La ziyarah (visite spirituelle) de l'imam Ali ar-Rida pendant le mois de Dhu al-Qi'dah
La ziyarah (visite spirituelle) de l'imam Ali ar-Rida pendant le mois de Dhu al-Qi'dah
Introduction
Le mois de Dhu al-Qi'dah est particulièrement lié au huitième imam chiite, Ali ar-Rida (Imam Reza), car c'est le mois de sa naissance (11 Dhu al-Qi'dah, sujet n°7). Pour cette raison, les chiites recommandent d'accomplir sa ziyarah (visite spirituelle) pendant ce mois – que ce soit en se rendant physiquement à son sanctuaire à Mashhad (Iran) ou en récitant une ziyarah à distance. La ziyarah est une forme de pèlerinage au tombeau d'un imam ou d'un saint, où l'on récite des prières spécifiques, on se recueille, on demande l'intercession. L'imam Ali ar-Rida lui-même a enseigné à ses compagnons comment lui rendre visite après sa mort.
Développement
1. L'importance de la ziyarah de l'imam ar-Rida :
· L'imam Muhammad al-Jawad (9e imam, fils d'ar-Rida) a dit : « Quiconque visite mon père à Tus (Mashhad), Dieu lui pardonne ses péchés passés et futurs. »
· L'imam as-Sadeq (6e imam) aurait dit (par anticipation) : « Un jour, un morceau de la Terre de Khorasan sera un lieu de pèlerinage où se rendront les croyants. Heureux ceux qui le visiteront ! »
2. Pourquoi Dhu al-Qi'dah est-il le mois idéal pour cette ziyarah ? :
a) Anniversaire de l'imam : Le 11 Dhu al-Qi'dah est le jour de sa naissance. Visiter l'imam ce jour-là (ou pendant tout le mois) revient à célébrer sa venue au monde.
b) Le mois sacré : Dhu al-Qi'dah est un mois où la guerre est interdite. Voyager vers Mashhad est plus sûr (spirituellement et historiquement). Les pèlerins peuvent se concentrer sur la dévotion.
c) La préparation au hajj : Beaucoup de chiites iraniens combinent : ils vont d'abord en pèlerinage à Mashhad en Dhu al-Qi'dah, puis partent pour La Mecque en Dhu al-Hijja. Les deux pèlerinages se renforcent mutuellement.
3. La ziyarah à distance (pour ceux qui ne peuvent se rendre à Mashhad) :
· L'imam ar-Rida a dit : « Celui qui ne peut pas me visiter, qu'il se tourne vers mon tombeau (direction Mashhad) et récite cette ziyarah. Je l'entendrai et je répondrai. »
· La ziyarah à distance est récitée chez soi, de préférence le vendredi ou le jour anniversaire (11 Dhu al-Qi'dah), tourné vers le tombeau de l'imam.
4. Le texte de la ziyarah (extraits) :
La ziyarah complète de l'imam ar-Rida est longue (environ 2 pages). En voici des extraits traduits :
« Paix sur toi, ô fils des messagers de Dieu. Paix sur toi, ô fils des imams guides. Paix sur toi, ô élu de Dieu, ô l'Agréé (ar-Rida) par Dieu dans les cieux et sur la terre. »
« J'atteste que tu as accompli la prière, donné l'aumône, ordonné le bien, interdit le mal, et que tu as été obéissant à Dieu jusqu'à la mort. »
« Je me tourne vers toi, vers ton tombeau, et vers Dieu par toi. Sois mon intercesseur auprès de Dieu pour le pardon de mes péchés. »
« Que Dieu maudisse ceux qui t'ont opprimé, ceux qui t'ont empoisonné, ceux qui t'ont contraint à quitter Médine. »
5. Les étapes de la ziyarah physique à Mashhad :
a) L'arrivée : On entre dans le sanctuaire (haram) avec humilité, pieds nus (si possible). On dit la formule d'entrée : « Ô Dieu, ouvre-moi les portes de Ta miséricorde. »
b) La permission : On demande la permission d'entrer auprès de l'imam : « Permets-moi, ô fils du Prophète, d'entrer chez toi. »
c) La prière de salutation (ziyarah proprement dite) : On la récite en se tenant près du tombeau (ou à distance si foule).
d) La prière de 2 rak'ats : On prie 2 rak'ats (comme la prière de l'aube) en offrant la récompense à l'imam.
e) La demande : On expose ses besoins à Dieu, par l'intercession de l'imam.
f) L'adieu : Avant de partir, on récite la ziyarah d'adieu : « Adieu, ô mon maître. Je demande à Dieu de me permettre de revenir. »
6. Les mérites de la ziyarah de l'imam ar-Rida en Dhu al-Qi'dah (selon les hadiths) :
· Pardon de tous les péchés (majeurs et mineurs).
· Réponse aux demandes (santé, subsistance, descendance).
· Lumière dans la tombe.
· Passage facile sur le pont du Sirat (au Jour du Jugement).
· Entrée au Paradis sans jugement (pour ceux qui visitent avec sincérité).
7. Les moments particulièrement propices dans Dhu al-Qi'dah :
· Le 11 Dhu al-Qi'dah (anniversaire de l'imam) : fête, grandes foules à Mashhad.
· Le 25 Dhu al-Qi'dah (Dahw al-Ardh) : journée bénie ; la ziyarah y est multipliée.
· Les nuits du mois (surtout la nuit du 24-25) : veiller au sanctuaire est très méritoire.
8. Différence avec la ziyarah sunnite :
· Les sunnites visitent aussi les tombes des saints et des savants, mais ils n'utilisent pas le terme « ziyarah » de la même manière, et ils rejettent l'idée de demander l'intercession des imams après leur mort (pour eux, c'est de l'associationnisme – shirk).
· Les chiites répondent que le Coran dit : « Cherchez un moyen (wasila) de vous rapprocher de Lui » (Sourate 5, v. 35), et que les imams vivants ou morts sont des « moyens » licites.
9. Pratiques populaires :
· Le pèlerinage collectif : Des groupes de chiites organisent des voyages à Mashhad pendant Dhu al-Qi'dah, avec des guides spirituels.
· Les cadeaux pour l'imam : On offre des tapis, des lustres, des bijoux pour le sanctuaire (par l'intermédiaire des gardiens).
· Les vœux : On fait un vœu (nadhr) : « Si mon voeu est exaucé, je reviendrai à Mashhad l'année prochaine. »
· Le retour avec de l'eau de pluie bénite : Près du sanctuaire, il y a une source ou un bassin d'eau considérée comme bénie (à cause de la proximité de l'imam). Les pèlerins en rapportent chez eux.
10. Témoignages :
· D'innombrables chiites rapportent des exaucements miraculeux après avoir visité l'imam ar-Rida en Dhu al-Qi'dah : guérisons incurables, problèmes financiers résolus, retours de personnes disparues, etc.
· Le sanctuaire de Mashhad reçoit plus de 25 millions de pèlerins par an, avec un pic en Dhu al-Qi'dah et en Dhu al-Hijja.
Conclusion
La ziyarah de l'imam Ali ar-Rida pendant le mois de Dhu al-Qi'dah est l'un des actes de dévotion les plus aimés des chiites. Elle combine le mérite du pèlerinage à un imam, celui du mois sacré, et celui de l'anniversaire de l'imam. Des millions de fidèles se pressent à Mashhad, spécialement le 11 Dhu al-Qi'dah, transformant la ville en un océan de noir (vêtements de deuil ? Non, plutôt de joie – car c'est une naissance, pas une mort). Ils pleurent, prient, demandent, espèrent. Et quand ils repartent, ils emportent avec eux un peu de la baraka (bénédiction) de l'imam. Comme le dit un dicton chiite : « Dhu al-Qi'dah sans Mashhad, c'est comme un corps sans âme. » Bien sûr, tous ne peuvent pas voyager, mais la ziyarah à distance leur permet de rester connectés. Ainsi, tout au long de ce mois sacré, les cœurs des chiites vibrent à l'unisson, de Qom à Najaf, de Kerbala à Mashhad, dans une même invocation : « Ô Ali ar-Rida, intercède pour nous ! »

