La durée de Dhu al-Qi'dah : 29 ou 30 jours selon l'observation
La durée de Dhu al-Qi'dah : 29 ou 30 jours selon l'observation
Introduction
Comme tous les mois du calendrier lunaire islamique, le mois de Dhu al-Qi'dah peut durer 29 ou 30 jours, selon l'observation du croissant lunaire (hilal) du mois suivant (Dhu al-Hijja). Le Prophète Mahomet a dit : « Le mois est de 29 jours. Ne jeûnez pas avant d'avoir vu le croissant, et ne rompez pas le jeûne avant de l'avoir vu. Si le ciel est couvert, complétez le mois à 30 jours. » Ce principe, commun aux sunnites et aux chiites, s'applique à tous les mois lunaires, y compris Dhu al-Qi'dah. La durée variable de ce mois a des implications pratiques pour les jeûnes recommandés, les prières, et la préparation au hajj.
Développement
1. Pourquoi la durée du mois lunaire varie-t-elle ? :
· La révolution synodique de la Lune (de nouvelle lune à nouvelle lune) dure environ 29 jours 12 heures 44 minutes.
· Selon que la conjonction (nouvelle lune) a lieu en début ou en fin de journée, et selon la visibilité du croissant le 29e jour, le mois sera de 29 jours (si le croissant est vu le soir du 29) ou de 30 jours (si le croissant n'est pas vu, ou si le 29e jour tombe avant la conjonction).
2. Comment détermine-t-on la durée de Dhu al-Qi'dah ? :
· Le 29e jour de Dhu al-Qi'dah, au coucher du soleil, on observe le ciel à l'ouest pour voir le croissant de Dhu al-Hijja (le mois suivant).
· Si le croissant est visible : Dhu al-Qi'dah a duré 29 jours. Le lendemain est le 1er Dhu al-Hijja.
· Si le croissant n'est pas visible (à cause de nuages, pollution, ou parce qu'il est trop tôt) : on complète Dhu al-Qi'dah à 30 jours. Le surlendemain sera le 1er Dhu al-Hijja.
3. L'importance de la durée pour les pratiques chiites :
a) Le jeûne du 25 Dhu al-Qi'dah : Si Dhu al-Qi'dah dure 30 jours, le 25 tombe au bon moment. Si Dhu al-Qi'dah dure 29 jours, le 25 existe quand même (car 29 > 25). Pas de problème.
b) La préparation au hajj : Le hajj commence le 8 Dhu al-Hijja. Savoir si Dhu al-Qi'dah a 29 ou 30 jours détermine la date du 8 Dhu al-Hijja dans le calendrier grégorien.
c) Le jeûne du 9 Dhu al-Hijja (Arafa) : La veille de l'Aïd. Si Dhu al-Qi'dah a 29 jours, alors le 9 Dhu al-Hijja arrive un jour plus tôt que prévu.
4. La procédure chiite pour l'observation (selon l'ayatollah Sistani et Khamenei) :
a) L'observateur : Doit être un homme ou une femme adulte, sain d'esprit, croyant (chiite), d'une confiance reconnue ('adl). Un télescope peut être utilisé (pour Sistani, l'œil nu suffit ; pour Khamenei, le télescope est permis).
b) Le témoignage : Il faut au moins deux témoins (hommes ou un homme et deux femmes) pour certifier l'observation. Un témoin seul ne suffit pas.
c) La divergence : Si des observateurs fiables voient le croissant dans une région, mais pas dans une autre, chaque région suit sa propre observation (sauf si les régions sont proches, moins de 200 km).
5. Les cas particuliers :
a) Ciel couvert : Si le 29e jour, le ciel est entièrement nuageux, on complète Dhu al-Qi'dah à 30 jours. On ne peut pas se fier au calcul astronomique (sauf pour certains oulémas modernes).
b) Observation avant le 29 : Parfois, le croissant de Dhu al-Hijja est visible le soir du 28 (impossible physiquement). Ce témoignage est rejeté.
c) Différence entre pays : Si le croissant est vu en Iran mais pas en Irak (à cause de la distance), chaque pays suit sa propre observation. Le hajj peut alors commencer à des dates différentes, ce qui pose problème pour les pèlerins iraniens se rendant en Arabie saoudite (qui suit son propre calendrier). Dans ce cas, les chiites iraniens suivent le calendrier saoudien pour le hajj (par obligation), mais pas pour leurs jeûnes personnels.
6. Les conséquences d'une erreur de durée :
· Si Dhu al-Qi'dah est déclaré à 30 jours alors qu'il n'aurait dû durer que 29, le 25 Dhu al-Qi'dah sera en réalité le 24 (décalage d'un jour). Le jeûne du 25 sera fait au mauvais jour, mais il reste valable comme jeûne surérogatoire (la récompense sera moindre, mais pas nul
le).
· Si l'inverse se produit (29 au lieu de 30), on risque de jeûner le 25 alors que c'est le 24. Même principe : le jeûne est valable, mais la récompense spécifique du 25 n'est pas acquise.
7. La position chiite sur le calcul astronomique pour la durée :
· La majorité des oulémas chiites (Sistani, Khamenei) n'acceptent pas le calcul seul pour déterminer la durée. Ils exigent l'observation.
· Une minorité (surtout des chiites réformistes) acceptent le calcul si la visibilité du croissant est certifiée à 99% (par logiciel). Cela reste marginal.
8. Différence avec les sunnites :
· Les sunnites acceptent aussi l'observation, mais certains pays suivent le calcul (comme la Turquie). L'Arabie saoudite suit l'observation, mais avec des critères parfois moins stricts que les chiites (un seul témoin suffit).
· Les chiites exigent deux témoins fiables, ce qui est plus rigoureux (ou plus strict, selon le point de vue).
9. Pratiques populaires :
· La nuit du doute (laylat al-shakk) : Le 29e soir, on ne sait pas encore si Dhu al-Qi'dah va durer 29 ou 30 jours. Les chiites ne jeûnent pas ce jour-là (car c'est le 30 potentiel, et le jeûne le jour du doute est interdit – il pourrait être le 1er Dhu al-Hijja, où le jeûne est interdit). Ils attendent l'annonce.
· Les appels téléphoniques : Dans les familles chiites, le 29e soir, on s'appelle mutuellement : « As-tu vu le croissant ? » Si quelqu'un l'a vu, tout le quartier suit.
· Les sites internet chiites : Des sites comme « crescentobservation.com » (gérés par des chiites) publient en direct les observations du croissant dans le monde.
10. Témoignages :
· Beaucoup de chiites racontent des soirs de doute mémorables : le ciel dégagé, le croissant fin comme un cheveu, l'émotion de le voir – ou la déception des nuages, puis l'annonce que Dhu al-Qi'dah dure 30 jours.
· Un dicton chiite : « Un mois de 30 jours est un mois où Dieu veut nous donner plus de temps pour nous repentir. Un mois de 29 jours est un mois où Il veut nous récompenser plus vite. »
Conclusion
La durée variable de Dhu al-Qi'dah (29 ou 30 jours) est une illustration de la souplesse du calendrier islamique – une souplesse qui dépend de la météo, de la géographie, et de la fiabilité des témoins. Pour les chiites, cette incertitude n'est pas un défaut mais une bénédiction : elle les oblige à rester connectés au ciel, à sortir de chez eux le 29e soir, à lever les yeux vers la création de Dieu. Dhu al-Qi'dah, mois sacré où la guerre est interdite, devient aussi le mois où l'on fait la guerre à sa propre paresse : au lieu de regarder son téléphone pour connaître la date, on regarde le vrai croissant, vivant, changeant, fragile. Et quand on l'a vu, on ressent une joie primitive : celle des premiers musulmans qui savaient que leur foi dépendait de ce mince filet d'argent dans le crépuscule. Ainsi, que Dhu al-Qi'dah dure 29 ou 30 jours, chaque année il enseigne la même leçon : le temps appartient à Dieu, et Lui seul sait quand le mois commence et quand il finit.

