Début du pèlerinage d'adieu du prophète Mahomet (25 Dhu al-Qi'dah 10 AH)
Début du pèlerinage d'adieu du prophète Mahomet (25 Dhu al-Qi'dah 10 AH)
Introduction
Le 25 Dhu al-Qi'dah 10 AH (correspondant à février/mars 632 EC) marque, selon plusieurs sources chiites, le début du pèlerinage d'adieu (Hajjat al-Wada') du prophète Mahomet. C'est le seul pèlerinage accompli par le Prophète après la conquête de La Mecque, et il revêt une importance capitale pour les chiites car c'est à cette occasion – quelques mois plus tard, le 18 Dhu al-Hijja – qu'il désigna son cousin et gendre Ali ibn Abi Talib comme son successeur lors de l'événement de Ghadir Khumm. Le « pèlerinage d'adieu » tire son nom du fait que le Prophète mourut environ 90 jours après l'avoir accompli (le 28 Safar ou 12 Rabi' al-Awwal selon les sources).
Développement
1. Le départ de Médine :
· Le 25 Dhu al-Qi'dah 10 AH, le Prophète annonce publiquement son intention d'accomplir le hajj. Des dizaines de milliers de fidèles (estimés entre 70 000 et 120 000 selon les sources) se préparent à l'accompagner.
· L'imam Ali, qui revenait d'une expédition au Yémen, rejoint la caravane à La Mecque. Selon la tradition chiite, le Prophète lui dit : « Hâte-toi, ô Ali, car j'ignore si je te reverrai après cette année. »
2. L'enseignement des rites :
· Tout au long du voyage, le Prophète enseigne aux pèlerins les gestes précis du hajj : l'ihram (état de sacralité), la talbiya (formule de réponse à l'appel de Dieu), la circumambulation autour de la Kaaba (tawaf), la course entre Safa et Marwa (sa'y), la station à Arafat, la lapidation des stèles (jamarat), et le sacrifice.
· Pour les chiites, ce pèlerinage fixe définitivement les rites que l'imam Mahdi restaurera à son retour.
3. Le sermon d'adieu :
· Le 9 Dhu al-Hijja (mont Arafat), le Prophète prononce son célèbre sermon. Les chiites relèvent plusieurs phrases clés :
· « Je vous laisse deux choses précieuses (thaqalayn) : le Livre de Dieu et ma Famille (Ahl al-Bayt). Ils ne se sépareront jamais jusqu'au Jour de la Résurrection. » (Hadith des Deux Poids Lourds)
· « Le croyant est frère du croyant... »
· « N'oubliez pas que vous rencontrerez votre Seigneur. »
· Les chiites considèrent que le Prophète savait sa mort proche (d'où le nom « pèlerinage d'adieu ») et qu'il répéta trois fois cette recommandation sur Ahl al-Bayt pour qu'aucune ambiguïté ne subsiste.
4. L'événement de Ghadir Khumm (18 Dhu al-Hijja) :
· Bien que ce soit après le pèlerinage, les chiites relient directement le pèlerinage d'adieu à Ghadir. C'est en revenant du hajj, à l'étape de Ghadir Khumm, que le Prophète reçut l'ordre divin : « Ô Messager, transmets ce qui t'a été descendu... » (Coran 5, v. 67).
· Il fit alors arrêter la caravane, fit monter Ali sur une estrade faite de selles de chameau, et déclara : « Celui dont je suis le maître (mawla), Ali est aussi son maître. » Pour les chiites, cela signifie la succession politique et spirituelle.
5. Spécificités chiites sur ce pèlerinage :
· Contrairement aux sunnites : Les sunnites reconnaissent le pèlerinage d'adieu et le sermon, mais ils interprètent différemment le hadith des Deux Poids Lourds (certains ajoutent « et ma sunna ») et ils ne font pas de Ghadir un moment de désignation formelle d'Ali comme calife.
· La présence de Fatima : Les chiites soulignent que Fatima (fille du Prophète et épouse d'Ali) participa à ce pèlerinage, ainsi que l'imam Hassan et l'imam Hussein (alors âgés de 8 et 7 ans). Le Prophète les tenait parfois sur sa monture pour que les pèlerins les voient.
· Le testament secret : Selon des sources chiites, c'est pendant le pèlerinage d'adieu que le Prophète aurait remis à Ali le Livre de la succession (Kitab al-Wasiyya), contenant les noms des douze imams jusqu'au Mahdi.
6. Pratiques chiites pour le 25 Dhu al-Qi'dah (début du pèlerinage d'adieu) :
· Bien que la date majeure soit le 9-13 Dhu al-Hijja, le 25 Dhu al-Qi'dah marque pour les chiites le moment où l'on se prépare spirituellement au hajj.
· Lecture du sermon d'adieu : Dans les mosquées chiites, on lit c
e jour-là des extraits du sermon, en insistant sur le verset « Aujourd'hui, j'ai parachevé pour vous votre religion » (Coran 5, v. 3) que les chiites associent à Ghadir.
· Jeûne facultatif : Certains chiites jeûnent le 25 Dhu al-Qi'dah pour marquer le début des dix jours saints qui mènent au hajj.
· Prière pour les pèlerins : Ceux qui ne peuvent se rendre à La Mecque prient pour leurs frères qui y sont, et accomplissent une « circumambulation de la maison de Dieu » à distance (en tournant autour d'une maquette de la Kaaba dans les mosquées).
7. Le « pèlerinage d'adieu » comme modèle d'obéissance :
· Pour les chiites, le comportement du Prophète pendant ce hajj est un modèle : il priait beaucoup, pleurait en invoquant Dieu, traitait les pauvres avec respect, et demandait pardon pour ses compagnons.
· L'imam Hussein, des décennies plus tard, se souviendra de ce pèlerinage quand il se dirigera vers Kerbala. Certains chiites font un parallèle : le Prophète fit son dernier pèlerinage en annonçant sa mort prochaine ; Hussein fit son dernier voyage de Médine à Kerbala en sachant qu'il allait mourir.
8. L'absence de commémoration officielle unifiée :
· Contrairement au 18 Dhu al-Hijja (Ghadir) qui est un jour de fête majeure, le 25 Dhu al-Qi'dah (début du pèlerinage d'adieu) n'est pas un jour férié dans la plupart des pays chiites. Il est plus médité que célébré.
· Les séminaires chiites (Qom, Najaf) y organisent des conférences sur « l'héritage du hajj prophétique ».
Conclusion
Le 25 Dhu al-Qi'dah 10 AH – début du pèlerinage d'adieu – est pour les chiites le prologue du drame de la succession. Le Prophète savait qu'il ne reviendrait jamais à Médine vivant après ce voyage, et il utilisa chaque étape (le sermon d'Arafat, l'annonce de Ghadir) pour préparer sa communauté à son absence. En ce mois de Dhu al-Qi'dah où la guerre est interdite, le Prophète enseigna la paix, le rituel et l'obéissance à Dieu. Mais il enseigna aussi que le vrai pèlerinage ne consiste pas seulement à tourner autour de la Kaaba : c'est accepter que Dieu seul choisit ses représentants – et que ce choix (en faveur d'Ali) fut clairement énoncé. Aujourd'hui encore, des millions de pèlerins chiites refont chaque année le même trajet, revivant les gestes du Prophète, mais en ayant à l'esprit que le hajj sans la wilaya (loyauté à l'imam Ali) est incomplet.

