A- La Sourate Les Récits Coraniques
Les Récits Coraniques
Le Récit du Croyant des Gens de Pharaon
Sourate (40): Le Croyant (Al-Mo'min) A- La Sourate
Au Nom d'Allah, le Clément, le Miséricordieux
1 Ha. Mîm.
2 La Révélation du Livre vient de Dieu, le Tout-Puissant, celui qui sait;
3 celui qui pardonne le péché;
celui qui accueille le repentir;
celui qui est redoutable dans son châtiment;
celui qui est plein de longanimité.
Il n'y a de Dieu que Lui!
Vers Lui sera le retour.
4 Seuls, les incrédules discutent les Signes de Dieu.
Que leur agitation dans ce pays ne te trouble pas!
5 Avant eux, le peuple de Noé et les factieux ensuite, ont crié au mensonge.
Les membres de chaque communauté avaient conçu le dessein de s'emparer deleurs prophètes respectifs.
Ils ont usé d'arguments faux pour rejeter la Vérité.
Je les ai donc saisis. Quel fut alors Mon châtiment!
6 Voilà comment se réalise la Parole de ton Seigneur contre
les incrédules: ils seront les hôtes du Feu.
7 Ceux qui portent le Trône et ceux qui se tiennent autour célèbrent les louanges de leur Seigneur.
Ils croient en Lui, ils implorent Son pardon pour les croyants:
"Notre Seigneur! Tu embrasses toute chose en Ta Miséricorde et en TaScience: pardonne à ceux qui reviennent repentants vers Toi; à ceux qui suivent Ton chemin!
épargne-leur le châtiment de la Fournaise!
8 Notre Seigneur! Introduis-les dans ces Jardins d'?den que Tu leur as promis, ainsi qu'à ceux de leurs pères, de leurs épouses et de leurs descendants qui sont justes.
Tu es le Tout-Puissant, le Sage!
9 Celui que Tu préserves aujourd'hui des mauvaises actions bénéficie de Ta Miséricorde: Voilà le bonheur sans limites!"
10 On criera aux incrédules:
"La haine de Dieu envers vous est plus grande que votre haine enversvous-mêmes, quand vous restiez incrédules alors que vous étiez appelés à la foi".
11 Ils diront:
"Notre Seigneur! Tu nous as fait mourir deux fois et deux fois Tu nous asfait revivre. Nous reconnaissons nos péchés; existe-t-il un chemin pour sortir d'ici?".
12 Il en est ainsi, parce que vous êtes restés incrédules lorsque Dieu, l'Unique, était invoqué; mais si des associés Lui sont donnés, vous croyez en eux.
-Le Jugement appartient à Dieu, le Très-Haut, le Très-Grand!-
13 C'est Lui qui vous montre Ses Signes et qui fait descendre du ciel de quoi pourvoir à vos besoins. Seul se souvient de Lui celui qui revient repentant vers Lui.
14 Invoquez Dieu en Lui rendant un culte pur en dépit des incrédules.
15 IL est celui qui est élevé aux degrés les plus hauts. Le Trône Lui appartient. L'Esprit qui provient de Son Commandement, IL le lance sur qui IL veut parmi Ses serviteurs avec la mission d'avertir les hommes du Jour de la Rencontre,
16 du Jour où ils comparaîtront.
- Rien de ce qui les concerne ne sera caché pour Dieu -
"O qui donc la Royauté appartiendra-t-elle en ce Jour ? - O Dieu, l'Unique, le Dominateur
17 Tout homme, ce Jour-là, sera rétribué pour ce qu'il aura accompli.
Nulle injustice ne subsistera ce Jour-là:
Dieu est prompt dans Ses comptes.
18 Avertis-les du Jour qui approche:
Les coeurs seront angoissés jusqu'à serrer les gorges; les injustes netrouveront aucun ami zélé, aucun intercesseur susceptible d'être écouté.
19 Dieu connaît la perfidie des regards et ce qui est caché dans les coeurs.
20 Dieu juge en toute Justice, tandis que ceux qu'ils invoquent en dehors de Lui, ne jugent rien.
- Dieu est celui qui entend et qui voit parfaitement -
21 Ne parcourent-ils pas la terre? Ne voient-ils pas quelle a été la fin de ceux qui vécurent avant eux?
Ceux-ci étaient plus redoutables qu'eux par la force, et par les tracesqu'ils ont laissées sur la terre.
Dieu, cependant, les a saisis à cause de leurs péchés, et ils n'ont pastrouvé de protecteur contre Dieu.
22 Il en est ainsi, parce qu'ils sont restés incrédules, lorsque leurs prophètes leur ont apporté des preuves décisives. Dieu les a donc saisis: IL est Fort et Redoutable dans Son châtiment!
23 Nous avons envoyé Moïse avec Nos Signes et un pouvoir incontestable
24 à Pharaon, à Haman et à Coré. Ils disent: "C'est un sorcier, un imposteur".
25 Mais quand il leur apporta la Vérité émanant de Nous, ils dirent: "Tuez les fils de ceux qui croient comme lui, et laissez vivre leurs filles".
- La ruse des incrédules ne fait que les égarer -
26 Pharaon dit: "Laissez-moi tuer Moïse! Qu'il invoque donc son Seigneur! Je crains qu'il n'altère votre religion et qu'il ne sème la corruption sur la terre".
27 Moïse dit: "Je cherche la protection de mon Seigneur et votre Seigneur contre tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour du Jugement".
28 Un homme croyant, qui appartenait au peuple de Pharaon et qui cachait sa foi, dit: "Tuerez-vous un homme parce qu'il a dit: "Mon Seigneur est Dieu!" alors qu'il vous a apporté des preuves évidentes de la part de votre Seigneur? S'il est menteur, son mensonge retombera sur lui; s'il dit la vérité, ce dont il vous menace vous atteindra.
- Dieu ne dirige pas celui qui est pervers et menteur -
29 ô mon peuple! La royauté vous appartient aujourd'hui et vous triomphez sur la terre; mais qui donc nous délivrera de la rigueur de Dieu quand elle nous atteindra?" Pharaon dit: "Je ne vous montre que ce que j'ai vu moi-même. Je ne vousdirige que sur le chemin de la rectitude".
30 Celui qui était croyant dit: "? mon peuple! Oui, je crains pour vous un jour semblable à celui des factieux;
31 un sort semblable à celui du peuple de Noé, des 'Ad, des Thamoud et de ceux qui vécurent après eux.
- Dieu ne tolère pas l'injustice envers ses serviteurs! -
32 ô mon peuple! Oui, je crains pour vous le Jour où les hommes s'interpelleront les uns les autres;
33 le Jour où vous vous détournerez. Vous ne trouverez, alors, aucun défenseur contre Dieu. Personne ne dirige celui que Dieu égare".
34 Joseph leur avait autrefois apporté des preuves décisives; vous n'avez pas cessé d'en douter; mais, lorsqu'il eut disparu, vous avez dit: "Dieu n'enverra plus jamais de prophète après lui".
- Dieu égare celui qui est pervers et celui qui doute -
35 Ceux qui discutent au sujet des Signes de Dieu sans en avoir reçu mandat, provoquent la grande haine de Dieu et des croyants.
- Dieu met un sceau sur le coeur de tout tyran orgueilleux -
36 Pharaon dit: "ô Haman! Construis-moi une tour pour que j'atteigne les cordes,
37 les cordes célestes et je monterai vers le Dieu de Moïse. Je pense que celui-ci est menteur!".
Ainsi, la mauvaise action de Pharaon a été revêtue, à ses propres yeux,d'apparences trompeuses. Il fut écarté du chemin droit; mais la ruse de Pharaon a été anéantie.
38 Celui qui était croyant dit: "O mon peuple! Suivez-moi! Je vous dirigerai sur le chemin de la rectitude.
39 ô mon peuple! La vie de ce monde n'est qu'une jouissance éphémère. La vie future est la demeure de la stabilité.
40 Celui qui commet une mauvaise action ne sera rétribué que par un mal équivalent. Quiconque, homme ou femme, fait le bien en étant croyant ... Voilà ceux qui entreront au Paradis où ils recevront de tout à profusion.
41 ô mon peuple! Pourquoi vous appellerais-je au salut, alors que vous m'appelez au Feu ?
42 Vous m'appelez à l'incrédulité envers Dieu, au polythéisme dont je n'ai aucune connaissance, mais moi, je vous appelle auprès du Tout-Puissant, auprès de celui qui ne cesse de pardonner.
43 Celui auprès duquel vous m'appelez ne peut, sans aucun doute, être invoqué ni en ce monde, ni dans la vie future.
Oui, notre retour sera vers Dieu et les pervers deviendront les hôtes duFeu.
44 Vous vous souviendrez de ce que je vous dis: je confie mon sort à Dieu. Dieu voit parfaitement ses serviteurs".
45 Dieu préserva ce croyant de leurs méchantes ruses, et les gens de Pharaon, IL les enveloppa du châtiment le plus dur:
46 le Feu.
Ils y seront exposés, matin et soir, et l'on dira, le Jour où se dresseral'Heure: "Introduisez les gens de Pharaon au sein du châtiment le plus dur".
47 Lorsqu'ils se disputeront dans le Feu, les faibles diront aux orgueilleux: "Nous vous avons suivis; pouvez-vous, maintenant, nous préserver d'une partie de ce Feu?"
48 Les orgueilleux diront: "Nous y sommes plongés".
- Dieu juge Ses serviteurs -
49 Ceux qui seront dans le Feu diront aux gardiens de la Géhenne: "Priez votre Seigneur de diminuer d'un jour notre châtiment".
50 Les gardiens diront: "Vos Prophètes ne vous ont-ils pas apporté des preuves décisives?"
Ils répondront: "Oui, ils sont venus!"
Les gardiens diront: "Invoquez Dieu!" mais la prière des incrédules n'estqu'aberration!
51 Nous secourrons nos prophètes et ceux qui auront cru durant leur vie en ce monde, comme le Jour où les témoins se dresseront:
52 le Jour où les excuses présentées par les injustes leur seront inutiles. Ils seront alors maudits. La pire des demeures leur est destinée.
53 Nous avons donné la Direction à Moise; Nous avons donné en héritage aux fils d'Israël le Livre
54 comme une Direction et un Rappel adressés aux hommes doués d'intelligence.
55 Sois constant! La promesse de Dieu est vraie. Demande pardon pour ton péché. Célèbre, soir et matin, les louanges de ton Seigneur!
56 Ceux qui discutent au sujet des Signes de Dieu sans en avoir reçu mandat, n'ont que de l'orgueil dans leurs coeurs; ils n'atteindront pas leur but. Cherche la Protection de Dieu; IL est celui qui entend et qui voit tout.
57 La Création des cieux et de la terre est quelque chose de plus grand que la création des hommes: mais la plupart d'entre eux ne savent pas.
58 L'aveugle et celui qui voit clair ne sont pas égaux.
Ceux qui croient et qui accomplissent des oeuvres bonnes ne peuvent êtrecomparés à celui qui fait le mal.
- Petit est le nombre de ceux qui réfléchissent -
59 Oui, sans aucun doute, l'Heure approche; mais la plupart des hommes sont incrédules.
60 Votre Seigneur a dit:
"Invoquez-moi et Je vous exaucerai. Ceux qui, par orgueil, refusent dem'adorer entreront bientôt, humiliés, dans la Géhenne".
61 C'est Dieu qui a disposé pour vous la nuit afin que vous vous reposiez, et le jour, pour vous permettre de voir clair.
Dieu est le Maître de la grâce envers les hommes; mais la plupart d'entreeux ne sont pas reconnaissants.
62 Tel est Dieu, votre Seigneur, le Créateur de toute chose. Il n'y a de Dieu que Lui.
- Comme vous êtes stupides! -
63 C'est ainsi que se détournent ceux qui nient les Signes de Dieu.
64 Dieu est celui qui a établi pour vous la terre comme une demeure stable et le firmament comme un édifice.
IL vous a modelés selon une forme harmonieuse.
IL vous a accordé d'excellentes nourritures.
Tel est Dieu, votre Seigneur!
Béni soit Dieu, le Seigneur des mondes!
65 IL est le Vivant!
Il n'y a de Dieu que Lui.
Invoquez-Le en Lui rendant un culte pur.
Louange à Dieu, le Seigneur des mondes.
66 Dis: "Lorsque les preuves décisives me sont venues de la part de mon Seigneur, il m'a été interdit d'adorer ceux que vous invoquez en dehors de Dieu; et il m'a été ordonné de me soumettre au Seigneur des mondes".
67 C'est Lui qui vous a créés de terre, puis d'une goutte de sperme, puis d'un caillot de sang.
IL vous a fait ensuite surgir petit enfant pour que vous atteigniez plustard votre maturité, pour que vous deveniez des vieillards - certains d'entre vous meurent plus tôt - et pour que vous parveniez à un terme fixé.
- Peut-être comprendrez-vous? -
68 C'est Lui qui donne la vie et qui fait mourir. Lorsqu'IL décrète une chose, IL lui dit: "Sois!" et elle est.
69 Ne vois-tu pas ceux qui discutent les Signes de Dieu? Ils se sont écartés de Lui.
70 Ceux qui ont traité de mensonge le Livre et les messages de nos prophètes sauront bientôt,
71 lorsque, carcan au cou, ils seront traînés avec des chaînes
72 dans l'eau bouillante, et précipités ensuite dans le Feu.
73 On leur dira: "Où sont donc ceux que vous avez associés à Dieu?"
74 Ils répondront: "Ils se sont écartés de nous, ou, plutôt, nous n'invoquions auparavant que le néant".
- Voilà comment Dieu égare les incrédules! -
75 Il en est ainsi pour vous, parce que vous vous réjouissiez sans raison sur la terre, et parce que vous étiez orgueilleux.
76 Franchissez les portes de la Géhenne pour y demeurer immortels. Combien est détestable le séjour des orgueilleux!
77 Sois constant! Oui, la promesse de Dieu est vraie.
Soit que Nous te montrions une partie de ce dont Nous les menaçons, soit queNous te fassions mourir auparavant, ils seront ramenés vers Nous.
78 Nous avons envoyé des prophètes avant toi.
Il en est parmi eux dont Nous t'avons raconté l'histoire, et d'autres, dontNous ne t'avons pas raconté l'histoire.
Nul prophète n'est venu avec un Signe sans la permission de Dieu.
Quand l'Ordre de Dieu vient, tout est décrété selon la Vérité. Ceux quiprofèrent des mensonges sont alors perdus.
79 Dieu est celui qui a créé pour vous les animaux, afin que certains d'entre eux vous servent de montures, et d'autres de nourriture.
80 Afin, aussi, que vous y trouviez des produits utiles, et que, grâce à eux, vous puissiez satisfaire les désirs de vos coeurs.
Ils vous servent, ainsi que les bateaux, de moyens de transport.
81 Dieu vous montre Ses Signes. Quels sont donc les Signes de Dieu que vous nierez?
82 Ne parcourent-ils pas la terre? N'ont-ils pas considéré quelle a été la fin de ceux qui vécurent avant eux?
Ceux-ci étaient cependant plus nombreux et plus redoutables qu'eux, par laforce et par les traces qu'ils ont laissées sur la terre. Mais ce qu'ils avaient acquis ne leur a servi à rien.
83 Quand leurs prophètes leur apportaient des preuves décisives, ils se réjouissaient de la science qu'ils détenaient; mais ils furent enveloppés par ce dont ils se moquaient.
84 Lorsqu'ils virent ensuite Notre violence, ils dirent: "Nous croyons en Dieu, l'Unique. Nous ne croyons pas à ceux que nous Lui avons associés".
85 Mais leur foi ne leur a servi à rien, après qu'ils eurent constaté Notre rigueur. C'est là, depuis longtemps, la façon d'agir de Dieu envers Ses serviteurs.
- Les incrédules ont alors tout perdu -
Cette Sourate de 85 versets est souvent nommée Sourate Ghâfir (L'Indulgent), attribut divin par lequel débute le troisième verset. Elle fait partie des sept Sourates(1) dites les Hawâmîm, parce qu'elles commencent par les initiales H (Hâ') M (Mîm)(2). Les interprétations de ces initiales sont nombreuses et divergentes.
Certains commentateurs du Coran (comme al-Qaradhî) avancent que ces initiales (H. M.) signifient: "Je jure par Hilmihi (Son Indulgence) et Molkihi (Son Royaume) qu'IL ne soumettra pas à la Torture quiconque se protège par Lui et dit sincèrement et du fond du coeur: ach-hadu anlâ ilâha illallâh (j'atteste qu'il n'y a de Dieu qu'Allah)".
D'autres (tel 'Atâ' al-Khorâsânî) affirment qu'elles constituent l'ouvrant des Noms d'Allah: "Halîm (Clément), Hamîd (Digne de louanges), Hakîm (Sage ), Hayy (Toujours Vivant), Hannân (Très-Compatissant), Malik (Roi), Majîd (Glorieux), Mobdi' (Prévenant), Mo'îd (Celui qui ressuscitera Ses créatures)".
D'autres encore, tel al-Kalabî, interprètent ces initiales comme désignant l'expression: "Allah a décrété ce qui est (qadhâ mâ howa kâ'inun)".
La Sourate traite de l'orgueil des mécréants et de leur argumentation fallacieuse en vue de récuser la Vérité à laquelle ils sont appelés. Aussi reproduit-elle à plusieurs reprises leurs raisonnements capiteux (versets 35, 56, 69) et s'applique-t-elle à montrer la futilité de cet orgueil déplacé et de cette attitude polémique négative, en leur rappelant la punition sévère qu'Allah a administrée aux nations passées qui avaient démenti la Vérité, et en leur exposant le sort horrible qui les attend, à leur tour, dans l'Au-delà.
Et en réfutant les faux arguments des incroyants par les preuves solides de l'Unicité d'Allah, la Sourate demande au Prophète et à ses adeptes de s'armer de patience devant leurs contradicteurs et leur promet une victoire évidente.
Sur le plan stylistique les orientalistes distinguent, selon Jaques Berque, dans cette Sourate "deux séquences (versets 1-56 et 57-85), la seconde étant d'allure et d'assonance différentes de la première. Les aphorismes qui s'en détachent reprennent pourtant les idées de la première partie, non qu'on ne puisse reconnaître en celle-ci deux morceaux d'une vingtaine de versets chacun". A noter aussi la fréquence de la forme internée dans cette Sourate, et des aphorismes où "chaque argument d'évidence est suivi d'un constat désabusé" (versets 57, 58, 59, 61)(3).
Les mérites de la récitation de cette sourate:
La Tradition souligne les mérites de la récitation des Hawâmîm, en général, et la Sourate du Croyant en particulier. En effet, selon Abû Burayrah al-Aslamî, le Prophète (P) dit: "Quiconque aimerait jouir des Jardins du Paradis, qu'il récite les Hawâmîm pendant la prière de la nuit".
Et d'après le témoignage d'Anas Ibn Mâlik, le Messager d'Allah (P) déclara: "Les Hawâmîm constituent la belle façade du Coran".
Pour sa part, Obay Ibn Ka'ab a témoigné que le Prophète (P) dit: "Tous les Prophètes, tous les amis et tous les croyants, sans exception, prieront et imploreront le Pardon divin pour quiconque récite la Sourate Hâ'Mîm, le Croyant".
Quant à l'Imâm al-Sâdiq (p), cité par Abû Baçîr, il dit à ce propos: "Les Hawâmîm sont les bouquets odorants du Coran. Remerciez Allah et louez-Le donc en les apprenant par coeur en les récitant. Que le croyant récite les Hawâmîm, et un parfum plus agréable que celui du musc et de l'ambre s'exhale de sa bouche. Allah couvrira de Sa Miséricorde celui qui les lit et récite, ainsi que ses voisins, ses amis, ses connaissances, son entourage et ses proches; et le Jour de la Résurrection, le Trône, la Chaise et les Anges rapprochés d'Allah imploreront le Pardon pour lui".(4)
B- Le Récit
La Sourate de "Croyant" renferme une série de récits qui gravitent autour des àle Pharaon. Ces récits ou contes divers sont liés par un même fil qui les unit de telle sorte qu'on peut les considérer comme un seul récit sur la vie linéaire de ce peuple (les àle Pharaon) depuis l'arrivée de Moïse (P) parmi eux, en passant par leur périssement, jusqu'à leur demeure finale le Jour dernier, le Barzakh, puis l'Enfer.
La construction ou la structure architecturale de ce récit repose sur la description de vies ou de milieux divers: le milieu de la vie terrestre, d'abord, le milieu du Barzakh ou du tombeau ensuite, et le milieu infernal enfin. Tous ces milieux mettent en scène la conduite des àle Pharaon, sous une forme romanesque réjouissante dans laquelle sont enchevêtrés ces divers milieux à travers un enchaînement objectif du temps où se mêlent futur, présent et passé.
Ceci concerne le milieu du récit.
Quant aux personnages ou héros, le récit pullule de personnages secondaires tels Moïse (P), Pharaon, Hâmân, Qâroun. En outre les àle Pharaon eux-mêmes représentent un personnage collectif principal dans le récit. D'un autre côté, le récit évoque le personnage de Joseph (Yousuf) aussi, dans un contexte particulier, comme nous allons le remarquer.
Mais le rôle principal qui domine le récit c'est celui du héros, le Croyant d'àle Pharaon, comme le titre du récit le laisse deviner.
L'importance du rôle de ce héros tient à l'importance de la méthode d'action missionnaire du Croyant d'àle (du peuple) Pharaon, que le récit nous présente. Cette méthode d'action, ainsi que celle de la confrontation directe choisie par un autre héros, Moïse, constituent deux modes d'action dictés aux héros mujâhid par la nature du climat politique. A travers les champs de bataille dans lesquels les deux héros sont engagés, l'un est amené à choisir un combat secret, l'autre une action ouverte et publique.
Quant aux autres ingrédients du récit, constitués de péripéties et de situations diverses, ils sont agencés à leur tour selon un ordre architectural plaisant dont nous parlerons en détails, ainsi que de tous les autres éléments romanesques, plus loin.
Le récit commence par le personnage de Moïse (P) lors de sa confrontation franche avec Pharaon, Hâmân et Qâroun:
"Nous avons envoyé Moïse avec nos Signes et un pouvoir incontestable à Pharaon, à Hâmân et à Qâroun (Coré).
"Ils dirent: "C'est un sorcier, un imposteur".
"Mais quand il leur apporta la Vérité émanant de Nous, ils dirent: "Tuez les fils de ceux qui croient comme lui, et laissez vivre leurs filles".
"La ruse des incrédules ne fait que les égarer".(5)
Telle est la première parole du récit: le Ciel envoie Moïse à Pharaon, Hâmân et Qâroun.
Il s'agit de savoir maintenant quels sont les rôles joués par chacun de ces trois personnages?
En ce qui concerne Pharaon, il est le chef des tyrans et sa position dans les péripéties se passe par conséquent de commentaire. Quant à Hâmân, il est son ministre, et il occupe une position risible, comme nous allons le constater. Pour ce qui concerne Qâroun, le trésorier de Pharaon, il n'occupe pas une position dans ce récit, mais d'autres textes coraniques l'ont dépeint ailleurs, dans un autre récit que nous avons déjà abordé.
Est-ce que cela signifie (du point de vue purement romanesque) que le récit ne cherche pas à déterminer les rôles ou les fonctions que ces trois personnages y jouent, mais vise à mettre en scène les idoles qui occupent une position sociale dans le milieu où se meuvent les ?le Pharaon dans leur relation avec Moïse, et ce abstraction faite du mouvement effectif déterminé pour telle ou telle autre idole?
La réponse est très probablement positive, étant donné que les grandes idoles ont leur influence sociale dans le cadre de la place qu'elles occupent dans l'esprit de la populace, et que Satan a réussi à ensorceler celle-ci, malgré les preuves et les arguments irréfutables que Moïse a fournis à cette populace dont fait partie Qâroun qui représente l'une des figures de proue alliées aux ?le Pharaon autour desquels se déroulent les péripéties du récit.
La réaction de ces idoles au message que leur avait présenté Moïse consistait à le traiter de sorcier et de menteur.
Toutefois, le récit a enjambé la chaîne chronologique pour anticiper sur des péripéties futures, avant de retourner de nouveau au présent pour suivre le déroulement des événements selon leur ordre chronologique normal.
Le laps de temps futur que le récit a anticipé concerne les réactions suscitées par Moïse chez la populace en question, et exprimées comme suit:
"Tuez les fils de ceux qui croient comme lui, et laissez vivre leurs filles".(6)
De ce dialogue on peut inférer - suivant le procédé romanesque emprunté par le récit - que le message de Moïse invitant les gens à Allah a fait ses effets, puisque beaucoup y ont cru, ce qui a poussé Pharaon et sa clique à réclamer l'assassinat des croyants et la violation de leurs femmes, comme le font les tyrans de notre époque contemporaine.
Toutefois, le récit a commenté cette réaction par ces propos: "La ruse des incrédules ne fait que les égarer"(7), ce qui signifie, du point de vue romanesque, que les péripéties suivantes révéleront que les tyrans seront voués à la défaite.
De là, le récit retourne vers l'enchaînement chronologique des péripéties, après avoir abordé une période future où il montre que le public - nombreux ou peu nombreux - a répondu positivement à l'Appel du Ciel et que la fin catastrophique des tyrans s'est bel et bien précisée.
Donc le récit revient de nouveau pour décrire les réactions engendrées par l'Appel à Allah, suivant l'ordre chronologique des péripéties qui ont commencé par cette réaction du tyran Pharaon:
"Pharaon dit: "Laissez-moi tuer Moïse! Qu'il invoque donc son Seigneur! Je crains qu'il n'altère votre religion et qu'il ne sème la corruption sur la terre"".(8)
Cette logique ridicule est l'un des outils de propagande auxquels recourent les tyrans à toutes époques et partout. Nous entendons par "cette logique ridicule", ce qu'on appelle dans la terminologie de la psychologie collective, la "projection" des traits de caractères négatifs qui sont propres aux corrupteurs sur les réformateurs. Ainsi, le corrompu, le vilain, l'avide, le mesquin etc. a tendance à projeter sur autrui le défaut qu'il porte afin d'une part que toute valeur morale saine s'écroule (au cas où les autres sont conscients de la mesquinerie d'un tel procédé de propagande), et que, d'autre part toutes les vérités soient altérées ou déformées, et ce pour pouvoir préserver son pouvoir (au cas où les autres sont inconscients de la vraie situation).
Pharaon, lequel est le chef des corrupteurs sur la terre, à son époque, accuse (comme le font les tyrans de l'époque contemporaine) Moïse de corruption et affecte sa crainte de voir altérer la religion du peuple. Il s'est imaginé que ce stratagème psychologique suffirait à tromper la lie du peuple et à susciter une réaction douloureuse chez les gens conscients qui répugnent vraiment à l'altération des vérités.
Mais ce qui lui a échappé, c'est que le Ciel est à l'affût de toute ruse à laquelle font appel les corrupteurs sur terre et que la fin des tyrans serait toujours impitoyable, et semblable à celle de Pharaon et des siens, péris noyés et complètement anéantis.
Donc, Pharaon, le tyran de son époque, a suggéré l'assassinat de Moïse afin de préserver son trône qu'il a essayé de renforcer en trompant les ignorants et en nuisant aux gens instruits par le recours à la désinformation: "Je crains qu'il n'altère votre religion et qu'il ne sème la corruption sur la terre".(9)
Toutefois, il semble que sa proposition de tuer Moïse se soit heurtée à l'opposition de certains de ses conseillers, comme nous le dévoilera le récit plus tard, selon un procédé romanesque indirect.
Mais avant de disparaître de la scène des péripéties de ce récit, Moïse nous a fourni à ce propos, un élément important pour la suite des événements (que le texte romanesque révélera) lorsqu'il a commenté les réactions suscitées par son appel à Allah, dans les termes suivants:
"Je cherche la protection de mon Seigneur et votre Seigneur contre tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour du Jugement".(10)
Là se termine le rôle de Moïse - ou disons plutôt sa position fonctionnelle - dans le récit pour céder la place à un nouveau héros, lequel exerce d'innombrables sortes d'activités qui occupent une grande partie de la surface du récit, ou qui influent considérablement sur son mouvement.
Ce nouveau héros commence à assumer l'opposition à partir du moment où Pharaon s'est mis à penser à l'assassinat de Moïse; et depuis qu'il est apparu sur la scène des événements, l'opposition à Pharaon a revêtu une forme flagrante et ouverte, et d'autant plus importante que ledit héros n'était autre que le trésorier ou le cousin (maternel) de Pharaon, et que l'importance de son engagement dans l'opposition n'était pas sans conséquence sur la décision ou le projet de l'assassinat de Moïse.
Comme nous l'avons dit, Moïse, avant de disparaître du théâtre des événements, a déclaré: "Je cherche la protection de mon Seigneur et de votre Seigneur contre tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour du Jugement".(11)
Et comme nous l'avons noté également, cette déclaration projettera une lumière sur le futur des événements et notamment sur la personnalité du Pharaon, marquée par l'orgueil et le refus de se rendre à l'évidence, comme nous le montreront ses agissements ridicules à ce propos.
Il est indubitable que lorsque Moïse a commencé à se mouvoir vers Pharaon et son peuple, son mouvement a été accompagné de plus d'une situation sur lesquelles le récit se tut. Mais le nouveau héros (le Croyant d'?le Pharaon, dont nous aborderons les détails de la personnalité sous peu) dévoile un aspect des mouvements de Moïse (P). Cette façon de tisser le récit révèle certaines caractéristiques techniques que celui-ci a adoptées dans la construction des péripéties et des personnages.
En effet, le récit s'est contenté d'aborder du personnage de Moïse, le fait qu'il s'était présenté aux àle Pharaon avec "des Signes et un Pouvoir incontestable"(12) et qu'il avait cherché refuge auprès d'Allah contre tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour du Jugement.
Quant aux détails de la situation dans laquelle il a appelé les gens à Allah, le récit les a passés sous silence, laissant d'une part, au lecteur le soin d'en déduire quelques-uns, estimant d'autre part que certains détails ne répondraient à aucune nécessité romanesque, chargeant enfin le nouveau héros (le Croyant d'àle Pharaon) de nous faire découvrir à travers la présentation de sa personnalité, certains autres détails relatifs au personnage de Moïse et à la situation dans laquelle il a agi auprès des àle Pharaon.
Un lecteur attentif ou averti ne peut qu'admirer ce procédé de présentation des personnages et des événements très intéressant et plaisant sur le plan de la technique romanesque.
Ceci dit, Moïse ayant disparu totalement de la scène romanesque, laissant la place à un nouveau héros qui va compléter le rôle qu'il a commencé dans le déroulement du récit.
Quels sont donc les traits caractéristiques de ce nouveau héros?
Le récit débute la présentation du nouveau héros comme suit:
"Un homme croyant, qui appartient au peuple de Pharaon et qui cachait sa foi, dit: ...".(13)
Ce qu'a dit le héros, nous le saurons plus tard. Mais il convient tout d'abord de mettre en exergue les traits caractéristiques de ce héros dont nous avons dit qu'il était au début opposé à l'assassinat de Moïse (P) et qu'il complétera les tâches que le Ciel avait confiées à Moïse.
Le récit nous a dévoilé trois traits de ce personnage: "homme croyant", "appartenant au peuple de Pharaon", "il cachait sa foi".
Là il faut méditer profondément sur l'importance romanesque de la présentation de ces trois traits de la personnalité du nouveau héros. Car cette présentation est riche en significations que nous devons suivre dans le domaine du "Combat sur le Chemin d'Allah" et adopter dans toute action politique, sociale ou individuelle que le Ciel nous demande d'entreprendre dans une situation particulière de terreur, où les tyrans ne laissent à la personnalité musulmane aucune latitude d'agir ouvertement, ou dans des circonstances ponctuelles où l'action secrète s'avère plus efficace que l'action ouverte, comme nous allons en avoir l'illustration dans la conduite de notre héros ici.
En effet, le simple fait que notre héros appartienne au peuple de Pharaon atteste que les membres des groupes, des peuples ou des bandes corrupteurs sur la terre ne sont pas forcément tous, réfractaires au bien et dépouillés de tout bon fond, étant donné que l'éducation sociale spécifique à chacun et la différence entre un individu et un autre déterminent et réforment les comportements individuels, ou même effacent le caractère héréditaire aberrant dans des cas particuliers, et à fortiori les influences du milieu dévié. La femme de Pharaon lui-même était croyante. Pourquoi pas son cousin maternel, par exemple!
L'observation de cette vérité, pourrait nous aider à mettre à profit des individus qui appartiennent à des peuples, des familles, des milieux ou des régimes déviés, à les arracher (secrètement ou ouvertement, selon les circonstances) à la déviation et à les sortir des ténèbres à la lumière, et ceci est d'autant plus important pour la bonne cause que de tels individus, du fait de la position qu'ils occupent auprès du régime, du milieu ou du groupe corrompu, pourraient s'avérer plus efficaces que d'autres.
En tout état de cause ce trait social souligné par le récit, c'est-à-dire le fait de l'appartenance du héros au peuple de Pharaon influera beaucoup sur le déroulement des péripéties, comme nous allons le constater.
Quant au second trait, le fait qu'il soit "Croyant". Le récit l'a entouré de silence. Même les textes exégétiques ne nous apprennent pas grand-chose sur ce trait, se bornant à nous informer que ce Croyant avait caché sa foi pendant des années ou des siècles, sans nous renseigner plus sur le comment et le pourquoi.
Même sur le troisième trait, la dissimulation de la foi, ces textes restent peu loquaces, se contentant d'aborder son aspect général et sa durée.
Il est clair, du point de vue purement romanesque, que le récit se soucie moins de la détermination des préliminaires de la foi ou de sa durée, que du soulignement de son caractère de "secret", à cause de l'importance de ce caractère pour la préservation de la vie du personnage, d'une part, pour l'accomplissement de sa tâche d'adoration (même dans un cadre individuel) de l'autre, et pour les possibilités de l'action sociale que le travail secret actuel pourra permettre: rétablir un droit, effacer un faux, ramener d'autres individus des ténèbres vers les lumière, ou enfin attendre une occasion propice pour agir ouvertement dans une situation décisive, comme le fera effectivement "le Croyant du peuple de Pharaon" qui interviendra à un moment d'extrême gravité, où les tyrans s'apprêteront à assassiner une personnalité élue par le Ciel (Moïse).
Le rôle ou la position fonctionnelle du nouveau héros, le Croyant du peuple de Pharaon, débute avec la situation suivante:
"Un homme croyant, qui appartenait au peuple de Pharaon et qui cachait sa foi, dit:
"Tuerez-vous un homme parce qu'il a dit: "Mon Seigneur est Dieu", alors qu'il vous a apporté des preuves évidentes.
" S'il est menteur, son mensonge retombera sur lui, s'il dit la vérité, ce dont il vous menace vous atteindra. - Dieu ne dirige pas celui qui est pervers et menteur -
"ô mon peuple! La royauté vous appartient aujourd'hui et vous triomphez sur la terre, mais qui donc nous délivrera de la rigueur de Dieu quand elle nous atteindra?".(14)
Cette séquence ou ce monologue nous permet de relever plusieurs traits de la technique romanesque utilisée dans le récit.
Ainsi, on peut deviner (de ce monologue) que lorsque Pharaon a dit: "Laissez-moi tuer Moïse", il avait vraiment l'intention de le tuer et qu'il était en train de consulter les autres à ce propos ou à obtenir un soutien pour son projet. La preuve en est l'intervention du Croyant des àle Pharaon pour donner vraisemblablement son opinion à ce sujet, ayant peut-être promis au peuple le salut au cas où il croirait en Allah, ou la torture terrestre au cas où il refuserait d'entendre raison.
Ceci, on peut le déduire de l'allusion faite par le héros à l'adresse de son peuple de la possibilité pour eux d'obtenir une partie de ce que Moïse leur promet au cas où il dit la vérité, d'une part, et de subir la rigueur ou la torture d'Allah (comme en avait brandi la menace, Moïse): "qui donc nous délivrera de la rigueur de Dieu quand elle nous atteindra".
Ces positions prises par Moïse, le récit ne nous les a pas relatées lorsqu'il a abordé sa (de Moïse) confrontation avec le peuple. C'est le nouveau héros, le Croyant du peuple de Pharaon qui nous les révèle.
Ceci est un des traits de la présentation artistique du récit.
Mais en dehors de ce trait artistique, il importe de découvrir l'importance du rôle ou de la position fonctionnelle du nouveau héros relativement à sa façon d'intervenir, à son intervention intelligente pour sauver la situation, à l'incidence de cette intervention sur Pharaon lui-même et puis sur les événements en général, sans parler des situations équivoques diverses qui l'ont accompagné.
Le lecteur est porté à croire que Pharaon était bien déterminé à tuer Moïse. L'apparence du texte romanesque l'induit à concevoir une telle pensée. Toutefois, les textes de tafsîr, qui projettent un peu de lumière sur la situation, laissent entendre qu'il hésitait à mettre en exécution sa décision, et tentent de justifier cette hésitation, ou cette consultation ou l'ajournement du projet.
Ces textes exégétiques indiquent schématiquement que le fait que Pharaon, sachant que l'assassinat des Prophètes et de leurs enfants ne peut être commis que par des fils de prostituées, s'est abstenu d'être l'auteur de ce crime. De même quelques textes d'exégèse nous rapportent une partie d'opinions semblables des conseillers de Pharaon, lesquels lui ont suggéré de reporter l'exécution de Moïse et de son frère Hâroun à une date ultérieure, invoquant le même argument : seule la progéniture des débauchées oseraient assassiner les grandes personnalités.
Cela signifie, au moins, que Pharaon tenait à sa réputation, craignait qu'elle ne fût entachée, et voulait éviter que sa naissance ou son lignage fasse l'objet de clins d'oeil et de chuchotements allusifs au cas où il commettrait l'assassinat d'un Prophète.
En tout état de cause, les ambiguïtés de la situation relative au projet de l'assassinat, nous montrent que Pharaon n'a pas mis à exécution sa décision immédiatement et que celle-ci a fait l'objet de tergiversations, d'atermoiements, de consultations et d'examens, dont l'une des conséquences était l'intervention du nouveau héros, le Croyant du peuple de Pharaon, intervention dont nous nous devons d'expliquer les détails maintenant.
Si le crime d'assassinat d'un serviteur d'Allah ne peut être perpétré que par les fils de débauchées, l'intervention en vue d'empêcher un tel crime révèle l'existence d'un trait de caractère tout à fait opposé chez l'auteur d'une telle intervention, à savoir la pureté et la bonne naissance. De même si l'assassinat d'un Prophète décèle la mauvaise naissance de l'assassin, le fait de rester les bras croisés devant le projet d'un tel assassinat (alors qu'on peut l'empêcher) indique la présence d'un trait semblable au trait pervers qui caractérise les assassins.
De là, notre héros (étant donné sa pureté et la bonté de son fond) qui avait dissimulé sa foi pendant une longue durée, a estimé que se taire sur un assassinat, constitue une contribution ou une participation au crime. Aussi intervint-il directement pour empêcher la perpétration de ce crime. Telle est l'explication et la cause psychologique et artistique de l'intervention de notre héros.
Mais ce nouveau héros, qui fait preuve d'une grande maturité, de sagesse, d'intelligence sociale et de pertinence, n'est pas intervenu d'une façon passionnelle ou naïve, mais avec intelligence et par une attitude fondée sur des arguments irréfutables qui ne laissent aux adversaires aucun prétexte et les désarment complètement, et ce peu importe quel sort lui sera réservé à la suite de cette intervention, sort à propos duquel les textes de tafsîr ne sont pas très tranchants, laissant entendre seulement que ledit héros a été sauvé avec Moïse en traversant la mer, ou qu'il a échappé à une tentative d'assassinat qu'on avait préparée contre lui.
En tout état de cause, son argument présenté au peuple a tenu compte de l'intérêt de celui-ci, de ses désirs et de ses sentiments, puisqu'il dit: "la royauté vous appartient aujourd'hui et vous triomphez sur la terre".(15)
En d'autres termes, il les a confirmés dans leur pouvoir dont ils jouissaient, et les a mis en garde contre le risque de le perdre au cas où la menace - brandie par Moïse - du châtiment se concrétisera. De même, il les a confirmés dans ce à quoi ils aspiraient et que Moïse leur a promis au cas où ils croiraient en Allah: "s'il dit la vérité, ce dont il vous promet vous parviendra".(16)
Bref, son intervention a été empreinte de marques de maturité, de sagesse et surtout elle a joué sur leurs fibres sensibles.
La question qui se pose à présent est quelle a été la réaction de Pharaon à cette intervention ou à ce conseil? Puis, quelles sont les données (est la portée) de cette intervention dans le cadre de l'action en vue des principes divins?
La réaction de Pharaon au conseil du Croyant ressort de la séquence suivante :
"Pharaon dit: "Je ne vous montre que ce que j'ai vu moi-même. Je ne vous dirige que sur le chemin de la certitude".(17)
Cela signifie que Pharaon reste sur sa position antérieure et dans le cadre du langage trompeur, fait de mensonges et de discours faussement moralisateurs.
Le récit se contente de présenter cette partie de la réaction de Pharaon sans entrer dans les détails de ses décisions pratiques à ce sujet, lesquelles traduisent pourtant mieux sa réaction réelle.
Puis le récit entreprend l'exposé de nouvelles positions du héros, comme nous allons le voir plus loin.
Mais là le lecteur peut s'interroger, sur un plan purement romanesque: Pourquoi le récit s'est-il abstenu de déterminer l'action que Pharaon entreprendra contre Moïse? S'est-il apprêté à le tuer? A-t-il ajourné son exécution?
Pourquoi le récit a-t-il enjambé ces détails pour poursuivre son exposé sur les positions du héros? Quelle est la raison artistique de ce procédé romanesque?
Il est à remarquer que le récit du "Croyant du peuple de Pharaon" est conçu selon une ossature romanesque spécifique, fondée sur la "théâtralisation" du récit, en ce qui concerne le dialogue de chacun de ses deux héros: le Croyant et Pharaon. Ainsi, le Croyant s'adresse trois fois ou plus à son peuple, et son dialogue est entrecoupé, plus d'une fois par le dialogue de Pharaon avec son peuple.
"Le Croyant", parlant à son peuple, dit: "ne tuez pas Moïse!". Puis, il se tait. Et là Pharaon, à ce moment précis s'interpose, pour dire que la sagesse est de tuer Moïse.
Jusque là le dialogue semble se dérouler entre le Croyant et Pharaon, mais par peuple interposé, ou tout en faisant semblant, chacun à son tour, de s'adresser au peuple et non à l'autre. C'est donc un dialogue indirect.
Puis, le Croyant revient à la charge, s'adresse à son peuple et lui rappelle l'anéantissement des peuples des siècles passés, avant de se taire, comme pour céder la place à Pharaon, lequel s'adresse à son ministre Hâmân et lui dit: "construis-moi une tour pour que je puisse voir le Dieu de Moïse", et ensuite il se tait. Là le Croyant revient et dit à nouveau à son peuple: "suivez-moi, je vous conduirais vers la Voie de la rectitude", etc.
Ce dialogue divisé en parties, aurait pu être déroulé d'un seul trait, et c'est d'autant plus faisable, que le Croyant et Pharaon ne se parlent pas directement pour que leur dialogue requière des questions et des réponses et prenne la forme d'un dialogue multilatéral, mais parlent chacun à son tour, à leur peuple, au point que la parole de chacun semble n'avoir aucun rapport avec celle de l'autre.
Par exemple, alors que le Croyant du peuple de Pharaon parlait de l'anéantissement des peuples des siècles passés: le peuple de Noé, le peuple de '?d, le peuple de Thamûd, le récit rompt la chaîne de son exposé pour donner la parole à Pharaon. Mais qu'a dit Pharaon à ce moment-là? Il a demandé à son ministre Hâmân de lui construire une tour pour qu'il voie le Dieu de Moïse. Or, il n'y a aucun rapport apparent entre les propos du croyant et la déclaration de Pharaon. Le premier parle des expériences et sorts des peuples passés, et Pharaon de la construction d'une tour !
Puis, le Croyant a repris la parole, mais pour dire quelque chose qui n'a rien à voir, là non plus, avec ce que Pharaon venait de déclarer, puisque le Croyant dit à l'adresse de son peuple: "Suivez-moi! Je vous dirigerai sur le Chemin de la rectitude".
Donc les interruptions des dialogues de la sorte, sans qu'il y ait entre les deux personnages, Pharaon et le Croyant, une discussion qui l'exigerait, doivent répondre à un motif artistique important. Autrement, pourquoi, ce récit à la différence de tous les autres récits coraniques est-il le seul à adopter ce type de dialogue entrecoupé en séquences, sans qu'il y ait un rapport manifeste entre les dialogues interrompus tantôt par le Croyant tantôt par Pharaon, alors que l'un et l'autre ne se parlent pas.
A notre avis, nous avons affaire ici à un récit "théâtralisé", s'il est permis de s'exprimer ainsi.
Car il est familier (dans le domaine de la littérature romanesque) que certains romans ou récits, sont conçus pour être lus seulement, et d'autres sont écrits pour être joués sur scène. Certes, le roman et le théâtre se veulent deux genres bien distincts, mais il arrive que dans certains récits les situations sont totalement ou partiellement théâtrales, tout en conservant leur genre ou leur caractère romanesque. Or dans le texte dont nous traitons ici, bien qu'il soit romanesque et non théâtral, certaines parties en sont conçues avec une dimension théâtrale exigée par la situation romanesque.