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Naissance de Muhammad Baqir al-Sadr (25 Dhu al-Qi'dah 1353 AH)

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Naissance de Muhammad Baqir al-Sadr (25 Dhu al-Qi'dah 1353 AH)

 

Introduction

 

Le 25 Dhu al-Qi'dah 1353 AH (correspondant au 1er mars 1935 du calendrier grégorien) naît à Kazimayn (Irak) Muhammad Baqir al-Sadr, l'un des plus grands théologiens, juristes et philosophes chiites du XXe siècle. Surnommé al-Shahid al-Khamis (le Cinquième Martyr) dans la tradition chiite – après les quatre premiers martyrs de la pensée (al-Shahid al-Awwal, al-Thani, al-Thalith, al-Rabi') –, il est le fondateur de l'école philosophique de Qom et Najaf, l'auteur d'une économie islamique complète, et l'initiateur du mouvement islamiste chiite moderne. Il sera exécuté par le régime baathiste de Saddam Hussein le 9 avril 1980 (22 Rajab 1400 AH), mais sa naissance le 25 Dhu al-Qi'dah – jour de Dahw al-Ardh, des naissances d'Ibrahim et d'Issa – est perçue par les chiites comme un signe providentiel.

 

Développement

 

1. Contexte familial et lignée :

 

· Muhammad Baqir al-Sadr naît dans une famille de grands savants chiites. Son père, Haydar al-Sadr, est un juriste respecté. Son grand-père, Isma'il al-Sadr, fut une autorité religieuse majeure (marja') à la fin du XIXe siècle.

· La famille Sadr (à ne pas confondre avec la famille Sadr iranienne) est originaire du Liban, mais s'est installée à Najaf et Kazimayn depuis plusieurs générations. Elle revendique une descendance du prophète Mahomet (sayyed), renforçant son autorité spirituelle.

 

2. Enfance et formation fulgurante :

 

· À 5 ans, il perd son père. Sa mère veille à son éducation. À 10 ans, il étudie la logique et la jurisprudence. À 14 ans, il fréquente les cours de maîtres comme Sayyed Abu al-Qasim al-Khoei et Sayyed Muhsin al-Hakim à Najaf.

· À 17 ans, il est considéré comme mujtahid (capable de déduire les lois religieuses par lui-même) – un cas exceptionnel. Son intelligence éblouit ses professeurs. On raconte qu'il corrigeait les erreurs de ses aînés avec une politesse qui ne les offensait jamais.

 

3. Une œuvre immense en trois domaines :

 

· Philosophie et théologie : Il écrit Falsafatuna (Notre philosophie, 1959) pour répondre aux attaques du marxisme et de l'occidentalisme. Il y défend la rationalité de la foi chiite et critique la dialectique matérialiste. Le livre devient un classique dans les séminaires.

· Économie islamique : Il compose Iqtisaduna (Notre économie, 1961), premier traité systématique d'une économie alternative au capitalisme et au socialisme, basée sur le Coran et la sunna. Il y théorise l'interdiction de l'usure (riba), la redistribution des richesses (khums et zakat) et la propriété privée encadrée.

· Jurisprudence et usul al-fiqh : Il révolutionne l'étude des principes du droit (usul) avec ses leçons compilées dans Durûs fî 'ilm al-usûl (Leçons sur la science des principes). Son élève le plus brillant, Sayyed Ali al-Sistani (actuel marja' suprême des chiites), diffusera sa méthode.

 

4. Le fondateur du parti Dawa (appel islamique) :

 

· En 1958 (1377 AH), il fonde le Parti islamique Dawa (Da'wa) avec quelques compagnons, pour organiser la résistance chiite contre le régime nationaliste et séculariste d'Abd al-Karim Qasim, puis contre le parti Baas.

· Il ne dirige pas directement le parti (restant en retrait comme autorité spirituelle), mais ses fatwas et ses écrits en inspirent tous les membres. Le slogan du parti : « L'islam est la solution ».

 

5. La confrontation avec le Baas et la révolution iranienne :

 

· Dans les années 1970, le régime baathiste de Saddam Hussein persécute les chiites et le parti Dawa. Al-Sadr est arrêté plusieurs fois, assigné à résidence à Najaf.

· En 1979, la révolution islamique iranienne triomphe. Khomeiny (ancien élève du séminaire de Najaf) lui propose de venir en Iran. Al-Sadr refuse : « Mon devoir est ici, auprès de mon peuple opprimé. »

· Il soutient discrètement la révolution iranienne, ce qui exaspère Saddam. En avril 1980, il est arrêté avec sa sœur (la célèbre poétesse Bint al-Huda, elle aussi savante). Tous deux sont torturés puis exécutés – selon certaines sources, un clou fut enfoncé dans son crâne.

 

6. Signification chiite du 25 Dhu al-Qi'dah pour al-Sadr :

 

· Parallèle avec Ibrahim : De même qu'Ibrahim naquit un 25 Dhu al-Qi'dah et dut affronter le feu de Nimrod, al-Sadr naquit ce jour et dut affronter le feu (les prisons et la torture) de Saddam.

· Parallèle avec Issa : Issa parla au berceau pour défendre la virginité de sa mère ; al-Sadr parla dès l'enfance pour défendre la pureté de l'islam contre les idéologies importées.

· Dahw al-Ardh (étalement de la Terre) : Le jour où Dieu étendit la Terre est aussi celui où al-Sadr étendit la pensée chiite à de nouveaux domaines (économie, philosophie, politique). Il est considéré comme le « premier marja' à avoir écrit un livre d'économie islamique ».

· Naissance d'un réformateur : Dans le chiisme, le 25 Dhu al-Qi'dah est un jour de renouveau. Al-Sadr incarne ce renouveau : il a sorti le séminaire de Najaf de sa torpeur et l'a confronté aux défis de la modernité.

 

7. Pratiques chiites pour la naissance d'al-Sadr :

 

· Le 25 Dhu al-Qi'dah, dans les séminaires chiites (Qom, Najaf, Kerbala), on organise des conférences académiques sur l'œuvre d'al-Sadr.

· On récite la fatiha sur sa tombe à Najaf (près du mausolée de l'imam Ali). Son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage.

· Les familles chiites instruisent leurs enfants ce jour-là en lisant des extraits de Falsafatuna ou Iqtisaduna.

· On distribue des livres et des repas aux pauvres en son nom, car il était connu pour sa charité discrète (il donnait ses droits d'auteur aux orphelins).

 

8. Critiques et controverses :

 

· Certains chiites traditionnels (surtout les akhbaris, moins rationalistes) critiquent sa philosophie, y voyant une influence excessive de la pensée occidentale (même en la combattant).

· D'autres (sunnites) l'accusent d'avoir « politisé » l'islam chiite. Mais pour ses partisans, c'est exactement ce que les imams faisaient : ils n'étaient pas des moines, mais des guides politiques.

 

Conclusion

 

La naissance de Muhammad Baqir al-Sadr le 25 Dhu al-Qi'dah est pour les chiites un rappel que l'érudition (le savoir) et le martyre (le sacrifice) sont les deux ailes de l'islam véritable. Al-Sadr naquit un jour de bénédiction cosmique (Dahw al-Ardh) et prophétique (naissances d'Ibrahim et Issa). Il mourut en martyr pour avoir défendu les droits des chiites opprimés. Aujourd'hui, son influence est immense : son élève al-Sistani est la plus haute autorité chiite en Irak ; son disciple Khomeiny a fondé l'État iranien ; ses livres sont lus dans les universités islamiques du monde entier. Le 25 Dhu al-Qi'dah, les chiites ne pleurent pas al-Sadr (ce n'est pas la date de sa mort), mais ils célèbrent sa naissance comme celle d'un « renouveau de la pensée imamique ». En ce sens, al-Sadr rejoint la galaxie des prophètes nés ce jour-là : il fut, comme Ibrahim, un briseur d'idoles (les idoles du marxisme et du capitalisme) ; comme Issa, un guérisseur des cœurs par la sagesse ; et comme Mahomet, un annonceur d'un ordre juste pour l'humanité.

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