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L'interdiction de la guerre en Dhu al-Qi'dah et ses implications spirituelles

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L'interdiction de la guerre en Dhu al-Qi'dah et ses implications spirituelles

 

Introduction

 

Dans le calendrier islamique, Dhu al-Qi'dah est l'un des quatre mois sacrés (al-ashhur al-hurum) – avec Dhu al-Hijja, Muharram et Rajab – durant lesquels la guerre est strictement interdite (sauf en cas de légitime défense directe). Cette interdiction, déjà en vigueur à l'époque préislamique (Jahiliyya), a été confirmée par le Coran (Sourate 9, at-Tawba, v. 5) et par la pratique du Prophète Mahomet. Pour les chiites, cette interdiction ne concerne pas seulement les combats physiques, mais aussi les guerres verbales (insultes, calomnies, disputes) et surtout la guerre intérieure contre son propre ego. Ainsi, Dhu al-Qi'dah devient un mois de trêve totale – extérieure et intérieure – favorisant la paix, la réconciliation et la paix spirituelle.

 

Développement 

 

1. Le fondement coranique :

 

· « Les mois sacrés sont de quatre mois. Ne vous faites pas de tort à vous-mêmes durant ces mois. » (Sourate 9, at-Tawba, v. 36)

· Les chiites lisent ce verset comme une interdiction de toute forme de violence, y compris la violence psychologique.

 

2. Hadith de l'imam Ali sur la guerre en mois sacré :

 

· Le 1er imam a dit : « Dieu a interdit la guerre en Dhu al-Qi'dah, mais Il n'a jamais interdit la lutte contre l'injustice intérieure. »

· Et il ajoutait : « Celui qui se bat en paroles pendant Dhu al-Qi'dah est comme celui qui se bat avec l'épée ; sa trêve est rompue. »

 

3. Pourquoi Dieu a-t-il interdit la guerre en ces mois ? :

 

· Pour permettre le pèlerinage : Dhu al-Qi'dah est le mois où les caravanes se préparent au hajj (Dhu al-Hijja). Si la guerre éclatait, les pèlerins ne pourraient pas voyager en sécurité.

· Pour rappeler que la paix est l'idéal divin : Dieu n'aime pas la violence. L'interdiction de la guerre pendant 4 mois par an est un rappel que l'état normal de l'humanité devrait être la paix.

· Pour créer un espace de repentance : Quand on ne se bat pas contre les autres, on peut se battre contre ses propres défauts.

 

4. Les implications spirituelles pour le chiite :

 

a) Cesser la guerre verbale :

 

· Pendant Dhu al-Qi'dah, les chiites sont encouragés à ne insulter personne, même ses ennemis. L'imam Ali disait : « Un mois sans injure est un mois de paradis sur terre. »

· On évite les disputes familiales, les polémiques religieuses stériles, les critiques acerbes envers les sunnites ou les non-musulmans.

 

b) Réconcilier les ennemis :

 

· Si l'on est en conflit avec quelqu'un (voisin, collègue, parent), Dhu al-Qi'dah est le mois idéal pour faire la paix. L'imam as-Sadeq disait : « Réconcilier deux ennemis en Dhu al-Qi'dah vaut mieux qu'un an de prières. »

· Certains chiites écrivent des lettres d'excuses, ou envoient un tiers comme médiateur.

 

c) La guerre contre l'ego (jihad al-nafs) :

 

· L'imam Ali enseignait : « Le plus grand jihad est celui contre son âme. » En Dhu al-Qi'dah, la guerre extérieure étant interdite, on se concentre sur la guerre intérieure.

· Exemples : lutter contre la paresse, la gourmandise, la colère, l'envie, l'orgueil. Chaque victoire sur un défaut est une « bataille gagnée ».

 

d) L'armistice avec ses propres membres (yeux, langue, oreilles) :

 

· L'imam as-Sadeq disait : « Faites la paix avec vos yeux : qu'ils ne regardent pas ce qui est interdit (pornographie, images violentes, nudité). Faites la paix avec votre langue : qu'elle ne mente pas, ne médise pas. Faites la paix avec vos oreilles : qu'elles n'écoutent pas les commérages. »

· Pendant Dhu al-Qi'dah, les chiites s'engagent à un contrôle sensoriel strict.

 

5. Que faire si on est attaqué (agression physique) ? :

 

· Les imams enseignent que l'interdiction de la guerre en mois sacré n'est pas absolue en cas de légitime défense immédiate. Si quelqu'un vous attaque, vous avez le droit de riposter pour sauver votre vie.

· Mais l'imam Ali précisait : « Si votre agresseur se repent et cesse le combat, alors cessez aussi. N'aggravez pas la rupture de la trêve. »

 

6. L'exemple du Prophèt

 

e à Hudaybiyya (sujets n°2 et n°13) :

 

· En 6 AH, le Prophète refusa de se battre contre les Quraychites (qui l'empêchaient d'entrer à La Mecque) parce qu'on était en Dhu al-Qi'dah (mois sacré). Il préféra signer un traité humiliant plutôt que de violer l'interdiction divine.

· Pour les chiites, cet épisode montre que la paix est préférable à la victoire si la victoire implique de pécher.

 

7. La guerre intérieure comme préparation au hajj :

 

· Le hajj en Dhu al-Hijja (mois suivant) nécessite un état de pureté (ihram). On ne peut entrer en ihram si l'on est en conflit avec quelqu'un. Dhu al-Qi'dah est donc le mois où l'on règle ses comptes avec les autres et avec soi-même.

· L'imam ar-Rida disait : « Celui qui passe Dhu al-Qi'dah à guerroyer (verbalement ou mentalement) ne profitera pas de son hajj, même s'il va à La Mecque. »

 

8. Pratiques populaires liées à la trêve :

 

· La trêve familiale : Dans certaines familles chiites, on signe un « pacte de non-agression » pour le mois : « Je ne crierai pas sur mes enfants, je n'insulterai pas mon conjoint, je ne me fâcherai pas pour des broutilles. » Si on rompt le pacte, on donne une aumône.

· Le silence volontaire (samt) : On choisit un jour par semaine (souvent le vendredi) où l'on ne parle que si c'est absolument nécessaire – pour éviter les paroles inutiles, les critiques, les commérages.

· Le pardon des dettes (envers les pauvres) : L'imam as-Sadeq recommandait d'effacer les dettes de ceux qui ne peuvent pas rembourser, pendant Dhu al-Qi'dah, comme un acte de « trêve économique ».

 

9. Différence avec la tradition sunnite :

 

· Les sunnites reconnaissent aussi l'interdiction de la guerre en mois sacrés, mais ils n'en tirent pas les mêmes implications spirituelles (guerre verbale, guerre contre l'ego). Pour eux, l'interdiction est surtout militaire et géopolitique.

· Les chiites, grâce aux enseignements des imams, ont intériorisé cette interdiction : la guerre la plus dangereuse est celle qu'on se livre à soi-même.

 

10. Les conséquences de la violation de la trêve (selon les imams) :

 

· Celui qui provoque une dispute, insulte, ou frappe quelqu'un en Dhu al-Qi'dah doit :

  1. Se repentir immédiatement.

  2. Demander pardon à la personne offensée.

  3. Jeûner trois jours (ou nourrir six pauvres).

  4. Donner une aumône supplémentaire (fidya).

· Si la violation est un meurtre (déjà rare), l'expiation est le jeûne de deux mois consécutifs (comme pour le meurtre involontaire).

 

Conclusion

 

L'interdiction de la guerre en Dhu al-Qi'dah n'est pas pour les chiites une simple relique juridique du passé. C'est un programme de paix totale – avec les autres, avec sa propre langue, avec son cœur. Dans un monde où la violence est omniprésente (guerres médiatiques, insultes sur les réseaux sociaux, tensions familiales), Dhu al-Qi'dah offre une parenthèse sacrée : 30 jours où l'on s'engage à ne nuire à personne, ni physiquement, ni verbalement, ni même mentalement (en lui souhaitant du mal). Les chiites qui respectent cette trêve disent ressentir une légèreté intérieure : libérés du besoin de riposter, de se défendre, de prouver qu'ils ont raison, ils peuvent enfin se concentrer sur l'essentiel – leur relation avec Dieu. Comme le résume l'imam Ali : « Le vrai guerrier n'est pas celui qui tue ses ennemis, mais celui qui tue sa colère. » En Dhu al-Qi'dah, les croyants posent les armes – celles de l'extérieur, mais surtout celles de l'intérieur. Et c'est ainsi qu'ils se préparent à rencontrer Dieu, soit par le hajj, soit par la mort, soit par la simple paix de l'âme.

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