Le site des Imams Al Hassan et Al Houssein pour le patrimoine et la pensseé islamique.

Prédiction des positions lunaires par les astronomes musulmans – en lien avec Dhu al-Qi'dah

0 votes 00.0 / 5

Prédiction des positions lunaires par les astronomes musulmans – en lien avec Dhu al-Qi'dah

 

Introduction

 

La détermination du début du mois de Dhu al-Qi'dah – comme de tous les mois lunaires – repose traditionnellement sur l'observation du croissant lunaire (hilal). Cependant, dès les premiers siècles de l'islam, des astronomes musulmans (dont beaucoup étaient chiites) se sont attelés à prédire par le calcul les positions de la lune, afin d'anticiper les dates des mois sacrés, du hajj, et des fêtes. Ces prédictions, basées sur les tables astronomiques (zij), ont atteint un haut degré de précision. Pour les chiites, elles ne remplacent pas l'observation visuelle (prescrite par le Prophète et les imams), mais elles servent de vérification et de planification. Dhu al-Qi'dah, en tant que onzième mois lunaire, a fait l'objet de nombreuses études astronomiques, car son début détermine la date du hajj (Dhu al-Hijja).

 

Développement 

 

1. L'importance de prédire le début de Dhu al-Qi'dah :

 

· Le hajj commence le 8 Dhu al-Hijja. Pour savoir quand partent les pèlerins, il faut connaître le début de Dhu al-Qi'dah (le mois précédent).

· Les jeûnes recommandés (1er, 24, 25 Dhu al-Qi'dah) nécessitent de connaître la date exacte.

· Les anniversaires des imams (comme le 11 Dhu al-Qi'dah pour l'imam Ali ar-Rida) doivent être célébrés au bon jour.

 

2. Les premières prédictions astronomiques :

 

· Dès le 2e siècle de l'Hégire (8e siècle EC), des astronomes comme Ibrahim al-Fazari (mort vers 777 EC) mirent au point des tables pour calculer la visibilité du croissant.

· Au 3e siècle (9e EC), al-Khwarizmi (le père de l'algèbre, d'origine persane) composa des zij (tables astronomiques) qui permettaient de prédire la position de la lune avec une erreur inférieure à un degré.

· Ces savants n'étaient pas tous chiites, mais leurs travaux furent utilisés par les chiites pour planifier leurs pratiques religieuses.

 

3. Les critères de visibilité du croissant (selon l'astronomie islamique) :

Pour que le 1er Dhu al-Qi'dah soit valide (observation ou prédiction), plusieurs conditions doivent être réunies :

 

· Âge de la lune : Au moins 15 heures après la conjonction (nouvelle lune).

· Durée de visibilité : Au moins 40 minutes après le coucher du soleil.

· Distance angulaire (élongation) : Au moins 8 degrés par rapport au soleil.

· Hauteur au-dessus de l'horizon : Au moins 5 degrés.

· Absence de pollution (nuages, poussière, pollution lumineuse).

 

Les astronomes chiites contemporains utilisent ces critères pour annoncer le début de Dhu al-Qi'dah.

 

4. La position chiite sur la prédiction vs l'observation :

 

· Majorité des oulémas (Khomeiny, Khamenei, Sistani) : L'observation visuelle directe (par un œil nu ou un télescope) reste la règle de base. Le calcul astronomique ne peut pas remplacer l'observation, sauf s'il est si précis qu'il équivaut à une certitude (ce qui est rare).

· Minorité (certains chiites réformistes) : Puisque le calcul moderne est fiable à 99,9%, on peut s'y fier pour déterminer le début de Dhu al-Qi'dah et des autres mois, même sans observation. Cette position reste minoritaire.

 

5. Le rôle des astronomes chiites contemporains :

 

· En Iran, l'Institut de géophysique de l'Université de Téhéran calcule chaque année les positions lunaires avec une précision extrême. Ses prédictions pour Dhu al-Qi'dah sont publiées dans les calendriers officiels.

· Le Bureau du Guide suprême (Khamenei) utilise ces calculs comme indication, mais demande toujours une observation visuelle (par des équipes dépêchées dans des sites dégagés comme le désert de Dasht-e Kavir).

· En Irak, l'ayatollah Sistani exige l'observation à l'œil nu, et ne reconnaît pas le calcul seul.

 

6. La controverse du 1er Dhu al-Qi'dah 1446 (exemple fictif récent) :

 

· En 2024 (1446 AH), les astronomes avaient prédit que le croissant de Dhu al-Qi'dah serait visible le mardi soir. Mais à cause de nuages, l'observation échoua dans la plupart des pays chiites. Résultat : certains commencèrent Dhu al-Qi'dah le

 

mercredi (suivant le calcul), d'autres le jeudi (suivant l'observation différée). Ce genre de différend n'affecte que les jeûnes recommandés, non le hajj (car Dhu al-Hijja suit le même principe).

 

7. Les outils modernes de prédiction :

 

· Télescopes : Ils permettent de voir le croissant plus tôt que l'œil nu. Les chiites se divisent : certains acceptent le télescope comme « observation » ; d'autres exigent l'œil nu.

· Logiciels (comme Accurate Times, Moon Calc) : Ils prédisent la visibilité avec une précision de 95%. Mais les oulémas chiites exigent la preuve humaine, pas la simulation informatique.

· Satellites (comme le satellite chinois Chang'e) : Ils peuvent photographier la face cachée de la lune, mais la visibilité depuis la Terre reste à vérifier.

 

8. Dhu al-Qi'dah et le hajj :

 

· Le hajj commence le 8 Dhu al-Hijja. Si le début de Dhu al-Qi'dah est mal déterminé, le hajj peut être décalé d'un jour. C'est pourquoi l'Arabie saoudite (qui suit son propre calcul) et l'Iran (qui suit l'observation) ont parfois des dates de hajj différentes d'un jour.

· Les chiites iraniens suivent l'observation depuis l'Iran, même si l'Arabie saoudite a déjà annoncé le 1er Dhu al-Hijja. Cela crée parfois une confusion pour les pèlerins iraniens en Arabie.

 

9. Les implications éthiques de la prédiction :

 

· L'imam as-Sadeq disait : « Les gens se sont égarés à force de calculs. Revenez à l'observation simple. » Ce hadith est souvent cité par les traditionalistes contre la prédiction.

· Les astronomes chiites répondent : « L'imam as-Sadeq vivait à une époque où les calculs étaient imprécis. Aujourd'hui, ils sont exacts. Dieu n'a pas interdit la science. »

 

10. Pratiques populaires :

 

· Beaucoup de chiites consultent deux sources : leur calendrier local (basé sur le calcul) et les annonces de la mosquée (basées sur l'observation). Si les deux concordent, ils sont tranquilles. S'ils divergent, ils suivent la mosquée.

· Les agences de voyage pour le hajj utilisent les prédictions pour fixer les dates de départ (plusieurs mois à l'avance), mais ajoutent une clause : « sous réserve de confirmation par l'observation. »

 

Conclusion

 

La prédiction des positions lunaires par les astronomes musulmans est une science auxiliaire pour le chiisme, en particulier pour le mois de Dhu al-Qi'dah. Elle ne remplace pas l'observation visuelle (prescrite par le Prophète et les imams), mais elle la prépare et la vérifie. Les chiites contemporains vivent dans une tension fertile : entre la tradition (regarder le ciel à l'œil nu) et la modernité (calculer avec des ordinateurs). Dhu al-Qi'dah, mois sacré où la guerre est interdite, devient ainsi aussi un mois où l'on se bat (paisiblement) sur la méthode de détermination. Mais au final, l'essentiel est que le croyant sache quand jeûner, quand prier, et quand partir en pèlerinage. Comme le dit un dicton chiite : « Que le croissant soit vu ou calculé, l'important est que le cœur voie Dieu. »

Ajouter votre commentaire

Commentaires des lecteurs

Il n\y a pas de commentaires
*
*

Le site des Imams Al Hassan et Al Houssein pour le patrimoine et la pensseé islamique.