Confirmation du traité d'Hudaybiyya (28 Dhu al-Qi'dah 6 AH)
Confirmation du traité d'Hudaybiyya (28 Dhu al-Qi'dah 6 AH)
Introduction
Le 28 Dhu al-Qi'dah 6 AH (correspondant à mars 628 EC) est le jour où le traité d'Hudaybiyya, signé le 1er Dhu al-Qi'dah de la même année, fut définitivement confirmé après des discussions supplémentaires entre les émissaires du prophète Mahomet et la tribu Quraych de La Mecque. Bien que la signature initiale ait eu lieu le 1er Dhu al-Qi'dah (notre sujet n°2), c'est le 28 que les dernières clauses furent entérinées et que le Prophète et ses compagnons purent rebrousser chemin vers Médine, la mort dans l'âme mais la foi apaisée. Pour les chiites, cette confirmation renforce l'idée que l'obéissance à l'imam (ici le Prophète) est parfois amère mais toujours juste.
Développement
1. Les clauses contestées :
Rappelons les termes du traité (sujet n°2) :
· Trêve de 10 ans.
· Toute personne quittant La Mecque pour Médine sans l'autorisation de sa famille sera renvoyée.
· Toute personne de Médine venant à La Mecque ne sera pas renvoyée.
· Les musulmans rebroussent chemin cette année, mais reviendront l'année suivante pour 3 jours de pèlerinage.
Ce qui se passa entre le 1er et le 28 Dhu al-Qi'dah :
· Après la signature, les Quraychites envoyèrent un second émissaire, Suhayl ibn Amr (le même qui avait négocié), pour exiger une clause supplémentaire : « Le nom de Dieu, "Ar-Rahman" (le Miséricordieux), ne doit pas figurer en tête du document, car nous ne connaissons pas ce nom. » Le Prophète accepta, remplaçant par « Au nom de Toi, ô Dieu ».
· Les compagnons furent ulcérés. Omar ibn al-Khattab (futur calife sunnite) dit au Prophète : « Ne sommes-nous pas sur la vérité et eux sur le faux ? Pourquoi accepter l'humiliation ? » Le Prophète répondit : « Je suis le serviteur de Dieu et Son messager ; je ne désobéis pas à Son ordre. »
2. La position chiite sur cet épisode :
· L'imam Ali : Pendant ces dix jours de tension, Ali ibn Abi Talib soutint le Prophète sans broncher. Quand il fallut effacer le nom « Messager de Dieu » sur le document, Ali refusa de le faire (par respect), et le Prophète effaça lui-même. Les chiites y voient la loyauté absolue d'Ali, comparée à l'agitation d'autres compagnons.
· Critique des « faux compagnons » : Le chiisme enseigne que ces contestations publiques (y compris celle d'Omar) montraient que beaucoup de compagnons ne comprenaient pas la sagesse divine. Le Coran révéla alors la sourate al-Fath (La Victoire, n°48) pour déclarer : « Nous t'avons accordé une victoire manifeste » (v. 1). Pour les chiites, cette « victoire » était l'obéissance même, non la conquête militaire.
3. La confirmation du 28 Dhu al-Qi'dah :
· Le 28, les Quraychites envoyèrent un dernier messager, 'Urwa ibn Mas'ud al-Thaqafi, pour vérifier que le Prophète respecterait bien les clauses. 'Urwa, impressionné par le dévouement des compagnons (ils ne laissaient pas une goutte d'eau de ses ablutions tomber sans la recueillir), retourna dire : « J'ai vu les cours de Khusro (Perse) et de César (Rome), je n'ai jamais vu un homme aussi obéi que Mahomet. »
· Le traité fut scellé, et le Prophète ordonna à ses compagnons de sacrifier leurs animaux (qui étaient préparés pour le pèlerinage) et de se raser la tête – signe qu'ils renonçaient au hajj cette année. Beaucoup hésitèrent ; seule l'imam Ali obéit immédiatement, suivi ensuite par les autres.
4. Conséquences chiites de cette confirmation :
· Préfiguration du chiisme politique : Le Prophète accepta un traité désavantageux parce que Dieu le lui ordonna. De même, les chiites acceptent parfois des compromis temporaires (taqiyya – dissimulation prudente) quand la survie de la communauté est en jeu.
· Leçon pour l'imam Hassan : Le petit-fils du Prophète, l'imam Hassan, signa en 41 AH un traité de paix avec Muawiya (fondateur de la dynastie omeyyade). Les chiites justifient cet acte par l'exemple du Prophète à Hudaybiyya : parfois, la paix humiliante prépare la victoire future.
· Le Coran descend : Selon les chiites, plusieurs versets fur
ent révélés entre le 1er et le 28 Dhu al-Qi'dah, notamment : « Ceux qui te prêtent serment d'allégeance, c'est à Dieu qu'ils le prêtent » (Coran 48, v. 10). Ce serment (bay'a) fut fait sous un arbre à Hudaybiyya ; les chiites l'appellent « le serment agréé » (bay'at al-ridwan).
5. Pratiques chiites pour le 28 Dhu al-Qi'dah :
· Ce n'est pas un jour férié, mais une date d'étude dans les séminaires. On enseigne la différence entre soumission aveugle (des compagnons) et soumission éclairée (d'Ali).
· Lecture de la sourate al-Fath (n°48) après la prière du matin.
· Certains chiites jeûnent ce jour-là (mustahab – recommandé) en remerciement pour la « victoire cachée ».
· Les orateurs rappellent que c'est le 28 Dhu al-Qi'dah que le Prophète dit : « Aujourd'hui, la guerre est interdite, mais la guerre de l'âme contre l'orgueil est obligatoire. »
6. Différence avec la tradition sunnite :
· Les sunnites célèbrent aussi Hudaybiyya, mais ils mettent moins l'accent sur les contestations des compagnons (qu'ils considèrent comme des « erreurs de jugement » pardonnables). Ils ne font pas de parallèle avec l'imam Hassan ni avec la taqiyya.
· Le chiisme, au contraire, utilise Hudaybiyya pour démontrer que la majorité (les compagnons qui critiquaient) peut avoir tort, et la minorité (Ali) raison. C'est une arme contre l'argument sunnite « la communauté est toujours guidée » (ijma').
7. Le « traité confirmé » comme métaphore :
· Dans la spiritualité chiite, le 28 Dhu al-Qi'dah représente l'acceptation des décrets divins même quand ils contredisent nos désirs. Le croyant doit, comme le Prophète, dire : « J'écoute et j'obéis ».
· Les mystiques chiites (irfani) voient dans le voyage de Hudaybiyya une allégorie du voyage intérieur : on avance vers La Mecque (Dieu), mais parfois Dieu nous ordonne de faire demi-tour pour nous éprouver. L'obéissance dans l'échec apparent est plus précieuse que la victoire sans épreuve.
Conclusion
Le 28 Dhu al-Qi'dah 6 AH, confirmation du traité d'Hudaybiyya, est pour les chiites la dernière pierre d'un édifice d'obéissance. Ce jour-là, le Prophète et Ali enseignèrent à la communauté que la foi ne consiste pas à gagner toujours, mais à obéir toujours – même quand la raison humaine crie à l'humiliation. Le traité fut respecté scrupuleusement par les musulmans, et violé deux ans plus tard par les Quraychites, ce qui permit la conquête pacifique de La Mecque. Ainsi, la « confirmation » du 28 Dhu al-Qi'dah n'était pas une fin, mais un début : le début de la chute morale de l'adversaire, et le début de la victoire stratégique des croyants. Dans le chiisme contemporain, on invoque cet épisode chaque fois que la communauté traverse une période de faiblesse apparente : « Souviens-toi de Hudaybiyya, car la victoire peut venir après l'humiliation. »

