une guerre amère déclenchée par sultana, sa mère et les adversaires de l'imam et du message d'allah, mais utilisée aussi par la providence pour faire battre l'erreur par la vérité et sortir la lumière des entrailles de l'obscurité régnante. ainsi l'une des fleurs de ce mal inattendu est d'abord ce marathon islamique d'un imam, de ses trois enfants et de certaines sœurs musulmanes (fatima et hanane) que les attraits de ce monde ne peuvent égarer ou faire changer de cap ou de religion. ensuite, il y a ce livre qui raconte la réalité des choses et des sentiments, les épreuves de la foi et du dévouement, et trace, pour la postérité, l'histoire d'un esprit illuminé en mouvement, de trois coeurs purs, nobles et généreux, et d'une mission islamique ambitieuse acculée à reconstruire sur les décombres de son échec conjoncturel un édifice spirituel éternel.

dans l'autre camp, c'est l'orgueil et la fuite en avant qui prévalent. ?tant extrémistes et imbus d'eux-mêmes, sultana et les siens iront d'erreur en erreur alors qu'elle aurait pu, en quelques heures de conversation sérieuses et sereines, obtenir le salut de son âme et celui de ses enfants. malheureusement son aveuglement et son entourage la poussèrent à une sorte de suicide physique et moral, embelli à ses yeux par les uns et applaudi par les autres. et l'histoire continue.

le calvaire d'une mère
"le divorce est l'acte licite le plus détesté par allah". tel est le jugement moral que porte l'islam sur le divorce. bien que toléré par la loi qui régit généralement les rapports humains indépendamment des intentions des uns et des autres, le divorce est considéré, du point de vue spirituel, comme le dernier recours des gens sages et pieux. chaque acte de divorce dans une communauté de croyants fait trembler le trône du miséricordieux, dit la tradition. basée sur les deux valeurs absolues du bien et du beau, la religion de l'islam ne peut que juger exécrable ce qui détruit la famille, sème le doute dans les esprits et les épines dans les cœurs des hommes et des femmes, conduit à la corruption des enfants et, plus tard, à la démolition des bases vitales de la société.

pourquoi donc l'islam l'a-t-il toléré ?
il est évident que deux époux qui, après avoir consenti librement à contracter mariage, se trouvent un jour pour une raison ou pour une autre, incapables de mener à bien leur projet conjugal et familial, doivent disposer des moyens juridiques pour mettre fin à leur union devenue invivable, pour pouvoir respirer ailleurs un air plus sain et reconstruire un nouveau nid plus accueillant et plus propice à la procréation d'enfants heureux et vertueux.

si, comme le catholicisme, l'islam avait interdit le divorce, il se serait exposé à l'absurde et aux contradictions les plus insoutenables !

se voulant la religion de la sagesse, de la science et de la guidance pour ceux qui l'adoptent, l'islam ne peut pas interdire le divorce ou le laisser sans réglementation, c'est qu'allah qui trace la voie et donne la loi sait que tout mariage qui vacille sous les coups de la dissension, des disputes et de l'hostilité, devient, dans sa nature et dans ses effets, pire que le divorce. vouloir donner l'éternité à ce mariage agonisant ou prolonger sa vie par des traitements désespérés, dénote une ignorance flagrante de la nature humaine.

si ses conditions prévues par la loi sont réunies, les droits des deux parties et des enfants sont sauvegardés, le divorce doit trouver comme le mariage, le chemin facile à s'appliquer sans complication ni atermoiement (1)

l'observateur de la vie sociale des peuples européens anciennement commandés par le catholicisme s'étonne de la rigidité de leur système juridique qui continue de confiner le divorce dans une institution hybride qui égare les époux, les détourne de leurs personnes et de leurs affaires, dévore leurs fortunes et leurs jours et éteint la lumière dans leurs cœurs et dans leurs consciences.

a voir ces gens dans leur mariage relâché et partageant dans leur divorce visqueux et inachevé, on dirait qu'ils veulent tacitement atténuer le premier par la légèreté du second et donner à se dernier la longévité du premier. dans la vie de beaucoup de couples européens, le mari et l'épouse enchaînés par la loi, se libèrent néanmoins l'un de l'autre comme s'ils étaient séparés. en instance de divorce ou en séparation, ils se voient, se parlent, s'accrochent sans s'attacher vraiment et peuvent même se découvrir physiquement comme s'ils étaient mariés.

(1)voir en annexe l'étude effectuée par l'auteur de ce livre, sur le système de divorce en belgique, comparé celui de l'islam et de la moudawana marocaine. page:294

la société arabe ne manque pas de tares elle aussi mais si l'on se retourne vers les peuples musulmans conservateurs, on trouve que la femme divorcée y a plus de chance que sa sœur acquise aux nouveaux choix existentiels de la vie moderne.

au maroc, par exemple, on trouve encore dans certaines de ses contrées non polluées que la femme divorcée réintègre sa famille dont les membres ne manquent pas de la soutenir et de subvenir à ses besoins jusqu'à ce que se sache dans leur milieu que leur fille ou leur sœur est disponible pour un remariage sans être contrainte par la loi d'y faire assister un tuteur matrimonial, la femme musulmane ne rompt généralement pas avec cette habitude pudique de placer un proche parent entre le prétendant et elle-même. en moins de quatre mois, la femme musulmane divorcée peut donc, après la fin de sa retraite légale, organiser de nouvelles fiançailles, un nouveau contrat de mariage et entamer la constitution d'un nouveau foyer conjugal.

ainsi, il n'est pas rare de trouver dans ces milieux musulmans que des femmes divorcées de leur premier mariage ont contracté avant ou après leur ménopause d'autres mariages plus ou moins réussis. si la femme est réputée vertueuse dans sa famille, elle bénéficie toujours de sa solidarité et de son appui - surtout celui des hommes - et finit le plus souvent par cueillir le fruit de sa patience vertueuse.

dans les pays évolués, la belgique en l'occurrence, la femme qui se sépare d'avec son mari se trouve très souvent confrontée à des problèmes psychiques et sociaux innombrables.

des slogans comme "chacun pour soi" et "la fille, comme le garçon, doit travailler pour vivre", reflètent, de plus en plus, l'état social dans les rapports humains entre les membres d'une même famille. ainsi, la fille de dix-huit ans considérée en belgique comme majeure à cet âge, se trouve obligée par ses parents ou par les circonstances de la vie qu'elle mène parmi eux, d'aller tenter sa chance dans le marché du travail afin de gagner de l'argent et de pouvoir louer un appartement qu'elle habitera seule ou avec la ou les personnes de son choix.

la mère séparée qui obtient du tribunal le droit de garder ses enfants et d'avoir sur eux l'autorité physique et morale, est souvent plus malheureuse que ne le pensent ses connaissances et son entourage et ce, malgré l'augmentation sensible de sa fortune personnelle due à l'obtention des allocations familiales, de la pension de garde et de la contribution financière du père des enfants. tout cet argent et le pouvoir d'achat qui s'ensuit donnent à la femme séparée l'illusion du bonheur terrestre et de son corollaire chez la femme moderne : la liberté d'agir indépendamment de l'homme voire contre l'homme qui, dans le cas du couple séparé, perd pratiquement tout: le respect de sa femme, le contact avec les enfants, les trois quarts de son salaire, le logement familiale et le repos de l'âme. quand il s'adresse à la justice humaine pour crier au scandale ou pour sauver ce qui reste à sauver, il trouve séances reportées, oreilles sourdes dossiers gonflés, lois enchevêtrées et revient chez lui s'il reste encore un chez lui bredouille, penaud et plein de regrets! la mère musulmane séparée en occident se trouve ainsi comblés par les nouvelles facilités judiciaires et tombée dans les filets de la politique nationale du pays d'accueil qui planifie et vise, par les moyens juridiques et sociaux qu'il met en place de désintégrer les foyers conservateurs afin de pouvoir intégrer leurs membres désemparés et affaiblis, à la culture occidentale prédominante. encouragée donc par le système et ses lois manifestement favoritistes à l'égard de la femme, la mère musulmane assimilée refuse tout compromis avec le père de ses enfants. rejetant l'autorité maritale, elle prend désormais pour nouveaux maîtres: l'ego, l'argent et l'or: les femmes divorcées issues d'un milieu sous-développé accumulent de ce métal précieux des quantités importantes que l'histoire n'a peut-être connues que chez les juives sorties de l'?gypte de pharaon. les filles issues d'une culture hybride - telle la mère de mes enfants - préfèrent d'autres dieux que le veau d'or: la consommation tous azimuts: vêtements de qualité ou de mode, repas aux restaurants chic de la ville, meubles antiques et modernes, derniers produits de la musique et du cinéma ... ce genre de femme plongent dans ce genre de vie pour camoufler des problèmes chroniques et douloureux et y accréditer l'idée selon laquelle l'égale de l'homme n'a pas besoin de celui-ci pour mener à bien sa vie et ses affaires. ce n'est que plus tard que la femme en particulier et la société en général découvriront que derrière la belle façade, la lassitude et la misère rongeaient l'âme du beau sexe révolté et la mauvaise éducation et la négligence conduisaient les enfants à leur perte malgré les vêtements tout neufs qu'on leur achetait et les innombrables jouets qui remplissaient leurs chambres.

après la séparation, la mère qui garde dans sa nouvelle vie une marge de pudeur ou de retenue commence à chercher de l'aide auprès des femmes et d'organismes d'assistance sociale neutres et sérieux. quand cela ne suffit pas à colmater les brèches, elle se retourne vers la magie, la superstition et la sorcellerie qu'on rencontre aussi bien chez les peuples incultes que dans la société des gratte-ciel et du progrès scientifique et technologique.

après ce péril fantaisiste et dangereux, la femme revient à la nécessité évidente de chercher à se compléter par l'homme et avec lui. après l'avoir rejeté comme époux gardien de sa personne, de sa stabilité et de son royaume de femme, la voilà qui le cherche en tant que singe rigolo ou chien de garde lui tenant compagnie pendant quelques jours ou quelques mois puis elle le remplace par un autre habile à jouer la comédie et à profiter de ses faiblesses.

après son expérience malheureuse, la femme qui quitte son mari pour des fantasmes et du fric découvre qu'elle n'est toujours pas émancipée ni libérée de l'emprise masculine sauf qu'au sain du mariage elle appartenait à un seul homme qui jouissait d'autant de droits et assumait autant de devoirs qu'elle, alors qu'en dehors du mariage, elle affronte toute seule les problèmes de la vie et essaie tant bien que mal de jouer à l'égard de ses enfants, sans vraiment réussir l'acrobatie, le rôle du père et celui de la mère. s'il y a homme dans sa vie, ce n'est jamais pour le meilleur et pour le pire, mais simplement comme un moyen circonstanciel utilisé pour assouvir un caprice, écarter un danger ou dissiper une inquiétude. au lendemain de l'aventure, l'homme et la femme iront dans des chemins différents portant chacun ses propres peines et fardeaux. en fin de compte la féminité en sort banalisée, la maternité bafouée et les enfants sacrifiés aux mirages de la liberté et de la modernité.

ne voulant pas analyser ici les causes du divorce comme il est pratiqué en belgique, ni dire qui des deux époux est le premier responsable de l'échec conjugal, je me contente simplement de souligner le fait que le système juridique belge, en l'occurrence le code de la famille, ne se limite pas à refléter ou à gérer la réalité sociale qui l'inspire mais il contribue dans une large mesure à créer un nouveau réel et de nouvelles situations socio-juridiques porteuses de problèmes humains et familiaux graves et anomalies sociales difficilement contrôlables. ainsi, sachant qu'en cas de séparation ou de divorce, la loi lui confère des avantages financiers et sociaux au détriment de son mari, la femme, sans raison sérieuse aucune, succombe à la tentation d'éjecter son mari et de devenir seul chef à bord d'une famille monoparentale d'autant plus facile à exploiter que les seuls membres qui la constituent sont une mère fragilisée et des enfants sans conscience et sans défense. heureusement, toutes les femmes vivant en europe ne cèdent pas au marchandage de leur famille et de leurs valeurs.

sultana, elle, résista quelque temps puis fléchit et succomba. soumaya, mahdi, sajida et moi-même implorons le miséricordieux de l'aider à se relever, à voir clair en elle-même et à rejoindre les rangs des croyantes que rien ni personne ne peut perturber dans leur foi et leur clairvoyance. nous sommes sûrs qu'allah exauce les vœux de ses serviteurs , mais il y a là une vérité incontournable exprimée dans le verset coranique suivant: "la graine qui germe dans la bonne terre pousse bien par la volonté d'allah tandis que la mauvaise graine n'en sort que piteuse... "

(sourate 7 verset 58)

comme je l'avait pressenti, sultana s'est pliée à la volonté de sa mère conjuguée à celle des détracteurs de la vole du salut et habita l'appartement qu'on lui avait promis dans le logement social n'146 avenue de versailles, bruxelles. ensuite comme prévu, elle eut recours au tribunal belge pour qu'en référé on lui concédât la garde des enfants et les autres avantages tant miroités et attendus. le complot ourdi par mes adversaires réussit donc contre moi, dévoilant à la face du monde tant leur bassesse que ma naïveté qui a duré jusqu'à ce que l'étau de l'animosité me serrât le cou. ma torpeur commença néanmoins à se dissiper quand j'ai vu la mère de mes enfants rompre avec les sœurs musulmanes qu'elle fréquentait, avec le voile qu'elle mettait et avec la morale islamique pour laquelle elle avait opté de bon gré avant et pendant notre mariage. j'ai compris alors que l'être sur lequel j'avais compté pour déjouer les complots tramés contre la jeunesse musulmane immigrée était trop faible pour résister aux pressions et à la malice et qu'il me devenait pratiquement impossible de le récupérer ou de le délivrer sur le champ des tentacules qui le tenaient et l'asphyxiaient. plus tard, il s'est avéré que le complot était d'autant plus réussi que la proie de la pieuvre, pourvu qu'elle restât vivante, se familiarisait progressivement avec les ventouses et l'odeur nauséabonde qui s'en dégageait.

blessé dans mon amour propre d'homme hachimite et musulman, je trouvai néanmoins de la consolation dans le saint coran selon lequel des épouses de prophètes éminents, les avaient trahis et quittés pour consolider le camp des impies et des injustes.

"allah donna l'exemple des impies la femme de noé et celle de luth. elles vivaient avec deux hommes des plus excellents serviteurs d'allah puis elles les trahirent. ceux-ci ne pouvaient leur être d'aucun secours; il leur est dit alors: entrez à la géhenne avec les impies."

(sourate 66 verset 10)

une autre mise en garde à l'adresse de aïcha et hafsa, épouses du grand messager d'allah est exprimée dans ces versets de la même sourate :

" si vous vous alliez contre lui, sachez qu'allah est son allié, gabriel, le juste des croyants et après eux les anges "viennent" en auxiliaires " (verset 4)

"s'il vous répudie, allah lui permettra d'épouser d'autres femmes meilleures que vous: musulmanes, croyantes, obéissantes ... "

(verset 5).

as-tu vu la jeune femme au voile inspirant confiance, déférence et imposant à son entourage le respect de sa différence de telle manière que nul esprit tordu, nulle main vicieuse n'osaient tenter de souiller au brin de ses cheveux ou un petit angle de son manteau ?

la vois-tu maintenant dégradée, avilie et plus banale qu'une poupée effacée dans un magasin de jouets qu'on a oublié d'épousseter et que personne, parmi les clients et les passants ne veut se procurer.

as-tu vu la jeune femme au visage auréolé par la lumière de la vérité et de la justice, convaincant les jeunes filles et les femmes par sa seule splendeur plus éloquente que les serments des orateurs, que leur engagement dans la voie islamique est porteur du bonheur et d'avenir ?

la vois-tu maintenant dans son milieu puant drogue, porc et alcool ?

comme avant la séparation, sultana, après m'avoir quitté, n'a pas non plus compter sur sa mère pour garder les enfants le soir, le week-end ou pendant les vacances scolaires. deux jeunes filles, zaîna et malika lui vinrent en aide en échange de cadeaux ou de quelque salaire non déclaré, prélevé sur le montant que je lui envoyai chaque fin de mois pour subvenir aux besoins des enfants.

elle eut aussi recours à la dame khaddouj qui vivait d'intrigues, de superstitions et d'exploitations sentimentales assez bien orchestrées pour lui permettre de gagner de l'argent et de la faveur masculine.

n'ayant pas choisi l'amie qui aurait pu lui apporter réconfort et bon conseil, sultana depuis que khaddouj parvint à l'obnubiler par son pouvoir malicieux, alla de mal en pie. ses jours se remplirent d'angoisse et ses nuits de cauchemars.

un jour, sultana me rendit visite dans mon appartement à molenbeek. en un éclair, ma pensée alla aux enfants: qu'est-il arrivé? un accident? sont-ils malades? non, rien de tout cela. madame eut recours à l'imam que j'était et qui, de par sa sagesse et ses connaissances approfondies du coran, pouvait l'aider à chasser les mauvais esprits de son appartement.

j'attirai d'abord son attention sur le rôle que pouvaient jouer le surmenage, les mauvais contacts et les veillées criantes et polluantes sur la santé psychique de l'individu qui s'y soumet.

n'ayant pas été convaincue par l'explication "scientifique" que j'ai donnée, sultana insista sur la véracité de ses propos et jura que des mauvais esprits habitaient bel et bien sa chambre à coucher et son téléphone et ne manquaient pas de la réveiller en pleine nuit en l'appelant de l'armoire, des coins de l'appartement ou de l'appareil téléphonique.

?mu de voir la mère de mes enfants arriver à ce stade de décadence, j'acceptai de l'accompagner chez elle avec tous présents à la mémoire, les versets coraniques susceptibles de l'aire l'effet souhaité. trois autres pensées renfoncèrent en moi l'émotion que j'éprouvai en ce moment: d'abord pouvoir voir les enfants sur place, voir comment ils vivaient, enfin encourager sultana à recourir aux solutions islamiques bien qu'inadéquates dans ce genre de situations impies. je voulus aussi maintenir le contact avec elle en vue de suivre l'évolution de sa vie et de celle de mes enfants.

une fois à l'intérieur de son appartement, je vis que ce dernier était effectivement plus garni que celui que nous habitions, elle et moi, rue de la prospérité. moins meublé, moins attrayant certes, mais, rempli de foi et de paix, le mien n'avait pas besoin d'être exorcisé.

mon intention fut attirée aussi par une copie du saint coran que sultana gardait encore chez elle. l'amertume et le regret envahirent alors mon cœur qui plaignait la mauvaise posture et le méchant voisinage que connaissait dans cet appartement là le plus sage des livres.

quand j'étais en train d'inspecter avec sultana les pièces de son appartement, les recoins de sa chambre et les dessous de son armoire à la recherche d'un talisman présumé ou d'un quelconque produit de sorcellerie, j'allai m'arrêter une fois pour lui annoncer ses quatre vérités. "a-t-elle oublié ce qu'elle avait appris chez moi :

qu'aucun pouvoir maléfique émanant d'hommes ou de djinns n'a de prise sur l'esprit croyant ni sur le cœur plein d'amour et de dévotion ni sur le corps pur purifié et vertueux. allah ne dit-il pas dans le coran à l'adresse de satan: "tu n'as aucun pouvoir sur mes serviteurs"

que les sortilèges, les manœuvres diaboliques et les mauvaises influences ne subjuguent que les cœurs malades de polythéisme et les personnalités affaiblies par le vice et la perversion. "quiconque oublie de m'invoquer, dit allah, aura une vie suffoquée et sera ressuscité aveugle". c'est à dire que n'ayant pas voulu voir, ici-bas, les signes révélateurs de la vérité "divine", il ne saura pas non plus voir en ce jour là le chemin du paradis.

je n'ai donc rien dit de tel à sultana, me contentais de lui résumer mon point de vue sous forme de conseils pratiques puis je suis sorti de chez elle, la mort dans l'âme et le coeur tellement en tourments que je faillis me faire percuter par les voitures, et aller dans le sens opposé de mon habitation. l'idée de voir un jour le mal et le vice l'emporter sur moi et de nous voir, les enfants et moi, subir la défaite aux yeux de l'humanité me donna le vertige et la nausée. "allah est grand" me rétorquèrent les arbres et les oiseaux de l'avenue de versailles et de laeken.

après cette visite rendue au domicile de sultana, je ne la voyais que pendant l'instant où elle déposa les enfants devant ma porte en application du droit de visite (deux dimanches par mois) ou quand elle venait les chercher le soir. elle venait souvent en compagnie de zaïna ou de malika ou d'un membre de sa famille maternelle et ce avant que son gigolo italien ne mît

la main sur sa personne, ses enfants et son esprit.
profitant de la mollesse, de la naïveté et du caractère désemparé de sa proie, l'étudiant sut faire d'une pierre plusieurs coups: disposer gratuitement d'un logis, avoir suffisamment de moyens pour terminer ses études, fructifier ses affaires (il était poursuivi pour trafic de stupéfiants) et élever des enfants avec le bâton et la carotte pour en faire plus tard des intermédiaires fidèles entre les vendeurs de drogue et leurs clients. malgré cet asservissement qui plaça sultana dans une sorte de prison malheureuse mais décorée et peinte de rose, elle put un jour venir seule me rendre visite pour me faire part de l'un de ses soucis majeurs: le chahut de certains de ses élèves et les mauvais traitements dont elle faisait l'objet en classe. ?tant imam des parents de ses élèves et le conseiller pédagogique du centre islamique faisant fonction, à cette époque, d'inspecteur de l'enseignement islamique dispensé dans les écoles et lycées publics et communaux, je pouvais selon elle, faire le nécessaire pour que cessât son calvaire.

contrairement à la réserve que j'eus lors de sa première visite, je ne pus, cette fois, m'abstenir d'attirer son attention sur deux points essentiels relatifs à l'enseignement de toute morale fondée sur la religion:

primo: l'enseignant des préceptes islamiques, pour être convaincant et crédible, doit assumer, dans un engagement personnel manifeste, la mise en application dans son propre comportement, des principes et des règles qu'il veut inculquer aux élèves. enseigner par l'exemple fait l'économie des mots et confère l'autorité morale souhaitée.

secundo: la capacité scientifique et pédagogique. l'adage selon lequel il faut savoir beaucoup pour enseigner peu est aussi valable en sciences religieuses qu'en sciences physiques et sociales. l'enseignant qui n'avance pas recule. l'augmentation des connaissances, le recyclage et la formation continue sont nécessaires dans toute opération pédagogique de valeur.

or, selon les informations qui me sont parvenues, sultana qui avait acquis chez moi, les bases et les moyens d'enseigner la morale islamique dans les écoles primaires belges n'a pas seulement omis de progresser dans ce domaine pour être à la hauteur de la tâche éducative grâce à laquelle elle gagnait sa vie, mais elle a aussi renié les fondements même de la religion qu'elle était censée porter sincèrement et transmettre fidèlement aux nouvelles générations musulmanes. ainsi sultana rejoignit les colonnes des fonctionnaires, enseignants et autres qui vivaient en parasites dans leur propre communauté et conduisaient les enfants de leurs semblables à l'aliénation, la désintégration spirituelle et morale et à l'égarement total.

au lieu de contrecarrer le nouvel obscurantisme dans lequel certains médias, livres, émissions, films, clubs et diverses organisations plongent les enfants d'origine musulmane, ces parasites sont devenus complices du crime chanté et dansé par bourreaux et victimes contre l'essence même de l'humanité.

l'une des victimes de ces armes de destruction morale massive est sultana elle-même. quand je l'ai connu mon ambition était de la soustraire aux tentacules du monstre, de la former spirituellement et moralement avant de la retourner, dans un combat commun, contre son oppresseur qui, après avoir dévoré son enfance, entama sa jeunesse et son existence.

cinq ans après le lancement de cette entreprise familiale et spirituelle, le monstre entourant ses griffes de soie et de velours, cachant son visage hideux par un beau masque souriant et entrouvrant ses mallettes pleines de billets rouges et bleus, reprit sa proie et avec elle les prunelles de mes yeux : trois enfants musulmans.

j'ai donc échoué dans cette tentative de corriger le cours des événements et d'éclairer, à l'aide d'une épouse de valeur, les masses de la deuxième et troisième générations musulmanes nées en europe.

mon erreur était-elle d'avoir mal choisi l'épouse? celle-ci aurait pu être carrément belge de souche ou chrétienne convaincue plutôt qu'une musulmane immature et superficielle ?

peut-être l'erreur était-elle simplement d'avoir trop cru en la capacité de sultana de réussir la mutation voulue sans passer par une cure de désintoxication que j'aurais dû lui donner en dehors de l'occident pendant deux ou trois années au minimum? si l'on fait abstraction de l'existence humaine et de ses responsabilités, on dira seulement que c'est le destin qui voulut éprouver un croyant et une croyante "qui des deux tiendrait bon face aux vicissitudes et aux tentations?".

dire, par contre, que j'ai manqué à certains de mes devoirs ou à la bonne préparation de la jeune femme à l'immersion en belgique, dans la culture islamique proprement dite serait méconnaître l'ampleur des moyens et des efforts que j'ai fournis à cette égard. sinon les infaillibles noé, luth et mohammad avaient-ils manqué à quelque chose quand leurs épouses respectives allèrent à la dérive ?

il est certain que j'aurais pu garder sultana si j'avais voulu céder sur certains principes essentiels de la vie et de la religion. mais cette dernière contrairement à la politique et au commerce, se prête très rarement aux compromis et aux tractations.

accepter les exigences fantasques de josette, la mère de sultana, la nonchalance et l'hypocrisie de cette dernière qui, loin de s'élancer avec moi, pour les conquêtes spirituelles qui nous incombaient, se colla à la terre et ne remplissait son cœur et ses yeux que du train-train lamentable des femmes ignorantes de ce monde, m'y plier donc équivalait pour moi à un suicide spirituel intolérable.

pour ne pas léser sultana, je dois reconnaître que la tâche que nous nous sommes assignée n'était pas facile dans une société de consommation, de concupiscence et de laisser-aller, où il était très rare de trouver des modèles de grande moralité spirituelle inspirant confiance et persévérance. seule une minorité des nombreux adeptes de l'islam pur et global était prête aux sacrifices nécessaires pour que triomphassent la justice et la paix dans le monde. en fait, notre message pouvait atteindre deux catégories de cœurs:

l'un ayant vu le jour dans une famille unie et vertueuse où les membres s'entraident dans le chemin d'allah pour propager le bien et le bon sens autour d'eux malgré les vagues de la corruption et de la dépravation qui déferlent sur leur entourage.

l'autre, en quête de l'absolu, le trouve d'abord dans l'esthétique, l'utilitaire et le sensuel qui continuent de remplir ses jours et nuits de plaisirs et de sensations immodérées. ensuite, quand il entend l'appel de la vérité, il se rend compte qu'il a depuis belle lurette, raté l'absolu dont son âme était assoiffée et qu'il était temps de saisir l'antidote spirituel qui s'offre à lui.

or, le cœur de sultana ne fait partie, hélas, ni de la première catégorie ni de la deuxième. ayant porté la religion de son père et de son mari comme un manteau d'hiver, elle n'éprouva aucun regret à le tirer dès qu'elle sentit venir la chaleur de l'extérieur. sortie de la boue par les efforts intéressés de sa mère, elle y retourna dès qu'elle désespéra de voir les sources limpides de l'islam se transformer chez son mari en marécages où elle pourrait barboter en toute liberté. seulement, avec sultana se trouvent mes trois oiseaux angéliques dont les ailes paradisiaques supportent mal la nature gluante, flasque et nauséabonde de certains marécages terrestres, en l'occurrence ceux où leur mère les traîne sans pitié et sans relâche.

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le calvaire des enfants
Jamais Sans L'islam de mes enfants le calvaire des enfants
soumaya, mahdi et sajida sont des présents du ciel. en guise de remerciement à allah qui nous les donna, sultana et les siens auraient dû, en solidarité avec ma famille et avec moi-même, protéger leur enfance contre ce qu'ils sont en train de vivre maintenant chez leur mère.

faire son devoir vis-à-vis de ses enfants signifie veiller à ce que leur nourriture soit saine et licite, les élever dans un milieu propre et propice à leur épanouissement, les instruire et les éduquer de telle manière qu'aucun déséquilibre ne nuira plus tard à leur santé psychique et morale, leur faire connaître et goûter les valeurs de l'orient et de l'occident en fortifiant leur immunité morale contre les nouveaux virus dévastateurs de la société contemporaine.

si les parents vivent ensemble ils concertent leurs efforts pour mener à bien cette tâche grandiose et bénéfique. s'ils sont séparés, chacun d'eux doit, en principe, taire ses intérêts et sa fierté pour ne penser qu'à l'avenir des enfants et à leurs intérêts vitaux.

la tradition parle de deux femmes, jeune et plus âgée, portant leur querelle, à propos d'un bébé disputé à la cour du prophète salomon, fils de david. chacune d'elles prétendait être la mère de l'enfant. aucun indice matériel ou circonstanciel ne paraissait donner raison à l'une ou à l'autre femme. comprenant très bien, les recoins et les ressorts de la maternité humaine inaltérée, salomon annonça aux deux femmes la sentence: que l'enfant soit partagé entre elles et coupé donc en deux morceaux devant elles.

la plus âgée se tut et sembla accepter le jugement du roi tandis que l'autre cria sa douleur, renonça sur le champ à sa part de l'enfant pourvu qu'il restât intègre et vivant, et dit solennellement qu'elle était fautive et que l'enfant appartenait en fait à sa rivale. le prophète annonça alors son jugement définitif qui accorda l'enfant à sa véritable mère, celle qui rit passer les droits de son enfant avant les siens.

ce que je viens de dire sur les obligations morales à l'égard des enfants est valable aussi bien pour le père que pour la mère.

en ce qui me concerne, si, après la séparation, j'avais vu la mère de mes enfants capable de les garder, de les couver comme le stipule clairement le mot "hadana en arabe" et leur donner ce qu'il y a de mieux dans ce monde, en respectant les normes de leur équilibre et de leur évolution, j'aurais pu, volontiers accepter le jugement du tribunal belge assorti de modifications substantielles en matière de droit de visite.

dans les faits, si sultana n'était pas retombée dans la consommation de la drogue, dans la complicité avec les trafiquants des stupéfiants, dans la luxure et l'apostasie; si, après avoir obtenu son divorce, elle avait fondé un nouveau foyer propre et socialement et moralement irréprochable, j'aurais pu me contenter de mon droit de visite et rester en belgique pour continuer à les voir le plus souvent possible pour compléter leur instruction et accompagner leur épanouissement physique et spirituel chez leur mère. or, d'une part, sultana n'était pas de cette trempe là. désinvolte et superficielle, elle se jeta les poings et les pieds liés, dès sa première année de séparation, dans le gouffre de l'irréparable et, comptant sur la connivence de la justice belge, elle traîna dans sa boue une paternité musulmane blessée et haletante mais décidée contre vents et marées, à faire profiter ses enfants de son sang et de sa sueur.

d'autre part, la mère de sultana, affectueuse peut-être et attentionnée, n'était pas, pour autant, en mesure de prendre en charge ses petits enfants, elle, qui vivait de calmants et de somnifères, qui recourait périodiquement aux consultations psychiatriques et qui avait échoué auparavant à maintenir ses enfants (notamment sa fille unique, sultana) dans le giron de la vertu et du sérieux, ne pouvait évidemment pas donner tout ce que l'imam voulait qu'on donnât à ses enfants dans cette vie si précieuse et si courte.

quant à leur grand-père maternel, il est certes gentil, pieux et conscient des problèmes de la jeunesse et de l'éducation mais il fait preuve dans ses rapports avec sa femme et sa fille d'une attitude amorphe et je m'en-foutiste déconcertante. s'il n'arrive donc pas à rétablir l'ordre chez lui pourra-t-il le faire chez sa fille qui, d'après ses propres enfants, lui cache la dissolution de sa conduite, sa consommation du tabac, de la drogue, du vin et du porc, et son manquement aux devoirs élémentaires de la religion : la prière et le jeune ?

la justice belge qui avait pourtant envoyé une trentaine de gendarmes pour encercler l'immeuble et perquisitionner l'appartement de sultana et de son gigolo, semblait préférer ce milieu pourri et insécurisant pour les enfants à celui d'un imam, où régnaient la sérénité de l'âme, la paix du corps, la psalmodie du coran, l'autocritique quotidienne et le développement harmonieux des sentiments humains les plus généreux et les plus nobles! a moi donc un droit de visite de deux dimanches par mois et aux trafiquants de drogue la garde de mes enfants et le monopole de leur éducation. si tel est le système de valeurs que prône et applique la magistrature occidentale, porter ses enfants sur son dos, ses épaules et dans les bras et s'en aller avec eux mendier à travers le monde, habiter des grottes et manger des herbes et des fruits sauvages dans les forêts de l'orient serait alors plus salutaire et plus digne pour les enfants et pour leur père.

l'observateur de l'évolution sociale dans certains ةtats de notre monde contemporain ne peut que s'étonner de la tournure que prend la défense des droits de l'homme dans leurs philosophies et législations: on garantit au citoyen tous les droits matériels et sociaux pour lui ôter ensuite toute défense devant le crime organisé contre ses enfants, contre sa dignité d'homme et contre son esprit.

la comédie de cette justice est d'autant plus dramatique que les stratèges de ce crime organisé en silence sont représentés dans les sphères les plus influentes de ces ةtats. ainsi, certains pouvoirs politique et financier censés y défendre les citoyens et les protéger sont détournés par l'esprit du mal contre leurs enfants qu'il convoite et contre leurs âmes qu'il corrompt.

ceux qui peuvent profiter de ce système aveugle sont ceux qui l'ont conçu et ceux qui y trouvent leurs comptes. les déshérités de l'occident, les chrétiens qui y vivent, s'ils sont encore fidèles à l'esprit de leur religion, et les immigrés musulmans qui s'y installent ne peuvent qu'en pâtir et y perdre leurs âmes à moins qu'une évolution heureuse des idées et des mœurs vienne corriger le cours de l'histoire du monde et de ces masses humaines égarées. ةvolution ou révolution ?

cela ne sera comme d'habitude possible en occident qu'après des bouleversements sociaux voire des cataclysmes qui révéleront l'erreur, la déconfiture et la fragilité du système. en attendant, tout ce qu'une famille musulmane consciencieuse peut faire si elle compte rester définitivement en occident, c'est de prendre elle-même ses enfants et s'en aller ailleurs, pour une durée de quatre à six ans, ou les envoyer s'intégrer dans une communauté musulmane normale où règnent encore les valeurs humaines conjuguées au présent et au passé de la spiritualité islamique et de leur propre histoire. quand ils se seront imbibés des principes de l'innéité et des règles fondamentales du bien et de la justice, initiés aux études élémentaires des sciences physiques et religieuses, dotés d'une santé psychique et spirituelle à toute épreuve et devenus assez mûrs pour pouvoir affronter toutes sortes de défis, ils retourneront en occident pour compléter leur instruction et contribuer, dans la paix et le respect, à l'évolution heureuse du système démocratique qui présente par rapport à beaucoup d'autres systèmes dans le monde des avantages indéniables.

si, coupés de leurs racines et intégrés cahin-caha à la société occidentale, les enfants musulmans issus de l'immigration ratent en général leur vie et perturbent celle de leurs semblables, ils seront autrement plus heureux, plus respectueux et plus productifs s'ils ne réintègrent la société d'accueil qu'après une phase préparatoire vécue au sain d'une communauté musulmane proprement dite. c'est la hijra spirituelle devenue nécessaire dans le monde de la fermentation et des mutations douloureuses. inutile d'envoyer les enfants dans de pseudo-milieux musulmans où l'on singe les tares de l'occident et ne rêve que de ses miettes de tous genres. les banlieues parisiennes, les ghettos de new-york ou les communes négligées de bruxelles seraient alors plus accueillantes pour ces enfants.

d'aucuns soupçonneront nos visions et propositions d'intégristes ou d'autres qualificatifs fabriqués pour dénigrer ceux qui ne partagent pas les idées communément admises par les détenteurs du pouvoir et de l'argent et par leurs partisans. tout autre est notre but. il s'agit de faire de ces enfants des citoyens dignes de leur siècle et des espoirs que l'humanité place en eux.

tout couple musulman qui pense aider ses enfants, autrement que par la hijra spirituelle, à développer une personnalité islamique équilibrée croit en fait au père noël et rêve de cueillir des grappins de raisin des cactus du désert. la raison en est simple. il suffit de comprendre que l'enfant appartient aujourd'hui plus à la société et à l'ةtat qu'à ses parents. or, dès ses premiers jours, pour ne pas dire les premiers heures, l'enfant reçoit à travers ses sens, l'impact de son entourage proche et lointain à la fois (penser aux bébés qui regardent la télévision avec leur mère ou père). progressivement son intellect et son esprit se forment à l'image de la réalité ambiante qui le marque de son sceau et détermine ses réactions aux événements, idées et actes de ses semblables. l'enfant et le jeune homme musulmans ont beau entendre parler de l'islam, faire quelques prières occasionnelles prononcer quelques phrases arabes ou regarder un film relatant l'histoire de leur civilisation, leurs pensées, leur subconscient et leurs visées sont acquis au modèle existentiel de l'occident triomphant.

voici, en général et en bref, le genre de situation sociale dans laquelle se trouve l'enfant issu d'une famille musulmane immigrée:

un père occupé et entièrement pris par son travail qui lui permet de gagner sa vie et celle de ses enfants. s'il est au chômage, il passe son temps à bricoler çà et là, à chercher du travail et à résoudre les problèmes quotidiens des membres de sa famille, ceux qui vivent avec lui en europe et ceux qui comptent sur lui à l'intérieur de son pays d'origine ou qui effectuent pour lui des travaux de construction interminables.

une mère obligée de travailler aussi à l'extérieur de chez elle en raison du chômage de son mari ou des rivalités entre familles immigrées en matière d'argent, d'or et de constructions de maisons.

en temps libre, les époux se reposent, s'occupent d'autres travaux parallèles, regardent la télévision, elle, ses films et ses feuilletons, lui, ses matchs et tournois. ces parents supposés instruits et capables d'enseigner, quel temps leur reste-t-il à l'éducation de leur enfant? quelques heures peut être éparpillées dans la semaine. mais, conviennent-elles toujours à l'enfant lui aussi surchargé de devoirs scolaires, tenté par ses habitudes ludiques et attiré par ses émissions préférées ?

la situation étant ce qu'elle est, qui donc enseigne vraiment les enfants, forme leurs entendement et personnalité, oriente leur comportement et façonne leur mentalité ?

il y a d'abord les garderies, les écoles, les maisons de jeunes, dont les enseignants et moniteurs passent plus de temps avec les enfants, se les attachent et les influencent plus que leurs propres parents. ces adultes qui prennent en charge ces enfants ne sont pas musulmans et appartiennent à diverses philosophies et idéologies qu'ils n'hésitent pas à inculquer à leurs élèves par les innombrables moyens et procédés pédagogiques dont ils disposent.

il y a ensuite les médias, les loisirs dont les formes et les moyens se multiplient et se diversifient au grand profit des multinationales et au grand malheur des parents musulmans qui s'y perdent et ne savent le plus souvent à quel saint se vouer. la télévision, le cinéma et la publicité véhiculent des images, des idées et un modèle de vie conforme aux préjugés du siècle et aux intérêts du système occidental gagné par l'euphorie de sa victoire sur son corollaire communiste. or, ces grands moyens de diffusion, de formation et de déformation sont partout à la maison, à l'école, aux clubs et dans les moyens de transport. ils sont présents de jour comme de nuit là où ils peuvent influencer les choix des familles et des enfants, et façonner leurs tendances et leurs réflexes.

l'islam ne condamne pas ces biens sociaux en tant que moyens mis au service de l'homme. il les qualifie même de "parure de la vie terrestre". mais il met en garde contre ce qu'ils peuvent comporter de dangers provenant de leur utilisation à des fins polluantes, dégradantes ou inhumaines. ces moyens étant souvent mis au service des visées sataniques, l'instruction qu'ils apportent, les idées qu'ils universalisent et les informations qu'ils propagent ne tardent pas à s'évaporer au contact des courants chauds des loisirs, des plaisirs et de l'égarement collectif qu'insuffle satan sinon comme chef d'orchestre reconnu et applaudi, du moins comme souffleur rappelant leurs textes aux acteurs qui l'écoutent et le suivent sans le voir. un adulte avisé et immunisé contre les virus du polythéisme et de la dépravation pourra utiliser à bon escient ces moyens modernes de communication et d'information en y distinguant le bon grain de l'ivraie. mais que peut faire un enfant exposé dès son bas âge à ces intoxications irrésistibles qui envahissent ses sens son esprit et son imaginaire ? ainsi, les parents qui, jaloux de l'islam de leurs enfants, se contentent de les amener le week-end et le vendredi à la mosquée du quartier , se trompent lourdement s'ils croient avoir fait le nécessaire en matière d'éducation religieuse. plus naïfs et plus fautifs qu'eux, les parents qui négligent l'orientation religieuse de leurs petits enfants et attendent que ceux-ci deviennent de jeunes gens pour les assommer de conseils dont ils ne comprennent que la volonté arbitraire de réduire leur liberté, de les dénigrer devant leurs pairs ou de les exploiter au nom de la religion à des fins personnelles ou familiales. ce conflit de générations et ce dialogue de sourds sont, dans une large mesure, imputables à l'absence et aux négligences accumulées des parents dont les bonnes intentions ne pouvaient suffire à guider les pas des enfants vers l'assimilation de leur culture et l'adhésion à ses, valeurs.

conscient de mes responsabilités et de l'importance décisive du facteur "temps" dans l'opération éducative qui m'attendait je proposai à sultana de me confier les enfants durant leur scolarité primaire tout en continuant à les voir, les rencontrer, suivre leur évolution et passer, à mes frais, le temps qu'elle voudrait avec eux. quand leurs ailes seront plus fortes et à même de voler librement et sans danger dans le ciel tumultueux de l'occident, ils y retourneront auprès d'elle pour augmenter leurs connaissances et parfaire leur ouverture d'esprit. sultana fit la sourde oreille puis rejeta carrément ma proposition et, dans une fuite en avant aveugle et incroyable, laissa ses enfants pâtir de ses chutes successives et de son calvaire interminable.

dans les chapitres suivants, je passe en revue les épreuves malheureuses subies chez leur mère par mes trois petits enfants.

* * *

nul doute que la propreté des enfants joue un très grand rôle, dans la protection de leur santé et de leurs facultés physiques et mentales. sans elle, les enfants ne bénéficieront pas complètement de leur nourriture et de leurs jeux.

sur le plan de la théorie, sultana savait ce qui l'attendait dans ce domaine quand elle s'est arrogé le droit de garde et l'autorité physique et normale sur nos enfants. mais totalement prise dans les filets de ses habitudes malsaines et accaparée par ses feuilletons américains et ses veillées polluées, elle ne pouvait sur le plan de la pratique, que négliger la propreté de ses enfants que j'ai moi-même pris chez le médecin pour débarrasser leurs jolies têtes des poux qui les envahissaient.

un autre facteur de malpropre est la négligence de la tradition islamique des ablutions qui précédent chacune des cinq prières quotidiennes auxquelles toute mère consciencieuse habitue ses enfants musulmans.

il va sans dire que l'achat de beaux vêtements et de belles chaussures ne pourra jamais remplacer le devoir d'entretenir régulièrement et soigneusement la propreté et la santé des enfants. or, cela exige l'organisation de son temps, le flair de leurs besoins et la patience dans l'exercice de leur entretien. malheureusement pour mes trois petits, leur mère de par son éducation et sa mollesse fait peu de cas de ces qualité maternelles de valeur.

un troisième facteur inquiétant s'est ajouté au cumul des négligences et des saletés dans l'appartement de madame: le gros chien noir de miryarn, belle-sœur de sultana, qu'on hébergeait tout près de la chambre des enfants.

d'aucuns croient que l'islam a le dégoût et la phobie des chiens et des bêtes. il n'en est rien. la règle générale dans cette religion est de donner à chaque être vivant son dû. le prophète qui dit que les anges n'entrent pas dans une pièce où il y a un chien, dit aussi qu'une femme pécheresse se fit pardonner ses péchés après avoir donner à boire à un chien assoiffé.

ce qui répugne, ce n'est ni l'élevage, ni l'entretien, ni l'acquisition de ces animaux, c'est le fait de les mêler à soi-même de telle manière qu'ils mangent à la même table que leur maître ou maîtresse, qu'ils couchent dans le même lit ou tout près, ou qu'ils se promènent dans la même salle que les enfants. la médecine, l'hygiène et la spiritualité donnent raison à l'islam. mais qui peut faire entendre raison à une femme qui "voit l'herbe et ne voit pas le gouffre" ?

un quatrième danger qui guette la santé des enfants chez leur mère: les fumées des tabacs et des stupéfiants consommés en présence des enfants surtout quand s'ajoutent aux concubins leurs frères et amis de tout bord et que les fenêtres de l'appartement sont fermées.

sultana semblait ignorer les faits désastreux des fumées inhalées sur la santé de ses enfants. mahdi raconte spontanément qu'un jour elle l'envoya lui allumer une cigarette. quand il n'y arriva pas, c'était malika - la jeune marocaine qui vendait ses services domestiques - qui lui montra comment faisaient les adultes par leur bouche et leurs narines pour allumer la cigarette.

soumaya, elle, devait, le matin ou le soir sortir de la maison pour aller acheter aux concubins les paquets de cigarettes qu'ils voulaient. si elle était occupée ou malade, c'était son frère qui devait y aller sous peine de coups et de claques administrés par le gigolo de la mère à quiconque refusait de s'exécuter.

d'après les enfants ces violences physiques étaient rares. pourquoi brutaliser des enfants pour l'accomplissement d'une commission ou d'un travail s'il y a mieux à faire pour se faire obéir? leur permettre d'acheter des bonbons ou du chocolat sous forme de cigarettes pour que, de leur propre gré, les enfants se dépêchent d'aller acheter du tabac. ainsi, ce couple satanique faisait d'une pierre coups : faire travailler mes enfants dans un domaine illicite et leur inculquer l'amour et l'habitude (les cigarettes. une autre façon de se venger du père musulman.

a force de mâcher des bonbons, les enfants se plaignent déjà (le caries et de maux de dents de plus en plus fréquents. seule la petite sajida échappa à ce calvaire, mais, hélas! elle fut menacée un autre plus grave que les caries dentaires: l'épilepsie. sa mère m'en a parlé et m'assura qu'elle était en train de la soigner.

plus tard, après que sajida a passé chez moi des vacances plus longues que d'habitude, j'ai compris que ma fille n'avait ni épilepsie ni autre maladie mentale. la mère avait soupçonné l'état de santé de sa fille et n'avait pas perçu dans son milieu vicieux et invivable le germe provocateur de l'évanouissement de sajida. celle-ci était (pendant quinze jours, puis un mois, ensuite plus de deux ans) chez son papa, vivante et rayonnante telle un beau papillon de printemps allant d'une fleur à l'autre, sans arrêt et sans fatigue.

sentant profondément l'humiliation et la frustration et subissant la réalité misérable de sa mère et l'absence incompréhensible de son père, sajida réagissait par l'évanouissement à tout ce que son être ne pouvait supporter.

un cinquième facteur d'inquiétude pour les enfants et pour leur papa: les accidents de route que sultana et son gigolo ne manquaient pas de provoquer à bruxelles où ils tenaient à montrer les performances de leurs joujoux à leurs semblables qui les admiraient ou les enviaient.

certes le fait d'avoir des enfants n'empêche pas leur mère d'avoir des droits, des activités et des loisirs. mais exposer ses enfants aux dangers les plus fous de l'existence moderne dénote une légèreté certaine voire une inconscience lamentable chez la personne chargée de les garder.

tous ces risques et dangers étaient réels et rapportés aussi bien par les enfants que par des témoins oculaires. mais allez dire cela au "palais de justice" de bruxelles! regards soupçonneux des magistrats, avocats indécis, séances indéfiniment reportées, preuves rejetées, favoritisme déguisé (contre moi, affiché et renforcé)...

ordonner une enquête sociale? mon oeil! comme disent les belges! il suffisait de téléphoner d'avance aux enquêteurs et les prévenir qu'il s'agissait d'un barbu, d'un intégriste (c'est à dire dans mon cas intègre et intégrateur) pour que le lendemain, après les pâles sourires des agents, les tas de questions réponses et les papiers signés et affranchis, vînt la sentence : "les enfants x, y et z sont entre de bonnes mains et les inquiétudes de leur père sont infondées".

je ne suis pas en position de critiquer la justice d'un pays que j'aime et d'un peuple que je respecte mais qui reproche à un tigre blessé parmi les siens d'attaquer les points faibles de son agresseur ?

suis-je le seul observateur qui dise que la justice va mal en belgique?

allez, si vous voulez, faire votre propre enquête dans toutes les couches de la population belge avant de terminer la lecture de mon livre! comme je l'ai écrit plus haut, j'avais donc repris mon dossier, remercié mon avocat, claqué la porte du tribunal et fait de l'invocation d'allah un pansement nouveau que j'appliquai sur mes blessures qui saignaient..

mentales.
malgré leur bas âge, soumaya et mahdi comprirent que les verres colorés et écumants qu'échangeaient les hommes et les femmes servis par leur mère contenaient autre chose que la limonade qu'ils buvaient chez leur père et chez leur grand-père maternel. c'est le vin qui perturbe les nerfs, assombrit la raison et provoque des malheurs.

que sultana renie sa religion et brave ses interdits, je m'en fiche après tout ce que j'ai fait pour la mettre sur la vole du salut. mais que cette mère ne respecte pas ses enfants et les pousse dans la gueule du loup en leur apprenant à boire et à fumer c'est perdre les pédales et aller à l'encontre de la raison humaine, des directives de l'o.m.s. et des nonnes européennes elles-mêmes qui insistent sur la protection des enfants et de leur milieu social.

comme ces boissons dangereuses qui traînaient devant mes enfants, leur manger, chez leur mère, n'était non plus exempt de dangers. sans zaïna, la jeune marocaine qui s'occupait parfois d'eux, mes trois petits étaient encore incapables de distinguer la viande du porc de celle du mouton ou du bœuf soumaya raconte qu'après leur avoir fait signe de ne pas toucher à la viande porcine servie par leur mère, zaïna les pris chez elle (elle habitait le même quartier) pour leur servir la viande du mouton et autres mets bons et licites(l).

(1)aujourd'hui, encore, les enfants gardent de très beaux souvenirs de zaïna. de son amitié et de sa générosité. avec leur père, ils font une prière et la dédient à leur bienfaitrice!

d'aucuns s'exclament:
2
pourquoi ce mensonge et cette humiliation ?
Jamais Sans L'islam de mes enfants pourquoi ce mensonge et cette humiliation ?
qu'avait fait mahdi pour mériter ce matin là de recevoir un coup dur sur sa tête? de quel droit me faire perdre du temps et empêcher les enfants de m'accompagner? sultana et son gigolo avaient-ils ce jour là besoin des services de mes enfants? il s'agit en fait d'un travail noir effectué en noir à l'intérieur comme à l'extérieur de l'appartement de sultana (avenue roi albert, 170).

soumaya et mahdi racontent les tâches qu'ils devaient accomplir sous les ordres du couple illégitime et disent qu'on les appelait à venir assister à la besogne (voulait on leur donner des cours pratiques afin de les initier au métier ou de les préparer à faire le sale boulot à la place de leurs maîtres qui auraient d'autres chats à fouetter?). puis, avant de mettre en marche leur industrie satanique, on ordonna à l'un des enfants d'apporter de l'eau dans un petit sceau pour en répandre sur le hachisch ou la poudre que le patron ou la patronne étendait sur un plastique.

ensuite des appareils de volume différents entre en action tantôt pour préparer du papier à cigarettes ou à joints, tantôt pour coller ces derniers fourrés de drogue et humectés auparavant par la salive des fabricants. quand les produits étaient prêts et replacés dans des paquets de cigarettes vidés de leur contenu initial, soumaya et mahdi devaient les remettre au tabac du coin, chez l'épicier asiatique ou africain qui habitait tout près de l'appartement de sultana.

ةtant aussi incapable que mes enfants de donner le nom de ces appareils, j'ai pu néanmoins relever de la description pointilleuse qu'ils en ont donné le fait indéniable que cela servait à un trafic illicite de produits destinés à la consommation de drogue. ou bien cet homme jaune ou brun du coin achetait au marché noir tout près de lui des cigarettes falsifiées, bon marché pour les vendre aux clients aux mêmes prix arrêtés par l'ةtat et la compagnie des tabacs, il s'agirait alors d'une contre bande de cigarettes à laquelle on faisait participer mes enfants à leur insu ou malgré eux. ou bien - et c'est l'hypothèse la plus plausible il s'agissait bel et bien d'une préparation de drogues fines (puisque les enfants parlaient de poudre) que le couple irresponsable présentait sous forme de cigarettes que le complice du coin ne devait vendre qu'aux consommateurs habitués.

quoi qu'il en fût et qu'il s'agissait de falsifier des produits licites (cigarettes) ou de commercialiser l'illicite, mes enfants furent mêlés et associés à un double crime: le travail des enfants et le trafic des stupéfiants.

voici le croquis de l'un des appareils susmentionnés, dessiné par soumaya elle-même:
quel échec cuisant j'ai subi dans mon entreprise ambitieuse d'œuvrer avec mon épouse pour orienter les jeunes de belgique dans le chemin de la paix et de la vérité et contrecarrer les invasions du vice, de la drogue et du crime! mais je ne regrette rien et si j'ai encore la possibilité d'édifier un nouveau projet conjugal ayant pour but de servir des valeurs spirituelles sûres et de combattre le mal, l'obscurantisme et le crime, je recommencerai mais sur de nouvelles bases...

quant à sultana, tant qu'il n'y a pas de changement radical dans son esprit, elle continuera à préférer son milieu actuel c'est à dire celui dans lequel elle a grandit, à celui du père de ses enfants, moins brillant peut-être et moins fanfaron mais plus solide et plus ouvert à l'avenir grandiose de l'humanité. car qu'on le veuille ou non, l'histoire d'un individu ou d'un peuple c'est l'histoire de sa religiosité, de ses idées, de ses croyances et de ses engagements spirituelles et communautaires. ce qui revient à dire que l'avenir appartient à la religion qui sera une, globale et omniprésente, à l'instar du nouvel ordre économique et civilisationnel qu'on veut aujourd'hui faire régner à l'échelle mondial.

malheureusement pour leurs trois petits enfants (et pour leurs descendants), ils sont systématiquement jour et nuit empêchés chez leur mère de se préparer spirituellement, moralement et existentiellement à cet avenir à peine croyable de l'humanité.

d'autres musulmans que moi connurent l'épreuve du divorce ou de la séparation sans avoir la même malchance que moi. certains d'entre eux avaient épousé des chrétiennes. j'en connais celles qui amenaient régulièrement leurs enfants musulmans au centre islamique pour les cours d'arabe et de religion et attendaient patiemment leur sortie de l'école ou de l'institut dans un esprit d'abnégation , de compréhension et de fidélité à l'engagement pris à l'égard de leur époux.

ces enfants ne pouvaient que grandir dans le respect de la religion, l'ouverture de l'esprit et l'amour de leurs parents et concitoyens. plus tard chacun d'entre eux serait libre de choisir la voie spirituelle qui lui conviendrait.

ainsi, en matière de vie conjugale en occident et d'éducation d'enfants -à défaut d'une grande figure féminine de l'islam une chrétienne complète mieux qu'une semi-musulmane.

ne voyant pas plus loin que son nez, la mère des enfants négligea donc leur éducation religieuse et se faisait complice de ceux qui les endoctrinaient par le son et l'image afin de les marquer pour toujours du sceau des nouvelles religions sataniques que connaît le monde païen. c'était ne pas compter avec le secours de la providence: à l'intérieur même du foyer en feu de haine et de mépris, allah envoya une petite lumière douce et une brise annonçant la victoire du bien et du vrai sur le mal et le faux. zaïna, la jeune marocaine qui s'occupait parfois des enfants, leur inculquait de temps à autres quelques notions de leur religion et leur apprenait, à la dérobée quelques versets du coran et le respect qu'ils devaient avoir à l'égard des interdits religieux, mais que pouvait faire une colombe parmi des centaines de corbeaux? la jeune fille était faible et voulait sauver des faibles dans une sorte de forteresse où des oreilles habituées à n'entendre que la voix du vice, guettaient le moindre son venu du ciel, où des yeux avides de vin et de sang (sang de porc) veillaient que ne tombât une goutte de lait ou de miel et où des mains cupides et avares étaient prêtes à réagir violemment contre toute tentative de libérer les trois petits rejetons du prophète.

stratagèmes pouvant déplacer des montagnes pourtant de la roche noir poussa une fleur, la lumière d'une petite bougie dissipa les ténèbres environnantes et la bonne graine traversa la masse de terre et de pierres pour donner naissance à un bel arbre bien enraciné, très haut et à même de produire tout le temps des fruits bénis et succulents.

d'aucuns nous posent ce genre de questions: "pourquoi donc insistez-vous sur l'enseignement des règles religieuses et de ses interdits à vos petits enfants ?
comprennent-ils le sens de l'ablution, de la prière, du jeûne ou du pèlerinage ? laisser les jouer avec les enfants et quand ils seront grands et mûrs, ils choisiront eux-mêmes leur voie dans la vie !" un piège enveloppé de conseils et présenté sous forme de questions et d'exclamations !

beaucoup de parents immigrés sont tombés dans ce piège et laissèrent leurs enfants pendant la période décisive de leur enfance entre les mains de sionistes déguisés en chrétiens égarés et de laïcs pervers qui façonnaient leur mentalité, occupaient leurs subconscient et sentiments et leur inculquaient les idées et les habitudes qu'ils voulaient.

la proposition de s'abstenir de diriger les enfants en matière de morale et de religion est une idée défendable et paraît juste mais seulement sur le plan de la théorie. car en pratique, elle n'aurait de valeur que si tout le monde l'appliquait et que tous les acteurs sociaux et mondiaux susceptibles d'influencer l'orientation ultérieure des enfants étaient sincèrement neutres. or, il n'en n'est rien. un coup deuil sur les programmes des écoles, sur les jeux et les jouets commercialisés et sur les émissions télévisées consacrées aux enfants des différentes nations de la terre montre la partialité avec laquelle, ici et là, on parle aux enfants et l'endoctrinement dont ceux-ci sont l'objet partout dans le monde.

la proposition susdite serait réalisable si, à la naissance de l'enfant, on le laissait grandir dans les jungles et vivre avec les oiseaux et les animaux sauvages tels hay ibn yaqdhane ou robinson de crusoé. quand il atteint la maturité de son esprit et arrive dans la cité moderne, un comité représentatif de toutes les tendances idéologiques connues ou tout au moins des deux tendances principales: l'islam et les autres religions entachées toutes, sur un plan ou sur un autre, de polythéisme et dominées par le laïcisme victorieux.

avant même qu'il ne pose ses bagages, on lui mime qu'il pourra s'installer ou bien dans le quartier des adeptes de l'islam, on lui montrera alors leurs mosquées, leurs compagnies, leurs commerces, leurs écoles et universités, leur théâtre et leurs programme sociaux et politiques; ou bien dans le quartier des adeptes du laïcisme (je dis bien adeptes convaincus ou soumis) et on lui montrera alors leurs églises, synagogues, loges, clubs, instituts, bars, universités, mosquées "dirar" ou dissidentes et leurs programme sociaux, médiatiques et politiques.

les visites et études qu'il fera de l'un ou de l'autre quartier devront être de la même durée et accomplies dans les mêmes conditions. après, le terrien venu des jungles y retournera pour réfléchir seul à la décision vitale et obligatoire qu'il devrait prendre quant à son orientation sociale et communautaire.

a ce moment là, on pourra peut-être parler de la nécessité de n'imposer aux enfants aucun système moral ou religieux.

si aux musulmans on déconseille d'élever leurs enfants selon les préceptes du coran, en même temps, on fait tout, jour et nuit, pour occuper le terrain et diriger les mentalités par le son, l'image, le jeu, le cours, l'art et la science conformément à de nouvelles idéologies aussi dogmatiques que les religions révélées.

conscient de cette réalité, l'ةtat belge reconnaît, ainsi, aux différentes communautés vivant sur son sol le droit d'enseigner aux frais du trésor public, leurs cultes respectifs à leurs enfants inscrits dans les écoles communales et celles de l'ةtat. parmi ces cultes, il y a la morale laïque, érigée en un véritable dogme ayant ses propres hiérarchies, son propre clocher et des prêtres aussi intégristes et jaloux de leurs prérogatives que les autres.

etant donné qu'ils sont représentés dans les hautes sphères de l'ةtat, que leurs programmes sont basés sur ce qui plaît et amuse, sur l'immédiat et les plaisirs terrestres sur les idées en vogue et le laisser-aller de l'instinct et qu'ils disposent d'infrastructures et de finances importantes et de moyens didactiques suffisants et attrayants, ces laïcs et leurs frères de la franc-maçonnerie attirent de plus en plus de parents, de tuteurs et d'élèves musulmans. ceux-ci sont, en raison de leur réalité sociale et de la médiocrité de l'enseignement de l'islam en belgique, incapables de s'unir et de se concerter pour voir plus loin que leurs intérêts immédiats ou pour édifier l'avenir de leur religion en occident.

nous sommes pour une culture planétaire, pour l'ouverture de l'esprit et pour la préparation des enfants au monde de demain mais pour ce faire, ceux-ci doivent d'abord avoir conscience d'eux-mêmes et de leur origine, être imbibés de la culture de leur communauté avant d'ambitionner l'assimilation de celles des autres peuples.

un élève plongé dès son enfance dans la cohue des parties pris des obédiences et des cultures ne deviendra pas plus tard un érudit mais un étourdi.

a la manière du grand arbre qui m'envoie ses branches embrasser dans tous les sens, tout ce qui est debout autour de lui, qu'après s'être dressé sur un tronc bien enraciné dans son sol, l'enfant ne pourra embrasser le monde par le cœur et par l'esprit que s'il a été au préalable éduqué dans la culture de sa communauté par des personnes vertueuses, généreuses et très proches de lui.

sultana se plaisait dans son ignorance et vivait en dehors de ces vérités humaines et sociales. aussi ses enfants en pâtissaient-ils. sans secours, lis allaient inéluctablement vers leur perdition. incapable, en matière d'éducation de ses enfants, de voir le bout du tunnel ou de savoir à quel saint vouer ses trois petits enfants, elle faisait souvent appel à ses deux anges gardiens; son gigolo et sa mère.

le premier n'hésita pas à prendre mahdi de jour ou de nuit dans des discothèques, afin qu'il apprît comment rigoler ou se battre pour le fric du jeu illicite et comment boire jusqu'à l'éclatement ou la folie. mon fils regardait ainsi les ivrognes tuer le temps et la vertu mais ne pouvait guère réagir, tel un joseph injustement incarcéré parmi des détenus pitoyables et des gardiens impitoyables.

le deuxième ange gardien de sultana était sa mère qui, n'ayant pas pu faire grand-chose pour l'éducation de sa fille voulut se rattraper sur ses petits enfants en ajoutant de nouvelles complications à l'imbroglio dans lequel ils pataugeaient. un navire naufragé peut-il aller au secours d'un autre qui coule ?

soumaya raconta que l'irascible grand-mère avait insisté à la prendre un dimanche dans une église. elle se disait musulmane, a effectué le pèlerinage avec son époux et ne vit pas d'inconvénient à ce que sa petite fille de huit ans se penchât bien avant l'âge du discernement sur l'inextricable rite catholique voulait-elle par là, en guise de vengeance, aider à ce que les enfants de l'imam fussent un jour égarés, perdus et irrécupérables? possible. un coeur de femme rongé par la passion est insondable et indomptable.

quand sultana prit les enfants et s'en alla, j'espérais qu'elle resterait croyante et vertueuse et serait capable de se hisser à la hauteur de la tâche qui l'attendait. j'étais d'autant plus confiant qu'elle gardait toujours sa fonction d'enseignante de religion islamique, portait son hijab et fréquentait des sœurs musulmanes au-dessus de tout soupçon.

avec le reniement de l'islam et de sa morale par sultana, commença mon calvaire qui s'éternisait et rendait ma vie insipide et mon travail au sein de la communauté musulmane lourd et insensé.

mes souffrances n'avaient pas fait que tourmenter mon cœur et perturber mon temps, elles contribuèrent à ouvrir mes yeux sur des réalités jusque là indicibles ou camouflées.

ce que l'on ne cessait de répéter dans nos pays musulmans que l'islam était en propagation continue que des chrétiens et des athées embrassaient chaque jour, par centaines, notre religion sublime et prometteuse et que nous avions toutes les raisons d'être optimistes quant à l'avenir de la foi dans le monde étai en fait une erreur de calcul et d'appréciation doublée de béatitude naïve.

comme l'arbre qui cache la forêt, le nombre d'individus choisissant pour une raison ou pour une autre de devenir musulmans fait oublier à la plupart d'entre nous les vagues d'enfants, d'étudiants et d'ouvriers musulmans qui optent d'abord pour le mode de vie païen avant de tourner définitivement le dos aux préceptes de l'islam et à sa communauté. cette nouvelle formule d'apostasie ne touche pas que les musulmans émigrés et leurs enfants, elle pénètre de plus en plus dans les sociétés de tradition islamique. c'est à dire dans les peuples dits arabo-musulmans. en d'autres termes, les invasions païennes du passé et les croisades d'hier reviennent là où elles ont échoué sous le manteau du nouvel ordre mondial(1) avec, cette fois-ci plus de chances de réussir et d'emporter la mise.

sur le plan extensif, le parcours des musulmans paraît sans faille: ils sont plus d'un milliard dans notre monde contemporain. mais ce nombre n'est réel qu'en statistique. en fait, grignotées de toutes parts par les idéologies et les religions conquérantes, ces masses musulmanes comptées toutes sur l'islam (géographique), n'hésiteront pas , à moins qu'elles subissent ou opèrent un changement récurrent, à prendre parti contre leur religion d'origine pour servir leurs faux dieux et maîtres et les aider à voir ici-bas la victoire escomptée (2)sur le plan intensif, on a beau parler du renouveau de l'islam dans la plupart des pays arabo-musulmans. a l'examen, ce n'est, en général, que de l'écume qui amène rarement sur le bord de l'océan les splendides joyaux que recèlent ses profondeurs. par contre, cette écume se brise toujours sur les rochers réels et éternels dont le silence au bord des mers cache à peine l'éloquence des témoignages gravés, au fil des temps, sous la dictée des vagues et des vents.

(1)bien qu'il serve dans l'immédiat les intérêts des nantis, le nouvel ordre mondial servira à long ou moyen terme, les desseins de l'ordre "divin" nous ne pouvons donc que nous en réjouir tout en condamnant les injustices et les tares qui accompagnent son avènement.

(2)en moins de dix ans, environ un millier d'occidentaux se sont convertis à l'islam entre mes mains et un nombre peut-être plus élevé de personnes ont fait de même grâce aux services d'autres imams dans le nord et le sud de la terre; mais il est certain qu'en même temps un nombre beaucoup plus important de musulmans de souche rejoignirent à l'est et à l'ouest l'une des religions (révélées ou non) économiquement dominantes à l'échelle locale ou planétaire.

a côté de cette écume éphémère du renouveau islamique qui submerge les sociétés arabo-musulmanes, se trouve, hélas, une autre décadence larvée au sein de ces peuples mais bien arrivée à terme chez la plupart de leurs ressortissants émigrés. il s'agit de l'état religieux de ces derniers, d'abord rétréci, ensuite annihilé par leur nouvel état civil qui, sous les coups de la laïcisation, fait tout oublier de la personne musulmane excepté le nom, la nationalité d'origine et quelques coutumes ou traditions. désormais, l'état civil de ces gens favorisés matériellement par rapport à leurs concitoyens d'origine, se substitue dans l'exercice des fonctions familiales et sociales à l'état religieux qui s'efface ou s'amenuise.

ainsi, que ce soit en belgique, en france, en italie, en hollande ou au sein des universités et grandes écoles arabes acquises au modernisme et à l'athéisme, tu trouves des teints, des noms, quelques habitudes et des mots arabes mais le cœur et l'esprit n'y sont plus. ces musulmans "géographiques" sont tout sauf croyants. je dis bien croyants; car, contrairement à ceux qui condamnent ces catégories de personnes pour apostasie, nous acceptons leur qualité affichée de musulmans et ne tenons compte de leur véritable état religieux qu'individuellement, cas par cas et à l'occasion d'actes qui engagent notre foi et notre comportement à leur égard.

est-il croyant musulman l'être qui, malgré son état civil arabe nie l'existence d'allah son créateur, la véracité du coran, la réalité du jugement dernier et se moque des directives religieuses ?

dans les études politiques et sociologiques de ce siècle, cette espèce hybride d'incroyants musulmans est classée dans la rubrique "islam" et confondue avec une autre catégorie de personnes appelée justement: musulmans non pratiquants. contrairement aux précédents, ceux-ci traversent tout en étant croyants, des crises psychiques et morales mais, comme après une gestation douloureuse, leurs cœurs et esprits revoient la lumière et sortent de la crise et de l'expectative pour épouser définitivement la cause de la foi dans le monde.

quand je parle ici de la régression de l'islam dans ses fiefs traditionnels et ailleurs, c'est la première catégorie des incroyants musulmans que je vise et appréhende, pour une raison simple : physiquement, ils sont avec nous, spirituellement, ils ne sont pas seulement étrangers et différents; ils sont contre nous, se moquent de nos choix existentiels et communautaires et compromettent, ainsi, notre avenir dans le monde des valeurs. il arrive que l'un d'eux, sous son teint et son nom arabes occupe une fonction réservée en principe à un musulman convaincu, ou se marie avec une croyante (ce que le coran condamne catégoriquement)! les enfants issus de ce mariage ne seront forcément que mécréants ou égarés. ainsi, la grande communauté islamique envahie de l'extérieur et rongée à l'intérieur par des germes pathogènes couve les rejetons de ces incroyants musulmans qui, à l'instar de leurs ancêtres de l'époque post-prophétique, accéléreront immanquablement son éclatement et sa défaite.

comme ce grand oiseau stupide qui couve les œufs d'un rapace puis, nourrit ses petits qui n'hésitent jamais à l'âge adulte de déchiqueter leurs parents adoptifs, la communauté islamique n'a cessé depuis la mort de son prophète de se faire dévorer par les uns et les autres de ses descendants.

quand j'ai épousé sultana, je croyais qu'elle faisait partie de la catégorie des musulmans non pratiquants qui n'attendent en général qu'un déclic spirituel significatif pour retourner au sein de la foi islamique. les événements montrèrent que j'avais commis une erreur d'appréciation et qu'au lieu de pêcher la sirène tant recherchée pour son âme orientale et son cerveau occidental, j'ai mis la main sur une vipère qui, refroidie pour un temps par mes oraisons et mes largesses, reporta ses morsures venimeuses à la saison des canicules.

moi, je suis vacciné mais, hélas! mes petits enfants ne le sont pas encore!
outre cette crainte toujours présente de les voir empoisonnés par le mal qui atteint leur mère, il y a ces souffrances atroces que j'endure jour et nuit et qui sont pour mon cœur humilié et blessé plus mortelles que le venin des serpents ou des scorpions.

as-tu vu ce papa qui, à peine prend-il ses enfants un dimanche matin qu'il se prépare, sous peine de ne plus les voir, à les remettre l'après-midi à leurs geôliers ?

ne l'as-tu pas vu chercher après eux, dans l'appartement où ils ont joué et parlé, leurs lettres griffonnées à son intention, les traces de leurs passage, le son de leurs voix, les odeurs de leurs vêtements et quelques morceaux de leurs jouets ?

ne l'as-tu pas vu embrasser leurs petites affaires oubliées, pleurer sur leurs dessins d'enfants et sentir, le soir, leurs lits et oreillers abandonnés ?

ne l'as-tu pas vu errer seul dans les parcs où il a joué avec ses petits, donnant à manger à une jolie colombe qui lui rappelait sa petite sajida, fixant du regard le beau rossignol qui sautait comme mahdi d'un arbre à l'autre, et s'asseyant dans le jardin d'enfants, à la même balançoire que soumaya qu'il imaginait devant lui en train de bavarder ou de jouer avec lui ?

ne l'as-tu pas vu dans une mosquée prêcher la bonne parole et dévoiler avec force et sans ambages les secrets de la sagesse et de l'histoire, tel un océan qui ne se lasse jamais de couvrir et de faire découvrir ? mais quand il citait le prophète noé éprouvé dans sa propre famille, par son épouse traîtresse et son fils récalcitrant à monter avec lui dans l'arche salutaire, il (l'imam) pâlît et ses yeux se remplirent de larmes. tout en continuant à donner son cours, il passait en revue dans sa mémoire saturée, les innombrables enfants musulmans qu'il savait captifs des imposteurs, des trafiquants de drogue et du marché mondial de la traite des blanches et de la pédophilie.

il se rappela en outre son fils mahdi qu'on préparait en belgique à être tout ce qu'on voulait sauf un "mahdi", un homme guidé dans le droit chemin et orienté vers les temples d'allah, où il pourrait reposer son corps, son intellect et son esprit.

l'imam se rappela aussi yasmina, fille du sayyed alami, délaissée par ce dernier, telle une émeraude enfouie dans un tas d'ordures ou de boue. loin de son père, elle traînait de bar en discothèque comme si le sang de moulay driss ne coulait pas dans ses veines.

il se rappela aussi "les petites filles" d'abdelkarim alkhattabi, enterrées vivantes dans les restaurants et hôtels d'europe où elles lavaient des verres de vin, vendaient des jouissances passagères à des pervers passagers ou se pliaient au nettoyage sous les regards hautains de leurs nombreux maîtres et patrons.

en refusant de courber l'échine devant les colonisateurs et les oppresseurs, alkhattabi qui se remue de douleur aujourd'hui, dans sa tombe, ne put de son vivant, imaginer que les petits enfants de ses soldats vaillants allaient déchoir à ce point et donner sans défense ni résistance ce que jadis on sacrifiait sang, biens et liberté pour honorer et préserver.

tout le mal vient de ce que ces petits enfants n'ont pas été éduqués dans l'amour de la vertu, de la résistance et de l'indépendance de l'esprit musulman à l'égard des tentations qui faussent le jugement et des tentatives extérieures visant la déviation de la communauté musulmane et sa déstabilisation.

le système mondial d'instruction et d'éducation des enfants et des jeunes paraît neutre et basé solidement sur des normes scientifiques. or, à part le volet de l'institution physique et technique le système, bien qu'arrogant et dominant, s'avère, à la réflexion, bourré de préjugés et de théories fallacieuses et destructrices que les maîtres d'écoles primaires et les professeurs des sciences sociales et des arts enseignent sans réserve à nos enfants. ce système mondial irrationnel et omniprésent a désormais le monopole de l'éducation des gens par le biais des moyens gigantesques dont il dispose , les enseignants voire les ministères de l'éducation publique ne sont que ses agents et ses serviteurs.

ce monopole de l'orientation mondiale des esprits confère aux maîtres du jeu et du système un pouvoir inouï et d'autant plus grave et durable qu'il est imperceptiblement subi par l'individu qui s'y plie et s'y plaît sans soupçonner l'asservissement dont il fait l'objet.

que dirais-je à ma fille si cet ةducateur insolent, par l'intermédiaire de sultana et des siens, parvenait à la robotiser de telle manière qu'elle ne ferait que ce qu'il lui avait dicté et que ses sens et son entendement seraient, plus tard, imperméables aux conseils de son père et aux changements bénéfiques que pourraient opérer le repentir et le retour à allah ?

- que me répondrait alors ma fille ?

- ce sont des vieilles histoires, papa, des restrictions réductrices dont vous avez hérité, des chaînes horribles que vous nous imposez alors qu'elles doivent être enlevées et cassées.

a l'entendre parler de la sorte, tu croirais que c'étaient là des idées personnelles qu'elle exprimait alors qu'elle ne faisait que déballer, sous l'hypnose, les phrases et les préjugés dont on lui avait bourré le crâne depuis le jardin d'enfants jusqu'à l'université.

en fait rares sont les personnes, les couples et les familles qui arrivent à se soustraire à l'emprise de ce despote qui robotise les cerveaux, banalise le vice et la violence, se substitue aux parents et à la communauté dans l'éducation de leurs enfants qui deviennent de plus en plus semblables à ces poussins uniformes couvés et nourris artificiellement puis fauchés et commercialisés massivement à l'échelle planétaire.

je connais deux frères croyants qui ne manquent pas de ferveur religieuse et de connaissances.
le premier, bien que versé dans les sciences religieuses et au courant des problèmes sociaux que suscite parmi les jeunes la confrontation des cultures, des idées et des influences, eut confiance en la prise en charge de sa fille par le système mondial de l'éducation uniformisée et généralisée. aussi ne se rendit-il pas compte de ce que les différents établissements et les clubs

fréquentés par sa fille lui apprirent de fausses valeurs diluées dans l'enseignement des sciences exactes ou dans les exposés sociologiques ou encore dans des séances de sport ou de loisir.

un soir, sa fille lui annonça son intention de lui présenter son ami jacques, étudiant comme elle à l'université libre de bruxelles et désireux de se marier avec elle. son père cria de colère, écuma et bava, frappa la terre et le mur des pieds et des mains, menaça sa fille et son épouse, sortait et rentrait, se calma un instant, s'exclama plusieurs fois en s'étonnant de la capacité du vice à s'introduire jusque dans sa famille, du dessus que venait d'avoir chez lui le profane sur le sacré et de la supériorité que la fille d'un musulman aussi complet que lui allait donner à napoléon sur malek et sahnoun, au code civil belge sur la moudawana et la tradition.

comment lui le dignitaire respecté de la communauté pouvait-il accepter d'avoir un beau-fils mécréant et d'être le grand-père des petits athées, juifs ou chrétiens? que répondrait-il au prophète de l'islam le jour du jugement dernier ?

dans les coulisses, une solution fut trouvée par les deux femmes pour sauver la face et les apparences sans briser les cœurs des jeunes gens: jaques se convertirait à l'islam et porterait un nouveau prénom arabe à côté du sien. encore une fois, en les personnes de jaques et de son beau-père, la communauté musulmane gagne en apparence mais cède sur le fond et perd son âme. l'occident laïcisé gagne du terrain, en silence.

ainsi, dans les cités modernes où le corps est maître de l'esprit, où la vérité est au service du sentiment et de l'intérêt, les valeurs suprêmes de la religion deviennent des moyens qu'on utilise de plus en plus à des fins sordides ou cyniques.

des personnes converties à l'islam, au centre islamique et culturel de belgique où j'étais l'imam conseiller pédagogique, il y avait, tour à tour, celles qui voulaient exporter de la viande halal au pays du golfe, celles qui prétendaient à des mariages interdits, celles qui, de par leur travail, devaient fouler le sol de la mecque ou de médine interdites, en principe aux non musulmans et celles qui entamaient, par la conversation, leur infiltration des associations islamiques. les individus qui choisissent l'islam par amour et conviction étaient très rares pour la simple raison que la beauté d'une religion et sa grandeur ne sont vivables qu'au sein d'une communauté homogène, vigilante, dynamique et accueillante. or, les colonies musulmanes installées en europe ne répondent actuellement à aucun de ces qualificatifs.

le deuxième frère croyant avait aussi une fille née dans son pays d'origine où elle téta le sein de la vertu et de l'authenticité parmi des grands-mères et des tantes qui faisaient la prière du matin avant le lever du soleil et sacrifiaient le cas échéant, argent, biens et vie pour protéger leur honneur d'épouses et de mères. cet homme dut émigrer et sa petite famille dut l'accompagner. sa fille devait alors poursuivre ses études dans le pays d'accueil. elle comprit vite que l'instruction y était excellente mais l'éducation, cet adhésif incontournable de l'enseignement, y était ouvertement antireligieuse, immorale et rebelle à l'avenir de l'homme sur terre. "par ses pattes, le chameau aplatit ce qu'il laboure" dit-elle un jour à son père. les exploits de l'instruction scientifique sont compromis par l'éducation obscurantiste et piteuse qu'on dispense aux élèves et aux étudiants.

quand les enseignants et les élèves surent qu'ils avaient affaire à une musulmane convaincue et capable de dire à tout le monde ce qu'elle pensait certains d'entre eux juraient de la convertir à leur idéologie ou de la réduire au silence. ils commencèrent par leurs tentatives désespérées de la faire ôter son hijab (voile):

politique de la carotte:
- sans ce lourd voile que tu as sur ta belle chevelure tu seras la plus belle fille de l'établissement !

- il ne suffit pas, madame, que j e sois belle, encore faut-il que je sois bonne et vertueuse !

- pourquoi tu insistes? crains-tu les regards des jeunes? non, ils ont les yeux ailleurs! il y a d'autres filles très jolies, tu sais!

nous sommes ici, les autres et moi, pour étudier et non pour nous regarder les uns les autres. si je ne détourne personne de son devoir d'apprendre cela me suffit.

un mois après, l'école organisera à la fin de ce trimestre une fête pleine de surprises. l'administration propose que tu représentes les élèves dans l'allocution initiale lors de la réception des invités de l'école.

si on ne trouve que moi pour faire ce travail, j'essaierai d'être à la hauteur de votre confiance.

merci... mais à condition que tu enlèves, ton fichu, ce jour là!

non, madame, ma tenue vestimentaire fait partie de mes droits personnels. j'ai choisi d'être musulmane et personne, vous, mes parents ou les autres, personne n'a le droit de m'obliger à faire ce qui ne me convient pas. اa va ... ça va ... une autre fille fera l'affaire.

au début de l'été, quelle chaleur! ça fait longtemps que bruxelles n'a connu une canicule pareille, n'est-ce pas mes amis ?

les élèves acquiescèrent et le professeur enchaîna à l'adresse de l'élève musulmane:
et toi ... tu n'étouffes pas dans ton hijab? sache que dieu est miséricordieux et n'aime pas nous voir souffrir. je te plains vraiment... avec cette chaleur !

mais, madame, à l'enfer, il fera encore beaucoup plus chaud ! et comme vous savez tout vêtement qui protège du froid protège aussi du chaud.

politique du bâton :

tous ceux qui ne participent pas au cours de la natation (mixte) aura un zéro, je vous le promets.

les cours de musique et de danse sont obligatoires et je m'opposerai à la réussite de quiconque refuse d'y participer et d'avoir une note satisfaisante.

si ses cheveux étaient beaux, elle les découvrirait

ta dissertation est passable, mais elle est pleine de vieilles histoires et l'idée y est aussi archaïque que la charrue de ton grand-père !

les élèves riaient.

parlant des extrémistes avec les élèves, le professeur n'hésita pas à dire à l'intention de l'élève persécutée :
ce sont des individus comme elle et son père qui propagent le virus de l'intégrisme dans le monde !

en fin d'année scolaire ce fut l'échec irrémédiable.

avec le dernier bulletin, cette note: à partir de septembre prochain (la rentrée scolaire), l'inscription des jeunes filles voilées sera refusée.

après plusieurs vaines tentatives de se faire inscrire ailleurs, la jeune musulmane se résigna à rester chez elle et à se consacrer à l'étude du coran jusqu'au jour où allah lui envoya l'époux capable de la servir, de protéger son honneur et de la dispenser de se présenter au marché du travail où l'on ouvre simultanément à la femme la porte de l'emploi et celles de son asservissement, de sa chute physique et morale et de sa rébellion contre son mari, ses enfants et sa nature profonde de femme et de mère.

cela ne veut pas dire que nous partageons l'idée de certains musulmans bornés qui n'accordent pas à la femme le droit de réaliser un bénéfice légitime, de prévenir un danger imminent ou d'exercer une fonction compatible avec ses devoirs d'épouse et de mère.

l'erreur dans le mode de vie occidental n'est nullement la proclamation des droits de la femme en tant qu'égale de l'homme en tout ce qui rattache à la vie, au partage des biens et à l'estime dans une société civilisée. ةtant une religion d'équité et d'équilibre, l'islam ne peut donc pas voir la dite proclamation comme un principe infondé ou erroné. l'erreur réside dans l'analyse des principes et dans la précision des distributions sémantiques et des connotations relatives à des notions telles que liberté, égalité, justice qui se rapportent à la vie si complexe de l'homme et de le société humaine en général.

voici quelques notes susceptibles de faire comprendre la position de l'islam à ce sujet:
a / l'homme et la femme étant de constitutions différentes mais complémentaires, l'islam charge l'un et l'autre des attributions (et non des prérogatives) individuelles et communautaires compatibles avec leurs fonctions naturelles respectives. faire autrement ce serait déséquilibrer la vie et dénaturer les relations fondamentales établies entre les deux sexes. tout le tact d'une société humaine civilisée est de distinguer ce qui est naturel et essentiel de ce qui est coutumier, préjugé et superflu. d'où les divergences entre les jurisconsultes musulmans dont les positions varient de la restriction totale des responsabilités attribuables à la femme (écoles wahhabite, salafite par exemple) à l'extension des droits et des devoirs féminins dans tous les domaines sous réserve des seules limites qu'imposent la nature: la féminité et la maternité (école jaafarite).

l'islam répugne à considérer ce qui empiète sur l'intangibilité de ces deux piliers de la vie ou les entraves, les blesse, les désaxe ou les déforme. ainsi beaucoup d'interdits de la chari'a trouvent leur origine et leur explication dans ce qui vient d'être souligné dans ce premier point.

b/ le deuxième point est celui relatif à l'égalité civile des deux sexes comme il est naïf de dire dans un ةtat de droits et de démocratie que le directeur d'une usine parce qu'il en est le chef à plus de droits que le simple ouvrier, il est naïf ou tendancieux de dire que l'homme musulman a, de part sa qualité de chef de famille, plus de droits que sa femme.

c/la qualité de chef, en islam, n'est pas une prérogative, c'est une lourde responsabilité pouvant conduire à l'enfer la personne qui s'en charge sans avoir en mains tous les atouts physiques, scientifiques et spirituels susceptibles de consolider sa position.

ةtant le maître de la communauté islamique, allah est trop bon pour charger la nature de la femme de tant de rôles aussi lourds que grandioses (féminité, maternité) et permettre en plus qu'on puisse, en toute impunité, l'accabler d'autres charges sociales d'autant plus pernicieuses qu'elles mènent malgré le prestige ou la fortune qu'elles confèrent ici-bas, aux châtiments de la géhenne.

jadis, dans une communauté de croyants pieux et clairvoyants, même les hommes de science et de talent refusaient des postes de juge ou de chef suprême pour la simple raison que cela conduirait très probablement au désagrément d'allah.

un chef d'ةtat musulman n'avait-il pas dit qu'il craignait de rendre compte au jugement dernier de toute déviation, de toute iniquité et de tout appauvrissement subis par l'un ou l'autre de ses coreligionnaires.

aujourd'hui, rares sont les personnes qui attendent ou appréhendent l'autre vie qui les attend. ces valeurs islamiques étant actuellement dans l'ombre, l'homme et la femme dans les société arabo-musulmanes - comme ailleurs - vise - essentiellement le bien-être, le prestige et le bonheur terrestre.

pour les consciences éveillées et pour l'histoire, je note ici ceci : le système démocratique et libéral eut raison des régimes communistes qui portaient en eux-mêmes les germes de leur autodestruction. a son tour, le système capitaliste victorieux et inséparable d'avec son monde de vie irresponsable, malgré son arrogance et son euphorie et à cause de sa rébellion contre allah et de sa ruée vers les intérêts illicites et les plaisirs effrénés, court inévitablement vers sa décadence et sa défaite .

si les femmes qui constituent la moitié du genre humain trouvaient une application judicieuse des préceptes de l'islam sous forme de codes et d'instructions équilibrés et dans le cadre d'une organisation juridique et sociale sans faille , les droits des deux sexes et ceux des enfants seraient protégés de telle manière qu'il n'y aurait dans la communauté croyante et pieuse ni misère, ni chômage ni déchirement, ni tensions sociales animées par la haine, l'envie et la corruption.

malheureusement, l'homme et la femme de ces temps dits modernes, sont tous les deux otages de l'extrémisme occidental nourri par l'athéisme, le polythéisme et la perversion et de l'extrémisme oriental dont celui des partis musulmans divisés puis subdivisés dans leur éloignement de la tradition islamique que seule une communauté minoritaire de fidèles continue encore à respecter et à propager. comme un métal précieux enfoui au sous-sol dans les tas de pierres et de terre, cette communauté vit à la foi dans un exil intérieur sans pour autant se replier sur elle-même car les êtres et les actes qui reflètent les dons et les attributs d'allah ne peuvent s'isoler de la société des hommes. ces fidèles, incompris, parfois persécutés, savent attendre la brise et la lumière de l'aube tout en aidant à dissiper les ténèbres qui enveloppent l'humanité égarée.

les membres de cette communauté sont solidaires sans être chauvins, fermes sans être violents, forts et victorieux sans être majoritaires de la grande communauté de l'islam. quand un sacrifice s'avère nécessaire et qu'ils ont le choix entre plusieurs possibilités, ils sacrifient ce qui est précieux mais éphémère pour garder ou sauver l'esprit et l'espoir. en voulant garder la fonction, l'épouse et la fille, le docteur mahmoudi dans le roman "jamais sans ma fille", n'a pas su faire les sacrifices nécessaires. une partie de lui-même s'en alla, par sa faute, pourrir dans les marécages de l'amérique. aussi n'est-il pas vraiment de la communauté des fidèles susmentionnée à moins qu'il tente, de nouveau, de récupérer sa fille avant qu'il ne soit trop tard pour elle ou pour lui.

que dirai-je à allah si, au jugement dernier on amène devant moi un million ou un millier d'hommes et de femmes, tous mes descendants par mes trois petits enfants soumaya, mahdi et sajida et qu'on me dit: "voici ta postérité impie et égarée par la faute de leurs trois ancêtres que tu avait plantés dans le désert des âmes et des esprits et dont tu avais négligé l'éducation jusqu'à ce qu'ils donnassent naissance à des rejetons étourdis et rebelles? pourrais-je alors porter mon fardeau et le leur? car il s'agit bien, comme l'indique le sens de la responsabilité en islam, de répondre de ses propres fautes et de celles dont on était à l'origine par quelque acte réfléchi que ce fût chez les autres (enfants, élèves, subalternes, sujets ... ).

sur un autre plan, pourrais-je supporter en tant que père :
que les beaux yeux de mes enfants et leur tendre intelligence s'ouvrent en premier sur les obscénités de la modernité égarée, sur ces films écœurants que les gens en europe n'hésitent pas à regarder en présence de leurs proches parents ?

que leurs yeux soient tellement aveuglés par les lumières artificielles qu'ils n'arrivent pas à voir l'obscurité régnante et les signes de la misère et du désespoir derrière des vitrines fascinantes et dans des voitures séduisantes.

que leurs yeux se remplissent de gratte-ciel, de grands hôtels et de boîtes de nuit sans percevoir les différents virus qui se propagent entre chambres et lits et sautent sur les épaules des chanteurs avides d'argent et d'applaudissements et des danseurs tourmentés par le mal qui les ronge.

qu'ils apprennent à confondre le bien et le mal, la vertu et le vice dans leurs propos ou dans leurs actes.

qu'ils apprennent à perdre leur temps ou à le passer dans une lecture obscène et prolongée sur le pot de leurs cabinets.

qu'ils trouvent normal que les hommes et les femmes s'accouplent et ne se marient pas, que le frère aille à sa sœur, le père à sa fille, la belle-mère à son beau-fils.

que leurs jolies oreilles entendent parler du mariage bestial (que les animaux me pardonnent) de deux hommes pervers ou de deux femmes gâtées au vu et au su des autorités publiques et des représentants de la nation(1).

si mes enfants devaient aller en europe pour prendre connaissance de l'évolution de l'histoire humaine ou en raison du sang belge mêlé au mien dans leurs veines, ce serait alors après qu'ils auront acquis une certaine immunité contre les virus qui sévissent dans ces pays tellement obnubilés par leurs

(1)en route vers notre exil, nous entendîmes à la radio l'information selon laquelle les autorités locales d'amsterdam enregistrèrent officiellement des mariages abominables de ce genre (15 janvier 1998).

richesse et puissance qu'ils ne voient pas le mal souterrain qui ronge les fondations de leur civilisation.

d'aucuns me rétorqueront peut-être "ce que tu avances là comme critique du mode de vie occidental se trouve aussi dans les pays arabes où la plupart des gens ne voient leur progrès et leur prospérité que dans ce qui leur tombe sous la main des sous-produits de l'europe voire de ses immondices et déchets. veux-tu donc que tes enfants quittent une nation de droits et de civilisation pour aller vivoter dans des pays sous-développés et aliénés ?

cette remarque, répondrai-je, serait pertinente si, en europe j'avais le droit et la latitude de m'occuper de mes enfants et de leur éducation de telle manière que rien d'indigeste ou de nuisible ne pourrait leur être présenté derrière mon dos ou malgré moi. or, tout en occident va dans le sens de la dégradation des rôles de l'époux, du père et de l'institution du mariage.

même un couple réuni, cohérent et vigilant peut voir en occident l'éducation de ses enfants lui échapper dès qu'il lâche un peu la bride ou qu'il les laisse contracter certaines habitudes dans les premières années de leur enfance. ce couple a beau vouloir contrôler et orienter la mentalité et la moralité de ses enfants, le système éducatif omniprésent et insaisissable les tient en laisse et les mène malgré leurs parents à des lendemains imprévus mais très probablement stériles et obscurs. que dire alors des enfants privés de leur père et traînés par une mère elle-même inconsciente, téléguidée et désemparée ?

dans les pays sous-développés, il est encore temps de voir clair et de ne prendre de l'ordre mondial que ce qui est utile et beau pour le greffer à son patrimoine et à ses traditions, sinon l'obscurantisme serait général et le châtiment plus douloureux (1).

mais avant que cette évolution aveugle et malheureuse vers la soumission de nos pays arabo-musulmans à l'ordre mondial ne soit totale et inconditionnelle, il est encore possible pour un père croyant et sagace de jouer pleinement son rôle d'éducateur et de premier responsable dans l'orientation des esprits et des sentiments de ses enfants.

grâce à la moudawana qui régit conformément aux lois de l'islam le code de la famille musulmane au maroc, un père conscient, vigilant et aussi imprégné de foi qu'ouvert au progrès de la civilisation peut donc, au maroc, donner à ses enfants le meilleur de lui-même et les doter de l'instruction nécessaire et des moyens scientifiques et spirituels susceptibles de les aider à vivre en personnes libres et dignes de leur temps. le hadith (tradition authentique) ne dit-il pas que nos enfants ont été crées pour un temps différent du nôtre ?

a mon avis, notre époque qui accouchera après cette longue gestation d'événements planétaires très importants se caractérise par la simultanéité de trois évolutions majeures le développement des moyens de communication et de rapprochement planétaires avec des conséquences directes

- le transfert des biens, des connaissances, des richesses, des personnes, des armes et du virus.

3
la constitution des bloques économiques et militaires.
Jamais Sans L'islam de mes enfants la constitution des bloques économiques et militaires.
2- l'émergence à peine cachée de l'ةtat mondial du grand imposteur appelé dans la culture judéo-chrétienne l'antéchrist et dans la tradition islamique ai dadjal le borgne. cet événement se fait en douceur sous le manteau du nouvel ordre mondial.

3- l'esquisse de l'ةtat d'al mahdi, l'allié d'allah par excellence, que seuls les initiés parmi les croyants qui attendent les jours d'allah, voient poindre à l'horizon de l'humanité.

(1) hélas, l'assimilation de nos peuples arabes et berbères par l'occident semble proche et irréversible ! a l'heure où j'écris ces notes, la radio marocaine parle de mobilisation des mouvements laïcs, féministes et autres en vue d'une nouvelle modification de la moudawana. voir en annexe notre étude sur ce projet de modification et notre cri d'alarme en 7 points pp: 254 et s.

la plupart des observateurs et des historiens ne lancent leurs projecteurs que sur la première évolution certes très importante mais n'est que la partie flottante de l'iceberg. les croyants, eux, attendent la clémence d'allah et essaient d'éveiller les consciences et de préparer les volontés tant à l'affrontement des ténèbres qui marchent sur les capitales de ce monde qu'à l'accueil de la naissance d'une nouvelle lumière aussi éblouissante que salutaire.

pour nous, le temps de nos enfants n'est pas cet état statique de la pensée et du social vécu par les hommes et les femmes à une époque donné de leur histoire, contrairement à ce qu'avancent nos frères occidentalisés et laïcisés. dans leurs conformisme plat, ils croient que toute nouveauté relève du progrès, adoptent les idées et les attitudes en vogue et acceptent qu'on donne à leurs enfants cette éducation uniformisation et ampoulée qui les laisse désarmés devant les avatars, et les soubresauts de l'histoire.

comme des poulets engraissés collectivement et massacrés massivement, les enfants éduqués de cette manière - c'est à dire en fait téléguidés et robotisés -, réagiront mal ou pas du tout aux cataclysmes de l'avenir. les efforts des parents et des ةtats dans les domaines de l'instruction et de l'éducation de ces enfants s'en iront avec le vent.

une autre attitude plus stupide que celle mentionnée ci-dessus est celle des musulmans qui, dépassés par les événements de leurs époque et sous prétexte de laisser leurs enfants vivre leur vie, n'hésitent pas à les engouffrer dans tout ce qui est superflu, dégoûtant et nuisible. comme si le progrès de notre temps signifiait pompe, fanfare et snobisme, ces parents permettent à leurs enfants de boire avec eux, de fumer, de regarder des films obscènes et d'aller danser dans les boîtes de nuit et applaudir comme des fous ces corrompus de l'art, du jeu et du sport. dire que ce sont là des manifestations normales de l'évolution des temps qu'il faudrait accepter équivaudrait à cautionner aussi le trafic de drogues, des organes humains, la traite des blanches, la pédophilie, le hooliganisme, la violence du son et de l'image et d'autres fleurs du mal de notre siècle.

y voir de simples boutons bénins sur la peau de la civilisation et non les symptômes d'une maladie virale dévastatrice, c'est faire comme l'autruche ou jouer du feu.

pour nous, l'allumette susceptible d'embraser la cité pèse dans la balance des responsabilités aussi lourd que la bombe qui peut détruire d'un coup. aussi ne voulons-nous pas que nos enfants apprennent dès leur bas âge à être des pyromanes ni à être parmi les petites bûches que consument en premier les innombrables foyers de nos villes modernes.

depuis que j'ai vu le radeau de sultana chavirer, cette peur de perdre à jamais mes trois petits enfants ne cessa de s'amplifier et de me tourmenter.

ne m'as-tu pas vu rentrer le soir chez moi, fatigué, pensif et attendant vainement que mes petits vinssent me recevoir au seuil de la porte me rire au visage ou se précipiter sur le panier à la recherche de leurs cadeaux ?

ne m'as-tu pas vu tressaillir à l'annonce d'un kidnapping effectué sur les jeunes garçons et les jeunes filles de belgique?

empruntant souvent le métro de bruxelles, confortable et rapide moyen de transport, j'avais droit, chaque mois ou chaque trimestre à une affiche collée à l'entrée, aux guichets ou à la sortie des gares, annonçant , des photos à l'appui, la disparition d'enfants ou de mineurs et demandant aux citoyens aide et collaboration afin de les retrouver.

sachant que leur mère c'était elle même fait kidnapper par un trafiquant de drogue et qu'elle était, par conséquent, incapable de veiller à la sécurité de ses enfants, j'errais souvent loin de chez moi à la recherche de la paix perdue, délirant ou balbutiant le même verset coranique dont la récitation est préconisée par la tradition pour ce genre de situations: "nulle "divinité" excepté toi, 0 allah! gloire à toi; je fus, certes, parmi les injustes "

ainsi, j'ai beaucoup pleuré sur le sort de loubna benaïssa bien avant la découverte de sa dépouille et peut-être plus que ne le firent les personnes que son drame avait vexées ou émues en belgique et ailleurs. a travers elle, j'ai pleuré aussi les autres enfants innocents, notamment les miens, otages que les autorités publiques ne cherchaient pas à libérer et victimes de mauvais traitements couverts par la loi et l'ordre publie.

en pleurant sur le sort de loubna benaïssa, je me rendis compte qu'à l'instar de ces enfants kidnappés et exploités, des communautés tout entières, des pays et des peuples, se faisaient, tour à tour, kidnapper et violer sous une forme ou sous une autre et allaient sans le savoir vers la désintégration de leurs corps et l'évaporation de leur âme.

un jour, je me révoltai contre mon inertie et ma torpeur et décidai de faire quelque chose pour ces enfants qui n'attendaient de secours qu'allah puis de moi-même.

je me dis pourtant qu'il ne fallait surtout pas me précipiter sur les solutions les plus faciles et qu'il fallait d'abord tenter une dernière chance avec sultana puis avec la justice de notre pays d'accueil.

si tous les espoirs s'évaporaient il faudrait alors préparer le terrain marocain au retour des oiseaux migrateurs.

on peut dire qu'actuellement tous les africains savent qu'il devient de plus en plus difficile d'émigrer vers les pays occidentaux où les droits économiques et sociaux sont garantis et les rapports humains teintés de dignité et de respects. ce qu'ils ne savent pas (ou ne veulent pas le savoir) c'est que la volonté de quitter ces pays après s'y être installé est encore plus difficile et plus douloureuse. seules des personnes capables de se dépasser et de se contenter de ce qu'allah leur a accordé - au lieu de chercher plus dans l'humiliation et le déshonneur peuvent un jour décider de s'en aller avec ou sans les membres de leur famille qui s'accrochent aux facilités de la vie et se décrochent de leur passé proche ou lointain.

un matin, lhadj abdellah me rendit visite et se plaignit de la mauvaise posture dans laquelle l'avaient plongé son épouse et ses enfants rebelles. celle-ci réussit à faire condamner lhadj à évacuer le rez-de-chaussée et le premier étage de la maison pour ne lui laisser qu'une mansarde étouffante l'été, très froide l'hiver. pour avoir voulu jouer pleinement son rôle d'époux et de père, il perdit sa femme qu'il avait tirée de la misère et de l'anonymat, perdit la maison pour laquelle il avait consacré les deux tiers de sa vie active, et ses enfants pour lesquels il avait donné le sang de son cœur et la sueur de son front. pauvre au maroc, il avait malgré tout un certain honneur et une certaine dignité. au moment où il crut parvenir en belgique à l'aisance et à la stabilité de la vie, il vit son espoir s'évanouir et ses efforts s'anéantir. ni mariée ni divorcée, son épouse d'hier, encaissait à la fin de chaque mois la quasi-totalité des revenus de son mari, dirigeait comme elle entendait les affaires de la famille et recevait bon gré, de jour comme de nuit, ses amis et ses invités que le mari ne pouvait déranger sous peine d'être malmené par la police du quartier. pour s'assurer du soutien des enfants, leur mère les laissait faire ce qu'ils voulaient en toute liberté dans une anarchie terrible et un brouhaha interminable.

je demandai à lhadj :

n'as-tu pas de propriété à tanner ?

si, une maison: un rez-de-chaussée et deux étages meublés.

n'est-il pas possible d'y ouvrir une boutique d'y exercer une activité ?

si, j'ai aussi une épicerie et une terre agricole dans la banlieue de la ville.

avec toutes ces possibilités, il ne te vient pas à l'esprit de prendre tes enfants mineurs et d'aller vivre au maroc dans la dignité et l'honneur.

quoi? qu'est-ce que tu dis monsieur l'imam? je quitte la belgique ?!

ebahi et la bouche ouverte, lhadj me fixa des yeux et attendit une explication de ma part.

ou bien ce que je te dis ou bien tu fermeras les yeux et les oreilles, tu démissionneras de tes fonctions d'époux et de père et tu accepteras de continuer à vivre dans l'humiliation selon le nouvel ordre familial que tu connais.

l'homme se tut un instant puis me salua avant de s'en aller.
quant à moi, je commençai mes préparatifs relatifs aux grandes vacances scolaires par la demande , dans une lettre envoyée à sultana, de permettre aux enfants de passer le mois de juillet ou d'août avec moi afin qu'ils puissent rencontrer au maroc leur grand-père qui les aimait beaucoup et qui voulait les voir avant de rendre le dernier soupir.
sultana rejeta ma demande sous prétexte d'éviter aux enfants, dans le cas où leur grand-père venait à mourir, de s'exposer, à cette occasion funèbre, à un éventuel traumatisme irréparable.

sur un autre plan d'action, je portai dans le cabinet de m elle véronique pièces et documents susceptibles de faire pencher en ma faveur la balance des juges belges. deux semaines après, ceux-ci, en guise de réponse, décidèrent de reporter encore la séance prévue pour revoir, à ma demande, le jugement attribuant injustement et aveuglément la garde des enfants à leur mère qui n'avait plus d'autorité effective sur eux.

voici les nouveaux moyens défensifs présentés au tribunal

des certificats médicaux prouvant la négligence par l'autre

partie de l'état de santé des enfants.

un p.v. certifiant l'existence d'un homme étranger vivant dans le même appartement que les enfants.

un document judiciaire relatant la perquisition effectuée par la gendarmerie dans l'appartement des deux concubins qui avaient caché de la drogue sous le lit de mon fils.

une lettre écrite par mon avocat qui affirma, après enquête, que l'homme italien qui accaparait et la mère(l) et les enfants, était effectivement poursuivi pour trafic de drogue.

(1)les enfants répètent toujours que cet homme n'hésitait pas à pratiquer de la violence sur leur mère et à subtiliser son argent.

toutes les démarches effectuées auprès de l'avocat, du juge de la jeunesse et au palais de justice s'avérèrent inutiles: on faisait délibérément la sourde oreille à mes s.o.s. désespérés.

un jour, revenant bredouille du palais de justice, j'eus l'idée éclair de reprendre mon dossier des mains de mlle véronique afin de me défendre moi-même ou de payer les services d'un autre avocat.

une semaine après, je revins de chez l'avocat, le dossier sous l'aisselle, l'amertume dans le cœur et un nouveau projet dans la tête.

ainsi, j'ai perdu toute confiance à la justice de ce pays généreux que j'ai aimé et dans lequel je n'ai commis depuis que j'avais foulé son sol en 1983 jusqu'à ce jour là, aucune faute susceptible de nuire à son peuple, à ses intérêts ou à son ordre public.

j'y ai certes exercé librement ma fonction d'imam mais toujours avec le souci de préserver le climat de paix et de respect que j'aidais à faire prévaloir entre les différentes communautés qui coexistaient en belgique. j'étais pour la confrontation des idées et non pour l'échauffement des sensibilités ou l'affrontement des passions ou le fracas des armes. malgré tout, on se méfiait du musulman barbu.

en fait, je n'étais victime, dans cette méfiance à peine cachée, ni des juges en tant que personnes humaines, ni des autorités communales, ni du peuple belge accueillant et sympathique mais du système politico-juridique qui opta, au grand malheur des uns et des autres, pour la politique de l'intégration de la communauté musulmane à la société occidentale au lieu de lui accorder simplement le droit du développement autonome dans le cadre d'une organisation judicieuse, souple et contrôlable.

la politique de l'intégration des nouvelles générations musulmanes ne laissait pas d'autres choix aux juges des tribunaux belges que celui de contribuer par le biais des décisions et des jugements émis à l'occasion des litiges personnels et familiaux, à la dislocation des familles patriarcales fort attachées à leurs traditions religieuses. les femmes et les enfants étant en général plus disposés aux solutions faciles et plus attirés par les préoccupations de l'immédiat et de la vie ménagère, il s'agit de les couper des éléments les plus coriaces, les époux et les pères musulmans dans la résistance à l'assimilation souhaitée et planifiée deviendrait alors caduque voire nulle.

permettre à un père musulman, imam de surcroît, de récupérer ses enfants serait aller à l'encontre de cette politique assimilatrice arrêtée en haut lieu par le pouvoir en place. ayant fixé ses fins et ses moyens, le système ne pouvait guère faire attention aux accidents de parcours, aux victimes fauchées au passage, aux injustices criantes commises par les mécanismes qui exécutaient ses ordres.

je n'avais donc aucune chance de pouvoir arrêter le monstre humano-mécanique qui allait droit sur moi et sur mes enfants. le mieux était d'éviter le choc en sortant de sa trajectoire.

arrivé à sefrou sans les enfants, je ne pouvais que dire à mon père toute la vérité sur sa belle fille et ses petits enfants. j'ai voulu, de prime abord épargner à sa santé défaillante les émotions vives et douloureuses mais à des questions précises et répétées, ne pouvaient correspondre que des réponses claires et nettes.

quelques jours après mon arrivée, mon père émit le désir d'aller passer ses derniers jours dans son village natal, non loin de sefrou. je l'y ai porté et décidai de rester avec lui et de ne pas le quitter. quand on parlait des enfants restés en belgique, il comprenait tout mais ne disait rien. "pourvu que cela ne le tourmente pas outre mesure " me répétais-je.

a peine un mois après mon arrivée, un agent de police vint m'apporter une convocation du chef du département des renseignements de police à sefrou. je fus obligé de laisser mon père avec les autres membres de la famille et de confier mon testament et mes directives aux personnes intéressées qui priaient allah de me soutenir dans ma nouvelle épreuve. je fus reçu dans un climat de détente et de respect mutuel. une partie de l'inquiétude que j'avais se dissipa, l'autre causée par l'état de mon père persista jusqu'au retour à touffahat.

je n'avais pas de faute morale sur la conscience et je n'avais rien à me reprocher dans le domaine de la politique marocaine ou internationale . je n'étais membre d'aucun parti politique, je n'ai souscrit à aucun mouvement subversif de quelque couleur qu'il fût. les raisons de mon inquiétude n'émanaient que de la mauvaise réputation qu'avaient les services de renseignements de mon pays. des injustices flagrantes, des bavures impunies, des dizaines de détenus qui avaient péché par le refus de se soumettre aux volontés d'un fonctionnaire favorisé ou simplement vendus par des mouchards insatisfaits, envieux ou rancuniers. le déroulement de l'entretien avec le commissaire me donna l'impression qu'une évolution heureuse dans les rapports humains et sociaux s'amorçait dans mon pays. en ma présence, le contact fut établi avec la direction centrale de la sûreté de l'ةtat à rabat qui ordonna à mon hôte de me délivrer une autre convocation m'enjoignant de me présenter le vendredi suivant à l'administration générale de la sûreté nationale.

toutes mes pensées étant avec mon père qui mourait, je signai dans le registre des convocations et sortis.

a rabat, à l'entrée du bâtiment, je remis ma carte nationale à un agent de sécurité et dut attendre plus de deux heures avant l'arrivée d'un jeune homme brun et beau qui salua, montra ma carte et me conduisit loin du bâtiment officiel.

l'entretien se déroula dans la cafétéria d'un hôtel où monsieur tariq (c'est le prénom sous lequel il s'est présenté) semblait avoir installé son p.c.

posé et souriant, l'officier de renseignements m'étonna de l'étendue de ses connaissances et de son habilité dans l'analyse des questions religieuses et politiques. il avait aussi une autre qualité : il savait écouter.

durant l'entretien avec cet homme, j'avais deux soucis; celui de lui faire comprendre ma position telle que je la vivais et défendais et non comme d'autres indicateurs incompétents auraient pu lui avoir transmise. cette position se résumait en ceci: "bien que nous soyons fermes dans nos convictions religieuses que nous voulons exprimer librement dans la paix et le respect, nous n'avons jamais eu l'intention de porter atteinte aux ordres publics établis ". le deuxième soucis était de l'ordre familial.

frère tariq, j'ai une question à vous poser. mes enfants nés en belgique sont dans une très mauvaise posture et j'ai l'intention de rentrer avec eux au maroc, leur première patrie, l'autorité qui vous commande de m'interroger et de poursuivre mes activités n'y voit-elle aucun inconvénient ?

non, aucun... à moins qu'il y ait violation des lois en vigueur dans le pays.

quel pays monsieur ?

le maroc, évidemment. chaque ةtat exerce sa souveraineté sur son territoire et ses ressortissants. parmi les manifestations de cette souveraineté , il y a la garantie des droits des citoyens, l'indépendance du pouvoir judiciaire etc... cela me suffit.

l'homme me remit la carte d'identité et me permit de quitter rabat le jour même pour aller entretenir mon père agonisant.

je remerciai allah d'avoir conduit mon pays à la sauvegarde de sa souveraineté sur les deux plans: politique et juridique(l) malgré les pressions venues de l'intérieur et de l'extérieur du royaume.

(1)agissant dans une cacophonie de mauvais goût, deux individus de bureau de renseignements attaché à l'ambassade marocaine de bruxelles semblent travailler plutôt pour l'application des lois étrangères au maroc dans un domaine où la moudawana marocaine est souveraine. le colonel el abdi hosni ou hssayni (c'est le nom qu'il me donna par téléphone de bruxelles) pesa de tout son poids (avec l'aide de son lieutenant appelé kamal) pour subtiliser mes enfants et les remettre à leurs geôliers de bruxelles.

en aucun moment, il ne me vint à l'esprit que ces deux individus agissaient dans cette affaire, sous les ordres suprêmes de mon pays, qui ne pouvaient en aucun cas enfreindre la constitution et les directives de s.m. le souverain du maroc (voir le discours royal prononcé le 13 avril 1998 devant le conseil supérieur de la cour suprême du pays, les juges et le ministre de la justice).

arrivé à touffahat, je trouvai mon père encore en vie mais son beau visage brun était plus pâle et son front marqué par ses prières et ses prosternations présentait un halo très doux jamais vu par moi sur le visage d'un mourant avant lui. je récitai à son chevet les deux sourates consacrées par la tradition (36 et 37 du coran).

quand il rendit l'âme à son créateur, on se hâta de faire son lavage et son enterrement après une prière funèbre que j'ai faite sur sa dépouille mortelle avec les enfants et les autres membres de la famille.

pendant le reste de nos vacances, nous continuions à recevoir les condoléances des proches parents et des amis du défunt. sultana ne se dérangea pas et, en guise de condoléances, elle n'envoya ni carte ni lettre au nom des petits enfants qu'elle avait refusé de laisser voir leur grand-père pour la dernière fois. la rupture qui commença par l'abandon du foyer conjugal et se renforça par le reniement de traditions islamiques venait d'être consommée.

je revins en belgique, le cœur gros et l'âme assombrie. comme la goutte qui fit déborder le vase, la tristesse déclenchée par la mort de mon père entraîna avec elle toute une gamme de chagrins relatifs à des sujets différents. comme des braises enfouies sous les cendres puis remontées en surface et ranimées par un vent du nord assez fort, mes tristesses et mes amertumes qui somnolaient dans les recoins de mon cœur firent soudain irruption, simultanément dans le champ de ma conscience :

mes enfants perdus dans la jungle du vice, de la drogue et de mes frères et sœurs d'algérie, d'iraq et d'afghanistan brûlés par leurs propres incendies et écrasés par leurs ennemis.

des colonies et des associations musulmanes éparpillées dans l'europe qui s'unifie et minées par l'envie, l'ignorance, la trahison et l'égoïsme.

une communauté islamique malade de son passé et otage de son présent. autour d'elles, les peuples et les nations se regroupent et se concertent tandis qu'elle continue à se diviser et à se disloquer. depuis son attachement à l'arbre maudit dans le coran, la vache folle du monde arabo-musulman ne cesse de contaminer les générations qui se nourrissent essentiellement de son lait empoisonné.

ةtant un homme d'action, je ne pus supporter cet état de morosité qui s'emparait de moi. me disant qu'à chaque jour suffisait sa peine, je retroussai les manches pour essayer de sauver d'abord mes enfants qui m'attendaient. le jour "j" fut fixé. ce serait le premier jour de juillet s'il coïncidait avec la visite des enfants et ce pour éviter de perturber l'année scolaire des enfants et pour avoir suffisamment de temps devant moi.

j'ai commencé alors par étudier minutieusement les distances et différents moyens de transport de bruxelles ou d'une autre capital européenne pour débarquer quelque part au maroc.

il fallait aussi que sultana ne se doutât de rien. la volonté de partir et le secret des préparatifs furent aussi gardés pendant toute l'année scolaire avec toutefois une parenthèse que j'avais ouverte dans le cas où un changement d'attitude chez la mère de mes enfants ou au palais de justice venait à se produire. hélas! comme prévu, la situation des enfants allait de mal en pis.

* * * comme si j'allais à tout jamais quitter la belgique, je me voyais consacrer chaque semaine quelques heures de promenades solitaires dans tous les lieux que j'avais connus auparavant tout seul ou en compagnie avec les enfants.

ainsi, à bruxelles, je suis passé revoir l'atomium, la grande place, la gare de midi, cité ii et le parc du cinquantenaire où des roses fanées m'arrêtèrent, attisèrent mes souvenirs et me firent verser des larmes fières et difficiles.

je me suis rendu aussi à charleroi, à gand, à liège, à anvers...

je passais souvent à côté des épiciers belges, marocains, italiens, et turcs, abordais des enseignants, des bouchers, des étudiants, d'anciens voisins et des inspecteurs de quartier que je connaissais, afin de les saluer, de bavarder, si possible, avec eux avant de les quitter pour jamais.

je ne refusais aucune invitation de mes amis et frères des mosquées toutes tendances confondues afin de leur dire, en silence, adieu mes chers amis !

entré en belgique en 1983 sur une invitation de la ligue mondiale islamique afin d'encadrer les enseignants musulmans dans les établissements scolaires belges, je croyais y trouver l'occasion d'apporter ma brique à la construction du nouvel édifice islamique en occident.

comme beaucoup d'imams qui désespéraient à cette époque de voir se lever en orient arabe le soleil de la liberté, de la justice et de la victoire et qui cherchaient à s'expatrier dans l'espoir de les voir se lever en occident, je n'hésitai pas à accepter le poste de conseiller pédagogique au centre islamique et culturel de belgique comme point de départ vers de nouveaux horizons culturels et spirituels.

ayant été très influencé par l'optimisme béat des écrivains musulmans qui traitaient du renouveau de l'islam dans le monde, j'osai même interpréter en faveur de l'avènement en occident du nouveau peuple de l'islam, la tradition prophétique selon laquelle le jour viendrait où le soleil se lèverait de l'ouest.

plus tard, je comprendrais que d'une part, le contact permanent avec la civilisation occidentale ne pourrait réveiller les peuples arabes de leur léthargie historique, que seul un repentir collectif de leur part ferait l'affaire et que, d'autre part, les peuples occidentaux ne seraient pas disposés à porter le flambeau de l'islam ou d'une autre religion que celle de leur trinité moderne:
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la constitution des bloques économiques et militaires.
Jamais Sans L'islam de mes enfants la constitution des bloques économiques et militaires.
les enfants n'avaient entendu que "allez jouer" et n'avaient guère attendu le reste de mon discours. heureux de les voir sauter et courir avec leurs semblables, je n'avais de souci que celui de les entendre tomber ou se disputer. me disant qu'il était encore tôt de voir débarquer des ravisseurs, je retournai à la maison pour préparer leurs chambres et leur salon. le cœur ayant ses raisons d'inquiétude que la raison ne comprend pas toujours, je ne pouvais m'empêcher de regarder par la fenêtre ou d'envoyer quelqu'un s'enquérir de leur présence dans le jardin. plus tard, je compris que les soucis et les inquiétudes provenaient de mes doutes relatifs à la protection juridique de mon pays à laquelle j'avais droit et tariq, l'officier des renseignements m'avait garantie à rabat. plongé dans des scénarios aussi extravagants que contradictoires, je ne fus réveillé que par les rires de joie qu'avaient les enfants en faisant irruption dans la maison. je me relevai alors avec ce verset coranique sur les lèvres: "je m'en remets à allah car il voit bien ses serviteurs".

quel père refuse-il de faire bénéficier ses enfants du bonheur qu'il voit à la portée de ses mains ?

crées d'un souffle d'allah et faits de l'argile belge imbibée de l'eau bénite de la mecque et cette zawiya, soumaya, mahdi et sajida sont heureux de sentir la terre de retrouver les traces de leurs aïeux et d'être très proches de la nature et très loin de la pollution tant physique que morale de la civilisation en mirages qui fascine leur mère.

la nouvelle vie des enfants avec ses horizons, ses lumières, la présence du soleil, la netteté des saisons et la diversité des activités donna à mes petits une nouvelle vigueur dans les muscles, un nouveau teint sur les joues qui devinrent dodues et roses, une vivacité dans les yeux et une promptitude dans la prononciation des consonnes arabes sans équivalent dans la langue française.

il faut aussi les voir dans leur jeu créatif, à table ou en pique-nique, en route vers l'école, en veillées près de la piscine et des figuiers adjacents et en prière dans leur petite mosquée, pour voir comment naissent de nouvelles fleurs dans le grand paradis de l'islam et comprendre pourquoi un père musulman veille à ce que ses enfants héritent de sa foi et de son patrimoine dont l'axe est cette soumission librement consentie au créateur de l'univers et génératrice des libertés fondamentales de l'homme et des bienfaits de sa vie.

nul doute que les jardins de jeu, les terrains aménagés, les stades, les clubs et les moyens ludiques disponibles sont plus nombreux, plus importants et plus sophistiqués en pays développés que dans les pays du tiers-monde dont le maroc.

il est clair aussi que le jeu des enfants en europe retient l'attention des cadres responsables à tous les niveaux de la société. les organismes officiels et parallèles, les directeurs des écoles spécialisées et les moniteurs consacrent au jeu des enfants suffisamment de moyens financiers et techniques, plus de compétences et de temps.

le revers de la médaille est que le développement de cette industrie et l'intervention généralisée dans les jeux des enfants imposent, en raison des limites inhérentes à l'espace et aux techniques, des espèces de jeu bien déterminées, obstruant ainsi la route de l'imagination créatrice des enfants. des produis clefs en main, des jouets conçus et fabriqués par des adultes, des jeux saisonniers prévus d'avance ou préparés à la demande des clients, voilà qui oriente les tendances ludiques de l'enfant, les dirige d'un coup de maître, les rassasies, les blase ou les condamne carrément à l'ennui, cette maladie de l'âme qui incite souvent à enfoncer des portes interdites à la désinvolture et à la violence. le dirigisme et l'artificiel tuent la joie de trouver et d'entreprendre ou débouchent, en amont ou en aval de l'opération ludique, sur la fabrication de nouveaux jouets sophistiqués inspirés des folies guerrières de l'homme moderne et inspirant à l'enfant amour de la force victorieuse et de la violence écrasante. le penchant pour les moyens coercitifs dans les communications humaines et l'utilisation en dehors du jeu des carabines et des revolvers qu'on ne manque pas de trouver sur le marché ou à la maison de ses parents sont désormais choses courantes dans nos capitales modernes(1)

plus dangereuse encore est cette ruée vers l'électronisation des jeux qui permet aux enfants de nos grandes villes contemporaines de participer à des batailles meurtrières qu'ils déclenchent aujourd'hui fictivement sur un écran on attendant d'avoir demain, à leur tour, la capacité d'appuyer sur le bouton de l'hécatombe.

tous les enfants en europe n'ont pas toujours les moyens de se procurer des jeux désirés. aussi se content-ils très souvent d'un ballon ou d'un vélo pour tuer le temps dans la rue près de leur appartement où les voisins et les parents les empêchent de jouer à leur guise...

seulement, en dehors de chez eux, ou bien ils sont tentés par la fréquentation des clubs douteux, des gangs délinquants ou par des jeux innocents mais sauvages qui perturbent la vie de leur quartier et les exposent à des dangers réels. en effet, il n'est pas rare de lire ou d'entendre qu'un vieillard agacé par le bruit interminable que produisent les gosses sous son balcon ou à côté de son garage, prend sa carabine et tire sur eux pour arrêter le vacarme qui l'affole.

par contre, dans cette grande maison de zawiya, les enfants n'ont pas de voisins immédiats que les arbres dont les branches penchent par les fenêtres pour les saluer, les brebis et les chèvres qui rentrent 1-1 soir dans leur étable contiguë, les oies et les canards qui se baignent parfois avec eux dans les eaux limpides de leur piscine privée et les autres volailles qu'ils observent dans la basse-cour ou à travers les arbres du verger.

(1)les enfants apprirent avec moi qu'un enfant américain et un autre anglais avaient tué leurs camarades d'école avec des armes à feu qu'ils trouvèrent chez eux et qu'ils savaient bien manier.

quant à mustapha, mohamed, nouzha, lamya, fatiha et souad, enfants de voisins ou de proches parents, ils viennent sur invitation de mahdi, de soumaya ou de sajida. quand ils finissent de manger à la maison, ils vont s'installer à leur place préférée sous l'ombrage des figuiers ou sous l'immense roche du village qui, près de chez eux, leur sert de toit ou de balcon naturel pour regarder vers les quatre points de touffahat, notamment vers leur école près de laquelle passe l'unique piste d'automobile pouvant relier le village à la ville et à tazouta, chef lieu de la région.

il faut voir sajida dans sa belle robe rouge, courir derrière son bel agneau tout blanc, pour voir un spectacle rare dans ce monde artificiel et étourdi. quand son père l'aide à l'attraper, elle ouvre ses jolis bras pour l'entourer tels les pétales d'une rose rouge recevant un beau papillon blanc qui, après avoir tant voltigé, se repose sur la corolle de la fleur désirée.

il faut la voir aussi en hiver sur la neige et appeler son père à glisser avec elle ou en été quant elle rejoint une oie blanche dans une piscine écumante sur fond bleu marine, pour voir en plein jour deux belles étoiles nager dans un flot de nuages blancs parcourant un ciel clair de montagne.

quand les rayons du soleil se reflètent sur ses beaux cheveux et colorent ses joues roses , les ombres des arbres avoisinants, sur ordre du zéphyr et des oiseaux montant à la garde, s inclinent alors humblement devant la princesse de la pureté et de la beauté innocente qu'est ma petite sajida.

du jeu, du plaisir et du sport réunis chez sajida dans un monde où le jeu est dureté et violence, le plaisir impureté et péril et le sport commerce douteux et attrape-nigaud...

il faut aussi voir sajida quand elle met à l'écart la poupée qu'on lui a achetée pour confectionner elle-même sa propre

poupée moins sophistiquée certes mais répondant plus que l'autre aux désirs et à la conception de sa maîtresse qui la coiffe, ajuste ses chaussures et lui ordonne tantôt de jouer, tantôt de se coucher près d'elle.

prenant quelques jaunes d'œufs cuits, des oignons et du son de blé mouillé, elle sort souvent de bonne heure avec ses petits poussins de dinde pour les nourrir et les installer avec leur mère sous les branches touffues d'un arbre afin qu'ils trouvent facilement un abri dès qu'un rapace diurne parait dans le ciel.

quand elle sent le retour de son papa du souk hebdomadaire, vers 11 h ou midi, elle réunit ses amies, parfois sous la houlette de soumaya, pour chanter à son honneur:

"de la colline des adieux, nous apparaît la lune ... ", cet hymne étant traditionnellement dédié au prophète ou récité en commémoration de sa naissance. ma fatigue s'en va alors, ma sueur s'évapore et mon cœur bat très fort comme pour crier merci à allah qui a permis ces retrouvailles et cette renaissance. ensuite, j'applaudis mes artistes en herbe, les embrasse et leur donne leurs cadeaux.

soumaya et ses deux amies préférées lamya et nouzha vont quelquefois chez des tantes au milieu ou à l'extrémité du village pour assister à une fête organisée à l'occasion d'une nouvelle naissance ou du retour d'un proche parent qui a fait un long voyage. ces filles vont et reviennent sans être inquiétées et sans avoir peur d'être victimes de rapt ou d'insolence.

quand elles décident de rester à la maison, soumaya chasse alors carrément son frère et ses amis du salon pour organiser avec ses copines une petite fête de mariage imaginaire pendant laquelle la mariée parmi elles se fait entourer des soins et des parures nécessaires avant de permettre aux jeunes filles et fillettes d'abord de chanter et de danser, ensuite de manger du tajine préparé effectivement à cette occasion, par l'une de tantes présentes à la maison. de véritables opéras qu'on ne peut rencontrer dans une maison de théâtre moderne que dominées par l'artificiel et le superflu. soumaya apprend ainsi en jouant les us et coutumes de son pays, apprécie les honneurs dont jouie toute fille marocaine qui sait garder intactes sa chasteté et sa pudeur et comprend que la femme musulmane a son royaume et ses domaines sur lesquels les mâles fusent-ils ses frères ou ses proches ne peuvent impiéter.

quand il fait chaud et que les petites filles décident de se baigner dans la piscine la plus proche de la maison - l'autre réservée aux garçons et cachée par les oliviers se trouve à quelques dizaines de mètres de la maison - la tante de soumaya lui fait signe que le père, les frères et les hommes ne sont pas là et qu'elle peut disposer de la piscine. les filles y entrent hésitantes mais confiantes et heureuses. dans l'eau, elles rient, se lancent des ballons, baignent des poupées, coiffent leurs cheveux ou apprennent avec une tante comment elles devront faire leurs grandes ablutions. en dehors de la piscine, seules des femmes entendent leur bavardage et leur chant, ou, peut-être les oies et les canards qui, en spectateurs innocents, attendent patiemment leur tour ou se hasardent près du confluent où l'eau est plus froide.

souvent, je découvre soumaya sous un arbre ou derrière un mur en train de faire maîtresse d'école et de donner un cours d'arabe ou de religion à des fillettes plus jeunes qu'elle.

quant elle veut suggérer quelque chose d'intéressant à son papa, elle lui prend la main et le tire à l'écart de tous les autres.

papa, me dit elle un jour, c'est ici que je veux que tu me fasses construire une chambre à moi toute seule, entre ces deux vignes volubiles qui, au lieu de continuer à grimper sur le toit, enlaceront les grilles de mes fenêtres et les bords de l'allée principale de notre jardin.

d'accord ma fille ton plan est parfait et sera incha allah exécuté, à moins qu'un incident imprévu vienne nous perturber ou nous en empêcher.

mahdi, lui, ne cesse, dans la basse-cour, d'observer les différents caractères et comportements des volailles. ce qui le fascine le plus et l'amuse c'est la bataille que peuvent se livrer entre eux des coqs ou coqs et poules ensemble contre un grand dindon. soudain, du spectateur neutre, mahdi prend vite parti pour son coq préféré et commence à l'encourager.

si, sajida fait de même pour son dindon, il s'énerve et menace d'intervenir; sinon, il s'en abstient jusqu'à la fin du tournoi. souvent c'est son coq rouge qui l'emporte mais il finit toujours par s'en aller avec des blessures sur la crête. le voyant chercher de l'alcool ou du mercurochrome pour le soigner, je lui explique que c'est inutile de le faire, qu'il se rétablira tout seul et que le fait de courir derrière lui pour le capturer et le soigner sera plus dur pour lui que ses blessures. mahdi quitte alors la basse-cour en me racontant le drame des taureaux qu'il a vu un jour sur la t.v. sans pitié, la matador assène - et avec lui les spectateurs complices des corridas espagnoles - des coups successifs et meurtriers à la bête énervée et impuissante. je lui explique qu'en islam il est haram (illicite) de faire souffrir les animaux ou de les tuer petit à petit ou encore de les exciter les uns contre les autres pour le plaisir du spectacle ou dans le cadre d'un jeu de hasard. le sport c'est ce qui vivifie le corps sans tourmenter l'âme ; c'est ce qui fait le bonheur des joueurs aussi bien que celui des spectateurs. en aucun cas, il n'est permis de minimiser l'acte injuste aux yeux des enfants. mahdi ne prend alors plus parti pour un coq contre un autre mais, en revanche, tu le vois prendre sans hésiter, son arc et ses flèches qu'il s'est lui même confectionnés avec du bois et des tiges de roseau pour tirer sur l'oiseau rapace qui plane au-dessus de ses jolies poussins dorés. mahdi explique son acte par sa volonté d'être toujours du côté des faibles. ayant un esprit vif, il peut te lancer de grands mots d'adulte ou des comparaisons stupéfiantes: voyant sa poule, d'habitude lâche et patronnée, devenir quand elle est suivie de ses poussins, si courageuse et si intrépide qu'elle s'attaque à toute être menaçant ses petits, mahdi ose dire un jour que sa mère n'a même pas pu faire le dixième de ce qu'a fait sa poule, pour éloigner le rapace italien qui allait s'emparer à jamais de ses enfants !

un jour de vacances, mahdi prend son petit déjeuner avec le berger puis conduit avec lui le troupeau aux pâturages proches de la maison. le bélier du troupeau, d'une taille imposante couronnée de deux cornes redoutables, a la mauvaise habitude contractée par la faute des enfants de foncer sur tout individu venant en sens opposé ou lui faisant signe des mains. mahdi avance au milieu du troupeau pour donner un bouquet d'herbes et de fleurs à son agneau préféré. soudain il voit le jaloux bélier venir, comme un rocher tombé d'en haut, droit sur lui. l'enfant commence par prendre la fuite mais semblant se rappeler le conseil de son papa, s'assied tout à coup puis s'allonge par terre. piquant du nez avant de s'arrêter net, le bélier ressemble à un véhicule en course sur lequel on a effectué un freinage fort et sec. le berger accourt pour voir le résultat de l'affrontement puis reconduit l'animal dans son troupeau. mahdi, lui, se relève, dépoussière son pantalon et une petite larme prisonnière derrière un sourire de fierté. a la maison, mahdi ne s'en plaint pas moins à son père qui lui promet de vendre le bélier indomptable et agressif et d'en acheter un autre plus amical et plus pacifique.

satisfait, mahdi emporte quelques vêtements de rechange et se dirige vers la piscine des garçons pour prendre une douche tel un athlète revenu épuisé d'une compétition édifiante mais éprouvante. après s'être lavé et coiffé comme un grand, il sent la faim serrer l'estomac mais préfère rester avec les copains qui continuent de se baigner, pour éviter, semble-t-il les commentaires des filles et des femmes de la maison à propos de son aventure avec le bélier. quand il rentre avec les autres, il trouve devant lui un plat de résistance constitué essentiellement de viande de mouton. mahdi fait lui même le rapprochement et demande :

est-ce que c'est mon adversaire que tu as égorgé papa ?

non, mon cher! chez nous, on mange rarement les animaux qu'on élève ici comme de petits enfants attachants. ton bélier sera vendu comme promis. sache seulement que ces animaux ne sont pas belliqueux ni injustes et grâce à leur viande riche en protéines, l'homme se nourri bien et renouvelle ses forces physiques. sache aussi que tant que ces animaux sont en notre possession, nous sommes responsables de tout ce qui peut leur arriver d'injuste ou d'intolérable.

nous sommes donc obligés khalid, abdellah(1) et moi d'être plus gentils avec notre âne que nous montons matin et soir pour aller ici et là dans le village !

oui, mon cher, comme l'homme, l'animal a des droits qu'on ne peut ignorer si on est musulman. continuez à monter votre âne si vous voulez mais ne le faites pas souffrir sinon c'est moi qui en répondrai au jugement dernier!

khalid et abdellah sont les amis de mahdi. enfants émigrés comme lui, ils passent avec lui à touffahat toute une année scolaire en vue d'apprendre les éléments fondamentaux de la langue arabe et ceux de la religion. comme leurs parents, ils sont de grands coeurs fidèles et généreux.

papa, l'âne entrera-t-il avec nous au paradis ?
in cha allah, mon fils, mais ton grand père me raconta quand j'avais ton âge que le premier âne auquel on permit d'avoir sa place au paradis le trouva évidemment beau et enchanteur mais voyant des enfants comme vous jouer et sauter, il se rappela ses calvaires d'ici-bas, rebroussa chemin et s'en alla très loin. les trois garçons rient un instant puis sortent de la maison pour aller à la rencontre de youssef, leur frère qu'ils voient, par la fenêtre, revenir avec un agneau ou un chevreau dans les bras. ensuite, les quatre garçons qui aiment participer aux travaux de ferme, accompagnent le berger jusqu'à l'étable pour donner du maïs et de l'orge aux moutons destinés au commerce d'avant la fête du sacrifice.

un après-midi pendant que des hirondelles voltigent au dessus de la piscine pour s'y désaltérer, un petit martinet inexpérimenté se fait capturer sous les yeux de mahdi par les algues et la mousse verte qui flottent sur l'eau. comprenant vite que les ailes de l'oiseau sont trop faibles pour lui permettre un dégagement rapide et salutaire, mahdi n'hésite pas une seconde et saute dans l'eau pour sauver le malheureux captif d'une mort imminente. trempé jusqu'aux oreilles et alourdi par ses vêtements et ses chaussures mouillés, il entre à la maison, l'oiseau pris tendrement dans les deux mains et commence par l'essuyer et le chauffer avant de se changer lui-même et d'inviter tout le monde à assister au beau spectacle de l'oiseau qui quitte les jolies paumes de mahdi pour aller librement et loin dans le ciel.

de jour en jour mahdi se développe physiquement et intellectuellement. il grimpe aux arbres et aux montagnes saute sur les ruisseaux et les roches, cueille roses et mûres et respire la vie et la joie. le jeu lui apporte en plus du plaisir pur et serein, un bien-être tant psychique que spirituel évident.

si tu le vois en train de répandre du mais à ses poulets, donner à manger dans sa main à ses jolis pigeons, courir dans tous les sens avec les oiseaux, les lapins et les chiens, arroser des rejetons d'abricotiers, de pêchers et de poiriers qu'il a lui-même replantés dans le verger, tu te rendras alors compte que c'est à touffahat que mahdi découvre la vie et la nature. a bruxelles, il en a vu peut-être de très belles images et de très beaux paysages mais la vie n'y était pas. on le conduisait peut-être dans des parcs mais, voyant son papa écarté, sa personnalité d'enfant dominée et sa fierté écrasée, il ne pouvait communiquer avec l'esprit de la nature avec lequel il n'avait pas, en belgique, la même longueur d'onde. ici, mahdi est dans la nature et son esprit vit tout le temps en lui, harmonieusement et en toute quiétude.

il est certain que mes enfants mangeaient à leur faim aussi chez leur mère que chez leur grand-père maternel. mais la qualité de la nourriture ne se mesure pas à l'appétit des enfants ou à la quantité des mets qu'ils prennent.

aujourd'hui, il n'est pas nécessaire d'être spécialiste pour savoir qu'il y a des différences notables entre lait et lait, œufs et œufs, viande et viande, pain et pain... ce qui explique dans les marchés, les disparités entre les prix des différentes marchandises destinées à la consommation publique. celles qui proviennent d'une culture saine, naturelle et équilibrée valent désormais plus cher que celles conservées dans les boîtes ou qui ont mûri à coup de produits chimiques ou hormonaux dont les effets sur la santé des consommateurs sont encore incalculables. on le voit bien, pour notre civilisation actuelle, la quantité gagne quasiment en toute chose aux dépens de la qualité.

les enfants racontent que chez leur mère, ils ne prenaient souvent comme petit déjeuner que ce qu'ils pouvaient trouver dans le frigo ou dans le buffet de la cuisine... du lait chocolaté glacé, du beurre et des tartines que soumaya devait préparer pour elle-même et pour son frère et sa sœur avant de prendre le chemin de l'école. parfois, elle ne trouvait rien de bon à préparer mais n'osait pas réveiller sa mère qui préférait faire la grasse matinée ou ne se réveiller que quelques minutes avant l'heure de partir pour le travail. il faudrait alors que les enfants et elle-même attendissent d'être à l'école pour acheter un casse-croûte ou grignoter quelques biscuits pendant la récréation.

pour calmer la faim, les enfants devaient acheter toutes sortes de bonbons disponibles dans la cour de l'école ou l'épicerie la plus proche. ceci m'expliquait, quand je les ai récupérés à bruxelles, l'état piteux dans lequel se trouvaient leurs dents cariées.

aujourd'hui, ils mangent du bon pain frais, des fruits mûris lentement par les rayons du soleil méditerranéen mêlés aux autres éléments de la nature généreuse de l'atlas, de la viande de bouc, de mouton ou de volaille élevées par des femmes aux expériences solides et réussies et boivent, quand ils ont soif, de l'eau pure et fraîche qui jaillit devant eux des roches attendries de nos montagnes qui, comme de grands coeurs endurcis par les épreuves mais restés sensibles et généreux, déversent tendresse, amour et largesses.

la seule vue des légumes et fruits de cette terre fait oublier la faim et le seul spectacle de ses sources et ruisseaux étanche la soif des âmes éprises de beauté et de pureté.

revenus du potager ou d'un champ de fèves fleuri avec des légumes qu'ils proposent à leurs tantes de cuire ou avec un bouquet de fleurs multicolores destinées au vase de leur chambre, les enfants vivent dans la nature une enfance simple mais pleine d'actions et d'enseignements.

en plein hiver, ils insistent, quand les caisses sont remplies d'olives, de m'accompagner au pressoir du village pour voir comment les paysans extraient la bonne huile du joli fruit de l'arbre béni et pour manger le pain doré et chaud trempé dans la nouvelle huile de touffahat réputée la meilleur pour sa saveur et sa qualité. leur disant qu'il fait trop froid pour les y conduire, je me vois souvent répondre : réchauffe nous alors en nous servant un bon verre de thé chaud à la mente. !

si tu passes la nuit à la maison, tu peux compter sur sajjida qui, après avoir fait sa prière du petit matin, prend son petit panier et sort chercher des œufs frais à la basse-cour. elle insiste alors auprès de sa tante fatima pour te préparer elle-même une omelette riche en protéines et en vitamines. quand c'est l'automne, elle joint à son plat un dessert frais et succulent que les marocains ont le bon sens de prendre le matin en raison de sa qualité curative et de ses bienfaits sur la digestion humaine. il s'agit des figues que les enfants cueillent eux-mêmes, chacun d'eux de l'arbre qui porte son nom. de retour à la salle à manger, sajida pose son dessert, le lave et en présente la bonne partie à ses hôtes. quand elle mange avec les enfants elle commence par dire bismillah à haute voix comme pour rappeler aux oubliant que l'homme ne dispose de tous ces biens que grâce à la volonté d'allah et à sa générosité.

soumaya, elle excelle à préparer toutes sortes de gâteaux et aime qu'on le dise aux proches parents à qui on les présente. après les gâteaux, elle aime frire des pommes de terre, du poisson et de préparer des brochettes de dinde rôtie. si sa sœur présente des figues comme dessert matinal, elle préfère, elle, présenter des délicieuses ou du golden après le repas de midi. c'est pour cela que tu la vois souvent dans son verger empêcher les gosses de cueillir les pommes avant qu'elles ne soient mûres. elle en garnit la table et dit parfois que les yeux mangent avant la bouche. aussi pour elle, quelques fruits ou quelques fleurs, doivent-ils toujours être sur la grande table du salon.

mahdi, lui, préfère œuvrer en homme quant à la préparation des mets qui le tentent. dans la gamme de ceux-ci, la viande occupe la première place. m'aidant un jour à écorcher un bouc de chèvres, il me demanda ceci :

est-il vrai, papa, comme le dit mon cousin said, qu'il est plus difficile de dépouiller un chevreau qu'un mouton ?

oui, mon fils, ne sais-tu pas qu'autrefois, certaines jeunes filles berbères n'acceptèrent de se marier avec leurs prétendants que si ceux-ci arrivaient à écorcher un bouc dans un temps record ?

papa, tu sais bien que j'aime du méchoui (viande grillée ou rôtie) ! permets-tu que j'allume du feu ?

oui, mais à des conditions

lesquelles, papa ?

d'abord que tu fasses attention, ne te brûle pas et ne brûle pas les autres ! ensuite que tu ne manges pas de la viande qui n'a pas été bien cuite.

enfin que tu laisses tes sœurs et les autres enfants griller leur part avec toi.

les jours s'écoulent paisiblement mais ne se ressemble pas. chaque jour, les enfants découvrent quelque jeu nouveau, une recette nouvelle ou des idées et des expériences nouvelles qui donnent l'appétit d'apprendre et de savoir.

le vendredi, mahdi et avec lui ses frères youssef, khalid, abdellah et leurs amis de l'école, d'un côté, soumaya et les filles de l'autre, reviennent de l'école en deux groupes distincts en vue de prendre, après la prière, le grand plat de coucous aux légumes ou au raisin sec, qui les attend à la maison. un plat préféré dans un jour préféré. l'idée que le vendredi est une fête hebdomadaire pour les musulmans est vite passée dans leur esprit grâce au caractère particulier que prend en ce jour la vie familiale :

tout le monde doit se laver le corps en guise de grandes ablutions.

on porte ses vêtements neufs ou les plus propres, blancs ou verts de préférence.

on applique du musc ou du parfum sur soi ou sur ses habits. un effort de plus est fourni en cuisine pour faire plaisir aux hommes et aux femmes de la maison (de la viande, du couscous et des fruits)

la révision et la lecture du saintt coran avec des prières particulières avant la prière de midi.
plus de loisirs, l'après-midi et plus de promenades...

les enfants ont appris à aimer le vendredi et à l'attendre impatiemment. si leur père est absent, l'un des quatre garçons fait l'imam et guide la prière des enfants.

après la fête, les repas et les prières, les enfants s'en vont dans le village pour jouer avec leurs pairs ou assister à des cérémonies heureuses (fiançailles, naissance... ) que les villageois ne manquent pas de temps à autre d'organiser généreusement en invitant hommes, femmes et enfants, sans exception. mais, dans ce cas, les invités ne mangent pas chez eux (ou très peu) avant de se rendre à la fête car il est mal vu au maroc de refuser de participer au repas servi par ses hôtes.

après le vendredi, deux autres jours (ou plutôt un jour et une occasion) sont appréciés par les enfants :

le samedi, jour de souk hebdomadaire

et le jour où leur père ou leur tante revient de sefrou avec le

panier plein de yaourts, de fruits nouveaux, oranges,

pastèques, fraises ou de limonade. les enfants aiment

prendre ces boissons gazeuses malgré les réticences que j'ai

émises à cet égard; non qu'elles soient illicites mais parce que

mon âme se méfie, en matière de nourriture, de toute

amélioration présumée des produits naturels crées sur cette

terre par le pourvoyeur des biens.

avec moi, les enfants apprennent d'abord à connaître la nature puis à se connaître eux-mêmes afin d'arriver à connaître les attributs et les actes d'allah leur créateur.

dans les grandes agglomérations urbaines, les enfants sont coupés de la nature et ont tendance à prêter à l'ingénieur ce qui relève exclusivement du domaine " divin ". je crois avoir lu, en belgique, que certains élèves de cinquième année primaire, étaient convaincus que les oeufs de poule n'étaient que des produits d'usine fabriqués au même titre que des boîtes de conserve.

par le seul fait de quitter la ville pour la campagne, les enfants reçoivent des cours pratiques inestimables. comme la plupart des enfants issus de l'immigration, soumaya, mahdi et sajida pâtissaient de l'enseignement piteux que leur dispensaient des hommes et des femmes déconcertés et dépassés par les problèmes et les situations inextricables des familles musulmanes désaxées, qui retombent immanquablement sur les enfants.

tantôt victimes, tantôt bourreaux, les enseignants et leurs élèves aux cheveux noirs se plaignent mutuellement les uns des autres. les premiers sont contraints pour échapper au rouleau compresseur du chômage, d'accepter le travail disponible sur le marché , les autres sont obligés de fréquenter l'école au moins jusqu'à la fin de leur adolescence. or, le travail qu'on fournit sous la contrainte physique ou circonstancielle est en général bâclé et peu productif.

mal aimés et malmenés dans les établissements scolaires qui leur sont destinés dans leurs communes à ghettos ces enfants, quand ils rentrent chez eux, ne trouvent guère de réconfort. souvent, le vacarme d'une musique folle ou d'une télé toujours allumée s'ajoute à la fumée des cigarettes et des joints pour donner la migraine et l'envie de chercher ailleurs un air plus respirable.

quand aux parents de ces élèves, ils sont si obnubilés par eux mêmes et par leurs problèmes qu'il devient impossible pour eux de s'occuper de l'enseignement et de l'éducation de leurs enfants. aussi laissent-ils ce soin au ministère de l'enseignement public et aux directions des écoles fréquentées. les programmes appliqués ne s'avèrent inadéquats et déséquilibrés qu'après une période de cinq ou six ans au bout de laquelle les inspecteurs de l'enseignement se rendent compte de l'échec de l'entreprise éducative sur le double plan théorique et pratique. ce qui signifie des enfances entières sacrifiées, des occasions de réussite perdues, des efforts vainement soutenus et des espoirs avortés. l'échec ne pouvant engendrer que l'échec les enfants issus de l'immigration finissent par se trouver en marge de la civilisation qui en fait toujours des consommateurs et des spectateurs, parfois des spectacles et des produits de consommation politique et démagogique mais jamais des acteurs ou des citoyens à part entière conscients de leur temps et dignes de leur époque.

en une année, mahdi, soumaya et sajida ont appris beaucoup de la nature qui les inspire, de la vie active qui les entoure et de la spiritualité qui les enveloppe.

il faut voir le garçon accompagner les laboureurs dans leurs champs, découvrir les espèces d'engrais naturels ou chimiques qu'ils utilisent , les espèces de graines qu'ils sèment suivant des méthodes appropriées et pendant des périodes bien déterminées. il accompagne aussi les bergers de son père et apprend comment on choisit les pâturages de son troupeau, comment on distingue mâles et femelles, celles, parmi ces dernières qui portent déjà des petits et celles qui s'y apprêtent, comment on repère les brebis qui souffrent d'une maladie et quels produits traditionnels ou vétérinaires il convient de leur administrer en tenant compte de leurs âges et de leurs poids.

mahdi découvre aussi de nouvelles plantes et fleurs, apprend à en distinguer les couleurs, les odeurs et les propriétés. il n'est pas étonnant alors qu'il te conseille, si tu tousse, de prendre du thym au miel; si tu es enrhumé, de t'apporter de son jardin menthe sauvage et lavande...

parfois, mahdi appelle ses deux sœurs pour ouvrir avec lui les réservoirs d'eau qui irriguent potagers et vergers. les enfants alors suivent l'écoulement des ruisseaux qui ne manquent pas de caresser par les fines gouttelettes qui s'en échappent leurs visages et chevelures.

a l'instar de leur père qui irrigue des bassins d'oliviers, de pommiers, de tomates, d'oignons, de poivrons, de luzerne, de carottes, les enfants prennent leurs petites barres de fer et conduisent des cours d'eau vers les pousses de prunier, d'abricotier, d'amandier ou d'olivier récemment plantées par eux-mêmes. en les arrosant, chacun des enfants exprime dans la joie son rêve de les voir un jour devenir de grands arbres pleins de feuilles et de fruits. la nature leur apprend ainsi à bénéficier de ses rayons qui colorent leurs visages, de son air qui remplit leurs poitrines et de ses roches et buissons qui alimentent leur imagination. ils ont appris aussi à respecter le temps, à sentir le poids de la responsabilité et à être ponctuels grâce à l'enseignement sincère et assidu des abeilles et des fourmis qu'ils aiment voir travailler sans relâche pour le bien-être de leur société.

cet enseignement primitif et vital est complété par un autre primaire et collectif dispensé dans l'école publique par des enseignants qui tentent d'appliquer tant bien que mal les programmes du ministère marocain de l'éducation nationale.

a cela s'ajoutent les cours supplémentaires que je leur donne le matin de bonne heure et le soir afin de combler les lacunes actuellement béantes que présente l'enseignement public dans notre pays.

comme peuvent le comprendre les parents et les enseignants doués de bon sens, l'opération éducative est une opération dure, lente et de longue haleine. aussi une année ou deux ne suffisent-elles pas à en venir à bout.

notre tâche s'avérait dès le début délicate et d'autant plus difficile que nous ne pouvions pas nous y consacrer. dès notre arrivée au village, nous devions travailler dur pour vivre décemment et sans compter sur les autres. bonifier les terres cultivables, améliorer l'état des plantations et s'occuper quotidiennement du bétail étaient nécessaires pour tout fermier dépendant économiquement de la culture et de l'élevage.

malgré la disparité de mes activités et le manque d'aide efficace dans les domaines qui m'occupaient, j'ai pu relever le défi de mener à bien ma petite entreprise agricole tout en enseignant aux enfants, selon un programme adapté et harmonisé, des cours de coran, de hadith, d'arithmétique, de langue arabe, de culte, de sciences naturelles et, dès le début de leur deuxième année une introduction à la littérature occidentale (en vue : le français et le néerlandais, en particulier).

chez eux, mes enfants apprennent à conjuguer, en matière de religion, foi et pratique, patience et prière, l'invocation du créateur et l'observation des créatures.

que seraient-ils devenus sans l'amour de ces valeurs qui mettent en relief le caractère humain de l'individu et de la société ?

pour connaître la réponse, il suffit de voir ce que sont devenus les enfants de l'immigration: des personnes désorientées et sacrifiées d'abord par leurs propres parents qui avaient négligé leur éducation, ensuite par les occidentaux qui les utilisent comme ingrédients dans leurs différentes sauces culturelles, sociales et politiques. ةpouvantail et bouc-émissaire pour l'extrême droite, moteur de la consommation et de la croissance pour les économistes, une clientèle politique inestimable pour les syndicats et les partis indigènes, les jeunes immigrés deviennent tout sauf eux-mêmes. les enfants d'un imam ne peuvent être l'objet de telles manipulations. pour pouvoir y résister plus tard, ils apprennent aujourd'hui à se connaître eux-mêmes, à connaître l'univers dans lequel ils se meuvent et le créateur qui insuffle la vie à toutes les particules de l'existence. voyant que les deux mondes physique et animal s'agencent dans une harmonie impeccable que l'homme peut épouser ou perturber, les enfants commencent à admirer avec moi et entre eux cet univers qui englobe l'infiniment grand et l'infiniment petit reliés dans leurs essence et existence par le fil unitaire de la volonté d'allah. comme le poste de télé dont on n'a vu ni l'ingénieur ni le fabricant et dont on admire pas moins la qualité et l'aptitude à donner de l'information et du plaisir, l'univers conçu et crée par allah l'invisible, émet ondes et rayons, interfère musique céleste et messages terrestres et s'oriente en s'étendant vers la destination gravée dans ses atomes et ses molécules.

aujourd'hui instinctive et sentimentale la foi de mes enfants deviendra jour après jour profonde et intuitive, les incitera plus tard à acquérir plus de connaissances et de certitude et les conduira à voyager par l'acte et la pensée vers le miséricordieux.

de plus en plus curieux, les enfants ne cessent de poser des questions relatives à tous les phénomènes de la vie et de la mort qui surgissent devant eux.

voyant le corps d'une brebis inerte et sans vie, mahdi demande:

papa, pourquoi ses yeux ne voient-ils plus ? pourquoi ne réagit-elle pas alors que tous ses organes sont là ?

parce qu'elle est morte! c'est à dire que l'âme qui animait son corps l'a quitté.

papa, mon grand-père était-il aussi comme ça avant d'être enterré ?

oui mon fils, tout être humain goûte un jour à la mort. quand ton grand-père est mort, son âme s'est éteinte mais son esprit qui contenait ses sentiments ses idées, la signification de ses actes c'est seulement séparé de son corps et alla dans le ciel en attendre la résurrection.

est-il maintenant dans sa tombe ?
son corps oui, mais lui c'est à dire son esprit, non, car le premier fut créé de terre, il revient alors à la terre; l'autre vient du ciel et dut y retourner. mais il reste un lien invisible entre l'esprit et son corps enterré. ainsi, quand tu rends visite à la tombe de ton grand-père et que tu le salues, son esprit te voit sans yeux, t'entend sans oreilles, t'embrasse sans bras ni visage ces organes étant ensevelis voire désintégrés dans la terre. il reçoit aussi tes cadeaux spirituels: l'aumône (le bien) que tu fais pour lui, le coran, la prière et les invocations que tu lui envoies sont autant de lumières qui nourrissent les esprits de nos morts et les réconfortent dans leur monde intermédiaire.

comment est-ce possible, papa ?

n'as-tu pas senti un jour la bonne odeur d'un oranger fleuri ou d'une rose épanouie ? sans être vue, cette odeur monte jusque dans ta chambre... ainsi les prières et les invocations que nous faisons pour nos morts dégagent une lumière et un parfum invisibles et insensibles, qui montent jusqu'aux esprits croyants qui s'en réjouissent et nous en remercient.

papa, supplie mahdi, permets que j'aille avec toi chaque matin saluer l'esprit de "dadda" (grand-père).

moi aussi, ajoute soumaya et je réciterai les sourates du destin et de l'unicité pour lui et pour les croyants parmi ses voisins

mahdi me surprend alors par cette question inattendue

mais quand "dadda" reviendra-t-il pour manger une fois avec nous le rôti de l'aid ?

ةcoute mon fils, si ton grand-père est maintenant avec les gens du bien il a sûrement mieux que rôti, gâteaux, friandises dans un lieu magnifique, vaste, gai, paisible où la lumière est nourriture de l'esprit qui ne souffre alors ni de maladie ni d'ennui, ni de vieillesse. tu le rencontreras quand tout le monde sur terre aura péri puis ressuscité. les proches parents, les amis et les ennemis aussi se verront alors à leur juste réalité. quand les esprits auront réintégré leurs corps, nous serons tous conduits au jugement d'allah qui a promis de réunir les croyants bienfaiteurs dans le paradis, les mécréants et les malfaiteurs invétérés dans la géhenne. espérons, mes enfants, que nous serons avec le prophète, les imams, fatima azzahra et votre grand-père dans le paradis où l'on pourra vivre en lumière et en parfum, se délecter de plaisirs motifs, intenses, inépuisables et différents de ceux qui attirent ici-bas les naïfs parmi les être humains.

moi, rétorque sajida, j'aimerais entrer au paradis avec mes sœurs fatima zohra, fatiha, latifa et avec nous mes poussins, mes colombes et mon bel agneau. a ce stade, je dis aux enfants réunis :

mais vous oubliez quelqu'un que vous devez toujours vous rappeler! votre mère! en parlant du paradis, vous oubliez sultana qui vous a portés, mis au monde et allaités!

mais elle a préféré être avec les "kafirine" papa et eux n'iront pas au paradis. c'est allah qui le dit dans le coran ! oui, mon fils, mais nous sommes encore sur terre "et les dés ne sont pas encore tous jetés". nous avons encore, vous et moi du travail à faire pour arracher votre mère au camp des perdants, des égarés. invoquez allah avec moi et demandez lui de raviver la foi dans son cœur, l'intelligence dans son esprit, la chasteté dans son instinct et la capacité de servir allah dans ses organes. il suffit, mes chers enfants, qu'elle revienne un jour à elle, qu'elle reconnaisse entre elle et lui ses péchés, qu'elle s'en repente sincèrement et qu'elle décide d'une manière ou d'une autre de changer de trajectoire. le jardin de sa vie refleurira alors et l'espoir de vous rejoindre dans l'agrément d'allah, renaîtra et portera ses fruits.

écoute papa, les autres ne la laisseront jamais nous rejoindre.

je connais votre mère, elle est certes vite influençable sinon elle serait restée avec moi - mais elle est capable de changer d'avis et d'agir en conséquence. si elle hésite trop, vous irez, un jour, chez elle en belgique avec le coran dans l'esprit, le bon sens dans la raison et la force dans la personnalité et vous l'arracherez incha allah des ténèbres pour la conduire dans la lumière vers la religion d'allah.

ةmus, les enfants entourent alors leur père de leurs jolis bras et commencent à l'embrasser sur la tête, le front, les joues et les mains, puis retournent à la maison pour la première prière de l'après-midi.

il faut les voir en train de remplir leurs récipients d'eau destinés aux ablutions rituelles, s'orienter vers la qibla (la mecque), dire bismillah et compléter leur ablution par des invocations que même des adultes méconnaissent ou oublient de joindre aux actes consacrés :

seigneur! fais que mon visage soit blanc le jour où certains visages blanchissent et d'autres noircissent (suivant la qualité des intentions et des actes)!

seigneur! fais que je reçoive mon livre de la main droite et que mon jugement soit aisé!

seigneur! enveloppe moi de ton pardon, de ta clémence et de tes bénédiction !

seigneur! quand les pieds titubent sur le pont de l'enfer, raffermis mes pas et retiens moi.

après l'ablution rituelle, l'un des grands garçons, en l'absence de leur père, fait l'imam et avant de passer à table, tous lèvent les mains vers le ciel et appellent la bénédiction d'allah sur leurs parents, leurs voisins et sur tous les croyants de la terre. (les incroyants renient leur origine céleste et refusent ainsi toute bénédiction venant de leur créateur).

en ville, il arrive que l'un des enfants tire son père du dos ou de la manche pour attirer son attention sur un mendiant qui appelle ou sur une vieille misérable recroquevillée au pied d'un mur ou sous un arbre, tendant la main aux passants pressés et distraits.

5
que veux-tu mon cher (ou ma chère) ?
Jamais Sans L'islam de mes enfants que veux-tu mon cher (ou ma chère) ?
je n'ai plus d'argent, papa, donne moi un dirham, j'aimerai l'offrir à ce pauvre mendiant !

finalement, trois petites mains, dans un geste beau et généreux posent trois petits dirhams dans des mains tremblantes de déshérités. après quoi, les enfants courent pour rejoindre leur papa, sans attendre la fin des remerciements de gratitude et l'appel de la clémence d'allah sur eux et sur les esprits de leurs parents, que profèrent les êtres gratifiés.

quand c'est ramadan, les enfants expriment leur joie de différentes manières et deviennent aussi, eux-mêmes une source de joie pour tous les membres de la famille.
après le coucher du soleil et la tombée de la nuit, si on n'attend personne d'autre pour la rupture du jeûne, on commence par la prière avant de passer à table.

soumaya et mahdi qui, en rivalisant de zèle, insistent parfois pour jeûner jusqu'à la fin de la journée, trouvent sajida et ses copines déjà installées autour de la table comme un beau collier de perles garnissant le cou d'une belle mariée.

devant de belles dattes dorées, de la soupe parfumée, des beignets au miel, des tartes fourrées de viande hachée ou d'œufs et de beurre, les enfants, apprennent à invoquer le nom d'allah grâce à qui tous ces biens nous sont accordés, puis s'en servent avec appétit sans oublier leur verre de thé chaud à la menthe.

bien que la mosquée du village soit assez loin de leur maison, les enfants insistent pour y aller avec leur père afin de faire en commun la dernière prière du jour, toujours suivie au maroc par les prières surérogatoires guidées par l'imam de la mosquée, qui doit, au moins une fois pendant le mois de ramadan terminer la récitation de tout le coran. les enfants sont fiers de reconnaître dans sa récitation les sourates qu'ils ont apprises chez eux. ils sont aussi fiers d'entendre leur père corriger l'imam ou lui souffler l'enchaînement d'un verset oublié ou d'une sourate confondue.

quand je me réveille pour les prières de la nuit, une heure avant le repas qui précède l'aube et sa prière, les enfants, au moindre bruit entendu, sursautent de leurs lits, se rhabillent, font leurs ablutions et se rangent derrière moi dans la petite mosquée de la maison. mais quand leur tante nous appelle pour le repas nocturne (sahour) ils s'empressent de me devancer dans la salle à manger pour prendre place tout près de moi.

après que tout le monde se sera lavé les mains et la bouche, l'un de nous appelle à la prière du petit matin qu'on tâche de faire en commun avant d'aller se recoucher dans sa chambre. au réveil, les tractations commencent entre les adultes et les enfants qu'ils demandent à ce qu'il leur soit permis de jeûner pendant toute la journée. on convient, enfin, de ce que sajida jeûne jusqu'à midi, soumaya et mahdi jusqu'à la deuxième prière de l'après-midi sauf pour le l e, le 15e, le 23e, et le 27e jours du mois sacré. pendant ces jours bénis, les enfants ont toute latitude de jeûner comme des grands.

ainsi, l'enseignement religieux renforce et approfondit les connaissances littéraires et sociales des enfants, anoblit leurs sentiments et aiguise leurs facultés intellectuelles et morales.

pour leurs veillées, les enfants ont trois lieux de prédilection. l'un en hiver, est dans la salle à manger près de la cheminée. le second, en été, est à belle étoile à côté du bassin rempli d'eau de source et des lumières lactées de la pleine lune. le dernier est dans la bibliothèque parmi les livres et les revues.

après la cinquième prière et ses invocations, les garçons s'en vont avec leur père, leur oncle ou avec le berger, les filles veillent avec leurs tantes dans le salon des femmes. parfois, en l'absence de convives, tous les membres de la famille, au sens restreint du terme veillent dans le salon ou au seuil de la porte près des vignes volubiles de la maison.

autour du poêle rempli de braises et de bûches, les enfants qui regardent de temps en temps le feu flamboyer devant eux, discute et se racontent des histoires ou des devinettes. quand la lumière du feu se reflète sur leurs beaux visages souriants et sur les fenêtres dont les vitres sont couvertes de neige de l'extérieur, le rouge des flammes et le blanc de la neige s'embrassent et se mêlent dans toute la salle qui s'en éclaire à la manière d'un beau tapis de fleurs blanches, illuminé par le baiser d'un coucher de soleil printanier. a cause des reflets, on dirait que c'est au crépuscule que les enfants se réunissent pour causer et non à une heure tardive de la nuit.

quand ils prennent place près de leur piscine préférée, ne rompent le calme de leur nuit et de la nature que le murmure de l'eau qui verse dans le bassin et les sons de leur voix mélodieuses qui retentissent dans mon oreille comme des gouttelettes de rosée dans la corolle d'une rosée à moitié fanée. sur fond d'ombres mouvantes, les beaux visages illuminés des enfants apparaissent comme des étoiles terrestres saluant celles du ciel qui viennent de se dégager de quelques nuages gris mais isolés et sans consistance.

quand ils plongent dans les livres et leurs revues, tantôt à la recherche d'images et d'anecdotes, tantôt en quête de science et de sagesse, on dirait de petits anges envoyés du ciel pour annoncer à l'humanité l'avènement d'une ère nouvelle où l'on assistera à la chute des obscurantismes, à l'extinction des guerres et de l'injuste pour que, sous de bonnes étoiles, les épines de la terre deviennent fleurs et roses et la haine tendresse et amour.

quand ils finissent de parcourir mes livres et les leurs, les enfants s'apaisent et se mettent à causer.

soumaya leur parle de la jeune fille paresseuse que son père protège, dorlote et comble de bijoux, de soie et de câlins mais dès qu'il sort de chez lui pour son travail ou pour un voyage, la mère de la fille la reprend en main pour la réveiller de sa torpeur et de son insouciance, la corriger et lui enseigner dans la pratique le respect de ses devoirs en tant que future épouse et mère.

une fois mariée, la jeune fille se rend compte de la valeur inestimable de ce que sa mère lui a donné et de la futilité des parures que son père lui prodiguait.

mahdi, lui, préfère raconter l'histoire des cent-amis.

combien d'amis as-tu ? demande un père à son fils.

cent amis, papa, qui m'aiment bien et que j'aime beaucoup

voyons! vous n'êtes peut-être amis que pour le jeu, le sport et la joie ?

non papa, nous sommes sincères et quelles que soient les circonstances nous sommes solidaires! et toi papa, tu as combien d'amis ?

j'en ai un. un véritable frère que ma mère n'a pas porté

quelques semaines après cette conversation, le père réveille son fils à l'aube d'un beau jour d'été et lui dit:

réveille-toi mon fils ! nous avons un grand problème : cette nuit, pendant que vous donniez un agresseur a voulu vous surprendre par la terrasse de la maison mais j'étais là et je l'ai tué. ensuite, je l'ai couvert d'un drap en attendant de trouver le meilleur moyen de le faire disparaître avant que l'enquête n'arrive. l'idée que nous avons trouvée ta mère et moi est que tu appelles les meilleurs de tes amis, qu'on coupe l'agresseur en morceaux et que chacun de nous emporte sa part. informe tes amis de la gravité de la situation pour qu'ils s'arment de courage et de discrétion avant de se rencontrer ici à midi ou, au plus tard, à la tombée de la nuit.

a midi, le jeune homme revient seul à la maison, pensif et penaud. le père s'empresse de remarquer:

je savais qu'ils ne viendraient pas avec toi et qu'ils n'étaient que des petits plaisantins !

effectivement papa, j'ai toqué à toutes leurs portes, tous s'apprêtaient à venir avec moi mais quand ils surent qu'il s'agissait d'un grand problème à résoudre, ils y rechignèrent, s'excusèrent vaguement et s'en allèrent.

bon, réveille-toi mon fils et va appeler maintenant mon seul ami, le boucher du coin et répète lui ce que tu as dit à tes cent amis! une heure après, le garçon revient avec un homme d'un certain âge, de mauvaise mine, tenant le panier dans lequel le garçon l'a vu cacher sous une serviette ses grands couteaux aiguisés. a peine la permission d'entrer est elle donnée de l'intérieur que l'homme devance le fils de son ami dans le vestibule de la maison. au salon, le père sourit à sa femme, aux proches parents et aux voisins puis dit à l'adresse de son fils :

montons voir d'abord cet agresseur que j'ai égorgé tout seul pour l'empêcher de gâcher votre nuit et votre sommeil !

sur la terrasse, le père fit signe à son fils qui finit par retirer le linceul qui couvre la chose allongée et, ne pouvant pas se contenir, éclate de rire en pensant qu'il est peut-être le seul dindon de la farce: l'agresseur qu'on devait couper en morceaux n'était autre que le bélier que son père a promis de griller à la fin de l'année scolaire. le papa explique :

vois-tu mon fils! cette viande, ces mets et ces fruits ont été préparés la nuit à l'honneur de tes amis que nous devrions considérer comme nos propres enfants s'ils étaient sincères dans l'amitié qu'ils t'affichaient. sache désormais qu'en matière de valeurs, c'est la qualité qui compte et non la quantité. la tradition ne dit elle pas que dans l'espèce humaine " mille hommes peuvent valoir zéro et un homme peut en valoir mille ".

incapable de raconter des histoires sajida se contente de défier les enfants par ses devinettes :

quel est cet être qui porte vêtement sur vêtement tout en ayant les jambes nues ?

une demeure neuve et habitée par des esclaves noirs et ne s'ouvre qu'avec du fer ?

quel est cet objet qui tombe du sommet de la montagne sans se briser ?

qu'est ce qui s'allonge sur l'eau sans se mouiller ?

ainsi la veillée continue dans la joie et la vivacité jusqu'à ce que les petites bouches commencent à bâiller et que le sommeil se faufile lentement dans les jolies yeux des enfants. alors, ceux-ci se relèvent pour aller dormir dans leur chambre après une petite invocation en guise d'éloge au seigneur. parfois, les enfants dorment sur place et c'est leur père qui se charge de les porter dans leurs lits.

au fil des jours, les enfants s'habituent à leur vie marocaine et manifestent de plus en plus d'attachement à leur famille paternelle, à leur village et à leur religion. sans se rendre compte de ce que les ennemis de la foi et de la paix étaient en train de tramer dans l'ombre pour dénicher les heureux et les faire descendre de leur éden inoubliable.

j'était toujours clair et franc avec la mère des enfants. avant la séparation, elle adhérait complètement à mon point de vue relatif à l'éducation des enfants, après, pour maintenir des relations fraternelles et normales, basées sur la tolérance, le respect et la vigilance, je lui écrivais lettres après lettres et lui parlais au téléphone dans le seul but d'éviter à nos enfants l'amertume, le déchirement et la désintégration.

le constat devait être clair pour elle: éloigner les enfants de la culture de leur père et de sa responsabilité directe pour les élever dans le même milieu et les mêmes conditions qu'elle même quand elle était enfant et que ses frères, serait aller droit avec eux dans l'oeil du cyclone. dès lors, le père, la mère, leurs familles respectives, la société belge perdraient à jamais ces enfants que la drogue, la délinquance et le désespoir auraient jetés dans le gouffre de la mort et de l'oubli. l'humanité ne saurait accepter une telle mutilation et le châtiment d'allah ne manquerait pas de s'abattre ici-bas ou dans l'au-delà sur le père désinvolte.

par contre, lui avais-je écrit aussi si elle comprend mon rôle de père musulman et œuvrant jour et nuit pour la diffusion du bien et la paix dans son monde, elle me les confiera tout en gardant avec eux, à sa guise, des rapports aussi étroits que prolongés jusqu'à l'âge où ils auront acquis les notions fondamentales des différents devoirs et droits qui les attendent, l'amour de l'ordre et du travail, le respect de la raison humaine, des valeurs sociales et spirituelles, et des bonnes habitudes notamment celles de maîtriser leurs facultés et leurs instincts et de se maîtriser devant les épreuves de la vie. dès lors, il n'y aurait pas d'inconvénient à ce qu'ils aillent se mesurer aux autres, affronter tempêtes et marées et tenter leur chance en occident en y gardant les pieds fermes et l'esprit en éveil.

ce projet fut, en belgique et au maroc, notifié clairement à sultana et à ses parents. mais ils le prirent à la légère et le dédaignèrent. ne voulant ni réfléchir sur les intérêts primordiaux de ses enfants, ni traiter avec égards les idées de leur père ni répondre positivement à l'appel d'allah et du coran, sultana me poussa à réagir seul aux dangers qui guettent mes enfants. de sefrou, plusieurs lettres ont été envoyées à sultana qui se cramponna à sa position hautaine de ressortissante européenne qu'un citoyen du tiers-monde n'a pas le droit de contrarier sous pleine d'être malmenée (lui, son pays voire tout le continent !).

quand elle écrit à ses enfants, sultana, une année après leur départ de chez elle, ne pense guère leur écrire en langue arabe. pourtant, je la lui ai enseignée et résumée ses règles élémentaires de grammaire, d'orthographe et de conjugaison dans le livre qu'elle copia de sa propre main! on n'est loin des européens qui se convertissent à l'islam, étudient la langue arabe et entreprennent des études et des analyses comparatives...

venues après elle à l'islam (sultana est née musulmane d'un père marocain et d'une mère belge convertie), certaines de mes élèves belges lisent aujourd'hui l'arabe, l'écrivent et le parlent. la différence entre elles et sultana est faite par le degré de l'amour et de l'intérêt que chacune porte au st coran. quiconque l'aime, le considère comme son guide spirituel et morale ne ménage pas ses efforts pour le lire et le comprendre dans sa langue d'origine. n'avais-je pas dit que j'aurais appris le chinois si le coran avait été révélé dans cette langue ?

or pour sultana, le coran, l'islam, le hijab... n'étaient que des moyens. les fins poursuivies n'étant plus les mêmes chez elle, à quoi bon s'intéresser à des moyens qui ne cadrent plus avec les nouveaux buts recherchés ?

soumaya et mahdi se souviennent encore de la lettre qu'ils lui envoyèrent pour l'inciter à les rejoindre au maroc, sa patrie et le pays de son père et de ses enfants. a cette lettre fut joint un poème d'enfant, écrit en arabe et dédié au coeur de la mère:

maman, maman ! elle est chère maman !

dis avec moi : elle est douce maman !

chante avec moi : je n'oublie jamais maman !

la réponse fut brève et en français. après avoir remercié les enfants, elle réitère ses menaces contre leur père en brandissant l'épouvantail de l'intégrisme, de l'inculpation politique gratuite et tout ce qu'un coeur redevenu petit et minable trouve de sordide et de perfide.

malgré tout, je ne désespérai pas de la voir un jour recouvrer le bons sens et débarquer chez ses enfants avec des sentiments nobles et des idées nouvelles.

de mon côté, prenant ses menaces au sérieux, je décidai de prendre les mesures qui s'imposaient:

un jugement du tribunal de première instance me confirmant dans mes droits d'époux et de père conformément aux dispositions de la moudawana marocaine. la première aile du despotisme de la femme occidentale étant l'argent, je dus écrire à l'office national belge des allocations familiales pour qu'il arrête son débit et retarder ainsi l'assaut des louves bruxelloises.

la deuxième aile de la tyrannie féminine est l'appui politique inconditionnel que prodiguent certains ministres aux femmes privées de la garde de leurs enfants. tantôt pour des raisons humaines, tantôt pour des raisons politiciennes et électrales, les personnalités éminentes n'œuvrent pas toujours pour la sauvegarde des intérêts primordiaux de l'enfant.

de peur de voir mme anne-marie lizin induite en erreur par mes adversaires, je lui envoyai une lettre explicative soulignant, documents et attestations à l'appui, la spécificité de mon cas et l'obligation qui m'incombait de sauver mes enfants des dangers réels qui les guettaient chez leur mère! son excellence me répondit par la présente

" monsieur,

j'ai bien reçu votre lettre de ce 16 décembre 1995.

j'évite, soyez en sûr, déjuger l'une ou l'autre partie. il m'intéresse simplement d'aider, lorsqu'on me le demande, à ce que des enfants ne vivent pas séparés de leur père ou de leur mère. a fortiori lorsque l'un des parents dispose d'un jugement belge qui lui en donne la garde.

vous me dites être prêt à un compromis et au dialogue. je suis sûr que vous voulez le bien de vos enfants... ".

j'ai compris que cette dame qui n'a pas hésité à braver des règlements intérieurs et extérieurs pour aider des mères injustement privées de leurs enfants, n'était pas prête à faire de même pour mes enfants et à dire très fort que j'avais raison de les sauver et que le tribunal belge avait tort de donner la garde à l'autre partie. bien que déçu sur point, j'espérais que cette personnalité que j'admirais tant et respectais serait au moins neutre ou impartiale dans le cas où elle devrait traiter de ce dossier. intellectuellement, ses prises de positions m'intéressent et je donnerai beaucoup pour savoir ce qu'elle avait dit ou écrit à notre sujet car l'une de mes passions consiste à suivre l'évolution des engagements des femmes et des hommes de principe pour voir jusqu'à quel point ils sont capables de résister à la réalité tordue et mesquine dans laquelle ils se meuvent. mais la suite des événements montrera que des marocains irresponsables, de connivence avec mes adversaires, se feront endosser la médiocrité pour que les apparences des éminences en sortent sauves.

ainsi, après le sous-développement économique et politique, le sous-développement culturel atteint certains cadres de nos etats arabes et africains et entame leur mentalité et leur citoyenneté. sinon comment expliquer qu'un ministre européen reste solidaire avec la justice de son pays et soumis à ses décisions alors que son erreur et son injustice sont flagrantes tandis que le fonctionnaire marocain, avide de richesse et de renommée creuse, sacrifie, quand il est détaché en europe, les lois de son pays et les intérêts de ses concitoyens pour se payer finalement de mots et d'amitiés incertaines ?

sultana misa donc sur ces points de faiblesse, tire sur la corde de l'intégrisme, nouveau faux-fuyant de l'occident, médiatise l'affaire, frappe des pieds dans la boue des crimes et des intrigues pour m'éclabousser et tente ainsi de ravir les enfants dans trois offensives successives; la dernière est de loin la plus ravageuse.

l'homme qui joua le rôle de l'éclaireur fut l'officier ou le sous-officier marocain des renseignements présenté sous le nom de kamal et dépendait des services secrets du colonel el abdi hosni ou hssaini détachés à l'ambassade marocaine de bruxelles.

l'homme me rendit visite une fois à touffahat où il ne m'a pas trouvé, une autre à sefrou, chez ma sœur fatima qui prépara notre rencontre et notre déjeuner. profitant du respect qu'il me voit manifester à l'égard de tout ce qui représente les intérêts de mon pays, l'éclaireur de mes adversaires prétendait ne venir me voir que pour me soutenir et m'aider à résoudre mes problèmes. conscient de ses subterfuges, je ne réponds pas moins à son geste amical et lui remis les documents qui montrent clairement pourquoi j'ai pris mes enfants et quitté la belgique.

j'ai essayé de lui expliquer que vouloir me classer ici ou là, dans un mouvement ou dans un autre serait un travail erroné et gratuit, que la hijra que j'ai effectuée en sens inverse (de la belgique vers le maroc) n'avait pas pour but d'attirer les projecteurs des médias sur ma personne ou de préparer le terrain à une demande d'occuper un poste politique quelconque mais tout simplement pour sauver des enfants innocents de la drogue et de la délinquance. "donner la vie à un seul être humain équivaut, dit le coran, à la donner à l'humanité tout entière" (32/5)

pour ce faire, j'ai sacrifié stabilité financière et professionnelle, intérêts immédiats et futurs, sérénité du moment et promotion sociale.

tous les renseignements voulus sur notre village, notre habitation, sur les enfants, leur milieu et leur école, sont parvenus au camp adverse par l'intermédiaire de mon hôte d'hiver, l'éclaireur de l'injustice.

* * *

un jour d'été, j'étais à sefrou avec mon fils mahdi pour une visite médical ayant pour but de traiter ses angines, quand nous fûmes surpris par l'entrée chez ma sœur de monsieur et

madame kouhmane, les parents de sultana, accompagnés d'un autre éclaireur que je n'avais jamais vu auparavant. comme d'habitude, nous souhaitions la bienvenue à nos hôtes et rimes le nécessaire pour leur offrir l'hospitalité.

son pèlerinage ne l'ayant pas corrigée comme il se devait, la belle-mère empêcha son mari de discuter avec moi et, toujours orageuse et fougueuse, déballa ce qu'elle avait dans la tête et sur le coeur. le devoir de continuer à la recevoir dans les meilleures conditions et celui de ménager les liens familiaux qui nous unissaient malgré nous, m'empêchèrent de lui dire ses quatre vérités et de lui rappeler sa part de responsabilité dans le drame de sa fille. dans le calme et la bienveillance, je proposai aux beaux-parents de m'accompagner, à mes frais, au village afin de voir leurs petites-filles soumaya et sajida et de passer avec elles et mahdi le temps qu'ils voudraient. malgré l'insistance avec laquelle je les ai conviés à touffahat, ils déclinèrent l'invitation sous prétexte de devoir se rendre le jour même au sud du maroc à ighram ou à agadir dans la famille de mr kouhmane.

mais, avant de partir, ils me demandèrent de bien leur donner rendez-vous à sefrou où ils pourraient nous joindre par téléphone pour parler à leurs petits-enfants et éventuellement fixer le jour de leur retour à casablanca via sefrou.

j'ai accepter leur proposition et me suis dit "c'est l'occasion de renforcer, pour allah, les liens de parenté "lien de matrice" qui font, dans le coran et le hadith, de beaucoup d'attention et de mise en garde"

au jour convenu, nous étions à sefrou mais j'avais placé les enfants dans trois lieux différents et rapprochés avant de me rendre seul au lieu de la conversation téléphonique promise. soudain, la femme à qui j'avais confié soumaya se précipita dans la maison et raconta par quel miracle elles avaient pu semer deux hommes étrangers qui les suivaient en ville. ils semblaient qu'au lieu de téléphoner aux enfants on voulait mettre le grappin sur eux. je remercie allah grâce à qui j'avais répondu positivement à
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qu'est-ce que vous avez préparé de bon à l'honneur de votre mère ?
Jamais Sans L'islam de mes enfants qu'est-ce que vous avez préparé de bon à l'honneur de votre mère ?
mahdi répondit le premier:

mon joli mouton que j'ai engraissé pour cette occasion. soumaya enchaîna:

je lui ferai moi-même toutes sortes de gâteaux que je sais

confectionner toute seule à présent.

moi, j'ai un panier plein d'oeufs et je rôtirai pour elle mon grand dindon noir ! ajouta sajida.

et toi papa, qu'est-ce que tu lui as préparé ?

une invocation salutaire à apprendre, un mouton, un caftan marocain et un bouquet de roses pour parfumer sa chambre. le samedi suivant à tazouta, un gendarme me tendit la convocation du procureur en m'informant que le sujet à traiter serait une lettre officielle envoyée par sultana qui demanda à ce que je lui permisse de voir ses enfants à fès pendant deux journées seulement avec la promesse de déposer son passeport et ses papiers au tribunal de sefrou.

au gendarme qui demanda à noter ma réponse si elle était prête,

je dis: veuillez bien transmettre ceci :

non à cette proposition pour les raisons suivantes

déplacer les enfants le matin de leur milieu naturel à un autre milieu inconnu et 60 km plus loin puis les ramener le soir en les arrachant à leur mère qui, si elle le voulait,

pourrait passer la nuit avec eux ici, serait épuisant, perturbant et inconvenable.

aux yeux de la loi, je suis le seul responsable de ces enfants de jour comme de nuit. comment alors pourrais-je me soustraire à cette responsabilité pendant leur absence ?

toute personne pourra, sur procuration donnée par sultana la commune belge ou au consulat marocain de bruxelles, voyager avec les enfants si leurs noms et photos figurent sur son passeport.

ma proposition est que madame kouhmane vienne à touffahat qu'elle connaît bien, qu'un appartement spécial lui soit réservé, à mes frais, pendant toute la durée de son séjour parmi nous.

bon... bon m'interrompit l'agent, vous direz cela lundi matin à monsieur le procureur. quand vous vous serez mis d'accord sur le contenu de la réponse, je la rédigerai, vous la signerez et, à travers les services compétents, il arrivera à l'intéressée.

trapu, brun, joues potelées, yeux grands et noirs, manifestement imbu de lui-même, monsieur le procureur est tellement agile qu'il garde à peine son siège et si orgueilleux qu'il répond à peine au "salam" que tout musulman doit rendre même à son ennemi.

il me demanda finalement de m'asseoir en face de lui. ensuite il exprima son étonnement de l'importance que revêtait mon dossier dans certaines sphères politiques qui le contactaient. quand il voulut entrer dans le vif du sujet, le téléphone sonna brusquement :

allô ?.. qui ?.. ha.. ! monsieur tel ? bienvenue ! quel est le problème ?

de la conversation des deux hommes ou comprenait facilement que le client qui venait de le contacter voulait qu'on lâchât son proche parent détenu par la police de la ville suite à une dispute qui tourna mal entre lui et son adversaire.

sans connaître ni entendre les parties en litige, sans se pencher sur les tenants et les aboutissants de l'affaire simplement rapportée en téléphone par quelqu'un qui ne fut pas nécessairement témoin de la querelle, monsieur le procureur promit :

nous le libérons maintenant... l'autre, le bâtard (sic), l'ennemi d'allah (sic), nous lui donneront une correction inoubliable... bienvenue ! bienvenue ! ha.. ha...

puis, plein de gaieté et content de savoir qu'aucun être autre qu'allah ne pourrait mettre fin à son despotisme, il se tourna vers moi et vit que je le fixais d'un oeil scrutateur et étonné de voir la confiance du souverain si mal portée et si mal honorée. sans transition, il me demanda:

que dites-vous professeur de la proposition de madame kouhmane ? elle veut qu'on lui porte les enfants à fès ... vous êtes porteur du coran, docteur en droit et en chari'a et vous savez ce que dit l'islam au sujet des "liens de matrice" qu'il ne faut en aucun cas rompre ou négliger.

bien sûr, monsieur répondis-je mais il s'agit d'un complot organisé pour me prendre mes enfants et les élever dans le vice et la misère spirituelle. j'en réfère au jugement de votre tribunal prononcé au nom de sa majesté, telle date, telles références.

j'en ai assez de ce problème
monsieur le procureur, je m'engage devant vous, comme je l'avais fait par écrit à la brigade judiciaire, de recevoir cette femme comme il se doit, de lui donner l'hospitalité dans une maison à part, sous ma responsabilité et à mes frais, de laisser ses enfants avec elle, jour et nuit jusqu'à ce quelle veuille elle-même s'en aller.

et pourquoi pas ici en ville ?

non... je ne peux pas... nous avons déménagé d'ici et c'est dans le village que les enfants vivent à présent. mais leur mère peut évidemment se reposer à sefrou chez ma sœur; ensuite je leur payerai un taxi qui les conduira en moins d'une heure au village.

monsieur 'ahid laheen, notez ce que vient de dire le professeur et quand il aura signé, il pourra s'en aller.

* * *

un beau matin d'octobre, nous fûmes surpris par la visite inattendue de ma sœur fatima.

salam.. chère sœur ! du nouveau parait-il ?

oui frère. sultana, sa mère et son père m'ont parlé hier au téléphone et te supplièrent d'amener chez moi les trois enfants, ce vendredi après-midi, afin que leur mère bavarde un peu avec eux et s'excuse auprès d'eux, de l'annulation du voyage et de la visite qu'elle projetait de faire au maroc et ce pour des raisons indépendantes de sa volonté. une demi-heure après, c'est ton ami le colonel de l'ambassade qui me demanda de te saluer et de te prier de faire venir les enfants à sefrou pour qu'ils parlent à leur mère puis tu les ramèneras chez toi le jour même. tu sais, ajouta fatima, il n'a cessé d'insister jusqu'à ce que je lui aie juré de transmettre moi-même le message.

ainsi donc... bon.. tu passes la nuit avec nous et demain je te dirai incha allah ce qu'il en sera.

tout en vaquant à mes activités régulières, je pensais à cette volte-face que vinrent d'opérer sultana et ses collaborateurs. la nuit, quand je me suis réveillé pour la prière nocturne, l'explication de ce changement imprévu, comme un éclair dans le ciel de l'atlas, me traversa l'esprit sans m'empêcher de terminer dans la sérénité mes lectures et mes prosternations.

le colonel el abdi n'était donc pas un ami comme il l'avait répété à ma sœur mais quelqu'un qui travaillait pour l'exécution d'un jugement étranger sur le territoire de son pays dans le mépris total de la souveraineté marocaine. toute connivence de ses supérieurs hiérarchiques à rabat était exclue en raison de la probité et du respect total qui devaient prévaloir au niveau des autorités suprêmes représentatives des intérêts de la "oumma", la communauté musulmane du maroc.

le complot était donc tramé par le trio injuste: sultana, le colonel et le procureur, aidés par de petits complices corrompus trouvés ici et là parmi les gens indignes et irresponsables.

ةcoute ma sœur, le coup de téléphone que tu as reçu hier est un piège tendu à ton frère et à ses enfants. sultana et les siens t'ont parlé de sefrou ou de fès et non de bruxelles. comme ils tardaient de me voir avec les enfants à sefrou, ils voulurent hâter mon apparition là où ils pourraient m'intimider ou me neutraliser et emporter les enfants dans le silence complice des autorités locales acquises à leur cause par les interventions du colonel et de son commis, le nommé kamal que tu connais. sa lettre selon laquelle elle nous rendra visite le 27 octobre prochain est aussi un piège. son double but est d'essayer d'une part d'obtenir de moi l'engagement de déménager à sefrou pour la rencontre présumée et d'autre part écarter de mon esprit toute supposition que mes adversaires seront là avant le 27 octobre...

ma sœur ne semblait pas me croire.
اa va lalla fatima lui dis-je tu vas retourner à sefrou et quand ces gens ne m'auront pas vu chez toi ce vendredi après-midi, ils toqueront à ta porte. salam.

comme prévu, sultana, sa mère, un homme (dont la description révéla qu'il était kamal le commis du colonel) et une troisième femme en qui mes voisins à sefrou reconnurent la journaliste et "cameraman" venue spécialement pour couvrir l'événement de a jusqu'à z. cette journaliste, sûre de remporter le lot et de présenter une émission fracassante aux publics belge et international, commença par filmer de l'extérieur mon appartement à sefrou et s'apprêtait à filmer la suite: la venue des enfants, les retrouvailles heureuses, les réactions malheureuses du père piégé, la montée dans l'avion à fès ou à casablanca, l'atterrissage à zaventem, les déclarations inculquées aux enfants pendant le voyage afin que leur père soit dénigré par ses propres enfants et que l'islam qu'il représente et les valeurs morales et sociales auxquelles il s'accroche soient abaissés. une fois dans l'appartement de la mère, la journaliste filmerait alors les enfants dans leur nouvelle vie, en train de manger, de jouer, de critiquer les coutumes et les traditions marocaines, d'embrasser des étrangers présentés sous de nouveaux noms et qualificatifs tels que papa x, oncle, mémère, pépère, et de renouer petit à petit avec le monde du tabac, de la drogue, de la délinquance et de la perdition.

* * *

seigneur! que dois-je faire? "je me suis engager à recevoir cette femme le 27 octobre, date fictive de son arrivée au maroc et je dois tenir parole quelles que soient les conséquences. je suis musulman et je ne romprai jamais le pacte d'allah. j'ai laissé à ma sœur suffisamment d'argent pour bien recevoir mes hôtes et payer les services d'un taxi... je vais donc attendre un jour ou deux après le jour fixé, le temps que la dame et les siens se reposent comme convenu chez ma sœur. mais une mère ne peut dormir tout en sachant que tout près d'elle il y a une partie d'elle-même, des coeurs qui l'attendent !

quand même !.. tu dois attendre chose promise chose due ! tu divagues! ces gens n'arriveront pas le 27 octobre parce qu'ils sont déjà sur place à t'attendre !

tu respectes une signature d'un papier sans valeur et ils ne respectent ni le pays qu'ils foulent ni la religion qu'ils bafouent ni les enfants qu'ils visent. ces gens ne passeront la nuit ni chez ta sœur ni au village ! ce qu'ils veulent c'est te voir débarquer avec les enfants à sefrou là où il est facile de mettre leur plan à exécution.

continue à délirer si tu veux mais les hommes du colonel sont sûrement plantés à toutes les entrées et sorties de la ville !

tourmente toi avec ta conscience morale et oublie l'étau qui se resserre et le danger qui guette !

d'accord! d'accord! mais je suis musulman et je dois respecter ma parole! si, à sefrou je suis découvert, à touffahat je suis bloqué ni poste! ni téléphone! je n'ai personne qui puisse aller d'ici informer valablement de ma part messieurs el jadidi et driouach à rabat ou carrément le président de la cour suprême, que je n'avais pas voulu déranger avant cette calamité qui me tombe à l'improviste sur la tête !

mais ici ce ne sont pas les hommes du colonel qui viendront te chercher mais bien les hommes du procureur. s'il est dans le coup et il l'est, il va t'envoyer une nouvelle convocation sachant que tu n'es pas l'homme à désobéir aux représentants de la loi bien que ceux-ci se trouvent en flagrante violation de ce qu'ils sont censés protéger et faire respecter ... "

finalement, je me suis rendu compte que je monologuais.

seigneur ! le soleil va bientôt se lever et l'agent du procureur sera là nécessairement pour me remettre la convocation. non, je ne verrai pas ce triste papier et il ne me verra pas.

réveillez-vous les enfants! faites votre prière, prenez votre petit déjeuner; ensuite préparez-vous à aller rendre visite à vos tantes !

l'idée était simple : disperser les enfants dans le village chez leurs tantes puis monter au sommet d'une montagne et observer l'arrivée de nouveaux venus au village et leur sortie, ceux parmi eux qui passeront à la maison et ceux qui iront chercher les enfants à l'école puis agir en conséquence.

quand je m'apprêtais à sortir avec les enfants, je me trouvai face à face avec ma sœur fatima qui venait de descendre d'un taxi.

assalamou alaykoum ! dit-elle.

salam. que se passe-t-il ? demandai-je.

comme tu as dit, sultana et les siens sont venus me voir et ils te prient de leur amener les enfants à sefrou.

tiens.. tiens... a peine trente kilomètres la séparent de ses enfants et elle n'accourt pas les voir, les sentir et les embrasser? quelle maternité! l'enjeu donc est autre! outre les enfants, elle veut réaliser des bénéfices et une renommée, savourer une victoire et écraser un imam. je peux lui concéder tout cela mais je n'ai pas le droit de livrer des enfants innocents aux griffes des fauves après qu'allah les en a sauvés.

voici, ma sœur, de l'argent pour payer un autre taxi dans le cas où ils voudraient venir avec toi - et il ne le feront pas à cause de la journaliste à qui on a promis un exploit, une victoire fascinante pour eux et une défaite ulcérante pour moi et non la prise de photos très belles et exotiques, de panoramas superbes et en harmonie avec les profondeurs de l'âme humaine qui s'éprend encore du beau, de l'honnête et du bien. ces choses, ma sœur, rapportent peu de nos jours; ce que les gens cherchent c'est l'éclatement, la folle, le scandale et surtout l'écrasement de l'adversaire au vu et au su du plus grand nombre possible de spectateurs. tu leur diras simplement qu'ils seront les bienvenus ici et que je les attends. regarde... tout est prêt ici pour les recevoir et rendre leur séjour gai et agréable. mais ton frère n'a pas de chance avec cette femme ; il œuvre pour sa survie ici-bas et dans l'au-delà et elle cherche à le briser et à le ruiner aux yeux des vivants et auprès d'allah !

ainsi, au lieu de m'envoyer une convocation en bonne et due forme, on a envoyé d'abord ma sœur pour tenter de m'avoir par les sentiments. demain ce sera le tour du papier piégé.

par précaution j'ai attendu 2 1 h pour retourner à la maison avec les trois enfants qui avaient passé d'agréables moments avec leurs cousins et cousines, mangé de bonnes choses et découvert d'autres lieux et habitudes. néanmoins dès qu'ils virent leur belle maison dormante sur l'épaule de la colline, ils entamèrent une petite course pour y arriver et retrouver frères, sœurs, amis, détente, air familial et tranquillité.

le lendemain, après la prière de l'aube, j'ai réuni les enfants et les autres membres de la famille et raconté ce qui était en train de se passer entre mes adversaires et moi, entre sefrou et touffahat. je leur expliquai aussi les deux positions antagonistes, celle de sultana et la mienne.

soumaya réagit alors :

si maman nous aimait comme elle nous le répétait dans ses lettres, elle serait venue nous voir ici quitte à traverser des fleuves de feu ardent.

mahdi ajouta:

si maman pensait à nous, elle quitterait cet homme kafir qui la battait devant nous, prenait son argent pour le dépenser dans le jeu et remplissait notre appartement de fumée et d'alcool.

sajida, plus réaliste, dit simplement

moi, je veux rester ici avec mes colombes et mes volailles (elle éclata en sanglots de peur qu'on ne l'arrachât par la force, elle qui suppliait d'habitude pour m'accompagner en ville chaque fois qu'elle me voyait me préparer à y aller.)

ةcoutez, mes chers! vous ne voulez donc pas que je vous remette à votre mère! mais sachez que si nous n'y allons pas, eux, ils viendront sûrement nous chercher. que faire alors?

cachons-nous dans le mausolée de sidi slimane ! dit mahdi.

revenons chez tante amina, c'est plus sûr, corrigea sajida.

comme les hommes de la grotte, allons nous cacher dans l'une des cavernes de bentato.

qu'allah vous protège mes petits mais vous devez savoir que jadis les persécutés trouvaient certes des refuges dans les grottes et les sommets des montagnes; aujourd'hui la persécution profite du progrès et de ses moyens très développés pour traquer les marginaux sur les crêtes des montagnes, sur les ailes de l'air et dans les entrailles des mers. ne reste donc pour nous que le refuge d'allah qui protège ses serviteurs quand il veut et comme il veut.

que vas-tu donc faire papa ? me demanda soumaya.

j'attendrai jusqu'au 28 octobre, un jour après le rendez-vous donné à votre mère. nous sommes le 25 octobre 1997. elle est au maroc, à sefrou, une heure de route, même pas. si elle vient, ce sera la fête pour tout le monde, sinon le cours de l'histoire, notre histoire changera un peu puisque nous devrons quitter notre village pour aller quelque part dans le monde. l'essentiel maintenant est que vous preniez votre petit déjeuner avec appétit et dans le calme; ensuite, nous sortirons de la maison avant le lever du soleil pour rester dans la forêt jusqu'à la tombée de la nuit. les animaux de la forêt sont plus discrets que les êtres humains fussent-ils des proches parents. si votre mère vient ici, quelqu'un nous rejoindra pour nous le dire et nous retournerons alors à la maison pour l'accueillir et l'entretenir.

* * *

tenant d'une main un panier contenant des provisions et des affaires scolaires et de l'autre ma petite sajida, je sortis de la maison et me dirigeai vers la forêt. de temps en temps, je jetais un regard au ciel car j'étais partagé entre l'espoir de voir venir la pluie si attendue et si bénéfique pour nous, les habitants de la campagne, et la peur de voir les enfants trempés d'eau ou grelotter ou bloqués devant les innombrables cours d'eau impétueux qui ne manqueraient pas de se former rapidement dans les oueds de la forêt. nous fiant à allah, nous allâmes droit vers notre asile préféré.

nous sommes allés vers le sud où les arbres sont plus grands, l'eau abondante, les paysages magnifiques et variés. s'il pleuvait ou tonnait les enfants pourraient sans grande difficulté aller s'abriter dans le mausolée de leur ancêtre sidi slimane ben yahya.

en route, les enfants jouaient et riaient comme si rien n'était. leur insouciance ne s'expliquait pas par le seul fait qu'ils étaient encore enfants mais aussi par la proximité du village et de la maison, la vue des visages connus qui paraissaient aux portes des maisons disséminées dans le douar et parce que leur imagination ne pouvait appréhender le cours rapide des événements et l'imminence du danger qui pourrait nous surprendre chez nous si nous y restions plus de trois jours.

loin de paraître dans la forêt comme des fugitifs, les enfants s'y installèrent comme des scouts en pique-nique. je me suis résolu alors à profiter de la disponibilité de leur temps et de leur esprit pour faire de notre demeure forestière une école à ciel ouvert où ils pourraient apprendre des choses utiles et intéressante s avec leur père comme unique professeur aidé dans son entreprise par des assistants parmi les lièvres, les hérissons, les rossignols, les corbeaux et les autres oiseaux de la forêt. comme moyens pédagogiques, il avait les arbres, leurs fleurs et leurs fruits, des pierres précieuses et brillantes que les enfants aimaient chercher et classer, des plantes sauvages dont les propriétés et les odeurs si variées étonnaient les enfants et les amusaient. le but serait d'occuper les enfants pour empêcher l'ennui de peser sur eux et leur dispenser des matières d'enseignement primaire telles que l'histoire, le calcul mental, la lecture arabe et française en plus de leur pain quotidien de coran et de hadith.

en guise de calcul, sajida compterait ses pierres brillantes, ses fleurs, les perdrix et les oiseaux qui survoleraient sa jolie tête bien coiffée, les chèvres qui, sous son regard, iraient le long de la vallée et les petits animaux sauvages qui, ici et là, chercheraient leur nourriture ou leurs semblables.

soumaya et mahdi ne trouvèrent pas de difficulté à grimper les petites montagnes que bentato entourait de ses bras robustes et touffus à la manière d'un père qui, jaloux de ses enfants, les serrait contre lui pour les protéger des dangers qui les guettaient.

sajida, elle, insistait pour parcourir sans aide la distance entre la maison et notre lieu de prédilection dans la forêt, sautait agilement sur les branches d'arbres qui jonchaient les pistes, et traversait habilement les oueds dont certains passages obligés ou plus courts étaient bloqués par des troncs de chêne ou des roches roulées par les torrents ou l'érosion silencieuse des montagnes. alors, avant de la voir fatiguée ou découragée, je la portais sur mes épaules telle une perdrix qui, après avoir tant volé, se posa entre deux branches d'arbres cachées ou comme un petit lièvre qui trouva un refuge sûr après avoir couru et haleté devant des chasseurs et des chiens impitoyables.

après vingt minutes de marche, nous arrivâmes au pied de bentato sur une colline couverte de chênes verts, de lentisques et de végétation abondante. nous y choisîmes une très petite clairière entourée d'arbres et donnant sur une partie importante du village et, chose plus importante pour nous, sur l'unique piste qui relie le village à son mausolée. ainsi, nos persécuteurs ne pouvaient pas nous surprendre. dans le cas où ils viendraient en jeep nous chercher dans l'enceinte de sidi slimane, nous aurions le temps et la possibilité de nous déplacer aisément et choisir une autre cachette. heureusement aucune voix mécanique ne vint troubler les chants de nos oiseaux et ceux des bergers qui s'éloignaient avec leurs troupeaux sur les flancs de la montagne silencieuse.

après l'installation, les enfants commencèrent à s'organiser pour rendre leur demeure "habitable". nous balayâmes ses cailloux, brisâmes ses branches sèches et pendues, délimitâmes ses portes et ses fenêtres et choisîmes l'emplacement de la salle de classe, de la cuisine et de la tour de contrôle d'où le père pouvait surveiller avec ses jumelles les allées, les petites pistes et les intrus indésirables qui pourraient éventuellement tenter de nous ennuyer.

les enfants jouaient, sautaient, rigolaient et riaient. puis ils s'allongeaient pour se reposer et se raconter des blagues. ensuite ils commencèrent à réciter les sourates ou chapitres du coran qu'ils avaient appris auparavant.

dites les enfants. si c'est l h (une heure) de l'après-midi, que doit-on se rappeler ?

la prière répondirent-ils.

mais, papa, l'eau que nous avons ne pourra suffire pour la boisson et les ablutions ! avec quoi allons-nous donc nous laver ?

là-bas, il y a la source de l'olivier, pourrons-nous y aller et faire nos ablutions demanda soumaya.

non ma fille, répondis-je, à cette heure de la journée, les bergers du village s'y retrouvent pour manger leur casse-croûte et reposer leurs troupeaux. si nous y allons, ils sauront que notre cachette est proche de la source, le soir, ils le diront peut-être innocemment à leurs famille et amis et si parmi ceux-ci il y a un coeur malade ou un mouchard qui n'attendra que cette occasion pour aller nous vendre à sefrou ?

sajida qui n'avait pas encore dit son mot (vu son âge on ne s'attendait pas à ce qu'elle intervînt en cette matière), s'exclama:

faisons du tayammum, papa!

oui, ma chère, on dit bismillah, on frappe des mains sur la terre et on essuie son visage et ses mains. c'est tout. c'est ainsi qu'on fait lorsqu'on a pas d'eau ou pas suffisamment, lorsqu'on est malade, en voyage ou dans l'incapacité effective d'accéder à l'eau. remercions allah qui a fait de l'islam une religion "divine" dans ses profondeurs, humaine dans ses pratiques et qui nous a permis de nous purifier par la terre et d'en faire là où nous nous trouvons une mosquée, un lieu de prière à ciel ouvert.

les enfants se mirent après en rangée, orientés vers la qibla (la mecque).

je me plaçai devant et guidai la deuxième puis la troisième prière sans oublier l'invocation d'azzahra après chacune des prières.

ensuite, soumaya prit le panier, en sortit la nourriture et demanda :

que préférez-vous? qu'on mange ensemble ou que je mette à chacun sa part dans une assiette ?

ش ma fille ! si tu avais su ce que le prophète dit à propos de cela, tu n'aurais pas posé cette question !

qu'a-t-il dit papa? que la prière d'allah et son salut soient sur lui et sur sa famille ?

le hadith dit: "si le repas remplit quatre conditions, il est alors complet: être halal (licite), être touché de beaucoup de mains, commencé par bismillah et terminé par alhamdoulillah (merci et louange à allah)"

les enfants mangèrent alors à leur faim, remercièrent le pourvoyeur et burent de l'eau de source. quand soumaya était occupée à ranger les affaires de cuisine, sajida, elle, s'attelait à aider une petite fourmi qui essayait de porter une miette de pain plus grosse qu'elle.

tu es généreuse ma fille: tu lui laisses la miette au lieu de la balayer et tu l'aides à la porter !

c'est qu'en ville, papa, intervint mahdi, il est recommandé de ramasser les miettes et de les manger pour ne pas les fouler des pieds. en campagne ou en forêt, tout ce qui tombe de nos mains ou de notre table appartient aux petits habitants de la terre, n'est-ce pas, papa ?

tu as raison, mon fils, c'est ce que soumaya avait compris aussi quand elle a ramassé le pain restant et laissé par terre les morceaux tombés.

papa, demanda sajida, est-ce qu'allah me voit maintenant avec cette fourmi ?

oui ma chère, et sait aussi ce que nous pensons et ce que nous disons. vois-tu cette fourmi? on n'en voit que la couleur, la tête et les membres; mais allah - glorifié soit-il sait son intérieur et son extérieur, quand elle est née, où elle a vu la lumière, ce qu'il y a dans son organisme comme systèmes de digestion, de reproduction, de respiration, ses instincts de sociabilité, de construction, de défense, de protection, son langage, ses pas imperceptibles dans la journée comme dans la nuit et il lui donne son pain quotidien comme à toutes les autres créatures.

mahdi rétorqua en s'exclamant:
mais, papa, si allah nous voit et sait ce qui nous arrive pourquoi n'intervient-il pas pour éloigner ces gens qui nous cherchent et ne nous laissent pas vivre en paix dans notre village ?

bien! écoute mahdi, quand le maître d'école écrit l'énoncé d'un problème d'arithmétique au tableau noir et vous demande de le résoudre, pourquoi ne vous écrit-il pas la réponse une fois pour toutes ?

parce qu'il veut connaître le studieux parmi nous et le paresseux

eh bien, mon cher, allah est notre maître et nous sommes dans l'école de la vie, nous devons donc réussir aux épreuves et montrer que nous sommes des croyants musulmans intelligents et studieux !

mais, papa, allah sait d'avance, à quoi bon l'examen ?

parce qu'il veut nous juger d'après nos actes et non d'après ce qu'il sait de nous! revenons à l'exemple de l'école, quel élève acceptera-t-il que le maître lui dise qu'il le connaît très bien, que c'est un paresseux incorrigible et qu'il lui donnera zéro sur dix sans même examiner sa copie ou la regarder?

c'est vrai! personne n'acceptera cela, sinon l'élève serait injustement traité par son maître.

c'est cela, mon fils, et allah n'est pas injuste; les épreuves de la vie sont donc nécessaires qu'on soit riche ou pauvre, homme ou femme, croyant ou incroyant, il faudra bien y faire face tout en implorant l'aide d'allah le miséricordieux.

soumaya donna la conclusion.

d'accord, papa, nous résisterons aux épreuves avec toi jusqu'à ce qu'allah nous donne la victoire sur nos persécuteurs. maintenant, veux-tu nous raconter l'histoire de la vieille sorcière ; j'aimerais bien savoir comment une femme peut être plus maligne et plus rusée que satan.

je vous la raconterai, c'est promis! mais après que vous aurez fait une petite sieste! allez, ces herbes aplaties sont vos lits d'aujourd'hui et ce chêne touffu votre couverture, n'ayez pas peur: je veille et la providence surveille !

une heure après, les enfants étaient là, autour de moi, pour écouter le récit de la vieille.

"jadis, dans une ville musulmane ancienne, il y avait un qadi (juge) connu pour sa probité, sa fermeté et son impartialité. parce que la paix régnait, le respect de la vie humaine, des personnes et des biens était sans faille et qu'il était riche et généreux, toute sa tribu et tous ses coreligionnaires l'aimaient et le vénéraient. sa femme était très belle et, comme son mari, elle jouissait de beaucoup d'estime dans sa propre tribu et dans la cité. ses voisines et ses servantes ne lui trouvèrent qu'un seul défaut: sa grande jalousie. malgré cette passion, le juge et son épouse vivaient heureux et paisibles, faisaient du bien, assistaient les gens et répandaient du bonheur autour d'eux. ce jihad irrita satan et le rendit fou furieux puisqu'il ne pouvait sentir l'odeur du bien, de la justice et de la paix chez les hommes mais, comme il n'avait aucun pouvoir sur les croyants consciencieux et clairvoyants, il alla consulter un être humain, une vieille sorcière réputée pour sa malice et sa patience dans l'industrie du mal. quand elle sut que satan voulait séparer le juge d'avec sa femme, leur créer des problèmes pour les empêcher de faire le bien et de répandre la justice et la bienfaisance dans la cité, elle souria malicieusement et répondit:

cela m'est facile comme bonjour mais tu dois payer pour le travail : de belles chaussures brillantes en cuir !

tu les auras et tout ce que tu voudras avec mais ne me laisse pas trop attendre, j'ai soif de voir du feu brûler des cœurs et détruire des foyers !

le lendemain matin, la vieille prit son petit déjeuner, s'appuya sur sa canne et se dirigea vers la demeure du qadi. la femme de ce dernier ne la connaissait pas mais la reçut néanmoins amicalement et généreusement croyant qu'il s'agissait d'une sainte pleine de bénédictions.

tout le monde parle de monsieur le qadi et de son épouse. grâce à votre générosité, nous vivons bien et dans la paix, on ne pourra jamais vous en remercier assez, lança la vieille.

l'épouse du qadi baissa la tête de pudeur et réagit :

ne dit rien ma mère de ce que nous faisons pour allah car mon mari et moi n'attendons ni récompense ni remerciement!

qu'allah te bénisse ma fille, vous nous avez appris à faire notre devoir sans rien attendre de personne. c'est pour cela que je viens aujourd'hui, ô ma chère, car l'honneur m'oblige à te donner un conseil si tu me protèges

quoi donc ô femme de bien ?

j'ai entendu de sources sures que monsieur le qadi malgré son attachement à toi et son grand respect pour ta tribu, tes frères et tes parents, cherchait à prendre une deuxième épouse moins belle que toi, certes, mais peut-être plus rusée. il est bien intentionné, tu sais, mais il ne fait guère attention à ce qu'il mange chez les gens qui l'invitent. ils l'ont sûrement ensorcelée !

tu as raison! mais que faire pour déjouer leurs manoeuvres ? ne t'en fais pas! laisse ce travail pour moi, apporte moi seulement quelques cheveux du cou de monsieur le juge; ce soir quand il dormira profondément dans son lit, prends les à la lame et tu verras comment la manigance de vos ennemis se retournera contre eux !

je ferais ce que tu m'as dit cette nuit, accepte ce cadeau de ma part. salam.

la vieille sortit de chez la femme, un demi sourire sur ses lèvres jaunâtres et se dirigea vers le tribunal pour rencontrer le qadi. celui-ci la reçut et lui demanda de s'asseoir devant lui, croyant qu'il s'agissait d'une pauvre femme lésée dans ses droits par un despote quelconque.

monsieur le qadi, dit-elle, votre justice nous rend heureux et vous comblez les pauvres de votre générosité et il est temps qu'une pauvre vieille se décharge de sa dette envers vous en vous donnant le conseil de prendre garde et de ne pas vous fier aux hommes et aux femmes qui vous entourent.

qu'as-tu derrière la tête, femme ? explique-toi

j'ai entendu de sources sûres que votre honorable épouse avait été induite en erreur par les mauvaises langues qui parlaient méchamment auprès d'elle de votre vie privée, ce qui l'a rendue furieuse contre vous et cette nuit elle essayera de vous tuer par votre propre lame! malgré l'âge, la distance et la chaleur, j'ai accouru pour vous sauver !

non! impossible! ma femme fera cela ? je n'y crois pas.

faites semblant donc de dormir profondément ce soir pour en avoir le coeur net et espérons que ce que j'ai entendu n'est que rumeurs infondées. qu'allah vous protège, mon fils. amen.

la vieille sorcière sortit du bureau du magistrat et se dirigea vers chacune des tribus du qadi et de son épouse pour parfaire la trame du complot et multiplier le nombre des bourreaux et des victimes.

le soir, le qadi revint chez lui. sa femme, comme d'habitude, le reçut dans la gaieté, l'aida à se changer et à faire ses ablutions et ses prières. en mangeant ce qu'elle lui avait préparé, il n'a rien voulut dire au sujet de la vieille. le qadi commença à bâiller et fit semblant d'avoir sommeil. sa femme le conduisit alors à sa chambre et l'aida à se coucher. quelques minutes après; la femme vit que son époux dormait profondément et ronflait. elle décida alors de prendre sa lame et de couper quelques poils de son cou. quand elle s'approcha de lui, il sauta sur elle et la poussa de toutes ses forces en l'insultant. furieuse, elle se défendit en le blessant par la lame qu'elle avait encore à la main. les doutes du qadi se confirmèrent à ses yeux et, sans pitié, il la frappa mortellement sur la tête et resta debout à côté de sa dépouille inanimée. soudain, des membres de la tribu de sa femme firent irruption dans la maison. quand ils virent leur sœur par terre, ils s'en prirent au qadi et l'achevèrent.

en sortant, ils tombèrent sur la tribu du qadi et ses alliés qui attendaient avec des bâtons et des armes. la bataille commença alors entre les deux camps dans une violence sans précédent.

non loin de la bataille, satan regardait en spectateur le résultat du travail supersatanique et génial de la vieille sorcière. il prit alors du dessous de ses pieds des chaussures en cuir brillantes et se hâta de rencontrer son associée. soudain, il se ravisa et se dit qu'il vaudrait mieux, pour ne pas se risquer avec elle, de lui descendre son cadeau par la lucarne de son toit. ce serait plus sûr se disait-il.".

les enfants crièrent d'une seule voix: quelle mauvaise vieille !

pourquoi est-elle mauvaise? demandai-je.

parce qu'elle est méchante et médisante répondit mahdi. soumaya vit la question sous un autre angle

mais papa, s'exclama-t-elle toute jeune fille sera un jour âgée et vieille! si, dans sa jeunesse, elle était croyante et pieuse, ses qualités changeraient-elles avec l'âge ?

non ma fille, on moissonne dans sa vieillesse ce qu'on a semé et cultivé dans sa jeunesse. toutes les vieilles ne sont pas méchantes comme cette sorcière là. dans toutes les communautés, l'histoire des hommes a connu des femmes qui avançaient en science et en sagesse au fur et à mesure qu'elles avançaient dans l'âge, comme la vieille israélienne ?

la vieille israélienne ?

oui dans le coran, israël était prophète, homme de bien, père de plusieurs enfants dont youssef.

ah, youssef, je connais la sourate de youssef, papa, nous interrompit mahdi. tu nous as raconté comment ses frères l'avaient envié, éloigné de son père, vendu comme esclave et comment il devint premier ministre, pardonna à ses frères et leur donna des maisons en ةgypte.

tout à fait mon fils. youssef était aussi prophète, homme de bien et musulman, c'est à dire orienté dans sa pensée et dans ses actes à allah à qui il se soumettait exclusivement. quand il mourut en ةgypte, il fut enterré et ses frères, ses enfants et ses neveux c'est à dire les petits enfants d'israël continuèrent à vivre en ةgypte. certains sont restés croyants et musulmans (1 er sens du mot islam), d'autres, la plupart se sont égarés. allah le miséricordieux, leur envoya alors un autre prophète pour les guider et les sauver de pharaon qui les subjuguait et les humiliait. vous connaissez la suite.

oui, oui, papa

eh bien, la vieille israélienne vivait à l'époque de moussa (moïse) prière et salut d'allah sur lui.

allez, papa, raconte.

en fait, cette histoire fut racontée par le prophète mohammad prière et salut sur lui et sur sa famille :

"un arabe de taïf (ville proche de macca) lui avait donné l'hospitalité dans la période anté-islamique. quand cet arabe sut par après que son hôte d'autrefois était le nouveau maître de l'arabie, il se hâta d'aller le voir pour se rapprocher de lui et se faire récompenser.

bienvenue, dit le prophète, demande si tu as besoin de quelques chose !

j'aimerais avoir deux cents brebis avec des bergers.

le prophète les lui offrit et dit à ses compagnons

cet homme aurait pu me demander ce que la vieille

israélienne avait demandé à moussa:

quand allah lui révéla l'ordre de prendre avec lui les ossements de youssef avant de sortir de l'ةgypte, moussa chercha quelqu'un qui pût lui indiquer où se trouvait la tombe de youssef un vieillard lui dit:

si quelqu'un pouvait en savoir quelque chose, ce serait bien la vieille, une telle.
moussa envoya ses hommes la chercher. quand elle arriva, il lui demanda si elle savait où se trouvait la tombe de youssef.

oui , répondit-elle ! montre la moi et alors demande ce que tu veux.

je ne te la montrerai qu'à mes conditions répliqua-t-elle.

tu auras le paradis, dit-il.

a mes conditions, dis-je rectifia-t-elle.

allah révéla à moussa la possibilité d'accepter les conditions de la vieille (puisque c'est allah qui exauce les vœux et donne)

quelles sont tes conditions alors'?

que ma jambe redevienne souple, que je redevienne jeune, que tu me rendes la vue et que je sois avec toi dans le paradis.

allah la combla et moussa emporta les restes du prophète.

voyez-vous ? certaines femmes, comme cette vieille, sont plus ambitieuses et plus portées vers le bien que des hommes (comme cet arabe de taïf).

il ne suffit pas, mes chers, d'être intelligent, encore faut-il que son intelligence serve à gagner l'au-delà sans négliger sa part du beau et du plaisir licites ici-bas.

quand le soleil s'inclina vers l'ouest pour son coucher habituel et que les bergers commencèrent à se diriger de tous les côtés de la forêt vers le village, nous décidâmes de bouger pour nous éloigner de leurs chemins et pour nous chauffer les corps. en revenant chez nous, sajida et mahdi ramassèrent des glands pour le souper de leurs brebis tandis que soumaya marchait silencieuse et pensive comme si elle craignait de tomber à l'arrivée sur de mauvaises nouvelles. mais quand elle vit les membres de sa famille sortir de la maison pour nous recevoir, elle comprit que rien de grave ne s'était produit après nous et sa tristesse se dissipa.

comme prévu, des gendarmes envoyés par le procureur vinrent nous chercher avec un papier lugubre que personne n'a voulu toucher.

après les deux dernières prières du jour, les enfants entrèrent au bain, se lavèrent, retrouvèrent ainsi leur agilité et demandèrent à manger. un membre de la famille se porta volontaire pour faire la sentinelle et m'informer au moindre bruit de pas douteux ou d'automobile: je ne pouvais exclure le retour des égarés avant neuf heures du soir. quant à sultana, je savais qu'elle ne viendrait pas voir ses enfants.

a peine avais-je fini d'appeler à la prière de l'aube que les enfants se levèrent de leur lit et cherchèrent leur tasse d'ablution. mais, en raison du temps qui pressait, nous décidâmes de faire la prière en dehors de la maison. nous prenions nos provisions et nos affaires scolaires et espérions ne pas tomber sur un mouchard ou sur quelqu'un envoyé à notre recherche.

une demi-heure après, nous arrivâmes à notre demeure de la veille. malgré le froid qui commençait à se faire sentir dans l'air, parmi les arbres et sous nos vêtements, les enfants étaient contents de retrouver leur maison de fortune, leur école forestière et leur tour de contrôle. mahdi me demanda d'allumer du feu pour se chauffer. voyant que les bergers qui pourraient nous repérer à cause de la fumée n'avaient pas encore quitté leurs étables et bergeries, j'allumai un petit feu et les enfants se chauffèrent puis firent la prière avec moi, mangèrent leurs tartines et se mirent d'accord pour organiser leur jeu.

chaque fois que ce dernier devenait animé et bruyant, l'un des enfants rappela à l'ordre en demandant aux autres de baisser la voix, de sauter moins, de ne pas casser les branches sèches et de ne pas sortir de la cachette.

sr.r.r. ! mahdi sonna de la bouche la cloche de l'école.

les élèves se saisirent alors de leurs affaires scolaires et attendirent les ordres du professeur. de l'addition et de la soustraction pour soumaya et mahdi, la révision des sourates déjà apprises pour tous et la copie du texte de français lu et expliqué la veille.

une heure après, les enfants demandèrent de se reposer mais comme ils savaient qu'il n'était pas possible d'aller librement dans la forêt, ils s'allongèrent autour de moi et proposèrent que chacun de nous lançât une devinette ou deux ou racontât une blague.

maison grande et large, là-dedans ni farine ni soupe, vêtements suspendus et occupants énervés. c'est quoi ?

deux frères voisins mais l'un ne peut voir l'autre ?

trois debout, le quatrième dépouillé et le cinquième frappa des mains et attend.

et toi papa tu ne donnes pas de tes devinettes ? si, allez, cherchez:

nous sommes vivants et nous enterrons quatre fragments de nous-mêmes ?

les enfants restant bouche bée, je lançai

nous sommes quatre, que chacun de nous trouve l'une de ces quatre choses ! je commence: quand je me fais couper les cheveux, je les enterre. et toi sajida qu'as tu fait avec ta petite dent de lait ?

je l'ai enterrée. j'ai compris s'exclama-t-elle c'est la dent.

et toi soumaya que fais tu chaque vendredi avant la prière ? les ongles ! papa, on enterre les ongles.

et toi mahdi, réfléchis.

on enterre le sang répondit-il.

une autre devinette papa ? s'il te plaît

bon ... citez-moi six êtres vivants qui n'ont pas été fœtus dans le ventre ou l'œuf d'une autre femelle. allez réfléchissez ! quel est le premier humain de notre espèce?

j'ai trouvé, cria mahdi : le premier des six c'est adam.

le deuxième c'est sa femme eve, ajouta soumaya.

ibrahim, le grand prophète a-t-il égorgé son fils aîné ismaël, prière et salut sur eux ?

non, allah lui a sacrifié un beau bélier du paradis.

oui, le troisième c'est ce bélier créé par la seule parole d'allah.

rappelez-vous ce que fit moussa quand il avait rencontré pharaon.

oui, le bâton qui devint serpent. le quatrième être vivant c'est ce serpent sans mère!

le cinquième c'est la chamelle du prophète saleh qui sortit du rocher de la montagne!

et le sixième ?

c'est la chauve-souris confectionnée de terre par aïssa (jésus) prière et salut sur lui et quand il y souffla, allah donna la vie à l'oiseau en argile.

papa, nous sommes trois, donne la troisième devinette! demanda mahdi.
bon.. cinq personnes pleuraient beaucoup et longtemps plus que tout autre personne dans le monde y compris votre père qui, en belgique, pleura des années votre enlèvement et votre absence.

moi, j'en connais le premier dit soumaya: c'est adam qui pleurait beaucoup le paradis.

j'en connais le deuxième c'est yaaqoub (jacob) qui pleurait youssef jusqu'à la cécité

eh bien le troisième c'est youssef lui-même qui pleurait en prison son père jour et nuit jusqu'à ce que les autres prisonniers en aient eu assez. alors, ils lui proposèrent un compromis: s'il pleurait la journée il devrait se taire la nuit ou l'inverse.

7
et quelle est le quatrième personne ? papa ?
Jamais Sans L'islam de mes enfants et quelle est le quatrième personne ? papa ?
c'est fatima azzahra, la fille du prophète, qui pleurait sans cesse la mort de son père jusqu'à ce que les médinois en aient eu assez. alors, elle prit l'habitude de sortir de médine vers le cimetière des martyrs et là elle pleurait à satiété.

le cinquième grand pleureur est zayn el abidine, fils de hussein que le salut d'allah soit sur eux. il pleurait pendant vingt ans ou plus le massacre des petits fils du prophète, auxquels il avait survécu. chaque fois qu'on lui servait son repas, ses sanglots le suffoquaient.

après cette longue récréation, les enfants devaient revoir un nouveau texte de français, le lire et répondre à ses exercices. sajida, elle, prit la canne de son père et alla chercher à côté de lui des nids de perdrix. quand elle en revint elle trouva que son frère et sa sœur l'attendaient. après avoir discuté en secret, ils m'abordèrent et dirent en une seule voix :

l'histoire (le récit) d'aujourd'hui papa !

un récit ou un repas qui vient à nous ?

où est le repas ? demandèrent-ils.

regardez derrière le rocher, à droite, c'est la sœur fatima qui nous apporte notre déjeuner.

les enfants la saluèrent, se lavèrent les mains et mangèrent avec appétit. ensuite mahdi se leva pour appeler doucement à la prière. nous fîmes alors nos ablutions et, avec les oiseaux des alentours, qui, dans leurs propres langues, à haute voix, traduisaient nos invocations secrètes et nos espoirs, nous accomplîmes nos prières de l'après-midi et nos glorifications quotidiennes.

après ce devoir religieux qui apporta la paix à nos âmes et le repos à nos corps, les enfants s'allongèrent sur un sol couvert de feuilles d'automne et commencèrent à se raconter leurs souvenirs avec les frères, les sœurs, les amis du village, leur famille maternelle vivant à bruxelles, zaïna, malika, les chiens, l'âne, les volailles et les camarades de classe qui étaient gentils avec eux. pendant qu'ils bavardaient, je me tenais sur un tronc d'arbre et regardais les sommets des collines voisines, les clairières et les pistes qui les reliaient. quand je voulus prendre mon carnet pour noter une observation, je vis les enfants plongés dans un sommeil profond et paisible. je les ai alors couverts de deux draps que j'avais apportés avec moi, avant de me saisir du carnet de notes et d'un livre que j'aimais lire dans ma solitude.

après leur sieste, les enfants demandèrent en s'impatientant que le récit du jour leur fût raconté.

devant leurs petites oreilles et leurs beaux yeux qu'ils me prêtaient je dis:

"un jour, le prophète dit à l'imam ali prends ces douze dirhams et va m'acheter une chemise. je suis allé au souk, dit l'imarn ali et j'ai alors acheté une chemise au prix de douze dirhams. quand je revins chez le prophète, il me dit :

ش ali, une autre que celle-ci vaudra mieux pour moi. crois-tu que le marchand de tissu vaudra bien annuler la vente?

je ne sais pas, répondit l'imam ali.

va donc voir !

quand j'ai demandé au marchand ce que le prophète avait souhaité, il récupéra la chemise et me rendit l'argent. le prophète m'accompagna alors au souk pour acheter lui-même une chemise.

avant d'y arriver, il vit devant lui une jeune fille qui pleurait. - qu'as-tu ? lui demanda le prophète.

messager d'allah ! mes maîtres m'ont remis quatre dirhams pour leur acheter quelque chose mais je les ai perdus. je n'ose pas retourner chez eux les mains vides !

le prophète lui remit quatre dirhams et dit : regagne ta famille alors !

arrivé au souk, le prophète acheta une chemise à quatre dirhams, la porta et remercia allah de l'avoir vêtu. soudain, il vit un homme presque nu qui répétait:
"quiconque me donne un habit, aura d'allah un vêtement du paradis!". le prophète ôta sa nouvelle chemise achetée et la lui donna. ensuite il retourna au souk pour en acheter une autre à quatre dirhams. en revenant chez lui, il retrouva la même jeune fille qui pleurait toujours sur le chemin. le prophète lui demanda alors :

pourquoi ne retournes-tu pas dans ta famille ?

j'ai peur qu'ils me battent à cause du retard, répondit-elle.

passe devant et montre moi où ils habitent.

arrivée près de la porte, il dit: "assalamou alaykoum ô les habitants de la maison! " personne ne répondit. il relança alors la salutation. finalement, en troisième lieu seulement, ils répondirent par la salutation traditionnelle consacrée.

pourquoi n'avez-vous pas répondu au premier et au

deuxième salam? demanda le prophète.

ô messager d'allah, quand nous avons reconnu ta voix, nous avons voulu l'entendre et bénéficier davantage. - ةcoutez, cette jeune fille s'est attardée, ne la blâmez pas - pour ton passage ici, elle est libre, ô messager d'allah.

le prophète dit: "louange à allah, je n'ai pas vu douze dirhams plus bénis que ceux-là: allah en a vêtu deux personnes et en libéra une troisième! "

quand j'ai voulu exploiter le récit pour expliquer le mot

baraka, bénédiction aux enfants qui en avaient déjà entendu parler à propos de sidi slimane, du st coran et des cadeaux de la mecque, sajida protesta :

papa, ce récit est petit, tu as triché, raconte moi un autre plus long s'il te plaît !

je n'ai pas pu résister aux câlins de ma petite fille et leur racontai alors le récit des trois hommes éprouvés dans leur santé puis dans leur fortune, rapporté par les recueils de hadith.

le soir, les enfants attendaient impatiemment le coucher du soleil pour revenir à la maison. comme nous empruntâmes une autre piste pour le retour, les enfants profitèrent de l'abondance des glands et des baies d'une espèce de sorbier pour en remplir leur panier afin d'en faire goûter les membres de la famille et donner le reste aux moutons.

derrière le grand rocher du village, nous choisîmes dans le principal oued qui sépare le village en deux douars, une place ombragée par un vieil olivier au pied duquel nous pouvions suivre du regard, sans être vus, le retour au village des paysans et des bergers et entendre au dessous de nous le murmure cadencé d'une petite cascade qui alimentait plus loin, derrière nous, un bassin construit au milieu des chênes, des oliviers et des figuiers.

a la tombée de la nuit, nous nous sommes approchés un peu plus de la maison et, cachés par le manteau de la nuit, nous surveillions les portes, les fenêtres et les alentours de la maison et du jardin. quand nous fûmes sûrs que personne n'était là pour nous aborder, nous fîmes irruption dans la maison à la satisfaction des nôtres qui commençaient à s'inquiéter.

comme prévu, les envoyés de nos adversaires sont venus nous chercher une fois le matin et une autre fois l'après-midi. vainement.

après avoir mangé et prié, les enfants embrassèrent tout le monde et allèrent se coucher. moi, je m'attardais dans la mosquée de la maison pour implorer le tout puissant qui ne meurt pas, le vivant qui ne dort pas.

c'était le dernier jour de l'attente que je m'étais assignée malgré l'écoulement de plus d'une semaine après l'arrivée à sefrou de sultana et des siens. si elle ne venait pas, me disais-je, ce serait parce qu'elle voulait bien s'implanter dans mon fief avant de venir conquérir le village où trois trésors d'une valeur inestimable portaient déjà l'emblème de l'islam et se refusaient ainsi toute conquête par l'argent et la force.

ces deux derniers sont les deux ressorts principaux de tout pouvoir cherchant à assujettir et à dominer.

consciente de cette vérité sociale, sultana commença d'abord, par le biais du colonel par avoir le procureur de sefrou de son côté puis, voyant que beaucoup de marocains n'hésitaient pas à s'abaisser pour ramasser des devises étrangères, elle gagna à sa cause certaines personnes qui s'étaient avérées sans loi ni voie. même mon avocat succomba à la tentation venue de l'ouest. j'avais tout compris mais ayant donné ma parole d'attendre le 27 octobre au village, j'ai décidé d'y rester un jour de plus. le prophète, lors d'un rendez-vous manqué par l'autre partie attendit trois jours de suite. mais, moi, je ne pouvais me permettre la faveur de cette sunna.

après la prière de l'aube et le petit déjeuner qui ressemblait plutôt au sahour (repas nocturne pendant le mois de ramadan), nous sortîmes, les enfants et moi et nous nous dirigeâmes comme d'habitude vers la forêt.

les enfants discutaient avec moi et manifestaient, comme moi, leur étonnement grandissant de ne pas voir leur mère débarquer seule ou avec les autres quelles que fussent les conséquences de sa visite; celles-ci, avec quelqu'un comme leur père, ne pouvant en aucun cas être fâcheuses.

de quoi cette femme avait-elle peur? si de peur qu'il s'agissait.

que je la séquestre malgré elle ?

elle sait que je suis trop fier pour aborder quelqu'un qui ne veut plus, de son propre gré, rester avec moi.

que j'exerce un chantage quelconque sur elle? pour quel but? retourner à l'étranger? mes papiers encore valables me le permettent toujours. de l'argent? j'en ai laissé et j'en dépense encore pour sauver mes enfants.

qu'on l'empoisonne? on est croyant et noble et elle est déjà victime d'au moins trois poisons: le tabac, la drogue, l'asthme... que sais-je encore ?

si sultana était restée comme elle était pendant deux ou trois années de notre mariage, fine de caractère, intelligente et confiante en l'islam (malgré les écueils de cette vie) elle aurait pu choisir notre camp et :

obtenir pour elle-même une cure de désintoxication, un repos du corps et de l'âme dans la forêt de l'atlas, un nouvel apprentissage de l'islam, de l'arabe, du berbère et de la civilisation de son pays (ou le pays de son père), un peu comme nathalie, son amie qui, pour ses nobles principes, quitta l'europe des plaisirs et des loisirs pour aller travailler sa spiritualité en afrique et se mesurer à l'inconnu et aux épreuves de cette vie éphémère.

obtenir pour ses enfants :

la présence simultanée de leurs parents (les divergences seraient passées sous silence)

un développement physique et moral équilibré et plein d'enseignement.

de meilleurs conditions pour l'apprentissage du français et du néerlandais avant le retour en belgique.

a l'âge de douze ou quatorze ans, les enfants retourneraient avec leur mère dans leur deuxième pays avec ou sans leur père qui continuerait, dans l'amitié et la compréhension, à contrôler leur instruction et leur conduite. malheureusement pour eux-mêmes et pour les enfants, tout en étant boiteux et infirmes, sultana et les siens voulaient gagner le marathon tout seuls.

la preuve que j'ai raison et que cette femme a tort est l'évidence selon laquelle personne ne peut donner que ce qu'elle possède. or, sultana n'a rien réussi dans sa vie. quand je l'ai épousée, elle avait déjà quitté l'école. elle s'est même mariée pour ne plus être obligée d'y retourner. après la séparation, elle a fini par tomber sur un narco-trafiquant.

je lui ai appris à écrire en français et en arabe, des lettres dont elle avait horreur! maintenant les seules qu'elle écrit sont celles dans lesquelles elle m'insulte et me dégrade.

pendant les cinq années qu'elle avait passées avec moi, elle a cessé de fumer, de fréquenter les milieux malsains et appris à prier, à étudier et à exercer une fonction sociale et spirituelle; après moi elle n'a pas su continuer toute seule et retomba dans la misère d'autrefois. comment alors ses enfants pourraient-ils apprendre quelque chose de sérieux et d'édifiant chez elle ?

pour moi, la vie d'ici-bas est un combat perpétuel pour avoir une existence terrestre décente et un avenir glorieux auprès d'allah.

pour elle et les siens, la vie est un combat dur et amer pour le seul but de consommer plus de produits et de nouveautés. s'ils devaient, en raison de la proximité de leurs voisins musulmans, montrer quelques apparences du rite, ce serait simplement pour servir leur position sociale dans la communauté maghrébine et musulmane à laquelle ils appartiennent par le nom, l'habitude et les intérêts.

je ne veux pas que mes enfants soient élevés dans ce climat hypocrite et malsain je n'aime pas que leurs oreilles s'habituent au bruit strident qu'on appelle musique moderne, aux paroles perverses et dégradantes qu'on appelle chansons; que leurs yeux parcourent toutes sortes de paysages et de spectacles sans penser à regarder pleinement dans l'univers du coran, du côté de la ka'aba ou dans un film islamique représentant des images vivantes de vertu, de courage et d'abnégation.

je n'aime pas que les ventres de mes enfants se remplissent dès la petite enfance d'illicite, d'impur, d'alcool, de nicotine et de divers produits hormonaux et chimiques pour que dans leur sang ne coule ni l'impureté, ni l'oubli du pacte "divin" ni l'aversion envers le spirituel.

je pars donc avec eux à travers les villes du maroc ou dans les pays de ce monde, nourris et protégés par allah jusqu'à ce qu'il ouvre le passage vers le salut ou jusqu'à la majorité des enfants qui pourront alors, en connaissance de cause, choisir eux-mêmes leur voie pour l'ici-bas et pour l'au-delà.

arrivés dans l'enceinte de sidi slimane, au milieu d'un vieux bois que les villageois, par respect pour le sayyed laissèrent intact et en paix, les enfants demandèrent à boire puis à me poser des questions sur la vie et la mort.

nous traversions la vieille sépulture dont on voyait à peine les pierres tombales et je dis aux enfants : "c'est un cimetière de musulmans; que chacun de nous récite sept fois la sourate du destin, onze fois la sourate de l'unicité et en dédie la récompense aux morts enterrés dans ce lieu!"

a l'intérieur du mausolée, nous fîmes de mêmes puis, orientés vers la qibla, nous fîmes une prière de deux raka'ates, enfin nous saluâmes le prophète et ses successeurs purs et véridiques et implorâmes allah de nous envelopper de leur baraka et de celle de sidi slimane leur descendant et leur disciple.

que demanderai-je aussi à allah? interrogea mahdi.
demande lui de nous sauver des gens injustes ?

papa, le prophète nous a-t-il entendus quand nous l'avons salué ?

oui mon fils, tous les musulmans le saluent dans leurs prières obligatoires et facultatives, après les deux premières rakaates et à la fin de la dernière de chaque prière.

papa, ces morts qui étaient des alliés d'allah, comme tu dis peuvent-ils nous rendre quelque service après leur mort ?

ecoute mon fils, si allah ne le permet pas rien ne pourra t'être utile, personne ne pourra t'aider, tes mains, tes pieds, tes yeux, tous les organes de ton corps fonctionnent avec la permission d'allah qui en est le créateur et le pourvoyeur. ton père qui te nourrit, le médecin qui te soigne, ta sœur qui te sert, ne peuvent quelque chose pour toi qu'avec la permission d'allah. les morts aussi, s'ils étaient croyants, sincères et pieux, peuvent avec l'autorisation d'allah nous faire bénéficier de leur baraka.

comment, papa ?

comme le soleil qui s'en va le soir après avoir laissé sur terre les effets bénéfiques de sa chaleur et de sa lumière. après le coucher du soleil, ce dernier cesse de briller mais ne cesse pas pour autant d'être présent, actif et bienfaiteur. le prophète est mort physiquement mais son esprit continue de parcourir les cieux, les temps et les continents. ses disciples, comme les étoiles par rapport au soleil, font de même, chacun selon sa position spirituelle qui lui est reconnue dans le ciel et dans les traditions authentiques.

voici un autre exemple: ta sœur dépose un bouquet de roses dans le vase de votre chambre. si elle déplace le vase dans une autre pièce de la maison, son odeur délicieuse reste néanmoins perceptible dans votre chambre.

ainsi nos morts qui sont arrivés, avant de s'en aller, à un degré très élevé de piété et de spiritualité continuent de répandre parmi nous leur bénédiction qui n'est en fait qu'une lueur de la grande lumière du créateur qu'ils adoraient. plus tard, quand tu auras fait des études approfondies, tu comprendras en détail ce que je te résume maintenant en quelques exemples.

certains musulmans égarés te diront arbitrairement le contraire de ce que je te dis. je ne sais pas si je serai là pour leur répondre mais sache que ces faux dévots ne comprennent du coran et du hadith que ce qu'ils veulent. sinon les textes sont là clairs et éloquents('). l'erreur, mon fils est de croire que l'être vivant parce qu'il a un corps et fait fonctionner ses organes peut rendre service tandis que le mort qui a perdu l'usage de son physique ne le peut pas. or, l'esprit qui fait agir le corps ne meurt pas. il pourra donc intervenir autrement que par les organes physiques enterrés. c'est ce que ne comprennent pas les salafites et les wahhabites parmi les musulmans. ils sont tellement matérialistes qu'ils croient que sans le corps, l'esprit ne pourra pas intervenir, même avec la permission d'allah, dans la vie des mortels. ceci les coupe d'une grande source de connaissances et de la fidélité à l'égard des messagers d'allah. c'est ce qui explique la médiocrité de leurs idées, méthodes et projets socio-politiques et l'accumulation des déchirements internes et des défaites chroniques de leurs sociétés.

(1) dans le coran, voir les versets significatives suivants (248/2).

dans la sunna voir le hadith rapporté par bokhari selon lequel un compagnon du prophète se fit offrir une robe du messager d'allah, pour qu'elle fût son linceul, le hadith selon lequel les compagnons après la mort du prophète cherchaient la baraka en ses reliques (ses cheveux en particulier), les vases ou bols dans lesquels il buvait. que dire alors de ses descendants porteurs de son sang et de son message?

ne le peut pas. or, l'esprit qui fait agir le corps ne meurt pas. il pourra donc intervenir autrement que par les organes physiques enterrés. c'est ce que ne comprennent pas les salafites et les wahhabites parmi les musulmans. ils sont tellement matérialistes qu'ils croient que sans le corps, l'esprit ne pourra pas intervenir, même avec la permission d'allah, dans la vie des mortels. ceci les coupe d'une grande source de connaissances et de la fidélité à l'égard des messagers d'allah. c'est ce qui explique la médiocrité de leurs idées, méthodes et projets socio-politiques et l'accumulation des déchirements internes et des défaites chroniques de leurs sociétés.

l'autre erreur répandue parmi les disciples de ces écoles atrophiées est la séparation de la foi d'avec l'action qui l'approfondit, la manifeste et la fait durer. allah hait ceux et celles qui se vantent de ce qu'ils ne traduisent pas dans la réalité individuelle et communautaire . ecoute(l) ce que dit un grand imam à ses compagnons en présence de son fils sage et éclairé qui nous rapporta le hadith : "mon père dit un jour à ses compagnons: qui parmi vous voudra bien prendre une braise et la garder dans sa main jusqu'à ce quelle s'éteigne? tous reculèrent, alors je dis:

père, permets - tu que je le non, ce n'est p as toi que je vis e; tu es de moi et je sui s de toi; c'est eux que je vise (cette phrase répétée trois fois) puis, il conclut: ش combien sont plus fréquents, les propos que les actes!. ceux qui agissent sont très peu nombreux. eh bien, nous connaissons ceux qui agissent et parlent au même titre que les autres, la proposition que je viens de vous faire est destinée seulement à vous éprouver et à noter vos réactions.

(1)le hadith fut raconté en arabe dialectal et explicité par des exemples concrets.

ses compagnons eurent tellement honte qu'ils se sentaient bouleversés. ils transpiraient et ne pouvaient

relever la tête. quand il les vit ainsi, il dit: "qu'allah vous accorde sa clémence, je n'ai voulu dire que du bien; c'est que dans le paradis, il y a des stations plus élevés l'une que l'autre, celle des agissants ne pourrait être atteinte par les parlants, celle de ces derniers est à son tour, inaccessible à d'autres. le soulagement de ses compagnons fut alors tel qu'on dirait qu'ils venaient de se libérer de chaînes douloureuses."

papa, réagit mahdi, je crois que j'ai compris: si je dis que je suis musulman, cela veut dire que je connais les piliers de l'islam et les respecte par la parole et par l'acte: je fais mes ablutions, je prie, je fais l'aumône légale, je jeûne, je fais le pèlerinage quand je peux, je ne mens pas, je ne vole pas et je tiens à ma religion même si cela était difficile ou apparemment nuisible.

très bien mahdi, qu'allah t'agrée et te comble de ses biens. et vous mes filles venez par ici, qu'allah vous protège tous et vous guide !

nous voici papa, regarde ces pierres brillantes que nous avons trouvées sous ce grand arbre !

que voulez-vous en faire ? demandai-je

embellir par exemple le bord d'une fenêtre de notre chambre ou en mettre dans le salon.

hélas! mes filles, votre mère ne nous laissera pas embellir notre maison de pierres précieuses ou parfumer votre chambre des fleurs et des roses de votre jardin. c'est déjà l'après-midi et elle n'est toujours pas là pour vous rencontrer dans la paix.

mahdi, appelle à la prière s'il te plaît et faisons la entre ces arbres, ensuite qu'allah fasse de nous ce qu'il veut.

après la prière, le déjeuner arriva. nous prîmes notre repas chaud; ensuite les enfants s'allongèrent sur les feuilles des arbres pour faire leur sieste tandis que leur père retourna à "la tour de contrôle" dans l'espoir cette fois là de voir venir quelqu'un annoncer l'arrivée à touffahat de sultana et des siens.

après leur réveil, les enfants ne pensèrent qu'à leur récit du jour.

d'accord... d'accord répondis-je. mais aidez-moi d'abord à résoudre ce problème de calcul !

deux nombres sont tels que si on en fait une addition on trouve 10 si on soustrait l'un de l'autre on trouve 2. quels sont ces nombres? la première opération à laquelle les enfants pensèrent fut la division par 2. je dus attirer leur attention que deux nombres égaux n'ont pas de différence ou plus correctement leur différence est égale à zéro. or, l'énoncé dit que la différence est égale à 2. mahdi essaya plusieurs réponses

9+1 mais la différence est 8

8+2 mais la différence est 6

7+3 mais la différence est 4

arrivé à la bonne réponse, il cria: "j'ai trouvé la bonne réponse: les deux nombres sont 6 à 4".

oui mon fils, mais tu l'as trouvé par tâtonnement. c'est possible qu'on est en présence de petits nombres comme c'est le cas dans ce problème. que feras-tu alors si la somme de deux nombres est 300, leur différence est 60? tu risques alors de tâtonner toute la journée! en mathématique, il faut connaître des règles et des méthodes. regardez ces deux rangées de cailloux.

les enfants remarquèrent que si l'on retranchait la différence du plus grand nombre, les deux nombres seraient égaux et la division par 2 serait alors possible. 10 - 2 = 8

8 : 2 = 4

le petit nombre est 4 le grand nombre est 6 c'est à dire 4+2

la somme est bien 10 la différence est bien 2

allez ! faites la même chose pour 300 et 60

300 - 60 = 240

240 : 2 = 120

le petit nombre est 120

le grand nombre est 120+60 = 180

leur somme est bien 300

leur différence est bien 60

- toi, sajida compte de 0 à 10 bien... puis de 10 à 0.

après la partie orale, les enfants prirent leurs cahiers pour le travail écrit.

dix minutes après, avant de terminer leurs exercices, les enfants, pour s'être rappelé le récit promis, coururent me prier de le raconter. montrant une fermeté inflexible, je leur expliquai que chaque chose devait avoir son temps et qu'il ne faudrait jamais mélanger l'étude et le jeu, le travail et le loisir. je leur dit aussi :

"il faut que vous appreniez vos leçons, toutes vos leçons et je suis capable de vous en donner. l'étude n'est pas réservée aux seules écoles officielles. cherchez la science et les connaissances là où vous pouvez les trouver: dans les établissements scolaires, quand c'est possible mais aussi dans les mosquées, chez vous, dans la forêt, en ville, dans votre pays ou ailleurs; si vous rencontrez des professeurs minables, cherchez d'autres maîtres plus consciencieux et plus compétents.

sachez, mes enfants, que je n'ai pas peur que vous soyez pauvres plus tard car allah ne lâche jamais ses serviteurs ni que vous soyez sous-développés car le coran que vous étudiez est susceptible d'aiguiser votre intelligence, d'ouvrir votre esprit et de civiliser vos sentiments, ni que vous vous sentiez seuls et sans famille car allah vous a donné des frères et des sœurs du sang de ce père ci-présent et de celui de votre père ibrahim qui vous avait nommés musulmans avant votre naissance.

ce dont j'ai peur, mes chers, c'est que vous vous filez un jour à la vie matérielle qui, en occident, fait tout oublier: allah, les valeurs et l'avenir.

si un jour vous retournerez en belgique ne suivez pas les pas de satan car les esclaves de la matière et des plaisirs ne sont jamais contents de se consumer tout seuls dans les feux de la misère spirituelle. ils veulent y entraîner tous ceux et toutes celles qui aimeraient bien les y suivre.".

quand vous aurez terminé vos exercices, vous verrez bien dans le récit d'aujourd'hui comment hagar, la mère d'ismaël (sur eux la paix et le salut d'allah) avait été patiente et constante dans l'obéissance à allah et à son époux jusqu'à ce que son fils devînt homme et prophète, duquel sortirait (après lui) une grande communauté dont les plus éminents membres seraient mohammad et ses descendants bien guidés - prière et salut sur eux tous.

"sur ordre d'allah, ibrahim (p.s.s.l) emmena sa femme hagar et son fils ismaël en terre déserte dans le hijaz, là où se trouve actuellement la sainte makka. il n'y avait ni habitant, ni eau. il leur laissa une musette de dattes et une outre pleine d'eau puis s'en alla. hagar le suivit et dit: "tu t'en vas ainsi et tu nous laisses dans cette vallée déserte!" quand ibrahim ne répondit pas, elle lui posa une autre question: "est-ce que c'est allah qui t'en a donné l'ordre?"

oui, répondit-il

eh bien il ne nous oubliera pas 1

au tournant, là où son épouse et son fils ne pouvaient le voir, le grand messager se tourna vers le lieu de l'edifice d'allah (emplacement de la kaaba), leva les mains vers le ciel et implora allah par les invocations rapportées par le coran (37/14).

hagar buvait l'eau et allaitait son fils jusqu'à ce qu'il n'y eût plus d'eau dans l'outre. leur soif devenait alors terrible. laissant son fils se tordre tout seul, elle partit, monta sur la safa, tourna la tête vers la vallée mais n'y vit personne. elle descendit alors et alla jusqu'à la petite montagne de marwa pour voir s'il y avait quelqu'un qui pût leur donner à boire. elle allait ainsi et venait sept fois, d'où expliquerait le prophète le rite consacré du pèlerin. au bout du dernier tour, elle vit quelqu'un, l'ange, qui frappa d'un pied la terre et fit ainsi jaillir l'eau de zam zam (ce grand puits d'où boivent encore tous les pèlerins du monde). si la mère d'ismaël, expliquerait le prophète, n'avait pas cherché à contenir l'eau et à l'économiser dans son outre, zam zam aurait été alors une source plus abondante. elle but et allaita son fils. l'ange lui dit alors: "ne craignez pas la perte, ici le temple d'allah sera construit par cet enfant et son père et les gens de ce temple ne craindront pas de perte".

par après, des individus de jorhoum passèrent sur kada' et descendirent au dessous de "la mecque".

ils virent un oiseau voltiger au dessus de zam zam. après investigation, ils abordèrent hagar et son fils, demandèrent la permission de s'installer à côté. "oui, répondit-elle, mais vous ne réclamerez aucun droit sur l'eau!"

ayant accepté sa condition, ils firent venir leurs familles et formèrent ainsi une société. ismaël y grandit, apprit l'arabe et, devenu mûr, prit un épouse de jorhoum. entre temps, sa mère mourut mais son père continuait de lui rendre visite périodiquement.

un jour, ibrahim ne trouva pas son fils à la maison

il est parti chasser du gibier pour nous, informa son épouse. comment est-ce que vous vivez? demanda le prophète.

nous vivons dans la gêne et les difficultés, se plaignait-elle.

quand ton mari reviendra, salue le de ma part et dis lui de changer le seuil de sa porte quelqu'un est-il venu après moi ?

oui, un vieillard répondit-elle. elle lui donna alors la description d'ibrahim et rapporta la conversation qui s'était déroulée entre elle et lui.

c'était mon père et il m'a ordonné donc de me séparer d'avec toi. rejoins ta famille.

où est ton mari ?

il est parti chasser pour nous.

comment est-ce que vous vivez ?

bien. rien ne manque, louange à allah. mais ne descends-tu pas manger et boire ?

quelle est votre nourriture et quelle est votre boisson ? la viande et l'eau répondit-elle.

qu'allah bénisse (mette la baraka dans) votre nourriture et votre boisson! quand ton mari reviendra, salue le de ma part et dis lui qu'il garde et fixe le seuil de sa porte !

quand il revint une autre fois, il trouva son fils en train de travailler ses flèches près de zam zam. le père et le fils se saluèrent chaleureusement

ecoute ismaël, allah m'a donné un ordre

eh bien exécute l'ordre d'allah, répondit le fils - m'aideras-tu à le faire ? demanda le père.

oui, je t'aiderai allah m'a ordonné de bâtir ici son temple. ibrahim éleva les fondations, construisait avec les pierres qu'ismaël lui apportait. quand l'édifice devint haut, le fils apporta à son père une pierre sur laquelle il pouvait se tenir debout et continuer la construction (plus tard on j'appellerait la station debout d'ibrahim)

les deux prophètes construisaient et tournaient autour du temple en invoquant allah comme le rapporterait plus tard le coran dans ces versets (127-128-129/2).

* * *

le soir, après notre retour à la maison, nous trouvâmes de nouvelles informations et un dîner appétissant qui nous attendait.

en ville, comme prévu, le procureur continuait de céder, sous les coups de téléphone de bruxelles et du colonel, aux exigences de mes adversaires. même mon avocat céda, lui, qui m'avait dit un jour qu'il était prêt à aller, dans la défense de mon dossier, très loin, plus loin qu'on ne croyait pour la simple raison qu'il connaissait bien la réalité de la plupart des familles marocaines vivant en europe et la mauvaise éducation qu'y recevaient les enfants.

seigneur des hommes! tes créatures terrestres sont de plus en plus menées par les intérêts mesquins de leurs ventres et de leurs poches et de moins en moins fidèles aux principes à la lumière desquels tu leur as ordonné de vivre !

après avoir mangé, nous décidâmes de ne pas dormir à la maison de peur que nos persécuteurs, contrairement aux lois qu'ils ne cessaient de violer et de bafouer, nous envahissent sous le couvert de la nuit.

en confiant les enfants à des personnes hors de doute et loin de tout risque, je méditais sur le grand pouvoir de l'occident qui domine les musulmans de cette époque dans tous les domaines de la vie.

n'est-il pas étonnant que ce pouvoir et cette influence ne se limitent pas aux seules orientations économiques et politiques, mais pénètrent aussi les autres domaines juridique, culturel, esthétique, littéraire et même spirituel et moral (pensez aux écoles spirituelles créées par l'occident dans la communauté islamique telles la bahaï et d'autres plus discrètes).

n'est-elle pas immense et incroyable cette victoire qui permet désormais aux occidentaux de lancer des ordres de bruxelles, de paris, de londres ou de washington et de les voir s'exécuter facilement sur les sommets de l'atlas, au fin fond du sahara, sur les côtes de l'euphrate et du tigre, en asie comme en afrique; en arabie comme en indonésie, dans les familles citadines comme dans les campagnes de l'islam...

des ordres capables de séparer l'homme d'avec sa femme, le père d'avec ses enfants, la personne humaine d'avec son coeur ou son esprit de telle manière qu'elle se lève le matin croyante et pieuse et devient le soir mécréante, perverse ou traîtresse !

le matin, les gendarmes entrèrent assez tôt au village et quand ils ne nous trouvèrent pas dans la maison sur la colline rouge de touffahat, ils s'arrêtèrent près de l'école pour demander après trois élèves privés injustement de la stabilité, des études publiques et du jeu avec leurs camarades.

j'étais sur la crête d'une montagne avec mes jumelles et mes livres. mon étonnement ne cessait d'augmenter, de voir des hommes censés être au service de l'ةtat rouler avec une jeep et du carburant publics pour violer des lois constitutionnelles garanties par l'ةtat et porter atteinte à l'un de leurs concitoyens les plus sincères et les plus fidèles.

quand les faucons du procureur quittèrent les lieux, nous nous regroupâmes chez nous tels des perdreaux dispersés par des chasseurs et des lévriers dressés contre tout ce qui est pur, innocent et faible.

quand nous avons dit adieu aux proches parents qui pleuraient, nous prîmes nos affaires, des vêtements et quelques livres et avant de franchir le seuil de la porte, je dis aux enfants:

ةcoutez mes petits: votre mère est à sefrou, voulez-vous que je vous prenne chez elle ou rester avec moi ?

nous voulons rester avec toi, papa, répondirent soumaya et mahdi. sajida ne pouvait parler parce qu'elle sanglotait. craignant que la raison de ses pleurs ne fût un sursaut d'attachement à sa mère, je dis à ma fille:

sajida, dis-moi ma chère, n'aie peur de rien! pourquoi pleures-tu?
j'ai peur que tu me prennes malgré moi chez elle comme t'ont dit tout à l'heure mon oncle tel, ma tante telle...

n'aie pas peur ma chère, derrière moi, j'ai laissé pour votre honneur et votre islam, beaucoup de choses auxquelles je tenais bien, comment alors pourrai-je aujourd'hui vous lâcher? venez, in cha allah, personne ne vous atteindra.

néanmoins, sajida refusa de quitter la maison avant de jeter un dernier coup d'oeil à la basse-cour sur ses volailles et sur ses pigeons qu'elle voulait nourrir pour la dernière fois.

en sortant de chez eux, les enfants se tournaient plusieurs fois derrière eux comme s'ils savaient qu'il serait sinon impossible du moins très difficile de retourner dans l'immédiat là où ils ont vécu des jours et des nuits inoubliables.

avant de quitter le jardin, chacun des enfants alla saluer et caresser son figuier, son olivier et son mûrier. ils regardaient longuement leurs sièges sous ces arbres qui commençaient à perdre des feuilles qui tombaient telles des larmes pleurées sur le départ de mes petits. les balançoires et les cordes pendaient, certains oiseaux regardaient taciturnes et muets.

en prenant de l'eau de source qui murmurait en tombant dans leur piscine, ils essayaient de contenir quelques larmes de regret que la fierté hachimite empêchait de jaillir de leurs yeux.

en passant à côté de la bergerie, les enfants demandèrent à saluer pour la dernière fois leurs petits moutons et leurs brebis qui tendaient de la grande porte en grille leurs jolis cous comme s'ils voulaient recevoir des enfants un dernier baiser avec une dernière poignée de mais ou d'orge.

ensuite, ils arrivèrent près des orangers qu'ils ont aidé leur papa à planter, prirent un bouquet de menthe pour continuer de sentir, loin de leur village, son odeur délicieuse.

enfin, ils saluèrent au cimetière du village, le tombeau de leur grand-père et récitèrent pour son âme quelques versets du coran qu'ils avaient appris par coeur. je fis de même et nous nous éloignâmes.

le coeur serré et l'émotion à son comble, je me tournai pour saluer du regard la colline, la fermette, ces lieux bénis, la montagne, la maison sur la terrasse de laquelle j'entrevoyais des visages lumineux qui nous demandaient de revenir chez nous.

devinant mon état d'âme, mahdi me demanda:

papa, laisserons-nous ces montagnes qui nous entourent de leurs bras, ces vergers qui nous donnent de leurs fruits succulents, ces arbres parmi lesquels nous avons, mes sœurs et moi tant joué et tu as lu et écrit tant de choses à leurs ombres? papa, regarde "assas" notre chien fidèle! le laisserons-nous ici alors qu'il s'est habitué à nous et à toi? regarde notre berger qui, là-bas sur la colline, nous fixe de ses yeux larmoyants. le laisserons-nous après lui avoir appris à faire ses ablutions et ses prières. n'as-tu pas peur que satan le détourne après nous du droit chemin? papa, pourquoi ne nous cachons-nous pas une semaine dans une grotte de bentato, puis, après le départ de ces gens, nous retournerons chez nous où nous avons laissé les cadeaux de nos frères et sœurs, nos beaux vêtements et nos petits romans?

ةcoutez mes enfants, ces gens sont capables de nous atteindre là où nous nous cachons, seul allah les en empêchera! c'est sur lui que nous devons compter. je vous promets qu'un jour, in cha allah, vous reviendrez dans votre village pour trouver vos arbres plus beaux, donnant plus d'ombres et plus de fruits. vous trouverez vos pigeons et vos colombes plus nombreux et vos camarades plus grands et plus mûrs. ainsi mahdi pourra aller boire un verre de thé chez mustapha, mohammed ou lahcen; vous, soumaya et sajida, vous irez chez lamya, nozha et fatiha pour revivre vos doux souvenirs d'enfance. maintenant, suivez-moi -, je vous montrerai un paysage très beau, si beau qu'il vous fera oublier la douleur de la séparation et l'amertume des regrets.

où est-ce que nous allons papa ? demanda soumaya.

nous allons nous réfugier d'abord chez une famille hachimite qui avait quitté notre village pour aller vivre dans un autre village plus grand et très beau appelé "skoura". de là je donnerai mes directives pour que notre troupeau soit vendu. quand l'argent me parviendra, je m'acquitterai de quelques dettes et je dépenserai le reste pour rendre votre migration intérieure plus agréable ou moins éprouvante. après, allah jugera entre votre mère et moi.

papa, s'exclama mahdi, notre sortie de chez nous ressemble à la sortie de la mecque de notre prophète (sur lui la prière et le salut d'allah) et des "mouhajirine" (émigrants) vers sainte médine.

je pris l'enfant dans mes bras et l'embrassai sur le front en disant: ةcoute, mahdi, nous ne méritons pas cette comparaison. sais-tu que le prophète a enduré plus d'épreuves que ton papa et que les autres messagers d'allah9 sais-tu que nous n'avons que des adversaires tandis que le prophète avait des ennemis farouches et sanguinaires? enfin la mecque est de loin plus noble que notre village, médine plus glorieuse que skoura et le prophète et les premiers "mouhajirine" plus valeureux que nous. ce que nous cherchons vous et moi c'est de mériter un jour de faire partie des gens de bien!

nous arrivâmes à skoura avant midi. j'achetai quelques provisions et cadeaux pour les enfants de l'oncle chez qui nous comptions passer la nuit. ensuite je louai un taxi pour grimper la petite montagne qui sépara son domicile du centre de skoura.

quand les enfants à qui tout le monde souhaita la bienvenue, virent leurs petites cousines jouer et manger avec appétit ce qu'on leur avait acheté, leur tristesse du matin s'effaçait petit à petit de leurs beaux visages et leurs yeux s'éclairèrent quand leur tante ghita leur promit de les prendre au grand lac du douar pour leur montrer ses poissons qui nageaient dans son eau limpide et leur permettre déjouer avec les enfants du village.

le cinquième jour.
le matin, après le petit déjeuner familial, je pris les enfants dans un petit bois près de la cascade majestueuse de skoura, qui paraissait de loin comme une grande main blanche et forte tendue par un bel ange du ciel vers la terre des hommes pour les tirer de la boue, de l'ingratitude et de la trahison. nous nous assîmes près de la cascade de telle manière que ses gouttelettes fraîches et pures caresseraient nos visages et nos mains.

après s'être familiarisés avec le nouveau milieu, ses arbres touffus et ses innombrables ruisseaux qui coulaient parmi les buissons tels des sentiments de véracité et de piété dans les coeurs des savants, les enfants commencèrent à discuter entre eux et à jouer à cache-cache. quand nous entendîmes du haut des minarets du village l'appel à la deuxième prière de la journée, les enfants abandonnèrent le jeu et, après une petite intervention de ma part, comprirent que l'ablution devrait être faite avec de l'eau et non avec de la terre.

combien d'inclinaisons devons-nous faire pour les deux prières de l'après-midi ?

deux rakaat, chacune répondirent soumaya et mahdi car nous sommes en voyage, papa.

bien, mes chers, en plus, nous ne comptons pas nous installer ici ni y rester longtemps.

après la prière, nous nous sommes dirigés vers la maison de l'oncle où la famille nous attendait pour le déjeuner. de peur d'être suivis jusque chez notre hôte, nous décidâmes de n'y rester qu'un minimum de temps, pour manger ou pour dormir, et de passer l'après-midi et les premières heures de la nuit dans le petit bois de la fameuse cascade de skoura.

de notre rocher perché sous le fascinant jet d'eau qui effleurait les belles chevelures des enfants et les fleurs ravissantes du rhododendron, nous nous délections du beau panorama que nous offrait notre position stratégique. de vue, nous pouvions embrasser les contours de skoura, ses artères principales, ses mosquées, ses mausolées, les édifices publics et la route unique qui reliait le centre du village au douar de notre hôte. leur rocher ne se prêtant pas aux jeux de mouvements, les enfants se contentèrent de bavarder et de discuter de choses et d'autres.

papa, lança sajida la première, pourquoi maman nous déteste-t-elle ?

non ma chère, votre mère vous aime et ne vous déteste pas. son erreur est qu'elle vous aime pour elle-même et pour cette vie seulement. votre père pense aussi à votre avenir postérieur à cette vie. elle aime vous gâter de tous les plaisirs qu'elle connaît et se soucie peu du reste. moi, je pense qu'on ne doit combler ses enfants que de halal, de nutritif sans excès ni oubli de ce qui attendra la jeunesse d'aujourd'hui. l'adage de votre mère est "un œuf aujourd'hui vaut mieux qu'une poule pondeuse demain". moi je suis convaincu que l'intérêt de mes enfants réside dans leur préparation sérieuse et patiente à vivre dans le présent tout en construisant l'avenir. votre mère voudrait vous transmettre ses idées banales. moi, je lui dis que ces idées ne sont pas les siennes mais des habitudes et des préjugés que les ennemis de la vérité et du bien lui avaient, pendant toute son enfance et toute sa jeunesse inculquées et embellies.

d'accord papa intervint soumaya mais tu nous as dit un jour que notre devoir vis-à-vis de notre mère précède notre devoir envers toi. si alors je désobéis à ma mère, ne risquerai-je pas d'être jugée ingrate par allah ?

non, ma fille le hadith dit ceci: "pas d'obéissance à une créature dans la désobéissance au créateur!" on doit aimer ses parents parce qu'ils sont nos parents (nos géniteurs) mais on ne devra les suivre que s'ils nous montrent par la parole et par les actes le chemin d'allah, de la vérité et de la vertu. tu m'as dit que votre mère était jusqu'aux oreilles dans les péchés. si donc elle s'y plaît et ne retourne pas au droit chemin, ce sera elle l'ingrate et non toi. le hadith dit dans ce sens: "si les enfants sont corrects, l'ingratitude qui menace leurs rapports avec leurs parents vaut aussi pour ces derniers à l'égard de leurs enfants!". si elle savait tout, ce que nous endurons, notre migration, les biens que nous avons laissés derrière nous, la famille qui pleure pour nous et dont nous regrettons l'absence et le désarroi, tout ceci est pour vous et pour elle.

pour vous, parce que si je vous laisse vivre dans son milieu de ratés, votre avenir, même si vous y grandissez dans l'or et la soie, est fichu. vous n'en sortirez ni juifs ni chrétiens ni musulmans mais des êtres qui parleront comme des humains, vivront comme des bêtes et se comporteront comme des robots.

pour elle, parce que si les enfants, en raison de la bonne éducation qu'ils reçoivent, réussissent leur présent et ambitionnent la victoire dans l'avenir, cela profitera ici-bas et dans l'au-delà à leur mère qui pourra, si elle meurt croyante, bénéficier de leur intercession auprès d'allah.

8
a son tour, mahdi posa cette question papa, pourquoi tu m'as donné le nom de mahdi ?
Jamais Sans L'islam de mes enfants a son tour, mahdi posa cette question papa, pourquoi tu m'as donné le nom de mahdi ?
mahdi en arabe signifie quelqu'un de guidé, comme dans la première sourate du coran: "guide nous dans le droit chemin". quand tu es né j'ai imploré allah de te guider à la foi authentique et à l'islam véritable. avant toi il y avait plusieurs mahdis dont le plus éminent que tout le monde attend d'une manière ou d'une autre est ai mahdi, le véritable dont les autres - les politisés parmi eux - avaient exploité le nom pour des raisons terrestres et matérielles. lui, descendant du prophète, sage, imam et pur, fera triompher la vérité et la justice et guidera l'humanité tout entière vers le salut et la paix. cherchant dans son nom bénédiction et optimisme, je t'ai donné le prénom de mahdi charaf eddine (honneur de la religion). maintenant, c'est moi qui pose des questions dis-je aux enfants.

quelles sont les frontières du maroc9 au nord, au sud, à l'est et à l'ouest? en demandant de l'aide, les enfants aboutirent finalement à faire la carte de leur pays avec la méditerranée au nord, la mauritanie au sud, l'algérie à l'est et l'océan atlantique à l'ouest. au-delà de ces frontières, les enfants surent prolonger l'est jusqu'en palestine (jérusalem) et la mecque, et le nord jusqu'en belgique. ensuite je leur dis ce mot qu'ils ne comprendront que plus tard (c'est pourquoi je le note dans ces mémoires) "la terre que créa allah est votre grande patrie, le maroc est votre première petite patrie qui n'est qu'une partie de votre oumma islamique, c'est aussi le pays natal de votre père, de votre grand-père maternel et c'est là-dedans que vous vivez, que vous étudiez et vous faites partie de sa communauté. la belgique est votre deuxième petite patrie où vous avez vu le jour et ce n'est qu'une partie de l'europe l'espace vital pour votre double travail intellectuel et spirituel.

mes chers, vous êtes un bel arbre béni dont les racines proviennent de touba et de makka en passant par médine et jérusalem, pour donner naissance à un tronc large de fès à touffahat et à des branches volubiles couvrant la méditerranée jusqu'au nord lointain d'une part et le grand sahara jusqu'au sud de l'afrique d'autre part.

allah vous a créés en ce siècle pour que vous soyez des citoyens de votre monde. apprenez donc beaucoup, travaillez bien et embrassez tout l'univers, de votre intelligence, de votre coeur et de votre esprit."

a ce stade de la discussion, mon attention fut attirée brusquement par une jeep portant la marque de l'ةtat, qui grimpait la montagne dans le même sens que notre taxi de la veille, qui nous avait conduits vers la maison de notre hôte. nous nous préparâmes alors à l'éventualité de faire face aux occupants de cette jeep si c'était pour nous qu'ils allaient dans le douar. je demandai aux enfants de garder leur place au milieu des arbres et gravis rapidement un raccourci pour pouvoir connaître sans être vu la destination de l'engin. derrière un rhododendron, je le vis rouler devant moi puis s'arrêter devant la maison de notre hôte. cela me troubla un instant et me donna le regret d'avoir laissé nos affaires chez cet oncle qui ne connaissait pas dans les détails notre plan d'action. si nous les avions emportées avec nous, il aurait pu facilement se tirer d'affaire en disant que nous étions passés effectivement chez lui et que nous l'avons quitté sans laisser d'information sur notre destination suivante.

revenant à allah à qui tous les êtres et tous les actes devraient retourner un jour, je revins aussi à moi-même et fis demi-tour pour rejoindre les enfants parmi les arbres et les eaux. nous y attendons une heure aussi longue qu'une époque de misère. telle une bande enregistrée qu'on faisait passer rapidement, l'épreuve qui risquerait de peser sur nous si ces injustes venaient à mettre la main sur les enfants, me traversait l'esprit dans tous ses détails.

pendant cette heure terrible, les ombres n'étaient plus des ombres, l'eau n'était plus de l'eau et l'oeil qui promenait son regard dans les couleurs du crépuscule ne voyait du coucher du soleil que du sang rougeâtre et disparate, des oiseaux qui retournaient seuls ou en groupes à leurs nids que des fantômes qui poussaient les ténèbres vers l'horizon. quand mes chagrins se dissipèrent je me dis:

"ainsi, c'est la beauté de l'âme qui embellit à nos yeux la nature et ses paysages, c'est l'écoulement de l'esprit dans nos âmes qui rend agréable et beau l'écoulement de l'eau dans ses ruisseaux et nous incite à tendre l'oreille à sa musique vivifiante et à regarder se répandre ses états d'âme immaculés sur ses bordures verdoyantes. si les fleurs du coeur sont fanées, les yeux auront beau distinguer le printemps de l'automne, tout sera finalement prédisposé au déchirement et à la mélancolie.".

a la tombée de la nuit, nous nous sommes approchés de la maison dans l'espoir d'entendre quelqu'un parler de notre affaire ou de le lire sur les visages des passants. soudain, la jeep surgit au tournant et s'approchait régulièrement de nous. comme la voiture n'avait pas encore actionné ses lumières, je pus distinguer le chauffeur et deux autres hommes assis à côté de lui. je n'avais pas prévu de plan pour dégager le lieu dans le cas où ces gens qui revinrent à l'improviste chercheraient à nous arrêter. je demandai seulement aux enfants de continuer à marcher normalement et à se diriger sans peur et sans inquiétude vers la maison. finalement, la jeep passa sans faire attention à nous. le soulagement ressenti nous rappela le devoir de remercier allah qui nous sauva de cette épreuve plus imaginaire que réelle chez notre hôte, nous fîmes d'abord nos prières, les enfants jouaient un peu avec leurs petites cousines, fatiha et maryam, ensuite quand nous eûmes pris le dîner, j'informai l'oncle de mon intention de me rendre au centre du village pour avoir des nouvelles de sefrou.

quand j'ai téléphoné à mon homme de terrain, il m'informa que mes adversaires étaient déjà au courant de notre arrivée à skoura. après avoir acheté des provisions, je repris le chemin de la maison puis, dans un sursaut de l'entendement, je me suis rendu compte que rester à skoura jusqu'au matin serait un acte risqué. je décidai alors de ne pas y passer la nuit et de téléphoner à un ami pour nous prendre dans sa voiture en dehors de skoura.

a 21h, l'homme arriva comme convenu au lieu indiqué. malgré le sommeil qui effleurait les yeux des enfants, ils étaient contents d'aller découvrir d'autres lieux et d'autres familles. en route, ils ne purent résister au sommeil et dormirent alors sur les banquettes de derrière mais, quand le chauffeur vit un lièvre courir devant lui et accéléra pour l'attraper, les enfants se réveillèrent tous et cherchèrent à se pencher pour voir le gibier de la nuit. après cet incident, ils sont restés éveillés et discutaient avec leur chauffeur qui faisait preuve à leur égard de beaucoup de générosité et de bonté...

tout en restant vigilant à côté du conducteur, j'élaborais par la pensée quelques plans d'action relatifs à mon déplacement projeté dans les villes marocaines à la recherche d'une habitation et d'un travail.

nous arrivâmes tard dans la nuit devant la porte de la nouvelle famille qui devait nous héberger pour un certain temps.

la ville était calme et déserte. seuls quelques chiens errants passaient ici et là ou rompaient par leur aboiement intermittent le silence de la nuit.

nous étions obligés de frapper à la porte et de réveiller la famille qui dormait.

notre hôte insista beaucoup pour aller nous préparer à manger. je le remerciai pour ce geste généreux, demandai qu'on fit seulement nos lits, les enfants ayant mangé à leur faim avant de prendre la route.

le matin, je mis dans la main de mon hôte suffisamment d'argent pour l'aider à s'occuper de mes chers petits pendant mon absence qui ne dépasserait pas une semaine, saluai tout le monde et partis sans détour vers l'inconnu.

d'un travail.
a casablanca, j'aurais pu passer directement chez un frère en islam, qu'allah avait comblé de qualités et de biens mais j'ai voulu l'épargner pour les cas urgents ou délicats. je commençai alors par louer une petite chambre dans un hôtel modeste de la ville ancienne et, les clefs dans la poche, je suis allé sans but fixe à la recherche d'un travail suffisamment stable pour me permettre de m'installer quelque part avec les enfants. je frappai aux portes des établissements privés et publics comme un étudiant qui venait de quitter l'université et, tenant sa jolie mallette et son diplôme frais, proposait aux uns et aux autres ses services et ses compétences. reçu avec un large sourire puis congédié avec un autre sec et bref, l'étudiant continuait à chercher sans perdre espoir pendant un mois, un an ou plus...

"moi, me dis-je, j'ai derrière moi des expériences, des centaines d'élèves et d'étudiants devenus des hommes de responsabilité, des diplômes aussi élevés que variés mais je n'ai devant moi qu'une semaine pour chercher et trouver un travail et un gîte.".

il était évident que l'homme de la charïa, des lettres arabes et françaises, du droit privé et des sciences sociales cherchât de ce côté là une fonction à remplir au sein d'une société ou d'une université. rien de valable ou de licite ne put malheureusement me permettre de m'y accrocher. néanmoins, je n'ai pas regretté d'avoir frappé à ces portes et d'avoir pris connaissance des idées stériles qui prédominaient chez certains responsables, et des zones d'ombre que le publie ne pouvait découvrir ou soupçonner.

mes recherches étaient d'autant plus difficiles et douloureuses qu'elles étaient limitées dans l'espace et dans le temps.

dans l'espace: je devais absolument m'installer à casablanca et non ailleurs.

dans le temps: je n'avais qu'un délai d'une semaine qui coïncida avec les jours de la campagne électorale précédant le scrutin législatif de cette année (1998).

l'un des candidats me proposa de faire campagne en faveur de son parti politique en échange d'une somme d'argent en guise d'acompte et d'un travail stable dans le cas où il l'emporterait sur son concurrent. je n'ai pas hésité une seconde à refuser son offre car je ne cherchais pas qu'une vie décente ici-bas; si c'en avait été le cas, j'aurais accepté quelque compromis boiteux avec la mère des enfants. comment pourrait accepter ce genre de marchandage l'homme qui voudrait asservir la vie à la vérité et non l'inverse, l'homme qui laissa derrière lui fortune et renommée pour faire triompher, dans un coin de la terre, chez une petite famille de la grande société humaine, le bien contre le mal, la vertu contre le vice et la paix de l'âme contre la misère spirituelle?

j'allais de boulevard en rue et de rue en boulevard sans cesser de m'étonner devant les différents actes de la campagne électorale qui jetait par terre, avec les feuilles, les photos et les couleurs des partis, les sentiments des uns et les idées des autres . cette campagne qui vidait les poches et les bouches sans remplir les coeurs et les esprits, colorait les murs, les routes, les voitures et les têtes des jeunes chômeurs prêts à se battre pour un mirage contre leurs frères qui portaient des couleurs différentes. quand tu entendais parler les candidats à l'assemblée nationale, tu te sentirais malgré toi, porté à croire au père noël. quand tu demandais leur avis aux électeurs des différentes catégories sociales tu ne découvriras que dégoût et pessimisme.

l'irrespect des gens à l'égard de ces élections était apparent dans les conditions piteuses dans lesquelles se trouvaient les programmes démagogiques des parties et les couleurs et les photos de leurs candidats: on les foulait des pieds, la boue les couvrait, les marchands ambulants les utilisaient pour emballer leurs marchandises d'un sou, les mendiantes les ramassaient pour essuyer la morve de leurs bébés affamés et en haillons et les passagers les utilisaient comme papier hygiéniques dans les toilettes publiques...

j'étais convaincu que le maroc évoluait et, tôt ou tard, rejoindrait le rang des pays modernes mais les maladies sociales telles l'insouciance, la corruption et la cupidité ne cessaient de ronger le peuple et de compromettre ainsi son avenir.

les institutions de démocratie et d'industrialisation seraient creuses et néfastes si elles n'étaient pas accompagnées de valeurs sublimes telles l'équité, l'égalité des chances, le respect des lois et des droits, l'altruisme, la spiritualisation des rapports humains et sociaux et l'autocritique. sinon, quel progrès pouvait-on attendre des hommes capables de vendre leur voix et leur soutien politique à quiconque paierait cent dirhams, un dîner copieux, une bouteille de vin ou de limonade, voire dix dirhams seulement dans certains quartiers déshérités?

quel progrès pouvait-on attendre des hommes qui, tout en sachant que leur proche parent candidat aux élections était ignorant, médiocre et incapable de porter le fardeau de la responsabilité, continuaient de le soutenir par l'argent et par l'intimidation contre un rival plus compétent.

comme le veau d'or qui s'introduisit dans les coeurs des juifs, la corruption et le faux témoignage s'emparèrent des coeurs arabes aux différents échelons de leurs sociétés.

il y avait, néanmoins, un niveau des élections, une autre cause peut-être plus profonde à ce laisser-aller incroyable qui caractérisait la participation du peuple aux élections. la plupart des citoyens répétaient que les candidats qui les courtisaient avant le scrutin, dès qu'ils arrivèrent à leur fin, oublièrent, comme dans une amnésie totale leurs noms, leurs adresses et leurs quartiers. une logique simple et primitive imposait que ces électeurs se feraient payer d'avance avant d'aller jouer le jeu dans les urnes.

si pour le pays, il s'agissait de faire des sacrifices présents pour garantir un avenir plus solide et plus décent pour la prospérité, pour eux la devise était claire: "l'œuf d'aujourd'hui vaut mieux que la poule promise pour demain." les uns et les autres continuaient d'ignorer la vérité selon laquelle quiconque n'avançait pas ne faisait que reculer et enfonçaient ainsi les clous de la décadence dans le corps de leur communauté.

dans un meeting électoral, l'un des candidats n'avait-il pas dit aux électeurs: "accordez moi votre confiance et vous verrez que cette fois je défendrai vos intérêts après n'avoir défendu et assuré que les miens pendant ma première candidature! si vous votez pour mon concurrent un tel qui n'a jamais été élu, sachez qu'il est encore affamé et qu'il ne pensera d'abord qu'à lui- même!"

avec cette mentalité chez les cadres de l'etat et les dignitaires de partis, pourrait-on espérer des changements profonds et bénéfiques ?

des changements? oui, parce que l'évolution des individus et des sociétés est irréversible(1). comme les pays arabes, peut-être plus rapidement qu'eux, le maroc se lance dans le jeu occidental et, tôt ou tard, il arrivera à s'y accommoder après tant d'épreuves, de souffrances et de corrections douloureuses.

ces critiques fondées que je dresse, au passage, des partis politiques, de leurs orientations et de leurs candidats veulent-elles dire que j'ai trouvé le salut de mon pays ailleurs, dans les associations islamiques par exemple?

non, ces dernières ne sont pas non plus à même de changer radicalement les mentalités défaillantes et corriger les tares de la communauté.

ةvidemment, la conduite de certains éléments de ces associations paraît exemplaire et beaucoup plus équilibrée que celle de leurs rivaux laïcs. mais avoir des qualités humaines et le respect des normes et des généralités de l'islam ne suffira pas pour rééquilibrer le monde islamique et remodeler les mentalités des peuples musulmans habitées par des images de gloires pompeuses et par la mystification tout aussi bien du sacré que du profane.

les associations islamiques peuvent assumer leur rôle de dissuader les croyants de faire le mal, le "mounkar" que celui-ci soit manifeste comme le vol, la fornication, la corruption, le meurtre, le mensonge ou caché comme l'envie, la haine, la rancune, la bassesse de l'âme, l'hypocrisie... elles peuvent aussi montrer et faire connaître ce qui est maarouf ordinaire (le bien au sens général du terme) comme la prière, le jeûne, l'aumône, le pèlerinage, le bon 1 voisinage et d'autres actes moralement et spirituellement appréciés par les individus et les sociétés humaines.

(1) le nouvel ordre mondial s'infiltrera dans les corps et les âmes des uns et des autres et finira par coloniser le monde - à quelques exceptions près d'une manière plus raffinée mais plus profonde que celles dont les colonisateurs d'hier avaient possédé les pays et dépossédé les peuples.

les autres thèmes du maarouf sont pratiquement méconnus des cadres de ces associations. avec les nouveaux défis que lance aux musulmans l'évolution des sciences et des rapports politiques et économiques, il est difficile de rencontrer au sein de la plupart de ces mouvements islamiques politisés des savants capables de connaître tout le maarouf de l'islam et de la faire prévaloir sur les exposés, les projets et les programmes boiteux des partis politiques laïcs, des institutions internationales, des banques mondiales et des ةtats du monde contemporain.

cette migration intérieure m'a permis de rencontrer des hommes et des femmes salafites, wahhabites, du tabligh, du adl et lhsan, de l'islah et d'autres associations moins connues j'ai trouvé chez eux, grâce à allah, du salam, de la salât, du jeûne, des cure-dents mecquois ou médinois, des voiles de femmes, de belles barbes et de la belle rhétorique.

mais j'ai trouvé aussi la mauvaise interprétation des versets et des hadiths, de la discorde, des déchirements incroyables, une lutte camouflée pour accéder au perchoir ou à l'intendance de l'association, de la fausse dévotion et de la tendance viscérale à l'indiscipline, à la dissension et à la dissidence. le virus vient de très loin et il est caméléon.
c'est pourquoi tous les traitements essayés jusque là dans les pays arabes, en afghanistan et en occident pour unifier les frères ennemis s'avèrent inefficaces. plus on combat ce virus par des médicaments improvisés ou périmés plus il devient coriace et dangereux. je n'ai voulu donc travailler ni avec les uns ni avec les autres mais, comme le dît le coran, discuter avec eux de la manière la plus courtoise reste un devoir afin de sauvegarder la paix sociale et contribuer à l'avènement d'un ةtat de droit respectueux des normes islamiques communément admises et des valeurs humaines universelles reconnues par tous.

la semaine fixée pour aller chercher les enfants touchait à sa fin sans qu'un travail honorable ne fût trouvé par moi malgré des recherches prolongées et soutenues.
finalement, en toute confiance en allah, je décidai de commencer par le loyer et par le déménagement afin de respecter la parole donnée à la famille qui hébergeait mes enfants.

je n'ai pu trouver ce que je cherchais que dans une banlieue de la ville, non loin de l'océan que j'ai toujours rêvé de prendre pour voisin.

l'appartement faisait partie d'un petit bâtiment entouré de maisons habitées pour la plupart par des gens qui travaillaient en ville et qui, par conséquent, ne pouvaient revenir chez eux que le soir ou tard dans la nuit. le propriétaire de l'appartement était un homme affable et doux. aussi n'ai-je trouvé aucune difficulté à passer le contrat avec lui sans être obligé de légaliser nos signatures à la maison communale. quand il m'a remis les clefs de l'appartement, j'ai voulu m'assurer du bon état de ses pièces et de leurs accessoires. tout était convenable excepté les fenêtres que le propriétaire - il s'en est excusé d'ailleurs n'avait pas trouvé suffisamment de temps pour les arranger.

satisfait, néanmoins, d'avoir trouvé un gîte pour les enfants et pour moi-même, je me hâtai de prendre le bus puis le train en direction de la ville où les enfants m'attendaient avec impatience. soudain, je m'arrêtai... "où vas-tu installer tes enfants? sur des dalles, du béton, à même le sol?" me demandai-je en guise de reproche. je me rendis compte qu'il n'y avait pas de meubles dans l'appartement et qu'il fallait en acheter avant de faire venir les enfants. je fis alors demi-tour, achetai le nécessaire, le fis porter à la maison et repris pour de bon le bus puis le train de l'espoir et des retrouvailles.

arrivé le soir à destination, j'achetai - c'est l'habitude des marocains des fruits, du fromage et de la viande avant d'aller frapper à la porte de notre hôte. bien que je me sois imposé, en tout ce qui concerne mes affaires personnelles, le devoir de dépenser avec parcimonie, je ne pus m'abstenir de prendre un taxi pour me rendre rapidement auprès des enfants.

me voyant venir, ceux-ci crièrent de joie et sautèrent. leurs hôtes sortirent à ma rencontre et me souhaitèrent la bienvenue. quand nous eûmes fini de manger, le père de famille, son épouse et leurs enfants me félicitèrent des qualités et de la bonne éducation dont jouissaient mes chers petits qui exercèrent une influence bénéfique sur les enfants des voisins. ces derniers, en moins d'une semaine, ont appris avec soumaya et mahdi, à faire leurs ablutions, leurs prières quotidiennes, à réciter par coeur les deux sourates: "la fatiha et l'unicité".

l'épouse de leur hôte raconta même que mahdi avait eu le courage d'intervenir dans une dispute éclatée entre elle-même et sa fille aînée, en disant à l'intention de cette dernière qu'elle ne devait même pas hausser le ton devant sa mère ou la contrarier dans quelque affaire que ce soit de ce monde. je remerciai allah qui m'a montré avant la vieillesse et le trépas le résultat de mon jihad dans la conduite de mes petits avec leurs semblables.

le lendemain matin, nous prîmes congé de notre hôte et des voisins et essayâmes de faire vite pour arriver chez nous avant la tombée de la nuit. en route, je téléphonai à la mère de lait de soumaya et de mahdi et à la nourrice de sajida pour qu'elles vinssent rejoindre les enfants à l'adresse indiquée.

quand la famille fut réunie loin des envieux et des comploteurs, tout le monde commença à raconter les incidents et les épreuves, devenus alors de simples souvenirs. après trois jours de repos et de méditation, je sortis de nouveau à la recherche d'un travail quelconque à condition qu'il fût noble et compatible avec mes nouveaux devoirs envers les enfants.

comme si la venue des enfants était le maillon manquant de la chaîne des causes et des effets, je pus, grâce à allah, trouver du travail et notre situation ne pourrait donc que se stabiliser et s'améliorer.

le rez-de-chaussée que nous occupions donnait sur le petit jardin du bâtiment; un jardin délabré et négligé que je me proposai dès le premier jour d'entretenir et de travailler si, toutefois, les voisins me le permettaient.

les valises des enfants et nos meubles les plus précieux ainsi que les lits se trouvaient dans les deux pièces dont les fenêtres étaient en bonne état. l'autre pièce dont nous n'avions pas encore arrangé les fenêtres était à la fois une salle d'étude, "une mosquée" familiale et une espèce d'isoloir pour mes nuits de méditation ou mes heures de repos.

quatre heures du matin sonnèrent. je me réveillai alors pour la prière de la nuit, celle de l'aube n'étant pendant la saison froide qu'à six heures du matin. malgré mes yeux ouverts, je ne pus quitter le lit que j'occupais seul dans la pièce aux fenêtres arrachées. cette paresse inhabituelle m'étonnait de moi-même. pas pour longtemps. quand je vis que le drap avec lequel j'avais fermé la fenêtre d'en face n'était plus à sa place, je compris pourquoi je ne pouvais quitter mon lit: j'avais froid à cause de la fenêtre. mais je ne comprenais toujours pas pourquoi ce drap si bien fixé la veille était tombé. soudain, sans avoir allumé de lampe, je vis deux mains d'homme se poser sur le bord extérieur de la fenêtre, l'une d'elles tenait une lampe de poche, ensuite un visage très brun, peut-être noir paraissait dans l'ouverture de la fenêtre. l'homme s'apprêtait à descendre dans la pièce. j'avais à côté de moi un moyen de défense efficace mais, après réflexion rapide, je me suis abstenu d'en faire usage et d'entrer en lutte ouverte avec l'intrus pour la simple raison que des réfugiés comme nous devaient coûte que coûte resté discrets et loin des enquêtes officielles. cet homme était sur le point d'entrer chez moi, pourquoi faire? en fait, je n'ai voulu le frapper que parce que j'avais compris qu'il était là pour me, neutraliser et s'en prendre aux enfants ou les forcer à le suivre. mais en un éclair, je me suis dit que c'était peut-être un voleur qui convoitait mes biens et non un espion ou un mercenaire qui voulait ravir mes petits.

qui es-tu? ai-je lancé. en guise de réponse, l'homme recula et se jeta par terre dans le jardin. je remerciai allah pour ce moindre malheur qui allait m'arriver. le matin, tous les voisins ne parlaient que du voleur de la veille et du petit matin. "il frappe périodiquement me dit un voisin, c'est le fils d'un tel" ... tous avaient perdu cette nuit quelques affaires plus ou moins précieuses, nous, nous avons perdu des vêtements, une paire de chaussures et des vestons.

la réparation des fenêtres de l'appartement n'était pas un problème pour moi mais je ne voulais pas y procéder parce que, tout simplement, j'avais depuis la deuxième semaine de mon installation, senti le besoin de déménager pour une autre raison que l'humidité, le froid, le vol ou l'éloignement du lieu de mon travail. en fait, c'était une autre femme qui serait à l'origine de mes nouveaux ennuis.

en allant au travail, je devais passer obligatoirement devant une maison munie d'un grand jardin entouré de fils de fer et de cactus. comme mon habitude était toujours d'aller sans détour au but pour lequel j'étais sorti de chez moi, je parcourais assez rapidement les 60 ou 70 mètres de ce bout de chemin sur lequel donnaient la porte principale de cette maison, l'une de ses façades et le jardin. chaque matin, une jeune femme était là à sa porte ou au portail de son jardin, en train de me regarder. j'avais beau baisser les yeux, ignorer son existence et accélérer les pas, mon attitude poussa, hélas, la femme à redoubler de son harcèlement silencieux: le soir, au retour, je la trouvais encore au même endroit une rose à la main et sans foulard. son comportement était suspect mais tant qu'elle gardait ses limites, je n'en faisais pas un drame. cette demi-pudeur ne dura malheureusement pas. la femme faisant semblant de me croiser sur le chemin, prit l'initiative de saluer son voisin et demander après sa famille et ses enfants:

ils sont bien, merci madame, répondis-je embarrassé.

le lendemain, au retour de mon travail, je n'ai pas trouvé cette femme devant son jardin mais bien chez moi en train de partager un gâteau aux enfants à qui elle avait apporté aussi du lait.

la première crainte qui m'effleura l'instinct de conservation était que cette femme fût une espionne à la solde de mes persécuteurs. les événements ultérieurs montreraient que cette crainte était infondée et que la jeune femme ne cherchait apparemment que le commerce de chair ou seulement le plaisir d'écraser sous son charme et ses pieds tout homme croyant qui la défiait par sa pudeur et sa résistance. ni les regards venimeux qu'elle lançait, ni les belles paroles qu'elle me faisait entendre, ni les gâteaux qu'elle offrait aux enfants ne pouvaient fléchir le caractère intransigeant d'un coeur aussi pieux qu'endurci par les épreuves de la vie. celles-ci, comme des flèches avaient piqué dans les côtés et recoins de mon coeur de telle manière que ce dernier ne pourrait plus en recevoir.

cependant, il ne s'en plaignait point en raison de la foi et de l'espoir qui l'animaient et le poussaient à plus de courage et de résistance. néanmoins, étant poète, je ne pouvais m'empêcher de me répéter le vers de moutanabbi décrivant la fièvre nocturne qui venait s'ajouter aux dures épreuves qu'il traversait:

"ش fille du sort! d'autres filles que toi se bousculent pour m'accabler!

comment as-tu pu alors arriver dans cette affluence jusqu'à moi?".

un jour, au retour à la maison, comme le lumière du seul lampadaire public de notre rue était éteinte, je marchais lentement dans la pénombre quand, au tournant, la dame aux gâteaux s'interposa au milieu du chemin. voyant que je cherchais une issue à droite ou à gauche, elle lança sa main pour tenir la mienne.

écoute lui dis-je alors, je suis un homme marié et père des enfants que tu as vus. que veux-tu alors d'un homme âgé et sans argent? elle répondit par des paroles futiles que ce livre ne gagnerait rien à rapporter.

finalement, la seule issue possible était de lui dire (sans mensonge de ma part): demain, à la même heure, tu seras-ici!

et sans lui laisser le temps de me faire jurer, je m'inclinai en guise de salutation et m'éloignai avec l'intention de m'en aller ailleurs pour respirer un air plus pur.

seigneur! dis-je, le travail est dur et loin, des fenêtres arrachées, le froid, un voleur le matin, une vicieuse le soir, hier, une sultana, aujourd'hui une satanée! si tu es content de moi, je me moque alors de ces épreuves.

"seigneur! mon honneur est d'être ton esclave, ma fierté est que tu sois mon maître, tu es comme j'aime, fais alors que je sois comme tu aimes!".

de nouveau, le déménagement. mais cette fois là la fuite aurait pour but non de sauver les enfants de la mécréance, de la drogue et des vices mais de sauver leur père d'un nouveau complot ourdi, à l'aide d'une femme, par satan qui n'était sans doute pas content que je l'emporte sur tous les fronts qu'il avait ouverts contre moi.

ةtonnés de nous voir encore empaqueter et ficeler, les enfants qui commencèrent à s'habituer à leur nouvelle habitation, me submergèrent de questions.

n'avez-vous pas entendu parler du voleur? ne voyez-vous pas les traces de l'humidité sur les murs et le plafond de cette pièce? me contentai-je de répéter. sans être convaincus, les enfants se turent et me laissèrent enfin travailler. quand les préparations furent terminées, je sortis téléphoner au frère que j'avais épargné ce jour là.

je ne suis pas très loin lui dis-je, mais ne viens nous chercher qu'au début de l'après-midi (quand la diablesse sera entrain de prendre son repas ou de faire sa sieste). chez notre dernier hôte, mahdi demanda:

ne nous as-tu pas dit que le droit à l'hospitalité ne dépasse pas trois jours en islam?

oui, mon cher!

donc, pendant ces trois jours, tu nous laisseras encore ici et tu iras chercher un nouvel appartement. quel dommage d'avoir quitté notre grande maison sur la colline rouge de touffahat!

ouf pour cette femme qui nous a sortis de chez nous, s'exclama soumaya.

non ma fille, il est intolérable qu'une hachimite comme toi dise ouf à sa mère qu'elle soit présente ou absente et même si elle lui causait des peines plus douloureuses que celles que nous avons vécues. mahdi intervint alors en citant à l'appui de ma parole, le verset: "... et faites du bien à vos parents... ne leur dis pas ouf (zut), que ta voix ne soit pas plus élevée que la leur ... "

oui... oui, s'emporta soumaya. je connais aussi bien que toi ce verset, mais ne vois-tu pas qu'à cause de notre mère, nous n'arrivons à nous installer nulle part?
mais toutes ces peines ne sont pas perdues, ma fille si elles sont acceptées par allah, au paradis, leurs épines seront transformées en roses, leur amertume en miel et leur ennui en extase.

d'accord papa! mais c'est déjà le mois de chaabane et j'aimerais que nous soyons pendant le mois de ramadan chez nous, bien installés afin de préparer à notre guise notre soupe et nos gâteaux pour pouvoir, comme dans l'année dernière, veiller en famille, nous réveiller pour le sahour et prier ensemble...

tu as raison, ma fille, de penser au mois sacré de ramadan auquel votre mère a voulu vous voler pour vous donner pieds et poings liés à st nicolas et au père noël. mais, grâce à allah, la nuit du destin l'a emporté sur la nuit du réveillon.

moi, intervint mahdi, j'aimerais jeûner avec vous mais vous m'empêchez alors que je mange au sahour plus que vous! pourquoi?

ecoutez, vous êtes encore enfants: cette année encore, entraînez-vous seulement en jeûnant de l'aube jusqu'à l'après-midi.

moi, papa, je jeûnerai tout le mois! non, ma chère, en islam, on commence à devenir responsable à partir de la puberté. si tu insistes, jeûne alors le 1 er, le 15é le 23è et le 27è jours pas plus.

moi aussi, intervint sajida, je jeûnerai comme vous, regarde papa, je suis presque aussi grande que mahdi: entre lui et moi, il n'y a même pas un empan.

oui, ma chère, tu jeûneras de 8h jusqu'à midi.

non papa, j'aimerais être à côté de toi au sahour quand tu liras les invocations de la nuit. sur ce, mahdi appela sajida pour jouer avec lui, à tour de rôle, de la balançoire du jardin tandis que soumaya se retira avec son livre d'invocations et, de sa belle voix douce, entama son invocation préférée dont le refrain résonnait encore dans mes oreilles: "ش protecteur! protège-nous de l'enfer!"

9
la maison du bonheur.
Jamais Sans L'islam de mes enfants la maison du bonheur.
bien avant le mois de ramadan de cette année (1418 de l'hégire), je pus trouver, grâce à allah, un appartement qui, malgré l'étroitesse de ses pièces, répondait à toutes les normes de l'habitat convenable et moderne.

pour encourager les enfants à se familiariser vite avec leur nouvelle vie, leur père ne ménager pas ses efforts et l'intégration au nouveau milieu était alors chose aisée.

ainsi, mes trois petits musulmans peuvent aujourd'hui jouer avec les amis du quartier, se faire offrir des cadeaux et des friandises, aller voir des sites touristiques et faire du "sport" avec leurs semblables. parfois, ils accompagnent leur père à son nouveau lieu de travail pour comprendre ainsi les nécessités de la vie et bénéficier de ses expériences.

aux yeux de sultana et des injustes, j'étais normalement incapable de choisir la hijra comme solution à l'encerclement qu'ils avaient opéré pour me faire céder.

cette migration, cet exil intérieur étaient des solutions coraniques. prendre mes enfants et m'en aller loin d'une maison et d'un village où j'avais investi efforts, espoirs, argent, rêves et potentialités familiales était pour sultana et les siens quelque chose d'impensable. en fait, ils m'ont toujours mal jugé:

j'étais à leurs yeux tantôt bête et stupide parce que je ne voulais pas comprendre leur raisonnement primaire et médiocre, tantôt fainéant parce que je ne voulais pas accepter n'importe quel poste de travail pour m'enrichir, tantôt matérialiste parce que soucieux de construire au plus vite l'entreprise familiale susceptible de nous donner (à eux , à moi et à toute la famille) une certaine indépendance économique et une stabilité financière dans notre pays, tantôt radin parce que je ne voulais pas acheter par l'argent ou les cadeaux, leur affection, leur attachement et leur constance dans la vole qui nous unissait...

comment aurait-il pu sacrifier sa double stabilité matérielle et personnelle alors que l'homme ne se meut en général que pour y parvenir?

sultana et les siens ne peuvent pas comprendre que pour un croyant, la stabilité, le confort, l'argent, le prestige et le bonheur n'ont de saveur que s'ils sont accompagnés de la satisfaction spirituelle qui en est le moteur, le fil conducteur et la fin ultime.

les enfants de cette vie éphémère s'y accrochent aveuglement et croient que les belles demeures, le commerce florissant, les meubles resplendissants, les fauteuils somptueux, les tapis fastueux, les lustres, la mosaïque et le confort dont ils sont esclaves peuvent empêcher les serviteurs d'allah de faire dans leur vie tout ce qui est susceptible de les rapprocher de leur créateur.

chaque acte naissant de cette intention et portant cette ambition constitue une branche de touba, le grand arbre des intentions et des actes dont les racines et le tronc sont au paradis et dont les branches sont suspendues au-dessus des êtres humains et à leur portée. quiconque s'accroche à l'une de ces branches acquiert une chance de se sublimer et de s'élever dans une trajectoire céleste conduisant vers le paradis.

pour nous, les belles choses de cette vie éphémère ressemblent, quand elles éloignent les gens de la vérité, à des vipères dont la peau est lisse et brillante et la morsure venimeuse et mortelle.

la plupart des humains, notamment sultana et les siens, aiment éperdument la parure de la vie à tel point qu'ils n'imaginent pas leur existence possible ailleurs que parmi leurs biens et leurs possessions. leur devise n'est alors que: "je possède, je consomme donc je suis". si on les en prive, ils risquent d'en perdre la raison parce que n'ayant plus de raison pour continuer à vivre, ils préfèrent le néant et le vide plutôt que la vie en l'absence de leurs idoles. petit à petit, de possesseurs, ils deviennent possédés. ce sont des esclaves habillés en femmes et en hommes libres. si le choix se présentait de goûter, en dehors de leurs parures et de leur consommation habituelle, au véritable bonheur que proposent l'innéité de l'homme et le livre sacré d'allah, ils préféreraient alors vivre malheureux plutôt que frustrés, damnés plutôt que privés et se suicider plutôt que patienter dans l'indigence.

cet état d'esprit et de vie s'appelle dans la littérature musulmane: le bonheur truqué, l'illusion d'exister, un mirage qui, de loin paraît être quelque chose, mais de près il n'est rien. le bonheur réel est cet état de satisfaction qui enveloppe l'esprit et le corps, la conscience morale et la vie sociale ou communautaire d'une personne équilibrée.

le coran met les croyants en garde contre le bonheur truqué qui fait oublier allah, l'origine de l'homme et sa destinée. cet oubli que renforce chez les humains leur ruée vers les biens terrestres et les plaisirs, devient fatal. "quiconque se détourne de mon invocation, dit le coran, aura une vie étroite ... " ةtroite dans le temps, étroite dans l'espace, étroite dans l'intensité.

dans le temps: le bonheur illusoire ne peut ambitionner de durer au-delà de cette courte vie pleine d'incidents et de soubresauts.

dans l'espace: le bonheur truqué se réalise dans une maison, un village, une ville, sur cette petite terre que ce soit en mer, dans les airs ou sur le sol ou dans une ou plusieurs autres planètes habitables, pas plus.

dans l'intensité: le bonheur truqué est toujours coupé de la dimension spirituelle de l'homme. il comble un instinct ou deux à la fois puis comme la braise sur laquelle on verse de l'eau, s'affaiblit et s'éteint jusqu'à ce que des excitants extérieurs en attisent de nouveau la flamme.

pour les candidats au bonheur véritable, la vie aisée et joyeuse qu'on goûte ici-bas n'est que l'hors-d'oeuvre qui précède le plat de résistance qui les attend auprès d'allah, au paradis. pour eux, cette vie terrestre serait indigne d'être vécue si elle se limitait à ce qu'elle l'est apparemment ici-bas: naître et mourir, se gaver et évacuer, s'accoupler et se séparer, veiller et dormir, suer et pleurer, rire et souffrir, faire et défaire, aimer et détruire. heureusement pour les croyants, comme la sève qui fait subsister l'arbre et le prédispose à la production des fleurs et des fruits, la foi et l'espoir en allah se mêlent intimement à toutes les manifestations de leur vie sur terre.

par contre, par déduction de leur comportement existentiel, on comprend que les personnes obnubilées par le bonheur superficiel vivent sans foi et sans espoir en allah. "les incroyants se délectent et mangent comme font des bêtes, l'enfer étant leur demeure finale".(12/47)

cet enfer est mérité puisque durant cette vie, les incroyants n'ont pas élevé par la pensée et par les actes l'édifice du paradis éternel en eux-mêmes et parmi leurs semblables. en d'autres termes, ils ne se sont accrochés à aucune branche de touba, l'arbre paradisiaque mentionné ci-dessus. ainsi, le bonheur truqué étourdit l'homme, l'aveugle et, comme l'arbre qui cache la forêt, lui fait oublier son véritable destin.

comme le fœtus qui ne voit son bonheur que dans les limites de l'utérus qui le porte, l'homme incroyant et vivant dans un bonheur illusoire, se dit que le paradis que cherchent les musulmans loin dans le ciel n'est possible que sur cette terre et avec les moyens du bord. or, d'une part ce paradis terrestre auquel s'accrochent les incroyants n'en est pas un. derrière toute beauté qu'il présente se cache une laideur. dans tout plaisir qu'il permet s'insinue une douleur. dans tout bouquet de roses qu'il offre guette une épine empoisonnée.

d'autre part, le paradis illusoire ressemble plutôt, aux yeux des croyants, à une prison qu'ils ne quittèrent qu'avec la mort. c'est ainsi que le prophète a qualifié la vie d'ici-bas quand elle est coupée de l'autre vie, la vraie et l'éternelle. comme la prison qui inhibe et suffoque, le bonheur illusoire, tout en servant le corps, dessert l'esprit, l'enchaîne ou le paralyse. d'où notre conviction que le sentiment d'être libres ressenti par les hommes et les femmes de notre époque n'est qu'une illusion. il faudrait dire plus correctement que leurs instincts, leurs corps et leurs appétits sont libres de toute contrainte alors même que leurs coeurs et leurs esprits gisent sous des chaînes aussi lourdes qu'innombrables. esclaves dans le fond, libres en apparences, ces gens ne peuvent qu'être orgueilleux, prétentieux et imperméables à la foi libératrice que présentent le coran et l'islam.

ce bonheur partiel auquel s'accrochent nos adversaires ressemble, dans la tradition islamique, à cette femme de condition libre qui se marie avec son esclave. de par sa condition, le mari est esclave; de par le mariage qui lui permet de posséder sa maîtresse, il aspire à une certaine liberté.

l'homme moderne coupé de ses racines célestes n'est autre dans ses rapports conflictuels avec la vie d'ici-bas, que cet époux semi-libre qui oublie, quand il possède ce qu'il désire, sa première condition d'homme servile.

c'est ce sens profond que l'imam ali (sur lui le salut d'allah) exprime quand il lance au bonheur illusoire de cette vie terrestre: ش dounia (vie terrestre) je te répudie par trois fois! et c'est le même sens qui se cache dans notre exil à l'intérieur même de notre pays, qui nous confère, malgré la séparation douloureuse et amère, la liberté de vivre dans l'indépendance spirituelle loin des servitudes camouflées de la vie menée en europe.

quand le musulman aspire au bonheur véritable, il fait preuve de vigilance et de sagesse. tel un prétendant prêt à fournir la dot, quelque élevée qu'elle soit, à la future mariée, le croyant cherche dans le coran les conditions sine qua non pour pouvoir accéder au summum de la béatitude et œuvre pour les remplir et les réaliser.

a l'instar de la terre qu'on ne peut cultiver qu'après l'avoir débarrassée des pierres et des herbes sauvages le bonheur véritable ne peut être préparé et édifié qu'après avoir dégagé de l'âme ses péchés les plus sinueux et les plus déguisés. d'où les deux aspects négatif et positif du travail humain sur terre:

dans l'aspect négatif on trouve les recommandations suivantes:

ne pas oublier son créateur. en l'oubliant, on s'oublie soi-même dit le coran.

ne pas s'enorgueillir sur terre ni chercher à la corrompre. ne pas désespérer de voir venir le réconfort d'allah.

l'enthousiasme pour le coran et pour les autres dons spirituels accordés par allah.

l'effort soutenu tant par l'esprit que par le corps dans l'adoration d'allah, en particulier dans les prières nocturnes et la méditation sur les secrets de la création.

l'entraide et la solidarité communautaires pour la mise en valeur du bien et de la piété.

la bienfaisance par la parole et par les actes, notamment envers les parents.

transcender par des actes courageux et sereins ce qui est mauvais, laid et méchant parmi les hommes (la haine des uns, l'animosité et l'hostilité des autres).

ordonner (encourager) le bien et blâmer (dissuader) le mal pour faire accéder avec soi au bonheur escompté le nombre le plus grand possible d'hommes et de femmes vivant dans le présent et dans le futur. d'où la préparation par le croyant de ses descendants à suivre le chemin le plus court et le plus droit qui conduit au salut.

quel père - sinon un coeur de pavé - pourrait-il se réjouir dans sa villa somptueuse de toutes les bonnes choses qu'il possède alors même que ses enfants dans un bidonville insalubre tout près de lui pataugent dans la misère et la maladie? on le voit bien, afin de rendre leurs enfants heureux et satisfaits, la plupart des parents dans nos sociétés modernes travaillent dur et font en général peu de cas du caractère licite ou illicite de leurs gains et bénéfices. malheureusement pour ces parents et pour leurs descendants, même pas le dixième de ce travail acharné et de ce temps investi n'est accordé à l'édification du bonheur éternel qui est le véritable destin de l'homme éveillé.

si tu demandes à quelqu'un parmi les esclaves du bonheur illusoire: "acceptes-tu de voir tes enfants se tordre dans un feu ardent, entourés de serpents impitoyables?", il te répondra: "non!" bien sûr. mais, hélas, ignorant ou inconscient, il ne cesse de pousser ses enfants par ses choix, ses actes et ses paroles à aller droit vers la géhenne.

en fait le feu de cette dernière n'est que "la personnification" de l'incroyance, de l'hypocrisie et des crimes perpétrés ici-bas. ses serpents sont-ils autres choses que nos actes méchants et venimeux. nos péchés extérieurs et intérieurs, quand ils ne sont pas expiés, se faufilent comme des reptiles dans nos coeurs pervers, les enlacent, les serrent, y adhèrent définitivement durant cette vie, après la mort dans la vie intermédiaire puis les conduiront, après le jugement dernier, dans le gouffre de l'enfer. ce dernier n'est pas fatal; il est d'après le coran, la résultante de nos choix, de nos actes et de nos intentions.

par conséquent, les croyants parmi les musulmans de notre époque ne peuvent que comprendre mon départ de bruxelles avec les enfants et souscrire à mon exil qui demeure la seule issue possible devant le siège imposé à ma famille par mes adversaires impénitents.

aujourd'hui, soumaya, mahdi et sajida, bien que privés de ce qu'ils ont aimé dans leur village préféré, trouvent dans leur nouvelle vie nourriture saine et équilibrée, jeux innocents et instructifs et s'imprègnent progressivement des vérités humaines et universelles que relate ce livre. ils commencent aussi à comprendre en profondeur la différence entre l'attitude de leur père et celle de ses adversaires que subjuguent l'orgueil et l'opulence. voici les enfants dans leur nouvelle maison où se prépare par les bonnes habitudes, l'instruction et l'ouverture de l'esprit, la vole du bonheur véritable pour lequel ils se sont exilés avec leur père.

ils découvrent d'autres paysages dans la nature belle et variée du maroc; ils ont déjà visité cinq villes, acquis des expériences et rencontré de nouveaux amis. ils apprennent comment ne pas oublier allah, comment être justes dans leur comportement parmi les humains, envers les animaux et les plantes, comment éviter l'échec et le désespoir quand ils envisagent des problèmes ou des épreuves. ils aiment la vie, respectent l'environnement humain et naturel et pensent à leur créateur.

en ce qui concerne leur progression spirituelle, ils continuent de faire leurs prières soit à la maison soit dans la grande mosquée de la ville, que fréquente incognito leur père, et d'apprendre le coran et la sunna chacun selon son niveau et sa capacité. ainsi, soumaya a déjà appris les sourates les plus courtes ainsi que celle de maryam et celle des fourmis. mahdi en a appris celles de youssef, de la grotte et de yassine. sajida, elle, s'est contentée du grand verset du trône et des dernières sourates du coran. les autres matières telles les mathématiques et le français sont, grâce à l'aide de leur père, moins ardues et plus attrayantes.

malgré nos occupations multiples et variées, nous n'avons pas oublié sultana leur mère à qui j'ai écrit plus de trois lettres depuis notre départ du village, dans lesquelles j'ai exprimé mes regrets et mon souhait de la voir répondre un jour au minimum de nos exigences qui convergent toutes vers le même point: garantir l'évolution des enfants dans le chemin de leur véritable bonheur.

"sépare-toi d'avec les mauvaises fréquentations, lui ai-je écrit, pense au repentir et au retour au salut de l'islam puis viens reprendre les enfants à bruxelles où ils pourront avoir de l'aide auprès de leurs frères et sœurs. en hiver, au printemps, ils pourront me rendre visite et, en été, je compléterai leur instruction et leur ouverture aux traditions islamiques et marocaines afin de renforcer l'immunité acquise par eux pendant les quelques années vécues loin de la double intoxication physique et spirituelle.

espérons que cette femme, après la lecture de ce livre, se réveillera de sa torpeur, modérera sa position et écoutera l'appel qui lui est lancé de réintégrer le camp de la vérité et de la justice. si elle s'acharne à combattre allah et son messager (qu'elle prétend avoir entendu en rêve lui conseiller de m'obéir) qu'elle sache alors que la traversée est longue et qu'allah reste notre allié.

. rapport d'une psychologue
rapport tendancieux de la psychologue en faveur de l'autorité parentale exercée injustement par sultana et son gigolo sur mes trois enfants.

" maître de bremaecker,

par la présente, j'atteste que la fille de mme kouhmane, soumaya saghir vient régulièrement à ses séances de thérapie depuis le 29 août 94.

de même, à la demande de mme kouhmane, un travail thérapeutique avec son fils saghir charaf a été envisagé le 2 décembre dernier et est actuellement en cours.

si les problèmes scolaires que soumaya présentait au début de sa thérapie se sont résorbés, une autre question beaucoup plus préoccupante fait surface.

soumaya manifeste un blocage très net vis à vis de son père; elle cherche à éviter de le rencontrer et même d'en parler.

l'utilisation des techniques projectives a mis en évidence une image du père très menaçante à l'égard de soumaya et de sa mère.

le père suscite chez soumaya des angoisses très intenses liées à des idées d'enlèvements d'enfants à la mère et de menaces de mort à l'égard de sa mère et d'elle-même.

soumaya a par contre de sa mère une image de quelqu'un qui fait la part des choses ,semble juste mais qui s'avère impuissante à lutter contre les menaces insistantes venues de l'extérieur. elle réussit cependant à faire vivre soumaya dans un esprit de famille.

les mêmes techniques projectives utilisées avec charaf mettent en évidence l'image d'un père insécurisant qui ne parvient pas à réguler la loi dans sa famille.
lorsque charaf est chez son père, il se sent dans une famille agressive et rejetante. il se vit comme agressé par les enfants de cette famille, voire par la belle-mère. mrx, "le gigolo de sultana", l'actuel compagnon de mme kouhmane semble par contre quelqu'un qui le rassure et répare les dommages. il en parle spontanément et sans détours et semble quelqu'un d'important pour lui.

il va sans dire que ces éléments indiquent la nécessité de poursuivre le travail thérapeutique en cours mais que celui-ci ne pourrait pas être garanti si un changement au niveau de la garde des enfants était envisagé.

j'ose espérer que le tribunal entendra ce que ces deux enfants demandent.

vous souhaitant bonne réception de la présente, je vous prie d'agréer, maître de bremaecker, l'expression de mes sentiments les meilleurs. "

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