Naissance de l'imam Ali ar-Rida (11 Dhu al-Qi'dah 148 AH)
Naissance de l'imam Ali ar-Rida (11 Dhu al-Qi'dah 148 AH)
Introduction
Le 11 Dhu al-Qi'dah 148 AH (correspondant à décembre 765 EC) naît à Médine Ali ibn Musa ibn Ja'far, le huitième imam des chiites duodécimains, connu sous les titres de Ali ar-Rida (علي الرضا – « l'Agréé ») et Imam Reza dans la tradition persane. Il est le fils du septième imam, Musa al-Kadhim, et de Umm al-Banin Najma (une femme savante d'origine berbère). Pour les chiites, sa naissance en ce mois sacré de Dhu al-Qi'dah est un signe de bénédiction, et il est le seul imam à être enterré sur le territoire de l'actuel Iran (à Mashhad), faisant de son sanctuaire le plus grand lieu de pèlerinage chiite au monde.
Développement
1. Contexte de sa naissance :
· Son père, l'imam Musa al-Kadhim, est emprisonné à plusieurs reprises par les califes abbassides et finit martyrisé en 183 AH (empoisonné à Bagdad). Ali ar-Rida n'a alors que 35 ans, mais il est déjà reconnu par les chiites comme le successeur légitime.
· Sa mère, Najma, est décrite dans les sources chiites comme une « femme pieuse et savante » (alimah) qui a transmis des hadiths. Elle aurait eu une vision avant sa naissance : le Prophète lui annonçant que l'enfant serait « la lumière des croyants ».
2. Qualités et titres :
· Ar-Rida: Ce titre lui est donné par Dieu (selon les hadiths chiites), signifiant que « Dieu, le Prophète et les imams sont agréés par lui ».
· Abu al-Hasan al-Thani (le deuxième Abou al-Hassan) : par distinction avec son père (le premier) et l'imam Ali (le plus grand).
· Al-‘Alim al-i Muhammad (le savant de la famille de Mahomet) : car il était réputé pour sa maîtrise de toutes les sciences religieuses.
3. Le débat avec les savants des autres religions :
· Sous le calife abbasside al-Ma'mun, Ali ar-Rida est contraint (pour des raisons politiques) de participer à des débats publics avec des théologiens juifs, chrétiens, zoroastriens et musulmans non chiites. Les sources chiites rapportent qu'il les a tous convaincus par son argumentation, sans jamais élever la voix. Ce récit est lu chaque année lors des célébrations de sa naissance.
· Un exemple célèbre : Un chef juif lui demande : « Comment prouves-tu que la prophétie de Mahomet est vraie ? » L'imam répond par des arguments logiques et des citations de la Torah, ce qui conduit le rabbin à se convertir.
4. La succession forcée (polémique chiite) :
· En 201 AH, al-Ma'mun force Ali ar-Rida à quitter Médine pour le Khorasan (l'est de l'Iran actuel) et lui impose d'être son héritier présomptif (wali al-‘ahd). Les chiites considèrent qu'il a accepté sous contrainte (taqiyya) et non par ambition.
· Cette décision du calife visait à neutraliser l'imam en le surveillant de près, et à apaiser les révoltes chiites en leur faisant croire qu'un imam allait gouverner. Mais l'imam posa comme condition : « Je n'ordonnerai rien, je n'interdirai rien, je ne changerai aucune loi. » Al-Ma'mun accepta, mais l'expérience tourna court.
5. Son martyre (selon la tradition chiite) :
· Le 17 Safar 203 AH, Ali ar-Rida meurt subitement à Tus (Mashhad). Les chiites croient qu'il a été empoisonné par al-Ma'mun, jaloux de sa popularité croissante. Son corps est enterré auprès du tombeau du calife abbasside Haroun al-Rachid – un symbole fort : le tyran et l'imam reposent côte à côte, mais seul le sanctuaire de l'imam attire des millions de pèlerins.
6. Signification dans le chiisme contemporain :
· Sanctuaire de Mashhad : C'est le lieu de pèlerinage le plus visité d'Iran (25 millions de pèlerins par an). On y récite la ziyarah spécifique (visite spirituelle) composée par les imams suivants.
· Huitième imam et le Mahdi : Une tradition chiite affirme que le Mahdi (imam caché) portera le nom de son père (Muhammad) mais sera « de la descendance d'Ali ar-Rida ». Ainsi, sa naissance préfigure la fin des temps.
· Mois de Dhu al-Qi'dah : Le fait qu'il naisse dans ce mois sacré (où la guerre est interdite) est interprété comme une indication que l'imam est un « homme de paix », forcé malgré lui à s'engager en politique.
7. Pratiques chiites pour le 11 Dhu al-Qi'dah :
· Jour de fête (aïd) : On ne jeûne pas (ou volontairement), on organise des repas communautaires, on chante des poèmes en son honneur (qasideh).
· Lecture de son « traité » (Risalat al-Rida) sur les croyances chiites, adressé à al-Ma'mun.
· Distribution de nourriture aux pauvres en son nom.
· Ziyarah à distance (pour ceux qui ne peuvent se rendre à Mashhad) : on récite une prière spéciale tournée vers son tombeau.
Conclusion
La naissance de l'imam Ali ar-Rida le 11 Dhu al-Qi'dah est pour les chiites un rappel que la science des imams n'est pas seulement l'héritage du passé : elle peut s'actualiser dans le débat, la disputation courtoise et l'argumentation rationnelle. Ali ar-Rida est souvent surnommé le « prince de la raison » (amir al-'aql). Dans un mois marqué par l'interdiction de la guerre, il incarne la guerre intellectuelle – celle du savoir contre l'ignorance. Aujourd'hui encore, le 11 Dhu al-Qi'dah, des conférences scientifiques sont organisées dans les séminaires chiites (Qom, Najaf, Mashhad) en hommage au huitième imam. Les croyants y voient aussi une préfiguration de l'imam Mahdi : de même qu'Ali ar-Rida fut contraint d'accepter une position politique sans gouverner, de même le Mahdi réapparaîtra quand l'humanité sera prête à l'accepter comme guide, non comme tyran.