Assassinat de Mohammad Mohammad Sadeq al-Sadr (1419 AH)
Assassinat de Mohammad Mohammad Sadeq al-Sadr (1419 AH)
Introduction
Le 3 Dhu al-Qi'dah 1419 de l'Hégire (correspondant au 19 février 1999 du calendrier grégorien), le grand ayatollah Mohammad Mohammad Sadeq al-Sadr (arabe : محمد محمد صادق الصدر) est assassiné à Najaf, en Irak, avec deux de ses fils (Moustafa et Muqtada – attention : ce Muqtada n'est pas le célèbre Muqtada al-Sadr qui émergera plus tard, c'est un autre fils). Surnommé le « second martyr » (après son cousin Mohammad Baqir al-Sadr, exécuté par le régime baathiste en 1980), il était l'une des plus hautes autorités religieuses chiites (marja') et un opposant résolu au dictateur Saddam Hussein.
Développement
Contexte politique : Après la guerre du Golfe (1991), les chiites d'Irak se soulèvent contre Saddam, mais la révolte est écrasée dans le sang. Mohammad Sadeq al-Sadr reste à Najaf et, avec prudence, critique indirectement le régime. En 1992, Saddam tente de contrôler la hiérarchie chiite en exigeant des marjas qu'ils demandent une audience officielle avant de prononcer des sermons. Al-Sadr refuse et devient de plus en plus populaire.
Ascension et défiance : À partir de 1998, sa popularité explose. Des centaines de milliers de fidèles se rendent à Najaf pour écouter ses sermons du vendredi. Il appelle à la prière du vendredi (que les chiites pouvaient accomplir sans l'autorisation du régime), ce que Saddam interprète comme un défi direct. Son discours devient plus explicite : il dénonce la corruption, l'injustice, et appelle au respect des droits des chiites.
Assassinat : Le soir du 3 Dhu al-Qi'dah 1419, alors qu'il rentre chez lui après la prière du coucher du soleil (maghrib) dans la mosquée Al-Hanana (adjacente au mausolée de l'imam Ali), sa voiture est prise pour cible. Lui et ses deux fils sont tués sur le coup. Le régime de Saddam accuse officiellement des « éléments inconnus », mais personne dans le monde chiite ne doute que les auteurs sont les services de renseignement baathistes (Mukhabarat).
Réactions : L'assassinat provoque une vague de colère et de deuil à travers tout le monde chiite, surtout en Irak et au Liban (où le Hezbollah déclare trois jours de deuil). Des milliers de personnes défilent à Najaf malgré la répression. Saddam autorise paradoxalement de grandes funérailles pour tenter d'apaiser la colère, mais le régime en sort définitivement discrédité aux yeux des chiites.
· Marja'iyya et résistance: Al-Sadr incarne le modèle du marja' (source d'imitation) qui n'hésite pas à risquer sa vie pour défendre sa communauté. Il s'inscrit dans la lignée des martyrs chiites de l'oppression sunnite (depuis l'imam Hussein à Kerbala).
· Lien avec la famille Sadr: Cette famille a donné plusieurs grands marjas (Mohammad Baqir al-Sadr, Ismaïl al-Sadr, Moussa al-Sadr disparu au Liban). Leur martyre collectif renforce leur aura spirituelle.
· Prélude à la chute de Saddam: Bien que l'invasion américaine de 2003 ne soit pas liée à son assassinat, la mort d'al-Sadr accélère la délégitimation du régime aux yeux des chiites. Son fils survivant, Muqtada al-Sadr (né en 1973), deviendra après 2003 une figure majeure de la résistance anti-américaine.
Pratiques commémoratives : Le 3 Dhu al-Qi'dah est un jour de deuil pour les chiites duodécimains, en particulier en Irak et au Liban. On y récite des prières pour les martyrs, on visite les tombes (pour ceux qui peuvent se rendre à Najaf), et on organise des assemblées (majalis) rappelant la vie et l'œuvre de l'ayatollah al-Sadr.
Conclusion
L'assassinat de Mohammad Mohammad Sadeq al-Sadr un 3 Dhu al-Qi'dah illustre la persécution systématique des autorités religieuses chiites sous les régimes baathistes, mais aussi la résilience d'une tradition qui fait du martyre la plus haute forme de témoignage de foi. Pour les chiites, ce jour n'est pas seulement un anniversaire funeste : c'est un rappel que la lutte pour la justice, même dans l'oppression la plus dure, est au cœur de l'identité chiite. L'héritage d'al-Sadr perdure à travers le mouvement sadriste actuel en Irak, dont l'influence politique reste considérable.

