La relation de Dhu al-Qi'dah avec les saisons – décalage de 11 jours par an
La relation de Dhu al-Qi'dah avec les saisons – décalage de 11 jours par an
Introduction
Le mois de Dhu al-Qi'dah – comme tous les mois du calendrier lunaire islamique (hijri) – n'est pas fixe par rapport aux saisons. Il se décale d'environ 11 jours chaque année par rapport au calendrier solaire (grégorien). Ainsi, une année Dhu al-Qi'dah peut tomber en été, et 9 ans plus tard, il tombera en hiver. Ce décalage, inhérent à tout calendrier lunaire pur, a des implications pratiques et spirituelles pour les chiites : adaptation des pratiques religieuses (jeûne, prières nocturnes), perception symbolique du mois sacré, et lien avec le hajj (qui se déplace également). Pour les chiites, ce décalage est voulu par Dieu pour que les bénédictions du mois sacré puissent être vécues dans toutes les saisons, par tous les peuples.
Développement
1. Pourquoi ce décalage existe-t-il ? :
· Le calendrier lunaire (hijri) compte 354 ou 355 jours par an (12 mois lunaires de 29 ou 30 jours).
· Le calendrier solaire (grégorien) compte 365 jours (et 366 les années bissextiles).
· La différence est d'environ 10 à 11 jours par an. Ainsi, chaque année, tous les mois lunaires commencent 11 jours plus tôt dans le calendrier solaire.
2. Conséquence pour Dhu al-Qi'dah :
· Si cette année Dhu al-Qi'dah commence le 10 juin, l'année prochaine il commencera vers le 30 mai (11 jours plus tôt), puis le 19 mai, etc.
· En environ 33 ans, Dhu al-Qi'dah aura parcouru toutes les saisons (été, automne, hiver, printemps) et reviendra à son point de départ.
3. Implications pratiques pour les chiites :
a) Le jeûne du 25 Dhu al-Qi'dah : Quand Dhu al-Qi'dah tombe en été (jours longs, chaleur), jeûner est plus difficile. En hiver (jours courts, froid), c'est plus facile. Les chiites considèrent que la difficulté accroît la récompense : jeûner un long jour d'été équivaut à plus de mérites.
b) La nuit du 24-25 Dhu al-Qi'dah : La veillée nocturne est plus facile en été (nuits courtes) qu'en hiver (nuits longues). Mais en hiver, le froid ajoute une difficulté – donc récompense supplémentaire.
c) La préparation au hajj : Le hajj (Dhu al-Hijja) se déplace avec Dhu al-Qi'dah. Actuellement, le hajj a lieu en été (très chaud). Dans quelques décennies, il aura lieu en hiver (plus supportable). Cela permet aux musulmans de connaître toutes les conditions climatiques.
4. Le décalage dans l'histoire chiite :
· À l'époque des imams (VIIe-IXe siècles), Dhu al-Qi'dah tombait souvent en hiver (car le calendrier n'avait pas encore décalé de 1400 ans). Les hadiths mentionnent des nuits longues propices à la prière.
· Aujourd'hui (XXIe siècle), Dhu al-Qi'dah tombe en été ou en automne selon les années. Les chiites s'adaptent.
5. Symbolique spirituelle du décalage (enseignements chiites) :
a) L'universalité de l'islam : Dieu n'a pas fixé les mois sacrés à une saison particulière (comme le printemps pour Pessa'h juif), pour que tous les peuples (de l'équateur, des pôles, des tropiques) puissent les vivre dans des conditions différentes. Les chiites doivent s'adapter, non se plaindre.
b) La miséricorde saisonnière : L'imam as-Sadeq disait : « Dhu al-Qi'dah en été est un bain de feu qui purifie ; en hiver, c'est un bain de glace qui fortifie. Dans les deux cas, l'âme en sort meilleure. »
c) Le rappel de l'éphémère : Le décalage constant rappelle que le temps passe, que les saisons changent, que la vie est courte. Chaque Dhu al-Qi'dah est unique.
6. Adaptation des pratiques :
a) Le jeûne du 25 Dhu al-Qi'dah en été : On boit beaucoup d'eau au suhur (repas de l'aube), on évite les efforts physiques, on fait une sieste. L'ifta est tardif, mais la récompense est grande.
b) La veillée du 24-25 Dhu al-Qi'dah en hiver : Les nuits sont longues (jusqu'à 16 heures sous les hautes latitudes). On ne peut pas veiller toute la nuit (car le sommeil est nécessaire). On veille la première moitié, ou on prie par segments.
c) La prière de l'aube (fajr) : En été, l'aube est très tôt (parfois 3h du matin). En hiver,
elle est plus tardive (6h). Les chiites ajustent leurs horaires.
7. Le cas particulier des régions polaires (nord de la Suède, Canada, Alaska) :
· En été, le soleil ne se couche pas (nuit blanche). Dans ce cas, les chiites suivent les horaires de La Mecque ou d'un pays voisin (selon les fatwas). Le jeûne du 25 Dhu al-Qi'dah se fait sur 24 heures ? Non, ils suivent un horaire de référence.
· En hiver, le soleil ne se lève pas (nuit polaire). Les chiites suivent aussi un horaire de référence (ex : Stockholm, Oslo). La question est complexe, mais des fatwas existent.
8. L'influence sur l'agriculture et l'économie (pour les chiites ruraux) :
· Autrefois, Dhu al-Qi'dah (mois de préparation au hajj) était aussi un mois de récoltes (quand il tombait en été) ou de labours (quand il tombait en automne). Les calendriers agricoles chiites devaient être réajustés chaque année.
· Aujourd'hui, l'agriculture est moins liée au calendrier lunaire, mais des traditions subsistent : « Les semailles en Dhu al-Qi'dah d'été sont bénies ; les semailles en Dhu al-Qi'dah d'automne sont risquées. »
9. Différence avec les sunnites :
· Les sunnites vivent le même décalage (même calendrier lunaire). Pas de différence.
· Les sunnites ont un discours moins marqué sur la symbolique du décalage ; ils l'acceptent comme un fait.
10. Le décalage et le hajj :
· Le hajj (10 Dhu al-Hijja) se déplace aussi. Quand il tombe en été (comme actuellement), il fait très chaud à La Mecque (50°C). C'est une épreuve de patience et de santé.
· Les chiites considèrent que la difficulté physique du hajj est une expiation des péchés. Le décalage des saisons est une miséricorde cachée : si le hajj était toujours en hiver (facile), la récompense serait moindre.
11. Les célébrations fixes (indépendantes des saisons) :
· Malgré le décalage, les chiites célèbrent toujours le 11 Dhu al-Qi'dah (naissance de l'imam ar-Rida) et le 25 Dhu al-Qi'dah (Dahw al-Ardh) à la même date lunaire – même si en été ou en hiver. L'adaptation est uniquement pratique, non théologique.
12. Témoignages :
· Beaucoup de chiites se souviennent d'un Dhu al-Qi'dah particulièrement chaud ou froid, qui a rendu leur jeûne plus méritant.
· Un dicton chiite : « Le décalage de Dhu al-Qi'dah est comme le décalage de notre cœur : il passe par l'été de la passion, l'automne de la mélancolie, l'hiver de l'épreuve, le printemps de l'espoir. »
Conclusion
La relation de Dhu al-Qi'dah avec les saisons – ce décalage de 11 jours par an – n'est pas un inconvénient pour les chiites, mais une richesse. Elle leur rappelle que l'islam n'est pas une religion du confort climatique ; elle exige de s'adapter, de se dépasser, de trouver Dieu dans la chaleur accablante comme dans le froid mordant. Ce décalage est aussi une preuve de l'origine divine du calendrier lunaire : aucun calendrier solaire ne migre à travers les saisons. Seul le calendrier lunaire, en tournant sur lui-même, offre à chaque croyant, au cours de sa vie, de vivre Dhu al-Qi'dah dans toutes les couleurs de la nature. Comme le dit l'imam Ali : « Le temps est un cycle. Ce qui est été sera hiver, et ce qui est hiver sera été. Seul Dieu est l'Éternel. » Alors, que Dhu al-Qi'dah soit aujourd'hui en été ou en hiver, les chiites l'accueillent avec la même ferveur : ils savent que dans 33 ans, la roue aura tourné, et ils goûteront à l'autre saison. C'est cela, la foi : non pas s'accrocher à des conditions idéales, mais adorer Dieu en toutes circonstances.

