La période de piété accrue (taqwa renforcée) pendant Dhu al-Qi'dah
La période de piété accrue (taqwa renforcée) pendant Dhu al-Qi'dah
Introduction
Dans la tradition chiite, le mois de Dhu al-Qi'dah n'est pas seulement un mois où l'on cesse la guerre et où l'on se repent ; c'est aussi un mois de piété renforcée (taqwa). La taqwa, souvent traduite par « crainte révérencielle de Dieu » ou « conscience divine », est la qualité fondamentale du croyant. Le Coran dit : « Le plus noble d'entre vous auprès de Dieu est le plus pieux. » (Sourate 49, al-Hujurat, v. 13). Pendant Dhu al-Qi'dah, les imams chiites ont encouragé les fidèles à intensifier leur taqwa – à être plus conscients de Dieu dans chaque action, chaque parole, chaque pensée – en préparation au hajj (Dhu al-Hijja) et au deuil (Muharram). Cette piété accrue transforme le mois en un entraînement spirituel de trente jours.
Développement
1. Le fondement coranique de la taqwa :
· « Craignez Dieu, et sachez que vous Le rencontrerez. » (Sourate 2, al-Baqara, v. 233). La rencontre avec Dieu (par la mort ou par le hajj) est imminente en Dhu al-Hijja. Dhu al-Qi'dah est donc le mois où l'on se prépare à cette rencontre.
· « Ô vous qui croyez, craignez Dieu comme Il doit être craint. » (Sourate 3, Al 'Imran, v. 102). Les imams expliquent que « comme Il doit être craint » signifie : en tout lieu, tout temps, toute situation.
2. Hadith de l'imam Ali sur la taqwa en Dhu al-Qi'dah :
· Le 1er imam disait : « Dhu al-Qi'dah est le mois des pieux. Celui qui n'augmente pas sa taqwa pendant ce mois n'augmentera jamais sa taqwa. »
· Il recommandait : « Pendant trente jours, imaginez que vous voyez Dieu. Si vous ne pouvez pas, imaginez qu'Il vous voit. »
3. Pourquoi Dhu al-Qi'dah est-il propice à la piété ? :
a) Mois sacré : Dieu a sanctifié ce mois. La piété y est plus facile car l'environnement (interdiction de la guerre, pratiques recommandées) y aide.
b) Préparation au hajj : Le hajj est l'acte de piété suprême. On ne peut y aller avec un cœur négligent. Dhu al-Qi'dah est le mois où l'on « chauffe » sa piété.
c) Les nuits bénies : La nuit du 24-25 Dhu al-Qi'dah (veille du Dahw al-Ardh) est une nuit de miséricorde. Les nuits de piété y sont plus efficaces.
d) Les naissances prophétiques : Ibrahim (modèle de soumission), Issa (modèle de pureté) – leur anniversaire incite à imiter leur piété.
4. Comment renforcer sa taqwa en Dhu al-Qi'dah ? (selon les enseignements des imams) :
a) La conscience de Dieu dans les petits gestes (muraqaba) :
· L'imam as-Sadeq disait : « La taqwa, c'est de ne pas oublier Dieu, même quand on croque une datte. »
· Pendant Dhu al-Qi'dah, on s'entraîne à penser à Dieu avant chaque action : manger, boire, parler, travailler, dormir, se lever. On dit intérieurement : « Par Ta permission, Seigneur. »
b) Le contrôle des 5 sens (hifz al-jawarih) :
· Yeux : Ne pas regarder ce qui est illicite (images violentes, pornographie, biens d'autrui avec convoitise).
· Oreilles : Ne pas écouter la médisance, la calomnie, la musique qui détourne de Dieu.
· Langue : Ne pas mentir, insulter, jurer, se moquer.
· Mains : Ne pas prendre ce qui ne vous appartient pas, ne pas frapper.
· Pieds : Ne pas marcher vers ce qui est interdit (lieux de perdition).
c) La prière de pleine conscience (khushu') :
· L'imam Ali priait comme s'il voyait Dieu. Pendant Dhu al-Qi'dah, on s'entraîne à prier lentement, en réfléchissant au sens des mots, sans que l'esprit ne vagabonde.
· Si l'esprit s'échappe, on le ramène doucement, sans se décourager.
d) L'invocation fréquente (dhikr) :
· On répète des formules courtes toute la journée : « Subhanallah » (Gloire à Dieu), « Alhamdulillah » (Louange à Dieu), « Allahu Akbar » (Dieu est le plus grand), « La ilaha illa Allah » (Nul dieu que Dieu).
· L'imam as-Sadeq disait : « Cent dhikr par jour pendant Dhu al-Qi'dah équivalent à mille dhikr en temps ordinaire. »
e) La lecture quotidienne du Coran avec réflexion :
· On ne se contente pas de réciter. On lit la traduction, on s'arrête sur un verset, on se demande : « Que veut m
e dire Dieu aujourd'hui ? »
5. Les degrés de la taqwa (selon l'imam Ali) :
Le 1er imam distinguait trois niveaux de piété, à atteindre progressivement pendant Dhu al-Qi'dah :
· Niveau 1 (général) : Éviter les péchés majeurs (meurtre, adultère, vol, mensonge grave, etc.).
· Niveau 2 (spécial) : Éviter les péchés mineurs (médisance, regard interdit, parole inutile, etc.).
· Niveau 3 (très spécial) : Éviter même ce qui est licite mais superflu (trop manger, trop dormir, trop parler, trop rire) pour se consacrer entièrement à Dieu.
Les imams disaient que Dhu al-Qi'dah est le mois pour passer du niveau 1 au niveau 2, et du niveau 2 au niveau 3.
6. Les fruits de la taqwa en Dhu al-Qi'dah (enseignements chiites) :
· Pardon des péchés : Dieu pardonne plus facilement aux pieux.
· Exaucement des prières : Les prières du pieux sont exaucées plus vite.
· Paix intérieure : Le cœur cesse de s'agiter pour les futilités.
· Préparation au hajj : Le pèlerin pieux accomplit un hajj plus accepté.
· Préparation à la mort : Le pieux meurt en état de grâce.
7. Obstacles à la taqwa (selon l'imam al-Jawad, 9e imam) :
Le 9e imam listait 5 ennemis de la piété à combattre en Dhu al-Qi'dah :
1. L'envie (hasad) : Souhaiter le malheur d'autrui. On la combat en priant pour ceux qu'on envie.
2. L'orgueil (kibr) : Se croire supérieur. On le combat en s'asseyant avec des gens plus pauvres, en servant les autres.
3. L'avarice (bukhul) : Refuser de donner. On la combat en faisant l'aumône chaque jour (même une petite pièce).
4. La colère (ghadab) : Exploser facilement. On la combat en comptant jusqu'à dix avant de répondre.
5. La paresse (kasl) : Négliger ses prières. On la combat en se couchant tôt et en se levant avant l'aube.
8. Différence avec la tradition sunnite :
· Les sunnites valorisent aussi la taqwa, mais sans calendrier spécifique. Pour eux, elle doit être constante toute l'année.
· Les chiites reconnaissent que la taqwa doit être constante, mais ils utilisent Dhu al-Qi'dah comme un stage intensif : un mois où l'on se surveille davantage, pour que les 11 autres mois en bénéficient.
9. Pratiques populaires de piété en Dhu al-Qi'dah :
· Le « journal de la taqwa » : On tient un cahier où l'on note chaque soir ses réussites et ses échecs du jour en matière de piété. Le 29 Dhu al-Qi'dah, on relit ses progrès.
· Le compagnon de piété (rafiq al-taqwa) : On choisit un ami ou un membre de la famille avec qui on s'engage mutuellement à se surveiller (se rappeler à l'ordre doucement).
· Le bracelet de la conscience : Certains chiites portent un bracelet (en tissu ou en cuir) qu'ils touchent chaque fois qu'ils sont sur le point de pécher, pour se rappeler Dieu.
· La mosquée comme refuge : On essaie d'aller à la mosquée pour les cinq prières (au lieu de prier chez soi), car l'environnement collectif renforce la piété.
10. Témoignages et bénédictions :
· De nombreux chiites rapportent qu'après un Dhu al-Qi'dah passé en piété, ils se sentent « différents » : leurs prières sont plus douces, leur cœur plus calme, leur colère plus rare.
· Un dicton chiite : « Dhu al-Qi'dah est le mois où l'on tond sa négligence comme on tond un mouton. »
Conclusion
Le mois de Dhu al-Qi'dah est pour les chiites le mois de la piété renforcée (taqwa). Ce n'est pas un mois de fête (comme les aïd) ni un mois de deuil (comme Muharram) – c'est un mois de vigilance intérieure. Les croyants y apprennent à marcher avec Dieu, à se souvenir de Lui dans les actes les plus banals, à contrôler leurs sens, à purifier leurs intentions. Après trente jours de cette discipline, ils abordent Dhu al-Hijja (hajj) et le nouvel an lunaire (Muharram) avec un cœur neuf. Comme le dit l'imam Ali : « La taqwa est le sommet de la foi. Et Dhu al-Qi'dah est son chemin. » Ainsi, chaque année, des millions de chiites transforment ce mois – souvent ignoré par le monde extérieur – en une école de sainteté. Ils ne le font pas par obligation (la taqwa n'est pas obligatoire seulement en Dhu al-Qi'dah), mais par choix : celui de saisir l'occasion quand elle se présente. Et à la fin du mois, ils peuvent dire, comme le Prophète : « J'ai crains Dieu comme Il doit être craint. Non pas parfaitement, mais mieux qu'avant. »

