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La prière nocturne du 24 Dhu al-Qi'dah (veille du Dahw al-Ardh)

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La prière nocturne du 24 Dhu al-Qi'dah (veille du Dahw al-Ardh)

 

Introduction

 

Dans la tradition chiite duodécimaine, la nuit du 24 au 25 Dhu al-Qi'dah est considérée comme l'une des nuits les plus bénies de l'année – au même titre que la nuit du Destin (Laylat al-Qadr, fin du ramadan) et la nuit du 15 Sha'ban (naissance de l'imam Mahdi). C'est la veille du jour de Dahw al-Ardh (l'étalement de la Terre). Les imams chiites (notamment l'imam as-Sadeq et l'imam ar-Rida) ont recommandé d'y veiller en prière (ihya'), car cette nuit-là, les portes du ciel sont grandes ouvertes, les prières sont exaucées, et la miséricorde divine descend en abondance.

 

Développement

 

1. La valeur spirituelle de cette nuit :

 

· Selon un hadith rapporté par l'imam Ja'far as-Sadeq (6e imam) : « La nuit du 24 Dhu al-Qi'dah est une nuit où Dieu répond aux invocations. Quiconque passe cette nuit en prière, ses péchés sont pardonnés, même s'ils sont aussi nombreux que les étoiles du ciel. »

· L'imam Ali ar-Rida (8e imam) ajoute : « Cette nuit, Dieu regarde Ses serviteurs avec miséricorde. Il leur pardonne, sauf ceux qui ont rompu les liens de parenté ou qui sont en conflit avec un croyant. »

 

2. Pourquoi cette nuit est-elle spéciale ? :

 

· Liée au Dahw al-Ardh : C'est la veille du jour où Dieu étendit la Terre (sujet n°8). La nuit précède l'acte créateur. Dans la pensée chiite, la nuit prépare le jour : les prières de la nuit obtiennent les faveurs du jour.

· Liée aux naissances prophétiques : C'est la nuit précédant les naissances d'Ibrahim et d'Issa (sujets n°9 et n°10). Les chiites croient que ces prophètes sont nés à l'aube du 25 Dhu al-Qi'dah, donc la nuit est celle de l'attente et de l'invocation.

· Comparaison avec Laylat al-Qadr : La nuit du Destin (ramadan) descend le Coran ; la nuit du 24 Dhu al-Qi'dah descend la miséricorde de l'étalement. Les deux sont des « nuits de grâce ».

 

3. Les prières recommandées (selon Ibn Tawus, Iqbal al-a'mal) :

 

Première prière (2 rak'ats) :

 

· Après la sourate al-Fatiha, réciter 10 fois la sourate al-Ikhlas (n°112).

· Après la salutation finale, dire 10 fois : « La ilaha illa Allah wahdahu la sharika lah » (Nul dieu que Dieu, unique, sans associé).

· Puis 10 fois : « Astaghfirullah rabbi wa atubu ilayh » (Je demande pardon à Dieu mon Seigneur et je me repens à Lui).

 

Deuxième prière (2 rak'ats) :

 

· Après la Fatiha, réciter 5 fois la sourate al-Falaq (n°113) et 5 fois la sourate an-Nas (n°114) – les deux sourates de protection.

· Puis invoquer Dieu pour ses besoins personnels.

 

Troisième prière (4 rak'ats, en deux salutations de 2 rak'ats) :

 

· Dans chaque rak'at, après la Fatiha, réciter la sourate al-Qadr (n°97 – la Destinée) 3 fois.

· Après la prière, demander pardon pour tous les croyants vivants et morts.

 

4. L'invocation spéciale (du'a) :

 

L'imam as-Sadeq a transmis une longue invocation à réciter cette nuit. En voici un extrait traduit :

 

« Ô Dieu, Toi qui as étalé la Terre sur l'eau dormante, Toi qui as fixé les montagnes sur la croûte terrestre, Toi qui as ordonné aux mers de ne pas déborder, Toi qui as créé les cieux sans piliers... Par le mérite de cette nuit bénie, par le mérite du jour où Tu as étendu la Terre, par la naissance d'Ibrahim Ton ami, par la naissance d'Issa Ton esprit, pardonne-moi, fais-moi miséricorde, ne me châtie pas pour ce que j'ai fait. »

 

5. La veillée (ihya') :

 

· Il est recommandé de passer la nuit entière en prière, ou au moins une partie (jusqu'à minuit ou jusqu'à l'aube).

· On peut lire le Coran (surtout la sourate al-Fath – La Victoire, n°48, qui évoque l'étalement de la Terre), réciter des invocations, ou simplement méditer.

· Les chiites pensent qu'à cette nuit, l'imam Mahdi (l'imam caché) prie pour ses fidèles. Certains disent que son esprit visite les croyants qui veillent.

 

6. Différence avec la nuit sunnite :

 

· Les sunnites ne connaissent pas cette veillée. Pour eux, le 24 Dhu al-Qi'dah est une nuit ordinaire. Certains soufis la pratiquent, mais sans le statut officiel qu'elle a chez les chiites.

· Les chiites, grâce aux compilations d'Ibn Tawus et d'al-Majlisi, ont codifié ces prières comme une sunna mu'akkada (tradition fortement recommandée).

 

7. Pratiques populaires :

 

· Dans les familles chiites (Iran, Irak, Liban, Inde), on veille parfois tard, mais sans excès. On récite des invocations en groupe, on boit du thé, les enfants écoutent des histoires sur Ibrahim et Issa.

· À Mashhad, Najaf et Kerbala, les sanctuaires sont ouverts toute la nuit, remplis de fidèles qui prient et pleurent en demandant pardon.

· Les gens écrivent leurs vœux sur des papiers (demandes de guérison, de mariage, de travail) et les placent près des tombeaux des imams – une pratique non officielle mais très répandue.

 

8. Règles spécifiques :

 

· Le jeûne du 25 Dhu al-Qi'dah (sujet n°17) n'est pas obligatoire pour ceux qui veillent toute la nuit, mais il est recommandé (on peut dormir une partie de la nuit et jeûner le jour).

· Si l'on ne peut pas prier (femmes menstruées, malades), on peut simplement réciter des invocations ou écouter la récitation du Coran.

· Il n'y a pas de prière collective obligatoire ; chacun prie chez soi ou à la mosquée.

 

9. Le lien avec l'imam Mahdi :

 

· Une tradition chiite (cité par al-Majlisi) affirme : « La nuit du 24 Dhu al-Qi'dah, l'imam Mahdi prie pour ses chiites et pleure sur leurs péchés. Ceux qui veillent sont inscrits parmi ses vrais partisans. »

· Cette croyance renforce la pratique : on ne prie pas seulement pour soi, mais aussi pour hâter le retour de l'imam caché.

 

10. Témoignage spirituel :

 

· De nombreux chiites rapportent des expériences personnelles : cette nuit-là, ils auraient senti une paix intérieure, vu des songes bénis, ou obtenu l'exaucement d'une demande difficile (guérison, enfant, etc.). L'Église chiite n'officialise pas ces témoignages, mais ils circulent dans les milieux pieux.

 

Conclusion

 

La nuit du 24 au 25 Dhu al-Qi'dah est pour les chiites une perle rare dans le calendrier liturgique. Moins connue que la nuit du Destin (ramadan), elle n'en est pas moins puissante. Elle enseigne que la miséricorde de Dieu ne se limite pas à un mois par an ; elle peut être trouvée à chaque fois que le croyant se tourne sincèrement vers Lui. En veillant cette nuit, le chiite imite les prophètes Ibrahim et Issa, qui sont nés au matin suivant – dans la douleur (pour Ibrahim, menacé par Nimrod) ou dans l'épreuve (pour Issa, accouché sous un palmier). Veiller, c'est accepter de partager cette douleur pour en récolter les fruits. Comme le dit l'invocation de l'imam as-Sadeq : « Seigneur, si je ne mérite pas Ta miséricorde, les larmes de cette nuit méritent Ton pardon. » Ainsi, chaque 24 Dhu al-Qi'dah, des millions de chiites à travers le monde rallument leurs lampes, ouvrent leurs Corans, et attendent – non pas un miracle fracassant, mais la douce certitude que Dieu les regarde et les aime. C'est cela, la nuit de l'étalement : non pas celle où la Terre s'est étendue physiquement, mais celle où le cœur du croyant s'étend vers l'infini divin.

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